‹ Encyclopédie des sciences médicalesChapitre 63 sur 168 · IPÉCACUANHA · texte numérisé non relu

IPÉCACUANHA

(Radix ipecacuanha.)

§ Ier. Caractères physiques. — On a long-temps ignoré le nom véritable de la plante dont la racine était apportée du Brésil sous le nom d’ipécacuanha. Les voyageurs indiquaient les uns une plante, les autres une autre. On soupçonna en conséquence que cette même racine était tirée de plantes diverses, telles que la cephœlis emetica , ou callicocca ipecacuanha , la psycholria emetica, et la viola ipecacuanha , ou richardia brasiliensis. Gomès et Brotero assurent cependant que la véritable plante appartient à la callicocca ipecacuanha, tandis que Mutis, Linnée et Humboldt prétendent qu’elle répond à la psychotria emetica.

Il est de fait au reste que la racine ipécacuanha du commerce présente plusieurs variétés , et que les pharmaciens en reconnaissent trois très-distinctes , savoir l’ipécacuanha gris , l’ipécacuanha brun et l’ipécacuanha blanc. Le gris nous vient du Pérou, le brun du Brésil. Ces deux variétés sont regardées comme les véritables. L’ipécacuanha blanc paraît appartenir à la richardia brasiliensis. L’âge cependant de la même racine pourrait à la rigueur produire ces différences dans la couleur. — La bonne racine d’ipécacuanha est longue de plusieurs pouces, de la grosseur d’une petite plume à écrire, tortueuse ou diversement courbée, hérissée de petits anneaux plus ou moins éloignés et proéminents.

Elle renferme une moelle ligueuse d’une couleur blanc-jaunâtre. Elle a une sa-

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veürâcre, amère, une odeur nauséeuse, herbacée. Réduite en poudre, elle excite réternument.

§ II. Notions chimiques. — On a fait plusieurs fois l’analyse de l’ipécacuanha ; mais ce n’est que depuis que Pelletier s’en est occupé qu’on y a découvert une substance particulière, simple, dans laquelle réside la propriété émétique, et à laquelle il a donné le nom d 'émétine. On y a trouvé en outre une matière grasse , huileuse , très-odorante , de la cire végétale, de la gomme en grande quantité, de l’amidon , du ligneux, quelques traces enfin d’acide gallique. La chimie a fait voir, contre l’opinion qu’on avait adoptée , que la partie active ne réside point exclusivement dans l’écorce, mais aussi dans la partie ligneuse. C’est ce qui avait déjà été démontré par Sangiorgio, chimiste de Milan. Il constata en outre que l’ipécacuanha gris est , de toutes les variétés d’ipécacuanha , celui qui contient le plus d’émétine. L’émétine est une poudre blanche, ou jaunâtre, inodore , amère , très-peu soluble dans l’eau froide, très-soluble dans l’alcool et l’éther, inaltérable à l’air (bien qu’elle paraisse s’y colorèr). Avec les acides minéraux et avec l’acide acétique , elle forme des sels cristallisables. Il est très-ditficile de l’obtenir bien pure sans y employer une grande dose d’éther ou d’alcool ; aussi ne la trouve-t-on ordinairement dans les pharmacies qu’à l’état impur, en écailles transparentes, d’une couleur obscure , rougeâtre et déliquescente.

§ III. Effets chez les animaux. — Avec une petite dose de racine d’ipécacuanha pulvérisée , on ne produit chez les chiens aucun effet sensible ; mais avec une forte dose, son action émétique se déclare promptement; souvent le vomissement fait rejeter aussi l’ipécacuanha qui le produit; aussi les effets de celte substance ne sont pas aussi redoutables que ceux du tartre stibié. Les chiens sont pourtant abattus après le vomissement; ils restent couchés pendant quelque temps , mais ils cherchent bientôt à manger. — L’émétine impure, donnée aux chiens et aux chats à la dose de deux jusqu’à quinze centigrammes (demi-grain jusqu’à trois grains), produit le vomissement, qui est souvent suivi d’un sommeil assez prolongé. A la dose de cinquante centigrammes ( dix grains), le chien, après avoir vomi, s’assoupit , et dans l’espace de vingtquatre heures il meurt. Dix centigram-

