TÉRÉBENTHINE
les fomentations , et nous avons ordonné un gramme environ ( un scrupule ) d'huile volatile de térébenthine dans une émulsion de gomme arabique. Celte potion a été continuée les jours suivants ; la dose de la térébenthine a été élevée graduellement jusqu’à deux grammes et demi par jour. Les selles sont devenues normales; peu de jours après, la langue avait repris sa couleur et sa souplesse naturelles; l’appétit était revenu à l’état normal, les urines avaient perdu le caractère floconneux et la teinte rouge; elles coulaient avec facilité et sans douleur; la fièvre avait disparu. Le moral de la malade reprit sa gaîté habituelle, et la figure ses traits ordinaires; en quinze jours enfin la guérison était complète.
Dans ce cas, on a pu voir clairement les bienfaits de l’influence de l’huile essentielle de térébenthine, non-seulement contre la cystite, mais encore contre l’inflammation intestinale. Plusieurs auteurs l'avaient déjà préconisée dans les diarrhées chroniques des enfants (35) , dans la dysenterie (30), et même dans le dévoiement colliquatif des phthisiques (37), dans la colique (38), dans l’entérite (39); dans la hernie étranglée (Haniilton (40) et Sewall (41)). Ce dernier avait, dans un cas fort grave, tenté infructueusement la saignée et le taxis, il se décida à administrer soixante grammes (deux onces) d’huile de térébenthine à la fois et d’en répéter la dose à chaque heure. La première dose détermina une sueur abondante qui fut suivie d’un sommeil paisible; à la troisième prise, la hernie était rentrée. Williams employa ce remède contre l’intus-susception , en lavement, dans l’intention d’empêcher l in-
(55) Copland, The Lond. ined. and pliys. journ., n. 40. Rust u. Caspar lirit. repert., 48 Rd., p. 564.
(30) Monro, Traus. mod., t. in, p. 05. (37) Van Swieten, Comin., t. iv, p.
(58) llamilton, Prax. reg., p. 40.
(39) Brcnon, Transact. médic., janv.- 4831. Tb. Pridgin, Teale the Eaing.
journ. of medic. scion., april 1827.
(40) Amcric, Journ. of med. scienc.
The Lond. med. a. pliys. journ., n. 5, Vol. vu, p. 401 .
(41) On ihe intern. use of thn spirit. of Turpènt, in cure hernia by Th.
Sewal, The Lond. med. pliys. journ., p. 5, vol, vu, p, 217.
fl.unmation (4 2). Enfin Moranen fit usage dans le choiéra-morbus (43).
Il y a plus de vingt ans que Brénan avait expérimenté l’huile de térébenthine contre la métro-péritonite ou fièvre puerpérale , et qu’il en avait constaté les bons effets ; les douleurs se calment, et la tension abdominale disparaît (44). Les médecins anglais et américains s’empressèrent de l’imiter. Atkinson (45)et Peyne publièrent bientôt des observations confirmatives (4G) ; Lucas a considéré celle huile comme un remède spécifique analogue au quinquina dans les fièvres intermittentes (47) ; Duglas a confirmé expérimentalement cette manière de voir, assurant avoir guéri tous les malades qu’il avait traités (48). Johnson (49), Kinneir (50), J. Macabe (5l), Th. Yridgin Teale (52), Warder (53), Farre (54), Fernandès (55), répétèrent les mêmes expériences avec le même succès. L’huile de térébenthine a été donnée dans ces cas à la dose de huit grammes (deux gros) à répéter deux ou trois fois par jour. Les Anglais cependant n'omettent pas en même temps de saigner leurs malades :
ilsassurent par là davantage le succès de leur traitement contre une maladie qui revêt aisément le caractère épidémique et parfois pernicieux. Si quelqu’un pouvait encore conserver quelques doutes sur la nature inflammatoire de la fièvre puerpé-
(42) Med. repos. Ilufeland’s Journ., 5i Bd., 0 st., p. 128.
(43) Edinburg Monthly examiner. Octob. 1829.
(44) Thoughts on puerper. fever and ills cere by spirit of terpenth., etc. London 1814.
(45) The Edinb. med. and surg.
journ. Oct. 1822.
(46) Med. and phys. journ. Juny 1815.
(47) Amcric. ined. record. Oct. î82i.
(48) Dublin hospit. report, 1824.
(49) The Philadelph. journ. of med.
and phys. scienc. Febr. 1824.
(50) The Lond. and phys. journ., vol.
liv. Julv, 1820.
(51) The Lond. med. repos., vol- vi.
(52) The Edinburg journ. of medic.
scien. April 1827.
(53) The London med. and surgic.
journ., t. ni, p. 51 .
