SAUGE OFFICINALE
(Salvia officinaUs.)
§ T". Caractères physiques. — Dans la même famille des labiées, se trouve aussi la sauge officinale; elle se rapproche sous plusieurs rapports de la menthe et du camphre. C’est une herbe, ou plutôt un arbuste , qui croît dans nos jardins potagers; scs feuilles sont employées en médecine. Leur couleur est d'un vert grisâtre, leur odeur trè:çamphréc , leur saveur chaude, un peu amère et astringente.
§ II. Notion f chimiques. — La sauge contient une huile essentielle verte qui jaunit avec le temps. On y a trouvé au^si de l’acide malique ougallique, une substance résineuse et une matière extractive. L’huile essentielle laisse précipiter avec le temps une certaine quantité de camphre.
§ III. Effets sur les animaux. — Les animaux refusent la sauge , mais si elle est mêlée avec d’autres herbes , ils la mangent ; les effets en sont peu appréciables.
§ IV. Effets chez l'homme Lien portant. — Chez nous on emploie la sauge comme assaisonnement , surtout des mets réputés échaufi'anls, tels que les oiseaux rôtis. On dit que les Chinois sont aussi gourmands de notre sauge que les Anglais de leur thé. Cela ne nous laisse pas cependant connaître avec précision la véritable action dynamique de la sauge; nous la chercherons en conséquence dans son application au traitement des maladies.
§ V. Effets dans les maladies. — Les anciens faisaient beaucoup de cas de la sauge ; ils l’appelèrent salvia, parce qu’ils présumaient que son usage avait sauvé beaucoup de malades ; aussi , la prescrivaient-ils fort souvent. L’école de iSalerne y attachait une telle importance qu’elle alla jusqu’à dire allégoriquement qu’on ne devrait pas mourir tant que la sauge n’était pas éteinte. Cur rnoriatur horno cui s a /via crescit in horto ? Ce remède, réputé d’une utilité si générale, paraîtrait avoir été principalement expérimenté contre les maladies les plus dominantes, c’est-à-dire dont la nature est hy perslhénique ; d’où il résulterait à priori que l’action de celte plante doit être hyposthénisante. Sa ressemblance d'ailleurs avec la menthe et le camphre conduirait naturellement à celle consé-
quencc. Cette analogie cependant esl insuffisante pour établir l’action d’un remède ; il faut des faits. Or, les faits cliniques que nous possédons en faveur de la sauge rentrent tous dans la famille des maladies inflammatoires ou hypersthéniques. Ces faits sont le rachitisme dans lequel la sauge a été employée avec avantage par Stenzel (l), le scorbut traité avec cette plante par Murray (2; et Alibert (3); l’induration du tissucellulaire des nouveau-nés, attaquée avec succès à l’aide de la sauge par Audry (4); le tremblement des membres et la paralysie, d’après Murray et autres; le catarrhe de la vessie, ou cystite chronique, et la leucorrhée, contre laquelle Lentilius ne trouva de meilleur remède que la sauge (à); l’aménorrhée a élé guérie par un grand nombre de médecins avec ce végétal.
L’hydropisie et les obstructions des viscères du bas-ventre ont été aussi heureusement traitées à l’aide de la sauge par Alibert (G) ; des affections soporeuses et l’apoplexie même l'ont été également par plusieurs médecins (7); la çardialgie par Decker (S) ; le pyrosis, les coliques , et notamment les douleurs utérines par d’autres (9) ; la migraine par Barbeyrap ( 1 0); lessueurs abondantes et colliquatives chez les phthisiques , certaines fièvres aiguës et même des affections pestilentielles , ont été soulagées à l’aide de la sauge (il). Enfin, les engorgements chroniques du sein (i2), le rhumatisme aigu et l’arthrite (13), l’hémop-
(1) Diss. de salvia, etc. Wittemb.,
(2) App. medic., vol. if, p. 58.
(5) Nouv. élém. de thérap,
(4) Sainml. æuserl. Abliand. z. Gebr.
f. Acrzl., 15 Bd,, p. 712.
(5) Jatrom, Dict. univ. de mat. med,, t. vu, p. 80.
(7) Dict. rais. univ. de mat. méd., t. vu, p. 81.
(8) Prax. med.
(9) Dict. déjà cité.
(10) Ibid.
(11) Qunrin, Math. med. febr. , p. 37.
