‹ Encyclopédie des sciences médicalesChapitre 77 sur 168 · FOIE DE SOUFRE · texte numérisé non relu

FOIE DE SOUFRE

action dynamique de leur action physicochimique, et leur action primitive de leur action secondaire. Les mêmes principes qui nous dirigent dans l’administration des autres remèdes doivent donc nous guider aussi dans la prescription de celles-ci. Nous verrons en temps et lieu les immenses secours que la thérapeutique peut retirer des différentes espèces d’eaux minérales. Occupons-nous pour le moment des eaux sulfureuses.

L’action principale de ces eaux, ainsi que de leur fange, est donc due au soufre qu’elles renferment sous forme d’acide sulfureux ou d’hydrogène sulfuré. Elle est la même dans tous les cas, même lorsque l’acide sulfureux ou hydrosulfurique se trouve combiné à quelque base.

Ces bases sont ordinairement douces, de vertu analogue à celle du soufre , et si leur vertu est diverse, cela ne suffit pas pour détruire celle du principe dominant. En conséquence, la faculté hyposthénisante vasculaire que nous avons reconnue dans le soufre et dans ses préparations se rencontre également dans les eaux et les boues sulfureuses, lesquelles portent aussi leur effet d'une manière durable sur les tissus glandulaires. Aussi les phlogoses lentes des glandes dont nous avons parlé précédemment peuvent être heureusement combattues à l’aide de ces moyens , même lorsqu’elles sont trèsopiniâtres.

Les eaux sulfureuses froides , se prescrivent ordinairement en boisson à la dose de quelques livres par jour, plus ou moins , selon le degré de leur efficacité. Cette prescription n’offre rien de particulier, si ce n’est l’odeur ingrate, désagréable du liquide , et les précautions qu'il faut prendre pour empêcher la déperdition du gaz hydrogène sulfuré. La source la plus renommée et qui est réellement la plus efficace dans celte partie de l’Italie est celle de Costa d’Arquâ (17); il est regrettable que les médecins n’en fassent pas plus d’usage. — Les eaux sulfureuses thermales s’emploient en bain ou en fomentation. On ne doit pas oublier dans leur usage l’influence du calorique. On tomberait dans une grande erreur si l’on s'imaginait que le calorique agit comme les principes minéraux de l’eau et qu’il augmente son action.

Sans doute que, comme agent mécanique,

(17) V. Notizie întorna ail’ acq. solfar. rainer, eugan. Padova, 1830.

résolutif, le calorique a une action réelle et salutaire d ois l’usage des fanges chaudes; il peut aussi devenir très-utile en facilitant la voie d’introduction des principes actifs du liquide; mais il ne faut pas oublier qu’il est stimulant , surstimulant même, s’il dépasse les limites de la température du sang. Dans ce cas, ses effets sont diamétralement opposés à ceux de l’eau sulfureuse. L’organisme en ressentira plus ou moins les effets , selon qu’il se trouve prédisposé de telle ou telle manière. Si le malade est atteint d’inflammation chronique locale et que l’ensemble de la constitution offre de la tolérance, c’est-à-dire |>eu de susceptibilité à réagir, les fomentations de fanges chaudes sont supportées avec avantage, meme lorsque leur température est trèsélevée ; il en résulte quelquefois de la transpiration qui compense l’espèce d’orgasme que la constitution avait pu éprouver de l'action du calorique; l’absorption des principes sulfureux s’effectuant détermine des effets durables, tandis que ceux du calorique sont très-fugaces.

Mais si l’individu était très-prédisposé aux réactions pléthoriques et par conséquent intolérant à l’action des hyperslhénisants, que sa circulation s’accélérât, sc troublât facilement, le calorique peut déterminer des effets durables, de la fièvre, neutraliser et même surpasser l’action opposée des principes sulfureux. Quelquefois l’apoplexie a été la conséquence de cet effet. On aurait par conséquent grand tort de mettre ces résultats sur le compte des fanges thermales sulfureuses , puisqu’ils appartiennent uniquement au calorique excessif; c’est comme si le malade s’était exposé à une forte insolation, renfermé dans une étuve échauffée jusqu’à l’ustion. Qu'on en accuse plutôt les médecins qui prescrivent des moyens dont ils n’ont pas étudié les véritables effets, qu’ils emploient en aveugles , et qu’ils accusent souvent à tort d’effets qui lui sont étrangers. La susceptibilité de l’organisme aux réactions, sa prédisposition aux phlogoses , l’existence même d’une inflammation ne contrc-indiquent point l'usage des eaux sulfureuses thermales, pourvu que leur température ne soit pas au-dessus de celle du corps. Dans ces occurrences, les bains thermaux et les fomentations fangeuses, s’ils sont indiqués, ne doivent être prescrits qu’à la température de 25, ou tout au plus 27 degrés Réaumur. Si l’on dépassait 32 degrés on s’exposerait à

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des accidents véritables. Les médecins ont donc tort d’engager les malades à prendre les bains en question aussi chauds que possible. On détruit par là une partie des bons effets dynamiques des principes sulfureux et minéraux, le calorique tendant à les paralyser.

Si au contraire la température des bains et des fanges est de beaucoup inférieure à celle du corps, ils entrent dans la catégorie îles agents froids. Leur action soustrait le calorique animal et ôte à l’organisme un de ses stimulus les plus puissants. Leur effet serait analogue à celui de la saignée , c’est-à-dire indirectement hyposthénisant. Dans ce cas, le défaut de calorique rend donc l’eau sulfureuse plus active, carie froid ajoute à l’effet hyposthénisant des principes sulfureux. Il faut noter néanmoins que par le manque de calorique le dégagement des principes sulfureux est moindre ainsi que leur quantité absorbée. Je reviendrai sur ce sujet. Je fais des vœux en attendant que les praticiens expérimentent les bains et fanges sulfureux froids, ils verront que leur efficacité est très-grande, quoique le dégagement des principes sulfureux ne soit pas considérable.

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(Secale cornutum.)

§ Tr. Caractères physiques . — La graine du seigle commun qui vient dans les endroits bas , humides, et couverts de brouillards, contracte une altération particulière qui la fait gonfler et lui fait acquérir une longueur cinq à six fois plus grande que la longueur naturelle; elle prend une forme arquée et une couleur d’un gris violet. La graine, ainsi altérée, prend le nom de seigle ergoté. Elle surnage dans l’eau , est cassante , offre un parenchyme d’un blanc grisâtre terne.

Réduite en farine, elle prend une couleur bleuâtre et cxhile une odeur vireuse : sa saveur est un peu âcre-styptique. — Le seigle, parvenu à cet état d’altération, acquiert des qualités délétères. Nous n’examinerons pas la question desavoir si l’ergotisme du seigle est dû à une espèce particulière de champignon du genre sclerolium , ainsi que le prétend le professeur de Cundolle, opinion renouvelée par le docteur Léveillé; ou à

ergoté. - 325

la présence d’un insecte microscopique admis par plusieurs autres naturalistes.

§ II. ISolions chimiques. — La chimie ne nous a pas encore fait connaître en quoi consiste le principe qui altère le seigle et qui lui donne une action si puissante sur l'économie animale. Vauquelin y a reconnu par l’analyse une matière colorante de couleur jaune fauve, soluble dans l’alcool; une autre de couleur violette, insoluble dans l’alcool; une matière huileuse, douceâtre; un acide fixe, indéterminé, qui est probablement de l’acide phosphorique , une substance putrescible; enfin de l’ammoniaque libre. L’analyse de Maas indique une substance végétale alcaline qu’il croit être de nature particulière. On n’a pas vérifié la présence de la morphine, de la nareoline , ni de l'acide hydrocyanique, que quelques chimistes ont supposé exister dans le seigle ergoté : Wigers, dans son analyse, qui a obtenu le prix de l’université de Gotti ligue, fait connaître une matière pulvérulente , rouge-brunâtre, d’une odeur particulière très-forte, laquelle, lorsqu’elle est échauffée , a un goût âcre, aromatique, amer, ni acide ni alcalin, soluble dans l’alcool, et qu’il nomme er go line (1). Pour s’assurer si cette substance renferme réellement en elle toute la vertu dynamique du remède, on a encore besoin de nouvelles analyses et d’expériences exactes.

§ III. Effets chez les animaux. — Tessier, pour bien s’assurer des effets du seigle ergoté , sacrifia un grand nombre d’animaux. — 1° A deux canards, mâle et femelle, il lit avaler du seigle ergoté à différentes doses répétées. Le cinquième jour, ils en avaient déjà pris trente-huit grammes ( une once deux gros); la femelle éprouva par les narines un écoulement d’un sang noir. Le sixième jour, la pointe de leur bec devint noirâtre ; la langue, d’abord pâle, tomba ensuite en sphacèle. Elle mourut entre le neuvième et le dixième jour, après en avoir pris cinquante-huit grammes. Chez le male , les phénomènes morbides lardèrent à se manifester jusqu’au huitième jour ; il ne mourut qu’entre le treizième et le quatorzième jour, et après avoir consommé soixante- huit grammes (deux onces deux gros) de seigle ergoté. Vers la

(1) Journal universel et hebdom., t# x, n» loi, p, 555»

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fin il traînait une aile, et il paraissait avoir des vertiges. — 2° Un dindon mangea du seigle ergoté mêlé à du son de blé jusqu'au septième jour, mais il fallut ensuite le lui faire avaler par force.

Après en avoir pris seize grammes ( demi-once), il eut de l’enflure dans un œil , ses narines se sont obstruées. Le quinzième jour il perdait ses plumes, éprouvait des vertiges, rendait de la sérosité jaunâtre par les narines, et il expira le vingt-troisième jour, après avoir pris en tout deux cent cinquante-six grammes de seigle ergoté (huit onces quatre gros). L’autopsie cadavérique fit voir les intestins et le gosier parsemés de granulations; la pituitaire d’une couleur foncée. — 3° On a donné à un jeune cochon de la farine de seigle mêlée à un peu de farine d’ergot : lorsqu’il en eut consommé cent trente-cinq grammes (quatre onces et demie), le douzième jour, il éprouva de la constipation; ses oreilles et ses pieds devinrent rouges; bientôt après l’oreille et la queue pendaient, et il maigrissait à vue d’œil. Ses jambes avaient pris une teinte violette , et perdu leur chaleur naturelle ; il semblait qu’il ne pouvait plus se soutenir sur ses membres ; il était comme étourdi. Le vingt-troisième jour, ayant déjà pris presque un kilogramme de seigle ergoté en tout, il eut des mouvements tétaniques, et il mourut. Son cadavre offrit çà et là des taches violettes et des engorgements. Le tube gastrique était phlogosé. — 4° Un autre cochon plus âgé, soumis à la même expérience, eut les yeux tuméfiés et larmoyants, éprouva des vertiges , de la peine à se tenir debout, et poussait des gémissements; il boitait spécialement des extrémités antérieures. A l’arlicu ation de la patte droite antérieure parurent deux plaies qui rendaient du pus épais. La queue devint froide. Après une courte trêve, tous ces symptômes reparurent , notamment la faiblesse des jambes et l’enflure des yeux. Cette alternative de calme et d’agitation augmentait ou diminuait selon la dose de la substance délétère. Enfin l’animal perdit la sensibilité , et ses muscles tombèrent dans un état de spliacèle. Il mourut après deux mois, ayant consommé onze kilogrammes de seigle ergoté. Vicq-d’Azyr, qui en fil l’autopsie cadavérique, a trouvé des taches violeltes par-ci par-là, des engorgements sanguins, et une sorte de décomposition générale. — 5° Un chien auquel il avait

administré la teinture alcoolique de seigle ergoté vomissait tout ce qu’on lui donnait, mais quelque temps après il la supportait très-bien (2). Il résulte des expériences faites en Amérique par Üslere et par d’antres, sur des vaches grosses, que le seigle ergoté rend l’accouchement (dus facile, et peut le provoquer à toute époque de la grossesse (3).

