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MENTHE POIVRÉE

(Mentha piperitis.)

§ Itr. Caractères physiques. — - Plusieurs plantes se rapprochent (lu camphre par leurs propriétés physiques et par leurs facultés médicinales. De ce nombre est la menthe, plante du genre des labiées, qui embrasse plusieurs espèces, parmi lesquelles nous étudierons en particulier la menthe poivrée comme la plus usitée en thérapeutique. On emploie de cette plante les feuilles , l’eau distillée et l’huile essentielle. Cette plante est originaire de l'Angleterre , mais elle croît aujourd’hui en plusieurs endroits du continent, et se trouve généralement cultivée dans nos jardins , où elle perd cependant un peu de son énergie première. Elle a une odeur balsamique , expansive , analogue à celle du camphre , mais bien plus suave ; sa saveur est piquante , poivrée, laissant sur la langue et au gosier une cuisson qui est bientôt suivie d’une fraîcheur remarquable.

§ II. Notions chimiques. — • On tire de cette plante une huile essentielle, volatile , d’une odeur très pénétrante , âcre et piquante au goût , d’une couleur jaunâtre. Laissée pendant quelque temps en repos, elle laisse déposer au fond du vase une résine blanche semblable à du camphre. En distillant cette huile avec du carbonate de potasse , M. Philippe a obtenu une substance crislall isable campliorique.

L’usage de la menthe poivrée chez les vaches nourrices et les brebis diminue la sécrétion du lait (l). Linné assure que la menthe tait disparaître le lait totalement

(2). Plusieurs animaux la refusent comme nuisible; elle n’est cependant pas d’une énergie tellement grande à produire des effets très-évidents.

§ IV. Effets chez l'homme en santé.

Dans les usages domestiques la menthe est employée sous forme de dragées ou de rossolis. Indépendamment de la sensation qu’elle produit dans la bouche, de chaleur suivie d'une fraîcheur agréable, elle fait éprouver dans l'estomac un besoin plus fréquent d’alimentation;

(1) Mérat et Delcns, Diclionn., etc.,

t. jv, p. 327. ’ '

(2) Amœnitat. acad., n. 140.

c’est une sensation de vide et de faim. Elle occasionne en même temps des rots qui sentent la menthe. C’est pour cela que Martial l’a qualifiée de plante éruptive (t). Il est facile de se convaincre de la réalité de celte action de la menthe sur l'estomac par l’usage si commun des dragées appelées diavolonis, qui augmentent l’appétit sans donner aucune chaleur à l’estomac. Ces dragées contiennent beaucoup d’huile essentielle de menthe, tandis que les dragées à la cannelle et au gérofle , pour peu qu’on en abuse, troublent les fonctions de l’estomac et déterminent des chaleurs à la tête et des phlogoses gastro-entériques. — La même remarque a été faite à l’égard des rossolis : ceux de menthe enivrent beaucoup moins que les autres. C’est que la menthe corrige l’action de l’alcool comme l’amande amère. — Une opinion assez répandue depuis long temps, c’est que l’usage de la menthe chez les femmes nourrices fait disparaître le lait; aussi, s’en sert-on à l’époque du sevrage (2). — Du temps d'Hippocrate (3) et d’Aristote on regardait la menthe comme capable d’affaiblir la force prolifique du sperme , et d’éteindre la puissance virile. Le hasard a fait connaître les effets mortifères de l’huile essentielle de cette plante. Un enfant auquel on avait administré une petite cuillerée d’huile essentielle de lavande , avec un peu d’eau de mélisse, comme vermifuge, mourut promptement avec des convulsions, comme s’il eût pris de l’eau de laurier-cerise (4). Cette huile jouit tout-à-fait des mêmes propriétés que celle de menthe. Les antidotes que les toxicologues conseillent dans ce cas sont le lait, les boissons chargées de gomme ou de quelque mucilage doux (5).

Mais si nous voyons juste dans l’action de ces substances, ces moyens sont précisément propres à laisser mourir les empoisonnés, et peut-être aussi à hâter leur mort.

§ Y. Effets dans les maladies. — Prévenus de l’idée que la menthe était un excitant énergique et diffusible, les médecins n’en usèrent que dans les mala-

(1) Epîgram., lib. x, 48.

(2) Linné, Dissert, de menlhæ usu, p. 8.

(3) De viclus ration., otc. Ed. Focs,

(4) Darluc, Hist. nat. de la Provence,

(5) Roques, Phyt. méd., t, j, p, 186.

