ASSA-FOETIDA
( Résina asre-fœlidœ.)
§ I«r. Caractères physiques. — - La substance résineuse ou gomme- résineuse nommée assa-fœtida, stercus diaboli, et par les asiatiques ci bus dei , nous vient des Indes-Orientales, delà Perse, de la Syrie, de la Libye, de la .Médie , etc. C’est le suc épaissi de la feçula assafœtida, de la famille des ombellifères , pentaiulrie digynie, Lin. On l’extrait par incision des racines de cette plante. On en distingue deux espèces dans le commerce : l’une en petits grumeaux roussâtres cl blanchâtres, mêlés de lames blanches friables , transparentes , d’une odeur d’ail insupportable; l’aulrc en plus gros morceaux brunâtres parsemés de lames d’un blanc jaunâtre, d’une odeur plus félide encore. Sa saveur est nauséabonde, âcre et amère.
«J IL Notions chimiques. — Trommsdorf, qi*i a analysé l’assa-foelida, a trouvé que la proportion du principe gommeux dépassait de beaucoup celle du principe résineux. Pourtant il est prouvé par des analyses plus récentes de Brugnatelli et de Pelletier que la quantité de la résine
ASSA-FOETIIH.
y est bien plus forte que celle de la gomme. D’après ce dernier chimiste , l’assa-fœtida est composée de 65 parties d’une résine particulière, de 3, GO d’huile volatile dans laquelle est renfermée l’odeur alliacée , de 19,44 de gomme, de 11, G6 de bassorine et de 0,30 de malale acide de potasse et de chaux. Celte substance est soluble dans l’alcool et dans le vinaigre. Broyée dans l’eau pendant quelque temps, elle la rend lactée, mais elle ne s’y dissout point; avec le carbonate d’ammoniaque elle se réduit facilement en poudre.
§ III. Effets sur l'homme bien portant.— Dans les Indes on emploie l’assafœtida comme assaisonnement des mets les plus recherchés. On a trouvé que cet assaisonnement dissipait les gaz intestinaux et facilitait les digestions. Ces effets chez nous ne sont pas bien évidents lorsqu’on fait usage de l’assa-fœtida , à moins peut-être d’en prendre une forte dose. Dans ce cas, on a des rots qui sentent fortement l'ail et quelques légères évacuations alvines ; les urines augmentent et les sueurs présentent aussi la même odeur. Quelquefois elle provoque le vomissement, puis des vertiges, des éblouissements, de l’anxiété, de la faiblesse dans les membres; le pouls devient petit et lent; on éprouve aussi de l’assoupissement (63). Piichter observa qu’en continuant l’assa-fœtida, les fonctions de l’estomac s’affaiblissent (64).
Geoffroy préconise celte substance pour combattre les mauvais effets de l’opium (65).
§ IV. Effets clans les maladies. — Dans les Indes-Orientales l’assa-fœtida est regardée comme un excellent remède contre les flatuosités , les indigestions, les coliques, la tvmpanitc et l’odontalgie (66). Les femmes du peuple s’en servent pour prévenir les dangers de l'accouchement ; elles en prennent surtout pendant les trois premiers jours qui suivent la parturilion (67). — Appliquée à l’extérieur, elle a été trouvée utile pour fondre les engorgements glandulaires,
(03) Whytt, Ncrv. diseas., p. 370.
(64) Ausf. Arzn., 2 Bd., p. 10.
(05) Traité de mat. méd., 1743, t. iv,
(60) Knmpfer, Amœn. cxotic., p. 535.
(67) Métrât et Dclens, Diçlionn., t. ni,
slrumeux, et les tumeurs en général (68). Donnée par bouche, elle a été utile contre l’anorexie et la dyspepsie (69 j , la constipation (70), l’hépatite chronique et la jaunisse f7l), les coliques (72), la slrarigurie et la dysurie (73), la goutte, le rhumatisme et la scialique (74), l’aménorrhée (7 5), l’asthme aigu (76), la coqueluche (77), l’aphonie (78), le croup
(79) , les fièvres intermittentes (80), les exanthèmes graves (81), la fièvre dite syndique, le typhus, les fièvres gastriques et nerveuses (82) , la syphilis (83) et la carie des os (84j. — Nous ne répondons pas de toutes les vertus attribuées par les auteurs à Tassa-fœlida ; mais nous pensons qu’on peut regarder cel te substance comme hyposlhénisante vasculaire et par conséquent utile dans plusieurs maladies hyposthéniques comme les remèdes précédents. La renommée de l’assa-fœlida n’est pas bornée à l'action hy posthénico-
(08) Dioscoride, 1. m, c. lxxxviii. — Plenlc, Ch ir. mat., p. 258.
(69) Buchholz, Ilufeland's Journ., 1 Bd., p. 147.
(70) Millar, On the asthmu, p. 183. — Murray, Ap. medic., t. i, p. 151. — Gordens, Ilufeland’s Journ,, 17 Bd., 2 st., p. 87.
(71) Quarin, De inflanmi., t. ir, p. 93.
(72) Dioscoride , Quarin , Animad. in morb. cliron., p. 153.
(7o) Conradi, Ilufeland’s Journ., 6 Bd.
p. 491; 41 Bd., 1 m., p. 131.
(74) Theden, Mérat et Delcns . Di et.
cil.— Ricliter, Ausf. Arzn., 2 Bd., p. 24.
(75) Murray, Ap. medic. cil.— Pinel, Samml.-ous Abh., etc., 18 Bd., p. 52.