Si on voulait s’arrêter à ces effets du seigle ergoté, et surtout aux rougeurs, aux enflures, aux hémorrhagies, aux marques livides et au spliacèle , qu’on remarque par-ci par-là, on ne tarderait pas à le proclamer une substance irritante, phlogosanle, hy persthénisanle. On serait cependant dans l’erreur , car on prendrait pour phlogoscs ce qui n’est en réalité qu’une stagnation de sang ou un épanchement analogue à l’ecchymose; on jugerait pour gangrène ce qui n’est qu’une simple cessation de vie. Effectivement, le seigle ergoté, en diminuant l’énergie du système capillaire avant celle du cœur, détermine des épanchements sanguins de couleur livide, des gonflements plutôt froids que chauds, et tout cela vers les parties les plus éloignées du centre de la circulation. S’il s’agissait de phlogose, elle se fixerait certainement de préférence vers les parties centrales où l'énergie de la circulation est plus prononcée , et les phénomènes auraient un tout autre caractère. Dans l’espèce, il ne s’agit réellement que d’un véritable épanchement passif , dù à l'arrêt de la circulation. C’est cet épanchement qui produit à la peau la teinte violacée, noire , et qui la fait tomber par la suite en mortification. Il faut bien prendre garde de confondre la simple cessation de la vie d'un tissu avec la gangrène. Ce sont deux étals tout-à-fait différents. La gangrène reconnaît un certain nombre d’actions viial> s particulières, indépendantes jusqu’à un certain point des agents physico-chimiques, tandis que la putréfaction ou le spliacèle n’a rien a faire avec la vitalité ; elle dépend entièrement des forces physico-chimiques; tlle s'accomplit effectivement plus ou moins vite, suivant le degré des influences externes, telles que le calorique, l'humidité, etc. La gangrène, au con-

(2) Revue médicale, juillet 1832, p.

(3) The London medic. and phys.

journ., n. 5, t. vu, p. 84.

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traire , suit dans sa marche les lois de la vitalité sans que la condition atmosphérique y prenne grand’part. Quant à moi, j'affirme que les caractères morbides observés par Tessier n’indiquaient point une gangrène puisqu'il y manquait son odeur caractéristique; Tessier l’aurait bien sûrement indiqué s’il l'eût senti.

D'ailleurs cette mortification n’avait pas été précédée d’une violente inflammation. Comment une inflammation violente capable de produire la gangrène aurait-elle pu avoir lieu dans plusieurs endroits du corps sans la moindre fièvre? Et comment ces gangrènes partielles , répandues par-ci par-là, auraient-elles pu laisser vivre pendant plusieurs jours l’animal et lui permettre de continuer à prendre du seigle ergoté? Lorsqu’on a une connaissance exacte de la marche de la gangrène, on doit trouver nos raisons suffisantes pour exclure t oui- à - fait ici l’idée d’une gangrène inflammatoire, et pour admettre que la destruction des parties affectées par l’action du seigle n’était due qu'il l’arrêt de la circulation du sang, à l’hyposthénie des capillaires, à la mort enfin des régions les plus éloignées du cœur. La maladie, en effet, a été accompagnée de froid dans différentes parties du corps, froid progressif, de tremblement et faiblesse dans les membres, d’écoulement de sang noir par les narines, et enfin la mort est arrivée tranquillement et sans le moindre signe de cette agitation qui accompagne la phlogose avant-coureur de la gangrène.

Ce sont là autant de caractères propres à l'hyposthénie générale. JNous ne nous bornerons pourtant pas à ces données, pour fixer notre opinion sur l’action propre du seigle ergoté ; nous en avons d’autres plus directes.

§ IV. Effets chez l’homme bien portant. — L’occasion de connaître les effets du seigle ergoté sur l'homme en santé s’est présentée assez souvent sans qu’on l’ait cherchée. Des paysans qui avaient mangé du pain dans lequel était entrée une certaine quantité de seigle ergoté ont offert des phénomènes morbides particuliers connus sous le nom de gangrène sèche, et qui sont presque endémiques dans l’Orléanais et dans la Sologne. Les phénomènes les plus ordinaires et les plus constants de cette maladie sont : pesanteur à la tôle , avec vertiges, engourdissement, assoupissement; fourmillement dans les membres, contraction» spasmodiques et faiblesse

excessive dans tout le corps (1). Les nosologistes donnent à cet ensemble des symptômes le nom de raphania. Ils ne sont pas toujours les mêmes chez tous les individus , car tantôt il y a soif, chaleur à l’estomac, appétit dépravé, nausées, vomissement, douleur de ventre; tantôt engourdissement dans les doigts , perte de la voix, amaigrissement, froid dans les membres, flétrissure et jaunisse à la peau, syncopes: pouls faible et lent. Ce dernier symptôme, indiqué par Hennig et par d’autres (5) , s’accorde avec la faiblesse générale que tous les auteurs ont remarquée, et qui dénote l’état d’hyposthénie dans lequel se trouvent ces malheureux paysans. Les nourrices qui mangent de ce pain ergoté perdent entièrement le lait, et les temmes grosses avortent, ainsi que cela a été vérifié un grand nombre de lois, surtout par Courhaut et par d’autres (Gj). La gangrène des extrémités , que plusieurs auteurs attribuent à l’action du seigle ergoté qui se trouve dans le pain, n’est point indiquée dans les observations des médecins prussiens, faites par ordre du gouvernement sous la direction de Langermann (7). Beaucoup d'individus tombent victimes de ce céréal délétère sans celte espèce de gangrène. — On signale des épidémies dans lesquelles le pain ergoté donne lieu à des phénomènes bien différents, tels qu’une chaleur interne, fourmillement, faiblesse générale, sueur, pâleur aux extrémités, qui deviennent froides , livides , insensibles et immobiles. La mortification qui s’ensuit, et que les auteurs nomment improprement gangrène, met fin à ce lugubre appareil de symptômes ; tout cela sans être jamais précédé de fièvre, ni de phlogose, ainsi que le remarque Lang dans une épidémie qu’il a décrite (8). Celte mortification est ordinairement sèche, sans aucune odeur ; elle détache du corps les parties qu’elle frappe, parcelle par par-

(4) V. Mediz. chir. Zeitung., n. 52, 1825. Oclze , de Brandeburgo , Nolten en Vestphalie.

(5) Lorinser, Versuch. und Beobaoli!., etc., dans le Med. cliir. Zeit., n. 52,

ffi) Traité de l’ergot du seigle. Paris,

(7) Mediz. Zeit. cit.

(8) Bescbrcibung des schædlich. Genuss. d. Kornzarf. Smern., 1717.

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celle. D’abord c’est la chair qui se détache des os (9) , ensuite ce sont les doigts qui tombent , et en dernier lieu les autres membres , sans la moindre hémorrhagie. La maladie persiste encore dans sa marche désorganisalrice pendant trois semaines environ (10). On remarque dans les cadavres une collection de sérum à l’occiput et dans la moelle épinière, du sang extravasé dans la cavité du thorax ; le cœur flusrj ue , ses ventricules vides ; les artères et les veines contiennent un fluide analogue à de la bile ; la rate, le foie et les autres viscères présentent des taches noires (11). — Je le demande, quel rapport ont-ils ces phénomènes avec la gangrène véritable et avec un état phlogislique ou hyperslhéniquc capable de donner lieu à celte gangrène même?

Je le demande encore, une substance qui produit ces effets sans fièvre, et en donnant lieu au contraire à des frissons permanents, à une pâleur générale , à l’immobilité et à l’insensibilité, pourraitelle être considérée comme hypersthénisante ?

Dans plusieurs circonstances, de fausses idées sur l'action du seigle ergoté ont donné lieu à des médications désastreuses. Il faut convenir pourtant que plusieurs autres, en prescrivant le vin, l’opium, l’éther, sauvèrent leurs malades, quelles que eussent été leurs idées sur la nature des symptômes qu’ils voulaient combattre ou sur l’action de ces remèdes. L’ammoniaque pure et les ammoniacaux ont été vantés par Courbant comme les véritables antidotes du seigle ergoté. Il prétend que, lors même que le sphacèle serait déclaré , l’ammoniaque suffit pour le circonscrire et pour faire détacher la partie morte sans que le patient ait à souffrir aucune autre indisposition (12). — L’action contraire qu’ont entre eux le seigle ergoté et l’alcool est constatée par les expériences de Muller de Slcttin , lesquelles démontrent que les préparations alcooliques de cette

(9) Histoire do l’Acad. des sciences,

(10) Y. Duhamel et Salerne, Mém. de l’Acad. roy. des sciences. Paris, an. 1748, p. 528.

(11) Renauldin, Dictionn.des sciences môd., t. xiu, p. 1G8.

(12) Archives générales de médecine, t. xix, p. 131.

plante sont bien moins efficaces que la poudre simple ou que l’infusion aqueuse (t 3). Si nous voulions nous baser sur ces faits pour établirl’action hyposlhéni-ante du seigle, on pourrait nous faire deux objections : 1° on a observé après l’usage du seigle une sorte d’enflure, d’injection el de congestion sanguine aux poumons, à la rate et aux méninges; 2° on a eu besoin quelquefois de recourir aux antiphlogistiques pour combattre les effets de l’ergot. Nous avons cependant fait voir que dans ces circonstances il ne s’agit pas d’une véritable congestion active ni de phlogose , mais bien d’une simple stagnation passive; en conséquence, la première objection n'a aucune valeur. Quant à la seconde, nous y avons déjà répondu à l’occasion du gaz acide carbonique; nous fîmes voir que les remèdes qui ralentissent les mouvements du cœur, lorsqu’ils cessent d’agir, laissent des congestions passives , lesquelles peuvent devenir une source d’irritation mécanique et donner lieu à de véritables inflammations. Il n’est donc pas impossible qu’à la suite d’un empoisonnement hyposlhénisant et après la disparition de l’hyposthénie alarmante, on soit obligé de combattre des engorgements locaux à l’aide des anti-phlogistiques.

§ Y. Effets clans les maladies. — Le seigle ergoté se trouvait depuis longtemps entre les mains du vulgaire avant qu'il eût attiré l’attention du médecin. Au dire de Bordeu, on se servait depuis un temps immémorial du seigle ergoté en poudre dans le Vexin pour augmenter les douleurs de l’enfantement. — Le docteur Balardini assure qu’en Italie aussi cette pratique était connue par ancienne tradition des vieilles accoucheuses. Depuis nombre d’années les médecins ont adopté l’usage de ce remède populaire, ils ont fait de nombreuses expériences, el ils en tirent aujourd’hui un grand parti dans la pratique. Il faut dire pourtant que plusieurs auteurs ne l’ont pas adopté dans leur pratique, et il en est qui ne lui accordent aucune confiance : ils le croient même dangereux pour la mère et pour l’enfant; mais leur opinion n’a aucune valeur en présence des faits nombreux observés en Europe

(13) Rust’s Magazin, 3 Bd., februar

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et en Amérique eu faveur de ce médicament. — L’usage fréquent du seigle ergoté, comme moyen capable de hâter l’accouchement , a fait remarquer d autres effets auxquels on ne s’attendait pas. On a observé qu’il facilitait aussi l’expulsion du foetus mort, des faux germes et du placenta. On a remarqué, en outre, qu’il agissait non - seulement dans la grossesse à terme , ainsi que cela résulte d’un grand nombre de laits publiés d’abord par Jackson (14) et par Hinkelbein (15), mais encore dans la grossesse de cinq mois, ainsi que cela a été prouvé principalement par les observations publiées par Renton (IG) et par Roux (17). On s’est aperçu ensuite que le remède agissait heureusement contre les convulsions puerpérales ( t 8) . Brinkle fait, en outre, observer que par l’usage du seigle les convulsions cessent même axrant l’accouchement. — Souvent la mélrorrhagie accompagne ou précède l’accouchement, spécialement lorsqu’il y a quelque obslacle à son achèvement. Dans ce cas, l’administralion du seigle arrête l’hémorrhagie et souvent même avant la fin de l’accouchement. Les faits rapportés par Atée (19), par Scliascroff (20), par Marsliall-Hall (21), par Guillemot (22), par Morage (23), par Hinkelbein (24), par Cbapmann (25), par Burges (26), par

(14) On the safe delivery of the placenta. The Americ. journ., mai 1828.

