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DE THÉRAPEUTIQUE

PROLÉGOMÈNES

On a donnd le nom île pharmacologie h l’ensemble des connaissances relatives aux objets qui se préparent en pharmacie, et l’on a plus spécialement réservé le mot de matière-medicale, à l’étude des substances simples qu’on emploie en thérapeutique. Cette distinction est arbitraire, et l’on comprend aisément que le mot pharmacologie mérite une acception beaucoup plus générale et comprend en même temps la valeur de la seconde expression.

§ I” Source de la pharmacologie chez les anciens. — Quand on songe à quelles sources les anciens se sont arrêtés pour établir leur matière médicale, on ne doit pas s’étonner que Sthal ait appelé b» pharmacologie de son temps une étable plemc d’immondices, et que Bichat ad si défavorablement jugé celle de son époque.

On s’est d’abord arrêté àjl’insti certains animaux. C'est ainsi, par Pie , qu’au dire de Pline, les ancie raient appris de l’hippopotame 1

gnée, de l’hirondelle et de l’épervier h guérir les maux d’yeux b l’ai Je de la chélidoine et du liieracium, parce que , dit-il, ces oiseaux donnent la vue à leurs petits à l'aide du jus de ces plantes (Pline, H|st. nat., lib. Vm, cap. 26 et 27). — D autres ajoutent que c’est du chien que 1 homme a appris l’émétique; de l’ibis les purgatifs (Cicero , de JSntura dcorum) ; du lion l’emploi du quinquina ( Sebast . Bado anaslasis cort. peruv.), et, d'une espèce de serpent, d’après Palidius , l’art de ressusciter les morts au moyen d'une herbe , malheureusement perdue de nos jours (6/e/r., Sloriadcl/a rnedicina, p. I, lib. i , cap. 2). Ces histoires sont plutôt spécieuses que vraies, et s’il fallait avoir recours à de pareils maîtres, certes le patrimoine de notre science ne serait pas bien riche (l). — La seconde source,

. (O P est étonnant que de pareils préjugés existassent aussi du temps d’Ambroise Paré. Ce grand observateur dit sérieusement; en parlant de l’origine de

PROLEGOMENES.

c’est l’empirisme. On pourrait dire que toutes les notions réellement utiles de matière médicale qui nous ont été transmises par les anciens ont été puisées à celte source. Cet héritage cependant n’a pas été bien grand. Tant que l'empirisme a été pur, aveugle, c’est plutôt le hasard qui a fait découvrir quelques nouveaux remèdes. • — En appliquant cfl’eclivement un médicament contre telle ou telle forme de maladie , on peut sans doute avoir des idées exactes sur son efficacité; mais que d’années ne faudrait-il pas attendre pour rencontrer exactement les mêmes formes morbides? De là la pauvreté de la pharmacologie chez les anciens. Lorsque cependant on a joint à l’expérience empirique le dogmatisme imaginaire, cette source est devenue impure; car, comment pouvait-on théoriser rigoureusement sur des choses qu’on ne connaissait pas encore? Aussi, à compter de cpltc époque, la matière médicale n’at-elle élargi ses domaines que par les hypothèses absurdes et les erreurs graves qu’on y a introduites. Ces hypothèses, ces erreurs , recueillies par Dioscoride et^ par Pline, ont été augmentées par Mattioli, reproduites religieusement par Lemery et par Morelot , et enfin reçues en grande partie sans contrôle par la plupart des modernes. Merveilleuse crédulité, singulier défaut de critérium , auxquels ont parfois souscrit les maîtres les plus respectables de notre art ! — Qui ne s’étonne effectivement de voir, par exemple , Dioscoride , cet écrivain qu’on regarde comme le père de la matière médicale , enseigner, sur l’autorité de Théophraste et d’autres, et d’après sa propre expérience, que l’urine humaine est un excellent remède contre la morsure de la vipère et autres venins ; la cigale rôtie contre les douleurs vésicales; les excréments du chien recueillis durant la canicule contre les flux de ventre si on les boit délayés dans du vin ; la grenouille contre le venin de toute espèce de serpent; les pierres qu’on trouve dans le ventre des jeunes hirondelles contre l’épilepsie, etc.? — Josèphe (Flavius), cet historien si ju-

l’opération delà cataracte, que l'homme a appris d’une chèvre à guérir la cataracte à l’aide de l’abaissement. Une chèvre cataractée s étant un jour, par hasard, frappée contre une baie, une épine lui entra dans l’œil ; en se débattant, 1 animal abaissa la cataracte et recouvraja vue! (iY. des (rail.)

dicicux , si brave, n'a-t-il pas écrit plusieurs fables que des auteurs de matière médicale ont reproduites comme des vérités. 11 raconte qu’il y a une plante qui tue sur-le-champ l’homme qui la louche (c’est probablement l’atropa mandragora); mais il ajoute que si l’on met à nu ses racines , et que l’on poursuive un chien de manière qu’en courant il les arrache avec son cou, le chien meurt, et son maître qui le poursuivait peut alors non-seulement loucher la plante impunément, mais encore s’en servir comme d’un remède précieux (De medica matériel cum tnterp. Jhiellii). — Galien luimême raconte, d’après son expérience, que la peonia guérit merveilleusement l’épilepsie si on la pend au cou des malades. Il assure également qu’en serrant le cou à une vipère avec quelques brins de fil , de manière à l’étrangler , ces brins sont un admirable moyen pour guérir les tumeurs du cou par leur seul contact {De simplicium medicamenlorum facultalibus). — Geoffroy a écrit, sur l’autorité de Simon Pauli, que la beliie mineure est très-utile dans les cas désespérés de phthisie pulmonaire ; que le chardon bénit guérit le cancer, et que l’argentine appliquée à la plante des pieds, ou mise dans les souliers, arrête merveilleusement la dysenterie et toute espèce d’hémorrhagie ( Tractatus de materia medica).— A une époque plus rapprochée de nous, nous voyons aussi Lieutaud recommander comme remèdes énergiques l’ivoire, les os de crâne humain, et la poudre de crapaud ( Synopsis universel:

praxeos medicinee , vol. secund.). — En 1758, Yogel assurait que l’hirondelle est analeptique, et en même temps re-»

mède spécifique contre la faiblesse de la vue; et il ajoutait que les personnes qui mangent les petits de cet oiseau sont pendant une année préservées de l’angine ( Ilistoria materiee medicte). — Enfin il y a peu d’auteurs modernes de matière médicale et de pharmacologie, qui ne comptent encore parmi les médicaments l’album græcum (excréments de chiens nourris avec des os) , la fiente du paon , le bézoard de certains animaux , le bol d’Arménie, les yeux d'écrevisses, le licopode, une souris entière contre l’incontinence d’urine, le sang de la chèvre ibex, le lombric terrestre, le corail , la chair de la vipère , et une foule d’autres futilités analogues.

Les anciens croyaient qu’il existait des rapports cuire certaines conditions pby-

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sionomiques des maladifs et celles de certains corps; de la des attributs curatifs imaginaires. Ainsi, par exemple, le polytric, plante fixée au sol par un grand nombre de fibrilles, devait prévenir et guérir la calvitie; la pulmonaire, dont les teuilles sont tachetées en blanc comme certains poumons tuberculeux , devait guérir la phthisie ; les feuilles d’immortelle, qui imitent jusqu’à un certain point les gencives, devaient dissiper le scorbut; le sassafras et quelques pimprenelles, la pierre vésicule, parce qu’ils naissent sur les rochers et sur un sol pierreux; les semences de grémil (millet) devaient être excellentes contre la gravi lie, parce qu’elles ressemblent aux graviers urinaires ; la racine de salep , contre l’impuissance au coït, par si ressemblance avec les testicules; le phallus impudicus se trouve dans le même cas ; le sang-dragon devait arrêter les hémorrhagies ; la carotle, la courge, la rhubarbe dissiper l'idère, à cause de leur couleur jaune ; la graisse de cerf et de gazelle, combattre la goutte et le rhumatisme, et rendre la liberté aux jambes à cause de la vélocité de ces animaux, etc. — Il est vrai que plusieurs médicaments introduits par celte voie en pharmacologie se sont trouvés plus tard d’une utilité réelle dans plusieurs maladies ; mais il est vrai aussi qu’un très-grand nombre d’autres qu’on conserve encore dans les madères médicales sont d’une nullité complète, et que la méthode elle-même est au moins puérile. — On avait imaginé aussi un autre procédé pour enrichir la matière médicale, la saveur et l'odeur. Ce procédé est plutôt propre à faire soupçonner l’analogie des vertus de certaines substances avec celles de certaines autres de saveur et odeur pareilles déjà connues, que de faire découvrir à priori leurs qualités curatives. Outre que les sens de l’odorat cl du goût sont plus ou moins altérés par l’éducation, on s’exposerait par cette donnée à attribuer des qualités analogues à des substances dont les vertus sont lout-à fait diverses. Prenez par exemple les amers : la scille , la coloquinte, 1 angustura, la noix vomique , 1 absinthe , l’acide prussique , le quinquina, l’opium, etc. , sont certainement des substances amères, et pourtant que de différences dans leurs vertus! On peut en dire autant de l'odeur. Il y a des corps dont l’odctir est faible ou nulle, et dont I action est très puissante ; de ce nombre sont, par exemple, la belladone,

la digitale, le tartre slibié , l’arsenic, le sublimé corrosif, etc.

Lorsqu’une ou plusieurs plantes ont été reconnues utiles dans le traitement de telle ou telle maladie , on s’est imaginé que toutes celles de la même famille devaient jouir de propriétés pareilles ou analogues. C’est une erreur grave, car ces classifications , quelque naturelles qu’on les suppose, sont toujours le produit de l’homme, et il serait non-seulement absurde , mais môme dangereux , d’établir sur celle donnée les qualités curatives des plantes. Je citerai pour exemple la famille des solanées, vous y voyez des plantes très-innocentes à côté d’autres très-vénéneuses.

En nous dévoilant la composition intime des corps, la chimie doit aussi, disait-on, nous fournir les meilleures données de leur aclion sur l’économie.

De là une nouvelle source de richesse pharmacologique. Il y a eu même des hommes qui ont cru pouvoir fonder toute la matière médicale sur la- chimie ; mais hélas! ils se trompèrent singulièrement, car ils ont demandé à la chimie beaucoup plus qu’elle ne pouvait. Malgré ses immenses progrès , la chimie n’a pas cncoie pu pénétrer dans les corps vivants; peutêtre n’y pénétrera-t-elle jamais. Les corps vivants, effectivement , esquivent sou action; ils existent sous l’empire de la chimie vivante, qui ne ressemble guère à celle de nos laboratoires. La chimie commune découvre, il est vrai, la fibrine dans le muscle, la gélatine, etc. ; mais celte fibrine . celle gélatine ne sont pas celles qui existaient durant la vie. Le chimiste vous dit ; « Il y a défaut de phosphate de chaux dans le rachitisme. » Cependant, pourquoi, en introduisant du phosphate de chaux dans l’économie, ne guérit-on pas la maladie? C’est que le phosphate calcaire du chimiste n’est pas celui qui entre dans la composition des os vivants. Le sang, qui sans doute doit être différemment altéré dans les maladies, n’offre à l’analyse chimique presque aucune différence; ou bien la meme analyse trouve au contraire de la différence dans la composition du sang de plusieurs personnes bien portantes.

D un autre côté , la chimie obtient du sang de I homme bien portant le poison le plus formidable, le plus ennemi de la vie, 1 acide prussique; et pourtant, unç t res-fa ih le dose de poison qu’on injecte dans les veines d’un animal vivant n’est pas reconnue par le chimiste qui eu an -

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lyse le sang; celte faible dose néanmoins, après avoir parcouru tout le système vasculaire, revient par l’émonctoire des reins et est expulsée avec les urines (l).

On comprendra aisément la valeur de ces remarques en se rappelant que la chimie ne peut analyser que les substances mortes, qu’elle ne peut constater que les principes actuellement existants ou ceux qu’elle forme elle-même, et non ceux qui existaient réellement durant la vie. De ce que la chimie découvre dans l’organisme la fibrine, la gélatine, l’albumine, l’osmazome, etc., on ne peut dire que nos tisssus soient composes de ces principes; car, je le répète, ce sont là des produits de l’analyse. Il ne faut pas oublier enfin que les organes vivants existent sous l’influence d’une force qui est en opposition constante avec les lois physico-chimiques ; tant qu’elle règne , et elle règne autant que la vie, les lois physico-chimiques n’ont pas de prise. Celte force vitale n’est pas secondaire à l’organisation, ni le résultat des forces générales; elle est primitive, dirige et détermine la formation des organes , et est en opposition continue avec les agens extérieurs, ainsi que je viens de le dire. Nous te vieil droits sur cet axiome important de physiologie qui forme la base de notre pharmacologie. — La chimie, par conséquent, ne sert pas beaucoup à la découverte des vertus médicinales des corps, car ces vertus sont le résultat de l'action de ces derniers sur le principe vital. Il ne faut pas confondre cependant cette espèce d’action avec celle que les corps peuvent exercer par leur simple contact sur nos tissus ; celle-ci, que nous appellerons action mécanique, est indépendante de la vitalité, et rentre tout-à-fait dans les lois physico-chimiques. — Ajoutons néanmoins que si la chimie n’est pas puissante sous le point de vue que nous venons d’indiquer, elle est d’un immense Secours sous d’autres rapports. En découvrant la composition des corps, elle

(t) Celte impuissance de la chimie à découvrir les poisons passés dans le sang n’esl réelle qu’autunt que ta dose est très- minime; mais quelles sont tes limites véritables de celte impuissance?

