i, p. 335. Delecl. optisc. Frank, v. vjii
(11) Giorn. délia soc. med. chir. di forma, vol. 11, n. 4. Quart, journ. of forcing. med., januar. 1820.
(12) Journal gén. de médec. , t. rxxx, p. 174.
(13) Journa général de médec., avril 1827, p. 16, note.
(14) Memoirs ofthejmcd. soç,, vol. v.
ANTIMONIAUX.
elle est préparée de manière à ce que le médicament puisse être absorbé, peut produire des vomissements , ainsi que Gcndrin s’en est assuré (15). Le docteur Strambio a observé aussi, chez un ma-- Jade atteint de chorée, dont il avait fait enduire tout le corps avec cette pommade, le ralentissement du pouls, de la pâleur au visage , une sensation de froid général , des vertiges, de la défaillance, de la faiblesse enfin dans tout le système musculaire (16). Que si le tartre stibié n’était pas absorbé , ce qui arrive quand la pommade n’a pas été préparée avec la solution aqueuse du remède, on n’a alors que des effets locaux, savoir de la rougeur et une éruption varioliforme ou pustuleuse.
Les phénomènes que nous venons de noter ont lieu d’une manière plus ou moins prononcée lorsque l’action du tartre émétique est très-forte ; et ils s’accompagnent alors de symptômes assez patents d'hyposthénie générale. Je Jes ai observés moi-même , surtout chez trois malades qui ont été traités à ma clinique et chez lesquels la dose du remède avait clé portée au-delà des exigences de la maladie : des effets toxiques se sont déclarés , mais sans aucun vomissement , et pas même de nausées. Bien que ces exemples pathologiques semblent ici un peu déplacés, cependant ils ne concourent pas moins à prouver que le vomissement n’est pas un phénomène de l’excessive action du tartre stibié ; mais bien le froid généra}, la pâleur, l’immobilité, l’engourdissement, la petitesse et la faiblesse dans le pouls, la forme dite hippocratique de la face, et les défaillances.
Les médecins italiens, qui prescrivent fréquemment, d’après les travaux de Rasori, de Borda, de Tommasini et autres, les sels antimoniaux dans toute maladie à fond liyperslhénique , sont fort familiarisés dans l’observation de ces phénomènes. Celte pratique, qu’on peut appeler toute italienne, a été dans ces dernières années imitée dans quelques pays étrangers , cl les mêmes faits ont été observés. Que le tartre émétique ralentit réellement le pouls, et peut dans certains cas remplacer la saignée, personne n’en doute plus aujourd’hui chez nous; la
’ (15) Journ. génér. de méd., décembre 1829, p. 588.
(16) Giornale analitico di medicina.
Milano, 1825.
même opinion a été soutenue en France T'ar Peschier ( 1 7), par Laënnec (18), par Trousseau (19), par Teallier (20) , par Brichcteau (21), par Puntory (22) et par d’autres, dont plusieurs voudraient, même dans les maladies inflammatoires des poumons, exclure les saignées. Spence remarqua que le tartre stibié à haute dose produit une extrême faiblesse dans tout le système musculaire et dans les nerfs
(23). Trousseau a vu par la suite que l’administration du tartre émétique augmentait d’abord un peu la force de la circulation du sang, et qu’elle déterminait des vertiges, ccquiaurailpu dépendre des efforts que les malades avaient fait pour vomir sans résultat; mais bientôt après le nombre et la force des pulsations artérielles diminuaient et descendaient audessous de leur rhythme normal, jusqu'à 38 par minute; cet abaissement dura pendant quelque temps : après la cessation de l’administration du remède, il vil aussi la respiration se ralentir, de sorte que les inspirations descendirent de vingt-quatre à six par minute (24).
Il remarqua en outre que la respiration peut rester fréquente lors même que le pouls s’est ralenti jusqu’à 56 battements par l’effet du tartre stibié (25). Le ralentissement du pouls a été aussi noté par Teallier (26). Indépendamment de ce phénomène, J. Frank observa, à la clinique de Delpech et de Lallemand, que dans les affections traumatiques, le tartre stibié diminuait la chaleur animale, modérait l’hématose, et par conséquent, il déprimait toutes les fonctions de vie organique; de là l’abattement et l’engourdis-
(17) Bibliolh. univers, de Genève, t. xx, p. 142.
(18) Traité de l’auscultation médicale, t. n, Paris, 1826, p. 492.
( 1-9) Essai ihérapeut sur l’antimoine.
Journ. hebdom., n» 152, p. 5.
(20} Ornodei, Annal, univ. di mcdic., 1634, febbr., april. e maggio.
(21) Areliiv. génér. de inédec., ocl. et nov. 1832.
(22) Revue médic., 1834, juillet, p. 58; cl août, p. 221.
(23) The London mcd. and surg. journ., sept. 1 831 , p. 250.
(24) Omodci , Annal, univ. di mcd., ottobr. et novemb. 1833, p. 283.
(25) Transact. medic., juin 1833.
(26) Annal, univ. di medic. di Ornodei, 1834, febbr., april. c maggio.
ANTIMONIAUX.
sèment prendrai (27). Eil. Duncnn s’étant assuré que le tartre stibiéest doué de la propriété de diminuer la force et la contractilité musculaire, a conseillé ce médicament pour faciliter la réduction des luxations (28). Weinhold soutient que ce sel diminue la sensibilité et détruit l'irritabilité du cœur et des artères (29). Lades, guidé par sa propre expérience, est arrivé à la même conclusion que l’école italienne, relativement à l’action de ce médicament; il lui reconnaît une vertu sédative, indépendamment de sa propriété évacuante (30). Entin, pour ne taire aucun des .effets qu’on obtient par le tartre stibié à haute dose , je dois mentionner le ptialisme , qui a été observé par James (31 ), et son action particulière sur les nerfs delà huitième paire d’après l’observation d’Haighlon et de Magendie (32).
Avec le vin, l’alcool, les éthér-és, les opiacés, on diminue ou on dissipe les effets toxiques du tartre stibié. Witting nous apprend, d’après sa propre expérience, que le laudanum liquide de Sydenham , et en général tous les opiacés arrêtent d’une manière remarquable les vomissements produits par le tartre slibié (33). Baldinger rapporte le cas d’un individu qui , ayant pris par mégardc, en une fois, 40 centigrammes (8 grains) de tartre stibié , avec 30 centigrammes ( 6 grains) d’opium dissous dans 180 grammes (6 onces) d’esprit de vin , n’éprouva aucune évacuation ni par en haut ni par eu bas, ni ivresse, ni mal de tête, ni sommeil, ni la moindre chaleur à l’intérieur ou à la peau (34). Aucun faillie révèle mieux que celui-ci l’action opposée du tartre émétique avec l’alcool et l’opium : une si forte dose de chacune de ces substances n’a produit
(27) Revue médic., mai 1834, p. 345.
(28) The London mcd. andsurg. journ., june 1833, p. 5G8.
(29) Ansielit.dcs Leb. und sein.Grundkr.
auf Vcrsuch gogr.
(30) The Lond. med. and surg. journ., june 1831, p. 507.
(31) Voyez le mémoire de Teallier.
(52) Omodci, Annal, univ. di medic. , maggio 18 1 8, p. 263.
(53) De lart. emat. præpar. et viribus medic. Gotling. , 1788, p. 54.
(54) Magaz. v. Aerzle. n. Bd., p. 1079. A. 1. Stifft s Prakt. Heilmiitall. Wien., 1791, p. 307.
aucun effet ! Cela ne saurait être expliqué, ni par l’intervention d'un tempérament particulier, ni par l’idiosyncrasie, ni par la force d’habitude. C'est un de ces faits probants qui en vaut mille autres, d’autant plus que l’époque à laquelle il a été observé, et l’autorité des hommes consciencieux qui l’ont constaté le placent en dehors de tout esprit de prévention. 11 nous reste à examiner les altérations organiques que l’on rencontre dan s les cadavres des sujets empoisonnés par le tartre émétique. MM. Récamier et J. Cloquet ont trouvé la membrane interne de l’estomac recouverte d'une mucosité épaisse (35). Quatorze observations d’individus traités parle tartre stibié à haute dose ont été rapportées par Vyau de Lagarde : dans onze de ces cas , les symptômes de phlogose intestinale disparurent sous l’action du remède , et chez trois individus qui en moururent, la muqueuse de l’estomac fut trouvée dans son état normal, et même un tant soit peu pâle ; dans un cas seulement elle était rougeâtre (3G). Mériadec Laënnec a observé la muqueuse gastrique décolorée, pâle ou fort peu injectée, comme dans presque tous les cadavres, chez ceux qui avaient péri d’affection pulmonaire, soit simple, soit compliquée de gastrite, et qui avaient été traités par le tartre stibié à haute dose (37).
Quant à ceux de mes lecteurs qui ne seraient pas trop disposés à admettre ers faits, j’espère qu’ils ne déclineront pas l’autorité du docteur Slrambio de Milan, qui avait été lui-même un adversaire très-décidé des doctrines de Rasori , et qui s’était engagé par celle raison même à contredire l’aciion hyposlhénisantc du tartre stibié; mais, en honnête homme, il ne voulut pas le faire aux dépens de la vérité; aussi publia-t-il consciencieusement, dans son Journal de médecine, vingt-quatre observations de péripneumonies traitées par le tarlre émétique , recueillies à la clinique même de Rasori par le docteur Pralo. R est démontré par cesobservations, d’une manière incontestable, que l’appareil gastrique chez ceux qui ont succombé ne présentait pas la moindre altération organique. Quant
(35) Mutel Dci voleni, P. r, p. GO.
(3G) Arcln'v. génér. de médec. , t. iv,
(37) Bayle, Biblioth. de tliérap., t. i , p. 288.
ANTIMONIAUX.
à ceux qui craignent l’inflammation ou la paralysie de l'estomac par l'abus du tartre émétique , et qui expliquent par là le défaut du vomissement, ils pourront voir dans ces observations mêmes qu’un individu en prenait jusqu’à quatre grammes (un gros) par jour, lorsqu’il commença à gagner un peu d’appétit (38). Ce que nous venons d’exposer devrait suffire, ce nous semble, pour admettre l’action hyposlhénisante du tartre stibié , sans que nous nous donnions la peine de produire un plus grand nombre de fails à l’appui de cette opinion. Examinons maintenant les objections qu’on pourrait nous faire relativement aux symptômes d’empoisonnement par les préparations d’antimoine, à son traitement et aux résultats cadavériques.
D’après M. Orfila, Fodéré et autres toxicolngistes français, on pourrait objecter à la qualité sédative ou controstimulante des antimoniaux, que, parmi les symptômes d’empoisonnement par l’émétique et autres préparations stibiées, on doit compter les douleurs d’estomac très-aiguës, le choléra, l’éruption pustuleuse dans la bouche et dans l'œsophage, la fièvre, etc., phénomènes qui tous dénotent une action irritante, aigre, inflammatoire.
Quant aux douleurs aiguës , à la fièvre et au choléra dont parlent ces auteurs , nous pouvons bien dire, avec assurance, qu’ils ont rêvé ; car on peut bien, par des petites doses d’émétique, exciter le vomissement, quelque trouble dans la circulation du sang , dans les sensations, et même quelque légère douleur, mais jamais de la lièvre ni de douleurs aiguës fixes, puisque, même sous les plus violents efforts du vomissement le pouls s’abaisse, la figure pâlit et les forces musculaires diminuent. Pour ce qui est des pustules dans la bouche et dans l’œsophage, nous en parlerons lorsqu’il sera question de l’effet local ou physico-chimique de cette substance. On pourrait encore nous objecter que le traitement conseillé par tous les praticiens dans les cas d’empoisonnement par l’émétique est eu général anti-pblogisliq'ue , combiné aux astringents, tels que le tannin ou l’acide sulfurique , soit pour arrêter la pblogose, soit pour décomposer chimiquement le tartre stibié. Mais quelle
(58) Inlorno il modo d'ogirc del fart, slib. Milano, 182(3.
phlogose veut-on combattre? C’est une phlogose qui n’existe pas. Et à quoi bon avoir recours à la chimie pour décomposer le prolo-tartratc de potassium et d’antimoine, puisqu’il est démontré qu’une foule de substances peuvent le décomposer, mais que, malgré cette décomposition , il ne perd presque aucune de ses qualités thérapeutiques ou vénéneuses?