(7<!) Mil far, cil.— Schaeffer, Kinderkr., P- 273.— -Kopp, Bcobachf., p. 221.
(/7) Millar, cit., p. 132. — Rosenstein, Mal. de Gatr.b., p. 219.
(78) Dioscoride, Celse, Quarin.
(79) Kopp, cit.— Wieussens, Roques.
Phyl. méd., t. n, p. 98.
(80) Bcrgius, Mat. mcd., p. 206.
(81) Encyclopédie universelle d'histoire naturelle, par Baumare, art. Assaftolida.
(82) Pringle, Diseas. ofllie Arm., t. 11 p. 104. — Richter, Ausf. Arzn., 2 Bd !
(83) Block, Schneider, Beernbrock Mérat et Delcns, Dicl., t. 11, p. 266.
(84) Dorfmüller , Storks, Àrcli. f d Geburtsh., 5 Bd., 1 st., p. 75.— Schmalz] Loders, Journ. f. Chir., 2 Bd. 4 st. n. 7 — Illock, Schmuçkers , Verni. Schrift.’ 1 Bd., p. 151.
Giacomini,
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vasculaire. Elle a été trouvée surtout utile dans les maladies de la moelle épinière connues sous le nom de névroses. Aussi la prescrit-on communément comme un excellent anti-spasmodique.
Boerliaave a beaucoup vanté l’assa-fœtida contre l'épilepsie. L’observation journalière confirme en elTel celte assertion. Nous pourrions citer un grand nombre de faits relatifs à des affections nerveuses, soulagées ou guéries à l’aide de l’assa-fœtida, depuis les simples spasmes jusqu’à la paralysie (85). Qu’il nous soit permis maintenant d’ajouter que nous avons retiré d’excellents effets de l’assa-fœlida, dans deux cas d’inflammation rachidienne, dont l’un se rapportait précisément à la moelle elle-même (rachialgite), l’autre à ses membranes ( méningite spinale) (86).
Nous ne reviendrons pas sur la véritable condition morbide des convulsions et des paralysies ; nous devons cependant rappeler que toutes les convulsions n’admettent pas l’usage de l’assa-fœtida. Son usage n’est réellement utile que dans les convulsions hypersthéniques. Dans celles dont la nature est mécanique , on peut l’ordonner uniquement commé remède palliatif ; mais elle serait tout-à-fait nuisible dans les convulsions hyposthéniques , telles que celles qui se déclarent après l’usage de l’aconit, du camphre, du nitre , du mercure, de la jusquiame, de la belladone, de la strychnine, du plomb, etc.
§ V. Appréciation de l'action — L’action hyposthénisanle, vasculaire et spinale que nous avons reconnue à l’assafœtida nous rend parfaitement raison de tous les effets dont nous venons de parler, savoir de ses facultés résolutive, sudorifique, anti-septique, calmante, anti-spasmodique, etc.
§ 'VL Action mécanique. — Le suc de la fo ula assa-fœlida, lorsqu’il est frais, jouit d’une action âcre , brûlante, qu’il ne possède plus lorsqu’il est épaissi et desséché , tel qu’on le voit en Europe. Lorsqu’il est convenablement fondu , on peut l’appliquer sur une partie quelconque, sans crainte de l’irriter sérieusement par son contact. Sa propriété résineuse
(85) De morbis nervorum. Encyclopédie universelle, par Baumare, article Assa-fœlida.
(815) Mogna, La Clinica, etc., ann.
1830-51, n. 140; an. 1832-33, n. 49.
cependant la rend quelquefois indigeste, mais le plus grand nombre de malades la tolèrent assez bien. Le dégagement de son huile essentielle pendant la diges-ï lion devient anthelminlique ; aussi la prescrit - on quelquefois en lavement comme telle. Il est fort probable cependant que son utililé dans les cas d’helminthiasis tient plutôt à son action dynamique qui combat la condition organique, propre au développement des vers. \
§ VIL Mode d'aministration. — Pour rendre l’usage de l’assa-fœtida le moins desagréable possible , on l’a prescrite en pilules enveloppées dans des feuilles d’or; il n’est pas nécessaire de la mêler à aucune autre substance , il suffit de la piler dans un mortier chaud , pour lui donner la forme que l’on veut. La dose est de 50 centigrammes jusqu’à 1 gramme , qu’on peut dans certains cas répéter trois ou quatre fois par jour.
(Not. d. trad.) [Les pilules d’assafœtida, préparées d’après l’indication de M. Giacomini, présenlentune odeur d’ail fort désagréable, malgré la couche métallique qui les enveloppe. Elles s’éventent très - promptement. L’un de nous en a fait préparer, en les enveloppant d’une couche de gomme avant de les argenter.
Cette double enveloppe empêche parfaitement l’évaporation, et conserve longtemps les pilules sans odeur et sans détérioration.]
L’assa-fœtida dissoute dans de l’esprit de vin délayé agit plus promptement; mais aussi son action est un peu plus faible, à cause de l’alcool qui paralyse une partie de son action. Suspendue dans l’eau moyennant un jaune d’œuf ou du mucilage, elle forme le lait d assa fœlida. L’odeur de celle préparation est insupportable ; on s'en sert en lavement ; la dose est de 8 à 20 grammes. — Le* maréchaux font infuser Tassa fœtida dans du vinaigre, et y ajoutent du sel et du poivre, pour laver la langue des animaux malades.