C’est ce qu’il nous serait impossible de dire. Quelques personnes afïirmqnt pouvoir découvrir un grain d’arsenic introduit dans la circulation d’un homme.

L’expérience n’a pas prononcé sur la valeur de pareilles assertions. (N. des trad.)

peut faire présumer leurs qualités curatives, par analogie, avec d’autres médicaments connus de composition pareille ou analogue. En séparant leurs éléments, elle peut enfin en faire connaître le principe réellement actif, permettre d'en simplifier la composition et en rendre plus facile et plus sûre l’administration. — Le véritable agent curatif, l’agent essentiel de la cure, c’est la nature ellemême. Cet agent guérit souvent des maladies sans médicaments et sans médecin ; il en guérit aussi en dépit des moyens que l'homme de l’art lui oppose. Par le mot nature, on doit ici entendre une activité, une force vitale inhérente à l’organisme. C’est ce qu’on a appelé force médicatrice , résistance organique , autocratie. Les uns l’ont regardée comme une chimère; les autres, comme une intelligence omnipotente. Nous n’adopterons ni l’une ni l’autre de ces opinions. Je m’explique.

Nier une activité dans l’organisme qui est en lutte incessante avec les maladies et le préserve d’une infinité d’atteintes fâcheuses, ce serait un aveuglement; mais croire que cette activité soit un être individuel, une sorte de sentinelle personnifiée, c’est, il faut le dire, une véritable hallucination. La force médicatrice de la nature n’est autre que la même force par laquelle l’organisme vit, se développe, se soutient. C’est la même force, en un mot, qui détermine et dirige la composition et le développement des organes, qui soustrait ces derniers à l’influence des lois physico-chimiques , qui les soumet à des lois opposées à celle-ci, et qui , modifiée dans les différents tissus et organes , les rend capables d’actions particulières. Cette force est , ainsi que je l’ai dit. primitive, antérieure à la formation de l'organisme; elle ne dépend pas autrement de ce dernier (qu’on me passe cette comparaison), que le maître de son domestique, le seigneur de scs vassaux; et des choses extérieures qu’en ce qu’elle a besoin d'être provoquée pour réagir sur les parties vivantes. — Je n’ignore point que plusieurs pathologistes ont combattu cette manière de voir, qui est d’ailleurs ancienne. Ils ont combattu le dynamisme ou le vitalisme , et pourtant ils ont été obligés d’admettre ce qu’ils appellent le mouvement vital , f incitation-, mots impropres, mais qui expriment à peu près la même idée. Il faut ajouter cependant que ccs pathologistes regardent le mouvement en question en'

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me dépendant de forces physico-chimiques, secondaires à l’organisme el le résultat de l’organisation elle- même. J’ai longuement discuté et combattu ces dernières idées dans mes cours de physiologie et de pathologie générale ; plusieurs de mes élèves les ont déjà publiées : je ne m’y arrêterai pas davantage.

L’observation clinique est sans doute la meilleure voie pour enrichir la pharmacologie. Toute autre voie doit recevoir la sanction de celle-ci pour être reconnue Valable. Les anciens y ont eu recours , et nous en avons déjà dit un mot à l’occasion de l'empirisme ; mais à quoi sert une pareille expérimentation , si elle n’est pas guidée par la saine philosophie médicale? Nous avons vu qu’elle n’a été que peu fertile chez les anciens, et nous avons dit pourquoi. Le thérapeutiste qui voudrait puiser directement à celle source , et sans d’autres secours préparatoires, pour fonder une nouvelle pharmacologie, ne pourrait procéder que de deux manières : ou bien expérimenter un seul remède dans toutes les maladies, ou bien tous les remèdes dans une seule maladie. Une pareille conduite serait non-seulement dangereuse pour les malades, mais encore incapable de conduire un seul homme à des résultats concluants. Nous dirons plus loin par quel procédé les observations cliniques doivent être employées pour servir de base durable à la pharmacologie. — Les anciens s’étaient formé des idées a priori sur les propriétés des médicaments. Us avaient établi des classes, des genres, des espèces dans lesquelles ils faisaient entrer arbitrairement tels ou tels médicaments , en leur attribuant telle ou telle vertu. Ces classifications, ces attributs, sont passés jusqu'à nous et ont été reçus sans contrôle dans les écoles. Ainsi les anciens avaient les remèdes dits altérants, apéritifs, discussifs, atténuants, épaississants; d’autres anti-spasmodiques, anti-goutteux, anti-scrofuleux, anti-scorbutiques, etc.; d’autres enfin somnifères, calmants, expectorants, einménagogues, toniques , etc.

Qui ne voit l’ineptie d’un pareil sys-' lêmc? Il est évident que ces idées tenaient à l’ignorance oh l’on élait autrefois sur la condition pathologique ou la nature des affections; elles sentent effectivement la médecine humorale , et bien que quelques-uns des remèdes envisagés de la sorte soient réellement utiles dans les maladies auxquelles on les appliquait,

nous verrons que cela se rattache à d’autres principes , et qu'il est. impossible de leur reconnaître le mode d’action que les anciens leur attribuaient. — Le médecin qui n’aurait pas aujourd’hui pour principe incontestable qu’à chaque maladie répond une condition pathologique , c’est-à-dire un fond de lésion , fond qui existe nou dans les fonctions et les symptômes, mais bien dans les organes qui les produisent ou dans ceux avec lesquels ils sont liés, pourra sc dispenser de me lire, car il ne me comprendra guère. — Qu’estce qu’un remède anti-spasmodique? Un moyen, disait-on, qui apaise le mouvement désordonné des muscles. Mais ce mouvement est un symptôme qui peut émaner de conditions pathologiques diverses. Comment pouvez-vous en conséquence le combattre si vous ne vous adressez pas à la source? Or sa source exige le plus souvent une toute autre médication que celle des anti-spasmodiques. L’expulsion des vers intestinaux, l’incision des gencives vous arrêtent dans quelques cas les spasmes ou les convulsions; la saignée vous produit le même effet dans d’autres, etc. Donc la lancette, les purgatifs, etc., seraient en ce sens des remèdes anti-spasmodiques ! Il nous est impossible aujourd’hui de reconnaître une classe de remèdes anti-spasmodiques dans le sens des anciens. — La même considération s’applique aux remèdes dits fébrifuges. Personne ne regarde plus de nos jours la fièvre comme une maladie essentielle. On s’accorde à la considérer comme un symptôme de maladie, de même que la douleur dans le panaris. La même inflammation dans le doigt qui occasionne la douleur peut aussi produire la fièvre. L’une aussi bien que l’autre guérit si l’on combat l’inflammation dont elles dépendent. S’il fallait reconnaître une classe de remèdes fébrifuges, les sangsues , les émollients , le bistouri seraient donc dans ce nombre! — Que dirons-nous maintenant des médicaments dits anti-septiques, c’est-à-dire qui s’opposent à la putréfaction des parties vivantes? Putréfaction des parties vivantes! Nous nous expliquerons à l’article Camphre. Nous omettons également dans notre pharmacologie les remèdes dits spécifiques ; car ils n’existent pas en réalité, ainsi que nous le verrons ailleurs. — Nous ne pouvons non plus admettre les classes des médicaments que les pharmacologues ont établies d’après les eflTels sensibles des substances. Celle manière

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de voir est effectivement incertaine, caries effets sensibles sont le résultat de plusieurs actions combinées, ou plutôt de plusieurs causes avec lesquelles le remède se trouve confondu. De la résulte qu’on confond le véritable effet du médicament avec ceux des autres causes, et qu’on lui attribue souvent des actions qui lui sont étrangères. C’est la raison pour laquelle on voit un même médicament produire des effets très-divers chez les dilférents individus, et chez un même individu, dans des circonstances diverses; caria son aclion devient composée, modifiée , masquée par les conditions particulières de l’organisme. On se tromperait, par conséquent, si on voulait établir les véritables vertus des remèdes d’après les seuls effets qu’on a observés chez les malades qui en ont fait usage durant les conditions variables de leur vitalité.

Nous n’admettons pas d’action composée relative ou secondaire dans les médicaments. Pour nous l’action est une, toujours simple, constante et primitive. — Les auteurs admettent une classe de remèdes toniques ou corroborants. On appelle ainsi des substances qui doivent donner de la force à la fibre animale et corroborer la constitution. Mais pourquoi le malade est-il faible? 11 est faible sans doute parce qu’il est malade. Or la faiblesse est un effet de presque toutes les maladies. Quel est doue le médecin philosophe qui visera à le fortifier plutôt que de s’occuper à combattre la maladie? Un homme atteint de pneumonite, d'encéphalite, est faible, car il n’a pas la lorce de se mouvoir ni de parler. Pourquoi ne lui prescrivez-vous pas les toniques? Vous lui tin z des quantités énormes de sang au contraire , et ces soustractions qui auraient dans l’état de santé affaibli l’athlète le plus vigoureux, lui donnent la force , la vie et la santé. C’est que la vigueur n’existe pas sans la santé , cl tous les remèdes capables de redonner la santé sont en ce sens les véritables toniques. En conséquence les véritables toniques directs n’existent point dans le sens des anciens.

Dans le prochain article nous ferons connaître les principes du nouveau système de pharmacologie italienne.

§ II. Principes de la pharmacologie italienne. — Quelles sont les véritables sources de la valeur thérapeutique des remèdes? Telle est la première question fondamentale que nous allons essayer do

résoudre, question immense et qui occupe , depuis le commencement de ce siècle, les cliniciens les plus distingués. Des expériences sans nombre ont été faites publiquement dans nos cliniques sur l’homme malade , et sur l’homme bien portant, et chez les animaux. Il en est résulté des matériaux immenses et des données précieuses que nous mettrons à contribution. — L’expérience est, sans contredit, la seule voie propre à faire découvrir l'action des remèdes; mais on ne peut expérimenter primitivement chez l'homme, lorsque leur mode d’action et leur degré d’énergie sont inconnus. Aussi est-il convenable d’en constater les effets d’abord chez les animaux de différentes espèces, et a des doses variées. — Afin d’en bien apprécier les effets , il faut d'abord administrer seul le médicament, ensuite l’unir à d’autres dont l’action est déjà reconnue de tous les praticiens :

comme l’alcool , par exemple. Ou observera si une dose déterminée d'alcool augmente , diminue ou dissipe ses effets; on tiendra compte non-seulement des effets observés durant la vie , mais encore des lésions trouvées à l’autopsie. — On se tromperait cependant si l’on croyait pouvoir tirer des conséquences certaines de cette seule source d’observations, car la prédisposition organique des animaux à sentir l’action des remèdes, n'est pas la même que chez l’homme. Il y a telle substance dont les effets sont mortels pour quelques animaux, innocents pour d’autres. Ce n’est pas une raison cependant pour les mépriser , ainsi que l’affectent certains médecins, car ces anomalies sont rares, et il n’est pas d’ailleurs difficile de reconnaître et d’apprécier de pareilles exceptions. Quelques exemples éclairciront ce qui précède. — Il y a dans les mers des Antilles , des poissons (la clupea thryssa, par exemple), qui sont vénéneux pour l’homme dans certaines saisons, à cause de l’aliment dont ils font usage, savoir : les méduses. Cet aliment est innocent pour eux, vénéneux pour l'homme ( !). Certains acarus, au contraire, se nourrissent de fragments de cantharide et de fromage acre; ces substances ne sont pourtant pas innocentes pour l’homme.

Ou n’ignore point que le sucre est un

(1) Vircy, Considérations sur la diversité d’action des poissons suivant la diversité des organismes.