D’ailleurs il est absurde de prétendre décomposer le tartre stibié dans l’estomac, lorsqu’il a déjà produit l’cmpoisonncrnent, c’est-à-dire quand il est déjà passé dans le torrent de la circulation, et qu'il ne se trouve plus dans les voies gastriques.
On a beau nous vanter nombre d’histoires où l’empoisonnement par le tartre émétique aurait été dissipé par des décoctions astringentes, des potions lactées cl oléagineuses, des remèdes anli-phlogistiques (39) ; toutes ces histoires ne prouvent que ce que nous savions déjà depuis long-temps, c’est-à-dire que le tartre émétique n’est pas un poison très-violent, et que son effet n’est pas d’une longue durée. 11 n’est pas étonnant que très-peu d’individus meurent par cette espèce d’empoisonnement, même parmi ceux qui sonltraiLéa de l'empoisonnement en contre-sens ou par des moyens impropres. Sur les effets produits par I, 2, 4 grammes (15, 30, GO grains) de tartre stibié , quelle action pourrait avoir une décoction de quinquina, une émulsion mucilagineuse. ou loule autre substance analogue? Puisque ces effets, par leur nature, disparaissent d’eux-inêmes assez promptement, il n’est pas étonnant que les anti-pblogistiques puissent parvenir à calmer et à arrêter les vomissements occasionnés par le larlre stibié; nous avons dit pourquoi : nous avons vu en effet que, par l’acide prussique, Ki irner a ôté au tartre stibié sa vertu émétique : il serait anti-logique de conclure que les an ti phlogisliqurs guérissent les symptômes toxiques du tartre stibié, parce qu’ils dissipent les vomissements. On n’a pas réfléchi que 1 effet général persiste et est même augmenté par les anli-phlogistiques. Nous savons désormais que, lorsque le vomissement manque ou s’arrête,
(39) Berthollet, Gcndrin , Sauveton, Journal génér. de médec., t. 91, p. 145. Serres (Orfiia , Toxicolog.), Renauldin, Journal univ. des sciences méd., n« 49,
ANTIMONIAUX.
il existe d’antres effets, bien plus puissants encore, dont il faut tenir compte.
Les résultats des nécroscopies pourraient aussi donner lieu à quelques objections contre notre manière de voir, concernant l’action dynamique du tartre slibié. Plusieurs auteurs assurent avoir observé, sur les cadavres de sujets empoisonnés par les antimoniaux des traces d’inflammation, des ulcérations, des perforations et autres lésions profondes dans Je canal gastrique. Orfila et Magendie ont cru pouvoir démontrer clairement toutes ccs altérations organiques par leurs expériences sur les chiens. Nous admettrons aussi l’existence de ces ravages pathologiques dans quelques cas, mais jamais comme résultat de l’émétique; car est-il raisonnable d’attribuer l'inflammation de l’estomac et des poumons au tartre émétique , tandis qu’on en trouve la cause presque certaine dans la ligature artificielle de l’œsophage, que ccs expérimentateurs ont pratiquée sur leurs chiens? Est-il juste et logique d’accuser l’émétique desallérations qu’on trouve sur le cadavre de ceux qui meurent , non certainement par l’administration de ce remède, mais par des maladies graves et incurables dont ils élaient atteints avant mèmè de prendre l’émétique? Je ne m’arrêterai pas, pour le moment , à l’énumération et à l’analyse de tous ces faits ; je craindrais d'être trop prolixe. Il me serait facile de prouver que ries doses plus ou moins fortes de tarlre stibié avaient été données dans des affections dites embarras gastriques, fièvres nerveuses, putrides, gastriques.
Ces affections n’étaient en réalité que de véritables gastrites, des entérites, ott gastro-méningites, lesquelles, s’étant terminées par la mort, ont laissé voir à l'ouverture descadavrcs, dans le plus grand nombre des cas, des injections inflammatoires, la gangrène, des excoriations, des pustules, des perforations et antres a Itéré lion s qui ne doivent être attribuées qu’a l'intensité de la maladie, cause unique de la mort.
Concluons de tout cela que plusieurs toxicolopisles , même les plus haut placés, jugent parfois faussement et en aveugles l’action d’un grand nombre de substances, et notamment du tartre émétique. Au lieu de bien observer les efféls de cette substance , ils imaginèrent des extravagances d’après leurs idées préconçues; ils se sont imaginé que le tartre strb;é devait être stimulant, irritant,
corrosif, comme plusieurs autres poisons, et qu’il exigeait par conséquent Jes mêmes secours thérapeutiques.
Le praticien qui aurait confiance dans les paroles de ces toxicologues nuirait sans s’en doutera ceux qu’il voudrait secourir, et entraînerait aussi dans l’erreur les tribunaux qui auraient à se prononcer dans des cas d’empoisonnement. Si je me prononce si ouvertement sur celte matière, c’est que j’en ai acquitta conviction par un grand nombre d’expériences, de faits, de méditations. Le silence sur ce point me rendrait blâmable, inhumain.
§ V. Effets sur les maladies. — L’usage thérapeutique de l’antimoine a subi de singulières vicissitudes. L’antiquité la plus reculée en a admis l’usage (40) : une faculté de médecine le condamne (4 1 ) ; un parlement de Paris le frappe sévèrement de proscription (42) ; un char symbolique le met de nouveau en triomphe (43) ; plus de cent médecins en proclament et démontrent l’utilité dans toutes les maladies ; un grand nombre d’autres déclarent que son usage est des plus dangereux : tel est en peu de mots l’historique ancien des vicissitudes thérapeutiques des différentes préparations de l'antimoine, et notamment du tartre stibié , auquel on pourrait, à la vérité, les rapporter toutes. — Quiconque a fait usage, en médecine, du tartre émétique, a dù se convaincre que c’est un des médicaments les pl us énergiques dans une foule d affections , quelle que soit d’ailleurs la manière d’en envisager l’action. En discutant les propriétés de ce remède, nous l’envisagerons sous trois points de vue dift’érenls ; c’est-à-dire comme émétique , comme stimulant , et comme contre-stimulant. — L’action du tartre émétique, qui a plus particulièrement attiré l’attention des praticiens, est sans doute celle du vomissement, dont il a tiré son nom. Les uns regardent cette action comme primitive et sui generis ; les autres , sans se donner la peine de l’expliquer, s’en tiennent à l’effet, et en profitent dans les différents cas morbides. — Ainsi , l’indication première et plus directe, lorsqu’on peut débarrasser
(10) Hippocrate, Galion, Plinius, Dioscoride, etc.
(■41) Celle de Paris.
(4$) Par arrêt et jugement de 15GG. (43) Currus triumphftlîs antimonii, Basil. Valcnlini, 1G04.
ANTIMONIAUX.
enlièrementl’cstomac des substances qu’il pourrait contenir, est d’avoir recours à ce sel d’antimoine. Que ces substances soient en trop grande quantité, quoique non malfaisantes par leur qualité , ce qui a lieu dans le cas de simple réplétion ; ou qu’elles soient vénéneuses ; ou enfin qu’elles soient engendrées dans l’estomac même , comme il arrive dans les affections connues sous le nom de gastriques bilieuses ou putrides, l’indication est toujours , d'après la pluralité des médecins, de produire le vomissement par le tartre slibié, de préférence, comme étant la substance qui jouit de cette propriété d’une manière plus sure et plus prompte que toute autre. Cette pratique est basée cependant sur une. idée théorique , savoir que dans toutes ces affections la cause efficiente existe dans le canal digestif, et qu'il est nécessaire de l’enlever le plus promptement possible et par la voie la plus courte. On n’aurait en conséquence pour but que de produire un effet mécanique , d’exciter dans le tube gastrique un mouvement inverse tumultueux, apte à déterminer le vomissement; ce qu’on pourrait obtenir de même par plusieurs autres moyens , tels que la pompe gastrique (stomaco-pompe). Cela a précisément lieu dans tous les cas de réplétion simple de l’estomac , ou lorsqu’une substance délétère aurait été avalée depuis peu, et avant qu’elle eût pu donner lieu à aucun effet dynamique.
Jusque-là le désordre est purement mécanique, et l’on parvient aussi, par des moyens également mécaniques, à l'arrêter et à l'éloigner. Le même résultat peut être obtenu en chatouillant le gosieravec la barbe d’une plume, en buvant de l’eau tiède en abondance , par le mouvement rotatoire et ondulatoire, et par d’autres moyens encore, lesquels seraient souvent préférables au tartre émétique. Mais il y a d’autres indications que celles-là à remplir dans les maladies dites gastriques, fièvres bilieuses, putrides ou nerveuses. On reconnaît facilement dans ces affections un caractère morbide général. — L’accumulation dans l’cstomac des matières qui dérangent les fonctions de ce viscère ne constitue point le vrai caractère de la maladie ; c’est là un simple phénomène , un simple effet de l’affection.
Ordinairement , la première déclaration de la maladie n’est pas due aux aliments, puisqu’elle a fréquemment lieu chez les individus qui ne se sont point
écartés de la sobriété ordinaire. En supposant d’ailleurs que les aliments et les boissons en fussent la cause déterminante , ces substances ne demeurent pas toujours dans les voies gastriques comme un levain permanent de la maladie; ils y laissent seulement l’impression qu’ils ont produite, et cette impression devient la source véritable du mal. Cela est si vrai , que le vomissement répété une, deux, ou trois fois , ne coupe , n’arrête point l’état morbide, celui-ci continuant à parcourir ses périodes avec plus ou moins d'intensité. Cependant, l'émétique enlève à l’estomac les substances qu’il renferme, ainsi qu’une partie des matières qu’il a sécrétées. De nouvelles humeurs y affluent sans cesse et en abondance ; mais ces humeurs sont l’effet et non la cause de la maladie. Vous aurez beau évacuer ces humeurs , vous n’obtiendrez pas la guérison tant que l’organe où siège le mal n’est pas revenu à son état normal ; de sorte que le vomissement, dans ces maladies, envisagé comme remède évacuant des substances ramassées dans l’estomac, n’est pas un moyen suffisant ni sûr de guérison. Le praticien qui , dans ces maladies , déterminerait le vomissement par des moyens purement mécaniques, verrait aisément combien la seule évacuation des matières est insuffisante, et combien il est dangereux de trop violenter l’appareil gastrique, si mal disposé, et presque toujours dans un état de phlogose. Si donc le tartre stibié est, en pareils cas, d’un puissant secours lorsqu’il est administré dès le début, et même à différentes reprises (d’après l'avis de plusieurs praticiens), pendant tout le cours de la maladie, c'est qu’indépendamment de sa qualité émétique, il possède encore quelque autre vertu particulière qui agit sur tout l’organisme. Les recherches des médecins observateurs doivent viser à découvrir cette vertu particulière, à moins qu’on ne veuille se servir de cet agent thérapeutique empiriquement ou en aveugle.
C'est ce que nous tâcherons de faire dans le courant de cet article.
Dans l’idée fixe que le proto-tartralc d’antimoine et de potassium n’était qu’uniquement émétique, c’est-à-dire capable seulement de provoquer la secousse mécanique du vomissement, les médecins l’ont vanté dans tous les cas où ils imaginèrent qu’un ébranlement général capable de dégourdir tout le corps et de donner plus d'activité à la circulation
ANTIMONIAUX.
pourrait être salutaire, Aussi le prescrivirent-ils contre l’apoplexie, contre la paralysie, contre la léthargie, dans les maladies nerveuses, dans l’hypocliondrie, dans les engorgements glandulaires, etc.
Qu’une forte secousse puisse, dans quelqu'une de ces affections, produire parfois un effet salutaire, je ne le nie point; mais je pense aussi que souvent cette secousse pourrait être fort préjudiciable.
