REMARQUES PRELIMINAIRES
( Camphora .)
§ I«r. Caractères physiques. — Soit par son ancienneté, soit par les nombreuses vertus qu’on lui attribue , soit , enfin, pat les disputes interminables auxquelles il a donné lieu , le camphre est regardé comme un remède classique.
Aucun remède n’offre autant de difficultés que le camphre pour la détermination de l’action primitive ; car, bien que nous possédions une richesse immense de faits qui lui sont relatifs, tous ces faits sont si contradictoires entre eux, qu’il n’est pas étonnant qu’on se soit formé des opinions si diverses sur ses vertus
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thérapeutiques, et que chacun trouve de grandes autorités à l’appui de sa thèse et même des faits. Ayant mûrement examiné cette matière , nous croyons être parvenu à débrouiller ce chaos effrayant de faits , et à rendre raison de toutes les contradictions et même de certains faits singuliers de l’antiquité que quelques fausses théories du jour avaient taxés de fabuleux. Nous devons dire que, dans le travail auquel nous allons nous livrer, nous mettrons le plus grand soin dans l'examen des effets du camphre sur les maladies et que nous négligerons une infinité d’expériences qu’on a faites chez les animaux , car ce sujet est si étendu que nous n’en finirions pas si nous voulions parler de tous les faits physiologiques et de toutes les opinions bizarres qu’on a émises sur les propriétés de ce médicament. Nous établissons un principe que nous allons démontrer, savoir : que le camphre est un remède hyposthénisant, cardiaco-vasculaire et spinal. On sera surpris de cette proposition et on aura de la peine à y croire ; moi , aussi , je l’avoue , j’ai été long - temps indécis sur le parti à prendre. Dans l’idée, que je partageais avec les autres réformateurs italiens, que le camphre était un remède stimulant ou hypersthénisant, je n’ai douté de la vérité de cette manière de voir qu’en m’occupant de l’étude des faits dans le but de démontrer que le camphre était réellement stimulant; j’ai vu que la thèse était insoutenable et j'ai attendu de nouvelles lumières. Je ne dirais pas ici les efforts que j’ai dû faire pour abandonner cette idée ; je dirai seulement que les nouvelles études et les expériences que j’ai faites ont jeté un tel jour sur cette question, que tous les doutes se sont dissipés de mon esprit. J’ai demandé l’appui de Rasori, et sa réponse, claire et lumineuse, m’encouragea à entreprendre de nouvelles expériences.
§ lll. Effets sur les animaux. — Menghini a placé un fragment de camphre près d’un trou par où passaient un grand nombre de fourmis. Elles éprouvèrent à l’instant un trouble remarquable et s’éloignèrent immédiatement de l'odeur de celle substance qui paraissait les incommoder. A plusieurs autres insectes de différents genres, l’émanation du camphre a été plus ou moins nuisible et même morlelle (1). Le camphre mis
dans la bouche des grenouilles, et même appliqué sur le corps, détermine, au dire de IVIonro fils, l’engourdissement, des syncopes et une lenteur remarquable dansl’actionducœur(l). Menghini fit des expériences sur plusieurs animaux, et eu les variant de différentes manières , il observa tantôt un léger assoupissement ou un sommeil profond , tantôt une espèce d’ivresse ou de fureur; dans quelques cas, le vomissement ou la diarrhée, dans d’autres une sécrétion abondante d’urine; parfois le hoquet, de l’anxiété, des convulsions , et souvent la mort (2). Orfila dit avoir donné six grammes de camphre à un chien , qui éprouva pendant quatre minutes des convulsions, ayant la tète renversée en arrière, les yeux hagards, l’écume à la bouche, la langue et les gencives livides, la respiration accélérée; il eut ensuite des vomissements et se releva parfaitement guéri. Un autre chien prit neuf grammes de camphre dissous dans l’huile d’olive; il mourut en moins d’une heure dans les convulsions. A l’autopsie cadavérique, on trouva la muqueuse gastrique phlogosce avec des taches circulaires d’un rouge noirâtre. (Il faut noter qu’Orfila avait lié l’œsophage pour empêcher le vomissement.) Le cerveau ne présenta aucune trace notable d’altération. En injectant le camphre dans les veines, les eft’ets ci-dessus indiqués et la mort arrivent plus promptement (3). Cullen fait remarquer ce que d’autres avaient aussi observé avant lui, que le camphre agit énergiquement par la moindre quantité de ses effluves, puisque chez les animaux qui en sont morts on ne trouva aucune diminution sensible ni dans le poids ni dans le volume de la portion de camphre qui était restée dans l’estomac (4). On ne doit pas déduire de là que le camphre agit seulement par le contact sur les nerfs de l’estomac sans entrer dans l’assimilation. Un fait trivial qui combat cette opinion , c’est que l’urine prend l’odeur du camphre et que les effets de celle substance se révèlent bien plus sur les parties éloignées de l’estomac que dans l’cslomac lui-même. On en conclura plutôt que le camphre est très-difficile à digérer.
(f) Essaya and observ. phys. and litcrur. v. ni , p. 551.
(2) Op. cil., t. iv, p. 190.
(3) Toxicologie gêner., I. il, p. 15.
(4) Trait, di mater med., t. v, p. 85.
(1) Comment. Bonon, i. m, p. 199.
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Sous ce rapport , il ressemble à toutes les autres résines connues. Les exhalaisons du camphre cependant pénètrent assez promptement dans le sang-, mais leur action se dissipe aussi assez promptement. Que si, par une forte dose de camphre introduite et conservée dans l’estomac, les effets en sont durables, c’est que les exhalaisons absorbées sont incessantes. Les expériences d’Oriila font voir que , en dissolvant le camphre dans un liquide convenable , l’assimilation est accélérée et la force d’action se multiplie. Cela est si vrai, que des deux chiens dont l’un avait reçu le camphre en substance, l’autre dissous dans de l’huile, le premier guérit, le second mourut promptement.
La différence des effets tient ici à la différence d’absorption. — La ligature de l’œsophage , pratiquée par Orfila , rend ses expériences de peu de valeur. Nous ferons cependant observer que n’ayant pas trouvé la moindre trace de phlogose dans le cerveau, cela prouve que la prétendue inflammation ne peut être la cause de la mort, quoique dans quelques autres expériences on en ait trouvé quelques vestiges. Les expériences sur les animaux exigent beaucoup de soins et de lumières pour qu’elles aient quelque portée dans les questions dont il s’agit. — Nous ne pouvons passer sous silence les belles expériences de Scuderi s,u,r Ie camphre. Elles démontrent jusqu’à l’évidence l’action contro-stimulante de cette substance, et pourtant, chose singulière , l’auteur a tiré des conséquences opposées à celles qui découlent naturellement de ses propres faits.