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poison pour les grenouilles, et même pour les vers intestinaux» au dire de quelques auteurs. Le doronicurn porda- Uanches tue subitement les chiens , et néanmoins les chameaux le mangent impunément. Les euphorbes les plus Acres sont également mangées impunément par ces derniers animaux. Fors-Kaohl a observé que le jus si vénéneux de celte plante, et celui non moins terrible du manioc, servent de nourriture à plusieurs petits animaux, tels que le? scaphidies, les érodies, les lampyres, les criocères, etc. ün sait que le cheval périt s’il avale quelques salsoles entières, et cependant la même substance sert de bon aliment aux antilopes et à d’autres ruminants d’Afrique. Le bœuf mange impunément le pbellandre aquatique , l’angélique, le lollium temulcnlum, et s’en nourrit très-bien ; le cheval, au contraire, en est tué promptement. Le contraire a lieu avec d’autres plantes : ainsi, le bœuf périt s'il mange du cherophyllum sylvestre ou d u sium latifolium; le cheval cependant s’en trouve bien. Le cheval et, la chèvre mangent aussi sans inconvénient Yaconilum lycoctonuni ; tandis que plusieurs carnivores ne peuvent en prendre sans y laisser la vie. Plusieurs herbivores et des ruminants font usage sans inconvénient des baies du daphne mczereum , de la ciguë , de la belladone ; tandis que ces mêmes plantes tuent le chien, le loup et plusieurs autres carnivores. D’un autre côté , on voit le cochon chercher avec avidité la racine de jusquiame ; la chèvre, le veralrum et la ciguë. Cette observation est déjà ancienne, comme on sait (!}. — Ces exemples ne sont pas les seuls : Pallas.a observé que Y ennaceus aurilus mange impunément les cantharides. Une once d’arsenic donnée à un ours par Réaumur n a fait que le purger. Chaptal a administré un gros de sublimé corrosif à un ourson âgé de dix mois, et celui-ci n’est pas mort. Le mouton supporte des doses énormes de kermès minéral ; le cochon , de très-grandes quantités de foie d’antimoine (2). La chèvre tolère des doses cx-

!■) • Prclerea nobij Toratrum cil acre renenum » At caprii adipej et colurnicibu» nuget, »

Lee* *. Rei». n at. , lib. ir.

* 0«i'Pp* tidpri* licct pingucsccru »œpe cictita

• Barbigcrai pccudes ,

Ibid. , lib. ti.

(2) Sauvages, Recueil de Dissertations.

Lausanrto, 1700, t. ji; p, 201, note 1.

traordinaires de noix vomique (l). Les gallinacés offrent de l’analogie avec les ruminants sous le rapport de la tolérance de certaines substances. La poule , par exemple, avale des quantités énormes de noix vomique et de lollium temulcnlum, qui l’engraissent. Le café est un poison pour les perroquets et les poules et pas pour les corbeaux et les moineaux. La grive mange avec avidité les graines de ciguë; le faisan , celles de dalura stramonium; le merle, du mézéreon ; la perdrix et l’étourneau, celles du lauriercerise et du lierre ( 2). Les étourneaux avalent également avec volupté la graine de ciguë et la pâtée de persil qui tuent les autres oiseaux (3). La feuille d’ortie engraisse la poule d’Inde et empoisonne les jeunes paons ( 4 ). Le père Dulertre à vu les perroquets se nourrir d’une substance qui ronge les intestins des autres animaux (l’bippomane mancinella), et Catesby en observa à la Louisiane qui mangeaient les amandes très-toxiques du magnolia linquij'olia.

J’ai réuni à dessein ces exemples , afin de faire comprendre que nous tenons compte de toutes les particularités et la nécessité de ne choisir pour les expériences pharmacologiques que les animaux qui se rapprochent Je plus de l’homme sous le rapport organique, et qui offrent le moins possible d’anomalies. JL)u reste , nous ne regardons celte source de connaissances que comme un moyen préparatoire des autres , et elle ne peut fournir que le premier degré de notions sur l’action du remède , et quelques données pour le faire expérimenter sans beaucoup de danger chez l’homme. — On peut tirer des lumières précieuses de 1 expérimentation des médicaments chez l’homme sain, si on sait toulefois la diriger avec prudence, méthode et perspicacité. On observera sur quel tissu, quel organe, l’action du médicament porte de prélérencc ; de quelle manière l’équilibre vital est rompu par l’action du médicament; quels sont, en un mot, ses elfets purs et simples sans l'intervention d’au-

(1) R. Dclillc, Thèse sur le poison upas, la noix vomique, etc. Paris, 1809.

(2) Expériences de G. Bauhin, de Magnol et autres.

(5) Wilmer, Of the Poisons vrgclubles indigenous. London, 1781.

(4) Willugby, Hist. avium ; et Dandin, Ornjlliol., t, i, p. 324.

PllOLHGÔMÈNES.

cune cause extérieure. Nous disons qu’il ne faut faire ces sortes d’expériences qu’avec prudence, car on a vu souvent et l’on voit encore de nos jours en Italie, en Allemagne, en France et en Angleterre, des hommes, des élèves, se soumettre avec un tel enthousiasme à ces épreuves qu’il en résulte parfois des malheurs. — Les personnes qui les dirigent ne doivent point oublier les effets que la substance a produits chez les animaux d’une susceptibilité analogue à celle de l’homme. Nous disons aussi avec perspicacité, car il ne faut pas oublier que les tempéraments, les idiosyncrasies, les habitudes, etc., peuvent masquer les effets d’un médicament et conduire à tle fausses conséquences. On évitera cet écueil en administrant la substance à un grand nombre d’individus à la fois; on calculera ainsi les différences qui en peuvent résulter par la diversité des habitudes , du tempérament , des idiosyncrasies , différences qui sont d’ailleurs beaucoup moins fréquentes et prononcées qu’on le dit communément.

Le clinicien ne s’arrêtera pas à ces résultats, mais il s’en servira comme d’une donnée précieuse en s’approchant du lit du malade. Ici il ne doit pas oublier que la maladie a altéré la vitalité de l’organisme ; que celle-ci ne sent plus comme chez l'homme sain ; que sa condition enfin a pu être tellement changée qu’elle obéisse à d’autres lois qu’à celles de l’état normal. — Lorsque les observations cliniques ont pour but de démontrer l’action d’un remède , on doit choisir des maladies diverses, mais de nature bien connue, non équivoque, et d’intensité assez prononcée, pour être certain qu’elles ne guériraient pas facilement et promptement d’elles - niêmes. — Le remède qu’on veut expérimenter doit être donné seul, dans la forme la plus simple depuis le commencement de la maladie et à des doses assez élevées pour qu’il puisse produire un effet marqué. Ce mode d’expérimentation conduira à des conclusions incontestables sur la véritable action du médicament , et c’.est sur lui que nous nous appuierons principalement dans le courant de cet ouvrage; mais nous nous garderons bien en même temps d’imiter certains thérapeutistes qui apprécient l’action du remède d’après la nature de la maladie, et la nature de la maladie d’après l’action du remède : il y a là défaut très-manifeste de logique. — 11 existe des maladies sur la nature et le traite-

ment desquelles tout le monde s’accorde ; le flcgmon , par exemple. Ce sont des maladies de ce genre qu’il faut choisir. On évitera de la sorte toute idée systématique qui pourrait faire voir les choses comme à travers un verre coloré. Comme cependant les observations d’un seul homme pourraient ne pasêlre exemptes d’erreur, il importe avant de conclure d’en rapprocher un grand nombre faites par des observateurs divers en différents temps et lieux , et de les comparer enlre elles; c’est là ce que nous avons appelé la quatrième source de la pharmacologie.

11 importe donc que l’action du remède qu’ou a reconnue par les trois voies précédentes soit confirmée par l’expérience d’autrui. Les faits de cette source doivent avoir une immense portée, car ils se trouvent recueillis et consignés dans les ouvrages de différents pays, à des époques différentes, sans idées préconçues, et par conséquent avec impartialité; et si quelque soupçon de système ou de prévention pouvait leur être quelquefois imputé, ce ne sera certainement pas dans le sens de notre doctrine. — Nous ne devons pas omettre de dire que cette source de faits est un véritable océan dans lequel le thérapeutiste risquera plus d’une fois de faire naufrage, ou du moins de s’égarer , s’il ne fait pas usage de la boussole de l’analyse philosophique et d’une critique sévère. Dans l'immense J'arrago de faits consignés dans les livres de différentes époques, on en trouve un très-grand nombre d’impurs, d’adultérins, de ténébreux que le clinicien doit reconnaître et distinguer des faits lucides, authentiques et bien observés. Il rejettera comme des non-valeurs ceux dans lesquels le médicament a été donné mélangé à plusieurs autres, mélangé surtout à des substances dont l’action est plus énergique que la sienne, ou après l’emploi de la saignée ou d’autres remèdes capables d’enrayer à eut seuls la maladie. 11 rejcltera également ceux dans lesquels le médicament a été donné vers le déclin de la maladie, alors que la nature seule suffit pour les derniers frais de la guérison, ou dans des maladies légères susceptibles de guérison spontanée , ou bien dans des maladies reconnues incurables qui offrent naturellement des intermittences, des moments de calme, même lorsqu'on les abandonne à clles-inômes , ou bien enfin que le remède a été administré à si faible dose que

PROLÉGOMÈNES, 13

sou action sur la fibre animale a dû être presque nulle.

il ne suffit pas de choisir les faits les plus simples et les plus parlants, il faut aussi soumettre au creuset de la logique la plus sévère les conséquences qu’en ont déduites leurs auteurs , et voir si les faits ne prouveraient pas précisément le contraire de ce que leurs auteurs ont voulu établir , ainsi que cela arrive assez souvent. — Ce n’est qu’en se comportant de Ja sorte que les faits de celte quatrième source peuvent atteindre le but important que nous venons de signaler. Ce n’est enfin que lorsque ces quatre genres d’épreuves ont concouru au même résultat que le thérapeutiste sera autorisé à proclamer l’action du remède , et à le classer dans telle ou telle catégorie selon les idées qu’il s’est formées. — Il résulte des faits et considérations précédentes ; — 1° Que la véritable action pharmaceutique d’une substance ne s’obtient que lorsqu’elle entre dans le travail d’assimilation organique. Cette action doit être distinguée des autres qu’elle peut exercer en vertu de ses propriétés mécaniques , physiques et chimiques. — 2° Que l'action pharmaceutique de chaque remède est une, toujours la même , quelque différents que ses effets puissent être en apparence dans les divers cas où on l’applique. Cette action est non-seulement constante , mais encore primitive , intrinsèque à la substance, et doit être distinguée des modifications qu’elle peut subir par des circonstances étrangères au médicament et propres à l’individu ; modifications qu’elle peut éprouver au moment de son application , et qui donnent lieu à des effets secondaires variables. — 3° Que les remèdes doivent être classés selon leur action pharmaceutique intrinsèque et primitive. Les effets secondaires doivent être indiqués dans les cas spéciaux, et conjointement aux circonstances qui les occasionnent. — Ces trois axiomes étant la base fondamentale de notre science pharmaceutique, nous allons entrer dans quelques développements : — Toute substance appliquée sur la fibre vivante produit d’abord une impression , un trouble par son poids , son volume, sa forme, ses affinités, eu un mot par ses qualités mécaniques, physiques et chimiques. Celle impression est proportionnée à ces mêmes qualités, et mesurée par leurs degrés. Elle est très-légère, presque insensible, dans les substances qui, pur leur forme, leur

nature et leur composition chimique, sont peu étrangères à la fibre animale ; forte , au contraire, perturbatrice, destructive, si la substance a une forme anguleuse , est naturellement insoluble, de nature hétérogène à la fibre , et douée d’une activité chimique très-puissante. L’action en question s’exerce indifféremment et sur les parties vivantes et sur les mortes, sur les organiques et les inorganiques.

Bien que les effets soient différents selon la nature de la substance , il est facile de comprendre qu’ils sont en général beaucoup moins prononcés sur les parties vivantes que sur les mortes, sur les organiques que sur les inorganiques. En prenant pour exemple de l’action légère, l’eau ; de l’action forte , les acides concentrés, on pourra se convaincre que les parties vivantes , ou l'action physico- chimique de l’eau, n’offrent presque aucun phénomène saillant; les parties mortes, au contraire , tant animales que végétales, éprouvent, par l’action physicochimique de l’eau , des changements très-remarquables, tels que la macération et la putréfaction. Beaucoup de substances inorganiques soumises à la même action se dissolvent , changent de forme, et quelquefois aussi de nature. — De même, l’action physico-chimique d’un acide concentré sur le derme vivant se borne à l’épiderme qui est inorganique, ou à la surface externe du derme, produit vésication ou inllammatiou superficielle d’abord; sur la peau morte, au contraire , son action s’étend profondément, la ratatine, l’endurcit , la décompose ; dans les substances fossiles enfin, la même action va plus profondément et les détruit. Ce que nous venons de dire de ces deux agents mécanico-chimiques s’applique également aux autres : leur efficacité étant toujours en raison composée de leur poids, de leur figure, de leur attrition, de la distension, de la pression qu’ils occasionnent, de leur force chimique , etc. '

En réfléchissant à ces effets physicoebimiques, on voit que dans le corps vivant ils disparaissent quand la substance en Ire dans l’assimilation organique. Alors elle perd scs propriétés physico-chimiques, et en acquiert de totalement différentes; ces dernières , nous les appelons dynamiques. Les premières n’éten'dcnt pas leur action au-delà du lieu de leur application, ni au-delà du temps que la substance exige pour être assimilée; les dernières, au contraire, répandent leur

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effet sur toute la constitution , et durent plus ou moins long-temps. — Un acide concentré, l’acide prussique, par exemple , qu’on applique sur les parties vivantes, produit par son action physicochimique une inflammation ; mais aussitôt passé dans l’assimilation organique , il éteint par son effet dynamique , nonseulement l'inflammation, mais même la vie. La moutarde avec d’autres substances douées de propriétés chimiques âcres , appliquée à la peau , enflamme ; introduite dans l’estomac dont la structure est plus délicate, elle n’enflamme point, quoique sa quantité soit considérable.