(54) Trans. méd. Janv. 1831.
(55) De l'emploi de la térébenthine dans le traitement de la fièvre puerpérale. Paris, 1830.
térébenthine.- 227
Dans la gangrène même (61), Langenbeck et Richter (62) ont beaucoup vanté
raie, il n’aurait qu’à lire la description de l’épidémie de cetle maladie qui régna à Vienne en 1823, durant mon séjour dans cette ville; le prompt développement des phénomènes cérébraux, en a imposé singulièrement aux médecins de ce pays , ils ne l’ont pas cru de nature inflammatoire, ils l’ont appelée septique.
On l’a traitée d'après cette idée, mais aussi la mortalité a été effrayante ; des centaines de jeunes femmes ont succombé d’une manière effrayante. Et si l’on en fait une comparaison avecd’autres épidémies analogues qui régnèrent en Angleterre et en Amérique vers cette même époque, et qui ont été traitées à l’aide des saignées abondantes , de l’huile essentielle de térébenthine à haute dose et du calomel, l’on trouvera une différence énorme dans les résultats , celte dernière méthode en ayant sauvé un très-grand nombre.
Ce simple parallèle suffira , je présume, pour la démonstration de la nature inflammatoire de la fièvre puerpérale.
La térébenthine peut être aussi d’un grand secours extérieurement. On sait que Baglivi prescrivait les vapeurs de celle substance parle rectum contre le ténesme qui accompagnela dysenterie (56).
Ambroise Paré l’appliqua dans une piqûre au pli du bras, pour remédier aux mauvais effets de la saignée chez Charles IX. Plus tard on Ql entrer la térébenthine dans les onguents ainsi dits digestifs, que les chirurgiens employaient souvent autrefois dans le pansement des solutions de continuité. De nos jours cependant on en est sobre; car l’action irritante de la térébenthine, bien que peu durable, n’est pas moins réelle, et il convient toujours d’éviter ce dernier effet.
Celte huile a obtenu de grands éloges dans le traitement des brûlures, par Kentisli (57), par Coxe (58), par llorlacher (59), par Goodall (60). On assure que, quel que soit le degré de la brûlure, la douleur se calme presque immédiatement, et la pldogose s’éteint pour ainsi dire sur-le-champ.
(.r>G) Opéra, p. 108.
(57) Samml. aus Abh., etc., 23 Bd., p. G55.
(58) Americ, Dispens., p. 428.
(59) Ilorns, Arcli. fur mcd. Erf., 1805.
(GO) Samml. aus Abh., etc , 24 Bd., d. 84.
la térébenthine.
On a eu aussi recours à la térébenthine dans le traitement de la gale ; Porter s’eu loue beaucoup (63), Ileberden et Nicmann (64) également dans le phlbiriasis des vieillards; d’autres la préconisent contre la teigne (65).
§ VI. Appréciation de l'action du remède. — Malgré tout ce que nous venons d’exposer, comme la térébenthine s’attache à la peau, l’irrite, la rougit; comme son huile essentielle a une odeur pénétrante et éthérée , quelques médecins persistent à la croire hyperslhénisante. Ils s’efforcent par conséquent de prouver que les maladies dans lesquelles elle a réussi sont de nature asthénique , maligne, nerveuse, septique, paralytique. Celte manière de voir est en contradiction flagrante avec les faits les plus multipliés et les plus décisifs. Il est cependant étrange qu’elle ait été adoptée par les médecins anglais et américains dont la pratique avait été heureuse dans 1 emploi de ce médicament. Il était donc réservé aux pharmacologues italiens de jeter une vive lumière sur un pareil sujet, en rangeant la térébenthine et ses préparations parmi les remèdes hyposlhénisants cardiaco-vasculaires, et nous mettre dans la voie d’expliquer clairement toutes ses propriétés, quelque variables quelles puissent être en apparence.
§ VU. Action mécanique. — La légère propriété irritante ou mécanique que la térébenthine peut exercer sur le derme ne se rencontre point dans son huile essentielle, bien que cetle dernière soit beaucoup plus active sous le point de vue dynamique. Lorsqu’on applique la térébenthine sur une plaie , on ressent aussitôt son effet irritant, mais cet effet cesse promptement, car l’action hyposlhénisanlc commence à se déclarer à mesure qu elle est absorbée. A1 ous regardons comme tout-à-fait erronée l’idée des chirurgiens qui croient que, par le moyen de l'onguent digestif, on peut seconder, hâter la suppuration , en stimulant l’in-
(Gl) Rosol. n. Therapeut. der chir.
Krankli., 2 Bd., p. 801.
(G2) Chirurg. bibl., 5 Bd., p. 180.