MENTHE

dies qu’ils croyaient de langueur. Nous pourrions cependant prouver qu’elles n’étaient pas telles, mais bien au contraire de nature opposée. Effectivement, les auteurs de matière médicale vantent généralement la menthe dans l’anorexie, dans la dyspepsie, dans les indigestions, dans les vomissements opiniâtres ; l’abattement dans ces maladies et l’indication de corroborer l’estomac sont d’après eux très-évidents. Bienquecettecroyance soit générale, nous ne devons pas craindre de nous en éloigner si nous sommes convaincus qu’elle est fausse. Il suffit pour le prouver, de faire réfléchir aux circonstances qui ordinairement donnent lieu aux faiblesses d’estomac. Celle prétendue faiblesse ne se rencontre pas chez ceux qui vivent sobrement , qui se nourrissent d’aliments simples, qui boivent abondamment de l’eau pure , et qui n’usent que fort peu ou point des liqueurs fermentées: ceux-là ne se plaignent point d’indigestion, ni de dyspepsie, ni de faiblesse d’estomac ; mais bien au contraire, chez les personnes efféminées, opulentes, gourmandes, qui pour satisfaire leurs appétits artificiels cherchent des mets excitants, préparés par des cuisiniers savants comme des alchimistes et inventeurs de morceaux exotiques , exquis , rares et préparés de longue main ; ce sont enfin ceux qui, pour éteindre la chaleur excitée dans leurs entrailles par des aliments incendiaires, font usage de boissons fermentées et très-alcoolisées. Ainsi donc , des stimulants continuels sont les seules causes de tous ces maux ; l’action augmentée, l’hypersthénie de l’organe en est l’effet. Les phénomènes qui caractérisent ce résultat sont de la même nature ; les chaleurs à l’estomac, en effet, les douleurs vagues, les rots, annoncent un excès de sensibilité ; mais ce qui est plus encore, c’est la couleur d'un rouge foncé de la langue , sa sécheresse habituelle, ou sa blancheur sale, la teinte vineuse des lèvres , qui décèle un engorgement de sang dans la muqueuse gastrique ; de manière que , par la seule inspection de la langue et des lèvres, on peut juger si une personne digère bien ou mal.

Ces caractères indiquent un état d’hypersthénie. Les moyens curatifs sont :

l’abstinence, les boissons aqueuses, les rafraîchissants, les évacuants, les purgatifs, et autres remèdes qu’on décore du nom de stomachiques , et qui au fond ne sont que des hyposlhénisants. Nous déduirons de tout cela que l’auorçxie, la

dyspepsie , la digestion difficile , dépendent le plus souvent d’une hypersthénie, d’un engorgement sanguin dans l’estomac , et que les véritables remèdes stomachiques sont ceux qui aident la digestion, en ôtant la condition morbide, c’està-dire les hyposthénisants. De ce nombre est la-menthe. Je sais bien que parmi les teintures stomachiques employées il y en a qui sont hyperslhénisantes, mais je sais aussi que ces dernières, telles que Je vin et les liqueurs, ne remplissent nullement l’indication , et l’estomac de celui qui en fait usage, loin de se fortifier, s’affaiblit au contraire. Conséquemment , si la menthe fait du bien dans les liqueurs stomachiques, c’est uniquement par sa vertu hypo Ahénisanle. A ce litre, elle est aussi utile dans les cardialgies , ainsi que l’a expérimenté Brande (l); dans les coliques et dans les dysenteries , ainsi que l’a observé Rosenstein (2) , et dans les diarrhées, d’après l’expérience de Roques (3). Le docteur Th. Knigge vante beaucoup la menthe pour faciliter l’écoulement menstruel. Dans les cas de guérison que cet auteur rapporte on en trouve de relatifs à de véritables métrites (4). D’autres praticiens louent la menthe dans l’aménorrhée et dans les coliques utérines. Roques (S) et Richter (6) citent des exemples de celte nature. Parmi les maladies guéries par Knigge à l’aide de la menthe , on trouve un exemple de cardite et un autre d’artérile lente ; l’auteur, cependant , a considéré ces faits comme des exemples d’angine de poitrine et de phthisie. — Dans le catarrhe ayant l’apparence de phthisie, Lhamberet trouva la menthe très-utile comme remède expectorant (7). Dans les sub-bronchites (rhumes de poitrine), la toux, les fluxions, la menthe a été employée assez utilement, soit par nousmêmes, soit par d’autres, en infusion, le soir à l’heure du coucher. Que la menthe soit utile contre le typhus et dans les fièvres, dites nerveuses, dans les spasmes et dans les convulsions , une foule d’auteurs graves l’attestent ; la chose est d’ail—

(t) llandb. der Mat. med.,cit., p. 120.

