C. IX
(59) Sillimans, Amcric. journ. of SC., vol. ni, p. 211.
bois de Rochefort (00). — J’ai été moimèrue témoin , à la clinique interne , en 1818 , d’un cas de mort sous l’inilucnce du soufre. Il s’agit d’un individu paralytique par abus de mercure. C'était le premier qu’on soumetlaitaux tumigations sulfureuses à l’aide de la machine de Galès , modifiée par de Carro. Une apparente amélioration a fait répéter avec plus d’intensité les fumigations sulfureuses , lorsque tout-à-coup le malade tomba en défaillance, le pouls devint misérable. Peu d’heures après, le scrotum tomba en mortification, ainsi que les membres abdominaux, et la mort s’ensuivit en quelques minutes. — Il est des auteurs qui attestent que sous l'administration du soufre il arrive parfois que le pouls s’accélère jusqu’au point de produire la fièvre. L’anlidole employé avec succès contre les accidents occasionnés parle soufre, c’est l’ammoniaque (61).
Dans l’ensemble de ces phénomènes, il y en a plusieurs qui décèlent l’action hyposthénisanle du soufre : ce sont les plus graves; d’autres indiqueraient une action opposée. Nous pouvons expliquer ces derniers par l’action mécanique de celle substance, laquelle, étant insoluble dans l’eau et clans les fluides animaux lorsqu'elle estavalée en grande quantité, doit peser sur l’estomac , du moins jusqu’à ce que la chaleur animale ou une autre action détermine son absorption.
On expliquerait par là le poids à l’estomac, la douleur de ventre et de tète, et l’accélération passagère du pouls que produit le soufre pris à forte close.
§ Y. Effets clans les maladies. — Le litre de baume pulmonaire donné au soufre par les anciens nous dénote la grande confiance qu’ils avaient dans l’efficacité de cette substance contre les maladies thoraciques. Cela suffirait pour le caractériser comme hyposthénisant, puisque les praticiens assurent qu’il est fort rare qu’une maladie pulmonaire n’ait quelque caractère dephlogose. Effectivement, Galien avait reconnu l’utilité du soufre dans la phthisie , car il envoyait ses poitrinaires en Sicile pour respirer l’air des volcans. Mais, supposons même que le profil qu’ils en tiraient n’eût été que le résultat d’autres circonstances bienfaisantes de ce climat, toujours est-
(69) Murat et Dclcns, Dictionn., t. vr, p. 457.
(61) Ibid.
SOUFRK.
il que Stahl , Sims , F. Hoffmann , Ilerholdt et Garnelt (57), Lorinscr (58), Engelhart (59) employèrent dans la phthisie les préparations de soufre avec succès, et quelquefois môme ils obtinrent une parfaite guérison. Cranz (60) et Lanzoni (0 1) ont prescrit le soufre contre l’ulcère des poumons. Ouaadministré cetlesubstance avec beaucoup d’avantage contre les rhumes, la toux, l’asthme humide, le catarrhe, ainsi que nous l’apprennent dans leurs écrits Dioscoride , Pline , Malovin (G2) , Schulze (03), Fritze (04), Kopp (05), Clapier (00), et d’autres auteurs cités par Gmelin (07). Comme traitement curatif de la coqueluche, le soufre a été conseillé par Quarin (08) , par llorst (09), parRandhahn (70), et par d’autres. L'inflammation des poumons, avec toux, respiration pénible et fièvre, a été guérie par Kopp (71), et la pleurésie par d’autres à l’aide d’une poudre dont l’ingrédient principal est le soufre , et qu’on appelle poudre anti- pleurétique de Mynsicht. — L’expérience de Van-S wieten, de Blumenbach, de Quarin, de Barthez
(72), de Monro (73), de Hufeland (74) et de plusieurs autres, a prouvé que le soufre esttrès-eflicace contre le rhumatisme aigu et chronique, et aussi contre la goutte. Hufeland rapporte s’en être servi pendant plusieurs années comme d’un excellent préservatif du retour de ces ma-
(57) AJman. d. erfind., 2 Jabrg., p.
(58) D. Lehre. v. d. Lungarkr., p. 142.
(59) D. Lungans. in ihr varpli. form.
u. Zeitr., 1825, p. 97.
