ALCOOL
Jetants, et au bout de quatre heures ils tombaient dans une sorte d’assoupissement précurseur de leur mort. L’autopsie de ces petits cadavres a montré les méninges injectées ainsi que la substance du cerveau et du cervelet ; les poumons engorgés de sang; l’estomac et le canal intestinal plilogosés.
D’après les expériences de Brodie, les animaux qui meurent par l’effet de l’alcool offrent toujours des traces profondes d’une phlogose dans les voies gastriques. — M. Flourens a cru pouvoir établir, d’après un grand nombre d’expériences qui lui sont propres, que l’alcool agit exclusivement et d’une manière particulière sur le cervelet.
§ IV. Effets sur l'homme en santé. — Il n’était certainement pas nécessaire, pour avoir une connaissance exacte des effets de l’alcool sur l’homme en santé, d’avoir recours à des expériences particulières, nous avons malheureusement touslesjours sous les yeux les effets, parfois si tristes, de cette liqueur sur des hommes adonnés à la passion de boire. Il est aisé devoir que, pris à dose modérée, l’alcool produit de la chaleur à l’estomac et à toutle corps; il accélère la circulation du sang, colore la peau, excite tout le système nerveux , réveille une gaité extraordinaire et donne aux individus plus d’aclivité pour remplir les différents exercices de la vie. Pris à forte dose il produit de la soif, une ardeur dans l’eslomac, de la sueur abondante ou une sécheresse à la peau ; il rend la démarche chancelante, trouble et bouleverse toutes les idées, il émousse la sensibilité, donne enfin le délire de l’ivresse avec toutes les formes variées que le tempérament de l’individu et ses habitudes morales et physiques lui impriment.
L’alcool exalte, il est vrai, le courage, la bravoure ; mais il survient ensuite de la langueur et de la somnolence. En élevant considérablement les doses, on peut donner lieu à des désordres fort graves, tels que le vomissement intermittent, ou une petitesse extrême du pouls, un froid glacial, la pâleur cadavérique, l’insensibilité, l’assoupissement, l’immobilité, l’apoplexie, l’asphyxie et la mort. Si l’alcool pris à plus petites doses ne donne pas des résultats aussi graves ni aussi prompts, scs effets n’eu sont pas moins fâcheux lorsque son usage est continué pendant assez long-temps. La digestion en souffre la première, l’appétit sc perd, la soif augmente, l’Ualeine devient fétide, le goût
s’éteint, et on éprouve tous les jours en s’éveillant des nausées et même un vomissement de matières aqueuses. Parfois la diarrhée, la dysenterie, la lienterie succèdent aux symptômes précédents. Une légère phlogose, qui devient chronique, s’empare de tout l’appareil gastrique, qui finit par l’induration squirrheuse du foie, par des callosités et des ulcérations dans les intestins, de calculs rénaux, avec dysurie, ischurie et autres symptômes plus ou moins graves. Ces désordres ne s’arrêtent pas là. La mémoire se perd, la gaîté se change en tristesse, en taciturnité, en stupidité; des vertiges, des tremblements dans les membres, des mouvements convulsifs, un état comateux ; en un mot, on voit survenir tous les symptômes du delirium iremens polatorum
(1). Pour de plus amples détails sur les effets délétères de l’abus des boissons alcooliques, nous renvoyons aux ouvrages de Carminati (2), de Léveillé (3), de Rush (4) et autres, que nouspassons sous silence.
§ Y. Effets dans les maladies. — Tous les médecins conviennent de l’utilité de l’alcool dans le traitement des maladies hypostliéniques, vu sa qu’alité stimulante diffusible très-énergique. On le prescrit ordinairement dans les mêmes cas où sont indiqués Jes éthers et l’ammoniaque ( Voy . ces articles). En thérapeutique cependant l’alcool n’est jamais employé pur, si ce n’est à l’extérieur. On l’affaiblit ordinairement avec de l’eau aromatisée ou avec un sirop quelconque.