Heureusement que la thérapeutique de nos jours n’est plus forcée d’avoir recours à des moyens violents pour obtenir des effets salutaires. Les praticiens qui ne voient dans l’action du tartre émétique qu’un stimulant énergique attribuent à cette action unique tous les succès thérapeutiques. Le vomissement et ses conséquences ne seraient , d’après eux, qu une simple irritation portée sur l’estomac ; la sueur serait le résultat de la stimulation réactionnelle sur la peau, ou bien dans le système vasculaire sanguin. C’est par le stimulus aussi , disent-ils, que les sécrétions augmentent, ainsi que tous les phénomènes d’exosmose, etc.
Rassurés par cette explication, ils administrenf le tartre stibié dans les mêmes cas absolument que ceux qui le prescrivent comme simple remède évacuant Considérée sous le point de vue des résultats, celte doctrine pourrait être tolérée ; car, au total, qu’importe qu’elle soit fausse, pourvu qu’on s’accorde sur les applications pratiques. On pourrait dire effectivement à la rigueur que le tartre stibié a été l’excitateur, le stimulus des effets salutaires qu’on a obtenus ; mais, en ce sens, on pourrait aussi appeler stimulant ou excitant la saignée, puisqu’elle excite la pâleur, la faiblesse, la défaillance. Si l’on veut appliquer le mot stimulus dans le sens de Brown ou de ses successeurs, qui entendaient par stimulation mettre positivement en action les organes , ou en augmenter la force, on serait dans l’erreur d’appeler stimulant le tartre émétique, caron rencontrerait à chaque pas des faits en opposition avec cette idée. Je me contenterai de citer le seul vomissement lui-même, que les véritables stimulants ne produisent point. Et si l’on disait que le vin donné en abondance l’excite quelquefois, je répondrais que cet effet n’est pas du à l’action stimulante, mais bien à la masse du liquide qui est en excès dans l’e-tomac , et qui est expulsé par regorgement. Quant à la sueur, qu’on attribue à l’excitation cutanée ou de la circulation, je ferai obser-
ver que c’est là une grave erreur : cette sueur est constamment associée à la pâleur générale et a la faiblesse du pouls, ainsi que nous le démontrerons plus loin.
Nos adversaires pourraient ici nous répondre : A quoi bon ces subtilités ingénieuses contre le fait le plus palpable, savoir les éruptions et les pustules, qu’on voit paraître continuellement sur la peau et ailleurs par l’application du tartre stibié ? Ne sont-elles pas un caractère certain de stimulation et d’action augmentée? Nous nous expliquerons tout à-l’bcure sur ces phénomènes. Une manière plus rationnelle d’envisager l’action du tartre émétique pénétré dans le torrent de la circulation , est celle qui l’envisage comme conlro-slimulante ou hyposthénie ante.
Ce n’est pas le hasard ni le désir de la nouveauté qui détermina Rasori le premier à envisager cet agent thérapeutique comme conlre-stimulant ; cet habile observateur y fut conduit directement par les faits et le raisonnement. Considérant d’une part les applications de la grande loi qu’il venait de découvrir sur la tolérance ou la capacité morbide de l’organisme pour les remèdes ; de l’autre la nature manifestement affaiblissante des effets du tartre slibié , Rasori a élé conduit a employer celte substance avec une grande hardiesse contre les maladies inflammatoires le mieux connues , telles que la péripneumonie ; il en obtint les plus heureux résultats. Dans son premier mémoire, Rasori débute par ces mots : « L’usage du tartre stibié n’est « pas chose nouvelle dans le traitement » des péripneumonies franches , et no- » tainment dans celles où le praticien » croit voir une complication gastrique , » saburrale, bilieuse , et dans lesquelles » se présente l’indication particulière en » faveur de l’émétique. Mais ce qui me » paraît nouveau et tout-à-fait en oppo- » silion avec les opinions généralement » reçues, c’est de traiterlcs péripneumo- » nies inflammatoires avec le tartre sti— » bié depuis leur commencement jusqu’à » leur terminaison ; d’en faire le remède » cardinal , et le plus souvent le seul » moyen de traitement; d’épargner par » là un grand nombre de saignées, et «bien souvent de n’en faire aucune; » d’en porter les doses quotidiennes au- » delà de ce qu’on n’avait jamais osé » faire, savoir jusqu’à un scrupule, à un » gros, cl même davantage, dans les
ANTIMONIAUX.
» vingt-quatre heures; d'ôtrc parvenu «jusqu’à l’administration de plusieurs » onces dans le courant d’une maladie, » et de pouvoir dire enfin avecassuran- » ce n’avoir provoqué le vomissement « que rarement, ni augmenté les évacua- « lions ventrales , ni même la sueur, au- » delà de ce qui était le résultat du ca- » ractère et de l’époque de la mala- » die (44). »
Le travail de Rasori a provoqué un orage de réclamations, car il renversait les idées généralement admises. On a commencé par dire que cette méthode de traiter les péripneumonies était cause d’une grande mortalité ; cependant, nous possédons contre une pareille assertion des documents authentiques tirés des registres de la clinique de Rasori, déposés près l’administration de l’hôpital de Milan et près le ministère de l’intérieur de l’époque. Ces documents comprennent la statistique des deux cliniques que Rasori faisait, l’une à l’hôpital civil, l’autre à l'hôpital militaire , depuis le mois de décembre 1807 jusqu’à novembre 1814. Il résulte du premier rapport, qui comprend les malades d’une année , que la mortalité a été de dix pour cent ; les péripneumoniques étaient plus du tiers de la totalité des malades (45). Le second rapport ne comprend que les péripneumonies seulement traitées pendant trois années, 1809, 1810 et 1811, au nombre de six cent quarante-huit dans la clinique civile, et de cent quatre-vingt dans la clinique militaire. Il résulte de cc travail que dans la première clinique la mortalité a été de vingt deux pour cent, et dans la seconde de quatorze et demi (4G). Le troisième rapport enfin rend compte de la mortalité relative aux deux cliniques et de celle des autres services dans les mêmes hôpitaux pendant les années 1812, 1813, 1 814 ; la moyenne de la mortalité dans les salles médicales
(44) Delle péripneumonie infiammatorie, c dcl curarle principnlmcnte col tnrtaro stibiato. Annal, di scictiz. et lellerc, vol. vu, p. 72.
(45) Voy. Prospelto dei risullamnnti délia clinica mcdica dell’ ospedal milit. di San-Ambrosio in Milano, nel semestre di décembre 4807, sino al mnggio 1808.
Slamp. Cairo et cornp.
(4G) Quadrodcllc péripneumonie, dans les Annal! di sçienzc et lettere, vol, vu.
où l’on pratiquait la méthode ordinaire de traitement a été de seize , tandis que celle de la clinique de Rasori a été de onze pour cent , en mettant même de côté bien des désavantages à charge de cette clinique, lesquels auraient valu la peine d’être évalués (47).
On avait aussi dit dans le temps que la nouveauté et la hardiesse de cette médication venaient de ce que le tartre slibié de l’hôpital de Rasori était peutêtre mal préparé , et conséquemment sans action , ou bien de ce que les malades ne le prenaient réellement pas d’après la prescription. Mais beaucoup d'étrangers à la clinique et d'incrédules ont fait toute espèce de vérification et sc sont assurés que les choses étaient telles que Rasori les présentait ; quelques personnes ont même expérimenté sur elles-mêmes le tartre stibic de la clinique de Rasori à petite dose , et les effets n'ont pas été différents de ceux du tartre stibic préparé ailleurs. — Il ne restait donc plus qu’à mettre en avant la loi de l’habitude pour expliquer les étonnants résultats obtenus par Rasori; on l’a invoquée effectivement cette loi, et on en a fait une objection contre sa manière de voir. On a prétendu que les malades traités de la sorte pouvaient s’accoutumer à l’émétique comme les Asiatiques le sont à l'usage de l’opium. Mais il est à peine besoin de relever l’absurde d’une pareille objection; car, pour établir l’habitude en question, il faut débuter par des doses petites , tandis que dans la pratique rasorienne on commence par soixante centigrammes (douze grains), et même plus, de tartre émétique à la fois. Une pareille dose étant dès l’abord tolérée, l’habitude aurait donc dû préexister au traitement. Comment expliquer par celte loi, qu’après un long traitement et la cessation de la maladie, cesse également chez l’individu la tolérance pour le remède, de sorte que le phénomène manquerait précisément alors qu’il devrait commencer par le pouvoir de l'habitude? Comment sc fait-il enfin qu’il n’y ait pas d’homme en santé qui puisse s’habituer, nous ne dirons pas à deux ou à quatre grammes (demi-gros à un gros), mais pas même aux petites doses de tartre émétique , puisqu’elles excitent le vomissement
(47) Il conciliatore, foglio scientilieoleltcrario. Milano, 18 niarso 1819, n« 57.
ANTIMONIAUX.'
et, chose remarquable, ces guérisons ont
dans les cas ordinaires ? — D’autres ont imaginé que le tartre slibié a liante dose paralysait l’estomac et empêchait ainsi le vomissement. Mais a-t-on réfléchi à la gravité d’une paralysie de l’estomac? Si l’estomac devenait paralysé, comment se fait-il que sous l’action de quatre grammes (un gros) de tartre émétique, le malade ait des selles régulières, et ce qui est plus encore, bon appétit et bonne digestion ?
Toutes ces objections et plusieurs autres sont actuellement tombées en présence de l’ observation rigoureuse et impartiale des faits ; mais elles en ont imposé à l’époque de la naissance de la méthode de Rasori, qui remonte à l’année 1799. Des praticiens d’un grand mérite , cependant , ont soumis les faits énoncés par Rasori à l’épreuve expérimentale , et ils les trouvèrent de la plus grande exactitude. Tommasini (48) et Ambri (4 '), à Parme, confirmèrent publiquement la bonté de la méthode rasorienne.
D’autres médecins italiens en firent autant; les succès sont bientôt devenus presque populaires , et bientôt d’autres expériences, non moins concluantes, ont été faites en France, en Angleterre et en Allemagne. — Pendant quelque temps cependant les étrangers se moquèrent de la découverte italienne en nous accusant d’avoir renoncé à l’ancienne sagesse de l’art pour nous livrer à des rêves, à des théories bizarres et ab sardes. Les journaux d’Allemagne et de France, ainsi que quelques-uns d’Italie, des académies et quelques écoles médicales d’Europe prirent part dans le principe à la discussion, et au lieu de consulter l’expérience , ils prirent sur eux la responsabilité dclaréprobation a priori. Plusieurs d’entre eux cependant ontélé bientôt obligés de faire publiquement amende honorable. Effectivement, quelques années après, C. Peschier, de Genève, publia plusieurs faits relu tifs à des inflammations de poitrine (pleurésies, pneumonies,bronchites, clc.) guéries à l’aide du tartre slibié h haute dose et sans saignée,
(48) Sull’ azione deprimente e conlrostimolente di aleuni rimadi. Mcm. n, litta il maggio 1809. V. Giorn. délia socielà M. C. di Parma, vol. vu, pag. 24 e pag. 200.
(49) Opéra, med. prat. et anat. patol.
faite ncllo spedalc civile di Parma, lotte in novembre 1809. V. Giorn. , id. , p, 3 et suivantes.
eu lieu toutes en très-peu de temps et sans récidive, tandis que ses confrères, qui avaient suivi les méthodes ordinaires, perdirent un grand nombre de leurs malades. Dans l’écrit de ce médecin il n’est nullement question de la source de cette méthode , qui était déjà en vigueur depuis plusieurs années en Italie, et on dirait même que l’auteur essaie de faire croire que c’est d’après scs propres idées qu’il avait été conduit à ce mode de traitement, si différent de celui de ses collègues. Il avoue pourtant avoir lu dahs les annales cliniques de Montpellier (60), quelque temps après son premier essai, que cette méthode de traitement avait déjà été employée avec un succès semblable au sien. Pour connaître, soit la bonne foi , soit la logique de M. Pescliier , nous rapporterons la série des raisonnements qu’il dit lui avoir ouvert le chemin de sa prétendue découverte. Il m’a paru, dit-il, que le tartre émétique agissait comme évacuant , et qu'il devait eri conséquence débarrasser les premières voies, faciliter la circulation dans les vaisseaux abdominaux (5l) , diminuer proportionnellement la pléthore relative à la poitrine, et conséquemment les accidents pathologiques qui arrivent dans l’appareil respiratoire (52). 11 m’a paru , continue-t-il, que cetle substance, en arrêtant lout-à-coup l’action digestive, devait mettre un obstacle à la cbylification et à l’hématose (53), et plus encore, j’ai présumé que le trouble qui a lieu dans l’économie animale, qu’il en arrive ou non le vomissement, devrait détournée le mouvement fluxionnaire (5i) de la poitrine, cause efficiente du mal.