(60) Reinig, Diss. de sulph. crud., etc., 1768, p. 35.
(61) Mise. acad. nat. curios. , dec. n, an. 8, p. 502.
(62; Cbim. cit., p. 550.
(63) Prael. in Dispens. Brand., 1736,
(64) Medic. annal., p. 514.
(65) Beobaclit., p. 184.
(66) Journal de médecine, vol. xvm, p. 59.
(67) App. méd., t. t, p. 162.
(68) Animadv. pract., p. 56.
(69) Hufeland’s Journal, 56 Bd., 2 st., p. 24.
(70) Rusl’s Magaz., 24 Bd., p. 493.
(71) Beobaclit. cit.
(72) Alérat et Delens, Dict. cit.
(73) Samml. aus. Abhandl., 5 Bd., p.
(74) Journal, 14 Bd., 1 st., p. 181.
ladies. Cheyne est du même avis. Wallace a préconisé beaucoup contre le rhumatisme les fumigations sulfureuses (75), et de nos jours cette pratique est généralisée. Dans le traitement de l’arthrite , Guinperz (76) faisait prendre par bouche le soufre après les frictions et autres moyens extérieurs, et il en vante l’efticacilé. Enfin, on doit regarder comme un des moyens les plus utiles contre l'arthrite lente et opiniâtre les bains et les boues thermales sulfureux. — La classe des exanthèmes avec fièvre réclamait depuis long-temps dans son traitement le soufre , ainsi que nous l’apprennent Stahl (77) et Detharding (78). De nos jours on le regarde comme un excellent préservatif de tout exanthème, et notamment de la rougeole, d’après l’observation de Tourtual (79) , vérifiée par Muhrbeck, par Hufeland (80), et par d’autres. Sous ce point de vue, il nous paraît qu’on doit donner la préférence au soufre sur d’autres préservatifs proposés dans ces cas, tels que la belladone, l’aconit, etc., car s’il ne réussit pas, du moins il ne nuira point.
L’anasarque, qui succède aux exanthèmes , a été dissipé promptement au moyen du soufre par Werlhof et pur Richter(81). Grainger parvint à arrêter des fièvres intermittentes dues à la suppression de la transpiration , par des préparations sulfureuses (82). — On est parvenu, au moyen du soufre, à arrêter des écoulements muqueux, soit de la matrice , soit de la vessie , d’après ce que rapporte Pitschaft ( S3 ). Schmitjan le vante contre la dysenterie (84): Slevoet contre la colique (85) ; Pitschaft , Wei-
(75) Observ. on sulph. fumigat. Dubl.,
(76) Lonsacke, Abh. d. Auserl. Arn., Berlin, 1763, p. 285.
(77) Colleg. pract. a Storck ed. p.
(78) Diss. de sulph. ut præstant. bazoardico. Rosi., 4746, p. 24.
(79) llufeland's Journ., 56 Bd., 2 st., p. 107.
(80) Journ. 1828, novcrnb., p. 13t.
(81) Hufeland’s Journ., 4 Bd., p. 600.
(82) Ilist. l’ebr. anorn. batav. Altenb.,
(83) llufeland’s Journ., 49 Bd., 2 st., p. 5.
(84) Bibliolh. germ., t. î, p. 93.
(85) Diss. de sulph. Goslar., p. 26.
tard (8G) et Rave (87) , contre les hémorrhoïdes. — Plusieurs auteurs accordent également au soufre un pouvoir anti— syphilitique. Ils ne l’emploient cependant, presque toujours, qu’après l'usage du mercure; ce qui a paru aider les bons effets de ce dernier, et par conséquent faire penser que son action est analogue à celle du mercure. On croit généralement que le soufre est plutôt capable de s’opposer aux mauvais effets du mercure et surtout à la salivation.
Nous nous expliquerons sur ce sujet en traitant des mercuriaux. Les éloges qu’on a donnés au soufre contre la scrofule paraissent mieux basés encore. On l’a aussi vanté contre le rachitisme. Il est préconisé dans ces maladies par Kopp (8S) et par Sœmmering (89). Contre les écrouelles et l’aménorrhée, Gaussand a vanté l’acide sulfureux (90). Le préconisèrent également , Baudelocque , Bonneau, Baffos et Guersant, contre les engorgements abdominaux, contre l’ascite, contre la paralysie et la chorée des enfants (91, 92). — Il ne nous reste plus à parler que de la vaste famille des maladies chroniques de la peau , contre laquelle le soufre s’est acquis une si grande réputation. Dans ces affections, et surtout dans la gale, le soufre est, d’après l’avis de tous les praticiens , le remède souverain. Personne n’oserait contester que cette substance ne soit le remède le plus approprié contre cette maladie.
