J. Capul morluum de la précédente
infusion.
Eau commune, 2 kilogrammes (4 livres).
Faites bouillir jusqu’à la réduction de moitié.
Passez et ajoutez du sucre à volonté.
A prendre dans la journée en plusieurs fois.
GAYAC
( Guajacum officinale.)
§ I". Caractères physiques. — Le bois amer, d’une odeur aromatique, trèsrésineux , dur et pesant , qu’on trouve dans le commerce en grosses bûches ou
copeaux sous le nom de bois de gayac, bois saint, bois de l’Inde, etc. , appartient à un grand arbre originaire des Antilles , de la famille des zygophyllées ou rutacées, de la décandrie monogynie, L. Le centre ou cœur de ce bois est d’une couleur vert -brun, très - pesant ( l’aubier est plus léger), d’un jaune pâle ; l'écorce est d'un gris verdâtre , un peu gluante. — On retire, par exsudation naturelle ou par incision, de l'écorce de cet arbre, un suc gommo-résineux connu sous le nom de résine de gayac, dont on se sert en médecine. Cette gomme-résine est friable , à cassure brillante , légère , d’une couleur brunverdàtrc, d’une odeur agréable , un peu analogue à celle du benjoin ; sa saveur , d’abord faible, puis amère, est âcre et piquante.
§ II. Notions chimiques. — Le bois de gayac contient beaucoup de gommerésine. Cette substance est soluble dans l’alcool , même lorsqu’il est délayé de beaucoup d’eau. Les expériences de Brande sembleraient prouver qu’elle ne mérite pas le nom de résine, car elle ne contient aucun principe résineux. Cet auteur croit qu’elle est formée d’extractif et d’une matière particulière qu’il nomme guianine. — On falsifie quelquefois cette résine avec celle du pin, mais celle-ci, si on la jette au feu, fait bientôt connaître par son odeur la présence de la térébenthine. La râpure du bois peut être aussi falsifiée avec d’autres bois indigènes ; aussi, est-il toujours prudent de se le procurer en grosses bûches et de le couper chez soi. Cetleopération, et même le seul frottement du bois , en développe une odeur qui provoque l'éternuaient.
§ III. Effets chez l'homme bien portant. — Les effets du gayac sur les animaux sont trop faibles pour en déduire quelque conséquence ; nous nous bornerons à indiquer ceux qu’on a observés chez l’homme bien portant. Si l’on prend de l’infusion de bois de gayac à haute dose, ou sa résine à dose convenable, on éprouve une transpiration plus ou moins abondante; les urines deviennent plus copieuses et plus fréquentes qu’à l’ordinaire. L’individu soumis à ces expériences éprouve des lassitudes générales, il devient paresseux , hébété et ressent des frissons. Ces effets ont été remarqués par Ilahnemann , par Hartmann , et par Teuthorn (22). Cesaulcurs en remarque-
(22) Reine ArzneimiUcl, 4 Bd,, p. 157?
GAÏAC
rent d’autres encore, mais ceux-ci n'étant pas constants , ni constatés par d’autres observateurs, on doit les regarder comme accidentels ou tout- à-fait étrangers au gayac.
§ IV. Effets dans les maladies. — Un seigneur espagnol, atteint des plus effroyables symptômes de la syphilis dans les Indes, après avoir essayé inutilement plusieurs remèdes , se décida à faire usage du bois de gayac, que lui conseilla un domestique indien , et il s'en trouva si bien, qu’il finit par guérir. Tous les autres Espagnols qui se trouvaient atteints de la même maladie en firent autant, et ils en guérirent également. Il n’en fallait pas davantage pour faire la réputation de ce médicament. Il fut apporté en Europe vers l’an 1508 sous le nom de bois saint. Les résultats cependant qu’on en obtint furent loin de répondre à l’idée qu’on s’en était formée d’après ces histoires. Dans le commencement on en accusa les doses trop petites; on les éleva, mais en vain. On en inculpa ensuite les doses trop fortes ; on en revint aux doses modérées. Le traitement avec ce bois exigeait tant d’accessoires et d’ingrédients , que le remède lui-même devenait la moindre partie : diète trèsrigoureuse, repos absolu, éloignementde la lumière , température atmosphérique très-élevée, telles étaient les conditions qu’on exigeait de toute rigueur. De nouveaux remèdes contre la vérole ayant été proclamés, le gayac a été mis de côté , et il n'en est presque plus question aujourd’hui , si ce n’est que comme simple auxiliaire d’autres remèdes. Ce n’est pas à dire pour cela que le gayac n’ait pas trouvé des panégyristes dans d’autres maladies inflammatoires; il a élé beaucoup vanté par Klaunig (22), par Tralles (23) , par Tode et Salholt (24) , par Wilhelm (25) , par Mead (2G) , par Pringle (27) , par Fowler (28) contre le rhumatisme chronique et aigu ; par Massa (29) , par Fallope (30) , par Mo-
(22) Nosocom. charit., p. 91.