Peschier n’a pas manqué de faire remarquer que sa méthode diffère de celle des autres en ce que ceux-ci donnent le tartre émétique dissous dans l’eau , taudis que lui il le combine à d’autres remè* des indiqués d’après l’état du malade.
S'il y a, par exemple, tendance à la trans-
(50) Tom. 42, p. 171.
(51) N’esl-ce pas là la théorie pathologique de Leroy ?
(52) D’après cela, on voit que les auteurs ont tort de craindre que, chez les personnes prédisposées à l'hémoptysie et à d'autres maux do poitrine, l’émétique soit contraire.
(53) Cela s’appelle déraciner le mal.
(54) Autre théorie pathologique que je ne saurais à qui attribuer.
AÎtTIMONlAüX.
piration , il y ajoute huit ou douze grammes (deux à trois gros) d’éther azoteux, ou chlorhydrique, ou acétique; s’il y a dysurie et chaleur à la peau, il le combine avec le sel de nitre ; s’il y a insomnie et inquiétude, il y ajoute la teinture d’opium. 11 annonce tout cela pour prouver qu’il ne prescrit pas le tartre stibié d’une façon tout h-fait empirique
(55). Dans un autre écrit, il confirme les succès de la méthode, et il prévient les médecins qui voudraient l’imiter, de ne pas saigner dans les pneumonies , car les saignées, d’après lui, prolongent singulièrement la maladie, et rendent les convalescences interminables (56) ! ! ! — Nous n’avons pas besoin de nous arrêter à réfuter les préceptes et la philosophie de M. Peschicr ; si nous en avons dit quelque chose , c’est pour faire voir que cet auteur, avec ses raisonnements et sa manière d’agir, est parvenu h faire goûter en France la méthode que Rasori , Tommasini et Borda avaient , avec une bien meilleure logique et un autre ordre de faits , déjà établie en Italie. Peschier a trouvé des imitateurs en France et en Allemagne, et, chose singulière, on parla aussitôt de la nouvelle méthode de traiter les pneumonies d’après Peschier.
Indépendamment pourtant de ses théories, le tartre stibié à haute dose a été employé par Kapeleret par Laennec. Ce dernier surtout en fit l’objet d’un grand nombre d’expériences particulières. 11 avoue que la première idée de celte médication lui était venue d'Italie. Laennec fut si satisfait des résultats de cette méthode qu’il ne l’abandonna plus. Nonseulement il l’employa dans les pneumoniles, mais encore dans le rhumatisme, dans l’hydrocéphale aiguë, dans l’arachnoïte (57), dans l’apoplexie, dans l’arthrite, dans la phlébite aiguë (58), dans l’ophthalmie, dans l’angine, et même dans les affections gastriques, ax-ec douleur de ventre , langue ronge, diarrhée, ténesme, et que tout le monde aurait caractérisées pour inflammatoires. Dans toutes ces maladies, il a observé que le médicament agissait plus promptement
(55) Traitem. des flux, de poitr. par l’émétiq. à haute dose. Biblioth. univ.
de Genève, scicnc. et arts, 1. xx, p. 1 40.
(56) Gazette de santé, 5 et 15 septembre 1825.
(57) Revue médicale, juin 1825, p. 511.
(58) Revue médicale, octobre 1825.
et plus heureusement lorsqu’il ne provoquait pas de nausées ni de vomissements. Il dit aussi avoir observé que, chez des convalescents, ce sel d’antimoine était toléré, sans produire de vomissements, jusqu’à la dose de 90 centigrammes (18 grains) (59).
Il n'en fallut pas davantage pour faire adopter l’administration du tartre émétique à haute dose. Cette méthode est connue en France sous le nom de méthode rasorienue; elle est devenue presque universelle, surtoutcontre lespneumonites. L’ont adoptée contre ces maladies, Morelot et Parent (60), Vaidy
(61), Guersant (62), Vacquié (63), Palais (64), Benaben (65), Vyau de Lagarde (66), Bricheteau (67), et plusieurs autres, y compris Puntous, qui a fait un examen comparatif des différents traitements des péripneunionies. Cet auteur démontra d'une manière péremptoire que l’émétique à haute dose a toujours donné d’heureux résultats (68), ce qui avait déjà été relevé par d’autres, et notamment par Trousseau, qui, sur 58 pneumonites aiguës, n'a eu que 2 morts ; il vérifia , lui aussi , que ce remède agissait mieux lorsqu’il ne provoquait aucune évacuation (69).
Dans le rhumatisme articulaire aigu , on a obtenu en France d’excellents effets des fortes doses de tartre stibié , ainsi que cela avait été déjà constaté longtemps auparavant en Italie, et aussi contre la goutte. Je pourrais citer à ce sujet plusieurs auteurs, entre autres Delourmel de la Picardière (70), Trousseau et
(59) Traité de l’auscullaticn médiate.
Paris, 1826, t. i, p. 492.
(60) Bullet . de la société médic. d’émulat., 1825.
(61) Journ. complém., t. xv, p. 203.
(62) Archiv. deméd., t. xv, p. 5.
(63) Omodei , Annal, univ. di med. , apr. 1828, p. 105.
(64) Gazette de santé, 1826, p. 189.
(65) Revue médicale, octobre et novembre 1829.
(66) Archiv. de médcc., t. iv, p. 4SI. (07) Archiv. gènér. de médcc., oct. et
nov. 1832.
(68) Revue médicale, juillet 1S34 , p.
38, et août, p. 221.
(69) Transact. med., juin 1833.
(70) Thèse. Paris, 1837.
antimoniaux.
Bonnet (71), Patin (72), Teallier (73) , qui ont écrit des mémoires sur ce sujet. On a traité avec le tartre émétique, et sans saignée, le croup épidémique, ainsi que nous l’apprennent Ménon , Teallier (74) el autres. L'angine tonsillaire, l’urétrite , la dysurie , le tétanos, la chorée , ont été aussi guéries au moyen du tartre itibié (75).
Tous ces faits, qui tombaient conlinuellenn nt sous les yeux des partisans de la doctrine dite physiologique, auraient dû leur faire apercevoir l’erreur où ils étaient de croire que tous les remèdes étaient stimulants, irritants, et que tel ne pouvait être en conséquence le tartre émétique. Attribuer ces guérisons au hasard, dire qu’elles n’étaient que des illusions, et que les malades périssaient par d'autres accidents plus formidables que le mal, c’était combattre par des raisons arbitraires que les faits démentaient; car les effets en question étaient trop évidents , trop clairs, trop nombreux et trop constants pour ne pas les apprécier comme ils le méritaient. On ne manque pas pourtant de mettre en avant l’hypothèse très commode delà révulsion et de la sympathie. Le tartre émétique , éminemment stimulant et phlogosant, en produisant, d’après eux , une gastrite, guérissait la péripneumonie par le moyen de la révulsion. On aurait de la peine à croire de pareils raisonnements s’ils ne se trouvaient pas imprimés dans une foule d’écrits , recommandables d’ailleurs, des médecins physiologistes et de M. Broussais lui-même. Ce n'est pas assez poureux de méconnaître ce que nous avons précédemment prouvé par rapport aux traces que présente l’estomac après les doses exorbitantes d’émétique , ce n’est pas assez de la sympathie entre la muqueuse gastrique et pulmonaire, il leur faut encore d’autres hypothèses, puisqu’ils admettent que la sympathie du poumon pour l’estomac se convertit en antipathie , car les individus délivrés
(71) Essai thérapeut. sur l’antimoine.
Journal hebdom., t. xi, n° 152, p. 5, et n° 138, p. 222.
(72) Omodei , Annal, univ. di ined. , oct. et nov. 1833, p. 285.
(73) Id. déjà cité.
(74) Transact. mcdic. , janv. 1833, p.
(75) Bayle, Bibliolb, de thérap., t. i ,
d’une péripneumonie moyennant l’émétitique devraient de toute nécessitéavoir en échange unegastrile; cette gastrite, qu’ils craignent tant, qu’ils jugent avec raison si dangereuse el si difficile à guérir ! Et pourtant, chose étonnante, ces malades ont une convalescence très-courte et bon appétit, ainsi qu’on peut le voir dans le détail des faits publiés par Rasori , par Laenm c, par Royer (70), et par tous ceux qui ont fait usage de ce remède!
Mais ce n’est pas tout.
Sans parler de la pratique des Italiens, qui traitent certaines gastrites franches avec le tartre émétique à haute dose (étant contre-indiqué dans quelquesunes, ainsi que nous le verrons ailleurs), sans nous arrêter à la pratique des anciens, qui le prescrivaient continuellement dans les maladies désignées sous le nom de gastricisme , fièvre gastrique, et que les Broussaisiens regardent comme des gastrites, nous nous permettrons de demander comment il se fait que, dans certaines pneumonites qui, en France même, se présentent associées avec la gastrite, le tartre émétique ait été prescrit par Laennec, par Delourmel, par Guersant, par Vyau deLagarde, par Mériadec-Laennec (77) et par d’autres ?
Ces pneumonites pourtant guérirent, et les symptômes d’irritation gastrique se dissipèrent en même temps. Comment pourraient-ils rendre raison, par exemple, du cas rapporté par Fontaneilles, d’une jaunisse accompagnée de douleurs très-aiguës à l’épigastre et à l’hvpochondre droit, de fièvre et de tous les symptômes d’une gastro-hépatite, guérie avec un gramme vingt centigrammes (vingtquatre grains) de tartre stibié, le vomissement n’ayant eu lieu qu’au commencement (78)?
M. Broussais a été en Italie pendant que Rasori et Tonnnasini avaient fondé la véritable philosophie pathologique et thérapeutique. Bien au fait de la première, mais tout-à-fait à jeun de la seconde, il la transporta en France quelques années après. Avec elle, et un mérite personnel transcendant, il éleva justement son nom , ébranla les esprits , et convertit à sa manière de voir une grande partie de ses compatriotes et même de scs adversaires, qui ne voulaient pas être
(70) Voy. Méin. de Teallier.
(77) Lieux et ouvrages cités.
(78) Bévue niédiçale, t. i, p, 2G0«
272 antimonuüx.
redevables h l’Italie. Mais le colosse ne pouvait se soutenir long temps, car bien qu’il posât d’un pied sur un sol stable et sûr, de l’autre il se trouvait sur un terrain vide et trompeur. Aussi, bientôt après, les laits contredisant les préceples, il y eut des adeptes défectionnaircs , qui ont blâmé indistinctement le bon et le mauvais de la médecine physiologique.
Les médecins anglais ne mirent aucun obstacle à adopter l’usage du tarlre émétique à haute dose, mais ils n’ont admis aucune doctrine. Balfour l’employa dans les fièvres, dans les pneuinonites, dans l’hémoptysie , dans l’apoplexie et d’autres maladies inflammatoires (70). Jeffreys, dans l’esquinancie parotidienne
(80), Polter et Graves à l’bôpital de Dublin, l’ont expérimenté dans les inflammations de poitrine et dans le croup ; Graves l’employa aussi plus tard avec succès dans le delùiuni tvemens. des ivrognes (81) Pour guérir cette maladie, aussi bien que la manie, Spence s’en était déjàservi : il en donna jusqu’à deux grammes (demi-gros) en une seule fois, sous forme solide , pour ne pas exciter le vomissement (82). John C. AV. Dyer ( * * ) imita la pratique de Graves avec tout autant de succès.