mes (deux grains ) d’émétine pure suffisent pour tuer un gros chien. Magendie et Pelletier, qui firent cette expérience, assurent qu’à l’ouverture du cadavre, on rencontre une phlogose très-intense dans les poumons et dans la muqueuse gastroentérique. Si on voulait s’arrêter à cela, on en concluerait bien sûrement, avec ces expérimentateurs, que la mort n’était due qu’à l’action très-stimulante et irritante de l’émétine. Mais sachant combien ces messieurs sont prompts et disposés à voir des phlogoses intestinales dans les empoisonnements, alors même qu’il n’y en a pas la moindre trace, nous sommes autorisé à révoquer en douté l’exactitude de leur observation , et à ne pas adopter leur présomption , savoir, que l’action de cette substance soit stimulante. Nous doutons d’autant plus de l'exactitude de ce jugement que ces auteurs nous assurent eux-mêmes que les résultats chez les chiens sont les mêmes, soit que l’émétine ait été injectée dans la jugulaire, soit qu’elle ait été simplement absorbée dans un point quelconque du corps (87). Si l’émétine a des propriétés très-irritantes, elle pourrait bien , selon nous, donner de la rougeur et injecter la localité où on l’applique , mais si elle tue lorsqu’elle est introduite immédiatement dans le système vasculaire, nous ne comprenons pas comment l’effet de l’irritation doit se trouver précisément dans l’estomac et dans les intestins, et pas ailleurs. Passons à d’autres faits plus décisifs.

§ IV. Effets chez l’homme bien portant. — En aspirant par le nez l’ipécacuanha réduit en poudre très-fine, on éprouve bientôt une difficulté dans la respiration , des éternuments ; les narines rendent beaucoup de mucosité. Si l’on mâche la racine sèche, ainsi que nous l’avons fait, on n’éprouve qu’un goût d’âcrelé très-léger, et un afflux abondant de salive dans la bouche. Avalée à une dose au-dessous de quinze centigrammes , elle produit facilement de la sueur ; c’est ce qui a été vérifié par Fothergill (88), par Aeghorn (89) et par d’autres. Un ptyalisme abondant a été remarqué par Pye (90). llahnemann a remarqué que, donné par petites doses ,

(87) Formulaire de Magendie, p. 34,

(88) Med. observ. inquir., i. vi.

(89) Diseuses of Minorca, p. 230.

(90) De viribus mediç., p. 126.

ipkcacuaNhà. 293

l’ipécacuanba produit une singulière prédisposilion à ressentir les effets des moindres changements atmosphériques , une sensation de froid dans tout le corps, de vacuité et de faiblesse h l’estomac, cessation delà soif, et quelques vertiges (91). A dose plus élevée, elle produit des nausées , des frissons, de la pâleur et des vomissements. Les vomissements sont tantôt répétés et faciles, tantôt pénibles et accompagnés de tranchées. Ces effets sont assez connus. La violence du vomissement et sa durée ne sont pas au reste en proportion de la dose , car une jeune femme qui en avait pris jusqu’à quinze grammes (demi-once), n’éprouva qu’un seul vomissement (92). Les auteurs expliquent ce fait en disant que le vomissement expulse la substance médicinale, mais cela ne suffit pas pour expliquer pourquoi le vomissement est répété plusieurs fois , après le premier effort, lorsque la dose d’ipécacuanha est modérée, car dans ce cas elle est également expulsée. Les expériences faites en Italie par Borda et par d’autres ont prouvé qu’on pouvait prévenir ou arrêter le vomissement en haussant graduellement la dose du médicament ; elles ont prouvé en un motque l’ipécacuanhase conduitexactement comme le tartre stibié. Son usage produit souvent aussi des évacuations alvines, lesquelles sontordinairementd’une couleur jaune-verdàtre. A haute dose, il provoque la somnolence, de la lenteur dans les idées , engourdissement dans les membres abdominaux; le pouls devient faible et lent, au point quelquefois qu’il s’ensuit des défaillances. Cet état de faiblesse cependant ne paraît pas aller jusqu’à produire la mort. Pye dit néanmoins avoir observé des effets très-prononcés de doses fort petites ; en cela il n’est pas d’accord avec les observations des autres auteurs qui ne craignent pas de la prescrire à haute dose. Il y a tout lieu de présumer que la racine émétique employée par Pye appartenait à quelque autre plante plus active. Néanmoins nous possédons un fait qui démontre qu’il y a des individus capables de ressentir avec force l’action de l’ipécacuanha ; tel est, par exemple, le cas delà femme de ce pharmacien, laquelle éprouvait un serrement grave de poitrine toutes les fois

