FLEURS DE SUREAU
de préférence dans les bonnes terres un peu humides; on le cultive pour former des haies. 11 fleurit en mai et juin. Ses baies mûrissent en septembre. Il appartient à la pentandrie triginie, famille des caprifoliacées. L’écorce interne de la tige a une saveur douceâtre et amère, et un peu nauséantc. Les baies, nommées autrefois gratta actes, sont d’abord vertes, mais" lorsqu’elles sont parvenues à leur maturité elles sont noires ; leur goût est légèrement acide, sucré. Les fleurs sont blanches , d’une odeur plutôt désagréable; leur saveur est amère. Ce sont les parties qu’on emploie en médecine, surtout les fleurs.
§ II. Notions chimiques. — Les fleurs de sureau contiennent, d’après l'analyse d'Eliason, une l'huile particulière, cristallisable, pénétrante et volatile; du soufre; du gluten ; de l’albumine ; un mucus végétal ; de la résine ; un principe astringent; du malate de potasse; de la chaux et quelque autre sel. M. Chevreul parle aussi de la meduüine trouvée dans la moelle de cette plante ; et Scheele de quelques autres acides, de la matière sucrée, et d’ une substance extractive qu’il a troftvée dans les baies.
§ III. Effets sur les animaux. — L’exhalaison désagréable de cette plante la fait respecter par les bestiaux, et même par les chenilles; aussi a-t-on proposé de mettre le sureau comme une garantie des autres plantes (31). Les poules meurent en mangeant les baies (32) , et les paons également en mangeant les feuilles (33). Les animaux plus élevés dans l’échelle en ressentent moins les effets; les chiens en éprouvent des vovissemenls et souvent aussi la diarrhée. Un cheval cependant qui avait bu plusieurs livres d'infusion de fleurs de sureau, n’éprouva aucun phénomène (34).
§ IV. Effets chez l'homme sain. — L’ombre même du sureau n’est pas sans effet sur l’homme (35). Willemet nous apprend qu’en Lorraine le peuple prend les feuilles de sureau pour se
(31) Dosie’s Mcmoirs of agricult., vol.
ni, p. 164.
(32) Barthol., Ilist. anat. rarior., cent, iv, p. 248.
(33) Linn., Flor. suecic., p. 97.
(34) Journ. de méd. de Leroux, vol.
xxu, p. 318.
(35) Linn., 1, c.
purger (3G). Tout le monde sait que l'infusion de sureau excite la sueur, et que, si on en prend copieusement, on éprouve aussi des selles abondantes (37). La seconde écorce est également un purgatif très-énergique. Aussi Sydenham la préconise- 1- il contre l’hydropisie (38) , mais elle excite facilement des nausées et même le vomissement , ce qui n’est pas exclusif à l’écorce, car les autres parties de celte plante prises à fortes doses le provoquent également et donnent lieu à des phénomènes qui approchent de l'empoisonnement. Bartholin parle d’un individu qui éprouva, par les feuilles de sureau, des évacuations abondantes, et le troisième jour il devint comateux (39). Deux autres individus éprouvèrent par la même cause des vomissements , des évacuations, une grande faiblesse, de la pâleur, et de l’amaigrissement (40). Christison observa aussi un empoisonnement produit par les fleurs et les feuilles du sureau hyéble (41).
§ V. Effets clans les maladies. — Le sureau est un remède d’ancienne renommée ; déjà Hippocrate s’en servait contre l’hydropisie. Boerhaave (42), Sydenham (43) et Krückmann (44) vantèrent beaucoup son écorce contre la même maladie. En 1831 , M. Martin Solon mit de nouveau eu pratique ce remède, déjà oublié, contre l’ascite, avec succès. Il a prescrit le suc de la racine de sureau à haute dose (45). — De tout temps le sureau a été le remède favori contre l'enrouement, le refroidissement , le coryza, la toux et le catarrhe. Il a été aussi prescrit avantageusement dans la péripneumonie, notamment lorsque l’expectoration a de la difficulté à se montrer (47). Dans l’angine également, lorsqu’elle
(36) Mérat et Delens, Dict. univ. de mat. medic., t. vi, p. 198.
(37) Murray, Oper. med,, t. iv, p. 48.
(38) Oper., p. 496.
(39) Act. Iïafn., t. i, p. 164.
(40) Ephem. nat. cur., dec. il, an. 9, p. 48.
(41) The Edinb. med. journ. Januar,
(42) Ilist. plant., P. i, p. 207.
(43) Opéra tract, de hydrop.
(44) Comm. I i 1 1er. Norimb., p. 216.
(45) Ornodei, Ann. univ. di medic., febr. 1833, p. 402.
(47) Murray, Appar. medic., vol. îv, p. 9.