Nous croyons superflu de reproduire ici l’interminable liste des autorités qui le préconisent.
§ YI. Appréciation clc l'action du remède. — L’expérience nous a démontré de tout temps les bons effets du soufre , dans les mêmes maladies dans lesquelles on avait trouvé utiles les antimoniaux, l’aconit , la douce-amère, et plusieurs autres remèdes dont nous avons déjà parlé. Pourquoi donc ne lui accorderions-nous pas la même action hyposthénisantc vasculaire? Serait-ce à cause de sa nature combustible? On pourrait
(8G) Verrn. med. Scbrift, 1 st., p. 269.
(87) Ilufeland’s Journ., 7 Bd., 2 st.f
(88) Bcobacht. cit., etc.
(89) De morbis vasorum absorbent.
(90) Mérat et Delens, 1. c.
(91) Nouv. biblioth. med., 1829, t i p. 193.
(92) Bulletin thérapeutique, 15 octobre
le croire, et nous ne nous donnerons pas la peine de combattre une semblable opinion. Est-ce à cause de la sueur qu’il détermine , ou par l’expectoration , ou par les évacuations de ventre qu’il provoque? Mais ces effets, nous l’avons déjà vu, ne peuvent avoir lieu que sous l’influence des remèdes hyposthénisants vasculaires. La sueur produite par le soufre est constamment accompagnée d’un pouls mou, faible et lent. Les bons observateurs ne sauraient pas le nier.
Nous avons rendu ce fait palpable à nos élèves de clinique, chez deux individus qui venaient de sortir de la chambre des fumigalions sulfureuses. On aurait cru, a priori, que la haute température de l’air de la chambre aurait dû accélérer la circulation ; effectivement les sujets en sortirent ayant la figure très- rouge, bien que couverte de sueur. Chez l’un, affecté d’une dartre, le pouls donnait à peine cinquante - six pulsations par minute; chez l’autre , affecté de gale , le pouls était encore plus bas. Tous les deux pâlirent une demi - heure après, quoique toujours en sueur. L’expectoration, les évacuations alvines , le vomissement et l’abondance des urines, que détermine l’administration du soufre, sont, comme les sueurs, dus à un état de relâchement, de faiblesse du système circulatoire, notamment des capillaires. Quoique le soufre ait une action analogue aux autres remèdes dont nous avons parlé, il présente pourtant quelques différences caractéristiques. D’abord son action est moins prompte, et moins énergique, et en même temps plus durable. Ensuite , il est plus pénétrant; celte qualité paraîtrait en opposition avec la première.
On dirait que la propriété dont il jouit de se gazifier par le calorique lui facilite le moyen de pénétrer dans nos tissus même les plus serrés. Aussi ne possédons - nous pas de remède qui ait autant d’action sur les plus petites glandes et sur les follicules sébacés, que le soufre. Le soufre en vapeur n’est pas comme les autres corps volatils dont les parcelles s insinuent, sans y demeurer qu’à peine, et sans y laisser par conséquent qu’uue légère impression. Les parties essentielles du soufre ont, pour ainsi dire, quelque chose de tenace ; en même temps qu’elles s’insinuent dans nos tissus, elles s’y arrêtent pendant quelque temps et y laissent une impression profonde et durable. Cela était nécessaire pour que le peu d’action, je dirais même l’inertie,
SOUFME.
de certaines glandes et des follicules sébacés pût la sentir. Aussi le soufre serat-il toujours un excellent moyen curatif des phlogoses de ces tissus.
Tel est le cas de plusieurs maladies chroniques de la peau , connues sous la dénomination d 'impétigo. Nous possédons assez de faits et de données pour prouver que le siège de ces affections est spécialement dans les organes sécréteurs de la matière onctueuse de la peau, et que leur nature consiste dans une phlogose lente de ces mêmes organes, et que les différentes altérations dont leur sécrétion est susceptible , et les lésions que cette matière détermine dans les tissus contigus , sont la cause des apparences multiples de toutes ces maladies.