Î91) Biblioth. medic., t. xxx, p. 379.

(92) Medic. Bemerk. u. TJutersuçh,, 1 Bd., p. 274.

qu’on pulvérisait dans le laboratoire la racine d’ipécacuanha, de sorte que, lorsqu’on en eut reconnu la cause , il a suffi de l’éloigner pour faire cesser complètement les symptômes. Une fois on transvasait en présence de cette dame de l’ipécacuanha en poudre ; elle en éprouva des spasmes tels pendant huit jours , qu’on dut avoir recours à l’opium pour les faire cesser (94).

L’opium est l’antidote de l’ipécacuanha , ainsi que celui-ci l’est de l’opium. On en a une preuve dans la poudre de Doxver, qui, comme on sait, contient de ces deux substances, dont l’action se trouve parfaitement neutralisée. Cela est confirmé aussi par les observations de Fothergill (95), de Scblegel (96), et de plusieurs autres. Nous en avons en outre une preuve très-évidente dans la tentative de suicide que fit une demoiselle en prenant en une seule fois 30 grammes (une onçe) de teinture d’opium : cette substance la jeta dans un état d'assoupissement très-profond , entrecoupé de temps à autre par des spasmes horribles; l’administration répétée de l’ipécacuanha parvint à la rétablir assez promptement, et cela , non par le vomissement , qui n’eut pas lieu , mais bien par une action dynamique. D’ailleurs, comme l’opium était déjà absorbé, le vomissement, s’il fut survenu , n’aurait pu avoir aucune influence sur la marche de l’empoisonnement (97). — D’après les observations de IVF. Magendie, l’émétine prise à jeun, en état de santé, à la dose de 10 centigrammes (2 grains), excite un vomissement prolongé , suivi d’une propension au sommeil: à la dose de deux centigrammes , elle produit des nausées et des vomissements (98). Cela s’applique principalement à l’émétine impure et colorée ; l’émétine pure a une action bien autrement énergique. Chez un homme âgé de quatre-vingt-cinq ans , un milligramme de cette substance (un seizième de grain) a suffi pour provoquer des vomissements (99). — Ces faits sont déjà

(94) Comment. Lipsien. De reb. in scient, nat. et medic. gest., vol. xxm, P. in, p. 464.

(95) Med. observ. and inquir., t. vi.

(96) Mater, fr. Steatsorn., 2 Sarnml., p. 143.

(97) Smith, in Mary, Diss. do spasmis, p. 39.

(98) Formulaire.

(99) Ibid.

ïpecacuanha.

suffisants pouf prouver que l’action de 1 ipécacuanha est analogue à celle du t.utrc slibié , savoir hyposthénisante vasculaire. La seule différence parait consister dans le degré d'énergie, qui est moindre dans l’ipécacuanha , et qui pa- Tajt dépendre de son moindre degré de solubilité, Les effets de l’émétine se rapprochent davantage de ceux du tartre stibié.