(2) Murray, Appar. med., cil.

(3) Pliyt. med., t. î, p. 183.

(4) De menlba piperila comment, liler.

med. Erlang., 1780.

(5) Lib. cit.

(G) Ausführ. Arzn., 3 Bd., p. 58.

(7) Flore médicale, vol. vr.

MENTHE

leurs incontestable. Les éloges que la menthe a obtenus par Desbois de Rochefort contre l'hydropisie (l), par Mérat et Delens , comme diurétique, confirment pleinement les idées que nous avons émises sur sa vertu hyposthénisante cardiaque, analogue à celle du camphre.

(Voy. l’art, camphre.)

Dans les affections comateuses (Roques et l\ichter(3)), dans les symptômes précurseurs de l'apoplexie et dans l'apoplexie même, on a trouvé d’un grand secours l’usage de la menthe. Assurément, personne ne dira que ces maladies ne sont point hypersthéniques. Les ophthalmies chroniques ont été aussi traitées heureusement par Himles à l’aide de la menthe

(4) ; les inflammations érysipélateuses, les contusions, les mastiddes survenues à la suite de la suspension de l’allaitement , ont été éga ement guéries par l’usage intérieur et extérieur de la menthe

(5) . Nous avons employé à notre clinique la tisane de menthe dans le traitement des maladies inflammatoires, et ses effets rafraîchissants ont été évidents et utiles. Enfin , la menthe a été aussi mise en usage avec avantage en lotions contre la gale (fi).

§ YI. Appréciation de l'action , etc.

— L'analogie qu'offre l'action de la menthe avec celle du camphre dans le traitement des maladies nous conduit à conclut e qu'elle est hyposlhénisante , cardiaco- vasculaire. Je pense en conséquence qu’on pourrait la prescrire plus souvent qu’on ne le fait contre toules les maladies dans lesquelles le camphre serait indiqué. Rasori , dans la lettre qu’il m'écrivit relativement au camphre (7) , ni ajoutait : ...,« J’cn ai fait autant avec » l’eau distillée de menthe poivrée , que » les médecins regardent comme un » équivalant de l’eau de cannelle ; celle- “ ci est réellement stimulante, l’autre au » contraire contro-slimulafite. »

3 VII. Action mécanique. — La menthe jouit d’une action locale irritante

(t) Mai. médicale, vol. ii, p. 221.

(2) hoc. cit.

(3 j Loc. cit.

(A) Ophlalmi biblioth., 1 Bd., 2 st.

(5) Linné, Diss. cil. Murray, Roques, Ricliter, etc. 1 2 * * 5

(0) Bull, de pharm., t. vi, 350.

H) Lettre datée de Milan du 9 août

incontestable. Celte action est surtout très-prononcée dansson huileessentielle; elle l’est moins dans les feuilles et presque nulle dans son eau di - ti liée. Je ne sais quel avantage on pourrait retirer de cette action, si ce n'est dans quelques cas de carie dentaire ou d’odontalgie dans lesquels elle agirait comme stupéfiant.

On s'en sert effectivement dans ce but h l’aide d’une boulette de coton qu’on trempe dans l’huile et qu’on introduit dans le foyer de la carie. On fait aussi avec l'huile de menthe des liniments irritants. Si toutefois on voulait la prescrire par bouche comme remède dynamique, il faudrait prévenir son action irritante par des moyens enveloppants.

§ VIII. Préparations , mode d'administration , etc. — > Ordinairement on combine l’huile essentielle avec du sucre et du mucilage , et l’on en fait des pastilles et des dragées. Les feuilles sèches de menthe sont ordonnées en poudre ou en infusion Ihéiforme. L’eau distillée s’obtient avec une partie de feuilles dans douze parties d'eau. La dose de l’huile essentielle est de deux à six gouttes ; celle des feuilles en poudre , de deux à quatre grammes (demi à l gros), en infusion chaude de quatre à douze grammes (I à 3 gros); de l’eau distillée, 30 à 1 20 grammes (l à 3 onces). Cette dernière peut servir de véhicule à d’autres remèdes hyposthénisanls et comme correctif de leur odeur désagréable.

Formules-modèles.

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