(G3) Gerson n. julius, Magaz., 3 Bd., p. 458.
(64) Far. bot., 1. 1, p. 297.
(65) Bibl, mcd., t. j.x, p. 128.
ï lé H É BWfTHINÏ .
flammation qu'ils supposent engourdie ou à l’état passif. Les choses sc passent bien autrement. S’ils en veulent une preuve matérielle, ils n’auront qu'à appliquer sur une plaie des substances véritablement hypcrsthénisantes , telles que la poudre de cannelle ou un cataplasme de girofle, par exemple, ils verront les tissus phlogosés se dessécher et menacer gangrène.
Les exhalaisons éthérées de la térébenthine sont contraires aux vers et au tœnia môme. C’est sur cela qu’est fondée la réputation de l’huile volatile de térébenthine comme remède nnthelmintique.
Nous venons de voir d'ailleurs que cette substance produit des évacuationsalvines lorsqu'elle est prise à doses élevées. Celle propriété la rend aussi vermifuge ; mais ces évacuations sont assez inconstantes.
Quoiqu’il en soit, l'usage de l’huile de térébenthine dans les cas d’helminthiase n’est pas nouveau. Clossins (GG), Rosenstein (67), Malden (G8), Kennads (69) , Pommer (70), L. Frank (7 1 ), Baumbach (72), Exmisch (73), Fenwik (74), Caslagneto (75) et plusieurs autres l’avaient préconisé. Il serait à propos de rappeler ici de nouveau les avantages de l’administration de la térébenthine combinée à l’éther sulfurique, proposée par Duranda contre les calculs biliaires. La térébenthine , spécialement son huile, a été préconisée aussi par Boerhaave, par Willis et par Kinglake (7G), contre les mêmes calculs, comme capable selon eux de les dissoudre. Si cel effet était réel, il ne pourrait arriver que par simple action chimique, mais la térébenthine peut, dans les cas de calculs hépatiques, devenir aussi utile dynamiquement, en dimi-
(66) Baldinger, N. magaz. , 15 Bd., 2 st., p. 148.
(67) Malattic de famirelli, p. 598.
(68) Mem. of the med. soc. ofLond.
1795, vol. xiv.
(69) Bulletin des sciences médicales de Férussac, t. n, p. 159.
(70) Ilufeland’s biblioth., 1825, july, p. 6t.
(71) Journ. complem. des dict., etc.
(72) Rusl’s Magaz., 21 Bd., p. 269.
(75) llufoland’s journ. suppl. Band. f,
(74) Ann. stran. di med. milit., april
(75) Omodei, Ann. univ., agosto 1818, p. 204.
(76) Med, and phys. journ, 1821.
nuant l’engorgement, la tension, l’hypersthénie enfin , que la présence des calculs détermine dans la vésicule biliaire, et dans les conduits cystique et cholédoque.
§ VIII. Préparations, doses , etc. — On pourrait prescrire la térébenthine de Venise sous forme d’élecluaire, mêlée au miel, en y ajoutant quelque poudre innocente, ou bien en émulsion avec des amandes douces, le sucre ou quelque mucilage, ou enfin sous forme de pilules ; dans ce cas , le meilleur moyen , c’est de l’unir à une certaine quantité de magnésie ou de soude pour la solidifier. L’huile essentielle de térébenthine doit être donnée de préférence en émulsion.
Pour l’usage externe, indépendamment de l’huile , qui peut être appliquée telle qu’elle est, nous avons encore l’onguent digestif, qui est un composé de douze parties de térébenthine, quatre de miel rosat, trois d’huile, et une de poudre d’aloès.
Dose. Il y a une grande différence entre les doses que prescrivaient les anciens, qui étaienl très-minimes, et celles des modernes , notamment des Anglais, qui sontarrivés à des quantités considérables, tant pour la térébenthine que pour son huile essentielle. A quoi tient cette différence ? Moncy et Gibney disent avoir observé que ce remède, à petites doses, occasionne des maux qu’on n’éprouve p3S par les grandes doses; c’est pour cela qu'ils ont adopté les prescriptions des Anglais et des Américains.
Il y aurait deux manières d’expliquer pourquoi un remède à haute dose produit moins d’effet qn’à petite dose. L’une , c’est que dans les hyposthénisants , lorsqu’on ne s’arrête qu’aux effets mécanico-irritalifs , tels que ceux de la térébenthine, ils sont plus manifestes lorsque la dose est petite, parce que l’action dynamique est fort légère , tandis qu’ils restent faibles ou imperceptibles si l aclion dynamique est très-prononcée, ainsi que cela a lieu si la dose est élevée. Dans ce cas, ce n’est pas, comme on le croit généralement, que l’action diminue, bien au contraire, elle augmente en raison de la dose , mais elle prend une autre forme, et donne lieu à une sorte de lassitude, de calme, d’immobilité, d’impuissance, d’insensibilité-
L’autre raison pour laquelle quelques remèdes à petite quantité produisent des eft’ets plus évidents, nous l’expliquerons plus loin.