§ V- Effets dans les maladies. — Les effets dans les maladies, observés en tous tèfnps, nous confirment parfaitement dans Içs idées que nous venons d’émetirê? et il est même facile de s’en rendre compte. — Les premiers honneurs qu’obtint cette racine ont été fournis par son emploi contre la dysenterie. Ce fut Guillaume Pison qui , en 1 G 4 9, le premier fit connaître cette propriété de l’i pécacuanha en Europe. Il la tenait des indigènes du Brésil. Plusieurs années cependant se sont écoulées avant que celte connaissance fût généralement répandue ; il a fallu d’abord la faire connaître sous forme de remède secret , et celui-ci acquit bientôt le titre de racine anti-dysentérique. Nous ne nous arrêterons pas à citer ici les auteurs qui en vantent les effets dans la dysenterie , ni à discuter les différentes hypothèses qu’on a imaginées pour expliquer ses effets. J’appellerai seulement l’attention sur les deux suivantes, qui paraissent généralement adoptées. L’une consiste à admettre dans l’ipéeacuanha une action astringente, laquelle arrêterait les garde-robes. Mais outre que la chimie n’y a pas trouvé ce principe styplique, il est prouvé que les astringents ne conviennent pas dans celte maladie. Qui oserait effectivement prétendre pouvoir faire cesser la fréquence des évacuations sans amender «l’abord la condition des organes dont elle dépend ? Qui oserait soutenir de nos jours que la maladie réside dans les matières , qui constituent un des phénomènes de l’affection, et non dans l’organe même d’où ces matières émanent? L’autre hypothèse est basée sur la propriété émétique de cette racine, et suppose que le mouvement antipéristaltique arrêterait les garde-robes excessives. Mais les autres émétiques ne guérissent point cette affection , tandis que l’ipécacuanha est efficace, même lorsqu’elle n’excite point le vomissement. Ajoutons que cette faculté émétique est secondaire et dépend d’une autre propriété. Enfin la dysenterie n’est qu’un symptôme; le flux ventral n’est qu’un produit dont les condi-

tions physiques font aisément comprendre que les organes qui le préparent sont malades ou présentent un excès d’action; delà lesdouleursabdominales.le ténesme et la fièvre. La diarrhée peut, il est vrai, dépendre de conditions diverses de l’intestin , mais la dysenterie ne reconnaît qu’une seule manière d’être des organes dont la nature est phlogistique : elle dépend , comme on sait, d’une inflammation de la membrane muqueuse du colon.

C’est là un fait généralement reconnu aujourd'hui. Cela explique pourquoi l’ipécacuanha , dont l’action est hyposthénisante vasculaire, peut enlever 1 enflure phlogistique des intestins, et vaincre la dysenterie, en combattant la cause. Dans les cas mêmes où la phlogose existe à un très-haut degré, ce remède doit être regardé comme utile en ce que son action aide l’effet de la saignée. Il n’est pas à craindre qu’il puisse ajouter une surexcitation aux intestinsphlogosés, car Pison même (100) et Zimmermann avaient déjà remarqué qu’il apaise les tranchées et les douleurs de ventre ; Murray assure qu’il agit sans échauffer, et qu’on peut l’administrer contre les fièvres les plus intenses (l); Hillary a vu le délire , les tremblements et autres symptômes graves s’apaiser sous l’influence de l’ipécacuanha (2).

( J\ote cl. Trad.) — Il n’est peutêtre pas exact de regarder la dysenterie comme le résultat constant d’une simple phlogose de la muqueuse des gros intestins. Si l’on compare les diverses épidémies de dysenterie entre elles , et dont parlent les auteurs, on observe de si grandes différences qu’on pourrait dire qu’elles constituent presque des affections particulières qu’il faut traiter par des moyens divers (3). On explique par là les succès obtenus avec le laudanum par Sydenham, et les insuccès de l’émétique par d’autres : les bons résultats dus à la méthode évacuante vantée par les uns, et les cures, bien que fort rares, obtenues à l’aide des astringents par d’autres. Les altérations anatomiques ne sont pas toujours les mêmes; tantôt il y a épaississement

(100) Hist. nat. Brasil., 1648, p. 65.