C’est que dans ce viscère la moutarde est résorbée plus facilement que sur la peau ; elle perd ses propriétés chimiques et en acquiert d’autres. — Ces effets mécanico - chimiques des médicaments ont été confondus jusqu’à présent par les auteurs avec les effets dynamiques.

De là des méprises étranges sur leur valeur thérapeutique. C’est effectivement sur ces effets mécanico-chimiques qu’est fondée la pharmacologie des écoles modernes de France. Tous les remèdes , selon les auteurs français , sont irritants ou stimulants , et leurs effets dépendraient des divers degrés d’irritation ou de stimulus , ou du degré différent d’irritation ou de stimulation que tel ou tel organe éprouve. — C’est là une grave erreur , qui est la cause des difficultés très-grandes qu’éprouvent les cliniciens français dans l’application des remèdes ; ils rencontrent partout des irritations et sont obligés, pour être conséquents à leurs doctrines, de renoncer à la plupart des médicaments énergiques. Leur thérapeutique , en effet , est presque négative ; si vous ôtez la saignée, elle se réduit aux sirops , aux tisanes édulcorées , aux mucilages dont l’efficacité est presque nulle. Tandis que l’art du diagnostic a fait d’immenses progrès en France, celui de l’application des médicaments a été tout-à-fail négligé. La doctrine spécieuse de la révulsion joue un grand rôle dans les écoles françaises. Autrefois tout était sympathie , consensus , dans les maladies; aujourd'hui tout est antagonisme, révulsion.

La pharmacologie italienne considère les ell'ets mécanico-chimiques à part; elle indique les cas dans lesquels ils sont si légers et de si peu de durée , qu’on peut souvent omettre de s’en occuper.

J)e ce nombre sont, par exemple, la chaleur à la gorge et à l’estomac , les nau-

sées, les vertiges qui suivent la première impression de l’arnica , de la digitale , etc. — Elle signale en outre les cas dans lesquels on doit empêcher l’action mécanique et par quels moyens , comme, par exemple, l’emploi des acides concentrés , des huiles essentielles, etc. Elle précise enfin les cas dans lesquels on peut tirer avantage de l’action en question , comme des caustiques , pour produire des irritations externes, de l’affinité chimique de l’ammoniac pour l’acide carbonique dans les cas d’asphyxie ou de météorisme par l’action du gaz , etc. — Dans les pharmacologies reçues cependant , ou n’indique qu’à peine et presqu’incidemment les avantages que le médecin peut retirer des actions mécanico-chimiques dans le traitement des maladies. Ces actions ont leurs lois particulières qui sont différentes des lois dynamiques; le médecin doit les connaître et les étudier à part. — En lisant les auteurs de toxicologie sur cette classe de poisons qu’ils appellent chimiques ou corrosifs ; savoir, qui produisent la mort en irritant, enflammant, corrodant, détruisant l’organisation de l’estomac, j’ai fixé mon attention sur quelques cas qu’ils rapportent comme une preuve de cette espèce d’empoisonnement et de mort , j’ai été étonné de ne trouver ni dans l’estomac, ni ailleurs , de trace de corrosion ni d’irritation. Il m’a semblé, par conséquent , qu’il était inexact d’admettre que sa mort avait été causée par la lésion locale ; du moins cela m’a semblé ainsi, je le répète, pour les cas oii la lésion locale était fort légère ou nulle. — Dès l’année 1824, j’ai annoncé publiquement, dans la chaire , cette proposition ; savoir , que la mort par l'empoisonnement avec l’arsenic, le sublimé et autres corrosifs, avait lieu par toute autre cause que celle de la lésion de l’estomac , et que la science toxicologique méritait une réforme complète (l). — Quatre années plus tard il m’est tombé entre les mains les expériences de Christison et de Coindet sur un des poisons réputés

(1) L’idée que le sublimé et d’autres substances exercent dans l’économie une toute autre action que la corrosion , appartient à IVasori. Cet observateur a voulu démontrer qu'elle était contre-stimulante. Restait cependant obscur l'effet matériel et visible qu’on rencontre souvent dans l’estomac.

les plus corrosifs, l’acidc oxalique concentré (I). Cet acide , introduit dans un estomac tiré du cadavre , dissout en peu d’heures toutes ses membranes ; injecté, au contraire, dans un estomac vivant , il n’étend pas son action au-delà de la muqueuse, et la corrosion n’a lieu qu’après la mort.

Les deux auteurs que je viens de citer se sont assurés par de nombreuses expériences que l’acide oxalique ne tue pas les animaux par son action corrosive , mais bien par l’effet de sa résorption. F.n donnant effectivement à deux animaux la même quantité d’acide , chez l’un concentré et pur, chez l’autre délayé dans une grande quantité d’eau , ce dernier périt dix à douze fois plus tôt. Le retard de la mort, chez le premier, tient à la concentration de l’acide qui le rend moins capable de résorption ; son action se borne principalement à l’effet cautérisant , corrosif , inflammatoire qui est lui-même un obstacle à l’absorption. Ces faits, MM. Christison et Coindet les ont observés et publics sans en tirer aucune conséquence utile pour la toxicologie ; M. Christison, en effet, dans un ouvrage qu’il a publié postérieurement, a continué à placer l’acide oxalique dans la catégorie des poisons corrosifs (2). — Cela m’a donné l’idée de faire moi-même des expériences avec d’autres poisons caustiques et corrosifs. J’en ai d’abord fait quelques-unes chez moi ; ensuite nous en avons répété un grand nombre de séries publiquement à l’Institut clinique de celte université, en présence de tous les élèves et d’une foule de docteurs nationaux et étrangers. Les poisons sur les,quels nous avons expérimenté sont l’arsenic , le sublimé corrosif , le nitrate d’argent, le beurre d’antimoine , la cantharidine et la cantharide. Ces expériences nous ont donné des résultats heureux et décisifs ; et ce qu’elles offrent de plus remarquable , c’est que pas une seule parmi ces expériences n’est venue faire exception aux résultats généraux et constants que nous avons obtenus. — Le sublimé corrosif, nous l’avons administré

(t) The Edimb. mcd. and surg, journ., toi. xix, 1825, n. 75, p. 163.

(2) A. treatise on poisons in relation to médical jurisprudence , pbysiology and the practice ofphysic, by R. Christison , »• prof. of. med. jurisp. and police Jn lhc bniv. of Edimb., 1829.

aux chiens et aux lapins à doses diverses, mais toujours mortelles. Nous avons suivi un ordre comparatif, c’est-à-dire, en le donnant chez les uns dissous dans beaucoup d’eau , chez les autres à l’état salin en y ajoutant seulement très-peu d’eau pour en faciliter la déglutition.

Constamment, les chiens aussi bien que les lapins qui l’avaient eu en lavage périssaient après deux , six , quinze minutes, ou trois heures au plus tard selon la quantité du poison ; tandis que les autres qui l’avaient pris à l’état concentré survécurent quatre, six, dix fois autant de temps que les précédents. Les nécropsies respectives nous ont offert, chez ceux qui avaient pris le poison très, -délayé, tantôt aucune lésion, tantôt de fort légères altérations dans le canal digestif; chez les autres, des corrosions, des eschares, des inflammations d’autant plus étendues et profondes que la mort avait été tardive.

L’arsenic a été expérimenté de la même manière; il a donné absolument les mêmes résultats que le sublimé, sans exception aucune. Il en est de même du beurre d’antimoine. — Le nitrate d’argent a été généralement toléré par les chiens à la dose d'un demi-scrupule sans accidents mortels , tant en lavage qu’à l’état concret. Ils ont présenté de l’abattement, de la paralysie au train de derrière, phénomènes qui se sont manifestés peu de minutes après la déglutition du poison, et qui ont duré jusqu’au lendemain ; alors la plupart couraient et mangeaient. Deux d’entre eux cependant sont morts dans la nuit ; un seul est mort seize minutes après en avoir avalé un demi-scrupule dissous dans beaucoup d’eau. Un autre qui en avait pris , en même temps que le précédent, un demiscrupule non délayé, s’est très-bien rétabli, et quatorze jours après il a pu servir à d’autres expériences. Un troisième à qui on en a fait avaler un scrupule dissous dans beaucoup d’eau est mort en deux minutes ; sou camarade, qui a eu la même dose à peine délayée dans un peu d’eau, a vécu onze minutes. Les nécropsies ne nous ont offert aucune lésion chez les animaux de la première catégorie ; chez ceux de la dernière, l'œsophage et le ventricule étaient blanchis comme après la cautérisation ordinaire , à l’aide de ce sel. — Enfin nous avons donné la cantharidine , tantôt dissoute dans de l’huile , tantôt à l’état solide; et la cantharide , chez, les uns en décoction , chez les autres en poudre. Constamment la

mort est arrivée beaucoup plus promptement et avec une sorte de calme remarquable, lorsque l’une et l’autre substance onl été données sous forme liquide et très-délayée. Chez ceux au contraire où la canlharidine et la cantharide avaient été administrées sous forme solide, nonseulement la mort a été tardive, mais encore accompagnée d’agitations spasmodiques. Les nécropsies n’ont montré , chez les premiers, aucun changement sensible ; chez les derniers, nous avons trouvé très injectée la membrane interne de l’estomac, et couverte par-ci par-là, de petites vésicules (1). Nous avons recueilli d’autres faits non moins importants, relatifs aux poisons dits narcoticoâcres et narcotiques simples; nous en parlerons eu temps et lieu.

Les expériences qui nous sont propres éclairent singulièrement l’action mécanico-chimique des poisons dits corrosifs, elles prouvent jusqu’à l’évidence que l’action chimique n’est pas la seule que ces substances possèdent , et que cette action n’est pas celle qui produit les phénomènes de l’empoisonnement et la mort immédiate. Les effets chimiques sont , à circonstances égales, en raison inverse des effets dynamiques; la mort est toujours due à ces derniers. Un acide concentré quelconque , un alcali caustique, le plomb en fusion , le verre en poudre, l’huile bouillante , le fer rouge peuvent produire des effets mécanico-chimiques pareils à ceux du sublimé et de l’arsenic, ou même plus prononcés, et pourtant on ne peut à la rigueur les regarder comme des poisons. 11 est vrai de dire que l'inflammation traumatique, la cautérisation à l’œsophage , à l’estomac , que ces substances occasionnent, comme le sublimé corrosif, l’arsenic, le nitrate d’argent, la cantharide, etc., peuvent entraîner dans quelques cas des conséquences funestes, indépendamment de leur action dynamique ; mais cela n’a pas lieu subitement comme après le véritable empoisonnement. U y a ordinairement dans ces circonstances une réaction fébrile dont la marche et la terminaison exigent un certain temps comme à la suite de certaines

(!) Les procès-verbaux des expériences dont je viens de citer les résultats généraux se trouvent consignés dans les archives de la clinique de cette université; ils formeront le sujet d’un mémoire

spécial que jo publierai incessamment.

blessures de l'estomac. Ajoutons que l'inflammation dont il s’agit est de nature maligne , car elle est accompagnée de gangrène dans l’estomac ; aussi peut-elle causer la mort, mais jamais aussi rapidement que la véritable intoxication. Une blessure, une brûlure de l’estomac , ne peut s’appeler un empoisonnement; on ne pourra non plus donner ce titre aux accidents mortels produits par l’action mécanico-chimique des acides concentrés et des autres substances qui agissent d’une manière analogue. Cette considération nous paraît incontestable , sous le point de vue pharmacologique ; il en est peut-.être autrement sous le rapport de la médecine légale ; ici il est peut-être convenable de désigner quelques-uns de ces effets par le nom d'intoxication, Il est certain cependant qu’on ne peut regarder la mort produite par l’arsenic, le sublimé, etc., comme celle qu’occasionnent les acides concentrés , le verre en poudre, l’huile bouillante, etc.

Nous ne devons pas enfin omettre de rappeler quelques observations rapportées par différents auteurs, lesquelles démentent formellement la manière commune d’envisager les poisons chimiques, bien que leurs auteurs n’en aient tiré aucun parti . — Casim ir Renauld rapporte dans sa thèse deux cas d’empoisonnement arsenieux dans lesquels on n’a trouvé à l’autopsie aucune lésion matérielle à l’estomac : ce viscère cependant contenait un reste de l’arsenic (1). Marc et Massa citent des cas pareils. Salin a vu le même phénomène , et Belloc a également recueilli des faits de même nature (2). Fodéré a été tellement frappé des faits de ce genre qu’il a été porté à conclure que l’arsenic tuait en vertu d’une force sui generis et sans produire nécessairement les lésions qu’on lui attribue communément (3). Etmuller et Chaussier citent aussi des cas d’empoisonnement arsénieux sans qu’on ait trouvé à l’autopsie aucune trace d'inflammation- Le docteur Missa de Soissous ouvrit le cadavre d’un individu qui avait succombé neuf heures après avoir avalé trois gros d’acide arsénieux , il a été étonné de ne

(1) Sur les contre-poisons de l’arsenic. Recueil périodique ue la Société de médecine de Paris, tom. xn, p. 94-

(2) Cours de méd. lég., p. 108.