Swietcn, Comment., vol. n, p. 370. Piderit, Dispens. elect. liasse, p. 92.
Schneider, Bemcrk. u. Bcob. aus u. üb.
verscli. Gog. d. Med. flarless’s, Rhein, Wcstph. Jahrb. , 11 Bd., i st., 1820.
Chenol do Pasta, p. 150.
(12) Swient., cit., x’ol. iv, p. 015.
(13) Ilunauld, Paullia sacra herba sîv.
CAMOMILLE
lysie (l), la bronchite, les différentes angines ont trouvé dans la sauge un excellent remède. J’ai été moi-même plusieurs l'ois témoin de l'heureuse efficacité de ce remède chez îles sujets qui avaient prisée la sauge sans ordonnance de médecin. Les inflammations externes aussi, les aphthes chez les enfants (2), les contusions, les blessures, les ulcères, guérissent d’une Snanière remarquable sous l'influence des lotions du jus ou de l’infusion de sauge. Une eau tant vantée, qu’on trouve dans les pharmacies sous le nom d’eau traumatique, eau d'arquebusndc , n’est autre qu'une préparation de sauge.
§ VI. Appréciation de l’action, etc. — L'analogie qu’offre la mentheavcc le camphre, et la nature des maladies dans lesquelles la sauge a été administrée , nous conduisent à la juger un remède liyposthénisant cardiaco-vasculaire de force moyenne. Qn peut la prescrire dans toutes les maladies à fond hy perslhénique , et il est à regretter qu’elle ne le soit pas aussi souvent qu’elle pourrait l'être.
C’est surtout dans le traitement des fièvres rhumatiques, des affections éruptives aiguës, des bronchites aiguës et chroniques, que la sauge me parait promettre des avantages réels si on l’administre à haute dose.
§ VU. Action mécanique. — L’action locale de là sauge n’offre rien de remarquable, aucune irritation ne résultant de son usage. Effectivement , ses feuilles sont appliquées sous forme de cataplasme sur des parties enflammées sans aucun inconvénient. Son action astringente est fort légère. La sauge est estimée comme un excellent dentifrice, moyen détersif des dents , cl n’offre aucun des inconvénients qu’on connaît aux poudres des charlatans , lesquelles attaquent l’émail le plus souvent.
S YIII. Préparations. — L’infusion ii l’eau bouillante est la meilleure préparation de la sauge pour usage interne.
1. eau distillée de sauge n’est presque plus en usage. Le suc frais de la plante est actif, et pourrait être administré en bols en le coinbinanl avec quelque poudre. Pour l’usage extérieur , ou en fait
nob.Salvia Viiid.,1088. Wcdel, Diss. de Salvia. Jan., 1713.
(1) Tetrab. 1 , serm. 1 .
(2) Wedel, loc. çit. ffosenslcin, Ont.
Bskd., P, 42.
des cataplasmes ou des fomentations avec l’infusion chaude.
La dose du suc, par expression , est de quatre grammes (un gros) jusqu’à seize par jour; en infusion, on peut en prescrire trente grammes (une once) et même davanlage.
Formule modèle.
In f uüon.
2J. Feuilles de sauge offic., 40 grammes ( ! once et 1 tiers).
Eau bouillante , 1 demi-kilogramme (1 livre).
F. infuser pendant deux heures , et passez.
Ajoutez : miel purifié , 30 grammes (t once).
A prendre chaude, en trois fois.
CAMOMILLE
( Matricaria cliamomilla.)
§ Ier. Caractères physiques. — Camomille, genre de la famille des corymbifères et de la syngenésie polygamie superflue de L. Sa fleur occupe une place distinguée parmi les remèdes les plus anciens; elle est douée d’une odeur forte, aromatique , agréable, analogue à celle du camphre ; sa saveur est amère et un peu balsamique. Cette plante croit dans toutes les parties de l’Europe dans les champs cultivés, et de préférence sur les bords des fossés et des allées.
§ II. Notions chimiques. — L’analyse déjà un peu ancienne de la camomille a montre qu’elle contient de la résine , un mucilage amer, et une huile volatile noirâtre qu’on peut obtenir par la distillation.
§ III. Effets sur les animaux. — Les insectes et autres animaux fuient les endroits où croît la camomille. On prélend qu’on peut aller impunément au milieu des guêpes, sans crainle d’être piqué , à l’aide d’une certaine quantité de fleurs de camomille dans la main. Nous ne connaissons pas d’autres faits sur l'action de la camomille chez les animaux.