(23) De opio, sect. ii, p. 313.
(24) Diss. adnot. med. pract., p. 6.
(25) Diss. de verni, pag. antepen. , not. B.
(20) Monit. etpræcept., p. 110.
(27) Diseas. ofarmy, p. 161.
(28) Biblioth. britann., t. n, p. 115.
(29) Luisin, Aphrod., p. 67, 75.
(30) Luisin, p, 704.
nardes (31), par Sennert (32), par Ellis (33) , par Thalachc (34) et par Aillé (35) contre l’arthrite; par Emerigon (3C), par Gruner (37), par Berger (38) , par Wcismantel (39), par Mohsen et Metzgcr
(40), et par Barthez (4 1 ) contre la goutte. Il faut pourtant convenir que dans ces maladies ces auteurs regardent le gayac comme cllicace lorsque les individus sont d’une constitution faible , et que la maladie a une tendance à devenir chronique. Selon quelques personnes, cela serait contraire à l’action hyposthénisante du gayac. On n’a pas réfléchi que dans ces cas aussi la goutte , l'arthrite et le rhumatisme sont toujours des affections de nature hypersthénique , quoiqu’à un degré moins élevé, de sorte que la crainte que ces praticiens manifestent en prescrivant le gayac dans la période aiguë d’augmenter la lièvre et la phlogose est tout-à-fait chimérique. Il faut néanmoins faire remarquer que ce bois ne pourra parvenir à l’éteindre qu’en partie , car son action est naturellement légère. — Aillé cependant a tout récemment assuré avoir obtenu souvent par le gayac, à la dose de vingt-quatre décagrammes (huit onces) par jour, la guérison de l’arthrite aiguë accompagnée de forte fièvre. Solenander rapporte avoir guéri des arthritiques à l’aide du gayac sans avoir obtenu de sueur (4 2), ce qui confirmerait encore son action hyposthénisante. Malgré ces guérisons tant vantées, bien des médecins se plaignent du peu d’effet du bois saint , et ils donnent leur confiance à la résine de gayac. — M. Double rapporte avoir obtenu de bons effets de celte ré-
pi) Simpl. medic., p. 545.
(52) Opéra, t. v, c. vu, p. 178.
(55) The timber tree improved. London, 1742.
(54) Diss. de gumen. et lign. guajac .
virt. et usu med. Jen., 1800.
(55) Jlérat et Delens, Dictionn., t. m, p. 434.
(36) Spécifique contre la goutte, 177S.
(57) De specif. anlipodagr. Jen., 1779.
(58) Ditt. ad Zimmermann. Haan, Magaz., 1778, n. 58.
(39) Ueb. die Ileilk. dr Guajakharz.
in podagra, 1786.
(40) Yermicht. medic. Schrift. , P. \, p. 173.
(41) Traité de la maladie goutteuse, t. i, p. 148.
(42) Conf. med., scct. tv, p. 410.
GAYAC
sine contre le catarrhe chronique (43) ; Murray contre le coryza opiniâtre , contre la leucorrhée , contre la diarrhée et autres écoulements muqueux, occasionnés par une lente phlogose (44) ; Kuchler et le même Murray contre les écrouelles (45) ; Dewees contre l’aménorrhée (4G) ; Losecka contre la fièvre étique (artérite chronique) (47). Contre l’hémiplégie et contre les accidents apoplectiques , l’amaurose , les surdités , cette résine a produit d’excellents effets entre les mains de Richter (48) ; Boerhaave la vantait contre la carie (49). On lui accorde encore quelque confiance contre le cancer (50), contre les éruptions chroniques de la peau, telles que les dartres, la gale, etc. (51).