Enfin , en admettant notre opinion que l’épiderme et la crasse de la tête ne sont qu’une sécrétion des follicules sébacés , laquelle s’épaissit à l’air , et forme un véritable vernis sur la peau, on comprendra aisément les faits suivants.
( Note de M. Mojon.) La structure bien connue de l’épiderme ne nous permet pas de partager ici l’opinion de l’auteur qui regarde cette pellicule comme une simple couche de vernis épaissi à l’air. Le fœtus , encore plongé dans la liqueur amniotique, n’offre-t-il pas déjà l’épiderme tout formé? Si l’on enlève avec soin un lambeau d’épiderme , il présente au microscope une texture particulière qui varie beaucoup selon la région à laquelle il appartient. On voit clairement qu’il n’est pas le simple résultat d’une humeur épaissie. Son importance bien reconnue dans les fonctions d’absorption et d’exhalation ne permet pas de le regarder comme une matière morte. « Les moyens parfaits d’a- « nalyse que présente la science ont dé- » montré, dit le docteur Gluge, que les » tissus réputés sans aucune structure , » tels que l’épiderme, en possèdent une » qui est assez composée, et qu’ils se re- » produisent cependant avec une rapi- )> dite merveilleuse. » Alibert s’exprime ainsi dans sa Monographie des dermatoses (page 20) : « Malgré l’opinion reçue, » on peut assurer que l’épiderme n’est » point un corps inorganique ; il admet » certains fluides, il en repousse d’autres; » il a donc une vitalité qui lui est propre : » l’épiderme est d’ailleurs sujet à des al- » téralions morbides qu’on peut corriger »> par certains moyens thérapeutiques, u il se nourrit , il se régénère, etc, »
Si l’épiderme n’était que le simple produit d’une humeur épaissie analogue à une couche de vernis, comment se faitil que chez un grand nombre d’individus la plante des pieds et la paume des mains suent très-copieusement, quoique ces parties soient précisément celles ou l’épiderme est le plus épais? Valentin, ayant observé la couche épidermique des batraciens , a trouvé qu’elle est formée d’un tissu à cellules hexagones renfermant chacune un petit globule blanchâtre. Ces globules peuvent être séparés des cellules par une légère compression. Celle couche épidermique, dit-il, qui se détache plusieurs fois de l’animal se reproduit rapidement , toujours sur une forme organique à cellules hexagones.
Gluge, qui a étendu ces mêmes recherches sur les oiseaux, les quadrupèdes et les poissons , a trouvé une semblable structure à la surface nue de leur corps.
« Comme l’épiderme m’offrit, dit-il, une » structure analogue dans trois classes » des animaux vertébrés , j’ai cru qu’il » serait de quelque intérêt d’étendre » l’examen microscopique sur quelques » animaux inférieurs, et en effet l’épi- » derme y offre souvent une semblable » disposition. »
On lit dans un mémoire , que le docteur lierle vient d’adresser à la Société médico - chirurgicale de Berlin , que le tissu épidermique se compose de cellules nombreuses plus ou moins superposées, renfermant chacune dans son intérieur un noyau orbiculaire ovoïde ou aplati , et remarquable en outre par un ou deux points qu’on y distingue. Ces cellules diffèrent les unes des autres par leur forme, leur densité, et le lieu qu’elles occupent. « C’est un fait avéré, dit- il, «que l’épiderme, en se renouvelant, » se dépouille constamment de petites » lamelles semblables à du son; ces la- » nielles ne sont autre chose que des vé- » sicules épidermoïdes desséchées , mais » qui ont été douées sur le corps de l’a- » niraal d’une vitalité très- prononcée. » . — MM. Roussel et Brescliet ont reconnu dans l’épiderme de la baleine franche deux couches , L’une formée de feuillets parallèles au plan du derme, l’autre composée de fibres droites perpendiculairement placées entre le derme et la couche extérieure. — On pourrait dire que l’épiderme n’est pas organisé, parce qu’il est purement formé, du moins en apparence, de matière cornée ; mais les dents des cétacés et des oruithoringues, les
plumes et le bec des oiseaux, etc., ne sont - ils pas aussi formés d’une substance cornée? Qui oserait nier a toutes ces parties une texture organique? Le professeur Rolando , dans son mémoire sur le passage des fluides à l’état de solides , s’explique de la manière suivante sur ce sujet. « Se si esaminano le unghie » de’ volatili ed il loro bccco, dall’ottavo » al dodicesimo giorno delle vazione dcl wpulcino, vi si vede una distinta arte- » ria , delle vene corrispondenti ed un » numéro gradissimo di vasi capillari » clie fanno reticclle sotlilissime e per » cui scorrc il sangue d’un bel rosso, etc.» — IN'ous ne finirions pas, si nous voulions rapporter ici tous les passages des anatomistes du jour , pour montrer que l’épiderme est le résultat d’une opération organique et nutritive, que son tissu varie suivant les parties qu’il recouvre; qu’il jouit de propriétés vitales , et qu’il subit les mêmes modifications que les autres organes aux différentes époques de la vie.