(3) Traité de méd. légale et d’hygiène pub., t. iv, p. 130,

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trouver aucune inflammation , aucune rougeur , aucune altération de structure dans l’estomac. D’autres ont observé que l’estomac des cadavres des personnes mortes par l’empoisonnement arsénieux restait long-temps sain au milieu de la putréfaction générale du sujet. Jaeger de Stuttgard a cité des cas de cette nature (t). Metzger et Yelloly en ont observé de pareils (2); et l’on en trouve deux autres dans le répertoire médico chirurgical de Turin (3). Brodie avait aussi remarqué que l’influence malfaisante de l’arsenic dépendait de son absorption, et qu’on doit par conséquent la considérer comme le résultat d’une action plutôt vitale que chimique, constitutionnelle que locale (4). — Quant au sublimé corrosif, Bostock prouva qu’un animal peut périr par l’effet de son introduction dans l’estomac , sans que l’autopsie fasse découvrir la moindre altération (5). Le docteur Henry, dans une lettre qu’il adresse au docleur Duncan , signale un fait pareil (6). M. Ollivier d’Angers , qui a fait des expériences avec le cyanure de mercure, a vu que l’action locale de ce poison était presque nulle.

Tout , dit-il , le porte à croire que cette

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substance affaiblit directement la force des muscles (7).

Relativement à la baryte, Orfila s’est assuré qu en donnant à un animal quinze

"A Vinrrf tYimino A .. 1 1* . ,

Un très-grand nombre d’autopsies ont été publiées , dans lesquelles on n’a pas trouvé la moindre trace d’inflammation dans l’estomac ni ailleurs (1). — Depuis la plus haute antiquité, on a observé que la cantharide agit autrement quand on la donne par la voie de l’estomac , que lorsqu’on l’applique sur le derme. Hippocrate prescrivait jusqu’à trois cantharides que le malade devait avaler entières , et en une fois dans les hydropisies , et le docteur Amoureux assure , d'après sa propre observation , que dans certains pays de la Haute-Hongrie on a pour usage de faire prendre par la bouche jusqu’à dix cantharides contre une espèce particulière d’hydrophobie, et que cette pratique est avantageuse (2).

— Enfin , Mutel affirme que dans certaines circonstances, et par des causes non encore connues , les poisons caustiques tuent sans laisser dans le tube digestif la moindre trace de leur action (3).

D après ces faits et les réflexions qu’ils font naître naturellement, les esprits justes verront si nos expériences ont de 1 importance, si elles méritent que d’autres les répètent , si les doctrines toxicologiques reçues méritent la moindre con-

fiance, et si le jugement que les médecins légistes donnent sur les lésions rencontrées dans certains empoisonnements est exact; ils verront enfin si nous n’avons

a vingt grains de ce sel dissou<! pi Hplavû „ ... — **«<*una

dans de l’eau , il ne tarde pas à périr pl,‘ ™ISOn de dlnr (Ilie i’3?1'00 mécanicotandis qu’une dose sextuple de la même réeTmrt df..P°1S0ns, doit être considésubstance ou de toute autre préparation ,]li> Pr ’ ^tdlstl?Suee scrupuleusement de baryte ne produit pas la mort sf elle d?nami(Iue- Nous reviendrons

est donnée treVconceÜtrée. Cet auteur de tôxïol^Te ^ jcl ,î0"d“l n’a pas aperçu la lumière nui jaillissait ‘ “ indépendamment de

de ses propres expériences ; cette lumière shncenS mc,°^ chlroique, chaque subrenverse toute sa doctrine toxicologue bîeS 1r£ a G P,r°dU,lt d<? effels sen" (8). - Les faits relatifs à l’empoisonne- d lv i . trCS;diyers fhez ^ différents in-

ntent par le. plomb sont très-fréquents. en

slanccs. Ces effets sont même quelquefois opposés les uns aux autres. La saine logique cependant enseigne que si une substance a manifesté une action donnée, cette action doit être toujours la

Pt $ Vt ,AndraI> Chomcl, Mutel, Paris, et Fonblanque , Transact. of a medical

Zrlï0' L0ad0n'°M*>°™-Xe{

(2) Annales cliniques de Montpellier,

(3) De’veneni considerati sotto il nn

S° Sa Sticsa e dcila calcina £

gaie, trad. liai., xxxm, p. g.

(1) Dissertatio inauguralis de effectibus arsemci in varios organismos, etc., 1808. If x^ ^dlmi,• med. and surg. journ.,

(3) Repert. med. chir. di Torino, 1825,

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(4) Philosoph. transact., 1811. T.-

A- Paris and J. S. M. Fonblanque , Mcdic: jorisprud., v. n, p. 225.

N xv ^d,rnP>‘ med* and surg. journ.,

(0) Ibid., N. xxvr.

/Il JIour"al de chimie médicale, 1825.

p, 60 LeǰnS d<3 l6gale' *•

Giacomini.

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même tant que sa composition n’a point changé; l’augmentation ou la diminution de la dose doit faire augmenter ou diminuer la quantité d’action. Elle apprend également que , si à cette action s’en joint une autre de nature diverse , l’effet qu’on obtiendra doit être compliqué ou modifié. Cette complication sera proportionnée à la nature de la seconde action. Ainsi donc l’action propre, intrinsèque du médicament, peut être modifiée par l’union d’actions diverses. Aucune de ces actions cependant ne cesse d’être ce qu’elle était prise isolément; la nature de chacune est toujours simple , bien que l’effet définitif apparent soit compliqué ou mixte. Il en est de ces actions composées comme de celles de l’acide sulfurique qui se combine à différentes bases, forme des sels de différentes sortes sans que ses propriétés d’acide changent en aucune manière. Le sulfate de magnésie, par exemple, provoque généralement des évacuations alvines; dans quelques cas cependant , la même substance arrête la diarrhée. Que conclure?

De deux choses l’une, ou l’action purgative n’est pas la vraie , l’intrinsèque, la primitive; ou bien chez l’individu qui avait la diarrhée il existait de telles conditions morbides, de telles actions , qui contrastent avec celle du médicament et la pervertissent. Si vous administrez le tartre stibié à une série de malades, dans des doses et des formes diverses, vous produirez chez les uns de la sueur, chez les autres une augmentation de sécrétion pulmonaire et par conséquent la facilitation de 1 cxpcctoiution, chez d’autres des garde-robes, chez un quatrième le vomissement, chez un cinquième au contraire le vomissement préexistant s’arrête ; chez d’autres enfin un simple abattement des forces, ou bien uniquement des pustules cutanées. Le médecin philosophe n’attribuera pas pour cela au remède les vertus sudorifique, expectorante, purgative, émétique, anti-émétique, etc.; car ces vertus il ne les possède pas de lui-même, et il serait absurde de raisonner de la sorte.

Notre pharmacologie distingue donc l’action constante, primitive, intrinsèque de chaque remède , des modifications

que plusieurs circonstances étrangères ou

propres à l’individu peuvent lui faire subir, ce qui donne lieu à des effets secondaires divers. Elle fait connaître l’action intrinsèque et primitive, indique les différentes circonstances qui peuvent la

modifier, et met le praticien à même d’en calculer d’avance les effets. — Nous avons la satisfaction d’annoncer que pour le plus grand nombre des médicaments vraiment importants notre ouvrage offre toutes les données désirables tirées des quatre sources dont nous venons de parler. Les substances qui n’ont pas encore été soumises aux expériences sont en très-petit nombre ; nous les indiquerons: le temps et nos successeurs feront le reste.

Nous arrivons à une question de la plus haute importance, à l’explication de l'action dynamique et primitive des remèdes et à la détermination des classes des médicaments d’après les données fournies par celte même action. — Ainsi que nous l’avons déjà dit, la force organique ou la vitalité considérée chez l’homme , chez les animaux et dans les plantes, n’est pas dépendante des forces physiques, chimiques, d’attraction ou autres, ni produite par elles, ni secondaire , ni d’accord avec elles. Elle est au contraire en opposition continue avec les mêmes forces, se règle d’après certaines lois qui lui sont propres et contraires à celles de la nature inorganique. Il existe une lutte incessante entre les forces physico-chimiques externes et la force vitale; la vie se maintient tant que par sa puissance elle peut vaincre , subjuguer et modifier les influences physico- chimiques. Le sang, par exemple, tant qu’il est vif conserve sa fluidité, son calorique propre, inaltérable; les parties qui le composent sont homogènes , et celles qui s’y introduisent sans cesse se soumettent au travail d’assimilation. Aussitôt cependant qu’il est extrait des vaisseaux, ou que sa vie s’éteint autrement, il est décomposé, puis putréfie sous l'action des forces chimiques. Deux semences de deux plantes diverses, la fregana vesca et le conium maculatum, par exemple, mises en végétation dans le même terrain , dans le même vase, sous les mêmes influences extérieures , assimilent chacune à sa façon les mêmes principes alimentaires -, l’une donnera un fruit odorifère et agréable , l’autre un poison ingrat et fétide , etc., etc. Ainsi donc, il est incontestable qu’il existe une force vitale dans les corps organises, indépendante des forces générales de la nature, en opposition inccssaule avec elles, et dominant à la fois les mêmes forces. De cette lutte dépend l'exercice de la vie. La vie est saine, si elle domine

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complètement les forces physico-chimiques; elle est malade, si elle ne fait que les modifier seulement ; elle cesse d’exister, si les forces physico- chimiques lui deviennent supérieures. — Il résulte de ce qui précède que la vitalité a une efficacité propre, et que l’organisme lui est entièrement soumis; en d’autres ternies, l’organisme est le champ sur lequel s’exécutent les luttes incessantes entre la force vitale et les forces physico-chimiques. Si l’on veut maintenant se rappeler ce que nous avons dit de la force médicatrice de la nature et des influences chimiques, on sera forcé de conclure que chaque partie de notre corps ne vit pas parce qu’elle est organisée ou composée de tels éléments, mais bien au contraire elle est organisée et composée de la sorte parce qu’elle vit. Ces remarques paraîtront peut-être hors de propos dans ces prolégomènes; on verra cependant qu’elles servent de base à notre pharmacologie. Je n’ai pas encore tout dit sur cette force qui anime les corps organisés.

Nous avons établi que la vitalité doit être considérée non comme un être isolé, mais bien comme une force inhérente à 1 organisme et antérieure à l’organisation elle-même. Nous disons antérieure , car le germe de la conception, qui n'est en origine qu’une simple vessie gélatineuse, vil déjà avant que son organisation ne soit dessinée. 11 y a dans l’organisme une partie qui représente essentiellement la force dont nous parlons , cette partie est le système nerveux ganglionnaire et des plexus, qui est la première à paraître dans la formation de l'embryon. Au-

cun animal ne manque du système ganglionnaire, ou du moins de quelque vestige de ce système , tandis qu’il peut manquer de quelques autres. Aucune partie du corps de l’homme n’est dépourvue de nerfs ganglionnaires; et bien que le scalpel ne les découvre pas partout, les phénomènes de certaines maladies ne laissent pas de doute à cet égard. Détruite ou rendue inactive par des expériences chez les animaux, ou par maladie chez 1 homme, la portion du système nerveux ganglionnaire qui se distribue à un organe quelconque, ou bien le centre

ganglionnaire d’où partent les nerfs de cet

organe , les fonctions de ce dernier cessent complètement de même que sa vie , quoique ses autres tissus n’aient éprouvé aucune atteinte. Si au conlraire les autres tissus du même organe sont lésés plus ou moins profondément, et que le sys-

tème nerveux reste intact, ses fonctions se désordonnent , mais elles ne cessent pas complètement. — Ce qui prouve ces assertions c’est : 1» qu’il existe un système nerveux ganglionnaire chez les animaux inférieurs dépourvus de cerveau ; 2° que ce système existe également chez les monstres acéphales dont le corps est parfois non-seulement assez bien développé , mais même vivant après la naissance pendant quelque temps, malgré l’absence complète du cerveau; 3° que chez le fœtus humain le système ganglionnaire est déjà formé avant que le cerveau et la moelle épinière ne commencent à se montrer; 4° que chez certains hommes la portion thoracique des nerfs intercostal et vague n’offre aucune communication avec la portion abdominale des mêmes nerfs; 6° que d’après les dernières recherches anatomiques, confirmées par des expériences, les paires de nerfs qu’on croyait autrefois émaner des nerfs intercostal et vague ne sont que de simples filaments que les nerfs ganglionnaires envoient au cerveau et à ses dépendances ; 6° enfin, que les organes qui ne reçoivent que des nerfs du système ganglionnaire ont des fonctions différentes de ceux qui reçoivent des nerfs cérébraux-spinaux : les premières , en effet, ont des fonctions instinctives et

s exécutent à notre insu et d’une manière incessante; les secondes, au contraire volontaires ; celles-là ne peuvent s’interrompre sans que la vie s’éteigne, cellesci au contraire peuvent se suspendre ou meme manquer complètement sans inconvénient: elles manquent effectivement chez certains animaux; elles manquent aussi chez les apoplectiques et les sujets qui dorment, etc.