§ V. Appréciation de V action du remède, etc. — Quoique les maladies cidessus indiquées soient presque toutes chroniques , les modernes s’accordent à leur reconnaître un fond phlogislique, et ils les traitent comme si elles étaient aiguës , moins la différence dans le degré d’énergie et la persévérance dans le traitement. Le gayac mérite précisément d'être classé au nombre des remèdes dont la force hyposthénisante est très-légère , et dont on doit continuer l’usage pendant long-temps si l’on veut en tirer quelque avantage. Il n’a aucune autre action , et l’on ne doit nullement craindre qu’il puisse augmenter la fièvre ou donner de réchauffement.
( Note d. trad.) Barthez assure avoir vu le gayac causer dans des cas de goutte et de rhumatisme des céphalalgies vives et des flux hémorrhagiques opiniâtres.
Buisson se sert du gayac comme d’un agent très-énergique dans la méthode perturbatrice qu’il propose pour la guérison de l’hydrophobie.
On serait également dans l'erreur si
(43) Journal général do médecine, t. xix, p. 278.
(44) Appar. medic., t. ni, p. 204.
(45) Diss. de gland, collo pueror. tumcfuct., p. 27.
(40) Bulletin des sciences médicales de Férussac, t. îv, p. 277.
(47) Arznaimitt., p. 117.
(48) Aurlalirt. Arz., 2 B., p. 190.
(49) Aphorism., § 529.
(oO) Med. essay and observ. of Edinb
vol. v, p. 29.
(51) Wright, SammI. auserl. abli.
Gcbr. f. prakt, Aerzle, 14 Bd., p. 398.
l’on croyait h la grande réputation que les anciens lui ont faite dans le traitement de la syphilis, à moins qu’on ne lui associe les mercuriaux ou d’autres moyens énergiques. — Nierons -nous donc les belles cures obtenues par les anciens, notamment dans les Indes ? Ce sujet mérite quelque considération. Si la vérole dans le climat des Indes est plus commune , elle est aussi moins grave que chez nous. Effectivement , avec peu de moyens, et même par les seules forces de l’organisme, elle guérit, ce qui n’arrive presque jamais chez nous. Dans les Indes, le bois qu’on emploie est tout frais : lorsqu’il arrive en Europe, il est desséché et se trouve avoir perdu beaucoup de son efficacité. Bien d’autres influences favorables s’associent à l’action du bois de gayac: le climat, le ciel, la constitution physique des individus , le caractère particulier de l’affection. Chez nous on apporte bien le même bois, mais sans aucune de toutes ces conditions. Il résulte de ces considérations que le bois de gayac ne peut être d’un très-grand secours dans la syphilis et dans d’autres maladies , et qu’en le prescrivant en infusion ou en tisane, ainsi qu’on le fait communément , il ne donne que des résultats négatifs ; il devient ainsi un remède purement de luxe. — Ce qui a quelque valeur thérapeutique, c’est la résine de gayac pure et bien conservée ; son action est hyposthénisante vasculaire, mais très-faible.
§ VI. Action mécanique. — L’action mécanique du bois et de la gomme-résine de gayac ne mérite aucune attention sous le point de vue thérapeutique.
§ VII. Mode d'administi ation. — On prend ordinairement le bois de gayac en décoction très-chargée. Anciennement, on prenait bien des précautions pour la faire et pour l’administrer; ces précautions produisaient de meilleuis effets que la décoction elle même. La dose ordinaire est de six à vingt-quatre décagrammes de bois raclé (deux à huit onces) qu’on fait cuire dans une pinte d’eau et qu’on réduit à moitié. La gomme-résine de gayac et prescrite, soit en poudre, soit en pilules , ou en émulsion. La dose est d’une à deux, et même à huit grammes.
Formules-modèles.