‹ Encyclopédie des sciences médicalesChapitre 145 sur 168 · CROTON · texte numérisé non relu

CROTON

sentaient à leur surface interne une couche de mucosité jaunâtre obscure, mais pas de corrosion ni d’autre lésion, hormis quelques taches rouges et une légère injection superficielle; la vessie remplie d'urine, son col rouge, mais d’ailleurs en élat presque normal; les fèces, qu’on rencontra en très-petite quantité dans les gros intestins, n’offrirent pas la moindre saponification.

S VL Appréciation de l'action. — Les conséquences qu’on peut tirer des faits précédents sont bien évidentes. 11 est clair d abord que par cela même que l’huile de croton jouit d’une grande action, son emploi peut être très-dangereux, puisqu’on vient de voir le cas d’une femme forte et robuste réduite , par 4 gouttes seulement, à une faiblesse assez grande pour faire craindre pour sa vie. Un second fait important , c’est que les dangereux effets de celte substance ne dépendent ni de son irritation ni des évacuations qu’elle détermine. Les expériences faites sur l’homme bien portant ont prouvé que les effets irritatifs qui accompagnent l’action de cette substance dépendent de ses qualités, qu’ils sont purement locaux, de courte durée, et en raison inverse de la dose et des véritables effets dynamiques. 11 résulte, enfin , des phénomènes observés sur les animaux, sur l’homme bien portant et sur l’homme malade, et surtout de l’action neutralisante des alcooliques, que l’action dynamique de celte huile est hyposthénisante vasculaire générale, très-énergique lorsqu’elle est administrée à haute dose, et entérique lorsqu’elle l’est à petite dose, comme d’une demi-goutte à une goutte. — Cesvérilés une fois établies, on comprend aisément à quelles erreurs fatales sont exposés ceux qui, imbus des faux enseignements de certains toxicologues, prescrivent les anli - phlogisliques pour combattre ses effets. Ils s’étonnent au lit du malade de ne pas obtenir des évacuations en raison de la dose, et s’ils en prescrivent beaucoup sans produire de selles, ils s’imaginent que le' remède est sans action , et ils allribucnl les faiblesses et les autres symptômes que le malade éprouve , à d’aulres causes qu'a l’action du médicament. On ne tient compte que de l'action mécanique , et l’on méconnaît complètement l’action dynamique qui est la plus importante. Ces erreurs seront confirmées encore par fis autopsies des sujets qui ont succombé à l’action dynamique de l'huile , lesquelles u e

nniLE Dï CROTON,

décèlent aucune lésion, comme nous venons de le voir. On comprend par-là combien il est dangereux de laisser administrer ce médicament par des personnes inexpérimentées.

§ VJI. Action mécanique. — Nous n'avons pas refusé à l’huile de croton une action irritante; elle est évidente lorsqu’on l’applique, à l’état de pureté, sur la peau et sur la langue. Nous accordons même qu’elle est vraiment cautérisante ; mais celte action n’est que purement mécanico-chimique , puisqu’elle n’a lieu que sur la partie même où l’huile est appliquée, pourvu toutefois que cette partie ne soit pas enduite d’humeurs animales, ou que l’huile ne soit pas absorbée. Dans les expériences d’IIulchinson, l’irritation sur la peau que l’huile produisait était peu durable. Dans les applications à 1 extérieur, contre les névralgies, la rougeur et le gonflement quelle produit, cesse aussitôt, avec l’affection pour laquelle on l’a pratiquée; cela prouverait que l’avantage qu’on en a obtenu est dû à l’absorption et non à la contre- irritation. Ajoutons que dans l’Inde, l’huile, ou les graines de crolon pilées, ainsi que leur infusion sont appliqués sur les morsures et sur certains impétigo ; et ainsi que nous le dit Acosta, on en ressent d abord de la chaleur, mais aussi la guérison s’ensuit (49). — Dans les intestins et dans l’estomac il est fort rare que cette action mécanico-chimique se fasse, sentir d’une manière énergique on n’en éprouve tout au plus qu’une légère chaleur. C’est plutôt vers le gosier et l’œsophage que la sensation de'1 brûlure et de démangaison persiste quelque temps. On peut prévenir cet effet en donnant le remède dans du sirop, ou incorporé dans une quantité suffisante de mie de pain, sous forme de bol, ou dans une émulsion, ou, enfin, en le mêlant avec 30 grammes d’huile d’olives ou d’amandes douces (50). — Pourtant l’action mécanique de l’huile de croton, quoique legere, est assez forte pour faire écarter ce médicament dans certaines gastrites véritables , et donner la préférence aux hyposthénisants entériques qui en sont entièrement dépourvus , comme les autres huiles, le sulfate de magnésie, la

(-49) Dell’ ist. nat. e virf. délie droghr medicin., etc., p. 288.

s«-S%V^agC cn „,lalie> P1»’ Valentin

1820, 2s édit., p. 360.

manne , le tamarin , etc. Ces derniers hyposthénisants entériques doivent aussi être préférés à ceux qui ont des principes résineux , tels que la gomme-gutte, la scammonée , la rhubarbe , quoiqu’on 11e puisse pas à la rigueur les regarder comme contre-indiqués dans les phlogoses légères du tube gastrique.