(15) Allg. med. Annal., 1817, p. 91.

(16) The Edinb. med. a. surg. journ.

1828, n. 95, april, p. 322.

(17) Comm. ail’ Acad, di med. di Parigi , 15 juillet 1830.

(18) Montldy, Journ. and. new rexv.

edit. by J. Copland., etc., vol. xx, 1823, n. 1 16, art. 6.

(19) Americ. medic. record., vol. iv, p. 218.

(20) Ibid., p. 218.

(21) The London med. rep. and. rexv.

Froricps notiz., 15 Bd., p. 217.

(22) Archives générales do médecine, t. xx, mai 1829, p. 43.

(23) Archives générales de médecine, avril 1830.

(24) Allg. med. Annal., 1817, p. 91.

(25) Discours of the element of ther.

and mat. medic. PhiL, 1817.

(26) Cases of frequent, utérin, hemorr. with iricess. disclr, etc. The London med. a. Phys, journ., n. 5, vol. vu, p. 115,

Trousseau et Maisonneuve (29), par Duparcque (2S) , ne laissent aucun doute à ce sujet. Rasch conseille les petites doses de seigle ergoté comme moyen prophÿlactiq ue aux femmes enceintes prédisposées aux métrorrhagies (29). Généralement, les auteurs ne voient dans ces métrorrhagies arrêtées que la propriété qu’on suppose dans le remède d'aider les contractions de la matrice. D’après eux, ces hémorrhagies doivent être considérées comme passives et dépendantes d’une atonie de l’utérus. Nous faisons bientôt voir combien cette opinion est absurde. En Italie, le seigle a été considéré sous d’autres points de vue , et sa véritable action a été mise en plein jour. Spaïrani s’est assuré que le seigle arrête également (30) les métrorrhagies qui ne dépendaient pas de la grossesse, telles que l’épistaxis très-abondante, l’hématurie , l’hémoptysie. D’antres cas semblables, publiés par Pignacca (31), par Cabini (32) et par plusieurs autres, ont confirmé cette action singulière du seigle d’arrêter les hémorrhagies activées. D’après ces observations, plusieurs praticiens , même hors d’Italie , donnèrent avec succès, contre les hémorrhagies qu’eux-mêmes ont jugées actives, celte substance, et ils se sont convaincus qu’il était inexact de regarder le seigle comme un remède irritant de la matrice. Barbier, en effet, fit voir à l’Académie de médecine de E^ris (33) que le seigle n’excite nullement l’estomac, ni l’appareil de la circulation, ni le système nerveux, ni la matrice; Trousseau et Maisonneuve ont soutenu que son action sur l’utérus est de peu de durée, qu’elle n’est accompagnée ni suivie d'aucun danger, qu’elle s’exerce même sur la matrice vide, et que sur les centres nerveux elle agit à l’instar des stupéfiants (34). Les écoulements blancs du vagin (leucor-

(27) Transact. médicales, mars 1833,

(28) Gaz. Medic. et An. univ. d’Omodei, mars 1833, p. 565.

(29) D. sec. corn, aïs ein d. Geb. beford. mitt. Forgan, 1829.

(30) Omodei , Ann. univ. di mëd. , vol. liii, p. 533.

(31) Omodei, i bid . , t. uv, p. 534.

(32) Ibid., 1831, mai.

(33) Séance du 26 avril 1831.

(34) Bulletin général de thérapeutique, janvier et février 1833,

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rliée) ont été également attaqués avec le seigle. Les succès obtenus par Spairani et Marshall-Hall (35) , et après eux par J. Hatin (3G) , par Bassoni (37), nous portent à lui accorder notre confiance dans cette maladie. La blennorrhée, affection analogue à la précédente, a été traitée par Négri au moyen du seigle avec un heureux résultat (38).

Stout rapporte un cas intéressant d’un écoulement muqueux intestinal guéri par le seigle ergoté. Il s’agit d’une diarrhée chronique qui avait résisté à toute espèce de traitement ; elle était accompagnée d’œdème et d’amenorrhée (39). — On sera peut-être surpris d’apprendre que le seigle ergoté, qui est si utile dans la métrorrhagie et la leucorrhée ait été préconisé dans des cas opposés , savoir : dans l’aménorrhée, et qu’il ait provoqué ou favorisé la menstruation chez des femmes aménorrhéiques J’en ai obtenu à ma clinique, et dans ma pratique particulière, des succès aussi ou plus marqués que ceux qu’on retire des préparations ferrugineuses. Il a été recommandé contre l'aménorrhée par Biegelon et Thacher (40) , par Ronduck

(41), par Begmann et Béclard (42), et par Chinnock (43). — On sera encore plus surpris d’apprendre que Chailly est parvenu au moyen du seigle à empêcher la fausse couche, chez une femme qui en était menacée par une indisposition particulière (44). On sait pourtant que, s’il y a des remèdes véritablement abortifs , le seigle ergoté occupe le premier rang; car Oslère assure que ce céréal détermine l’avortement chez les animaux

(35) TheLond. med. and phys. journ., may 1829.

(36) Abeille médicale, janvier 1850, p. 33.

(57) Omodei , Ann. univ. di med., fevr. 1851, p. 225.

(38) The London med. and phys.

journ., t. iv, p. 582.

(39) The London med. reposil, t. xx.

(40) Journ. of the scienc. and arts, 1816, t. i, fasc. 3.

(41) Bucbner’s Repert. 1818, 4 Bd., p. 54.

(42) Mérat et Delens, Dict., vol. m,

(43) Westminster medic. society, 13 januar 1834. The Lond. med. and phys.

journ. 1834, vol. îv, p. 789.

(44) Revue méd,, juin 1834, p. 464.

aussi bien que chez la femme (45). Il résulte de plusieurs faits recueillis par Spairani, que le seigle a donné d’heureux résultats contre les congestions utérines, qui n’étaient au fond, selon nous, que de véritables métrites chroniques. Un de ces cas a été jugé comme tel par Spairani. Dans les trois dernières années de notre clinique, nous avons traité avec succès des métrites et des métro - péritonites , à l’aide du seigle ergoté au lieu de la saignée. Nous avons observé que le ralentissement du pouls était si prononcé , que dans un cas nous avons dû en suspendre l’usage. Courhaut attribue en outre à ce remède la propriété de fondre les engorgements et l’œdème des extrémités. Nous venons de voir cependant qu’il produit au contraire ces mêmes altérations chez les animaux soumis à son usage. Une pareille contradiction néanmoins n’est qu’apparente , puisque l'œdème que le seigle produit est passif ou asthénique , tandis que celui qu’il dissipe eslde nature opposée. — Enfin le docteur Festler employa le seigle ergoté contre les fièvres intermittentes. Parmi les nombreusesguérisons qu’il rapporte , celles où il donna cetle substance seule sans le mélange du sulfate de quinine , paraissent le prouver d’une manière incontestable. Ce médecin nota qu’il produit l’abaissement très-prononcé dans le dynamisme; il vit des cas dans lesquels le pouls ne donnait plus que quarante-neuf pulsations par minutes, et il fait observer que le vin et les potions slimulanles , faisaient cesser tous ces phénomènes (46). Mehlhausen , Backer et Dalton le recommandent aussi contre les fièvres intermittentes à la dose de 50 centigrammes (10 grains) à répéter trois fois par jour, deux heures avant l’accès (47).

( Not . d. irad.). [M. Sachéro, professeur à l’université de Turin, rapporte plusieurs faits assez concluants en faveur de l’action du seigle ergoté. Ces faits autorisent les corollaires suivants : 1° que l’ergot du seigle a une action élective non-seulement sur les organes génitaux

(45) The London med. a Physic.

journ., n. 5, t. vu, p. 84.

(46) Omodei, Ann. univ. di medic. « oct. 1831, p. 180.

(47) Rusl's Magax., 29 Bd., n. 3.

SEIGLE

de la femme, mais aussi sur ceux de l’homme ; 2° qu’il est un puissant remède contre les pertes séminales , lorsqu’elles sont associées et entretenues par une condition hyperslhéniquc ; 3° que celle circonstance démontre, que le seigle doit être classé parmi les remèdes hyposlhénisants, etc. (Giornal. delle scienze med. d. Torino , septembre 1 839). — Le docteur Clullerburck croyant trouver quelque analogie entre les douleurs musculaires et articulaires du rhumatisme aigu et celles de l’accouchement, a proposé de substituer au colchique le seigle ergoté. il dit (dans un des derniers cahiers de la Gazette médicale de Londres 1839 ) l’avoir employé quatre fois avec succès; nous laissons au temps et a l’expérience l’appréciation de l’opinion du docteur anglais. — Schneider a arrêté une épistaxis très-opiniâtre à l’aide du seigle ergoté, et Schœffer, Cabini, Spaïrani et Duparcque rapportentdes cas lortcurieux d’hémoptysie des plus opiniâtres, guéris par l'ergot de seigle (Arch. méd. de Strasb., 183G sept.; The Lond. med.

gu;., avril 1833 ). — Il a été aussi reconnu efficace par Lalesque contre la chlorose (Souven. hebdom.). Il a été conseillé par Stearns , Chapmann , Dexvees, Michel et Roche dans le traitement des convulsions qu’on rencontre fréquemment chez les femmes en couche.

Stout prétend avoir arrêté une diarrhée chronique par ce même remède.]