Il est facile de comprendre qu’une fois augmentée, l’énergie sécrétoire de ces follicules dermiques puisse produire des quantités considérables de la matière croûteuse, spécialement sur la lête où ces cryptes se trouvent en très - grand nombre. Si cet état, si celte condition des follicules est pathologique et durable , on aura une dartre furfuracée; à un plus haut degré , on aura la dartre squammeuse; et, au-delà, on aura la dartre croûteuse. Jusqu’ici , on ne voit que des modifications diverses d’une sécrétion augmentée et morbide, qui envahit la surface cutanée, et l’altère. Sans que la dartre guérisse , ces croules ou écailles farineuses tombent, et la peau ne présente alors qu’une rougeur pâle , analogue à celle d’une plaie de vésicatoire prêle à guérir. Mais la sécrétion morbide continue , et l'apparence erpétique se renouvelle , précisément parce que les follicules sont encore enflammées. — Les cryptes folliculeux enflammés ne donnent pas seulement un suc huileux en plus grande quantité , mais aussi ce suc plus élaboré est aigre ; ou bien , après son excrétion , il s’altère et acquiert des qualités irritantes capables d'occasionner des altérations successives à la peau qu’il touche et sur laquelle il séjourne. De là l’origine de la dartre pustuleuse, phlycténoïde , érythémateuse, rongeante, etc. Quanta la condition
pathologique des cryptes folliculeux, elle peut varier suivant le degré et l’ancienneté de la phlogose, et elle peut se compliquer de mille manières par l’altération consécutive du tissu propre de la peau. — La lèpre et l’éléplian tiasis ne paraissent différer des autres dartres que par le degré plus élevé de l’affeclion des follicules. La teigne aussi est une espèce de dartre dont la source est dans les follicules du cuir chevelu de la tête. Les autres régions pourvues de poil y sont également sujettes , mais là le mal est connu sous d’autres dénominations. Les diverses espèces de teigne désignées par les noms de teignes muqueuse, faveuse, furfuracée, amyantacée , s’expliquent de la même manière. De sorte qu’on pourrait comprendre ces différentes affections dans les dermo-adénites chroniques, ou inflammations chroniques des follicules cutanés. — Cette explication n’empêche pas d’admettre dans ces maladies un fond spécifique, un principe sut generis , lequel probablement est le produit de cette même dermo - adénite , et devient, à son tour, producteur de nouvelles affections semblables, sur des parties saines. Tel est le cas des impétigos contagieux , et notamment de la gule.
( Noie de M. Mojon.) L’opinion généralement adoptée est que les dartres contagieuses et autres affections sont dues à la présence de petits parasites. Je ne puis adopter l’opinion de M. Giacomini, qui regarde la dermo adénite comme la cause productrice ou occasionnelle de la maladie. Depuis les expériences qu’on a faites sur l’inoculation de la gale, il n’est plus permis de mettre en doule que l’acarus ne soit la seule cause déterminante de la gale.
Je ne m’occuperai pas de la question de savoir si ce fond spécifique, sui generïs, est vivant, et si l’acarus, qu’on a trouvé dans les pustules de la gale, est la cause première cl efficiente de cette affection. Nous sommes portés à croire que l’acarus est le produit de la pustule, tout comme les pous sont le résultat de la crasse de la lête dans la teigne, et les vers dans les plaies sordides, etc.