§ I Y • Effets sur l’homme à l'élai normal. — Prise par bouche, la camomille augmente souvent l’appétit; quelquefois elle le diminue et occasionne un état du malaise avec anorexie. Ces effets opposés dépendent des conditions particulières
CAMOMILLE
où se trouve l’estomac, qui paraissent varier, même chez l’iiomriie bien portant.
Cependant, le véritable effet de la camomille , lorsqu'elle est prise à dose modérée , est d’éveiller la sensation de la faim. A dose élevée, comme elle n’est pas facile à digérer, elle occasionne de la pesanteur et de l'embarras à l’estomac, elle détermine en outre des vertiges, de la confusion dans les idées, de la céphalalgie, la dilatation de la pupille, obscurcissement de la vue, somnolence, ralentissement du pouls , augmentation des urines, de la chaleur en urinant, des nausées, des vomissements (Lind, Monro, Pringle, Rosenstein) ; puis après , de la diarrhée (Cullen) , des sueurs générales, de la raideur dans les membres, lassitudes, engourdissements, abattement, froid aux extrémités et dans tout le corps, des défaillances,etc., telssontles principaux phénomènes qu’on a observés par l’usage de la camomille. Hahnemann les a observés également et décrits minutieusement (l).
§ Y. Effets dans les maladies — A en croire les auteurs, la camomille serait un remède diurétique, résolutif, antispasmodique, anti-septique. Cependant , si nous examinons les maladies dans lesquelles elle a été administrée avec avantage, nous verrons qu’elle est tout simplement un remède hyposthénisant cardiaco-vasculairc, ainsi que le démontrent d’ailleurs ses effets sur l’homme bien portant. Nous ne nous arrêterons pas pour le moment à son emploi dans les lièvres intermiltentes, attendu que nous nous sommes promis d’en parler à l'occasion du quinquina et de ses préparations ; contentons-nous seulement de faire remarquer ici que du temps de Galien et même de Prosper Alpin (2), la camomille était le remède par excellence contre ces maladies, et que postérieurement elle a été également employée et avec un égal succès par Pitcairn , par Hoffmann (3), par Linné, par Morton ( i), par Pringle , par Cullen (5) , et même par des ailleurs plus modernes, tels que San Giorgio (G), John (7), Voigtel (8,) et
(1) Reine, Armeimittall., 5 lli., p. 70.
(2) Med. aegypt., L 4, c. xv, p. 317.
(5) Med. System., vol. iv. P. n, p. 236.
(4) Exercil. 1. De febrib. int., c. vr.
(5) Trait, di mat. med., t. iv, p. 89. (C) Istoria delle piaule medicale, tom.
ni, p. 901.
(7) Mat. med., t. i, p. 531.
(8) Arzneiinitt., 2 Bel., 2 nbth., p. 442.
autres, malgré la connaissance de l'efficacité du quinquina. Il est d’expérience que, dans les fièvres intermittentes simples , dans celles plus graves qui s’offrent avec le caractère du typhus, dans celles enfin dans lesquelles la peau est constamment sèche , la camomille est employée avec succès (1). On la prescrit également avec avantage dans la petite vérole grave (2) comme un moyen diaphonique. On conçoit cependant que puisque le fond de ces maladies est phiogistique , les seuls remèdes capables de provoquer une sueur salutaire sont les hyposthénisants. Giliberl a appelé la camomille la consolation deshypochondriaques et des hystériques (3); cela veut dire , je crois , qu’elle est utile dans ces affections. On ne peut cependant rien déduire de ces résultats relativement à la véritable action de la camomille, si on ne s’explique pas d’abord sur la nature de ces maladies. Qu’estce que l’hypochondriase, l'hystérie? En d’autres termes, quelle est leur nature? quel est l’organe affecté ? J’ai vu pour mon compte et je vois souvent des sujets liypochondriaques et hystériques , jugés aussi comme tels par d’autres médecins ; j'ai pu , par l'analyse rigoureuse, rapporter leurs symptômes , bien que vagues et contradictoires en apparence, à des organes , et je suis constamment remonté à leur siège ou plutôt au point de départ des phénomènes morbides. Ce siège je l’ai trouvé tantôt dans l’utérus ou les ovaires, tantôt dans la moelle épinière ou dans ses membranes , tantôt dans le système gastrique, tantôt enfin (et cela le plus souvent) dans les vaisseaux sanguins. Il m’est souvent arrivé d’obtenir des guérisons de ces maladies en dirigeant la médication d’après ce diagnostic , guérisons que d’autres avaient essayé inutilement d’obtenir. J’ai pu , d'après ces vues, prévenir les altérations organiques, et j’ai eu en même temps l'occasion de voir ces altérations survenir aux liypochondres, à la matrice, à l’estomac, etc., chez d'autres, que l’on traitait d apres les idées banales reçues sur l’hystérie et l’hypochondriase ; et ce qui est plus fâcheux encore, c’est que malgré ces issues malheureuses ces praticiens, recommau-
(1) Richter, Aus. Arzn., 3 Bd., p. 82.