(1) Apparat, medic., t. i, p. 283.

(*2) Air and diseases of Barbados, p.

(3) Voy. Stoll, Medic. prat. De natur.

dysert., etc.

IHECACUANHA.

des tuniques du gros intestin , tantôt amincissement et ramollissement. L’engorgement des cryptes ou leur dessèchement, avec ou sans altération , s’ollrcnt ausd très-souvent à l’autopsie des sujets morts de dysenterie.

Linné et d’autres ont supposé que la dysenterie contagieuse n'était due qu’à des animalcules particuliers nichés dans les gros intestins, et que leur présence présumée pouvait expliquer la transmission du mal, ainsi qu’on en a des exemples dans la dysenterie des armées, si bien décrite par Pringle. En effet, cette dysenterie cède bien mieux à l’administration du calomel qu’à celle de l’ipécacuanha ; c’est que cette préparation mercurielle n’est pas seulement hyposlhénisante, elle est aussi insecticide.

Quoique les auteurs préconisent l’ipécacuanha dans toute espèce de flux intestinal , il n’est pas difficile de comprendre que leur précepte n’est pas toujours bien fondé, vu qu’il est trop général. Ce sont les flux intestinaux, d’un caractère analogue à la dysenterie, qui réclament l’usage de l’ipécacuanha, tandis qu’il sera contre-indiqué dans ceux qui offrent un caractère opposé, c’est à dire qui sont déterminés par l'action de substances dites drastiques ou purgatives.

- — Une autre preuve que l’ipécacuanha calme au lieu d’irriter la phlogose, nous l’avons dans les succès qu’il procure contre les douleurs abdominales dues à d’autres causes, mais pourtant toutes hypersthéniques ou phlogistiques. Tels sont, par exemple , les cas de coliques duodénales guéries au moyen de l’ipécacuanha par .lames (4), d’ischurie traitée avec succès par llenning (5) et par Richter (G), de péritonite puerpérale , par Doulcet (7). Si une affection aussi grave a cédé à l’administration de ce remède , il faut convenir que sa vertu hyposthénisanle est très-énergique , puisque la nature phlogistique et grave de la dernière affection n’est contestée par personne. — Que si on voulait expliquer les bons effets de l’ipécacuanha dans les maladies inflammatoires par sa vertu éva-

cuante ou émétique, on ne saurait plus quelle explication donner aux vomissements dus à une phlogose de l’estomac, et arrêtés par l’ipécacuanha. Tels sont les cas d’ileus rapportés par de Schonlieydcr (8), de hernie étranglée, par Richter (9). Dans le traitement du choléra même, dont la nature phlogistique ne saurait être révoquée en doute, l’ipécacuanha a été un des remèdes les plus efficaces. Où est-elle, dans ce cas , la propriété émétique ou évacuante? Que si l’ipécacuanha n’avait primitivement que cette action , qui aurait osé le prescrire dans le choléra?

Les maladies dont nous venons de parler sont hypersthéniques, et elles appartiennent presque toutes au tube gastrique. Mais l’ipécacuanha ne borne pas son action à cet appareil; les autres membranes muqueuses , douées d’un grand nombre de vaisseaux sanguins , éprouvent aussi les effets de sou action : la muqueuse pulmonaire surtout, lorsque elle est phlogosée , trouve dans l’ipécacuanha un puissant auxiliaire ; c’est pour cela que dans la toux, dans le rhume de poitrine, dans le catarrhe chronique, les médecins prescrivent généralement avec avantage l’ipécacuanha à petites doses.