Je ferai observer néanmoins queplusieurs
(t) 11 est pénible de voir des artisans qui contractent la malheureuse habitude de sc saturer plus ou moins d’alcool cha-que matin et dans le cours de la journée, à des époques où l’estomac est ordinairement vide d’aliments. Il en résulte que partout où l’usage do l’alcool est excessif, le tremblement des membres est très-commun, et le délire très-fréquent ( delirium ebriositatis). Le docteur Kriebel, de Berlin , en attribuant ce delirium à l'insomnie, n’a-t-il pas pris l’effet pour la cause? (V. Léveillé , l)e la folie des ivro--< gnes. Paris, 1832, p. 257.) (N. d. trad.ff
(2) Ilyieia, Therap. cl mal. mcd. Milan.
(3) Histoire de la folie des ivrognes.
Paris, 1832.
(4) An inquiry in to the effects of ardent spirits, etc. Philadel. Rust's Rcper' lorium., xvi, p. 117.
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praticiens prescrivent les alcooliques dans certaines maladies qu’ils caractérisent byposthéniques, sans qu’elles soient telles eu réalité. — Je ne reproduirai pas ici les considérations que j’ai exposées aux articles Ammoniaque , Ethers , Opium , relativement aux maladies de nature phlogislique ou douteuse; j’y renvoie le lecteur, puisque les mêmes idées trouvent ici leur application; j’ajouterai seulement que la dyspepsie, les indigestions, les faiblesses d’estomac, pour lesquelles on préconise les alcooliques, n’entrent point dans cette catégorie. Nous verrons plus loin que la dyspepsie ne constitue pas à elle seule une maladie, elle n’est que le symptôme d’une altération particulière de l’appareil gastrique. Lorsqu’un malade atteint de cette affection s’est bien trouvé de l’usage de quelque teinture alcoolique, il faut, avant d’en attribuer les effets à l’alcool, voir quels sont les éléments qui la composent: vous y trouverez ordinairement plusieurs principes de nature opposée à celle de l’alcool, et qui neutralisent plus ou moins cette dernière substance.
§ NI. Action mécanique. — L’alcool est un agent physique fort actif, très-usité en thérapeutique; appliqué sur une partie quelconque il la contracte, la crispe, la durcit à l’instar des astringents énergiques. Aussi l'alcool devient-il souvent, entre les mains d’un chirurgien habile, d’un secours précieux. Il arrête les hémorrhagies, lesphlogoses dès leur début, notamment les phlogoses traumatiques, les engelures et autres lésions analogues. Les eaux vulnéraires, dites de Cologne, des Carmes, tant vantées, ne doivent leur vertu qu’à l’action astringente mécanique de 1 alcool qu’elles contiennent. Nous parlerons ailleurs de la manière particulière d’agir des astringents contre certaines inflammations; nous ferons voir qu’ils ne sont pas toujours aussi utilesqu’on lepense, car ils ne les arrêtent pas dès le commencemenl, ils lesaugmenlent. Il y a des cas dans lesquels l’indication thérapeutique est d’augmenter l’état de phlogose d une partie pour en accélérer la marche et la résolution, ou pour obtenir l’adhésion des parties écartées. En pareilles occurrences l’alccol devient, parson action physique, un auxiliaire excellent, d’autant plus qu on peut à volonté le rendre moins actif en y ajoutant de l’eau pure. L’nlcool est d un puissant secours dans les hémorrhagies externes. Appliqué sur les blessures, les déchirures, ou sur les membra-
nés muqueuses saignantes, il crispe les tissus organiques, il coagule le sang et il arrête par là les hémorrhagies. Pourtant, si l’on prescrit l’alcool dans des cas d’héj morrhagie externe, d’épistaxis ou demétrorrliagie, il faut tenir compte de la. condition des organes; on pourrait causer desaccidents fort graves: tel est le cas, par exemple, d’hémorrhagie utérine durant la grossesse ou après l’accouchement. Il est clair que, dans celle circonstance, l’écoulement tient ordinairement à un état de phlogose de la matrice, et que l’alcool ne pourrait que l’augmenter (1).