Scuderi a observé que par l’action du camphre la respiration s’accélérait; que la chaleur animale augmentait, spécialement aux oreilles; que les forces s’abaissaient tellement, que le plus grand nombre des lapins s’étendaient par terre, et que d autres couraient confusément sans direction, ou bien ils étaient saisis de convulsions, de raideur, de demi-paralysie ou de paralysie aux extrémités postérieures; qu’ils avaient les yeux fixes, très- ouverts, la pupille dilatée, le trismus, le grincement des dents, du délire, de la strangurie , et que souvent ils rendaient les urines involontairement. Ces phénomènes offraient quelque intermittence , puis la mort arrivait au bout île trois heures si la close du camphre était e deux à trois grammes (deux scrupules environ). Les autopsies ont montré à ocuderi quelques traces d’injection , de
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l’enflure, de l’inflammation, des taches noires dans différents centres ; mais ces lésions n’ont pas été constantes (l).
Tous ces phénomènes parurent à Scuderi de sur-excitation ; à nous, ils nous paraissent au contraire d’hyposthénie. En effet, non-seulement l’abattement et la paralysie ont été les phénomènes dominants , mais encore les premiers à se manifester après l’administraîion du remède. C’est aussi ce que j’ai observé moi-même dans les expériences que j’ai faites avec le camphre chez les lapins. Les spasmes et les convulsions ne prouvent point que l’action du camphre était stimulante, ainsi que nous le ferons voir, lorsqu’il sera question des remèdes hyposthénisants spinaux. L’accélération cle la respiration est le résultat de l'anxiété hyposlhénique. L’augmentation de la chaleur s’accorde parfaitement avec l’accélération momentanée de la respiration ; cela, du reste, n’est pas constant, car dans nos expériences nous avons vu au contraire la chaleur diminuer. Les lésions cadavériques , par cela même qu’elles sont inconstantes , ne prouvent point que l’action du camphre soit inflammatoire, encore moins que cette action ait été la cause de la mort. On ne peut attribuer les rougeurs rencontrées qu’aux efforts et aux troubles de la circulation qui ont lieu dans l’agonie ; c’est ce qui n’a point échappé à la sagacité de 1 expérimentateur Scuderi.
Les idées que nous venons d’émettre se trouvent confirmées par d’autres expériences dans lesquelles le camphre a été combiné à des substances excitantes.
Dans la première expérience de Scuderi un lapin toléra pendant onze jours l’usage du camphre uni à l’opium à dose progressive. Les phénomènes ont été beaucoup moins prononcés que ceux qu’on obtient par les mêmes doses de camphre et d’opium données séparément. Pour produire la mort, il fallut ajouter deux décigrammes et demi d’opium , et cinq décmrammes de camphre. L’animal ne mourut effectivement qu’a près onze jours d’expérience presque continuel Je, et il mourut évidemment par les effets de l’opium qui n’ont pu être balancés par la petite dOae du camphre. Dans la seconde expé-
(f) tticerche intorno agli effetti prodoiu dalla confora sull ’ eeonomia animale, letr. j. Opuscoli délia societ. med. chir. di Bologna, vol. 11, fasc. 4, p. 106.’
camphre.
rience , on obtint le même résultat; seulement le combat dura un jour demoins, parce que celle fois on ajouta aux cinq décigrammes de camphre deux décigrammes d’opium. Que si Scuderi prétend que cctle dose d’opium n’est pas énorme parce qu'un lapin a pu la supporter une seule fois sans succomber, cela n’arriverait pas en répétant l’épreuve pendant plusieurs jours, et cela n’est pas non plus arrivé aux autres expérimentateurs qui essayèrent l’opium sur les animaux et sur les lapins mêmes , quoiqu’ils tolèrent très- peu cette substance. Une démonstration plus claire encore de l’action hyposthénisante du camphre est celle qui résulte des expériences du même auteur par l’administration de l’ammoniaque liquide et du camphre à la fois. En administrant à doses progressives tant l’une que l’autre substance, Scuderi parvint, au quatorzième jour , dans lequel la dose du camphre était de sept décigrammes, et celle de l’ammoniaque de dix, et il n’était arrivé aucun phénomène ; seulement alors le lapin commençait à devenir inquiet et à éprouver quelque gêue dans la respiration. Mais par la suite, quoiqu’on eut continué à augmenter les doses jusqu’à huit décigrammes et demi de camphre, et treize d’ammoniaque, le dix-neuvième jour on n’observa d’autre symptôme que la même agitation et une sorte de gêne dans la respiration. Scuderi dit que ces résultats lui ont paru étranges ; pour nous , au contraire, ils sont très-clairs : nous trouvons là effectivement une parfaite neutralisation de deux actions opposées , celle de l’ammoniaque étant stimulante.
Ce qui confirme cette manière de voir, c’est qu’ayant chez le même lapin remplacé l’ammoniaque liquide par quatre décigrammes de sous-carbonate d’ammoniaque, l’animal mourut promptement par l'action du camphre que le carbonate d’ammoniaque n’a pu contrebalancer.
Wolez bien que Scuderi lui-même avait administré à des lapins le sous-carbonate d’ammoniaque seul, à là dose de huit à douze grains , sans obtenir aucun effet sensible, et pourtant cet auteur prétend, contrairement à ses propres expériences, que l’ammoniaque liquide ne produit qu’une action incertaine, fugace, et que liuitgrains de sous-carbonate d’ammoniaque avaient produit plus 4’effet que vingtsix grains d’ammoniaque pure.
Les expériences avec le camphre et l’alcool ont donné des résultats analo-
gues aux précédents. Les lapins ont toléré de très -hautes doses de camphre et d’alcool mélangés au-delà de quinze jours. Dans ces expériences le camphre n’a point occasionné les convulsions qu’on avait observées lorsqu’on l’avait administré seul. Ayant fait prendre à un lapin neuf décigrammes de camphre ( dix-huit grains) et huit grammes d’alcool (deux gros), l’animal mourut ivre par l’alcool. Chez un autre lapin on donna une dose pareille à la précédente de camphre et une quantité moins forte d’alcool , l’animal n’est pas mort. On lui a ensuite administré de l’eau cohobée de laurier-cerise et il a succombé. — Il nous reste à parler des effets du camphre combiné à des remèdes controstimulants. On s’est assuré d’abord que les lapins ne mouraient point avec un gros d’eau cohobée de laurier-cerise, mais qu’ils succombaient lorsqu'on leur en donnait quatre scrupules. M. Scuderi a administré à plusieurs lapins des doses minimes de camphre et d’eau de laurier-cerise. Les symptômes dominants ont été : l’abattement, la lassitude , des vomissements. Ces derniers disparaissaient lorsqu’on administrait de l’eau de laurier-cerise, mais l’animal restait dans l’immobilité absolue. On a, par conséquent, cru à tort que l’eau cohobée pouvait détruire les effets du camphre ; bien au contraire elle les augmente en y ajoutant les siens propres ; car , bien certainement, l’immobilité, l’extase, la paralysie , les tremblements énervés , excluent les convulsions, les mouvements violents ; ils indiquent le plus haut degré d’hyposthénie. Effectivement ces animaux sont morts peu de temps après.