(2) Percival, Samml. auserl. Abhandl., etc., 3 Bd., p. 710.
(3) Mérat et Delcns, Dictionn., etc.,
vol. I, p. 31fl.
CAMOMILLE
tlables d’ailleurs, soutiennent encore que l’hypochondriase et l’hy st^rie ne sont que de simples affections nerveuses fonction- » nelles, comme si les nerfs pouvaient être sépares des autres tissus et que les affections du système nerveux ne devaient point être traitées ! Je dois dire enfin que les hystéries et les hvpochondriases que j’ai observées n’étaient pas encore parvenues au degré d'incurabilité puisqu’elles n’étaient pas encore accompagnées delésion organique ; elles présentaient un caraclère d'hypersthénie manifeste et obéissaient à merveille à l’action des remèdes hypostbénisanls. Cela me fait penser que la camomille n’a pu cire autrement utile contre ces maladies que par sa verlu hyposlhénisante cardiaco-vasculaire. Elle apaise effectivement la surexcitation du système vasculaire de l'utérus ou des autres organes.
L’histoire rapportée pnrPorlal, d’un vomissement noir guéri par la camomille, ne nous apprend rien sur l’action de ce végétal (l), cariions n’en connaissons pas le caractère , el si nous le présumions de nature byperslhénique , on crierait au système ! Quant au vomissement en général, les faits existant dans la science prouvent que dans les uns la camomille
I a arrêté , dans d’autres elle l’a provoqué au contraire ($■). Cela prouve que la faculté d’exciti r ou de calmer le vomissement ne réside point dans l’action primitive de la camomille : l'asthme et la coqueluche ont été traitées avantageusement avec la camomille par Loberstein- Lobel(3); les cardialgies par Kreysig
(4) ; les obstructions des viscères abdominaux, le scorbut (S), l'hydropisie (G), le rhumatisme , la goutte (7) par d’autres.
II suit de là que l’action de la camomille est hyposthénisante , car personne ne
(1) Samml. auserl. Abhandl., etc., 19 Bd., p. 5G6.
(2) Pringle, Obs. on diss. on the army, p. 2(12. Munro’s Account of the dis. in Mil. hospit., p. 175. Lind., Diss. in bot. climat., p. 250.
(3) Erkenntn. und Ileil. der haut.
Braune, etc., p. 121 .
(4) Maladie del cuore, t. n, P. i, trad. ital.
(5) Dictionn. rais. univ. de mal. méd., »• n, p. 203.
(6) Id. Riclitcr, Ausf. arzn., 3 Bd., p* 82.
(7) Cliomel, Usuelles, t0fn. i, p. 213. B'Chter, 1. c.
conteste plus aujourd’hui la nature hyperslhéniquc de ces affections. J’en dirai autant des affections comateuses, des commotions cérébrales et des blessures céphaliques traitées heureusement par Horn à l’aide de la camomille (t).
Passons à présent aux maladies du tube digestif dans lesquelles ce médicament a été aussi heureusement employé.