§ VIII. Mode cT administration. — II résulte des faits précédents que la dose la plus élevée qu’un médecin prudent peut prescrire de ce médicament dans les cas de phlogoses les plus graves, est de 4 gouttes à la fois. Cette dose que nous avons administrée chez la malade dont nous avons parlé était certainement excessive. Bien que la première etla seconde dose aient été tolérées, cependant nous avons vu que des symptômes d’intoxication se sont déclarés aussitôt après. Nous avons adopté pour pratique générale de ne pas dépasser la dose de 2 gouttes, lors même que nous avons besoin d’une action hyposlhénisante énergique. — Pour obtenir des effets hyposthénisants entériques et conséquemment des évacuations copieuses, la dose d’une Q2 goutte à 1 goutte est suffisante. Avec cette dose on peut aussi combattre le taenia, mieux encore que par des doses élevées. — Quelques praticiens ont l’habitude de la combiner à une huile grasse, telle que celle de ricin ou d’amandes douces; d’autres la dissolvent dans l’alcool et en font faire des pilules avec de la mie de pain. Celte dernière préparation nous parait la plus sûre, en recommandant aux malades de boire par-dessus une décoction mucilagineuse. L’huile de croton s’emploie à l’extérieur à la dose de 10, 15, ou 20 gouttes, soit mêlée à une autre huile grasse pour en faire une espèce de liniment , soit dissoute dans de l’esprit-de- I’ ln‘ ' Après avoir parlé en dernier lieu de 1 hyposlhénisant entérique le plus énergique, il nous est facile de reconnaître une analogie d’action chez tous, sans admettre d autre différence que dans le degré; cette analogie est purement accidentelle dans leur action physico-chimique. ün peut donc dire d’une manière generale qu’il est démontré que tous ces purgatifs ou évacuants intestinaux ne peuvent produire aucun effet dynamique sur les intestins, sans être préalablement absorbes et assimilés, et que leur véritable action n’est évidente que sur les vaisseaux sanguins, soit des intestins, soit de l’estomac , soit de tout le corps scion la dose , la promptitude d’action \

HülLE DE CROTON.

etc. En cela ces remèdes suivent précisément les lois que nous avons exposées h l’occasion du tartre sliliié, lois sur lesquelles est basée la véritable théorie des évacuants. Il reste aussi parfaitement démontré que l'affaiblissement qu’éprouvent les individus, après les évacuations provoquées, n’cst pas le résultat de ces mêmes évacuations, ces dernières n’étant que la conséquence néces aire de l’affaiblissement apporté à toute la constitution par le remède. 11 reste, enfin ,

bien établi qu'il n’existe pas, comme on le croit, une classe de remèdes rigoureusement purgatifs dans le sens généralement admis, c’est à dire les uns toniques, les autres anli-phlogistiques, les garderobes constituant un phénomène secondaire, ou, pour mieux dire, dépendant d’une action secondaire du remède, laquelle peut complètement manquer selon certaines conditions de l’organisme et la dose du médicament.

ORDRE VIe

HYPOSTHÉNISANTS CÉPHALIQUES.

Nous nous sommes déjà expliqué, dans le commencement de cet ouvrage, sur les points de physiologie qui se rattachent au système cérébro-spinal par rapport à l’act.ori de certains médicaments. Nous y renvoyons le lecteur, et entrons ici en matière sans autre préambule.

BELLADONE

( Atropa belladona.)

§ Ior. Caractères physiques. — La beiladune, nom donné à une plante par les Italiens (qui préparaient autrefois avec ses fruits une espèce de fard que les (lames employaient comme cosmétique), est une plante vivace, très-commune dans certains lois, le long des murs et des baies ombragées. Elle appartient à la famille des soLnées (pentandrie monogyjiie, Lin.). On en fait en médecine de nombreuses applications, soit des feuilles , soit de la racine , et surlout de son extrait.