Chez l’un de ces lapins , trois grammes (deux scrupules) d’eau cohobée suffirent pour lui donner la mort ; c’est que les jours précédents il avait déjà pris dix décigrammes et demi de camphre (onze grains) conjointement à de l'eau de laurier-cerise. Chez un autre la mort a eu lieu à la suite de neuf décigrammes et demi de camphre; c’est qu’il avait été affaibli précédemment par de l’eau cohobée de laurier-cerise. Les mêmes effets ont été observés chez d autres lapins avec dix-neuf grains de camphre précédés par de l’eau de laurier et avec seize grains précédés par l’administration de quelques doses modérées de nitre. Or, si une dose bien moindre de camphre et d’eau cohobée , que celle qui est généralement nécessaire, a été suffisante.
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pour produire la mort , et si cela est arrivé lorsque les deux substances étaient données, soit conjointement, soit alternativement, il faut conclure que ces deux substances s'aident réciproquement et que leur action est analogue. Puisque d’ailleurs l’opium uni au camphre et le camphre uni à l'alcool n’ont pas produit la mort, quoique leur usage ait été continué pendant plusieurs jours, et que ces animaux n’ont succombé que lorsque l’opium et l’alcool ont été administrés à dose très-élevée; puisque, comme l’auteur en convient lui-même, il a fallu plus de temps pour produire la mort lorsqu’au camphre étaient combinées des substances stimulantes; puisque, enfin, l’ammoniaque liquide neutralise entièrement les effets du camphre, on sera forcé de conclure que l’action du camphre est opposée à celle des substances stimulantes , et , par conséquent , qu’elle est hyposthénisante.
Nous sommes arrivé à cette conclusion en analysant seulement la valeur des expériences du docteur Scuderi que l’auteur avait faites pour soutenir une opinion diamétralement opposée. Elles ont toute l’apparence de la simplicité véridique, et si elles pèchent en quelque chose c’est dans l’interprétation erronée que l’auteur en a faite en faveur de l’action liypersthénisante du camphre. En conséquence , si , pour prouver notre thèse, nous y sommes parvenu en nous servant d’expériences faites dans un but pareil, cela nous dispense de la nécessité de faire valoir des expériences dirigées dans un but opposé. Je dirai seulement que les personnes qui voudront les répéter doivent se rappeler en premier lieu que le camphre ne se digère que très - lentement , et que ses exhalaisons ne pénètrent dans l’assimilation que petit a petit. Lorsque l’estomac est encombré par d’autres substances, l’absorption du camphre est moindre, et conséquemment son action plus faible. On comprend parla pourquoi, dans d’autres expériences de Scuderi, la jusquiame et la ciguë, dont les lapins tolèrent de fortes doses , ne parurent pas augmenter les effets du camphre et qu’ils les ont au contraire diminués. Il ne faut pas oublier en second lieu que l’eau et tous les liquides , qui ne dissolvent pas les résines, empêchent l’absorption du camphre dans l'estomac, et par cela même en diminuent les effets. Cela arrive aussi en partie avec l’çuu de laurier-cerise, notamment
si elle est délayée. Cet effet purement mécanico - chimique , indépendant de l’action vraiment dynamique, doit être considéré dans les expériences. Troisièmement, les liquides, au contraire, dans lesquels les résines peuvent être dissoutes, tels que les huiles et l’alcool, aident l’absorption, doivent par là en rendre l’action plus prompte et plus énergique; bien que l’alcool puisse par la suite en diminuer un peu l’effet sous le rapport dynamique. Toutes ces circonstances extrinsèques à la véritable action des substances employées, mais inévitables d’après les enseignements de la chimie , étaient également dans les expériences de Scuderi à notre préjudice , mais nous n’avons pas eu besoin de les faire valoir, puisque les effets , même sans elles , étaient très-évidents.
§ IV- Effets chez l'homme en santé.
— Les premiers effets du camphre donné à dose modérée sont éprouvés dans la bouche et dans le gosier par une légère sensation de fraîcheur. A cette sensation succède une chaleur également légère et de courte durée qui se fait sentir dans l'estomac. Si l’on répète les doses de camphre pendant quelque temps , ou éprouve comme des bouffées de chaleur vers la tête et aux oreilles , puis une légère céphalalgie. Si dès le commencement l’appétit augmente un peu , par la suite , en élevant et en continuant la dose, la faim cesse, et l’on éprouve des rots sentant fortement le camphre , pesanteur à l’estomac, soif, anxiété, nausées, vomissements. Si l’on en excepte ces deux derniers symptômes, tous les autres pourraient bien être pris pour des signes de surexcitation , tandis qu’ils ne sont en réalité que des phénomènes dépendant d’un trouble mécanique , à cause de la résistance que préseute le camphre à l’action digestive. Ils ne sont effectivement que des phénomènes d’embarras ou de plénitude d’estomac que tout le monde comprend aisément. — En même temps cependant le pouls s’abaisse, devient mou, lent, et cela dès le commencement, d’autant plus que la dose est assez forte ; l’abattement va parfois jusqu’à l’évanouissement et à l’asphyxie. Le froid aux extrémités et à tout le corps, avec tremblement et pâleur générale, suit tous ces symptômes. En attendant , les sueurs qui s’étaient déclarées dès le commencement deviennent froides et copieuses ; l’urineenfin, qui est très-abondante, finit par couler involontairement. Chez
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quelques individus, le pouls, au lieu de se ralentir , devient excessivement faible et en même temps irrégulier et fréquent. — Ces phénomènes sont toujours accompagnés d’un sentiment de lassitude et d’abattement; la vue, qui, au commencement, était claire, s’obscurcit: l’œil se ternit, et l’imagination se trouble; on tombe dans l’assoupissement et dans le délire , ou bien il se manifeste des spasmes avec craquement et grincement, des convulsions avec écume à la bouche et de la fureur. Si l’action du camphre est progressive , on passe de ces symptômes à la paralysie et à la mort.