§ VI. Appréciation de l'action. — Aux détails historiques relatifs à l’action du seigle ergoté, que nous venons de signaler, il nous reste à ajouter que, dans presque tous les traités de matière médicale, ce végétal est donné comme un remède doué d’action excitante, irritant la matrice et capable enfin d’élever l’énergie vitale de cet organe. La vérité pourtant est, et mille faits le prouvent d’une manière incontestable, que l’ergot du seigle jouit d'une action hyposlhénisanle, non-seulement sur la matrice, mais aussi sur le système circulatoire , spécialement capillaire ; ce qui est démontré par les expériences sur les animaux , dans lesquelles les phénomènes d’hyposthénie sont très - évidents , et parviennent jusqu’à éteindre la vie dans les parties les plus éloignées du cœur; il en résulte même la mortification des bouts des oreilles et des doigts. Les effets du seigle sur l’homme bien portant le démontrent aussi d’une manière assez

évidente, caron ne parvient à les dissiper ou à les diminuer qu’à l’aide du bon vin ou d'une potion cordiale et surtout d’une bonne alimentation; tandis qu’il est prouvé que la saignée est toujours fâcheuse dans la maladie ou indisposition causée par l’ergot. Enfin , cette action hyposthénisnnte est rendue plus manifeste encore par les affections qu’on parvient à guérir sous son influence. — C’est principalement dans la pratique des accouchements que le seigle ergoté a été en grande renommée , et c'est sa propriété de bâter la parlurition qui le fit classer parmi les excitants. Il nous est facile de prouver cependant que celle conclusion est erronée, et que c’est précisément le succès qu’on obtient de l’ergot de seigle dans la pratique des accouchements qui prouve d’une manière incontestable son action hyposlhénisanle. A cet effet, je crois devoir poser d'abord quelques remarques sur les fonctions de la matrice en travail. Lorsque le travail de l’enfantement commence et qu’il s’arrête ou se ralentit, ou que l’expulsion du placenta tarde trop à s’effectuer, les accoucheurs et les sages-femmes ont coutume d’en accuser Y inertie de la matrice. Celte idée les conduit à celle d’une atonie, comme si ces deux mots étaient synonymes. Tous répètent le mot faiblesse , atonie , aucun n’en doute, personne n’examine le fait, et l’erreur devient pour tous une vérité, un axiome. Pourtant il ne fallait pas un grand effort de logique pour se détromper. Pour ne pas abuser de la valeur des mots, je ne dirais pas que la gestation est une phlogose physiologique de la matrice; mais qui oserait contester raisonnablement que , pendant la gestation, la matrice ne soit maîtrisée par une énergie vitale qui s’approche d’une condition hypersthénique? Le sang toujours couenneux des femmes grosses, leur prédisposition aux phlogoses générales ou partielles en sont une preuve. Nous ne pouvons donc pas concevoir que la matrice puisse passer en un instant , et pour ainsi dire spontanément, à un état de faiblesse, d’atonie , et au moment même où elle se trouve dans sa plus grande activité.

Le tissu éminemment vasculaire de la matrice nous fait concevoir aisément que son activité propre doit consister dans une expansion , une dilatation , une espèce enfin d’éréthisme par suite de la congestion constante du sang dans ses

SEIGLE ERGOTÉ

vaisseaux , lorsqu’un slimulus quelconque l’y attire; c’est ce qui arrive durant le coït , par la présence de l'embryon , ou d’un état de phlogose. — On conçoit pareillement que ce qu’on appelle communément la contraction de la matrice est plutôt un état passif ou de repos , analogue à l'affaissement du pénis, ou du clitoris après l’érection. Aussi l’utérus est-il resserré , petit , chez les filles qui n’ont encore eu aucun commerce avec l’homme. —Si on nous accorde que chez les filles vierges la matrice est en repos , et chez les femmes grosses en action, il est évident que l’activité de cet organe consiste dans son expansion, et le repos dans sa contraction. Nous mettons hors de cause les fibres musculaires que quelques anatomistes accordent à l'utérus , car on ne saurait vraiment expliquer pourquoi elles seraient contractées lorsqu’elles sont dans l’inaction et qu’aucun stimulus n’agit sur elles ; flasques , au contraire , lorsque l’utcrus est dans un état d'éréthisme, surchargé de sang, et qu’il renferme unecause permanente d’irritation, le germe avec ses membranes.

Toute la physiologie de l’état de grossesse nous fait voir que l’embryon par son propre stimulus entretient dans la matrice une activité qui détermine un afflux de sang, qui croît à mesure que la gestation approche de son terme , lequel sert à enfler, à dresser, à étendre la cavité de l’utérus , non moins qu’à nourrir le fœtus. Lorsque ce dernier est parvenu à sa maturité, ou qu’il a brisé les liens qui unissaient sa vie à celle de sa mère, il n’absorbe plus les matériaux nutritifs, et l’acte de la parturition commence. Il faut d’abord que les sinus et le système vasculaire sanguin de l’utérus puissent se vider, se crisper, pour que les parois de ce viscère , en se contractant, en se resserrant sur elles-mêmes, parviennent à exercer sur le lœlus une action expulsive. C’est ce qui arrive dans les cas ordinaires; cette contraction de la matrice , bien que passive , car elle n’est due qu’à une tendance toute naturelle à reprendre son état de repos, contribue à la parturition. A cette force on doit ajouter celle du diaphragme et des muscles abdominaux qui viennent à son aide pour hâter l’accouchement , qui , bien souvent , n’aurait pas lieu sans elle. Si donc l’enfantement est empêché ou prorogé à cause d’une paresse de la matrice, cela ne peut avoir lieu que par un obstacle quelconque qui empêche les

vaisseaux de l’utérus et son tissu de se contracter, pour se remettre dans leur étal normal de repos où ils étaient avant la gestation. C’est cet obstacle , cette condition particulière qui entretient la matrice dans un état d’éréthisme et de plénitude. On doit conclure de tout cela que l’inertie de l’accouchement, dans ce cas, loin d’être due à l’atonie de la matrice, dépend, nu contraire, de son état de surexcitation. — Il est reconnu que, parmi les causes qui relardent et qui empêchent les contractions de l’ulérus pendant la parturition, on doit compter la pléthore, c’est-à dire uu état presque de phlogose, d’apoplexie, non - seulement de cet organe, mais encore d’autres viscères. L’on suit qu’on retarde souvent l’accouchement, lorsque , dans l’idée de donner du courage, ou de faire moins sentir les douleurs, on administre du vin ou des liqueurs jusqu’à l’ivresse; on sait aussi qu’on le retarde par les manœuvres exercées mal à propos, manœuvres dont l’effet presque constant est d’entretenir et d’augmenter l’afflux du sang vers l’utérus, et quelquefois même d'y déterminer un état de phlogose. L’on sait encore que certaines affections morales , notamment la pudeur qui détermine chez les accouchées un état d’orgasme tout particulier , retardent aussi l’accouchement. Il arrive souvent, en effet, dans nos cliniques d’accouchement que le professeur et les élèves , ayant attendu inutilement pendant plusieurs heures, quittent le lit de la patiente, les douleurs reprennent aussitôt, et la sortie du fœtus a lieu en peu d’instants. Il est aisé de concevoir que toutes ces causes sont loin d’occasionner un état d’atonie véritable dans la matrice. — Pour donner plus de valeur à ce que nous venons de dire, nous ajouterons ce que l’expérience et la pratique journalière nous montrent être utile lorsque le travail marche avec lenteur et a de la peine à se déclarer. On se loue beaucoup alors de la saignée ; on n’â qu’à parcourir les ouvrages qui traitent de lokologie pour reconnaître que souvent on est parvenu par une seule saignée à réveiller les douleurs et à hâter la parturition qui se faisait attendre depuis plusieurs heures et même plusieurs jours. Les applications émollientes et les bains tièdes, moyens qu’on n’employerait jamais pour donner de la force, ont été généralement efficaces; les purgatifs, notamment les huileux, ont été vantés par plusieurs praticiens ; pourtant

SEIGLE

ces substances n’entrent pas dans le catalogue des toniques ou des fortifiants.

On a eu aussi recours à la rupture de la poche des eaux, pour hâter le travail ; il est certain qu'on diminue par là le volume de l’œuf, et, conséquemment, le stimulus qui entretient la matrice en état d'irritation. Enfin , on a trouvé que le seigle ergoté doit être compté au nombre des moyens les plus énergiques pour hâter la parturilion, lorsque les douleurs sont faibles ou lentes et que les autres moyens byposthénisanls vasculaires n’ont produit aucun bon effet.

Les auteurs qui jugèrent la matrice en étal d’atonie lorsqu’ils ordonnèrent l’ergot du seigle et qu’ils en obtinrent un plein succès, étaient dans l’erreur : aussi n’étaient - ils pas non plus dans le vrai lorsqu’ils le prescrivaient aux femmes fatiguées, faibles, et se gardaient d’en faire usage chez les pléthoriques fortes et robustes. — Dans notre manière d'envisager l’action du seigle ergoté, on ne rencontrera pas de ces contradictions qu’on trouve à chaque pas dans le système reçu. On comprend pourquoi on parvient à arrêter par le seigle les hémorrhagies soit de l’utérus, soit de tout autre partie ; sans être obligé de les appeler passives avec les anciens auteurs. — Nous le demandons, à ceux qui prétendent que le seigle ergoté arrête les hémorrhagies par son action styptique particulière , pourquoi ce médicament est ulile dans l'état opposé ; savoir, dans l’aménorrhée ; et qu’il arrête la menstruation trop abondante, aussi bien qu’il la provoque lorsqu’elle est arrêtée? Pour nous la chose est très-claire, car le même état morbide, c’est-à-dire la métrile , peut être accompagné de l’un et de l’autre de ces deux phénomènes, quoique en apparence opposés. Il suffit, dans le premier cas, que la contractilité du cœur soit plus forte que celle des capillaires, pour qu’il y ait mélrorrhagie , et dans le second que la contractilité morbide de ces derniers soit supérieure à celle du cœur pour qu’il n’y ait plus aucunè exosmose ou exhalaison de sang dans l'utérus. De là l'aménorrhée. Un hyposthénisant vasculaire capable d’enlever la mélrite , et de remettre en état normal les fonctions de la matrice, deviendra, par son effet secondaire, tantôt astringent, tantôt apéritif, c’est-à-dire qu'il arrêtera, ou aidera le flux de sang, selon que le permettra l’état naturel de l’utérus.— Partant de ce même principe,

il est aussi facile de comprendre comment cette substance puisse empêcher l’avortement, tandis que d’après plusieurs expériences on devrait la regarder comme un remède abortif. Que des causes hypersthénisantes, hypostliénisanles et mécaniques puissent donner lieu à un avortciucnl, c’est une chose fort connue. Les causes les plus ordinaires néanmoins sont celles de la première espèce qui déterminent et entretiennent dans la matrice une tendance à la phlogose; c’est pour cela qu’on a l’habilude dans certains pajs de saigner de temps en temps les femmes grosses; habitude presque toujours blâmable au reste. Le seigle ergoté, administré avec prudence dans certains cas, pourrait modérer et empêcher cette tendance de la matrice à la phlogose , et empêcher la fausse couche. Si l’on parvient à combattre par l’ergot les engorgements lymphatiques des extrémités ; si l'on arrête certains flux muqueux , tels que la leucorrhée , la blennorrhagie, la dysenterie, c’est que le plus souvent ces affections sont dues à un élat de phlogose. Ce remède serait inerte et même nuisible dans le cas où ces affections dépendraient d’une condition opposée. — Nous croyons pouvoir conclure que le seigle ergolé est un hyposlbériisant vasculaire très - puissant , surtout des capillaires. Les hautes doses agissent aussi sur le cœur, et donnent lieu au ralentissement de la circulation.

§ YII. Action mécanique. — Ni la chimie, ni le goût ne décèlent dans le seigle ergolé aucune propriété mécanique de quelque valeur. Il occasionne tout au plus une légère sécheresse au gosier, rarement une petite cuisson à l’estomac. C’est celle action même qui détermine cette rougeur du tube gastrique chez les animaux qui meurent empoisonnés par cette substance délétère.

Celte observation doit mettre les praticiens sur leurs gardes, à ne pas prescrire le seigle ergoté lorsque l’affection phogistique a son siège dans l’estomac.