Comme cependant les fonctions volonaues sont exécutées par des organes materiels , lesquels ont eux -mêmes besoin

îniC«n0ïmr Ct,de réf'arer leurs pertes, elles sont sous la dépendance des fonctions instinctives. Aussi l’appareil cérébro-spinal, centre commun des fonctions

volontaires, a-t-il besoin pour vivre de

1 intervention des filets du système ganglionnaire qui est le -centre moleur\l< s (onctions necessaires. Les nerfs intercos- . e ,vnSUe servent à mettre en communication ces deux systèmes de fonctions-

auss! participent-ils des attributs de l’un

e ( e autre. 11 y a aussi des fonctions qui ollrcnt également ce double caractère* la respiration est de ce nombre , par exemple. Les organes pulmonaires, effec-

90 PROLÉGOMÈNES

livement, reçoivent des nerfs ganglionnaires et cérébro-spinaux, aussi fonctionnent-ils instinctivement comme organes d'hématose, volontairement comme instrument de phonation. D’autres, au contraire, s’exécutent sous l’influence de la volonté : de ce nombre sont, par exemple, la mastication, la déglutition, l'expulsion des fèces, de l’urine, etc. ; les organes qui les exécutent, en effet, sont animés soit par des nerfs cérébro-spinaux (langue, mâchoires, pharynx), soit par des nerfs de la moelle exclusivement (sphincters). Aussi pouvons-nous dompter complètement par la volonté ces fonctions, tandis que notre volonté n’a pas d’empire sur celles du cœur , de l’estomac, etc. La faim et la soif sont des sentiments instinctifs, mais ils sont avertis par le cerveau alors que leur intensité est tellement considérable que les nerfs ganglionnaires transmettent leur manière d'être au cerveau, moyennant leurs filets de communication avec le grand sympathique. Il en est de même de la douleur physique; le malaise éprouvé par le système ganglionnaire n’est pas averti s’il est léger, mais s’il est intense il est transmis au cerveau par le grand sympathique qui unit les deux systèmes ensemble. Nous expliquons de la sorte comment certains tissus, qui ne sont pas sensibles en état de santé , le deviennent excessivement en cas de maladie. Dans le premier cas, en effet, la sensation se perd dans le système ganglionnaire et ne va pas au-delà; dans fe second, au contraire, les oscillations peuvent devenir tellement vives , qu’elles se transmettent au grand sympathique et par lui jusqu’au cerveau.

Ajoutons cependant que malgré 1 activité propre à .^chacun de ces systèmes, les fonctions (Ü l’un influent souvent sur celles de l’autre. C’est ainsi que nous voyons les maladies viscérales reagii sui l’encéphale par l’intermédiaire du grand sympathique ou des filets de communication avec la moelle épinière, et vice versa; c’est ainsi aussi que le moral agit sur le physique, etc. Cette influence cependant n’est pas indispensable ni constante. Nous voyons effectivement parfois des lésions profondes du système ganglionnaire conduire a la mort sans que les fonctions volontaires, ou plutôt encéphaliques, aient ele sérieusement altérées ; la phthisie pulmonaire nous en fournit un exemple très -fréquent. Le contraire s’observe dans 1 apoplexie et dans les paralysies, les fonctions végéta-

tives n’étant pas dérangées , etc. — Le système nerveux ganglionnaire, qui a une part si active dans les fonctions de la vie, u’est pas seulement, ainsi qu’ou l’avait cru par erreur , le siège exclusif de la sensibilité de tous les nerfs, il a bien d'autres propriétés , et l’on peut même dire que toutes les propriétés vitales de nos tissus émanent sans exception de ce système. La turgescence vitale, par exemple, que nous reconnai>sons au tissu cellulaire, n’est due qu’à l'influence des filets nerveux ganglionnaires qui l’animent. La contractilité et l’irritabilité de la fibre du cœur, de l’estomac et des muscles en général se rattache également à cette cause; ce qui le prouve, c’est que si une cause quelconque détruit les filets nerveux qui s’entrelacent avec la fibre ou bien les ganglions ou les plexus d’où ils émanent (cardiaque, solaire , filaments du pneumo-gastrique) , la conlraotilité cesse. Nous voyons également la sécrétion d’une glande quelconque s’arrêter si ses filets nerveux sont lésés. J’ajouterai même, ce qui doit sans doute étonner, que les nerfs des sens externes ( olfactif, acoustique, optique, etc. ) ne sont pas sensibles par eux-mêmes , mais bien par l’intervention des filaments ganglionnaires qui passeut avec les artères dans leur pulpe particulière. Aussi en liant les filets en question , ou bien les artères avec lesquelles ils marchent , le nerf perd sa sensibilité , ainsi que l’a prouvé M. Magendie. En liant un rameau de la faciale, ce physiologiste a vu l’organe olfactif perdre la faculté de sentir l’impression des odeurs. Les muscles volontaires ne seraient pas contractiles sans l’influence des nerfs ganglionnaires , et le cerveau lui-même ne serait pas apte à sentir, à recueillir les impressions, ni à transmettre au loin les ordres de la volonté s’il ne recevait pas des filaments des nerfs ganglionnaires moyennant les artères qui entrent dans sa composition, filaments qui animent et pourvoient aux réparations organiques de la substance. On doit en dire autant de tous les organes et des propriétés vitales dont ils sont doués ; elles ont toutes pour siège le système ganglionnaire , parce que c’est dans ce système que réside primitivement la vitalité, c’est-àdire celle force générale , mère unique et simple de nos sensations, mais diversement modifiée dans les différents tissus de l’économie.

Xoulcs les propriétés vitales en uu mot

PROLEGOMENES. 21

qu’il a plu aux physiologistes d'établir, ne sont, en dernière analyse, que des manifestations diverses de cette force générale. — On conçoit maintenant quelle est la valeur que nous attachons au mot vitalité , dont nous ferons si souvent usage dans le courant de ces éludes plia r'macologiques. Ce mot exprime une idée nbslraite, mais ni plus ni moins que celles de sensibilité, d’irritabilité, etc. Ces propriétés sont mises en action par les stimulus qui leur sont propres, et les stimulus eux-mêmes doivent, pour produire cet effet, offrir certaines conditions en rapport avec la forme, la structure et les fonctions de l’organe. Le système nerveux cérébro-spinal n’est pas indispensable à la vie , puisqu’on peut vivre et végéter sans lui. La nature n’a pourvu de ce système que les êtres haut placés dans l’échelle animale. Chez l’homme surtout il est très-développé ; mais chez l’homme tous les organes ne reçoivent pas des nerfs de ce système; aussi, quand dans un organe on trouve des nerfs cérébrospinaux , on peut être certain que l'impression des stimulus y est non -seulement vive, mais encore susceptible d’être transmise à l’encéphale, et l’organe luimême soumis à l’empire de la volonté.

Quand au contraire il n’entre pas de ces nerfs, les impressions qu’il éprouve sont à peine averties , à moins qu’elles ne soient violentes de manière à se communiquer aussi à d'autres organes pourvus de nerfs cérébro-spinaux. Dans ces organes, l’impression est surtout déterminée par le sang, par les humeurs animais qu’il sécrète , et par les matières qu on introduit dans l’économie. — Passons à l’application de ces principes. —

\ oyons d’abord quels sont les changements dynamiques que les substances médicinales produisentdans l’organisme, et avant tout par quelles voies elles y entrent. — La voie principale, la plus sure pour l'introduction des remèdes dans l’économie, est celle du canal digestif par la bouche. Ce n’est pas parce que J estomac est un organe plus sensii > P’us fourni de nerfs , et jouit d’un plus grand nombre de sympathies avec les autres organes, que cette voie est préférable , car cela n’est pas exact.

Quant a la sensibilité, nous avons fait remarquer effectivement qu’il y a des substances qui produisent une forte impression sur la peau, et presque nulle »ur I estomac. Relativement aux nerfs, e* omac n en a pas plus que beaucoup

d’autres organes; et, enfin, pour ce qui est de scs sympathies, il en a certainement moins que le cœur. — L’estomac est la meilleure voie, parce que là le médicament perd plutôt ses qualités physiques, et est plus promptement préparé à entrer en assimilation , tels étant les offices normaux du canal digestif. Ces raisons expliquent pourquoi, dans l’estomac, de très -petites doses de médicaments produisent des effets très-marqués sur toute la constitution, ou bien dans quelque organe éloigné de l’estomac, et avec une promptitude plus ou moins grande , et pourquoi les doses administrées par cette voie peuvent être délerminées avec une grande précision. — Une seconde voie pour l’introduction des remèdes dans l’économie est celle du rectum : on les injecte sous forme de lavement, ils s’arrêtent dans le colon et sont souvent expulsés peu de temps après. U y a donc deux raisons qui rendent ce mode d’administration moins efficace que le précédent : d’abord parce que le remède y séjourne peu de temps ; ensuite parce que l’organe où il séjourne n’est pas constitué de manière à avoir une grande force digestive , comme l’estomac et l’intestin grêle. Néanmoins il ne faut pas oublier que le mucus du gros intestin jouit d’une certaine force digestive et que la face interne de cet organe n'est pas dépourvue d’une faculté de résorption assez active. Aussi voyons-nous que les médicaments administrés par cette voie produisent les mêmes effets que lorsqu’on les emploie par la voie de l'estomac , surtout si l’on en injecte une plus forte dose, eu égard à la quantité qu’on en perd. On conçoit de quelle importance il est de faire usage de celle voie alors que celle de l’estomac est inapplicable, ou bien de se servir de 1 une et de 1 autre à la fois si l'urgence exigeait l’introduction prompte d’une grande quantité de remède. .11 va sans dire que l’intestin doit être lavé à l’aide d’un lavement avant d’y injecter la substance médicinale.

En troisième ligne se présentent quelques cavités internes qui ont une ouverture à la surface du corps. De ce nombre sont le méat auditif, les trompes d’Eustacbe, les narines, les conduits lacrymaux, 1 urètre, le vagin. Dans res cavités , les médicaments sont plutôt introduits comme remèdes locaux que cornu e remèdes dynamiques. Quelquefois ccpemlanl ils sont employés dans ce dernier but. Les surfaces de ces cavités elïecti-

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vemenl absolvent , niais l’aclion en est faible, car elles manquent île la faculté digestive. — Vient, en quatrième lieu, la surface externe du derme. On introduit de deux manières les médicaments par celle voie, par frictions, par simple application sous-épidermique (méthode endermique). Les frictions favorisent admirablement l’absorplio.n. Le second procédé exige l’enlèvement de l’épiderme ou la présence d’une plaie. On a prétendu que dépouillée de l'épiderme la peau pompe mieux; cela est vrai, mais pas toujours. Cela est vrai lorsque la peau n’est pas encore enflammée, ainsi que cela a lieu au moment de l’arrachement de l’épiderme ; mais bientôt la peau s'enflamme et l’absorption devient trèsfaible. Les vieux ulcères, les plaies anciennes se trouvent dans le même cas; ils absorbent fort peu. Aussi l’expérience nous apprend tous les jours que les effets dynamiques du remède diminuent et deviennent nuis à mesure que l’on s’éloigne du moment de l’application du vésicatoire, ou qu’on multiplie les vésicatoires sur le même point. Alors le médicament concentre sur la localité son action, irrite beaucoup le derme, et il n’est pas rare de voir celte partie se gangrener.

Les applications externes des substances médicinales cependant peuvent avoir un autre but que celui de pénétrer dans l’organisme; par exemple, d’amollir la peau, de la mouiller, de l’échauffer, de la priver d’une partie de son calorique, de la rider, de l’irriter, de l’enflammer, etc. Dans ces cas, le médicament opère, non par ses vertus dynamiques, mais par son action mécanico-chimique : il rentre par conséquent dans la classe des secours mécaniques. — Par le derme donc, les médicaments s’introduisent aussi dans l’organisme et produisent des eflels prompts, instantanés sur toute la constitution, comme par l’estomac. Quelques personnes prétendent que dans ce cas ils n’exercent leur action que sur les nerfs du derme : c’est là une question que nous discuterons tout à l’heure. — Il y a enfin une dernière voie, qui est la plus prompte, la plus directe de toutes , pour l’introduction des remèdes, c’est l’injection dans les veines. Jusqu’à présent cependant on n’a fuit que des tentatives à l’aide de ce procédé, cl nous ne pouvons dire positivement jusqu à quel point on peut y avoir recours sans danger. Lorsque l’action des médicaments sera mieux

connue , les expériences pourront être mieux dirigées et avec plus de profit; celte voie pourra alors devenir peutêtre d’un immense secours dans le traitement de certaines maladies qui conduisent rapidement à la mort.

Tous les procédés dont nous venons de parler ne tendent qu’à un seul but, à faire passer le médicament dans la masse du sang. Quelle que soit effectivement la voie qu’on aura choisie, la résorption fait toujours passer la substance dans la grande circulation. Si quelques personnes pouvaient conserver des doutes à ce sujet, nous aurons l’occasion plus loin de nous expliquer avec plus de détails.