Plusieurs auteurs parlent d’un autre effet du camphre ; c’est l’impuissance au coït. On prétend que ceux qui entreprennent de longs voyages par mer , et les peintres qui font poser des femmes nues, s’appliquent du camphre sur le scrotum dans le but de prévenir les désirs vénériens. On raconte même que chez quelques personnes ces simples applications locales du camphre ayant été continuées long-temps ont fini par produire l’impuissance. Pour s’assurer de l’action du camphre , Alexander l’essaya sur lui-même et il mit ses jours en danger. Il a pris trois grammes environ de camphre (deux scrupules) dans un sirop; jlix minutes après , le thermomètre , appliqué sur la région de l’estomac , s’abaissa d’un degré, et le pouls, qui donnait auparavant soixante-dix-sept battements par minute, n’en donnait plus que soixante-quinze ; après quinze autres minutes, la chaleur et le pouls étaient revenus à leur état primitif. Il éprouva , dès le commencement, une lassitude générale, un abattement moral , des bâillements , des tiraillements dans les membres , qui augmentèrent par la suite. Au bout de trois quarts d’heure, le pouls donnait dix battements de moins par minute. Il fut pris ensuite de vertiges avec oppression ; ses idées se brouillèrent, il ne pouvait plus se tenir debout. Il prit un peu de bouillon , et ayant essayé de lire , les lettres lui paraissaient toutes en désordre et placées les unes sur les autres; il lui survint un bourdonnement d’oreille trèsfort, puis il tomba en syncope. Dans ce moment , il arriva chez lui un de ses élèves qui le vit couché sur le dos , mais tranquille ; un instant après, il se releva brusquement, se plaça sur son séant , et fit des efforts inutiles pour vomir; puis, il se recoucha en jetant des hurlements effrayants. Un instant après, il éprouva
des convulsions avec écume à la bouche, roulement des yeux , et il tomba en défaillance; sa figure se maintint pourtant toujours colorée. Bientôt après arriva Cullen , qui le trouva un peu éveillé ; il éprouvait un grande chaleur, se jeta sur le plancher, demanda de l’eau froide pour y plonger les mains et se laver la figure; mais , quoiqu’il put connaître ses assistants, il ne savait rendre aucun compte de son état. Monro arriva ensuite, il comprit de suite de quoi il s'agissait en jetant les yeux par hasard sur les notes qu’ Alexander avait écrites tant qu’il avait pu ; on lui fit boire de l’eau tiède à force, qui provoqua des vomissements, et lui fit rendre une grande quantité de camphre. Le pouls était à cent. On lui administra du suc de citron et d’orange à deux reprises, mais sans le moindre avantage ; il commença à revenir à la connaissance et à se rappeler le passé. Tous les objets qu’il voyait lui paraissaient nouveaux , même les objets et les instruments de son cabinet; il n’en connaissait plus l’usage. Il éprouva pendant quelque temps de la céphalalgie , des étourdissements , de l’agitation , mais la nuit se passa assez calme. Le lendemain il eut une garde robe très-difficile; dans la journée il était bien, mais éprouva une sorte de raideur dans fout le corps, comme s’il eût été exposé au froid ou qu’il eût essuyé une fatigue extraordinaire (1).
J’ai cru devoir m’arrêter sur ce fait d’Alexander parce que les effets du camphre furent bien caractérisés; qu’étant rédigé par un médecin qui lui attribuait des facultés excitantes , il était à présumer qu’il n’avait omis de mentionner aucun des phénomènes qui pouvaient se rapporter à cette idée. Nous croyons néanmoins que dans ce tableau tous les caractères expriment de la manière la plus évidente l’action hyposthénisante. L’abaissement du pouls effectivement et de la chaleur animale, les vertiges, la prostration , les défaillances , etc. , n’indiquent pas autre chose. On ne dira pas que ces phénomènes pourraient être aussi le résultat d’un excès de stimulation, d’une sorte d’oppression des forces, comme dans le plus haut degré de l’ivresse, puisqu’ils se sont manifestés dès le début de l’administration du camphre. Ce sont donc là de véritables effets primitifs.
Lorsque le pouls devint fréquent, et que
(1) Experim, essay, etc., p. 227,
la chaleur animale augmenta , le trouble de l’action constitutionnelle du camphre
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le cas d’une femme qui, ayanj pris
avait déjà été produit, et l’estomac s était alors ressenti de l’action indigeste clu médicament. Les remèdes qu’on administra après l’émétique furent les acides, et ils curent évidemment un résultat plutôt nuisible, puisque, quoique le camphre eut été presque tout rejeté par le vomissement , Alexander n’en resta pas moins pendant plusieurs jours malade.
Cela n’arrive pas ordinairement à ces doses lorsqu’on administre d’autres remèdes. Nous pourrions citer une infinité d'autres faits , tant récents qu’anciens , pour prouver la même thèse. Sans parler des Arabes , qui regardaient le camphre comme un remède froid (1) ». comme un antidote des poisons chauds (2), nous savons que Frédéric Hoffmann , qui était d’abord incertain sur la véritable action du camphre (3) , s’est ensuite assuré par expérience que cette action était rafraîchissante. Premièrement chez un malade qui ayant avalé par erreur un liniment camphré dont il devait se frictionner , éprouva bientôt des vertiges ; ses extrémités devinrent froides , pâleur effrayante , pouls petit , faible , sueur glaciale à la tète, délire. Ces phénomènes lui annoncèrent un véritable empoisonnement hyposthénique (4). Secondement, il s’en est convaincu par des expériences qu’il fit sur des liommes bien portants et par l’usage qu’il en fit consécutivement chez des malades. Hoffmann ne vit jamais de symptômes d’excitation sous l’influence du camphre, ni d’élévation dans le pouls ; il observa , au contraire , des effets de réfrigération , surtout vers les hypocondres (5). Lod. Tralles , en s’appuyant sur les faits d’Hoffmann, sur ceux d’autres auteurs , et sur les siens propres, conclut avec raison que l’action du camphre est incontestablement réfrigérante (6). Pouteau a également démontré le même fait. 11 rapporte
soixante grains de camphre dans l’espace d’une demi-heure, éprouva un froid général, une pâleur mortelle, et autres symptômes alarmants. On l’a réchauffée à l’aide de moyens mécaniques, et les symptômes se sont petit à petit dissipés sans sueur ni autre évacuation (l). Griffen prouva de même l’action affaiblissante du camplire. Un individu auquel il avait fait prendre deux scrupules de cette substance, a offert un abaissement considérable du pouls, de la confusion dans les idées, de l’assoupissement, pâleur, froid général. Chez un autre , auquel il en donna deux grammes (demi-gros), le pouls ne changea pas ; mais deux heures après il eut des nausées, des vertiges, brouillement de la vue, confusion dans les idées ; puis, une fois que le vomissement eut lieu avec force, le pouls devint fréquent, petit et faible, et il éprouva pendant quelque temps une grande faiblesse , notamment aux membres inférieurs (2). On a remarqué dans ce cas que le pouls devient plus fréquent après le vomissement. C’est là un effet passager qui tient au trouble mécanique déterminé par le vomissement et par l’irritation que le camphre produit dans l’estomac par suite de son peu de digérabilité. Pour ne pas prolonger ultérieurement cette discussion , nous passerons sous silence les faits analogues de Werllioff (3), de Berger, de Lassonne, de Home, de Collin. Ce dernier, bien qu’il ne soit pas partisan de l’action réfrigérante du camphre , dit pourtant qu’à la dose de douze grammes par jour, cette substance n’a pas produit dans le pouls la moindre accélération (4). La même remarque est faite par Lœsekc à la dose de huit grammes (5) ; à une dose moindre , Hufeland vit le pouls s’abaisser de dix pulsations par minute (G) , ainsi que Hahnemann, lequel nota le froid universel, la pâleur , les yeux épouvantés et fixes , la
(1) Aviccnna, p. 535.