Ces maladies sont du nombre de celles dont la nature est hyperslhénique ou inflammaloire. La cardialgie violente suppose , sinon une inflammation, au moins une congestion sanguine : cette affection a été traitée avec avantage à l'aide de la camomille par Hoffmann (2), par Borsieri (3), et parBudig (4).Cederniera guéri une cardialgie intermittente grave existant depuis trois ans, à l’aide de l’huile essentielle de camomille. Pour la guérison des coliques, la camomille a été vantée comme un véritable antidote par Baglivi (5), par Rivière (G) , par Wixtringham (7), et par plusieurs autres. Celle connaissance est devenue d’ailleurs populaire , puisque louy le monde en prend, soil en potion , soit en lavement , pour les douleurs d’entrailles, et sans ordonnance de médecin. Très-souvent il arrive que ce moyen fait avorter une entérite imminente. Ce fait si vulgaire n’est-il pas suffisant pour prouver l’action hyposthénisanle de la camomille? Qu’on ne vienne pas nous dire que ces sortes de coliques sont de nature spasmodique ou nerveuse, car Baglivi lui-même s’est assuré par expérience que, quelle que fût leur nature, la camomille les apaise ; aussi la regardet-il comme le véritable antidote, et cela est du reste confirmé par la pratique journalière. D’ailleurs, qu’est-ce que le spasme? Un phénomène de maladie, lequel suppose un excès d’action dans l’organe qui l'éprouve : le spasme n’est donc pas un élément de l’affection.
Quant aux douleurs, elles sont toujours nerveuses, quelle que soit la nature de l'affection, même dans les phlogoses franches. La camomille pourrait, sans nul doute , être ordonnée avecavanlage dans
(1) Archiv. fur. mediz. Erfahr., 1804, 5 Bd., p. 108.
(2) Med. syst., t. iv, P. II.
(3) Instit. med. pract. , t. vnr, p. 71.
(4) Hufeland’s Journ., nov. 1826.
(5) Oper., p. 100.
(6) Op., libr. ix, cap. x.
(7) Samml. auserl. A bl» . , etc. , 16 Bd., p. 38.
CAMOMILLE
les entérites les mieux caractérisées , si les praticiens ne jugeaient plus convenable d’avoir recours à des remèdes beaucoup plus énergiques, bien qu’analogues au fond. Effectivement , dans la dysenterie, maladie que tout le monde considère comme de nature inflammatoire, la camomille a été préconisée par Priugle
(I); dans les douleurs qui accompagnent les hernies étranglées, la camomille est indiquée par plusieurs auteurs (2), et l’on sait (jue ces douleurs se terminent par l’entérite. Il est une sorte de colique, connue sous le nom de colique néphrétique, c’est-à dire ayant son siège dans les reins, et qui dépend le plus souvent d’un engorgement ou d’un état phlogistique de ces glandes, ou bien enfin de la présence de calculs ou graviers qui y déterminent une phlogose. Dans ces coliques , la camomille est préconisée par Simon Pauli (3), par Fernel (4), et par tous ceux qui la regardent comme un remède diurétique. On croit même que son usage peut faire expulser les calculs et le gravier. Sur ce dernier point, nous pouvons appliquer les mêmes considérations que nous avons émises en parlant des feuilles de pêcher (5). La camomille est aussi préconisée dans la véritable néphrite par plusieurs cliniciens (G). D'autres la recommandent contre la dysurie et la slrangurie (7), maladies qui ne sont assez souvent que des symptômes d'une néphrite.
L'ancienne dénomination de matricairc , qu’avait reçue celte plante, se rattache à son action bienfaisante dans plusieurs affections de la matrice. Les praticiens la conseillent en effet, non-seulement contre l’aménorrhée, mais encore et principalement contre la suppression des lochies et pour faciliter l’accouchement. Nous nous expliquerons à ce sujet, en traitant du seigle ergoté et des médicaments martiaux. Les médecins qui ne s’arrêtent qu’aux symplômes, et qui cherchent partout des spécifiques, trouveront peut-être singulier, bizarre même, que
(1) Op. cit. , p. 272.
(2) ttieliter, op. cit.
(3) Quadriparl., p. 282.
(4) Melle, med., 1. v, c. xxv, p. 137.
(5) Voy*. article Pccher. Définition raisonnée.
(6) Diclionn. rés. univ. de mat. môd., t. il, p. 203.