Le premier soin à avoir à l’égard du seigle ergolé , c’est de bien s’assurer de sa bonne qualité; car il est reconnu qu’il s’altère facilement avec le temps, que toutes ses graines ne sont pas également actives, et qu’il y a des années et des lieux où il est tout-à-fail inerte. On comprend facilement par là la raison pour laquelle il y a eu des auteurs qui ont assuré que le seigle ergoté n’avait

SEIGLE ERGOTÉ.'

aucune action, et que des individus aient pu en prendre impunément de très-hautes doses Fontana, Wildenow et Lang avaient déjà admis la distinction entre le seigle ergoté véritable et le faux seigle. Goupil vient de reproduire cette opinion; il est fâcheux qu’il n’y ait pus de données assez précises pour reconnaître le bon du mauvais ergot, quoiqu’on ait dit bien des choses à ce sujet et qu’on ait fait des recherches nombreuses. On a remarqué qu’il ne jouit d’aucune efficacité lorsqu’il croît dans des endroits humides et dans les années trèspluvieuses. Klugeet Betschet, ayant fait des expériences avec l’ergot du seigle cueilli avant et après la moisson, trouvèrent que le premier et celui des champs était bien meilleur que le second, spécialement pris dans la grange (•i8). Crafl'ord nota que le plus récent était aussi le meilleur (49). Ryan fit part à la Société médicale de Londres de ses recherches qui prouvèrent que l’air et le soleil ardent nuisent à l’ergot, lorsqu’on l’y laisse exposé pendant longtemps (50). Il y a des observations qui tendraient à prouver que celui qu’on tient enfermé dans des vases peut fermenter et perdre son énergie ; aussi les pharmaciens recommandent - ils de le cueillir dans un temps sec et de le conserver dans des vases ouverts, en ne le pulvérisant qu’au fur et à mesure qu’on en a besoin.

{Noie d. trad.) [Si la différence d’énergie du seigle ergoté dépend souvent de sa qualité bonne ou mauvaise, souvent aussi les résultats qu’on en obtient ne doivent être attribués qu’à l’état particulier dans lequel se trouve la vitalité ou dynamisme de l’organisme de la personne sur laquelle on l’emploie. Si MM. Capuron, Hall et Jackson pensent que l’emploi du seigle ergoté est inutile ou dangereux dans les accouchements, c’est qu’ils ne l’ont probablement employé que dans des cas où il était contreindiqué; comme, par exemple, après de fortes hémorrhagies ou lorsque le travail était languissant et que les douleurs avaient cessé par épuisement, ou par un véritable état de faiblesse générale. En

(48) Allg. med. Zeit., Novcmb. 1852.

Arch. génér., 2' série, t. i, p- 285.

(49) Revue médicale, avril 1854, p.

(50) Allg. déjà cité.

pareillesoccurrenccs, le seigle devait être assurément inutile et même nuisible. Le nombre des fœtus morts-nés est beaucoup plus considérable en Amérique, au dire de Buros, de M< rimann, d’Jngleby, depuis qu’on abuse du seigle; ce phénomène n'est pas dû à un état de phlogose ou à une trop forte stimulation , ainsi qu’on l’a prétendu; les enfants meurent empoisonnés dans le sein de la mère par l’action affaiblissante de ce végétal; action qui est analogue à celle de l’aconit, du gaz acide carbonique et de plusieurs autres byposlhrnisarits très-énergiques.

Cette considération doit rendre prudent l’accoucheur dans l'administration d’un remède qui, à une dose un peu forte, peut devenir vénéneux. IS'ous ne saurions partager l'opinion de M. Velpeau, qui attribue en pareil cas la mort du fœtus plutôt à la puissante contractilité de l’utérus provoquée par l’ergot qu’à l’action toxique de ce médicament.

C’est celte même action vénéneuse de l’ergot qui détermine à la longue la gangrène sèche qu’on remarque si souvent dans l'Orléanais et en Sologne.]

On le donne en poudre , en infusion , en pilules, en ti-ane ou en sirop. La dose et la manière de le prendre varient selon qu’on s’en sert sous un point de vue obstétrical ou sous un autre. Quand il s’agit de bâter l’accouchement ou d’arrêter une hémorrhagie menaçante, il faut que l’action du remède soit immédiate.

La dose la plus élevée qu’on prescrit ordinairement est de quatre grammes (un gros) , qu’on ne doit administrer qu’en quatre ou cinq heures, et dont la première dose pourra être la plus forte. On pourra, par exemple, commencer païen donner un gramme (vingt grains), et par la suite cinquante centigrammes (dix grains) clnquc demi-heure. Si la matrice ne se prête pas a son action , on doit en suspendre l’usage ; bien qu’on sache que quelques accoucheurs en ont prescrit des doses très-élevées sans qu’il eu soit rien résulté de fâcheux. — Le traitement des fièvres intermittentes avec le seigle ergoté se fait de la même manière, avec celle différence pourtant que les doses doivent être égales et données quelques heures avant l’accès. Dans les cas les plus ordinaires, la dose est de deux à trois ou quatre grammes à prendre en six ou huit lois dans les vingt-quatre heures. S'il s’agit de le donner en tisane, la dose peut être élevée d’un tiers.

SEIGLE

Formules-modèles.

1° Pour usage obstétrical.

2J. Seigle ergolé en poudre, quatre grammes (un gros).

Sucie blanc, huit grammes (deux gros).

Mêlez et divisez en six paquets.

On en prendra la première fois deux ou trois p.iquets ensemble, et par la suite un chaque demi-heure jusqu au terme de l’accouchement.

2° Ban f les cas ordinaires.

2J. Seigle ergoté en poudre , deux grammes (deux scrupules).

Sucre en poudre , quatre grammes (uu gros).

Divisez en dix paquets égaux.

A en prendre un louteslesdeux heures.

3° Décoction.

2J. Seigle ergoté contus, six grammes (un gros et demi).

Eau de fontaine, demi-kilogramme (une livre).

Faites bouillir pendant un quartd’beure, passez et ajoutez du sucre et de l’eau de fleur d'oranger selon le désir du malade.

A prendre par demi-verres dans le courant de la journée.

[Note d. trad.) [4° Formule de Goupil.

2J. Seigle ergoté en poudre, quatre grammes (un gros).

Sirop simple, trois décagrammes (une once).

Eau de menthe, un gramme (dix-huit grains).

6° Sirop d'IIebert.

21 Seigle ergoté contus, quatre décagrammes et demi (une once et demie).

Yin blanc de Bourgogne , vingt sept décagrammes (neuf onces).

Sucre, demi-kilogramme (une livre).

Après vingt-quatre heures d’infusion on passe à travers une toile serrée et l’on fait dissoudre le sucre à une douce chaleur dans la liqueur.

La dose est de trois décagrammes (une

once).

ergoté. 335

C° Injection dans les cas de leucorrhée., d'après Ashwell.

2J. Seigle ergoté contus, six décagrammes (deux onces).

Eau bouillante, demi-kilogramme (une livre).

Après une demi-heure d’infusion, filtrez et ajoutez un décigramme ( deux grains) d’azoture d argent.

On s’en sert aussi en injection dans les cas de blennorrhagie et de fleurs blanches à la dose de six décagrammes (deux onces) à la fois.

Neumann assure avoir obtenu d’excellents effets contre l’aménorrhée des pilules suivantes :

2J. Seigle ergoté , huit grammes (deux gros).

Digital, pourp., deux grammes (demigros).

Carbonate de fer, quatre grammes (un gros).

Sirop de fleurs d’orange, q. s. M. f. pilul. n° 250.

A prendre huit pilules dans une infusion théifoi me de Sabine , deux fois par jour.

Schussman a constaté l’efficacité de la formule suivante contre la rnétrorrhagie.

2J. Ergot de seigle , six décagrammes (deux onces).

Faites infusion avec s. q. d’eau bouillante.

Fuites dissoudre quinze décagrammes (cinq onces) de colalure.

Extrait de belladone, deux décigrammes (quatre grains).

Sirop, trois décagrammes (une once).

Eau d’amandes amères , quatre décagrammes. M.

A prendre une cuillerée toutes les heures.

Le docteur Steavens conseille la potion suivante :

Seigle ergoté, quinze décigrammes (trente grains).

Opium, cinq centigrammes (un grain).

Eau bouillante, vingt-quatre décagrammes (huit ouces).

Après quelques heures d’infusion , donnez chaque dix minutes une cuillerée à bouche de cette infusion.

Dufrcsnois vante l' élixir (le seigle , c’est-à-dire l’ergot desséché et dissout dans l’alcool cl préparé d’après la prescription de Toutain. 11 se sert spécialement de cette teinture pour combattre la leucorrhée. — A l’occasion de ces deux dernières formules, nous ne devons omettre de faire remarquer que l’action dynamique ou constitutionnelle du seigle ergoté étant tout-à-fait anli-phlogistique ou hyposthénisante , c’est un véritable contre-sens thérapeutique que de l’administrer mêlé à l’opium , ou dans une potion alcoolique, éthérée, vineuse, ou combinée à toute autre substa’nce stimulante.]

( Cliinachina ).

§ Itr. Caractères physiques. — En langue américaine, le mot quinquina signifie écorce des écorces. On a voulu indiquer par cette dénomination l’écorce des différents arbres du genre cinchona ofjicinalis , connue chez nous sous le nom d’écorce péruvienne ou de quinquina. Cet arbre est indigène de Loxa , du Pérou et des vastes provinces de Santa-Fé, de Quilo et de presque toute l’Amérique-IVléridionale. Il appartient à la famille des rubiacées : (pentandr. monog. Lin.). Près de soixante espèces de cinchonacées appartiennent , d’après Fré et autres, à ce genre, qui pour la plupart fournissent au commerce des écorces fébrifuges. U est arrivé qu’on a donné le nom de quinquina à plusieurs écorces qui n’appartenaient nullement à des arbres de cette famille. U est arrivé aussi qu’on multiplia les noms sans augmenter les choses, en décrivant pour des espèces différentes la même écorce; soit parce qu’on l’avait prise des troncs au lieu des branches ou des rameaux; soit parce qu’elle appartenait à une piaule vieille ou jeune et tendre; soit parce qu’elle provenait d’un arbre élevé sur une colline ou dans une basse plaine ; soit enfin parce qu’elle appartenait plutôt à un pays qu’à un autre; de sorte qu’il est arrivé qu’une même écorce portât quatre ou six dénominations scientifiques , comme si elle appartenait à plusieurs espèces ayant des qualités différentes. Sous ce rapport, l’ignorance des voyageurs, la manie de

la nouveauté , la cupidité enfin , contribuèrent singulièrement à celte confusion. Grâces aux progrès de la chimie organique, cette confusion a disparu.

La chimie nous indique quelle est l’écorce qui possède le véritable alcaloïde et celle qui en est plus ou moins dépourvue. Je passe sous silence les soixante espèces et variétés de quinquina qu’on prétend avoir recueillies dans différents parages; et je me bornerai à dire que, sous le point de vue botanique on pourrait rapporter tout le quinquina employé en Europe à trois grandes classes ou divisions.

A. . Le quinquina gris, qui est le plus commun et le plus en usage parmi nous. Cette écorce est mince , tellement roulée sur elle-même , qu’elle s’offre sous la forme de tubes de la grosseur d’un à deux centimètres; son épiderme est cendré et parsemé de cryptogames , sa couleur interne est rougeâtre; sa cassure plus ou moins nette ; sa saveur amère et astringente. Dans celte première division on rencontre trois espèces de quinquina.

1° Le quinquina Loxa-, c’est l’espèce la plus vantée; celte écorce est plus mince que les autres, plus roulée, d’un brun fauve. Les habitants de Loxa le nomment cascarille fine ; on croit qu’il est l’écorce du cinchona condaminca de Ilumboldt, et que ce naturaliste a fait connaître sous le nom de cascarilia amarilla de Reij.

2° Le quinquina Lima qui est plus gros et plus épais que le précédent , rugueux, crevassé transversalement, à cassure résineuse; on croit qu’il appartient à la cinchona lancifolia de Mu lis.