(2) Joncs, Dict. uriiv. do mcd., p.
(3) De camphor. usu intern. secur. et præstant. Halrc, 475 J.
(4) Consult. et resp. med. sect., cas xix, p. 43.
(5) Observ. phys. chæmic., lib. i, obs. 12, p. 64.
(6) De camphoræ virtute réfrigérante exercit. phy$. med. Uratislav., 1754.
(1) Mélanges de chirurgie, p. 184.
(2) De viribus camphoræ diss. Edimb.» 17G5, p. 7.
(3) Except. e commcrc. novic. opor.
med., p. 722.
(4) Camphoræ vires, sive obs. cire, morb. oc. et chron. fact. P. m. Vienne,
(5) Mater, mcd. Bcrol., 1790.
(G) Journal der prat. Arzneyk., 1 Bd,, p. 428.
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perte des sens et de l’entendement , la dyspnée et l’orthopnée , un tremblement dans les pieds , sueurs froides , pouls petit et très-lent (l). Avant ces auteurs, Cullen , se basant sur ses propres observations et sur celles de plusieurs auteurs, avait déjà combattu efficacement la prétendue vertu échauffante du camphre, et mis hors de doute son action réfrigérante ( 2 ). Parmi les modernes, le docteur G. Coruzzi s’est occupé de la vérification de l’opinion des anciens , concernant l’action réfrigérante ou conlro-stimulante du camphre ; il expérimenta celte substance sur lui-même à des doses variables. Il n’éprouva jamais le moindre effet d’excitation; loin de là, il fut constamment pris de frissons, de fai blesses, d’abaissement dans le pouls, d’obscurcissements de la vue, etc. H n’a pas omis de faire des expériences comparatives, et il observa qu’avec l’alcool, dont la force hypersthénisante n’est, je crois, contestée par personne, tous les phénomènes du camphre disparaissaient, et que par des doses proportionnées de ce dernier, disparaissaient également les effets de l’alcool (3). L’opposition qui existe entre l’action des hypersthénisanls et le camphre était déjà connue des auteurs ci-devant cités. Iiallé nous apprend que le camphre est l’antidote de l’opium (4), tout comme l’opium est l’antidote du camphre , au dire de Gonsbruch (5). On s’attendra peut-être que nous donnions ici raison des expériences faites chez l’homme par le docteur G. Bergonzi (6) et par Scuderi (7), expériences par lesquelles ces auteurs soutiennent que l’action du camphre est stimulante. 11 nous serait facile de prouver que dans ces expériences les symptômes d’abattement, de faiblesse, de diminution de l’irritabilité , prévalaient; ces symptômes n’augmentaient par l’addition des hyperslhénisants qu’alors seulement que la proportion du camphre était excessive. Constamment, en effet.
(t) Fragm. de virib. medic., p. 47.
(2) Tract, de mater, mcdic. Padova, trad. ital., t. v, p. 84.
(3) Giornal délia soc. mcd. chir. di Farina, fasc. 51, p. 208.
(4) Memor. de la soc. roy. de niéd., 1783, p. 60.
(5) Taschonb. der Arm., 1819, p. 173.
(0) Gior. délia soc. med. cliir. di Farina, fasc. 57, p. 3.
(7) Opuscoli délia soc. med. chir. di Bologna, 1827. Gen., p. 85.
la combinaison des hyperslhénisants avec le camphre, même à dose modérée, augmentait de beaucoup la prostration et l’abaissement du pouls. Les pollutions involontaires que les sujets éprouvèrent pendant la nuit, indiquent un état de langueur dans l’organisme , et nullement une augmentation d’énergie vitale. Les phénomènes de la perle d’appétit, de chaleur augmentée, de rougeur à la figure, avaient pour cause le dérangement de l’estomac ; la fréquence du pouls n’a été observée que dans quelques circonstances exceptionnelles, et dépendait de circonstances individuelles. Tant l’un que l’autreexpérimentateurs, en effet, avouent que leur pouls a été irrégulier ; chez Scuderi il était même intermittent. En conséquence , on aurait tort de se régler sur les modifications du pouls pour établir l’action excitante; cela est si vrai , que chez les autres individus de l'expérience, le pouls ne s’accéléra point, il se ralentit au contraire.
§ Y. Effets dans les maladies. — Indépendamment de la vertu rafraîchissante qu’un grand nombre d’écrivains reconnaissentau camphre, ou échauffante selon d’autres, plusieurs auteurs attribuent à ce médicament d’autres propriétés, en particulier celles d’être anti-septique , anti-spasmodique , diaphorélique et anthelminlique. Expliquons-nous brièvement sur ces articles. — On appelle anti-septiques les moyens capables de s’opposer à la putréfaction des parties animales ; et si l’on parle de remèdes, on doit entendre des substances qui empêchent la putréfaction des parties vivantes. Dans un temps où l’on supposait que les infirmités humaines étaient produites par des principes malfaisants auxquels on attribuait une existence particulière, les médications n’avaient d’autre but que de détruire ces prétendus principes; de là , l’origine de la thérapeutique anti putride. Toutes les fois que les évacuations étaient arrêtées, ou que les matières rendues offraient certains caractères , ou bien qu’une mortification ou gangrène se déclarait quelque part, le principe septique paraissait en scène. Il y a aussi aujourd’hui des médecins qui parlent de fièvres putrides et de principes morbides dépendant de dégénérescences animales.
Ces vieilles hypothèses méritent à peine d’être réfutées aujourd’hui. Il est pourtant étonnant de voir, même en France, des hommes éclairés reproduire sous différentes formes les idées de la médecine
éAMPHRÉ. 199
humorale ; je veux'parler Je la prétendue altération primitive du sang. Nous avons déjà parlé de cette chimère dans les prolégomènes; nous y reviendrons ailleurs avec plus de détails. Qu’il nous suffise pour le moment de rappeler que la putréfaction est un ellet des affinités physico-chimiques, et qu’elle ne peut avoir lieu que lorsque l’empire de la vie a complètement cessé. Tant que la vie existe, la putréfaction est impossible, cette dernière étant synonyme de mort.