( Note de M. Mojon.) La génération spontanée ne. saurait être admise que pour les êtres d’une organisation excessivement simple, tels que les petits globules vivants que nous voyons au microscope dans certains liquides, et qu’on appelle
monades , infusoires , etc. On n’aperçoit clans ces êtres que le rudiment d’une organisation primitive ; mais l’acarus , le pou, ne pourraient certainement pas être regardés comme le simple résultat d’une décomposition ou altération de nos tissus ou de nos fluides. 11 y a dans la structure de ces insectes une telle complication d’organes qui ne permet pas de leur refuser une origine par germe , par fécondation ; en effet l’ovule des pous est assez volumineux pour être même constaté à l’œil nu. Ces animaux se trouvent dans une classe bien plus élevée que les corpuscules monadaires provenant probablement de la putréfaction de nos tissus. — Il est bien plus rationnel d’admettre que certains principes contagieux sont des êtres vivants , s'insinuant dans notre économie, s’y développant , s’y multipliant et altérant plus ou moins les solides et les fluides. C’est désormais un point d’étiologie sur lequel les pathologistes doivent être parfaitement d’accord. Les expériences entreprises par Kœler, à Berlin, pour constater si l’acarus de la gale était la cause ou l’efl’et de la gale , ont donné pour résultat qu’il en était constamment la cause première; ce qui est tout-à-fait conforme aux observations faites par le docteur Gros à l’hospice Saint -Louis, sous les yeux des docteurs Biett, Aliberl et autres. De sorte qu’on ne peut plus mettre en doute que la gale n’ait pour cause unique la présence d’un sarcopte particulier qui s’est insinué et niché dans le tissu épidermique.
Mais quel que soit l’élément morbide, spécifique, parasite, fixé dans les glandes , l’effet matériel qu’il produit est toujours inflammatoire, et la partie dynamique de l’affection n’en est pas moins hypersthénique. C’est pour cela que les remèdes hyposthénisanls vasculaires qui ont une action permanente et profonde, tels que la douce amère, la salsepareille, et notamment le soufre , jouissent de la confiance des praticiens dans le traitement de ces maladies. On ne parvient pas toujours , il est vrai , à les vaincre, car d’ordinaire elles sont tenaces et trèsinvétérées. Chaque crypte sébacé est déjà malade bien avant que la darlre ne se montre. Et c’est à cela, et plus encore dans le peu de vitalité de la peau affectée , que tient la cause de la longueur qu’exige son traitement définitif. Lu gale pourtant cède assez promptement au sou-
fre; aussi est il de tous les remèdes celui qui a obtenu la préférence, non -seulement parce qu’il détruit l’insecte contenu dansfclesjpuslules, et par son innocuité sur la constitution, mais aussi parce qu’il est un hy poslhénisant vasculaire. — Plusieurs affections, telles que l’asthme, la toux, la dyspnée, la leucorrhée, l’épilepsie , le dépérissement , succèdent à la gale mal soignée. On croit assez généralement que ces maladies sont le résultat de la gale rentrée, aussi les traite-t-on à l’aide du soufre. Bien de plus rationnel qu’une telle pratique, mais, au lieu vie regarder ces affections comme le produit d’une gale rentrée, nous les considérons comme l’effet de la gale encore en action quoique non apparente à l’extérieur.
( Noie de M. Mojon .) Notre avis rst que, soit par l’altération profonde que la gale occasionne, soit à cause de son traitement local, la peau altérée, devenant imperméable, ne permet plus la transpiration; alors les humeurs, qui devaient être éliminées par celte voie, se dir:— gent vers d’autres parties et donnent lieu à des affections catarrhales , à l’œdème, à la diarrhée , etc. Ce n’est donc pas , selon nous, ni la permanence de l’élément producteur de la gale dans le derme, ni cet élément lui -même rentré qui occasionne ces maladies secondaires, mais, tout simplement, le résultat de la suppression d’une fonction organique, normale, essentielle à la santé, la transpiration. Chaque fonction pour s’accomplir réclame le concours d’autres fonctions, et l’une d’elles ne peut s’altérer sans que les autres ne s’en ressentent. Elles se prêtent mutuellement secours, et, si l’action propre de la peau vient à cesser ou à être altérée, il est tout simple que quelque autre fonction s’en ressente.