Toujours est-il cependant que le médicament passe dans les humeurs de notre corps. Occupons-nous, en attendant, des changements que les remèdes subissent en entrant dans la constitution et des effets qu’ils déterminent; mais d’abord, il importe de savoir si les médicaments agissent su* le sang ou sur les nerfs.— Les opinions sont partagées à ce sujet, il y a des arguments et des expériences pour et contre. Ces expériences cependant, bien que contraires en apparence, si on les apprécie convenablement, conduiront, selon moi, à la solution du problème.

Disons, avant d’aller plus loin, qu’il est absurde de croire que les remèdes puissent agir sur le sang. Le sang n’a pas de sensibilité propre, n’est pas un tissu, un système, un organe; c’est une sorle de stimulus intérieur capable de mettre en action les organes, et qui sert en même temps à fournir les matériaux des réparations organiques. Supposons un instant qu’il soit doué d’une véritable vitalité. Cette vitalité ne pourra pas être indépendante des organes qui le sécrètent, car le sang est susceptible de changements continuels selon l’état variable des solides et le mélange incessant des matières qui entrent en circulation avec lui. Les vaisseaux chylifères et lymphatiques y apportent à chaque instant de nouveaux matériaux, les glandes con- P lobées elles -mêmes lui envoient leur contingent de sécrétion. En passant d un endroit à un autre, le sang change aussi de composition ; il change dans les poumons, dans les capillaires ; il change enfin en recevant les molécules de désassimilation , et en en donnant pour I assimilation et les sécrétions, etc.

Il est contraire à la raison et a 1 expérience d’admettre des maladies sponla-

PROLÉGOMÈNES

nées dans le sang, les organes étant sains. Si les organes sont sains effectivement, il faut que le sang qui les stimule et qui les nourrit ne soit point malade, sans quoi leur reaction ne pourrait pas être normale. Le sang et les autres humeurs peuvent sans doute être altérés, et ils le sont en effet beaucoup plus souvent qu’on ne le croit, mais il faut d’abord que les solides qui les sécrètent le soient. A la rigueur, le sang 11e peut s’altérer primitivement et indépendamment des solides que dans le cas où. certaines substances sont injectées dans les veines ou introduites dans la circulation par la voie d’absorption ; mais celte altération, si elle commence dans le sang, ne se borne pas à lui, elle passe immédiatement aux organes, lesquels non-seulement éprouvent une partie de l’effet , mais l’absorbent presque en totalité. Supposons que, par l’introduction d’un poison dans la circulation, le sang en soit décomposé, dénaturé, il est clair que le mal ne se borne pas là, le cœur et les artères qu’il parcourt en ressentent les effets, et parla tous les organes qu’il arrose. Les organes en éprouvent si vivement les effets, que leur vitalité est éteinte en peu d’instants , et la mort s'ensuit. Ces courtes considérations suffisent, je présume, pour démontrer que le sang altéré primitivement ou après quelque lésion organique ne peut servir que de véhicule ou de moyen pour faire altérer les solides. Cette proposition me paraît aussi incontestable que celle ci-devant émise sur le principe sensitif des solides sous l’influence des nerfs ganglionnaires.

Je ne dois pas à ce sujet passer sous silence l’opinion que quelques personnes ont dernièrement émise en faveur des maladies propres et exclusives dusang(l). MM, Gaspard et Magendie , puis M. liouil— laud (2) et M. Leuret (3) ont injecté dans les veines de plusieurs animaux vivants des matières putréfiées ou morbides, et ont cru prouver ainsi cette thèse ; mais ces expériences que prouvent-elles ? Ce qu on savait déjà ; savoir que des matières hétérogènes introduites dans le sang troublent l’état normal des solides, et peuvent en conséquence produire la

(I) Ann. univ. fasc. tlfi, 117, 122, 123. (2; Traité clinique et expér. des fièvres dites essentielles.

(•>) I'odéré, Traité de méd. légale,

mort. Ne voyez-vous pas des phénomènes analogues avoir lieu par la simple introduction de l’air dans les veines ? Ou savait depuis fort long temps que la matière gangréneuse, charbonneuse, introduite dans le sang, provoque la fièvre et d’autres dérangements plus ou moins graves; les personnes qui dissèquent les cadavres en ont offert de tout temps des exemples. Les expériences ci-dessus, du reste, ne prouvent nullement que les matières injectées aient borné leur effet exclusivement sur le sang; car si vous analysez les phénomènes que les animaux ont présentés et les résultats des autopsies, vous serez obligé de convenir que le cœur, le système vasculaire et d’autres viscères ont éprouvé une atteinte plus ou moins profonde. Quelle que soit , je le répète, la manière artificielle d’altérer le sang , celte altération passe immédiatement par les vaisseaux dans le parenchyme des viscères ; la fibre solide en ressent de suite l’effet sous l’influence des nerfs qui l’animent. En conséquence, au lieu de chercher si les remèdes agissent sur le sang ou sur les nerfs, je crois qu’il faut poser ainsi la question : pour exercer leur action sur les nerfs, les médicaments ont-ils besoin d’entrer dans le sang, ou bien peuvent-ils l’exercer sans cela? Invoquons le langage des faits. Je citerai à dessein les faits les mieux connus, parce qu'ils sont déjà accrédités dans la science , bien que leurs auteurs les aient autrement compris que nous.

— Nysten a introduit de l’opium dans l’estomac de plusieurs animaux; il a coupé les nerfs de ce viscère chez quelques-uns, et il a observé que la substance produisait les mêmes effets aussi bien chez ceux qui avaient eu les nerfs coupés que chez les autres qui n’avaient pas subi cette opération. D’oii il a conclu que les nerfs ne prennent aucune part dans la production des phénomènes propres à l’opium (1). Notez bien que cet auteur croyait que tous les nerfs de l’estomac émanaient du cerveau ; aussi a-t-il coupé le nerf vague près de son origine ; il a cru de la sorte avoir privé l’estomac de toute influence nerveuse; c’est là précisément l’erreur. Nysten n’a pas réfléchi que l’estomac reçoit des nerfs de différentes sources ; que ces sources sont, entre autres, les ganglions dont le nom-

(1) Recherches de physiol. et de chimie pathol. Paris, 1811.

bre est si considérable qu’il est impossible de les couper complètement ; il n’a pas réfléchi par conséquent qu’en coupant le nerf vague, l’estomac conservait tous ses nerfs comme avant l’opération ; il n’a pas réfléchi enfin que s’il eût coupé réellement tous les nerfs de ce viscère , ou même les principaux seulement , savoir, ceux qui émanent du plexus solaire , l’animal serait mort sur-le-champ et avant qu’aucune autre expérience eût pu être faite sur lui (1).

M. Brodie, de Londres, s’est aussi fait fort de prouver le même fait par d’autres expériences (2). 11 a coupé sur un lapin les nerfs qui se rendent aux membres thoraciques. Dans la plaie il a appliqué du w oorora , poison très-puissant, et il a vu les phénomènes d’intoxication survenir comme chez les autres animaux qui n’avaient pas essuyé la même opération.

Il conclut de là que les nerfs ne prennent aucune part à l’empoisonnement.

L’auteur cependant n’a pas songé qu’en coupant les nerfs provenant de la moelle épinière, il restait toujours aux mêmes membres les nerfs ganglionnaires , nerfs qui passent avec les tuniques artérielles, et se distribuent partout où ces vaisseaux se portent. En conséquence, si le poison n’a pas agi sur les nerfs divisés, il a pu très-bien porter son action sur les nerfs ganglionnaires Ce sont ces derniers effectivement qui ressentent principalement son action ; et d’ailleurs, en coupant les nerfs en question, Brodie n’a pas réfléchi qu’il n’empêcliait pas par là le poison d’être résorbé, de passer dans la grande circulation et d’agir sur tout l’organisme. C’est effectivement ce qui a lieu. — Dans une seconde série d’expériences , M. Brodie a lié fortement à des lapins un membre postérieur , à l’exception cependant des nerfs de ce membre ; il a ensuite pratiqué une plaie sur la patte et appliqué le w oorora-, l’empoisonnement n’a pas eu lieu tant que la ligature a été laissée en place ; il s’est déclaré aussitôt après. L’auteura également conclu que l’intoxication avait eu lieu sans l’intervention des nerfs; conclusion inexacte, car le membre lié devait être nécessairement asphyxié, inapte à l’ab-

(1) Lobstern, De morbi sympnthctici liumani fabrica, usu et morbis. Parisiis,

(2) Annal! di medicina straniera , v« ii, marzp 1815.

sorption , et par conséquent le poison ne pouvait pas porter son impression sur les nerfs. — Un autre expérimentateur, Wedemcyer, a observé, et la chose est facile à vérifier, qu’en appliquant l’acide hydrocyanique sur l’œil des lapins la mort avait lieu en une seconde, tandis qu’appliqué sur un nerf ses effets n’étaient pas aussi rapides (1). Qu’est-ce que cela prouve? Que l’absorption sur l’œil est beaucoup plus active que sur les nerfs eux-mêmes. Par la première voie , le poison passe rapidement dans le sang et porte son action sur le système ganglionnaire ; de là, un effet beaucoup plus énergique que quand il agit localement sur un seul nerf. Si le nerf sur lequel le poison est appliqué n’est pas de la classe des ganglionnaires, comme dans les expériences précédentes , l’intoxication peut ne pas avoir lieu , à moins toutefois que des vaisseaux n’existent dans sa substance, qui l’absorbent, le fassent passer dans la circulation , et le mettent en rapport avec les nerfs ganglionnaires , ou bien qu’il agisse sur les filets ganglionnaires eux-mêmes qui se distribuent dans la gaine et la pulpe du même nerf spinal. — Un quatrième expérimentateur, Emmert , a aussi combattu l’idée que les médicaments agissent sur les nerfs. Pour prouver son assertion , il a amputé les membres à plusieurs animaux, en les laissant pourtant attachés au tronc à l’aide de leurs nerfs ; il a fait des plaies sur les pattes et a appliqué des substances vénéneuses. Il n’en est pas résulté d’empoisonnement. Donc, dit-il, les nerfs ne sentent pas l’impression du poison (2).

En tirant cette conclusion , Emmert n’a pas réfléchi que chaque membre ainsi amputé était déjà mort, car la seule communication au tronc , à l’aide d’un nerf spinal, n’était pas suffisante pour la continuation de la vie ; il ne s’est pas rappelé que les morts ne sont pas susceptibles d’empoisonnement ! Il y a plus, le même auteur a appliqué du poison sur un tronc nerveux, et l’intoxication n’a point eu lieu ; il faut observer cependant, 1° que ce tronc nerveux n’était pas du système ganglionnaire, et par conséquent pas susceptible de sentir l’impression toxique ainsi que nous l’avons éta-

( 1) Physiologische Untersuchungen liber das Nerven. Systems und die Respiration. Hannover, 1817, p. 251.

(2) Pubing. Blaetter, 1811, t. », p.88.

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bli ; 2n que d'aulrcs expériences pareilles néanmoins prouvent que si le nerf jouit de toute sa vitalité, le poison peut produire son effet, mais après avoir été résorbé et être passé dans la grande circulation. De manière qu’une substance toxique appliquée sur un nerf rachidien ou cérébral ne produit pas des effets plus actifs, que lorsqu’on la place dans un autre tissu également propre à résorber.

Je pourrais citer un grand nombre de faits à l’appui de celte assertion. Le docteur Yiborg trépana le crâne à un cheval, mit le cerveau à découvert, et versa sur ce viscère un gros d’acide prussique concentré.

Qui le croirait , l’animal n’en a point été empoisonné ? Nous ne tirerons pas pour cela la conséquence qu’en a déduite M. Yiborg, c’est-à-dire que l’intoxication n’est pas ressentie par les nerfs , parce que le cerveau qui en est le centre n’est pas sensible aux poisons (tj.