(7) Sçhwartze, Pliarm, tab., p. 215.
la camomille ail pu être recommandée par les uns pour provoquer l’écoulement menstruel , par les autres pour arrêter l’hémorrhagie utérine, ou pour modérer les règles trop abondantes. Pour nous, cependant, la chose est simple et facile à concevoir, puisque nous savons que l liypersthénie ou la turgescence sanguine de l’utérus donne lieu à des hémorrhagies, lorsqu’elle est portée à un certain degré, et que la même turgescence, à un autre degré , détermine la suppression de l’écoulement naturel des règles. En conséquence , la camomille, comme remède liyposthénisanl cardiaco-vasculaire , apaise la surexcitation de l’utérus, et rétablit les fonctions de cet organe. On conçoit maintenant pourquoi les anciens la regardaient comme un médicament utérin, astringent dans le premier cas , apéritif dans le second , ce qui se traduit au fond par une véritable hyposthénie.
C’est là effectivement l’action primitive, l’action véritablement dynamique ; les deux autres effets n’étant qu’une conséquence de cette action, et par conséquent secondairés. Richter, qui se loue beaucoup de la camomille dans les métrorrhagies , dit, il est vrai, que celles qu’il a guéries par cetleplanle étaient de nature spasmodique, mais c’est là une opinion que rien ne prouve, et qui est même démentie parle détail des faits de l’auteur (1}. La maladie de la matrice qui réclame le plus l’administration de la camomille , et qui révèle en même temps d’une manière évidente la vertu hyposlhénisanle de celte plante , c’est celle qu’on observe après l'accouchement , et qu’on désigne du nom de tranchées utérines. Forestus (2) et plusieurs autres, même les sages femmes , ont eu recours dans ces cas à la camomille avec un avantage très-marqué. 11 esl vrai de dire cependant que souvent les tranchées ont continué malgré l’usage de la camomille, mais cela a eu lieu seulement dans les cas où l’hypersthénie utérine (metrite) était fort intense et au-dessus de l’action du remède. Nous savons en effet que souvent des saignées abondantes sont à peine suffisantes pour arrêter la maladie. Je viens de dire que les douleurs eu question se rattachaient à un état d'hypersthénie de l’utérus : cc te assertion sera admise sans peine, si l'on veut bien
(2) Oper., lib, xxvnr, obs, 81, p. 75,
CAMOMILLE
se rappeler que les affections qui succèdent à l’accouchement sont plus ou moins inflammatoires , et qu’elles se rattachent à de simples contestions utérines ou à de véritables métrites ou métro-péritonites.
Si, dans ces cas, la camomille est insuffisanle , cela ne prouve pas qu’elle n’esl pas utile. Parmi les cas de ma pratique, je me contenterai de n’en citer qu’un seul de celte dernière espèce. Une jeune personne, Louise Sandran, de Padoue, est entrée à la clinique le 9 juillet 1834, avec tous les signes d’une métro artérilo lente. Nous l’avons mise à l’usage de la poudre de fleurs de camomille qu’elle a prise jusqu’à la dose de 54 grammes (treize gros) par jour. Sous l’influence de ce médicament , le pouls a diminué considérablement de fréquence et de dureté, il est descendu à 58, de SO pulsations qu’il marquait auparavant ; les symptômes se sont dissipés, et la femme guérit promptement.
La camomille est aussi très-utile pour des applications externes , dans les cas de fluxions, d’érysipèle, de rhumatisme, d’ophthalmie , d’otite, etc. Cette pratique étant généralement connue, je ne m’arrêterai pas à en démontrer les avantages, je dirai seulement que les personnes qui s’imaginent que ces sortes de phlogoses ne sont pas de nature hypersthénique sont dans l’erreur.
Pringle attribue à la camomille une vertu anti-septique , et la préconise beaucoup contre la gangrène (1). Celte prescription est également recommandée par d’autres. Collenbusch (2), Conradi (3) et Radmann (4) la préconisent contre les ulcères et dans toutes les affections externes de mauvais caractère; Hulmann (5), Iode (6) et lluleland (7) la recommandent contre les ulcères scrofuleux. Je ne m’arrêterai pas à discuter la prétendue vertu anti-septique de la camomille,
(1) Philos, transact., n. 495.
(2) Ilufcland’s Journal, etc., 3 Bd., p. 81 *
(5) Lodcrs, Journal f. d.Chir., 2 Bd., p. 219.
(4) A. prati. explorât of cancre in tho famale Greast 1815.
(5) Siebold Sarnml. cliir. Bcobacht.,
2 IJd., n. 170.
(0) N. act. soc. roy. mcd. Ilaafn., L Jv, p. 182.
(?) Journ. d. prakt. Ilcilk., 3 Bd.,
m’étant expliqué ailleurs sur ce sujet.