Comme follicules cutanés, les cryptes muqueux et autres glandes des parties internes sont susceptibles de contracter des maladies. Ces organes offrent nécessairement des phénomènes morbides différents, selon les fonctions auxquelles ils sont destinés. Cela a spécialement lieu lorsqu’on traite la gale par les pommades et qu’on suspend le traitement aussitôt que l’éruption a disparu; il peut arriver alors que quelque atome du mal demeure çà et là dans 1 intérieur, et donne lieu à des symptômes plus ou moins obscurs. Cette réflexion suffit, je présume , pour mettre le praticien en garde et continuer les préparations ds
SOUFRB.
soufre pour déraciner complètement tout résidu caché de la maladie, d'autant plus que, dans les maladies en question, ce remède pourrait être utile comme liyposthénisant, même dans le cas où les phénomènes seraient indépendants de l’affection dermique.
§ VII. Action mécanique . — Trèssouvent l’estomac ne supporte pas celle substance à cause de son insolubilité dans les humeurs animales. Son assimilation ne se fait que petit à petit , à mesure que le calorique animal en dégage les particules volatiles. Le soufre a en outre des propriétés irritantes mécaniques lorsqu’on l’applique par friction; mêlé à la graisse, il rougit la peau et il donne lieu quelquefois à de petites pustules.— Nous comptons au nombre des effets mécaniques du soufre sa vertu vermifuge, vertu qui dépend soit de ses émanations, soit de quelqu’aulre propriété. Effectivement, Rave (93) et autres le prescrivent dans les cas de vermination ; Garnet (94) et Schnuhr (95) le recommandent aussi contre le ténia.
— Parmi les dentifrices les plus estimés, Pierquin indique aussi le soufre (9G); nous ne saurions dire quelle place lui conviendrait parmi eux , mais bien certainement il est préférable «à la coraline. — La vapeur de soufre était estimée parmi les anciens comme le plus sur désinfectant. La chimie moderne cependant lui ayant substitué d'autres substances plus puissantes, il est tombé dans l'oubli sous ce rapport.
On prescrit le soufre par la bouche ou par la peau. Dans le premier cas la préparation la plus légère c’est l'eau , dans laquelle on aurait mis à cuire du soufre. Bien qu’insoluble dans l’eau, la décoction de soufre se charge de quelques parcelles de ce corps et d’acide sulfureux. 11 faut pourtant qu’il soit dans une certaine quantité, savoir : de trois décagrammes (une once pour chaque demikilogramme d'eau). — La meilleure et la plus simple formule pour l’administration intérieure, c’est la poudre. On emploie pour cela le soufre sublimé et lavé.
(93) Beobacht. u. Scbluss. a. d. praktlsch. Arn., ‘2 Bd., p. 149.
(94) Richter, Cliir. biblioth., 15 Bd., p. 72.
(93) Itust's Magaz., 18 Bd., p. 118 (90) Mémorial pharmaceutique.
Il faut pourtant le combiner ^ quelqu’autre substance qui le masque. On se sert communément pour cet effet du sucre ou de la crème de tartre; on l’incorpore aussi dans des extraits. — La dose ordinaire est de cinquante à quatre-vingts centigrammes (dix à dix-huit grains) et plus par jour. — On connaît plusieurs manières de l’appliquer à l’extérieur. On a obtenu de bons effets du soufre en masse ou en bâtons, appliqué sur l’une ou l’autre partie du corps, ou placé dans le lit dans le but de le laisser volatiliser par la chaleur et d’en permettre ainsi l’absorption. On croyait anciennement qu’il suffisait d’en avoir sur soi pour se préserver de plusieurs maladies, et peutêtre en tirait-on quelque avantage. Ou sait que Brachet (97) et Chaussier (98) ont guéri la gale en saupoudrant avec quatre ou huit grammes (un à deux gros) de fleurs de soufre, pendant trois ou quatre semaines, le lit des individus qui en étaient atteints. Si cette manière de traiter la gale est un peu longue, elle est pourtant innocente, et nous croyons qu’elle n’est pas à dédaigner. — Les vapeurs de soufre ont été employées par Ballard et Richerand avec succès. Personne n’ignore les effets étonnants des bains thermaux sulfureux. Le moyen le plus efficace d’obtenir un bon effet du soufre, c'est de plonger le malade dans le gaz acide sulfureux. Dans ce cas , il faut prendre garde que ce gaz étant suffocant, ne nuise à la respiration. Galès , de Carro , Assalini et autres ont pourvu à cela, moyennant certains appareils particuliers; une région et même tout le corps peut être soumis à l’action de ce gaz sans qu’il puisse nuire à l’appareil de la respiration. Pour se servir de la machine ou boîte à la vapeur sulfureuse, il faut avoir plusieurs précautions, soit dans le choix des malades, soit dans la durée du séjour dans ce bain à vapeur, soit dans la dose du soufre en combustion, soit enfin dans le degré de la chaleur; car, si elle dépasse certaines limites, la température animale agit comme un stimulant et par conséquent en sens diamétralement opposé du soufre. De sorte que je ne sais pas si, au milieu des différentes espèces de machines à vapeurs sulfureuses imaginées jusqu’à
(97) Journal général de médecine, t. ixxvn, p. 315.