Nous dirons, au contraire, que l’empoisonnement n’a pas eu lieu dans cette expérience, parce que le cerveau n’est pas le centre du système nerveux ganglionnaire : système qui est le seul à ressentir l'impression des poisons. Nous ajouterons que l’acide prussique concentré, par cela même qu’il était concentré, n’était pas apte à produire l’empoisonnement , car il a du cautériser le cerveau , ou agir en irritant fortement la localité , et rendre l’absorption difficile; delà des symptômes réactionnels différents de ceux de 1 intoxication. — MM. Magendie et Delille n admettent pas non plus que les poisons agissent sur les nerfs. Ils ont fait cette expérience : ils ont amputé un membre à plusieurs animaux, de manière cependant à le laisser en communication avec le tronc à l’aide des artères et des veines; les nerfs ayant été coupés, ils ont .appliqué un poison sur le même membre, et les symptômes d’intoxication se sont déclarés (2). — Mais qu’est-ce que cela prouve? Cela prouve seulement, a mon avis que la vie ayant été consersee dans le membre par l’intégrité des vaisseaux principaux, le poison a pu être tres-bien résorbé, passer dans le sang et agir sur les nerfs ganglionnaires du cœur et du reste de l’économie. — Fontana ,

‘ fait et plusieurs autres ont fait des cx-

p. ^24cf Cl' R* S0C> med' IIa;ifn> > 1821 ,

(2) Journ. do physiol.

périences analogues et déduit les mêmes conséquences (1); mais il est facile de les réfuter à l’aide des mêmes arguments. — N’allez pas croire cependant qu’en appliquant un poison sur un nerf ganglionnaire, l’action soit foudroyante et instantanée. — L’expérience prouve que, même dans ce cas, la substance a besoin d’être résorbée et de passer dans le sang „avant d’agir. Le sang est le véhicule indispensable au développement de la force des poisons; c’est par le sang qu’ils sont portés dans le parenchyme des organes, et mis en état d’agir sur la sensibilité de la fibre animale. Elle apprend que cette action est d’autant plus puissante et rapide, que l’absorption est prompte ; et que cette action n’est à son maximum que lorsque le poison est arrivé dans la grande circulation. — Quand vous appliquez un médicament sur la peau ou sur une muqueuse, il n’est pas en contact avec les nerfs , car là il y a l’épiderme , ici l’épithélium qui les couvre. Si le médicament produit de l’effet, il faut donc qu’il soit résorbé d’abord ; or, dans cette résorption, il ne peut que se mêler de suite aux humeurs animales , et passer avec elles dans le sang. Sansdoute qu’appliqué sur un nerf dénudé, un médicament peut déployer une grande puissance, mais ce mode d’application n’est pas d’usage en thérapeutique. — Quelques auteurs n’ont pu concevoir comment cette absorption, ce passage du médicament dans le sang était si rapide quelquefois, puisqu’on voit des poisons tuer comme un coup de foudre en une demiseconde ; le licunas, par exemple, est de ce nombre. Il faut noter d’abord qu’en général les poisons mettent un certain temps avant de développer toute leur action ; ensuite, que certaines substances sont tellement subtiles qu’elles pénètrent probablement dans le sang, directement, à travers les parois des premiers vaisseaux qu’elles rencontrent. D’un autre coté, il est prouvé que les veines absorbent, et que les vaisseaux lymphatiques communiquent avec les veines; en conséquence, il n’est pas nécessaire que les poisons parcourent le système lymphatique et passent par le canal thoracique avant de pénétrer dans le sang. Arrivée dans les premières veines , la substance peut déjà exercer sa première action sur

(1) Nordische annalen i, Band r, Heft.

les nerfs ganglionnaires des parois de ces vaisseaux et des autres tissus où elle pénètre avant d’arriver jusqu’au cœur. — On comprend maintenant pourquoi, injecté dans les veines , un poison ou un médicament quelconque produit un effet beaucoup plus énergique et plus prompt que lorsqu'on l’applique immédiatement sur un nerf même ganglionnaire ; c’est que, dans le premier eus , la substance porte son action sur tout le système ganglionnaire, par l’intermédiaire du sang, tandis que dans le second l’effet ne peut se propager que de proche en proche sur les autres nerfs, et une partie de la substance a besoin d’être résorbée avant de déployer son action.

On a fait une autre objeclion à la voie de l’absorption quenous soutenons. Dans beaucoup d’empoisonnements, a-t-on dit, l’analyse chimique du sang n’a pas fait découvrir le moindre atome de poison.

Mais, outre que la substance passée dans l’organisme subit les changements que le travail d’assimilation imprime à toutes les matières, le sang qu’on analyse chimiquement peut contenir si peu de poison qu’il soit insensible aux réactifs ordinaires. De deux choses l’une, ou la substance est assimilée ou elle ne l’est pas : dans le premier cas elle est décomposée, elle a changé de nature ; la chimie par conséquent la chercherait en vain ; dans le second, elle est tellement disséminée dans le parenchyme de tous les organes , que si sa quantité est minime , il ne suffit pas d’analyser le sang pour la retrouver. D’un autre côté, si la mort n’a pas lieu de suite, le poison peut être expulsé par les différents émonctoires , surtout par la voie rénale. Cette considération nous explique pourquoi Christison et Coindel, après avoir injecté dans le système veineux une certaine quantité d’acide oxalique, n’ont pu découvrir dans l’analyse scrupuleuse du sang la moindre particule de ce poison (1), et pourquoi M. Magendie, après avoir empoisonné un chien l’aide de l'upas qu’il a injecté dans les veines , a fait, sans aucun effet d’intoxication, passer le sang de cet animal dans les veines d’un autre. Ces faits confirment une vérité importante dont nous avons parlé, savoir , qu’aussitôt entrées dans l’organisme, les substances médicamenteuses

(1) Edimb. med. and surg. journ., vol. xix, 1825, p. 1G3.

perdent sous l'influence de la force vilale la plupart de leurs propriétés physicochimiques et en acquièrent de nouvelles.

Ce qu’il y a enfin de singulier dans les écrits des auteurs qui soutiennent que les poisons agissent sur le sang, non sur les nerfs, c’est la contradiction manifeste qui résulte de leur opinion avec celle qu’ils avancent eux-mêmes relativement à l’action particulière de certaines substances. Wilson (Philip.), JN'yslen et Brodie soutiennent, par exemple, que le tabac, l’opium, l’alcool et le woorora tuent en éteignant les fonctions du cerveau ; MM. Magendie et Delile s'efforcent à démontrer que la noix vomique \:t la fève de Saint-Ignace agissent sur la moelle épinière et sur les muscles volontaires; Emmert soutient que l’angustura agit dans ces mêmes parties ; Brodie, que l’upas aniiar porte son action sur Je cœur; d’autres, que le tartre stibié et l’arsenic injectés dans les veines agissent sur l’estomac, etc. Or, s’il est vrai que les poisons produisent, indépendamment de l’action générale, un effet plus prononcé dans tel ou tel organe ou appareil, ainsi que nous le démontrerons plus loin de la manière la plus incontestable, commenlse peut-il qu’ilsagissent sur le sang? Dira-t-on donc que le sang du cerveau éprouve seul l'action de l’opium, celui de la moelle épinière et des muscles celle des slrichnos , celui du cœur celle de l’upas aniiar, etc. ; mais , pourtant, ce sang est en circulation incessante et renouvelé à chaque instant durant la vie.

— Cette idée de l’action des médicaments sur le sang n’est donc pas soutenable, et il me parait impossible , à moins de renoncer à la logique et aux lois les mieux établies de la physiologie , de sortir des termes de notre démonstration , savoir : que toutes les substances médicamenteuses portent leur impression sur le système nerveux ganglionnaire par l’intermédiaire du sang. Quant à l’action élective que ces substances manifestent dans tel ou tel org me ou appareil, cela dépend de la forme, de la structure des tissus et des fonctions particulières de chaque part ie de l’organisme; cela fait que telle partie sent plus promptement et plus énergiquement l’action de tel ou tel remède.

il nous sera facile maintenant, d’après les considérations précédentes, de définir ce que c’est qu’un remède. — Nous appelons remède, médicament, toute substance capable de changer d’une manière plus ou moins durable la manière d’être

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de l'organisme vivant après être entrée dans l’assimilation organique. — Par assimilation organique j’entends ce travail par lequel les corps extérieurs qui sont introduits dans l’économie sont mêlés à la lymphe et au sang, et forment avec ce dernier un seul liquide. — Le corps étranger, qui est entré en assimilation, perd aussitôt ses qualités physiques premières pour revêtir en partie celles de la lymphe et du sang. La lymphe et le sang, qui ont reçu dans leur composition ce nouveau corps, acquièrent à leur tour, pendant quelque temps, une composition et des propriétés nouvelles. — C’est en cela que consiste le travail d’assimilation. Ce travail n’est pas, ainsi qu’on le conçoit, le résultat d’un acte instantané; c’est au contraire le produit d’une élaboration graduée et plus ou moins durable ; elle n’est accomplie et terminée que lorsque la nouvelle substance est devenue homogène et indifférente à la fibre vivante. C’est ainsi que les principes de la contagion sont assimilés : les quelques molécules de la contagion passent d’un organisme infecté dans un organisme sain ; elles s’insinuent petit à petit dans la lymphe et le sang, et par ce dernier dans tous les organes ; les sécrétions présentent elles-mêmes quelquefois aussi la propriété contagieuse qui leur est communiquée par le sang ; mais ce travail d’assimilation continuant, les particules contagieuses deviennent tellement homogènes au sang , qu’elles perdent leur propriété primitive ; la contagion s’épuise, en d’autres termes. Il en est de même de toute substance médicamenteuse, c’est-à-dire qu’elle n’est remède, ou pour mieux dire n’exerce ses propriétés pharmaceutiques, qu’en ce que, entrée en assimilation, elle change pendant un certain temps les propriétés du sang et des autres humeurs. — C’est en cela que le remède se distingue de l’aliment, du poison et des agents mécaniques.

De l’aliment, car l'assimilation de ce dernier s'accomplit presque en un instant, et le sang qui l’a reçu ne change pas ses principes, ou du moins ses qualités ne changent que fort peu ; encore ce changement n’a lieu que dans les limites ordinaires de la santé; tandis que le changement produit par le médicament sort de ces limites, il donne lieu à un état maladif ou bien détruit un état morbide préexistant. Aussi l’aliment, s’il est pris en quantité immodérée, ne peut se soumettre complètement à l’assimilation

organique; son excès doit, par conséquent, devenir puissance nuisible ou remède. — Du poison proprement dit, le remède ne se distingue, à la rigueur, que par le degré; là effectivement l’assimilation organique n’esl pas assez énergique, ou n’a pas assez de temps pour en surmonter l’action ; dans le cas de remède , au contraire , la force organique a toujours le dessus plus ou moins promptement.

On voit la véritable différence entre le poison et le remède , et comment chacune de ces subslances peut se convertir dans l’autre.

Le médicament, enfin , diffère de l’agent mécanique en ce que ce dernier agit indépendamment de l’assimilation organique. Une substance inassimilable qui serait directement injectée dans les veines, et qui dans ce mélange conserverait ses propriétés physico-chimiques primitives, ne pourrait être regardée que comme un agent mécanique. — En discutant la question de savoir si les remèdes agissent sur le sang ou sur les nerfs, nous avons fait comprendre que le sang et les autres humeurs dans lesquelles le médicament se trouve assimilé acquièrent des qualités nouvelles, et que la présence du médicament devient l’occasion provocatrice de la réaction de la force inhérente au système nerveux ganglionnaire, et par conséquent de tous les organes qui vivent sous l’influence de cette force. Or, c’est précisément celle réaction de la vitalité à l’impression en question qui constitue l’effet primitif, intrinsèque et constant du médicament. Cet effet ne peut se manifester à nos sens que par les phénomènes organiques, ou plutôt par le changement de l’étal des fonctions des organes. Ce changement indique une modification de leur activité naturelle, et les phénomènes eux mêmes doivent varier selon le degré de la réaction vitale de l’organe dans lequel on les considère. Si l’on considère cette réaction dans les nerfs ganglionnaires du cœur, par exemple, les phénomènes se rapporteront aux contractions de cet organe. Si on la considère dans le derme, ils répondront à la couleur, à la température, à la transpiration, etc. A l’estomac ils se manifesteront sur la quantité de la sécrétion muqueuse, sur le mouvement vermiculaire , sur l’action digestive et absorbante decet organe, etc. Ainsi donc, par le changement des fonctions, on aura l’expression de la réaction vilale et des effets primitifs, intrinsèques et constants du remède.

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Si cependant il existe préalablement dans ces organes des conditions nouvelles et des circonstances particulières :

que le cœur soit, par exemple, enflammé ou anévrismatique, le derme en transpiration , les phénomènes qu’on obtiendra seront différents, bien que la réaction vitale reste la même. De là résultent des effets primitifs et secondaires de l’action du remède. Ces effets primitifs et secondaires, il nous suffit de les indiquer ici ; nous les étudierons plus loin.

Classification. D’après l'idée que nous nous sommes formée sur l’action primitive et intrinsèque des remèdes, et l’examen des faits que nous ont offert les quatre sources de la pharmacologie , nous sommes porté à établir que la vitalité , considérée comme force unique et simple , ne peut, sous l’action des remèdes, changer son état que de deux manières, en s’élevant au-dessus du type normal, ou en s’abaissant au-dessous de ce type ou du degré où elle se trouvait. — Delà résultent deux classes de remèdes : les uns hyper sthénisants , les autres hyposlhénisants . Chacune de ces classes est susceptible d’un grand nombre de divisions et sous-divisions, ainsi que nous le verrons. — Quelques personnes en admettent une troisième classe. Ce sont ceux dont l’action est réputée indéterminée, c’est-à-dire, ni hypersthénisante, ni hyposthénisante ; ce qui veut dire qu’ils guérissent certaines maladies par une sorte d’action obscure , incompréhensible. Si elles existent, ces substances constituent la classe des remèdes que nous nommerons spécifiques ou empiriques ; nous en discuterons ailleurs la valeur (1).

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