L’alcool possède encore une autre propriété mécanique, c’est de se volatiliser promptement et d’enlever par conséquent beaucoup de calorique des parties environnantes. Sous ce rapport il offre beaucoup d’analogie avec les éthers dont nous avons déjà parlé. Il est bon néanmoins de faire remarquer que comme l’alcool est moins volatil que l’éther, appliqué sur les parties enflammées il pourrait agir mécaniquement comme stipti— que, et être en même temps absorbé, d’où iJ s’ensuivrait un effet hyperslhénisant très-puissant. Aussi , lorsqu’on veut le prescrire comme remède évaporant, et en prévenir l’effet dynamique, est-il important de couvrir la région où on l’applique d’une pellicule fort mince, et de ne verser l’alcool que par-dessus et petit à petit au fur et à mesure qu’il se volati-
(1) Nous croyons que l’auteur est dans l’erreur en disant que d’ordinaire les hémorrhagies qui accompagnent la grossesse ou qui succèdent à l’accouchement tiennent à une phlogose de la matrice.
Selon nous , elles se rattachent souvent à d’autres causes, telles que l’inertie, le spasme, la faiblesse ou le relâchement du tissu de l’utérus ; elles dépendent aussi parfois de la déchirure partielle de quelques ramifications vasculaires sanguines.
L état de pléthore ou de stase sanguine des vaisseaux utérins peut également donner lieu à une hémorrhagie ; mais il y a loin de la simple congestion à la véritable inflammation. Les hémorrhagies qui surviennent pendant les premières vingt-quatre heures de l’accouchement coïncident souvent avec une irrégularité ou un défaut de contraction de la matrice. 11 est clair qu’il y a dans plusieurs de ces cas des indications particulières à remplir, indications qui ne peuvent pas complètement ressortir de l’idée de phlogosc que M. Giacomini a semblé établir d’une manière générale. (A. d. irad.)
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lise. Les propriétés chimiques de l’alcool sont multiples. Celle qui le rend le plus utile en pharmacologie, c’est de dissoudre un grand nombre de substances et de les conserver; aussi s’en sert-on comme d’un véhicule précieux dans la préparation d’une foule de remèdes. Les résines se dissolvent dans l’alcool. L’alcool pourrait devenir d’un puissant secours mécanique dans les coliques dues à la présence de ces substances dans les intestins. De ce nombre sont, par exemple, la gomme gutte, le jalap, la scammonée, etc. (1). Les douleurs de ventre, dans ce cas, dépendent de ce que les parcelles résineuses, ne se mêlant pas aisément avec les humeurs animales, et n’étant pas aisément assimilées, irritent par leurprésence les plis de la muqueuse sous lesquels elles s’arrêtent. Quand l’action d’un drastique résineux est excessive, qu’elle produit des évacuations trop abondantes et accompagnées de douleurs intestinales, l’alcool peut modérer cet état, et cela de deux manières : par son action dynamique et par son action chimique. Par la première, il combat l’hyperpurgation en élevant la vitalité de l’organisme et du canal intestinal ; par la seconde, il dissout la résine et apaise les coliques. Les purgatifs résineux, effectivement, qu’on administre sous forme de teinture alcoolique ou d’élixir, comme ceux de Le Roy, par exemple, ont beaucoup moins d’activité que lorsqu’on les administre en substance, et ne donnent pas de coliques, ce qui dépend de la modification que leur fait subir l’alcool. ]\ous reviendrons sur ce sujet (2).
(1) On ne saurait trop comprendre
comment l’alcool pourrait calmer une colique due à des substances résineuses, purgatives, irritantes, en les dissolvant; car il ne ferait par là qu’augmenter les points de contact de la substance irritante avec la muqueuse. C’est là, du reste, une question que l'expérience seule peut conlirmer ou infirmer. Selon nous, les meilleurs moyens pour calmer les coliques do cette nature, sont les remèdes enveloppants, tels que les huileux et les mucilagineux. (N. d. trad.)
(2) L’auteur nous permettra de n’êtrc pas de son avis, soit sur la propriété purgative moins active lorsqu’une résine est dissoute dans l’alcool, soit sur l’absence des douleurs intestinales lorsqu’on ovale des solutions drastiques spiritueuses, telles que l’élixir de Le Roy. Nous
§ VII. Mode d’ administration. — L’alcool pur, c’est-k-dire de i 2 à 4 3 degrés de l’aréomètre de Bcauiné, ne peut servir que comme remède mécanique pour soustraire la chaleur animale en vertu de sa volatilisation. On ne l’administre ordinairement à l’intérieur que délayé dans l’eau ou en union d’nn sirop quelconque, etc. La dose par bouche est de deux à quatre gros jusqu’à une once.