Comment l’ipécacuanha peut-il devenir expectorant dans la toux sèche phlogistique, et en même temps mitiger l’expectoration augmentée dépendant d’un état phlogistique. La chose est facile à comprendre par son action hyposthénisante vasculaire , laquelle dissipe la phlogose , et remet les vaisseaux exhalants de la muqueuse thoracique dans leur état d’équilibre normal. Une fois ces vérités établies, on ne peut s’empêcher de reconnaître l’erreur de ceux qui veulent expliquer l’utilité de l’ipécacuanha par le prétendu antagonisme entre l’estomac et les poumons. — On a vanté aussi l'ipécacuanha contre le croup. Ramsey ( ! 0), Field ( 1 i ), et une foule d’autres , s’en sont beaucoup loués. Il est aussi préconisé dans la coqueluche par presque tous les médecins. Ce n’est pas pourtant à cause d’une propriété anti-spasmodique, car personne n’ignore aujourd’hui que la toux convul-

(4) Frorieps, Notiz, , 11 Bd., n. 15,

(5) Beobacht. üb ein. Arm., p. 73.

(6) Thérapie, 4 Bd., p. 591.

(7) Ant. Journ. de méd., vol. iviit, p. 418, 502.

(8) Act. reg. soc. Hafn., t. n, p. 139.

(9) Med. cliir. Bcmerk., 2 Bd., p. 110.

(10) Neues Journ. d. ausl. Liter., 1 Bd., st., p. 1G7.

(11) Sarnml. aus. Abhand., etc., 14 Bd., p. 552.

ÎPÉCACUANHA.

sive n’est qu’un symptôme d’une maladie iriliainmaloire, et précisément d'une inflammation lente des cryptes bronchiques (adéno -bronchite). Aussi pensonsnous que dans cette maladie l’ipécacuanha doit céder sa place aux hyposthénisants lymphatico-glandulaires. — La phthisie est souvent aussi traitée à l’aide de l’ipécacuanha. Plusieurs cas de ce genre que nous regardons comme des arléro-bronchilcs chroniques (voyez ce que nous avons dit à l’article digitale ) , ont été guéris par l’usage de l’ipécacuànha, d’après le témoignage de Reid (12), de Richter (13) et de Weber (14). L’hémoptysie pourrait être classée, elle aussi, dans la même catégorie d’affections :

aussi plusieurs praticiens prescrivent ils dans cetle maladie l’ipécacuanha sans craindre son action émétique : Barbcirac ( 1 5), Giarella ( 1 G), Richter ( 1 7), De Meza

(l8), Dahlberg (19), et plusieurs autres sont de ce nombre. Ils le prescrivent aussi dans d’autres hémorrhagies, telles que la métrorrhagie , l’épistaxis, l’hématurie, etc. Aux auteurs cités, nous pouvons ajouter Plenk (2Ù), Lolïïer (21) et Guldbrand (22). Condie ne craint même pas de le proposer aussi contre l'hématémasie (23). L’application cliniquede ce remède contre ces alfections démontre d’une manière incontestable que l’ipécacuanha est doué d’une vertu hyposthénisante, et que son action ne se borne pas à l’cstomac, mais qu’elle s’étend à toutes les autres membranes muqueuses; c’est-à-dire qu’elle affecte de préférence un tissu particulier qui est celui des artères.

Comme la condition morbide des hémorrhagies existe précisément dans les extré-

(12) Ane. Journ, de méd., t. inx, p.

(15) Med. chir. Bemerk., 2 Bd., p. 17.

(I l) Consumption Krankh., p. 97.

(15) Médicament, constil., p. 95.

(16) De admir. virlul. ipecac. in curand t'ebr. Patavii, 1754.

(17) Beobacht. cit. , p. 10(5.

(lR) Saminl. auserl. Abh., etc., 15 Bd., p. 259.