Dernièrement aussi Rowe et Langford eurent à se louer du tartre stibié à liante dose dans le traitement du choléra (83). El. Duocan ayant constaté quq Les fortes doses de cette substance diminuent la force et la contractibilité de la fibre musculaire, et l’ayant vu réussir admirablement pour réduire les luxations, l’employa courageusement et avec profil dans les spasmes des muscles cervicaux et dorsaux (84). — Si nous retournons maintenant nos regards sur les résultats obtenus par les médecins de l’Allemagne et des autres pays septentrionaux, nous trouvons que Hufeland a adopté la pra-
(79) Illustrations of the porver of tart. cmctic. in the cure, etc. London, ISIS.
(80) Case in surgerv. London, 1820.
(81) The Edinb. med. and. surgic.
Journ. — Clinical lectures the London med. and. surgic. Journ. Fcbruar. 1835,
(82) The London med., etc. Septcmb.
(*) Ibid., Séplembr. 1833, p. 180.
(85) The London med., etc., August.
(84) Ibid. Juny 1833, p. 5G8.
tique de Ilescliier (86). Plus tard, cependant, ayant appris que cel'e méthode appartenait a Rasori , il a déclaré que cela n’ofl'rait rien de neuf, car long-temps auparavant, dit-il , Brendal et Schroder, d'Allemagne , prescrivaient l’émétique contre les inflammation', elRichlcr, depuis quarante ans, l’adminis'rait contre la pleurésie, à la dose de quinze centigrammes (trois grains) par jour, combiné avec le nitre et autres substances, pour être pris peu à peu (86). Tlufeiand, cependant, paraissait ignorer que non-seulement Schroder et Brendel, mais beaucoup d’autres, et long temps avant eux, avaient prescrit le tartre émétique dans les pleurésies dites bilieuses, ou compliquées de gastricisme, ce qui avait été indiqué aussi par Rasori dans sou premier mémoire. Stoll , par exemple, traita en 1776, parle vomissement , une épidémie de péripneumonie dite bilieuse.
Mais quel rapport y a-t-il entre celle pratique et celle de Rasori? Hichler même le donnait à dose vomitive et comme évacuant, ainsique d’autris praticiens auraient prescrit dans le même but les huileux et les purgatifs. Les anciennes pharmacopées rapportent la formule du bol contre la fièvre quarte, dans lequel il entre le îartre émétique. On sait aussi que Marryat de Bristol conseillait en 1790 le tartre stibié contre les fièvres, inflammatoires , en assurant que ce médicament ne provoquait fias le vomissement. On pourrait encore, au besoin , citer quelques autres indications analogues, et même quelques cas de pneumonie, dans lesquels on avait, soit par erreur, soit par ignorance , soit par caprice , administré le Iartre émétique à haute dose, ainsi que dans d’autres maladies inflammatoires; mais il y a fort loin de là à l’élablisscment d'une loi thérapeutique comme celle de Rasori.
Revenons à l'analyse des faits. Bang traita par celle méthode , à 1 hôpital de Copenhague, quarante cinq aftVclions inflammatoires de poitrine, et il ne perdit que deux malades seulement. L’au-
(85) Journal der Prakt. Ileilk., 55 Bd., 4 St., p. 45. Il faut faire attention que, huit ans avant que l’esehier eût publié son court écrit , le mémoire de Hasori parcourait déjà I Allemagne , réimprimé dans le Mediz. cliirurg. Zeituug. 1814. 1 lld., p. 393.
(SGj Journal, etc. , 50 Bd., 5 st.. p. 51.
ANTIMONIAUX.
leur regarde cette pratique comme la plus sûre et la plus énergique (87). Wolff et plusieurs autres, à Varsovie , expérimentèrent avec tout autant d’avantage l’action de ce remède dans des maladies analogues (88;. Albers, Wormes etïourtual vérifièrent aussi le même fait dans l'institut polyclinique de Berlin (89).
Wesner (90), Suffcrt (91), Maiziger, Ziegler et YViedemann (92), Fri'ze, Bride (93), Lucas (91), Brosins (95), Mthlhausen (9C), en d’autres villes, obtinrent les mêmes résultats.
Ayant encore d’autres questions importantes à discuter dans cet article , je renonce au désir que j'aurais de démontrer le tort qu’ont eu la plupart de ces auteurs de combiner aux fortes doses de tartre émétiquedes substances d’action opposée, tandis qu’administré seul il aurait donné des preuves plus éclatantes de son utilité dans toutes les phlogoses. Il est donc prouvé par un très-grand nombre de faits incontestables que, dans tous les pays où on l’a expérimenté, le tartre slibié à haute dose a été très-efficace pour combattre les maladies inflammatoires, savoir lespéripneumonies, les pleurésies, les bronchites , la phthisie, la goutte, le rhumatisme, la folie, le délire des ivrognes, les spasmes toniques, l’apoplexie, l’angine , les gastrites, les entérites, les hépatites, les péritonites, lesopbthalmies, les érysipèles, les artérites , la phlébite , etc. ; et que partout on s’est convaincu que ce médicament peut remplacer la saignée de manière à la rendre moins nécessaire , moins fréquente, et même à l’épargner quelquefois tout-àfait. ün s’est convaincu que les bons effets de ce remède à haute dose n’ont lieu ordinairement que lorsqu’il ne produit aucune évacuation. C’est là aussi ce qu’on a observé en Italie depuis lecom-
(87) Bibliothck for Loger. 18^0 . *> II
(88) Nouvelle biblioth. médic. , t vi
(89) Ilufcland’s Journ., 57 Dd fi si
p. CO. ; bsI”
(90) Ibid., 58 Bd., 5 st., n. 71.
(91) Ibid., 59 lîd. 5st., p 120
S® 15 Bd., p. 329.
(93) Ibid. , 16, p. ig.
(94; Ibid., p. 117.
^ Hufcland’s Jouftj , G5 Bd., 1 si. ,
(96) Ibid., 4 st., 150.
Giaco
mini.
mencement de ce siècle, et cequeRasori a enseigné au lit du malade , ainsi que ses successeurs.
§ VI. Appréciation de l'action du remède, etc. — S’il est facile de reconnaître dans lous les faits l’action hyposthénisante du tartre stibié, il n’en est pas de même relativement à l’organe ou l’appareil sur lequel ce sel déploie de préférence son action. Les phénomènes qui se présentent le plus souvent après son administration, savoir: la pâleur, le froid, la sueur et l’abondance des sécrétions séreuses et muqueuses , porteraient à faire croire que les extrémités capillaires artérielles sont les parties qui en ressentent de préférence l’action, et qu’ainsi on devrait à bon droit le placer parmi les hyposthénisants vasculo - artériels.
Il devient cependant parla suite liyposthénisant général lorsque la dose en est très-élevée. Telle est l’action primitive et intrinsèque du tartre stibié. Tous ses effets se rattachent à ce principe, et, quoiqu’ils paraissent diversifier dans l’économie animale, on peut très-bien les expliquer par cette manière de voir. C’est ce que nous allons démontrer brièvement. Le froid, la pâleur dépendent évidemment de la lenteur de la circulation du sang à la périphérie du corps.
On sait, en effet, que c’est le sang, poussé parle cœur, qui colore les joues et répand la chaleur animale à toutes les pai lies. La substance hyposthénisantc , réprimant l’action delà circulation, doit donc faire diminuer en même temps la chaleur des extrémités et la rougeur du derme.
La sueur est aussi un des effets les plus hé.quenls du tartre émétique lorsqu il est pris a petites doses. On pourrait objecter que la transpiration n’est qu’un simple phénomène accidentel de la surface de la peau. Nous avons démontré cependant que le derme est un organe complexe, ou plutôt le résultat de ï’ap-glomération de plusieurs organes dont chacun exerçait des fonctions diverses, et que la secrétion de la sueur paraissait confiée aux extrémités des vaisseaux sanguins (a). De là résulte que cette
(a) Les follicules sébacés ne sécrètent qu une humeur onctueuse qui n’a aucune ressemblance avec le liquide aqueux et salin qui constitue la sueur proprement dite. Quant aux prétendues glandes sudorifiques cl à leurs canaux excréteurs
ANTIMONIAUX.
fonction est aussi sous la dépendance du cœur et des artères. — L’action d’exosmose, due aux capillaires sanguins, peut être augmentée par deux voies opposées; premièrement lorsque la force du cœur et des gros vaisseaux est augmentée , celle des capillaires continuant dans son état normal. C’est ce qui a lieu après l’usage des liyperstliénisants, des mouvements corporels, de l’action du calorique et de l’électricité. Secondement lorsque l’énergie des extrémités vasculaires est au-dessous de son état normal, celle du cœur demeurant normale. Dans ce cas, les pores des tuniques vasculaires sont plus ouverts, plus perméables; la partie la plus ténue du sang passe librement au dehors sous forme de vapeur ou de sueur. Ce dernier mécanisme est de nature opposée au précédent , et est aussi produit par des moyens d’action diamétralement opposée. Le produit de l’un et de l’autre de ces mécanismes se manifeste avec des caractères propres et reconnaissables. Cela posé, qui ne voit que la sueur déterminée par le tartre émétique , laquelle est ordinairement générale, douce, sans chaleur, ni rougeur, ni rigidité à la peau, accompagnée de pâleur générale , d’un pouls calme , souple ou lent, ne peut être de la première espèce , mais bien certainement de la seconde? J’en appelle aux cliniciens observateurs. On ne confondra certainement pas la sueur produite par le tartre émétique avec celle qui s'observe dâns certaines fièvres et qui peut aussi avoir lieu pendant l’usage du tartre émétique , au commencement ou vers la fin de certaines maladies. Ou ne confondra pas non plus la sueur produite par le tartre stibié seul, avec celle que produit le même sel lorsqu’il est donné conjointement avec quatre ou huit grammes (un à deux gros) d’éther ou de teinture d’opium , ainsi que le pratiquent quelques médecins allemands à l’imitation de Peschier. Dans ce cas la sueur n'appartient pas ordinairement au tartre stibié. Si donc la sueur que produit le tartre émétique offre un caractère manifeste d’hyposthénie analogue à celui qu’occasionnent les saignées, lejeùne, ou qui succède à l’usage des boissons aqueuses
en forme de tire-bouchon qu’on prétend avoir trouvés dans le tissu de la peau , nous les regardons comme purement hypothétiques. (W. d. Trad .)
abondantes, des bains froids, clc., il est évident que le tarlrc stibié peut être regardé , sous le point de vue de celte action secondaire, commeun excellent sudorifique, et cela à cause de son action hyposthénisantc sur les capillaires sanguins. C’est ce qui arrive précisément lorsqu’on l’administre à doses petites et répétées, de manière que son action soit en même temps générale, modérée et continue. Le tartre stibié ne paraît pas augmenter également la sécrétion de l’humeur sébacée. Celle-ci exige, en effet, une action plus élevée pour se manifester. La sueur provoquée de la sorte est plus liquide, plus claire, moins onctueuse et moins odorante que celle qu’on observe chez les fébricitants ; chez ces derniers, en effet, l’humeur sébacée est secrétéeen abondanceet mêlée à la transpiration séreuse.