3° Le quinquina huanaco ; c’est l’écorce du tronc et des grosses branches ; quelquefois plat, quelquefois courbé, d’une couleur jaune-fauve foncée; peu amer et peu estimé.

B. Dans la seconde classe se présente le quinquina jaune. Celte écorce est d’un jaune rougeâtre, plate, adhérente à l’alburne, d’une texture fibreuse, d’une grande amertume nauséabonde. On eu distingue plusieurs variétés, savoir:

1° Le calisaja , roulé ou plat, de l’épaisseur de cinq à huit cents millimètres, d’une couleur jaune rougeâtre au dedans, d’une cassure fibreuse, parsemé de points brillants et recouvert de lichens. Quelquefois il est sans épiderme. Dans le pays on l’appelle quinquina pelé ou mondé , on croit qu’il provient des gros-

sefc branches les plus âgées du cinchona lancifoUn.

2° Le jaune carlhagène, qui est formé d’écorces grosses, plates ; la surface extérieure est raboteuse, sa couleur orange pâle, sa saveur amère d’abord, ensuite un peu sucrée, mucilagineuse On croit qu’il est l’écorce de la cinchona ovalifolia de Mutis.

3° Le quinquina royal. On appelait ainsi autrefois celui qu’on envoyait à Madrid pour l’usage de la cour. On s’en servait pour faire présent aux princes étrangers. Cette écorce était très-eslimée, actuellement il est difficile d'en trouver; elle approche beaucoup du calisava.

C. Dans la troisième division se présente le quinquina ronge, ainsi nommé par sa couleur, lorsqu’il est réduit en poudre; car son épiderme est grisâtre, mais la surface interne de l’écorce est d’une couleur rougeâtre lorsqu’elle a été mouillée. Elle est épaisse, large, compacte, rugueuse; sa cassure est un peu résineuse ; elle adhère à l’alburne. Elle est amère et astringente. Cette écorce appartient probablement au cinchona oblongifolia de Mutis. On croit que le quinquina orange n’est qu’une variété du rouge. — Il était jadis fort difficile de reconnaître le faux quinquina du véritable. Aujourd’hui , l’analyse chimique dissipe aisément tous les doutes à ce sujet. La pratique, au reste, a appris à connaître aussi, par la seule inspection, le bon quinquina : à son aspect extérieur, à son poids, à sa cassure, à son odeur particulière, à son goût amer très-prononcé, etc.

§ II. Notions chimiques. — Il serait trop long et même superflu de rapporter ici tous les travaux entrepris en différents temps par les chimistes sur l’écorce péruvienne. Ceux qui ont le plus avancé la science à ce sujet appartiennent à Fourcroyet Vauquelin, à Berthol I et, à Marais11'.. à Seguin, à Laubert, à Pfuff, à Zéa, Mutis, etc.; mais les travaux qui ont le mieux fait connaître, et qui sont parvenus à isoler le principe actif de celte écorce, sont ceux de MM. Pelletier ctCavcntou.

En suivant les recherches de Gomès et Ileuss, ceschimistesobtinrenten 1*20 les deux alcaloïdes isolés du quinquina, dans lesquels réside totalement ou principalement son principe médicamenteux. Jamais la chimie n’avait prêté son aide avec plus de succès à la thérapeutique.

Elle nous affranchit des doutes, parfois funestes, sur la bonne ou mauvaise qua-

Giaotmini.

lité du quinquina ; elle dissipa les inconvénients qui résultaient des grandes doses qu’on était forcé d’administrer pour obtenir des résultats thérapeutiques; doses qui fatiguaient plus ou moins l'estomac, surtout chez les enfants et les femmes délicates ; elle a fourni enfin le moyen de prendre le médicament sans dégoût et sans mélange d’aulres principes. Ces alcaloïdes , on les retire de plusieurs espèces de quinquina ; toutes celles qui en manquent doivent être écartées comme inutiles. Indépendamment de la cinchoniue et de la quinine, l’analyse chimique a rencontré dans les différentes espèces de quinquina une matière grasse, une matière colorante rouge, presque résineuse , une matière jaune, du quinale de chaux, de la gomme, de l’amidon, de la fibre ligneuse, du tanm. Henry de Londres, et Serluerner ont trouvé dans les eaux jaunâtres, résidus de la précipitation de la quinine et de la cinchonine, un autre principe qu’ils ont nommé quinoïcline.

Dans quelques espèces de quinquina on a trouvé aussi d’aulres principes , tels que la montanine découverte par Yan- Mons dans la cinchona montana, l’aricine découverte par Pelletier et Coriol dans une écorce qu’on mélange avec le quinquina , mais dont l’espèce botanique est inconnue. Ces différents principes n’indiquent, d’après Berzelius, que les degrés d’oxidation d’un même radical dont la cinchonine serait le premier, et le quinine le second degré; c’est surtout dans les quinquina jauneet rouge qu’existe en plus grande abondance la quinine. Le quinquina gris contient beaucoup plus de cinchonine, ces bases sont unies à l’acide quinique et à des matières colorantes. — Le quinine s’offre ordinairement sous forme d’une masse amorphe, blanchâtre, poreuse, friable, très-amère, peu soluble dans l’eau bouillante; l’éther et l'alcool le dissolvent assez bien; il est inaltérable à l’air, décomposable par le feu, jouissant de la propriété de saturer les acides et de former avec eux des sels plus ou moins solubles et cristallisables en aiguilles soyeuses , nacrées. La cinchonine au contrajrc cristallise en aiguilles prismatiques, déliées, ou en plaques blanches, translucides ; sa saveur est amère, mais plus tardive à se développer que celle du quinine; elle s’unit aussi facilement aux acides et forme des sels neutres et des sels basiques qui se laissent précipiter , comme ceux de qui-

nine, par les tartrates, les gallates et les

oxalates.

§ III. Effets chez les animaux. — L’ancienne tradition que la propriété du quinquina ait été révélée aux Américains par les lions , est tout-à-fail fabuleuse. Il faudrait supposer que les lions fussent sujets aux fièvres périodiques, et qu’ils fussent bien familiarisés avec les hommes pour leur apprendre de pareilles merveilles. Les animaux ne nous ont rien appris à ce sujet , pas même à présent, car les expériences faites avec le quinquina ne donnent aucun résultat positif. Les préparations de quinine, essayées à différentes doses sur les animaux par Magendie et par d’autres, ne modifièrent en aucune manière leur santé habituelle (51).

§ IV. Effets chez l’hnmme bien portant. — Le professeur Gandiui, de Gênes, s’était déjà assuré par des expériences faites sur lui même et sur plusieurs personnes bien portantes, que le quinquina pris pendant long-temps et tous les jours n’est nullement dangereux. Il n’a observé, chez presque tous, qu’un peu plus de sommeil qu’a l'ordinaire.

Pendant le jour ils étaient plus gais; ils avaient un peu plus d’appétit que d’ordinaire, quelques garde-robes sans douleur, mais qui s’arrêtaient d’elles-mêmes. L’usage cependant long -temps continué de celte écorce finissait par produire de la pesanteur à l’estomac (52). Que le quinquina soit difficile à digérer, nous en avons la preuve dans un fait publié par Friborg. Il s’agit d’un individu qui , après ax'oir pris du quinquina en poudre dans de l’eau , éprouva un vomissement opiniâtre , lequel dura huit jours. La fièvre, cependant, dont il était atteint a été coupée par son effet (53). — Hahnemann (54) et Cartbenger (55) disent avoir remarque, après le long usage du quinquina , des vertiges , du trouble et de la lenteur dans les idées , pesanteur à la tête , bourdonnement dans les oreilles , surdité ; celte

(51) Journal de pharmacie, vol. vu, p.

(52) Bcnescià,suH’efficacia délia chinachina. Livor., 1708, p. 138.

(53) Dissert, de usu cortic. Peruv.,

(54) Peine Arzn., 3 Bd., p. 123.

(55) Dissert, de febrib. interm. epidem. Francf., 1749.

dernière fut aussi observée par Morton (5G) et par d’autres. Hahnemann signale la pâleur universelle et l’engourdissement dans les membres. Plusieurs praticiens, parmi lesquels nous citerons Morton, Friborg (57), Bauer (58) et Schlegel (59), signalent le vomissement parmi les effets de l’écorce en question ; Sydenham et plusieurs autres parlent également de diarrhées (60).

Quant au quinine, Caventou nous apprend qu’élanl souvent dans la nécessité, dans ses travaux , de le goûter , il en éprouva les mêmes effets que par l’abus du café (Gi). Le docteur Scott ayant pris du quinquina à dose progressive jusqu’à quatre grammes (un gros) par jour, éprouva de la chaleur à la peau, sécheresse à la bouche, constipation ; il perdit la mémoire des noms et l’aptitude à additionner ; souvent il ne pouvait se soutenir sur ses pieds, et il tombait mêm>- par terre. Il faut dire qu’il était affecté d’une maladie organique qui avait pu aussi être cause de ces phénomènes. 11 est vrai, néanmoins, que le docteur Johnson , en prenant le même alcaloïde, dit avoir éprouvé des symptômes analogues (G2). Duval et Beraudi ayantexpérimente, eux aussi, le quinine, assurent avoir ressenti des effets de surexcitation , tels que de la chaleur à l’estomac , de l’accé.lération dans le pouls, etc. (63). Plusieurs auteurs ne sont pas d’accord sur les résultats de leurs expériences. En premier lieu, Chomel nous dit que les symptômes de chaleur qu’on éprouve quelquefois après les premières doses de ce remède ne se soutiennent pas si on en continue l’administration (64); mais Bally, qui dans l’année 1825 était persuadé de l’action stimulante du quinine , s’est convaincu ensuite que cette action était anti-phlogistique et sédative (ainsi qu’il s’exprimait) sur le cœur. Loin de dounerde la

(56) Oper., t. xi, p. 76.

(57) Oper. cit.

(58) Act. nat. cur. , t. m, obs. 70.

(59) Ilufeland’s Journ., 7 Bd., 4 st., p. 1G1 .

(GO) Opuscula* Lips. , 1G95, p. 382.

(Cl) Mérat et Delens, Dictionn., t. v, p. 607.

(G2) The London med. and pbys.

journ. Mardi., 1S33.

(63) Mérat et Delens, op. c.

(64) Ibid.

soif ou de l’irritation h l’estomac , déte>ge la langue, apaise les douleurs , modère la chaleur animale et calme la fréquence et la force du pouls. Ce dernier effet a été placé aussi parmi les plus constants, par Banquier, qui observa , ainsi que Bally , que les battements artériels sont réduits , par le quinine, de soixante à cinquante , et même à quarante cinq par minute. Il fit ses observations sur plus de six cents individus. Il n’est survenu non plus aucun symptôme d’échauffement ou de toute autre indispositionnvec plusde trois grammes (72 gridns) de sulfate de quinine, qu’un malade avait pris par erreur. La fièvre cependant dont il était atteint s’arrêta (G5). Le docteur Tomasi de Spineto prétend qu’on peut en prescrire sans danger plusieurs grammes ( 90 grains ) plusieurs fois par jour , même chez des individus très-faibles.

