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FOIE DE SOUFRE

(II 'par sulphuris).

§ Ier. Caractères physiques. — Parmi les différentes préparations de soufre, la seule sur laquelle je crois devoir ici appeler l’allention , est le foie de soufre, ou sulfure de potasse, proto sulfure de potassium. Récemment préparé, il offre une couleur jaune obscure. S’il est bien sec, il n’a p^s d’odeur; il suffit cepen-

liant d’un peu d'humidité dans l’air , pouf lui communiquer une certaine odeur désagréable. Il est très-fragile, sa saveur est amère et très-désagréable.

§ II. Notions chimiques. — L’eau le dissout parfaitement lorsque sa quantité est le double de la substance. Cela a également lieu dans l’alcool. L’air l’altère avec le temps, et le réduit en sulfite sulfuré de potasse , et rend sa couleur d’un blanc grisâtre.

§ III. Effets chez les animaux. — Que le sulfure de potasse soit doué de plus d’énergie que le soufre, la chose n'est point douteuse. Orlila , en ayant donné à des chiens quelques grammes, a observé que ces animaux périssaient; une dose beaucoup moindre qu’on injecte dans les veines produit le même effet.

Orlila attribue la mort à l’influence de la substance sur le système nerveux.

§ IV. Effets chez l'homme bien portant. — La plus grande énergie du sulfate de potasse, comparativement à celle du soufre, s’observe aussi lorsqu’on l’administre chez l’homme bien portant. On connaît trois exemples d’empoisonnement par le sulfate de potasse, dont l’un a été mortel (100). Il est inutile de rechercher si les praticiens français qui les ont observés en attribuent les elfels à l’irritation de l’estomac, car cela est immanquable dans leur manière de voir.

L’irritation a probablement existé, mais ils lui attribuent le rôle principal, tandis qu'au fond son rôle est le moindre dans l’empoisonnement. Il est en conséquence superflu de nous arrêter sur les moyens qu’ils proposent pour le combattre, les adoucissants et les anti-phlogistiques , puisqu’il nous serait facile de démontrer encore ici que celte médication a aggravé la maladie. Pour nous, il suffira de nous assurer que les effets de celte préparation sont pareils à ceux du soufre, et par conséquent hyposthénisants. Un auteur allemand, qui ne pouvait se rendre à celte dernière observation , fit des expériences, et a été obligé de reconnaître que le foie de soufre, loin d’exciter ou d’échauffer, diminue la fréquence et la dureté du pouls (1).

§ Y. Effets dans les maladies. — On trouve dans les auteurs les mêmes indi-

(100) Journal général de médecine, t. lxvi, p. 346, et t. en, p. 187.

(1) Ocb. d. Wirk. d. Schwefell. in d.

Haut. Br., etc. Halle, 1815.

Giacomini.

cations thérapeutiques pour le foie de soufre que pour le soufre lui-même. Des autorités non moins respectables le conseillent contre les maladies sordides de la peau, contre la teigne, contre les herpès et la gale. Jadelotl’a employé avec avantage sur 1139 enfants galeux (2). Nous ne parlons pas d’un grand nombre d’auteurs respectables qui le conseillent contre la lèpre et l’éléphantiase. Dans les phlogoses chroniques du système lymphatique, dans les engorgements glanduleux, dans la scrofule , le foie de soufre a été beaucoup vanté (3). Hoffmann le regardait comme un excellent moyen contre les engorgements abdominaux, et, parmi les modernes, plusieurs regardent les eaux dites hépatiques comme très-salutaires dans les dyspepsies, l’hypochondriase, les hépatites lentes et autres maladies analogues. Les bains sulfureux ont été également recommandés contre le rhumatisme chronique, la raideur des membres , leur paralysie , et même contre l'asthme, par "Willis (4).

D’autres ont préconisé le même moyen contre le catarrhe de poitrine et autres affections chroniques du poumon. Contre le catarrhe vésical, ce remède a donné aussi de bons résultats (5). Garnell prétend avoir guéri à son aide plusieui s cas de phthisie pulmonaire (G). Le même cas a été affirmé par Stcgman (7), et dernièrement aussi par Franchi (8).

Lorsque Napoléon fit proposer un prix sur le croup, un des concurrents s’est efforcé de prouver que le meilleur remède en était le foie desoufie (9). Déjà Hallé, Leroux et Gallet l’avaient trouvé utile contre cette maladie. Un grand nombre d’autres, ensuite, l’expérimentèrent, et en confirmèrent les excellents effets (10). Dans beaucoup de cas cepen-

(2) Bulletin de la Faculté de médecine, févr. 1813.

(3) Mérat et Delens, Dicl., etc., t. vi,

(4) Mérat, ibid.

(5) Chaussier, Lesage, Bibl., vol. xiv, p. 68.

(6) Duncan , Med. comment. , vol. x, dec. ii, p. 568.

(7) llorn’s Arcli. f. med. Erfahr., 1825, nov. u. dec., p. 514.

(8) Osserv. med. d. Nap., mars 1832.