Pendant que l’exhalaison cutanée augmente par l’action du tartre émétique, toutes les autres surfaces qui ont des communicalions avec l’air extérieur éprouvent le même phénomène , et cela par la même raison. Les tuniques des extrémités vasculaires des poumons se relâchent, leurs porosités s’ouvrent sur la surface interne des cellules bronchiques et laissent échapper en grande abondance de la vapeur qui constitue la transpiration pulmonaire ; les orifices des glandes muqueuses de l'appareil respiratoire s’ouvrent également et laissent plus libre la sortie de l’humeur qu’elles sécrètent. Cette humeur, se mêlant à la vapeur pulmonaire , constitue le matériel de l’expectoration. Yoilà donc comment le tartre stibié devient par cette action secondaire un excellent expectorant. On aurait tort de croire qu’il irrite, excite d’une manière quelconque les voies aériennes, car on sait que les véritables stimulants arrêtent au contraire ordinairement l’expectoration au lieu de l’augmenter. C’est ce que nous voyons arriver, par exemple, dans la toux sèche qui accompagne les phlogoses des bronches, dans le stade que les anciens appelaient de crudité; c’est ce que nous voyons aussi arriver lorsque, l’expectoration étant déjà déclarée, on vient à stimuler les organes malades , à augmenter la phlogose et la fièvre ; elle s’arrête ou diminue. Et ce n’est alors que par la saignée, ainsi que le conseille Uorsicri, ou par quelque autre moyen anti pblogistique , qu’on parvient à la rétablir ou à la faciliter. Le tartre stibié, ainsi que d’autres pré-
ANTIM0N1AÏJX. 275
parations antimoniales, réussit admirablement en pareil cas, et cela par son action hyposthénisante, par la verlu qu il a d’abattre l’éréthisme , la contraction morbide des tissus excréteurs des surfaces bronchiques. On objecte cependant à cette manière de voir, que 1 inflammation aussi augmente parfois la mucosité et l’expectoration, puisqu’elle produit même des écoulements morbides des surfaces muqueuses , ainsi qu’on 1 observe dans la blennorrhagie et dans les affections catarrhales en général. On comprend sans peine ce phénomène, si l on veut bien se rappeler qu’il y a dans l’action sécrétoire deux parties ou deux moments distincts , l’un pour 1 élaboration de l’humeur à sécréter , celui-ci est actif et ne peut augmenter sans un surcroît d’activité de l’organe; l’autre pour son évacuation , celui-ci est passif. Cette évacuation sera d’autant plus abondante qu’il y aura moins d’action ou d’éréthisme dans les conduits ou dans les ouvertures excréteurs ; de sorte que l’expectoration peut, à l’instar de la sueur, augmenter par deux causes opposées : par le relâchement des tissus excréteurs et par la surexcitation des tissus sécréteurs. La matière qu’on en obtient dans les deux cas offre aussi des caractères différents; celle de l’expectoration par action hyposthénisante est une mucosité simple , facile à se détacher, et, comme on disait jadis, avec tous les caractères de la coction ; celle de l’expectoration hyperslhénique ou inflammatoire au contraire est une mucosité plus élaborée, plus aigre, plus visqueuse, plus difficile à être crachée, excitant une toux fort incommode.
Il est tellement vrai que dans les deux cas la marche de l’expectoration est différente, que le tartre stibié et les autres antimoniaux, qui provoquent l’expectoration dans le premier cas, tendent à l’arrêter, et l’arrêtent même en effet dans le second jusqu’à ce que par leur persévérance ils la reproduisent, mais tout-àfait changée dans sa nature. Cette vérité est de la plus haute importance, et pourtant elle échappe complètement aux médecins, qui attribuent aux antimoniaux une vertu expectorante sans tenir aucun compte de l’action primitive du médicament. Ils sont obligés, dans les cas de catarrhe pulmonaire, de défendre l’usage des antimoniaux, ainsi que d’autres prétendus remèdes expectorants, alors précisément qu’ils seraient parfaitement indiqués comme hyposthénisants. Dans
notre pratique nous prescrivons fréquemment les antimoniaux , et avec le plus grand avantage, précisément dans les cas d’excessive sécrétion muqueuse , ce qui change promptement la nature de cette sécrétion et la ramène aux conditions normales. Celte remarque nous dévoile une autre erreur non moins accréditée par la routine , savoir : de distinguer dans les inflammations des membranes muqueuses une période blennorrhoïque, passive, atonique, distincte de la période inflammatoire et d’un caractère différent.
Ce que nous venons de dire relativement à la muqueuse pulmonaire s’applique également à toutes les membranes muqueuses indistinctement. Arrêtonsnous un instant cependant sur la muqueuse gastro-intestinale. — Nous avons déjà vu que le tartre stibié donné à petites doses excite souvent des évacuations ventrales. Aussi , pourrait-on lui attribuer une faculté purgative ? Soit, si l’on veut; à condition cependant qu’on regarde cette action comme secondaire , c’est-à-dire indépendante d’une irritation , d’une stimulation immédiate du tube intestinal. Ce phénomène dépend , en effet, de l’atonie dans laquelle tombent les vaisseaux exhalants et les ouvertures des glandes muqueuses des intestins , ce qui suffit pour faire augmenter la quantité des fluides intestinaux, et provoquer des évacuations alvines. Faisons en attendant remarquer que le flux ventral peut lui aussi avoir lieu par deux causes contraires, comme l’expectoration et le catarrhe pulmonaire. Qu’il me suffise d’établir pour le moment que les évacuations alvines provoquées par le tartre stibié sont le résultat d'une hyposthénie, d’un relâchement analogue à la sueur et à l’expectoration dont nous venons de parler.
Quant au vomissement, c’est là un phénomène sur lequel les idées les plus absurdes ont été accréditées , et pourtant son explication est toute simple puisqu’elle se rattache à la même action hyposthénisante dont nous venons de parler. Le préjugé, néanmoins, a tellement enraciné l'erreur, que la lumière delà vérité éblouitles esprits. 11 suffit d’avoir vomi soi-même, ou vu vomir, pour se convaincre que bien peu de phénomènes pathologiques peuvent lui être comparés sous le rapport du bouleversement, de l’anxiété qu’en éprouve tout l’organisme. Un effet si violent pourrait faire croire
ANTIMONIAUX.
qu'il ne peut être produit que par une cause fort puissante. C’est précisément là l'erreur. Le vomissement, en effet, est un de ces phénomènes très-apparents et qui peuvent être déterminés par des causes très-légères. On aurait tort , en conséquence, de présumer que son énergie est en raison de la puissance de la cause. Quoi de plus doux, en effet, que l’eau tiède, que le chatouillementau gosier avec la barbe d’une plume, que le mouvement rotatoire, de bascule, une saveur désagréable, la simple vue d’un objet dégoûtant pour le provoquer? Il faut donc considérer le vomissement comme un phénomène complexe et dont la cause occasionnelle peut être très-légère , mais dont le premier effet devient cause des nouveaux efforts qui s’enchaînent pour ainsi dire aux précédents, et qui en définitive peuvent avoir des résultats importants. Si l’on analyse cependant le phénomène , l’on trouve que l’acte essentiel qui le constitue est l’inversion du mouvement vermiculaire de l’estomac et de l’œsophage, aidé de la contraction presque spasmodique des muscles abdominaux et du diaphragme.
Il faut donc chercher quel est le nouvel agent qui met les libres musculaires de l’estomac et des autres parties dans un tel trouble, dans un tel mouvement désordonné. Serait-ce le contact immédiat du tartre stibié, ou des autres moyens émétiques, sur les parois de l’estomac ? Non, certes, puisque nous avons vu que le tartre émétique excite le vomissement , également lorsqu’il est appliqué sur la peau convenablement ou injecté dans les veines. D’ailleurs, le chatouillement du gosier, le voyage par mer, une saveur, une odeur désagréable, la vue d’une substance dégoûtante, etc., ne peuvent agir directement sur les membranes de l’estomac. Si l’on ne veut pas admettre que le contact immédiat de l’émétique sur l’estomac est toujours insuffisant pour produire le vomissement, on est cependant obligé de convenir que dans un assez grand nombrede cas le vomissement peut avoir lieu sans ce contact. Il faut conséquemment supposer une autre cause, que je crois avoir trouvée. L’estomac n’entre pas dans cc mouvement d’inversion qui constitue le vomissement par l’action directe des moyens ci-devant indiqués, mais bien par celle de ses stimulants naturels, lesquels se multiplient et éprouvent des modifications sous 1’influçnce des causes en ques-
tions. Je m’explique. Le mouvement vermiculaire de l’estomac et des intestins est excité naturellement par les sucs gastro-intestinaux, par la bile, par le liquide pancréatique, etc. Peut-être aussi ce mouvement est-il aidé par les aliments et les boissons , mais il est certain que ce mouvement existe même lorsque l’estomac et les intestins sont vides ; on dirait même qu’il est alors plus intense à en juger par les bruits que les intestins produisent. Cela ne peut avoir lieu que par l’action des humeurs qui pendant le jeûne sont sécrétées en plus grande abondance. Or , en l’augmentant outre mesure et presque subitement par une cause quelconque, ces matières sécrétées sont capables de provoquer énergiquement les contractions de l’eslomac. Ces contractions deviennent fréquentes et comme précipitées ou convulsives , et si le canal intestinal ne participe pas à celte émotion, s’il conserve encore son action normale, il doit en arriver un mouvement anti - péristaltique ; de là le vomissement. C’est pour cela, je crois, que la faim prolongée , l’abstinence de toute nourriture , est accompagnée de nausées et même de vomissements. Le vomissement dans ce cas est, selon moi, déterminé par l’augmentation des sucs gastriques ; aussi , ne vomit-on dans ces circonstances que des liquides de celte nature. Par la même raison, les substances émétiques ne manquent pas de provoquer le vomissement par cela même qu’elles déterminent une sécrétion plus ou moins abondante de sucs gastriques , même lorsqu’on les administre à un estomac vide ou que l’individu vient déjà de vomir plus ou moins abondamment. On voit par là que le vomissement est un effet secondaire de l’action de la cause vomitive, celle-ci se bornant à déterminer la sécrétion séro-muqueuse. Voulezvous une preuve de cette assertion?
Vous n'avez qu’à observer ce qui se passe ordinairement avant l’acte du vomissement : il y a afllux abondant et incessant de salive et d’autres humeurs dans la bouche , remontant par l’œsophage. Ce n’est pas seulement cet excès de sécrétion qui produit le vomissement; quelquefois il peut aussi dépendre d’une altération particulière dans la qualité des sucs en question. Mais de cette espèce de vomissement nous en parlerons ailleurs. Ainsi donc , tous les moyens qui relâchent ou affaiblissent à l’improviste les pores excréteurs de la
ANTIMONIAUX.
surface interne île l’estomac , surtout si ceux des intestins ne se relâchent pas en même temps, sont propres à produire le vomissement. L’eau tiède Inic en abondance ne paraît pas agir autrement.
L’ondulation dans une barque, le mouvement de rotation , le chatouillement du gosier, certaines odeurs, certaines saveurs , le souvenir de certains objets mettent le corps dans une sorte d’abattement, de frisson, de nausées, de pâleur, de vertiges, phénomènes caractéristiques d’une hyposthénie passagère, suffisante cependant pour produire une sorte de sueur froide, un afflux abondant de salive dans la bouche et des mucosités dans l’estomac, cause immédiate du vomissement.
Cela posé, il est aisé de comprendre le phénomène du vomissement sous l’influence de l’action du tartre émétique puisque celle action relâche les pores des vaisseaux capillaires , augmente les exhalaisons, spécialement de l’estomac, si on l'administre à dose convenable, soit par la bouche , soit par toute autre voie d’absorption. — Effectivement , le froid, la pâleur, les vertiges, les frissons, les nausées , la salivation apparaissent avant le vomissement. Il serait, en conséquence , absurde de les faire provenir du contact immédiat, tous ces phénomènes se rattachant à une même source, l’hyposthénie consécutive à l’absorption.
L’hyposthénie en question paraît se déclarer plus promptement dans l’estomac qu’aillcurs. La dose pour exciter le vomissement ne doit pas être excessivement petite, car les effets en seraient trop légers; ils se borneraient à produire tout au plus de la sueur. A dose un peu plus forte, on n’aurait pas non plus le vomissement, mais bien l’expectoration et le flux de ventre. 11 faut, en un mot, que la dose soit telle, qu’elle produise une action prompte, et que l’estomac puisse en être impressionné le premier et plus fortement que les autres viscères. Sous ce rapport , la forme de la prescription est aussi pour beaucoup, le médicament ne devant pas être donné trop concentré, car alors son action serait trop graduée et non subite, et le vomissement n’aurait pas lieu. C’est ce que nous eûmes occasion de voir plusieurs fois, et que Spence, Royer et plusieurs autres observèrent de même en donnant le tartre émétique sous forme pilulaire ou dans fort peu de liquide. Le vomissement enfin n'a lieu non plus si l’on dépasse la dose que nous
avons indiquée et si l’administration du remède était continuée. La raison en est très-simple. L’action du tartre stibié ne se borne pas alors aux capillaires sanguins et aux conduits excréteurs ; elle se fait sentir aussi sur le cœur et sur tous les autres centres de vitalité au même instant, et détermine une hyposthénie universelle. Pendant cette hyposthénie, aucune évacuation ne se manifeste, malgré le relâchement excessif des vaisseaux capillaires. C’est que l’action du cœur devient alors très légère , et il ne peut par conséquent y avoir une abondante évacuation de sueur; bien que les conduits excréteurs soient relâchés et béants , les glandes n’élaborent point, vu l’état d’hyposthénie où elles se trouvent. En conséquence, lcsévacuations sont nulles, maisà mesure quel’hyposlhénie diminue , les évacuations reparaissent. De là résulte que l'hypersthénic ou l’inflammation est combattue par le tartre stibié, indépendamment de toute évacuation ou de perte visible de substance animale. Aussi arrive-t-il, ainsi qu’on l’a déjà remarqué, que les inflammations cèdent d’autant mieux, que le remède ne produit aucune évacuation.