§ IL Notions chimiques. — l e suc de belladone a fourni à Vauquelin une substance animale, un principe amer, soluble dans l’esprit de-vin , et des sels de potasse, etc. Hrandes en a retiré une substance particulière qu’il a nommée atropine L'existence de cet alcaloïde , dans les feuilles, dans les tiges et dans les racines de l’alropa Ix'lladona , a été constatée p ir plusieurs chimistes ; mais c’est 31. Mein qui le premier l’a obtenu à l’état pur. L’atropine cristallise en prismes soyeux , incolores, transparents; elle est peu soluble dans l’eau froide, très soluble dans 1 alcool; d'une saveur aoière,

inodore. Elle forme avec des acides des sels incristallisables. Il est prouvé par des expériences nombreuses que c’est à celle substance que la belladone doit ses propriétés thérapeutiques.

§ III. Effets sur les animaux. — Il paraît qu’il n’y a que les chèvres seulement qui peuvent tolérer impunément lès effets de la belladone ; les autres animaux en sont plus ou moins affectés, ou bien ils périssent. En appliquant le suc de cette plante sur les yeux d’un chat, Daries a observé que la pupille se dilatait promptement , et que l’animal ne voyait pas bien , sans pourtant que l’œil lut rouge (5l). Rossi avait fait la même observation sur des chiens , sur des gallinacés et sur différents autres animaux (52). Un chien empoisonné avec de la belladone a présenté à l’autopsie le cerveau et le cervelet ramollis , le cœur mou, le sang très-liquide, l’eslomac avec une seule tache fort petite, la muqueuse du canal gastrique blanche , le péritoine et les au 1res viscères à l’état normal (53). Avec 15 grammes d’extrait de belladone, ML Orfila dit avoir vu les chiens mourir dans les vingt-quatre heures. Il avoue lui-même que la membrane muqueuse de l’estomac offre une couleur rougeâtre et très-peu enflammée. Une dose bien plus petite de l’extrait injecté dans les veines tue promptement les chiens (54).

(51) De atropa bclladona. Lipsiæ, 1776, p. 37.

(52) Ibid., p. 38.

(53) Knnque, Journal général de médecine, 1828, mars.

(54) 'Toxicologie, t. n, p, 231.

536 BELLADONE

§ IV. Effet f sur l'homme bien portant.— Les Syriens , pour se distraire des rêveries tristes et se donner une sorte d'ivresse, ont recours à celte plante, au dire de Montano (55). Prospcr Alpin dit que les Egyptiens se procuraient le sommeil avec l’atropa belladona (5C).

On connaît une foule de cas d’empoisonnement parla belladone, notamment avec ses fruits , qui sont facilement confondus avec les cerises, et qui se sont terminés par Ja piqrt. Plusieurs sont morts parla violence du poison, et aussi par les secours mal entendus qu’on leur a administrés. Un des laits les plus remarquables qu’on connaisse est celui qui a été recueilli et publié parM. Gauthier de Claubry. II a porté sur plus de cent soixante soldats qqi s’empoisonnèrent, le li septembre 1S|3, avec des baies de belladone dans les environs de Pirna.

Plus eu rs moururent en quelques heures,

dans l’endroit mégie où ils mangèrent les fruits. Ceux qui n’en avaient pris que six ou huit seulement, et dont les symptômes ont pu être observés, présentèrent l’état suivant : dilatation et immobilité de la pupille , cécité presque complète, ou du moins vision fort trouble , comme si les objets étaient couverts d’un nuage épais; conjonctive injectée d’azur; œil proéminent chez les uns, languissant , hébété chez les autres, furieux et brutal; lèvres et bouche arides; dysphagie, nausée sans vomissements ; faiblesse générale, difficulté et même impossibilité de se tenir debout; inflexion souvent répétée du tronc en ayant; mouvement continuel , involontaire des mains et des doigts ; délire gai, accompagné d’un rire stupide; aphonie, ou sons d’une voix inintelligible et pénible : pouls petit, faible et lent; défaillance et syncope (57). Les mômes phénomènes ont été observés par d’autres dans le même empoisonnement : obscurcissement de la vue et paralysie de la pupille (58) ; aveuglement de longue durée ( 59) ; mouvements incertains et convulsifs (GO); urines fré-

(55) De simpl. medic. qualitat.

(56) De plant. Ægypt., c. xi.ii, p. 52.

(57) Journal général de médecine, t. xi.vin , p. 555.

(58) Lewis, Mat. méd. — Bromfield, Giilt. gelehrt. Anz., 1758.

(59) Daries , De alropa bellad. diss.

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