Or, prétendre empêcher la putréfaction des parties vivantes , c’est prétendre l’absurde ; car ce serait empêcher leur mort, et, pour empêcher leur mort, ce ne serait pas avec les anli-septiques qu’on pourrait y parvenir, mais bien en parvenant à dissiper le travail morbide qui marche vers l’extinction de la vie. S’agitil d’un étranglement, d’une compression qui intercepte les opérations organiques dans une partie et la menace de mortification ? Le véritable anti septique est le moyen mécanique qui enlève l’étranglement, la compression. S’agit-il d’une inflammation qui menace de paralyser la vie dans une région 1' Les véritables antiseptiques sont les anti-phlogistiques.
S’agit-il au contraire d’une hyposthénie? Les anti septiques sont les excitants convenablement employés. En un mot, il n’v a pas de véritables anti-septiques dans le sens généralement admis en thérapeutique , à moins qu’on ne désigne pur là les moyens capables de combattre la condition morbide qui est la cause de la destruclion de la vie , car je le répète il n’y a pas de putréfaction là où la vie existe encore, ür, le devoir du médecin est de conserveries parties vivantes, non les parties mortes, et sa puissance ne va pas malheureusement jusqu’à rendre vivantes celles qui sont déjà mortes. Celles-ci , abandonnées par la vie , rentrent de suite dans le domaine des forces générales de la nature inorganique.
•le sais bien que la chimie possède plusieurs moyens capables d’empêcher ou de retarder la putréfaction des parties animales mortes, et je sais aussi qu’à cet efiet elle vise à éloigner une ou plusieurs des conditions nécessaires à ce changement chimique, savoir; le calorique, 1 électricité , l’humidité , l’air atmosphérique, etc. ; le froid , la dessiccation rapide, la fumigation, l’endurcissement au soleil, l’enduit avec des matières qui préservent de l’humidité et de l’élect ricitO , tels que le charbon , les résines ,
les baumes, le camphre , répondent à ce but. On conserve ainsi des substances animales non corrompues pendant des années et même des siècles. Le camphre et plusieurs des autres substances que je viens de nommer ont peut-être aussi le pouvoir d’einpêcher le développement de ces petits nouveaux êtres qui doivent leur vie à la putréfaction des matières animales. Dans ce cas, ces substances seraient précisément anti-septiques, parce qu’elles sont ennemies de la vie. Quoi qu’il en soit , je le demanderai, qu’ont à faire ces moyens mécanico-chimiques avec les remèdes , et qu’ont-ils à faire avec la vie ? Quel parti pourrait en tirer le médecin dans le traitement des maladies, du moins sous ce point de vue, puisqu’ils ne sont utiles que pour les substances mortes? Et, s’il considère comme telles les parties sur lesquelles il les emploie, comme sur les tissus gangrenés , par exemple, quel but salutaire se proposerait-il ? Est-ce pour conserver la partie gangrenée, en l'embaumant?
Mais il devrait plutôt chercher t'es moyens de l’enlever le plus tôt possible, et empêcher par là que les tissus voisins n’en ressentent une lâcheuse influence. Voudrait-il par hasard embaumer dans l’estomac les matières saburrales plutôt que de les évacuer? L’essentiel est, comme on le conçoit, de corriger l’état morbide de l’organe afin d’empêcher qu’il ne s’en secrète de nouvelles. Ces remarques critiques concernant les prétendus remèdes anli-septiques ne nous empêchent pas de reconnaître , dans le camphre comme dans d’autres substances, la propriété d’empêcher chimiquement ta putréfaction de certains corps morts. Qu’on appelle cette propriété anti-seplique , si l’on veut, mais il y a loin de là a un remède de ce nom. Dans aucun cas cette propriété chimique ne peut être profitable aux malades comme remède dynamique. Nous ne conclurons pas de ce qui précède que l’usage du camphre, tant loué par les anciens dans le traitement de la gangrène tant humide que sèche , soit contre-indiqué ; les faits rapportés par Collin, par Pouteau (1), par Renard
(2), par Vogel (a), par Himly (à) , par
(1) Livres cités.
(2) llufeland’s Journ., 22 Bd., 2 st., p. 24.
(3) Loders, Journ. f. d. ebir., 2 Bd.
(4) Abh. üb. d. Brand, p, 44.
CAMPHRE
Kauscli (l) , par Hoffmann (2) et par plusieurs autres ne restent pas moins dans la science comme un témoignage irrécusable de l'utilité du camphre contre cette maladie. En refusant effectivement au camphre sa vertu anti-septique , nous sommes loin de contester sa véritable action dynamique ; à ce titre , il constitue un des meilleurs anli-phlogistiques dans le traitement de la gangrène. L’expérience et le raisonnement s’accordent parfaitement à ce sujet. La gangrène est le résultat d’un travail morbide particulier qui s’établit dans les tissus, travail bien différent par ses caractères de la mort et de la putréfaction, mais ayant avec ces dernières quelque ressemblance en ce qu'il tend à détruire irrévocablement les parties. 11 faut distinguer la gangrène de la mortification : la première est une cause de mort , celle-ci en est l’effet ; la gangrène s’effectue sous la puissance des lois dynamiques, la mortification, au contraire , sous celle des lois mécanico-chimiques. Les pathologistes modernes enseignent 4|ue la gangrène spontanée est généralement le résultat de l’inflammation. Quoi qu’il en soit de celte opinion, contentons-nous de ne tenir ici compte que des gangrènes dépendant de phlogoses. On sait que chez quelques individus, et dans quelques tissus, l’inflammation passe aisément à la gangrène; mais on sait aussi que chez tout individu, et dans tous les tissus , la gangrène peut avoir lieu lorsque l’inflammation est très-vive. Les autres terminaisons de la phlogose dépendent aussi de certaines conditions particulières soit des tissus , soit de l'individu , mais le degré de l’inflammation y a la part principale. Or, pour ne parler ici que des inflammations externes et des trois terminaisons les plus simples et les plus ordinaires, savoir: la résolution, la suppuration, et la gangrène, supposons que pour la terminaison la plus lâcheuse, c’est à-dire la gangrène, il faille le plus haut degré d’inflammation, et que ce degré soit, par exemple, dix ; que pour la suppuration il en faille sept, et que cinq suffisent pour la résolution , il est clair que dans l’inflammation du plus haut degré le médecin pourra être assez heureux pour faire descendre le mal audessous des cinq degrés , et se terminer
(1) Hufeland’s journ., 23 Bd., 3 si., p. 82.
(G) Der Milzbrand, etc., 1827, p. 295.
par la résolution ; si ses moyens ne le font descendre que jusqu’à sept, on aura la suppuration ; et enfin , s’il ne peut en éteindre aucun degré, ou du moins si sa médication ne fait qu’enlever le surplus des dix degrés , il aura inévitablement la gangrène. L’étude et les soins du praticien doivent donc tendre à modérer la violence de l’inflammation à l’aide de tous les moyens à sa disposition; c’est ainsi qu’il peut empêcher la gangrène.