C'est là une preuve certaine de l’hyposthénie positive et qui confirme l’axiome que nous avons posé ailleurs, savoir que, par rapport à celte classe de remèdes , les évacuations et les perles de matière animale ne sont jamais la cause, mais bien l’effet de l’hyposthénie déjà produite. — Ces faits, que nous avons recueillis dans tous les amphithéâtres, à toutes les cliniques, dans tous les livres des observateurs véridiques de tous les pays indistinctement, pourraient peut-être sembler en opposition avec la belle loi de la tolérance ou de la capacité morbide, découverte par l’illustre Rasori et développée expérimentalement par Tonunasini: c’està-dire qu’on peut trouverdans la quantité du tartre émétique, tolérée par les malades , une mesure exacte du degré actuel du mal , ou de la diathèse, ainsi qu’ils l’appellent; de sorte que le vomissement, lorsqu’il se déclare, indique que la quantité du remède surpasse la capacité actuelle de l’affection, et que, s’il n’a pas lieu, c’est une preuve que la diathèse persiste et qu'il faut persévérer dans l'usage du médicament pour la combattre.
C’est pour cela qu’on a placé en première ligne le vomissement parmi les signes qui indiquent le point de saturation ou d’excès, et le tartre stibié comme
antAmoniadï.
le dialhésimètre le plus certain. Ce sujet ayant donné lieu à une foule de contestations , je me permettrai de l’examiner à mon tour et d’exposer avec franchise ma manière de voir , bien qu’elle soit sur quelques points en opposition avec celles de Rasori et de Tommasini.
Je dirai d'abord que ce n’cst pas le vomissement qui, parmi les effets du tartre émétique, lorsqu’il vient à manquer, peut donner un indice de la capacité morbide proportionnelle de l’individu , et qui, lorsqu’il existe , peut annoncer l’intolérance ou excès d’action du remède, puisque même chez l’homme bien portant, où il n’y a aucune apparence d’hypersthénie ou de diathèse, de stimulus, le tartre stibié à forte dose n’excite point le vomissement, nichez les convalescents, ni chez ceux qui viennent de guérir, ainsi qu’on l’a souvent observé lorsque par inadvertance ou par curiosité du médecin on a continué à l’administrer à haute dose. De sorte que celui qui attendrait le vomissement pour diminuer ou suspendre les doses du remède , sans faire attention à aucun autre phénomène, risquerait de faire périr le malade d’hyposthénie. Je dirai ensuite qu'il n’est pas vrai que l’état hyposlhénique ou la diathèse du contre-stimulus aide l’action émétique du tartre stibié , puisque les animaux placés dans des conditions d’hyposthénie au moyen de l’acide prussique ou de l’eau de laurier-cerise n’ont pas vomi dans les expériences lorsqu’on leur a administré des doses ordinaires de tartre stibié, et puisque d’ailleurs, dans les véritables empoisonnements par le tartre stibié, d'ordinaire il n’y a pas de vomissement. A l’appui de cette manière de voir, je puis invoquer, indépendamment des faits précédemment cités, trois observations qui se sont présentées à notre clinique , relatives à des sujets traités à l’aide du tartre stibié associé à la saignée, ainsi que nous avons l’habitude de le faire. Nous eûmes le malheur d’outrepasser tout-à-coup par l’action thérapeutique le degré de l’hypersthénie. 11 s’agissait dans l’un de ces cas d’une pneumonite, danslesecond d’unearthrite grave, dans le troisième d’une gastro-méningite. Il n’y eut chez aucun d’eux le moindre vomissement, ni d’autre évacuation ; mais, au lieu de cela , une décomposition des traits du visage, des frissons généraux , l’immobilité avec insensibilité presque complète, pouls excessive-
ment petit, presque imperceptible. Chez le premier il fallut avoir recours aux moyens hypersthénisants. En peu d’heures tous les phénomènes disparurent tellement, qu’on a dû reprendre bientôt le traitement anti-phlogislique ; chez les deux autres il a suffi de suspendre le remède, et la guérison a eu lieu. Je dirai en troisième lieu que les plus petites quanlités produisent le vomissement dans les cas aussi d’une excessive hypersthénie ou diathèse de stimulus. Cela s’observe presque toujours aux premières doses du remède. Que si l’on disait que l’inflammation n’a pas dans le commencement toute l’intensité qu’elle prend par la suite, et qu’ainsi la tolérance proportionnée au degré de la maladie doit conséquemment être d’abord légère, mais que par la suite elle augmente, je répondrai que cela est inapplicable aux cas dans lesquels le traitement parle tartre stibié est déjà commencé ; qu’à une période avancée , lorsque la phlogose se trouve déjà dans son summum d’intensité, il est d’observation que dans ces circonstances aussi quelques vomissements se déclarent, aux premières prises assez souvent. Les raisons ci dessus seraient encore moins applicables aux cas où le tartre stibié provoque quelques vomissements dans le courant du traitement, ou lorsqu’ayant été suspendu par une raison quelconque, il est repris. Tout cela est facile à vérifier ; il suffit , pour faire reparaître le x'omissement dans le plus fort de l'inflammation, de diminuer la dose du remède, de le suspendre, puis de le reprendre par petite dose ; on le verra disparaître à mesure qu’on élève les doses et qu’on parvient à produire l’hyposthénie généiale. On peut en dire autant des évacuations alvines et de la sueur, bien que ces effets soient moins faciles à obtenir. Bref, on verra toujours vérifier le principe déjà établi que la sueur, le vomissement et les évacuations alvines dépendent de la dose minime du médicament , qui borne ses effets soit à l’eslomac , soit aux intestins , soit aux vaisseaux exhalants.
Il ne suit pas cependant de tout cela que la loi de la capacité morbide soit en aucune manière infirmée ; les faits que je viens de citer la confirment au contraire. L’erreur que nous avons voulu combattre est relative au vomissement qu’on avait pris comme un effet primitif et ordinaire du tartre stibié, et comme un signe de l’excès d’action du remède, cet
ANTIMONIAUX,
excès d'action étant au contraire toutnant il aufj^npnterait rjiyposthinie entier dans l’hyposthénie (jui se déclare dans le système vasculaire sanguin ; et ses phénomènes propres étant la pâleur, la faiblesse générale, l'abaissement du pouls, c’est sur eux qu’il faut principalement veiller pour reconnaître si le remède est ou non toléré. Effectivement, ni un gros ni les plus fortes doses de tartre émétique ne les produisent tant que l’hypersthénie subsiste ; les petites doses les produisent également quand l’hyperslhénie est éteinte. Ainsi le tartre stibié sera un véritable dialhésimclrc , ou un moyen de mesurer l’état morbide et le degré d’hypersthénie , pourvu qu’on ne tienne pas compte du vomissement ni de la diarrhée , et qu’on s’en tienne aux effets plus constants qui se manifestent dans le système circulatoire. Quelques exceptions rares qu’on pourrait indiquer ne sauraient détruire les faits généraux et constants que nous venons d’établir.
Le praticien trouvera dans ces principes un guide certain dans l’emploi du tartre stibié. S'il ne veut obtenir que des sueurs, il aura recours aux très-petites doses, pourvu que l’hypersthénie ne soit pas intense, et il aura parla aussi l’expectoration. S’il veut le vomissement , il l’obtiendra de la première impression d’une dose moyenne ; mais il ne doit pas oublier que ce vomissement est la conséquence d’une hyposthénie momentanée ou bornée à l’estomac, et qu’il ne peut l’obtenir sans elle. Aussi prescrira-t-il avec avantage le tartre stibié dans le gastricisme, dans les lièvres gastriques et bilieuses ; car s’il est au courant de la science , il ne peut ignorer que ces affections sont associées toujours à un état phlogistique du tube intestinal, et il aura en vue de satisfaire avec le tartre émétique à deux indications : l’une, mécanique, qui purgera des matériaux, cause ou effet de la gastrite; l’autre, dynamique, qui consiste à arrêter directement la phlogose et l’hypersthénic Dans les inflammations de ta tête et du thorax , le praticien ne craindra plus désormais la secousse du vomissement, puisqu’il sait que cette secousse , si elle a lieu, n’est rien en comparaison des bienfaits de l’hyposlhénic générale qui en résulte, et par les mêmes raisons, il se gardera bien de provoquer le vomissement dans les maladies hyposthéniques, et chez les sujets empoisonnés par des substances hyposthénisantes ; soit parce qu’il pourrait ne pas l’obtenir, soit parce qu’eu l’obte-
Enfin, si, dans une inflammation quelconque dans laquelle la pléthore n est pas évidente, il voulait s’abstenir de saigner, il pourra remplacer la saignée par le tartre stibié à une dose non moindre de six, huit grains, en ayant soin que les premières prises soient plutôt généreuses , pour qu’elles ne provoqufent pas le vomissement. Il pourra , dans les cas graves d’hypersthénie, en augmenter de beaucoup la dose , jusqu’à arriver à des quantités considérables; mais dans ces cas il faut que le praticien soit très-attentif à épier la tolérance du malade, laquelle fléchit quelquefois en un instant, lorsqu’on y pense le moins, et peut donner lieu à une hyposthénie artificielle et générale durant le cours même de l’inflammation locale. Celte tolérance devra surtout être surveillée dans les phénomènes vasculaires propres au tartre slibié , et non dans les phénomènes que nous nommerons périphériques , tels que les évacuations alvines, la sueur ou le vomissement; ceux-ci n’indiquant point un excès d’action. Les premiers sont , ainsi que nous l’avons dit, le froid, l’affaissement ou le collapsus général, l’insensibilité , l’immobilité, la petitesse et la lenteur du pouls, l’évanouissement :
ce sont là les phénomènes que nous avons nommés centraux, e l qui annoncent une véritable hyposthénie. En conséquence, loin d’attribuer au tartre stibié un pouvoir absolu, sudorifique , expectorant , purgatif ou émétique qu’il n’a pas , le clinicien pourra le prescrire raisonnablement et avec un avantage réel contre la fièvre dite sudatoria , dans la certitude qu’il arrêtera les sueurs; il pourra le prescrire dans les catarrhes humides, non pour aider l’expectoration , mais pour l’arrêter; il pourra enfin l’administrer comme anti-émétique dans le vomissement produit par une cause phlogistique, et dans le choléra de la même nature , sans tomber dans l’absurde contradiction de ceux qui, après l'avoir proclamé comme émétique , le conseillent aussi dans le vomissement morbide et dans le choléra.