COPAHÜ.
Nous croyons, en attendant, avec les Anglais et les Américains , que la térébenthine et sou huile doivent être administrées à doses élevées, si l’on veut combattre victorieusement certaines maladies inflammatoires.
La dose de la térébenthine de Venise est d'un demi gramme à quatre grammes (quinze grains à un gros), qu'on peut répéter plusieurs foisjusqti’à trente grammes (une once) et même davantage par jour. On est arrivé souvent à des doses élevées dans le traitement de la gonorrhée, mais il faut prendre garde de fatiguer certains estomacs. On pourrait dans ce cas la donner en lavement.
L’huile essentielle est administrée également par scrupules et par gros, selon les circonstances. Chez les enfants de trois ans, on peut, d’après l’expérience de Gibney, l’administrer à la dose de trois à six grammes (un à deux gros ), par intervalles dans la journée. Le traitement contre le tœnia en exige de fortes doses, tant par la bouche qu’en lavement.
Ceux qui n’aiment pas la simplicité dans la prescription des remèdes, et ne savent apprécier que ce qui se combine avec leurs idées, seront etfrayés de voir ordonnera des doses fort élevées un remède très-actif; ceux qui croient hyperstkénisanles toutes les huiles essentielles, et conséquemment aussi celle de térébenthine, doivent frémir de la voir administrer dans les inflammations , et rester loul-à-fait déconcertés par les heureux résultats qu’elle procure. Ceux enfin qui aiment la vérité, qui savent l'apprécier sans prévention, eu profilent à l’avantage de leurs malades.
F o rmulcs-modcl es .
1° Bols.
2J. Térébenthine de Venise, douze grammes (trois gros).
Magnésie, quatre grammes (un gros).
Mêlez, et après douze heures, faitesen douze bols enveloppés dans de lu poudre de réglisse.
A prendre dans le courant de la journée.
2° Emulsion.
2) Huile essentielle de térébenthine deux grammes (trente-six grains).
Emulsion dégommé arabique, trois cents grammes (dix onces). Mêlez.
A prendre par deux cuillerées à la fois.
Jadis on faisait entrer la térébenthine dans une multitude de liniments, de baumes , d’emplâtres , etc., monuments informes d’une polypharmacie surannée.
BAUME DE COPAIIU.
( Balsamum copaibaœ.)
§ Fs Caractères physiques. — Ce n’est point un baume , c’est une résine qui coule abondamment des incisions qu’on pratique à un arbre nommé co/iai- J'era officinalis, Lin. indigène du Brésil, de Cayenne , elc. Celte substance offre l’épaisseur de l’huile de ricin. En vieillissant elle devient plus épaisse ; sa couleur est légèrement ambrée , transparente ; son odeur pénétrante , désagréable; sa saveur âcre, insupportable.
§ II. Notions chimiques. — Il résulte des différentes analyses qu’on a faites du baume de copabu, qu'il est formé d’huile essentielle en grande partie et d’une résine qui paraît capable de se cristalliser avec le temps. Ce baume se dissout presque entièrement dans l’alcool. Par l’action du feu, il se dessèche et devient friable. C’est un des moyens dont on se sert pour en connaître la pureté.
En en laissant tomber une goutte dans un verre d’eau, elle doit, si la substance est pure, couler au fond, ou osciller en conservant sa forme globulaire; si elle surnage tout-à-f.iil, ou si elle s’y dissout, c’est une preuve qu’il est falsifié. — En le distillant, on retire un tiers de son poids d’huile volatile ; celte huile est très-odorante , mais d’une impression agréable ; elle est blanchâtre, mais jaunit avec le temps.
§ III. Effets chez les animaux. — Nous fîmes avaler à un porc-épic quatre grammes d’huile essentielle de baume de copabu (un gros) , cl de suite après trois onces d'alcool , tandis qu’à un autre porc-épic nous fîmes de même avaler une dose égale de celte huile , et de plus trois onces d’eau distillée de lauriercerise. Ce dernier s’agita sur-le-champ, devint chancelant; peu à peu ses jambes ne purent le soutenir, la paralysie s’en empara , et il expira douze minutes après. L’autre, au contraire , ne présenta aucun autre phénomène qu’un léger étonnement et de l’engourdissement, Le jour suivant il était bien por-