Parmi ces moyens, outre les anti-phlogistiques généraux , la thérapeutique emploieavec avantage le camphre à l'extérieur et à l'intérieur, car il est un hyposthénisant puissant.
Non-seulement ces moyens conviennent pour prévenir la gangrène, si elle est imminente , mais encore si elle est déjà déclarée et en marche progressive.
Dans ce cas, le chirurgien vise à la borner, et pour cela il emploie utilement le camphre comme moyen anti-phlogislique sur les parties saines. Il l’emploie aussi sur les parties enflammées, spécialement sur les points où la phlogose est le plus prononcée et menace de mortification. On sait que l’inflammation locale grave a toujours un point où le plus haut degré de l’hypersthéniefait centre ; de ce point elle décroît graduellement jusqu’aux tissus non enflammés. Entre ce point central et la dernière limite de l’inflammation , on peut imaginer plusieurs cercles concentriques, à différents degrés d’hypersthénie, les uns prédisposés à la gangrène, les autres à la suppuration , et les plus excentriques à la résolution. Si l’inflammation a une tendance vers une heureuse terminaison , l’hypersthéuie disparaît dans le cercle le plus éloigné, et dans les suivants, elle diminue en se resserrant vers le centre , jusqu’à cesser entièrement, ou à y laisser la suppuration.
Si, au contraire, il y a tendance à l’accroissement, le dixième degré, ou le degré supérieur au dix que nous avons supposé déterminer la gangrène, s’empare des cercles successifs. De nouveaux cercles plus grands s’ajoutenlà ccsderniers ; l’inflammation s’étend et la gangrène se propage. Le but par conséquent que le chirurgien doit se proposer, dans le traitement de la gangrène , c’est de faire que la suppuration se fixe dans un des cercles les plus proches du centre, et que de là la partie mortifiée sc sépare. Il ne pourra obtenir autrement ce but qu’en réduisant l'hypersthénieau septième degré, à l’aide des anti-phlogisliques les plus énergi-
CAMPHRE
ques, et le camphre ne fait autrement obtenir ce résultat que par sa seule vertu hyposthénisante. Que les praticiens et les pharmacologues viennent maintenant nous dire encore, ainsi qu’ils l’ont fait jusqu’à ce jour, que la gangrène doit être traitée par les toniques et les stimulants, afin de donner delà force aux parties qui en sont menacées. Chacun voit combien ce précepte est absurde et ridicule , si l’on réfléchit qu’avec les stimulants, dans les inflammations, on ne donne pas de force aux parties, mais bien à l’inflammation elle-même. Que si, par toniques et stimulants, on entend indiquer le camphre, et autres remèdes analogues, dont nous parlerons plus tard, nous serons d’accord avec eux pour ce qui est du fait pratique.
Nous n'entendons faire ici allusion , bien entendu, qu’à la gangrène dépendant d'inflammation , ainsi que nous l’avons déjà dit ; mais s’il s’agissait de la gangrène hyposthénique , par exemple, ou de la mortification qui succède à l'interception de la circulation ou à l’action du froid, dans ces cas, l’usage du camphre serait hautement contre-indiqué.
Passons à autre chose.
Dans les fièvres qu’on a appelées putrides, si le camphre ne convient nullement comme anti-septique, il peut remplir parfois quelques indications salutaires. Il en est de même dans les fièvres malignes dites nerveuses et dans le typhus. Nous voici sur un terrain difficile. Pour être bien compris pair tous nos lecteurs, il faudrait empiéter un peu trop dans le domaine de la pathologie , et sortir par conséquent des limites que nous nous sommes prescrites. Ce que nous allons dire , nous l’adressons aux médecins familiarisés avec les données de la nouvelle pathologie italienne : nous écrivons pour ceux qui ne sont pas rebutés du mot phlogose, quoiqu’il leur revienne trop souvent à l’oreille, et qu’ils aiment à étudier ou du moins à admettre cet élément si commun des maladies jusqu’à ce qu’ils parviennent à reconnaître son existence , et la lumière très-vive que cette connaissance répand sur toute la pratique de notre art. Je suppose en conséquence qu’ils aient lu et médité au moins ce qu’ont écrit sur la malignité «les fièvres deux grands praticiens , Baglivi et Sydenham , ce qu'a écrit sur le typhus et sur les fièvres nerveuses Tommasini, et enfin ce qu’eu ont dit après lui plusieurs autres médecins italiens et
étrangers, principalement Broussais et ses élèves. Cela admis , on comprendra aisément comment le mot fièvre putride, maligne et nerveuse ne peut donner qu’une idée abstraite de la maladie ; il n’exprime en effet qu’une qualité extrinsèque et imaginaire; on comprendra comment ces fièvres doivent avoir un siège dans un organe ou dans un système d’organes; comment plusieurs de ces fièvres ne sont que des gastro-entérites, des gastro-hépatites, mais d’une forme différente de celles qui , sous une pareille dénomination, étaient décrites jadis par les auteurs classiques, c’est-à-dire sans douleur, et sans les autres symptômes propres du phlegmon (à cause peut-être de leur nature érysipélateuse ou de leur siège très-étendu) ; comment, par suite de cela , elles s’offrent avec l’apparence d’adynamie et trompent les hommes irréfléchis qui prennent cet état pour une véritable hyposthénie; pourquoi les embarras gastriques dont sont accompagnées quelques-unes de ces fièvres, et qui les ont fait nommer gastriques, bilieuses et putrides, ne constituent point le caractère pathologique , mais simplement une partie du mal , et bien plutôt un effet, un produit, que la véritable cause ; pourquoi , à cause de sa nature érysipélateuse et facile à se répandre, la phlogose se propage aux membranes cérébro-spinales, et alors s’y associent des phénomènes nerveux, savoir des lésions dans les sensations , dans les mouvements , et dans les facultés intellectuelles qui font changer le nom de la maladie en celui de fièvre nerveuse ou de typhus, mais qui ne la font point changer de nature , si ce n’est qu’elle s’aggrave beaucoup en devenant gastro-méningite. Ces simples notions seront facilement comprises par les praticiens dont les travaux ont pour but la recherche de la vérité, et non des chicanes propres à combattre les innovations ; elles seront comprises par tous ceux qui ont des idées complètes sur toutes les variétés de la phlogose, et qui sont au courant des progrès de l’anatomie pathologique. Il ne s’agit pas ici de changer le nom de la maladie, mais bien la mélhode curative. Si les praticiens voulaient consulter les relevés des cliniques ou leur propre expérience, ils verraient que la généralité des cas de fièvres dites putrides , malignes et nerveuses, traitées par les remèdes véritablement hypersthénisanls , tels que les éthers , l’ammoniaque, les opiacés, la
camphre.
potion excitante (le Frank, se sont presque tous terminés parla mort, et que la plupart de ceux qui ont été traités par les anti-phlogistiqués sont guéris.