{Voyez art. Camphre.)
§ VI. Appréciation de l'action du remède. — Si l’on voulait tenir compte de la vertu anti-spasmodique que les auteurs attribuent à la camomille, on serait porté à penser qu’indépendamment de l’action hyposthénisante cardiàco-vasculairc, elle exerce un certain effet , mais de même nature, sur l’appareil cérébrospinal. Sous ce rapport, par conséquent, la camomille paraît offrir de la ressemblance avec le camphre. Nous devons dire cependant que ses effets sur l’appareil cérébro-spinal sont peu prononcés , et que les spasmes que la camomille combat tiennent à un état congestif des centres nerveux. Du reste, l’action hyposlhénisante elle-même de la camomille est légère , aussi est-elle insuffisante dans le traitement des maladies inflammatoires intenses.
§ VII. Action mécanique. — La camomille ne possède aucune action irritante mécanique. Elle est même fort minime dans son huile essentielle. Les exhalaisons de la fleur et de l’huile étant nuisibles à beaucoup d’insectcs , pourraient convenir comme anthelminliques.
Il paraît en effet qu’elles ont joui autrefois de celte renommée. Rasi (i) et Lange (2), s’en sont servis avec avantage contre le teenia. Nous pensons cependant qu’on doit en général donner la préférence à d’autres anthelminliques ; mais, dans le cas qu’on voulût se servir des fleurs ou de l’huile essentielle de camomille contre les affections vermineuses, on ne doit les prescrire qu’en lavement.
§ VIH. Préparation'!, etc. — Les anciens prescrivaient les fleurs de camomille en poudre. L’huile essentielle est la préparation la plus active. L’extrait perd beaucoup de son efficacité, si on ne le prépare pas à froid ou dans le vide. Aussi cette préparation est-elle presque abandonnée. Il y a aussi l’eau distillée, mais la meilleure préparation, c’est l’infusion chaude. faite avec les fleurs. Pour son usage extérieur, on applique les fleurs entières enveloppées dans un sachet; on en fait des cataplasmes. On se sert aussi de l’infusion en fomentation.
Dose. La poudre de fleurs de camomille se prescrit à la dose de quatre grammes à la fois (un gros). On peut élever
(f) Hist. plant., t. i, p. 357.
(2) Brunsv. Dom., p. 72.
‘i'iï TEREBENTHINE.
celte dose jusqu’à 30 grammes (1 once). La même dose, et même un peu plus forte, peut être prescrite en infusion.
L’huile essentielle s’administre à la dose de quatre, six ou dix gouttes, et l’on l’on ne va jamais au-delà de vingt gouttes. On s’est assuré cependant dernièrement que la dose pouvait être élevée bien audelà. L’eau distillée peut se boire, dans le courant de la journée , à la dose de 100 à 200 grammes et même au-delà (4 à S onces). On s’en sert aussi comme véhicule pour d'autres remèdes.
Formule- modèle.
Infusion.
2J. Fleurs de camomille, 30 grammes (une once).
Eau pure, un demi-kilog. (une livre).
Faites infuser devant le feu, et passez.
Ajoutez sirop d'écorce d’orange, 30 grammes (une once).
A prendre un petit verre à la fois.
MATRICAIRE COMMUNE.
[Mairie aria parlheni uni.)
camomille romaine ( Anlhemis nobilis).
Les considérations que nous venons d’émettre sur la camomille officinale s'appliquent parfaitement à la matricaire commune et à la camomille romaine ; en conséquence nous n’ajouterons rien à leur égard.
[N. d. trad.) La matricaire est une plante qui croît dans toute l’Europe , dans les terrains incultes, le long des murs, près des décombres. Dans plusieurs jardins elle est cultivée, soit comme plante médicinale, soit pour agrément. On peut en tirer une huile essentielle bleuâtre. Elle est d’une saveur amère, d’une odeur forte, aromatique, particulière. On s’en sert beaucoup en Allemagne contre toute espèce de colique , et notamment conlrc les vers intestinaux. Dans plusieurs villes de la Suisse et de la Prusse, on fait un sirop cl de la conserve de matricaire, qu’on administre pour provoquer les urines, et plus particulièrement pour calmer les tranchées
utérines. Celle plante fait partie du sirop d’armoise de Rhasès , des onguents contre les vers, et de l’emplâtre de Yigo.