Il esta remarquer que le bourdonnement d’oreilles est produit aussi par les petites doses , mais aucun symptôme de surexcitation ne l’accompagne ; souvent, au contraire, le pouls diminue de force et de fréquence (6G). Folchi , qui a eu souvent occasion d’ordonner à Rome le sulfate de quinine , assure que ce sel ne cause ni diarrhée, ni vomissement , ni constipation, ni pesanteur à l’estomac; seulement, chez les individus pléthoriques , il détermine quelquefois de la rougeur h la figure , de la pesanteur à la tête, du bourdonnement dans les oreilles, de la surdité et de l’inquiétude , mais le tout de peu de durée (G7). —Au milieu de ces dissensions sur les effets du quinine, j’a,i cru ne pouvoir mieux faire, pour m’éclairer, que d’expérimenter sur moi-même; aussi me suis-je administré en différentes époques, dans les hivers de 182G et de 1829, des doses répétées de sulfate de quinine. La quantité totale que j’ai consommée a été de plus de soixante grammes (2 onces). Je jouissais à cette époque d’une excellente santé, bien que mon corps soit plutôt grêle et très-sensible aux moindres excitants,' — Mes observations étaient faites depuis neuf heures du soir jusqu’à deux ou

(65) Journal général do médecine, oct. 1829, p. 7.

(66) Osservaf. medic. di Napoli. Settemb. 1832.

(67) Mater, medic. compend., vol. ï, p. 153.

trois heures après minuit, étant au lit et occupé à préparer les matériaux de mes cours. J’ai noté exactement les doses prises , les différentes circonstances de l’état de mon organisme et de l’atmosphère, et ce que j'éprouvais durant les beaux jours, et les jours pluvieux ou humides , avant et après le sommeil , en suivant ou en arrêtant les expériences.

Les changements dans le pouls ont été notés exactement, tantôt étant assis, tantôt étendu sur le dos. Je ne reproduirai pas ici le journal des notes , car il serait trop long et ennuyeux; je me bornerai seulement à indiquer les résultats définitifs. Pendant les quarante-six jours des premières expériences , cinq fois seulement le pouls s’éleva de deux à trois pulsations par minute. Cela arriva dans la première expérience, n’ayant pris que trente centigrammes (G grains) de sulfate de quinine ; et dans deux autres, pendant un temps de sud-est, où j’avais du malaise et de la soif; dans une quatrième expérience enfin , ayant bu en même temps trente grammes environ (2 onces) de rhum. Il y a donc eu des circonstances particulières auxquelles on pourrait attribuer cette augmentation du pouls, car les autres fois le pouls a constamment baissé de quatre à six pulsations par minute, souvent même jusqu’à douze, notamment quand je parvenais à en prendre quatre grammes (1 gros) dans le courant de la soirée. L’abaissement le plus notable avait lieu au moment de me mettre au lit ou de m’endormir , et le matin aussitôt éveillé. Tant que les doses étaient au-dessous d’un gramme (1 scrupule) , j’avais la tête plus libre, j’étais plus gai , quoiqu’éprouvant une certaine inquiétude partout le corps. Les hautes doses me donnaient de la somnolence, du trouble dans les idées , un bourdonnement dans les oreilles et de la surdité.

Une nuit, jusqu’à dix heures du lendemain (c’est-à-dire dans l’espace de douze heures) j’avais pris petit à petit jusqu’à quatre grammes et demi (plus d’un gros) de sulfate de quinine. Le pouls qui avant l’expérience donnait G4, ne s’abaissa que de huit à neuf pulsations, mais il devint faible; j’ai été pris de sommeil plus tôt que d’ordinaire, j’ai beaucoup transpiré pendant toute la nuit, bien que ce fût en hiver. Je me suis éveillé sans vigueur, abattu, sourd, et avec la tête lourde. En sortant du lit , j’ai été pris de vertiges et la démarche m’était pénible. Cet état d’abattement et de souffrance

QÜINQUINÀ.

340 QtTINQÜINA.'

dura jusqu’au moment du dîner, après lequel la perte de l’ouïe et le malaise général cessèrent ; mais la faiblesse persista jusqu’au lendemain. En général, l’appétit avait augmenté; le malin, la bouche était empâtée , mais jamais après avoir mangé ; les urines étaient plus ou moins abondantes: quant aux selles , je n’ai pu observer aucun changement. Ses premiers effets sur le pouls se manifestaient une demi-heure après l’avoir pris. J’ai combiné deux fois le sulfate de quinine , à GO grammes (2 onces) de rhum; la première fois que je l’ai pris avec le rhum, je m’en étais administré 50 centi grammes (10 grains), et j'ai noté la surdilé et la fréquence dans le pouls, qui continuèrent jusqu’au lendemain : la seconde fois , ayant pris auparavant le rhum , et ayant observé qu’une demi-heure après la fréquence dans le pouls augmentait de huit pulsations, j’ai pris 75 centigrammes (15 grains) de sulfate de quinine en deux fois , en une heure de distance. Le pouls, avant de m’endormir, avait baissé de sept pulsations; et le lendemain matin , la différence était de douze pulsations en moins que dans son état habituel. Je n’ai éprouvé aucun malaise , ni aux reins, ni à la vessie; aucune cuisson à l’estomac, si ce n’est parfois un peu plus de soif que d’ordinaire, ce qui aurait pu dépendre aussi de causes accidentelles.

Il m’est arrivé d’avoir, par suite d’un rliume , une légère injection à la conjonctive. Une insufflation de poudre de sulfate de quinine sur l’organe malade arrêta comme par enchantement la phlog ose commençante, sansquej’aic éprouvé dans l’œil de chaleur, ni de cuisson, ni de larmoiement. De sorte que si l’on me demandait quelle est mon opinion sur l’action dynamique du sulfate de quinine, je pourrais dire avec assurance, que je la crois l’opposée de celle des liqueurs alcooliques, c'est-à-dire liyposthénisante , et cela pour l’avoir éprouvée plusieurs fois sur moi-même. Pour attaquer cette opinion, on ne pourra le faire sans produire autant ou plus d’expériences, et des faits aussi exacts, qui démontreraient le contraire ; ou du moins qui prouveraient que les observations ci-devant rapportées sont inexactes ou non concluantes.

Il y a long-temps qu’on avait observé que entre le quinquina en substance et le vin, il y avait une action tout-àfuit opposée , car il est connu que le vin dans lequel on avait mis en infusion l’écorce péruvienne perdait tout-à-fait sa

propriété excitante et enivrante (68).

— Je ne veux pas me donner la peine ici de rechercher pourquoi plusieurs auteurs ont attribué au quinquina des effets qui sont en opposition avec la vérité. Lesautopsies cadavériques qu’ils rapportent, ayant offert quelques traces de phlogose, ils voudraient déduire dans le remède une action stimulante , irritante. Cette conséquence n’a aucune valeur. Nous pourrions répondre que le quinquina n’a jamais produit à lui seul la mort pour laisser dans les cadavres les traces de sa véritable action. Le cas rapporté par Hoven , d’un fiévreux qui mourut aussitôt après avoir avalé une certaine dose de quinquina n’est nullement concluant, puisqu’il n’est pas prouvé qu’il soit mort à cause de ce remède (G9). Selon moi , il n’y a rien de plus contraire à la saine logique que d’attribuer les changements pathologiques à tel ou tel remède qu’on a donné dans une maladie , laquelle était peut-être par elle-même mortelle. C’est ce que nous devions penser des maladies que l’on cite, car, la mort qui les a suivies suppose une autre puissance indépendante du remède, administré soit durant l’intensité du mal, soit pour tout autre cause fortuite.

§ Y. Effets dans les maladies. — La véritable source probante de l’action du remède est celle qui découle de son administration dans le traitement des maladies. 1° Parmi celles-ci se présente en première ligne la fièvre intermittente. Le quinquina exerce un pouvoir vraiment merveilleux dans la fièvre intermittente que les praticiens ont désignée sous le nom de légitime. Dans les autres fièvres dites à paroxysme ou de redoublement, il se montre également avantageux pour arrêter le retour des accès. Quel que soit le type ou l’aspect du mal, aucun remède, jusqu’à présent, n’a été aussi utile et aussi prompt dans son action que le quinquina , quoiqu’il soit nécessaire quelquefois, pour achever un traitement, d’appeler à son aide d’autres remèdes.

Cela a notamment lieu dans les fièvres dites périodiques compliquées, dans les intermittentes pernicieuses en particulier. En effet, indépendamment des dif-

(68) Le Mirabili virtu délia kitia kina dletro van Swietcn e Tegul. Venezig, 1785, p. 97.

((59) Versuch. üb. d. Wechselûeb-, 2 th, , p, 16.

férents moyens réclamés par la condition morbide particulière locale, le quinquina est toujours ici place en première ligne: il est pour ainsi dire indispensable pour arrêter les accès dont le retour met assez souvent la vie en danger. Il n’est pas besoin de mettre en avant les autorités qui ont constaté l’admirable vertu anti-périodique du quinquina. Il est seulement pénible de voir qu’on ne voudrait accorder à cette écorce d’autre propriété que . celle d’être anti-pyrétique ou simplement ' remède propre à combattre les maladies intermittentes ou périodiques et rien de plus. Il est des praticiens qui administrent le quinquina non-seulement contre les fièvres périodiques, mais encore contre d’autres maladies apyrétiques qui ont une marche périodique ou avec tendance spéciale à la récidive. Il en est d’autres qui considèrent ces maladies comme fièvres inte mitentes larvées. De ce nombre seraient les douteurs vagues, les névralgies, la migraine, etc., qui reparaissent souvent à intervalles égaux comme les convulsions, certains vomissements, etc.

Les autres doctrines professées depuis long temps, et qu’on professe encore aujourd’hui, concernant la manière d’agir du quinquina dans ces maladies , et les règles qu’on doit suivre dans son administration , ne doivent pas nous occuper pour le moment, puisque les idées que nous allons émettre sur l’action du quinquina , sur la nature et le caractère des fièvres périodiques, nous dispensent de nous livrer longuement à un pareil examen.

2° L’histoire de l’usage thérapeutique du quinquina nous apprend que les praticiens l’ont étendu aussi avec avantage à d’autres affections qui ne sont pas intermittentes , mais qui offrent pourtant des exacerbations ou des paroxysmes, et laissent des espaces réguliers avec un notable soulagement. Telles seraient les fièvres rémittentes des auteurs. Won-seulement dans celles-ci , mais encore dans les fièvres continues le quinquina a été employé par Sydenham (G9), par Werlhof(70), par Senac (71), par Lautter(72), par Baumes (73) , etc. Je suis sur d’a-

(69) Oper. univ., p. 504.

(70) De febrib., p. 61.

(71) Dcrecond. febr. nptur., p. 258.

(72) Hist. bien. morb. rural., p. 194.

(73) Traité des fièvres rémittentes,

vance que , quelque convaincantes que puissent être les idées que nous allons émettre sur la nature des fièvres périodiques, il y aura des praticiens que rien n’ébranle dans leurs vieilles croyances; mais ce n’est pas pour eux que j’écris. Les amis de la vérité et du progrès reconnaîtront, j’espère, avec moi, que les fièvres intermittentes sont de nature hyperslhénique et que les fièvres rémittentes et continues sont, le plus souvent, pour ne pas dire toujours , d’un caractère phlogistique. Je citerai pour ces dernières les exemples de Morton (74), ceux de Weichert (75), qui saisit cette occasion pour publier un mémoire sur la vertu anti-phlogistique du quinquina ; ceuxdeH.Cloquetet Mérat, dans lesquels une inflammation cérébrale et arachnoïdienne était évidente (76); et ceux, enfin, de Chantourelle qui se rattachaient à une cystite par suite de la lithotrilie (77).