(9) Double, Rapport adressé au ministre de l'intérieur, 1812.

(10) Journal général de médecine, t. xitii, p. 216.

tlant, il a été trouvé inefficace par d’autres. La coqueluche, qui a quelque analogie avec le croup, a élé également attaquée à l’aide du même moyen , et avantageusement par Double, par Wesener (11) el par Iiirize (12). Toutes ces maladies, traitées heureusement de la sorte, démontrent la vertu hyposthénisante du foie de soufre. Bischoff confirme celle conséquence par les bons effets qu'il en retire dans le traitement de la bronchite, a p rès la saignée ( 13). Senff le confirme pareillement, en disant que le foie de soufre a été expérimenté par lui connue le meilleur sédatif dans le traitement des maladies inflammatoires aiguës, telles que la péritonite, l’entérite, l’hydrocéphale el la pneumonie (1 4).

Nous devrions enfin dire un mot du singulier précepte qu’on enseigne dans plusieurs écoles , de traiter avec le sulfure de potasse les empoisonnements produit-: par des substances métalliques en général, sans en exclure l’arsenic. Ce Sujet est trop grave pour le traiter légèrement, nous en parlerons en temps et lieu. Nous verrons aussi, en traitant du mercure, s’il est vrai que la salivation qu’on observe quelquefois à la suite des bains sulfureux puisse en aucune manière servir à établir que l’affection dermique est plutôt syphilitique que d’autre nature.

§ VI. Appréciation de l'action du remède. — Les mêmes faits, les mêmes raisonnements, les mêmes conséquences déduites dans l’étude du soufre sont applicables ici. Seulement l’action du sulfure de potasse est plus prompte et plus ■vive, parce que ce composé est plus soluble dans les liquides animaux. Nous sommes contents de voir que le docteur Senff le considère comme nous , c’està-dire un remède anti -phlogistique.

Schwarlse a avancé la même idée d’après ses propres observations (15). Ricbter a aussi souteuu que ce remède n’était point

(tl) Ilufeland’s Journ., 58 Bd., 3 st., p. 86.

(12) Ibid., 41 Bd., in st., p. 75.

(13) Grundsalz z. Erkennt. u. Behandl. d. Fieb. u. Enlz. Wien., 1830, p. 490.

(14) Ueb. die Wirkung. d. Scbwefel.

in d. Haut. Br. u. and Krankli. Halle,

115) Fharmacolog. tabellen. Leipz., J835, p. 857.

SOtrRE.

excitant, et Vogt le prescrivait aux sujets pléthoriques afin d’affaiblir la force du système circulatoire (16).

§ VII. Action mécanique. — Herbenstadt a établi , el la raison chimique le confirme, que la faculté irritante de ce composé est variable selon les proportions du soufre eide la potasse, de sorte que celte action est presque nulle si l’alcali est loul-à-fait saturé de soufre, et qu’elle est d’autant plus prononcée que la potasse prédomine. C’est donc à la potasse qu’on doit l’action irritante. Il y a cependant de l’exagération à ce sujet, l’action irritative du foie de soufre étant moins prononcée pour l’estoinac, qu’on ne le dit communément. Il est bon seulement de s'abstenir de son emploi dans les cas de gastrite aiguë, et de le donner, dans les autres cas, délayé dans beaucoup d’eau.

§ V 111. Mode d'administration. — Pour mieux masquer l'odeur et la saveur du foie de soufre, il faut le donner en pilules couvertes d’une feuille d’argent el conserver ces dernières dans un vase bien clos. Quelques personnes ont pour usage de renfermer chaque pilule dans une petite fiole à part, mais cela n’est pas nécessaire. Si l'on préfère la forme liquide, l’émulsion est ce qu’il y a de plus convenable. La dose est de 25 à 50 centigrammes (5 à 10 grains) toutes les trois ou quatre heures.

Extérieurement on peut l’employer sous forme d’onguent ou d’emplâtre, en l’unissant avec le savon. Les onguents pour la gale faits avec le foie de soufre sont plus actifs, mais leur odeur désagréable les fait rejeter. On préfère les eaux sulfureuses artificielles ou naturelles, pour lolions ou bains. Le gaz hydrogène sulfuré est la partie active de ces eaux. On en fait des fomentations sur les parties malades à l’aide de linges ou d’éponges, l’eau étant tiède; les pustules de la gale ou les croûtes dartreu-es disparaissent et la peau se déterge. On peut préparer cette eau avec 30 grammes (1 once) de sulfure de potasse qu’on fait dissoudre dans un demi - kilogramme d’eau, et 8 grammes (2 gros) d'acide sulfurique qu’on fait dissoudre à part dans un autre demi-kilogramme d’eau • on verse alors le tout dans 50 kilogrammes d’eau échauffée à une température convenable. Ce mélange peut servir aussi

(16) Ausführ. Arzn., 3 Bd., p. 391.

pour bain; on peut le rendre plus ou moins actif, à volonté.

Formules-modèles .

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