Ce fait fondamental, nous l’avons démontré dans un relevé de quatre années de noire clinique. Nous avons démontré en même temps qu’en traitant dès le début les fièvres dites gastriques ou dépendant de gastro-entérites, et les fièvres dites rhumatismales ou dépendant d’artériles , surtout lorsque la céphalalgie est opiniâtre , en les traitant , dis-je , par les anti-phlogistiques, l’appareil des symptômes nerveux ne se développe point, et s’il se développe, cela tient à la pusillanimité du praticien, qui croit avoir assez fait lorsqu'il a purgé et fait suer le malade. Les soustractions de sang, à l’aide de la lancette et des sangsues , celles du calorique par l’application de la glace à l’extérieur et à l’intérieur, surtout par des lavements très- froids, et l’administration des hyposthénisants gastriques, gastro-entériques, cardiaques et cérébrospinaux, produisent des résultats heureux, ainsi que l’expérience nous l’a prouvé. Parmi les hyposthénisants, nous devons nommer en particulier le camphre , dont l’action est des plus salutaires dans les lièvres rhumatiques, lesquelles ne sont , selon nous , que des artérites avec tendance de propagation au cerveau. Le camphre, dans ces cas, remplit la double indication de combattre l'irritation du cœur et du cerveau, par suite de sa vertu hyposthénisanle cardiaco-vasculaire. S’il s’agit au contraire de gastro-méningite, le camphre cède sa place à la glace et aux hyposthénisants gastriques et entériques, mais il peut aussi être utile après que les phénomènes abdominaux primitifs auront été apaisés, et que les symptômes cérébro-spinaux, bien que secondaires, persistent encore.
Ces remarques expliquent, à ce que nous croyons, pourquoi les anciens, qui saignaient leurs malades , ainsi que nous le verrons ailleurs, avaient une si grande confiance dans le camphre.
Il y a néanmoins des auteurs qui blâment l’usage du camphre dans ces maladies , et ce sont ceux qui, ayant reconnu la véritable nature de la maladie, méconnaissent encore la véritable action du camphre. Ils disent avoir vu mourir des malades atteints de ces fièvres, qu’on avait traités à l’aide du camphre. C'est ce que j’ai vu moi-même. Cela tient a ce que le camphre a été administré à petites
doses et conjointement à des remèdes stimulants.
Nous ne nous arrêterons pas longtemps sur la.vcrlu anti-spasmodique que plusieurs auteurs attribuent au camphre.
Nous nous sommes déjà expliqué à ce sujet dans les prolégomènes et dans 1 article Opium. Nous avons fait voir que généralement les convulsions se rattachent à un état hypersthénique de l'appareil cérébro-spinal, et en particulier à une aracbnite aiguë ou chronique. Or, qui ne voit que dans ces cas le camphre peut être fort salutaire , non comme anti-spasmodique, car il ne jouit point de cette faculté, mais bien comme anti-phlogistique ou hyposthénisant spinal? Plusieurs auteurs, en effet, rapportent des guérisons remarquables, obtenues à l’aide du camphre , de plusieurs espèces de spasmes. Home en a obtenu d’excellents effets dans le hoquet spasmodique (! J ; Millar, dans l’asthme convulsif ( 2 ) ; Locher (3), Collin (4), Schmaz (5), Gruelmann (G), Fleich (7), Pitt (S) , Wilson (9), Lobenstein-Lobes (10), Berends (1 1 ), et une foule d’autres, dans la chorée, et dans plusieurs autres affections spasmodiques. Le délirium tremens des buveurs présente beaucoup d’analogie avec ces affections; le camphre a aussi donné des résultats heureux contre lui, d’après l’expérience de Goden (12). La folie et la mélancolie ont été aussi traitées avec avantage à l’aide du camphre par un grand nombre de praticiens, entre autres par Paracelse (13), Etmuller
(1) Clinic. experiments, p. 193.
(2) On asllima and hooping cough , p. 104.
(5) Observ. pract., p. 42.
(4) Lib. cil.
(5) Med. and chir. Vorfalle, p. 158.
(0) Diss. de usu cicutæ, campli., etc.,
(7) llandbuch üb. d. Frank, der Kiud.,
4 Bd., 2 ablh. , p. 405.
(8) Saniml. a user I. Abh. z. Gebr., etc.,
5 Bd., p. 218.
(9) Edimb. ined. comment., vol. ti»
(10) Wczen. und lfeil. d. epileps., p.
(11) Sundelin, Arzn., i Bd., p. 387.
(12) V. d. delir. tremens, cap. vi.
(13) Bücli.und Scrifl. de morb. amont., 1. 1, p. 601.
CAMPHRE. 203
(I), Kinneir (2), Werlhoff (3), Joerdens (-1), Trewald (5), Boenneken (G), Uerz (7), Paulisky (8), vVhytt (9) , Si minons (10), Borsieri (11), Coller (12), Dobson (13), Ruer(l4), Reii (15) ; c’était bien entendu des folies et des mélancolies dépendant d’un état phlogistique ou hyperslhénique de l’organe cérébral , et sans complication de lésion organique inamovible. Dans ce dernier cas même, le camphre peut être utile comme moyen ■palliatif; il combat l'élément inflammatoire. Parmi les aliénations mentales, on a placé avec raison la nymphomanie et le satyriasis. Le camphre est un des plus puissants moyens pour apaiser ces déplorables affections. Joerdens (iG), Richter
(17), Muller (18), Alibert (19), Hecker (20), prescrivirent le camphre comme moyen préventif delà masturbation dans les collèges et autres lieux d’éducation. Le camphre, effectivement, apaise les stimulus sexuels, et devient aphrodisiaque en ôtant, par son action hyposthénisante spinale, la sensibilité aux nerfs sacrés et lombaires qui vont aux parties de la génération. L’usage de cette substance chez les jeunes gens ne doit point être continué pendant très-long-temps ,
(I) Op. omn., t. i, p. 578.
(2; Philosoph. trans., vol. xxxv, p.
(5) Comm. novic., 1755, p. 221.
(4) Ibidem, 175G, p. 5.
(5) Vetensk. academ. Handl., 1744, p. 53.
(6) Frank, SammL, 5 Bd., p. 294.
(7) Selle, Beytrag. z. nat. v. Arzn., P. ii, p. 115.
(8) Med. pract. Beobacht,, P. n, p.
(9) Works, p. GiG.
(10) Piichter, Chir. bibl. , t. vu, p. 771.
(II) Instit. med. pracl., vol. m, p.