(19) Velensk. Acad. Iland. Stock. 177.

(20) Samml. cit., 12 B., p. 253.

(21) Slarks, Arcliiv. f. d. Geburtsh., 6 Bd., p. 4.

(22) De sanguin, (luxu utérine, llaafn. ,

(23) Nortb. amer. mnd. and surg.

journ. the Lond. med. and phys. journ,, vo1. vu, n, 5, p. 272.

mités des capillaires, on comprend pourquoi l’ipécacuanha agit contre elles avantageusement, et pourquoi Baglivi a tant prôné ce médicament comme remède anti-hémorrhagique (24).

11 est aisé de comprendre la raison pour laquelle l’ipécacuanha est utile dans les exanthèmes, d’après ce que nous avons déjà dit sur le siège de ces affections. Leur siège effectivement est dans les vaisseaux du derme dans le plus grand nombre de cas , ainsi que nous croyons l’avoir démontré. Leur nature phlogislique est d’ailleurs généralement reconnue aujourd’hui. Après les exanthèmes se présente le typhus qui a été heureusement aussi attaqué, à l’aide de l’ipécacuanha, par (lufeland (25) , par Cramer (2G) et plusieurs autres. — L’hydropisie a été également traitée par quelques praticiens avec l’ipécacuanha , et notamment celle qui succède à la scarlatine , d'après ce que nous lisons dans Lentin et dans Richter (27). Nous nous sommes déjà expliqué, dans un des chapitres précédents, sur le sujet de l’hydropisie. L’ipécacuanha, auquel on n’accorde aucune vertu diurétique, fournira une nouvelle preuve en faveur de l’action que nous avons attribuée à la digitale, à la scille, etc., et confirme surtout cette importante remarque , que la sécrétion abondante des urines chez les bydropiques qui sont en voie de guérison dépend de l’action cardiaque ou vasculaire des remèdes qu’on emploie. — Un médecin de Padoue lit, en 1754, l’éloge de la racine d’ipécacuanha dans le traitement des fièvres intermittentes. D après lui, ces fièvres, bien qu’opiniâtres et de vieille date , cèdent à l’action de ce remède, lors même qu’elles se trouvent associées à l’hématémèse (28). Plusieurs praticiens, entre autres Comparelli, suivirent cette pratique avec succès. — Enfin on a vanté l’ipécacuanha dans l’aménorrhée, et dans certaines maladies auxquelles sont sujettes les femmes à l’époque de la puherlé, et lorsque leurs règles sont supprimées, telles que la catalepsie, les convulsions,

(24) Opéra, p. 61.

(25) Journal d. prak. Hcilk., 43 Bd., 5 st., p. 73.

(26) llarles, Neue Jahrbucli, 10 Bd., 11 si., p. 21.

(27) Bemerk. cit., 1 Bd., p. 268.

(28) Gianello, De admirab. vir(.,etc., p. 96.

ll'ÉCACUANHA.