FLEURS de sureau.
n'est pas menaçante , et qu'on a déjà pratiqué quelques saignées (48). On en a fait autant contre la bronchite commençante, ou qui est vers son déclin. — Dans les exanthèmes aigus, tels que la rougeole, la petite-vérole, la scarlatine, lorsque l’éruption tarde à paraître , ou qu elle a disparu , on a aussi prescrit ce remède (49). Les praticiens modernes cependant le trouvent trop léger et insuffisant dans les cas de cette nature. Néanmoins dans les fièvres rhumatismales (sub artéritis) le sureau est généralement prescrit, et il est môme des praticiens qui en ont tiré d’excellents effets contre les fièvres aiguës ou inflammatoires. On s’accorde néanmoins à dire que dans ces cas l’action du sureau peut être aidée par des moyens plus énergiques. — Le sureau n’est pas moins efficace contre la goutte et le rhumatisme aigu, au dire deQuarin
(50) . F. Hoffmann considère le sureau comme un spécifique dans la jaunisse
(51) . Mais en cela on n’est pas généralement d’accord. Enfin, les phlogoses externes ont aussi trouvé un soulagement dans les applications du sureau sur la partie affectée. Le suc de cette plante, au dire de Dioscoride, calme la douleur des liémorrhoïdes (52); l’érysipèle et le fleg— mon se dissipent promptement sous son influence , et on parvient à apaiser les coliques utérines et de la vessie accompagnées de spasmes, moyennant les fermentations d’infusion des fleurs de sureau.
§ VI. Appréciation clc l'action, etc. — Pour nous, l’action hyposthénisanle vasculaire du sureau est évidente. Ses effets chez l'homme bien portant et chez l’homme malade le rapprochent des remèdes précédents. Son degré d’énergie cependant est inférieur aux autres hyposthénisants dont nous avons parlé; mais il en surpasse quelques - uns sous le point de vue de la promptitude d’action. La propriété sudorifique , que tous les auteurs de matière médicale lui attribuent, est tout-à-fait secondaire , et il est absurde de la faire dépendre, ainsi qu’on l’a fait, d’une action stimulante ; puisque ce prétendu échauffant n’a été utile que dans
(48) Rosenstein, Mal des enfants.
(49) Murray, op. cit.
(50) Mcfh. medend. infl., p. 219.
(51) Saniml. aus. Abhandl. z, Gcbr.
fi pr. Aerztc, 14 Bd., p. 217.
(52) L. iy, p. 107.
les maladies phlogistiqucs. Les auteurs qui régardent le sureau comme excitant n’ont pas observé les efTets de cetle substance sur la circulation et sur le pouls. Ils auraient vu que le pouls, après une fortedose desurcau, devient évidemment mou, faible et lent. — Il faut , au reste , ne pas oublier que l’aclion du sureau est légère et qu’on doit toujours l’associer à d’autres médicaments dans les véritables inflammations aiguës. Si les effets du sureau sur l’homme en santé nous décèlent une action plus énergique que chez l’homme malade, il faut faire attention que chez le premier on s’est servi des feuilles, des fleurs ou de l’écorce à l’état frais ; tandis que, pour les malades, les pharmaciens ne délivrent ordinairement que les portions desséchées de la plante.
§ VIL Action mécanique. — En thérapeutique l’action mécanique du sureau est nulle. Les anciens se servaient du suc des baies mûres comme cosmétique pour teindre les cheveux. Ce suc n’offre pas l’inconvénient des autres cosmétiquesqui cautérisent ou dont la résorption peut entraîner de graves conséquences.
§ VIII. Mode d'administration. — Les fleurs de sureau sont employées à l’extérieur renfermées dans un sac. On en fait aussi des cataplasmes en y ajoutant de la mie de pain, de la farine de graine de lin , ou d’autres substances. Plus fréquemment les fleurs sont employées en infusion chaude. Il importe dans ce cas de ne pas la laisser bouillir, pour ne pas lui faire perdre ses parties volatiles qui sont les plus actives. Avec cette infusion on fuit des fomentations ou on en prend, les vapeurs dans les narines et dans la bouche, moyennant une petite éponge ou un appareil quelconque, contre le coryza et les affections sub inflammatoires de la poitrine. — L’infusion chaude est aussi prescrite en boisson avec du sucre ou un sirop simple. On la fait souvent servir de véhicule à d’autres remèdes d’action analogue, tels que le tartre stibié , le sel de nitre , etc. On l’administre aussi en lavement. Baglivi, et après lui Razoux et Barthez, en ont retiré de grands avantages dans les affections rhumatismales; ils ont combiné l'infusion de fleurs de sureau avec du lait. — L’eau distillée de fleurs de sureau qu’on conserve dans les pharmacies n’a presque aucune action. — Le rob s’obtient en écrasant les baies, après un jour de macération, en en tirant par la presse un
suc d’un rouge noirâtre qu’on clarifie