§ VII. Action mécanique. — Nous voici arrivé au point où il faut répondre à l’objection qui est regardée assez généralement comme la plus puissante contre notre doctrine; nous voulons parler de l’irritation locale et des boulons que produit le tartre stibié qu’on applique sur la peau. Ces pustules ont un aspect particulier analogue à celui des boulons
antimoniaux.
de la petite-vérole , ou bien ils simulent une éruption miliaire, ou un érythème* chaud. Ces phénomènes ayant toutes les apparences d’une irritation phlogistique, il était tout naturel de doter, ainsi <|u’on l’a fait, le tartre stibié d’une action irritante, stimulante, et de penser qu’il exerçait la même action dans toute l’économie. On nfavait pas réfléchi que tout remède considéré comme corps étranger à l’économie jouissait de deux qualités distinctes, l’une dynamique ou vitale , l’autre mécanique ou physico chimique, laquelle se manifeste d'une manière jdus ou moins marquée sur le lieu même où il est appliqué avant d’être absorbé et assimilé. L’importance de celte distinction , nous l avons longuement développée dans les prolégomènes de cet ouvrage. Le tartre stibié étant un sel formé de cristaux très-durs, on a beau les broyer et les pulvériser, ils conservent toujours leurs angles et leurs pointes, de sorte que si quelques unes de ses molécules pénètrent dans l’épiderme , et si elles ne sont pas absorbées par les vaisseaux lymphatiques, elles opèrent comme corps étrangers, et les tissus qu’elles irritent s’enflamment. Pour que cela n’arrive point, il suffit de lui ôter la forme saline, en le dissolvant dans un liquide, ou bien d’appliquer le sel sur des surfaces humides , où les humeurs animales puissent le dissoudre, comme dans l’estomac. Les expériences que j'ai faites viennent à l’appui de cette doctrine. En appliquant sur la peau le tartre stibié parfaitement dissous dans l’eau, ainsi que nous l’avons fait plusieurs fois, même en aidant l’effet par la friction, on ne voit jamais paraître ni pustules ni aucun autre signe d’irritalion. Indépendamment des cas cités par Gendrin , Hulchinson et Leltson (97), qui le démontrent, il existe aussi des expériences faites par Krimer, qui les confirment. Cet auteur, ayant frotté plusieurs fois avec une solution stibiée la paume de la main d’individus d’âge, de sexe et de tempérament différents, n’a pu produire ni chaleur, ni rougeur, ni aucun autre effet sensible (98). J’ai fait plus encore. Ayant appliqué cette solution sur un phlegmon , et sur des engelures très - enflammées , j’ai observé une diminution notable dans le
(97) Voyez plus haut, art. iv, Effets sur l'homme en santé.
(98) Ilorn’s Arcli. f. b. nied. Erfahr. , 3 Heft., 1818.
gonflement, la rougeur et la douleur, sans aucun symptôme d’irritation ni de pustules. Ma conviction est arrivée au point que je ne ferais aucune difficulté d’appliquer la même solution sur mes yeux comme collyre, si j’étais atteint d’opblhalmie («). Notez bien cependant que par solution parfaite j’entends celle qu’on fait avec seize parties d’eau et audelà pour une partie d’émétique , telle étant la proportion de la solubilité de ce sel établie par les chimistes. En deçà de celte proportion , les pustules sont inévitables ; je les ai vues même seformer lorsque l’eau en était simplement sursaturée. Il ne convient pas non plus de faire la solution à chaud, car cela permet d’employer moins d’eau, et si on l’applique de suite étant chaude , elle laissera déposer des parcelles salines en se refroidissant.
Il importe aussi de rappeler qu’une solution saturée peut devenir très-chargée une fois appliquée sur la peau, parce que l’eau est absorbée la première ou s’évapore, et le sel pourrait alors reprendre sa forme cristalline, notamment si on fait cette application sur des parties à peau fine, comme le scrotum, par exemple.
On a des pustules presque toujours, lorsque le tartre émétique est appliqué mêlé avec la graisse, comme il se trouve dans la pommade d’ Autenrieth. La graisse ne dissout pas le sel, je dirai même qu’elle sert plutôt à en isoler les parcelles et à en empêcher l’absorption, ne pouvant pas être attaquées par les humeurs animales. La graisse cependant est ellemême résorbée à la longue, et les molécules salines, demeurant sur place, fomentent l’irritation mécanique. Ce qui
(a) N. de il/. Mojon. Dans l’intérêt de la science et de la vérité , nous devons déclarer qu’ayant nous-mème appliqué un grand nombre de fois . et pendant plusieurs jours consécutifs, des compresses imbibées d’une solution saturée de tartre stibié sur différentes parties du corps, notamment sur celles atteintes de rougeur érysipélateuse, nous avons presque toujours observé des pustules nombreuses se manifester ; et pourtant aucun frottement n’avait été exercé : seulement la fomentation était renouvelée deux a trois fois par jour en versant une nouvelle dose de la solution sur la compresse qui restait en permanence sur les parties malades.
ANTIMONIAUX.
prouve cette manière de voir, c’est l’usage que nous faisons depuis plusieurs années d'une pommade dont le tarlre slibié est préalablement dissous dans l’eau, puis incorporé à la graisse. Cette pommade ne produit jamais de pustules, et elle est facilement résorbée ; il faut, bien entendu , que la solution du sel soit parfaite, ainsi que nous venons de le dire. Si l’on dépasse le degré indiqué de la saturation, la pommade déterminé des pustules, maispetites et quelquefois miliaires, au lieu d’être varioliformes. La pommade stibiée non pustuleuse nous procure, parla résorption, l’avantage de produire des effets dynamiques généraux, ce qui est d’un grand avantage dans une foule de cas. Nous rappellerons à ce sujet les heureux effets obtenus par Strambio dans le traitement de l’épilepsie, à l’aide de celle méthode.
Du reste, les pustules ne sont pas propres ni caractéristiques du tarlre (dilué seulement, ainsi qu’on le croit. Tous les sels à peu près en produisent, pourvu qu’ils soient un peu difficiles à être dissous. Nous avons vu des pustules semblables ou plus petites être produites par la pommade d’hydriodate dépotasse, et de prolochlorure de mercure; nous en avons aussi obtenu avec du sulfate de potasse broyé avec de la graisse, et même avec une pommade de verre pilé et porphyrisé. Nous portons encore des traces de cette dernière pommade sur l’avantbras, où nous avons produit des pustules il y a près de dix ans : elles sont semblables à des brûlures. Si tout cela ne suffit pas pour prouver sans réplique que les pustules et les autres marques d’irritation dues au tartre slibié dépendent uniquement de son action mécanique et locale, et qu’elles manquent entièrement lorsque la substance est dissoute, je ne saurais en vérité quelles espèces de preuves on voudrait pour s’en convaincre. En conséquence, je dois déclarer que c’est une crainte puérile et vaine que de croire que les pustules produites par le tartre slibié puissent naître dans l’estomac et dans les intestins, chose que les humeurs animales et la faculté digestive de ces organes rendent tou t-n-fait impossible.
Les fails contraires qu’on allègue ne sont pas concluants à mes yeux. Si touiefois l’on appréhendait réellement un pareil elfet dans quelques cas de gastrite intense accompagnée de sécheresse de la langue et du gosier, il serait facile de le
prévenir en s’abstenant de donner le tartre slibié à l’état solide ou en solution concentrée, ou même en s’en abstenant tout-à -fait ; c’est là, il est vrai, un excès de précaution , car nous avons traité et guéri avec une promptitude remarquable et sans le moindre accident des gastrites véritables, aiguës, graves, au moyen de solutions de tartre slibié.
Un trouve quelques fails qui semblent déposer contre le principe que nous venons d’établir, savoir, que l'éruption n’est que l'effet de l’action locale et purement mécanique. Cesfaits sont relatifs à des applications de la pommade ou de la solution stibiée sur le thorax, et qui Aient paraître des pustules ailleurs, comme au scrotum, ou à l’anus, ou en d’autres endroits éloignés du lieu de l’application. Pour que des faits semblables paissent avoir quelque valeur, il faudrait d’abord prouver qu’aucune portion de la substance appliquéen’eût pas été portée dans ces lieux éloignés, soit par la main du malade, soit par le papier, soit par le linge ; car il n’y a rien de plus facile et de plus fréquent que ces déplacements du médicament pendant lesommeil ou dans l’agitation fébrile, par la main du malade , etc. On conçoit que sur une peau fine comme celle du scrotum, il suffit d’un léger attouchement pour y faire naître des pustules. Combien de fois ne voyons-nous pas un vésicatoire déplacé à l’insu du malade, etc. N’en est-il pas de même des bandages ? Si l’on nous demandait maintenantquel avantage on peut retirer de l’action mécanique du tartre stibié, nous répondrions qu’il est un excellent dérivatif, un irritant, et que plusieurs médecins en font un trèsgrand usage. Nous expliquerons ailleurs la théorie de cette action. Je dirai seulement ici que la pommade stibiée n’est pas seulement épispastique, irritante.
( Noie de 717. Mojon. ) Nous ne pouvons adopter complètement la doctrine de notre savant ami Giacomini concernant la véritable cause des pustules que produisent les applications locales de tarlre slibié. Il est de fait que ces pustules sont analogues à celles de la petilevérole, et n ont rien de semblable aux égratignures que produirait Ievcrre pilé et réduit en pommade qu’on frotterait sur la peau, ni à celle des autres sels, quelque durs et pointus qu’on veuille les supposer. Il est constant que ces pustules, que nous appellerions volontiers
282 ANTIMONIAUX.
stibices, sc mollirent avec des caractères propres, non-seulement sur les parties (jui ont été frictionnées avec la pommade d’Autenrieth , mais aussi sur les parties voisines qui n'avaient point été frottées, ni même touchées par la pommade. Il est incontestable enfin, et nous avons eu dernièrement encore l’occasion de nous en convaincre , que des individus auxquels on avait administré des solutions aqueuses de tartre stibié à haute dose pendant quelque temps ont présenté, sur la muqueuse buccale et pharyngienne, une éruption stibiée très-prononcée.
Il est certain enfin qu’un cataplasme, ou un emplâtre saupoudré de tartre slibié porphyrisé (conséquemment sans pointes ni angles), appliqué sur la peau, détermine des pustules. S’il est arrivé parfois que la pommade stibiée n’ait pas produit les pustules qu’on en attendait, c’est que la peau sur laquelle on l’a appliquée était calleuse ou malpropre, de sorte que le médicament n’a pu exercer son action ; aussi est-il toujours recommandé par les praticiens de laver préalablement la peau si l’on veut obtenir l’éruption. Je crois avoir observé du reste que toujours une petite portion du tartre stibié est absorbée à la longue, au fur et à mesure que les pustules disparaissent, et qu’ainsi on peut obtenir encore par celte voie une action hyposthénisante générale.
§ VIH. Mode d'administration, etc.
— On peut se servir du tartre-émétique, soit en solution, soit en pilules, soit sous forme de pommade. Pour la solution, les auteurs recommandent l’eau distillée, et ils conseillent de ne pas se servir de substances acides, alcalines, astringentes, etc., pour ne pas décomposer le sel. A'ous avons cependant fait observer que la décomposition chimique du protolartrate d’antimoine et de potassium ne lui ôte ni ne diminue ses facultés médicinales. Aussi nous ne défendons pas à nos malades soumis à l’action du tartre stibié , de boire en même temps de la limonade , s’ils en désirent. La forme pilula ire est plus appropriée quand on veut produire une hyposthénisalion énergique et éviter le vomissement. Si l’on veut obtenir par la pommade des effets dynamiques sans effets mécaniques , il faut faire parfaitement dissoudre le sel avantde l’incorporeravec la graisse. Pour obtenir une éruption pustuleuse, il faut le combiner pour le moins dans la proportion indiquée par Aulenrielh.
Dose. — Hans une condition d’hypersthénie légère , comme dans les fièvres dites rhumaliques (sub-artérites aiguës), dans les exanthèmes , on en donne de & à 10 centigrammes (là 2 grains) par jour, dissous dans une grande quantité de tisane, à prendre peu à peu. Ordinairement on préfère l’infusion des fleurs de sureau, ou la tisane de chiendent. Pour cela , lorsqu'on veut produire le vomissement, la dose est de 15 à 25 centigrammes (3 à 4 grains) dissous dans 90 à 120 grammes (3 à 4 onces) d’eau, à prendre en quatre fois, à un quart-d’lieure de distance chacune : on s’arrête aussitôt que le vomissement se déclare. La dose, pour produire des effets énergiques, est de 30 à 90 centigrammes (G à 20 grains) par jour, et dans certains cas spéciaux on pourra la porter jusqu’à 2, 3 et 4 grammes (demi-gros à 1 gros).
La pommade composée avec la solution peut être employée à la dose de 4, 8, et même IG grammes à la fois (1 à 4 gros); l’autre, de 4 à 8 grammes (1 à 2 gros).
Formules-modèles.