l'hystérie , etc. En traitant du fer et de ses préparations nous nous expliquerons sur ce sujet iinportaut. Nous avons laissé pour le dernier l'examen de l’usage de 1 ipécacuanha comme remède propreà provoquer le vomissement et à débarrasser l'estomac de matières irritantes ou vénéneuses. Les praticiens prêtèrent pour cet efl'et l’ipécacuanha au tarte stibié et aux autres vomitifs à cause de son action plus douce. 11 provoque, en effet, un vomissement moins continu , moins long , moins fatigant. Aussi se permet -on de l’administrer même aux enfants et aux femmes grosses, lorsque le vomissement est indiqué. Mais il importe de distinguer si le vomissement est indiqué conjointement à l’action hyposthénisante dont il dépend ; dans ce cas l’ipécacuanha peut être prescrit avec avantage , ainsi que le tartre stibié. Tel est, par exemple, le cas d’un empoisonnement par l’opium, d’une ivresse alcoolique complète , ou d’une plénitude d’estomac. Si au contraire le vomissement seul est indiqué , comme dans le cas d’empoisonnement par une substance hyposthénisante, l’ipécacuanha pourrait être nuisible, car sa portion absorbée agirait dans le sens du poison. Mieux vaut dans ce cas avoir recours aux moyens mécaniques pour vider l’estomac. Néanmoins si on n’avait pas sous la main ces derniers , ou que leur action ne fût pas assez énergique, et que l’indication de faire vomir fût pressante , on pourrait avoir recours à l’ipécacuanha de préférence au tartre émétique; car l’hyposlhénie à laquelle il donne lieu est beaucoup plus légère. Quant à l’émétine, nous n’avons pas encore assez de données pour nous prononcer sur son action et sur son application clinique. Magendie et Andral (29) ont trouvé qu’elle avait des propriétés analogues à celles de l’ipécacuanha, mais à un degré plus élevé. M. Magendie dit l’avoir employée avec avantage dans les catarrhes chroniques, dans la coqueluche et dans la diarrhée. A cet effet il propose quelques formules à substituer aux formules anciennes. Dans le catarrhe pulmonaire , dans la dysenterie et dans la diarrhée chronique, l’émétine provoque la sueur au dire de Bardslcy (30). En

(29) Cliniq. med., t. i, p. 77.

(30) llospit. facts and observ., etc.

The London ined. and phys. journ., u, 5, vol, vu, p. C3.

général on ne doit pas trop compter sur l’émétine, car , si elle est impure , son degré d'activité est alors trop douteux ; et si elle est pure, elle est d'un prix trop élevé. D’ailleurs , la racine d’ipécacuanha est une substance qui ne perd pas beaucoup de son énergie, et elle est d’un usage très- commode.

§ VI. Appréciation de l’action. — Pouvoir expliquer d’une manière satisfaisante tous les effets variés de l'ipécacuauha , à l’aide d’un seul principe extrêmement simple, basé sur l’observation rigoureuse des faits, c’est là une preuve, à ce que nous croyons, favorable à notre manière de voir. L’action que nous avons accordée à cette substance, par cela même qu’elle s’accorde avec les faits , peut servir de guide fidèle dans le traitement des maladies qui en réclament l’usage.

Il nous serait aisé maintenant de démontrer que ce que les auteurs de pharmacologie ont enseigné jusqu’à ce jour sur l’ipécacuanha n’est que contradiction et chaos. — l.’ipécacuanha comparé avec le tartre émétique se trouve dans les mêmes prescriptions que celui-ci, si ce n’est que son action étant moins forte , donne lieu ordinairement à des effets constitutionnels moins prononcés. Nous sommes pourtant parvenus à donner l’ipécacuanha à très - haute dose sans produire le vomissement , mais avec des phénomènes évidents de diminution de la force circulatoire et de la fièvre. Nous sommes parvenus à ce résultat , en débutant par des doses fort petites , ayant ordonné au malade d'en prendre une nouvelle dose dès qu’il éprouvait quelques nausées. Effectivement il éprouva une seule fois le vomissement , mais ayant aussitôt pris d’autres doses toujours plus fortes, le vomissement s’est arrêté.

§ VII. Action nie'canic/ue. — Bien que les exhalaisons de la racine d’ipécacuanha qu’on pulvérise paraissent imiter la pituitaire et la muqueuse laryngienne, il est prouvé que cette poudre, sous forme d’emplâtre ou de cataplasme, n’a pas d’action mécanique sur la peau ; elle n’y détermine pas la moindre rougeur ni irritation ; même inaction dans l’estomac, ar les raisons déjà exposées ailleurs, ’il arrive parfois quelque douleur d’entrailles, ce n’est pas à cause de son action immédiate , mais bien par l’effet de la compression ou secousse qu’éprouvent les viscères sous les efforts du vomissement, surtout si l’estomac est gorgé de

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