(98) Ibid-, p. 325.
ce jour, on est encore parvenu à trouver le moyen très-important de ne pas élever la température de la caisse audelà des vingt-cinq degrés du thermomètre de Réaumur. Si l’on pouvait obtenir l'évaporation du soufre à ce degré de chaleur, on pourrait y laisser exposé le malade quinze, vingt, et môme trente et quarante minutes sans aucune crainte. — Il nous reste encore à parler des onguents de soufre. Les pharmacopées offrent un grand nombre de formules.
Tous ces onguents sont composés avec des doses différentes de soufre et avec diverses autres substances pour en augmenter l’efficacité et pour en masquer l’odeur désagréable. Le vitriol blanc , la racine de veratrum blanc , le sel ammoniac, le savon, le carbonate de potasse, la nicotiane , le camphre; tels sont les auxiliaires les plus employés. L’huile de bergamolte ou de cèdre et l’eau de roses en sont les correctifs. — Quant au choix des proportions et des ingrédients, il faut avoir egard au degré et à la durée de la maladie, non moins qu’à la constitution de l’individu. S'il est question d’une gale récente et légère, on peut la traiter simplement avec les frictions d’un onguent composé d’une partie de soufre et trois parties de graisse ou à parties égales. On ne doit pas cesser de pratiquer les frictions aussitôt la gale dissipée ; dans le cas où elle est devenue générale , il ne conviendrait pas de se fier entièrement aux frictions seules, il serait prudent d’administrer aussi le soufre à l’intérieur. — On fait ordinairement les frictions près des articulations où l’éruption parait plus abondanle. On aide l’effet de ces frictions par la chaleur artificielle. La quantité de l’onguent qu’on doit employer chaque fois varie selon l’extension de la surface galeuse , ordinairement trois à quatre grammes suffisent (un gros).
Formules-modèles.
1° Foudre .
2J. Fleurs de soufre lavées, trente centigrammes (six grains).
Crème de tartre, soixante centigrammes
(douze grains). M.
Préparez six doses pareilles.
A prendre dans un peu d’eau sucrée un paquet chaque quaire heures.
2° Pastilles.
2J. Fleurs de soufre , douze grammes (trois gros).
Sucre en poudre, seize grammes (quatre gros).
Mucilage de gomme arabique, q. s. pour en faire soixante-douze pastilles.
A prendre une toutes les deux heures.
3U Onguent pour la gale.
2| Fleurs de soufre , douze grammes (trois gros).
Graisse de porc préparée, trente grammes (une once).
Mêlez exactement.
Pour friction.
4° Autre onguent.
2j. Graisse de porc récente, trente grammes (une once).
Soufre sublimé et lavé, deux grammes (demi-gros).
Hydrochlorate d’ammoniaque , deux grammes (demi gros).
Sulfate d’alumine, deux grammes (demi gros).
Mêlez et fuites onguent s. a.
On l’emploie en friction.
5° Pommade contre la teigne.
2j. Soufre sublimé , soixante grammes (deux onces).
Charbon en poudre très -fine, treule grammes (une once).
Axonge, cent cinquante grammes (cinq onces).
Après avoir mis sur la tète du malade un calaplasme émollient afin de ramollir et détacher les croûtes, on enduit avec celle pommade les endroits ulcérés et découverts.