3° On rangeait jadis dans l’ordre des pyrexies, la fièvre jaune , la fièvre pétéchiale ou typhus. De nos jours on a vu que dans ces maladies la fièvre n’en est qu’uu simple symptôme, le résultat immédiat d une phlogose de quelque organe intérieur. Or, dans la fièvre jaune le quinquina a été trouvé efficace par Casson (78) ; La Fuente atteste avoir sauvé un grand nombre de malades en leur faisant avaler dix-huit, vingt-un , et même trente-trois décagrammes (six, sept, onze onces) de quinquina en quarante-huit heures (79). Dans le typhus des prisons, des hôpitaux et des navires, Yulpes préconisa le quinquina (80).

Dans le typhus simple ou pétéchial des auteurs , le quinquina a été aussi vanté par de Haen (81), par Mayer (82), etc. aujourd’hui on donne la préférence au quinine et à ses sels dans tous ces cas.

(74) Oper., t. ir, p. 196.

(75) Diss. de virtut. cortic. antiphlog.,

(76) Diction, de mat. méd., vol. v, p.

(77) Séance de l’Académie, 4 décembre 1827. Revue médicale. Janvier 1828.

(78) Alibert, Nouveaux éléments de thérapeutique, t. î, p. 42. (Edit, ital.)

(79) Ilcdoin, Emploi des quinq. dans la lièvre jaune. Thèse, 1806.

(80) Mérat et Delcns, Dictionn., t. v, p. 633.

(81) Rat. medend., P. ni, p. 56.

(82) Sandifort, Dissert, collect., t. i, p. 104.

4« Dans les exanthèmes etsurlout dans la petite-vérole, le quinquina a obtenu les suffrages de Morton (83) , de Mouro (84), de Wall (85) , de Mead (8(i) , de Huxham (87), de Broklesby (88), de île Haén (89), de Pleneis (90), de Rahn (91) et de Rosenstein , lequel assure que la quinine dans cette maladie opère des miracles. Dans le traitement d’autres exanthèmes, le quinquina jouit depuis long- temps d’une grande réputation.

Aujourd’hui la même faculté de guérir ces affections est accordée aux différentes préparations de quinine (h2). Dans l’épidémie des Pays-Bas, qui domina dans l’armée en 1 820, le sulfate de quinine a été le remède le plus utile (93). Nous pourrions mettre aussi la peste à côté des exanthèmes, car Bado (94), Assalini (95) et Rushwortk (96) assurent que le quinquina a été d’une grande utilité contre cette terrible maladie. Il importe cependant de faire remarquer que, soit dans ta petite-vérole, soit dans d'autres affections dermiques contagieuses, le quinquina a été employé sous des points de vue différents. Les uns ne l’ont prescrit que dans la variole maligne , accompagnée de menace de gangrène; les autres seulement avant l’éruption pour l’aider de plus en plus, ou pour la faire reparaître lorsque-les pustules s’affaissaient prématurément ; d’autres, enfin , après la dessiccation des pustules, dans le but d’abréger la convalescence. Laissant de côté les différentes

(83) Oper., t. 111, p. 185.

(84) Med. essays, vol. v, p. 98.

(85) Philos, trans., vol. xi.iv, P. 11, p.

(86) Oper., t. 1, p. 36.

(87) Oper., p. 142.

(88) Observ., p. 240.

(89) Ratio medendi, P. n, p. 89.

(90) Philos, trans., vol. xuv, P. 11, p.

(91) Abhandl. d. Gesellsch. in Zurich, 1 Bd., p. 195.

(92) Geiger’s Magaz. Marz 1827.

(95) Magaz. d. ausland. Lit. d. ges.

Ileilk. Jan. u. Febr. 1827.

(94) Anastas. cort. Peruv., p. 1063.

(95) Alibert, Nouveaux éléments de thérapeutique, 1. c.

(96) Proposai for the improv. of surgery, «te.

explications et intentions des médecins, nous ne devons voir dans tous ci s faits que la partie positive, savoir : l’utilité du quinquina dans plu ieurs cas de variole et autres exanthèmes , convaincus que nous sommes par d’autres faits décisifs , que la variole, ainsi que les autres exanthèmes, quilles que soient leur période et leur forme, sont toujours a fond hyperslhénique. D’cù nous sommes autorisés à conclure que l’aclion thérapeutique de cette écorce est byposthénisante.

5° 11 existe une maladie opiniâtre, insidieuse , connue encore sous le nom de fièvre étique essentielle, laquelle, sans offrir aucune altération apparente dans les organes, produit des troubles quotidiens dans le pouls après le repos, des sueurs nocturnes ou matinales très abondantes, et conduit rapidement à la consomption et a la phthisie. Mead, dans cette lièvre étique essentielle, avait recours au quinquina vers la dernière période (97). A dire vrai, nous nesaurions à quelsavantages véritables on doit s’attendre, lorsque le mal est arrivé à la dernière période ; mais, dans une période moins avancée, quelques individus ont clé sauvés du marasme et de la mort moyennant le quinquina. Nous aurions bien des exemples à citer, car, dans ces cas, ou peut comprendre aussi la fièvre purulente, ou de consomption des chirurgiens. Nous croyons , après de longues éludes sur ce sujet , pouvoir assurer que les fièvres étiques 11e sont que de véritables artérites lentes, avec redoublement aigu vers le soir.

6° Nous verrons plus loin que les maladies connues sous la dénomination générique et indéterminée de phthisie pulmonaire , appartiennent , elles aussi , aux artériles lentes; primitives ou secondaires, qui engendrent une phlogose locale, et vice versa , c'est-à-dire artéropneumoniles ou pneumo-arlérites. C’est à tort que les praticiens attribuent l’amaigrissement et les sueurs colliquatives à l'affection pulmonaire, laquelle souvent n’existe pas, ou, si elle existe , elle n’est qu’un simple ulcère , une légère suppuration , une induration incapable de donner la mort, et souvent même de troubler la fonction de l'organe affecté ; savoir, la respiration, la voix cl l’hématose.

(97) Alibert, 1. C.

QUINQOINA.

{Note (l. trarl.) [Ces remarques font aisément pressentir que M. Giacomini a des idées un peu dilVérentes de celles qu'on professe communément sur la phthisie pulmonaire. Selon lui, la phthisie tuberculeuse est la plus fréquente mais elle n’est pas la seule qu’on puisse admettre.]

Qu’un poumon ulcéré, induré , suppuré ou détruit puisse être cause de mort, tout le momie le sait; mais qu’en laissant vivre, ce qui arrive souvent , il puisse empêcher la nutrition de tout l’organisme , nous aurions de la peine à le concevoir. 11 aurait fallu que le poumon fût destiné à procurer le matériel nutritif, ou qu'il fût destiné à l'élaborer, tandis qu’il ne sert qu'à lui fournir l’oxygène. Or , le sang des phthisiques eA précisément très-oxygéné, et les organes, qui élaborent véritablement les matériaux de la nutrition [l’estomac par exemple;, offrent chez eux une très -grande activité; mais la masse du sang a une grande tendance à la pléthore. A quoi tient doue l'amaigrissement , puisque le matériel de la nutrition ne manque pas? Evidemment aux capillaires artériels qui , étant affectés de phlogose lente , n’exercent plus leur fonction de nourrir les tissus ; tandis que leurs extrémités etleurs parois laissent échapper, à chaque exacerbation nocturne et quotidienne, les matériaux réparateurs de l'économie sous forme de sueurs colliquativeset donnent lieu au dépérissement progressif, etc. — Ainsi ce résultat n’est pas l’ell’et immédiat, ou l’indice direct d’une affection pulmonaire , mais bien d’un vice dont le siège fixe est profond et dans les capilaires artériels. De sorte que, si le quinquina est utile dans la phthisie, nous trouvons là une nouvelle preuve de si vertu hyposlhénisaiite vasculaire.

Qu’elle soit telle, ce nous est affirmé par Werlhof (98), Yan Swielen (99), Jaeger (•00) . Uh and (l) . Morton (2), Haller

(3), lissol (4), de Haen (5), Metternich,

(98) Obs. de febr., p. 52.

(99) Cointn. in Boerli., t. iv, p. 94. (100; D.ss. cort. Pcruvian. in plitliis.

pulm. Iiist. et res. exliib. Tub., 1779.

(1) llist. cort. peruv. med. prnet. et us. ejus in plilli. pulm. Tub., 1782.

(2; Opéra, t. i, p. 105.

(5) Opusc. palhol., p. 182.

(4) Avis au peuple, p. H9, 124.

(5) Rat. med., I». xh, p. 257.

qui donnait le quinquina à très-haute dose (fi), et Pringle, qui, d’abord, craignait de l'administrer, mais qui , par la suite, en usait très - souvent , et a écrit qu’il n’a jamais observé par l’administration du quinquina ni augmentation dans la chaleur, ni dilhculté dans la respiration (7). A côté de ces noms, on peut ajouter l’autorité de Roques (8), de Cleghorn, qui le trouva très efficace pour diminuer les sueurs très-abondantes (9), et de Whytt qui , étant affecte lui même d'un mal de poitrine dont il désespérait de guérir, dit qu’il n'a dû sa guérison qu’au quinquina (10). — Si cette écorce en substance a obtenu tant d’éloges , combien n’en méritent pas la quinine et ses differentes préparations, lesquelles, ainsi que nous allons le voir, manquent de quelques inconvénients secondaires du quinquina , circonstance u’uiie grande importance dans le traitement de la phthisie M. Magendie recommande l’usage de la quinine contre la phlhisie pour en arrêter les sueurs (11). Guntlier la prescrivait avec succès, associée à la di ■ gitale contre la phthisie pulmonaire (l 2). En supposant que je n’eusse pas de mon côté l’autorité de plusieurs praticiens du plus grand mérite sur ce point , j’aurais toujouis en ma laveur l’expérience d’une longue et nombreuse clinique. Depuis nombre d’années on traite chez nous , avec succès, à l’aide du sulfate, ou du citrate de quinine, les mêmes cas que d’autres avec leur sentence auraient caractérisé pour des cas de phthisie. Nous pouvons assurer avoir rendu la santé à plusieurs de ces individus émaciés atteints de toux continuelle, d’expecloration puriforme, de fièvre nocturne, mais qui n’avaient en réalité qu’une bronchite chronique qui n’était pas encore arrivée au degré d’altération organique. D’aulres qui, par des causes particulières, telles qu’un vice de conformation, une dispo-

(0) Emploi du quinquina à liante dose dans la phthisie pulmonaire. Journal général de médecine, vol. xxix, p. 52; vol. xxxn, p. 5(3.

(7) Diss. of lhearmy, p. 1G7.

(8) Phytogr. medic., t. n, p. 39.

(9) Dis. of minorca, p. 190.

(10) Ess. and observ. phys. andliter., t. m, p. 575.

(11) Journal de pharm., 1821, t. vu.

(12) Omodei, Ann. univ. di medic.

Magg. e Giug. 1830, p. 592.

344 quinquina.

sitiou héréditaire, etc., ne purent dire entièrement guéris par le quinquina , obtinrent un soulagement fort notable.

Enfin, lors même qu’une lésion pulmonaire permanente existe, soit ulcère, soit suppuration , soit tubercules, soit, enfin, plusieurs de ces louons h la fois, nous pouvons affirmer avoir aussi obtenu, par la quinine, la plus grande amélioration en calmant la toux , en diminuant les sueurs, en procurant, enfin, le sommeil. Dans plusieurs cas nous avons combiné la quinine au sulfate de fer , dont la manière d’agir n’est pas contraire, ainsi que nous le verrons plus loin. Nous pourrions rapporter un grand nombre de faits à l’appui de ce que nous venons d’avancer, cl citer les noms de médecins compétents et honorables qui ont été témoins de nos cures, mais cela nous eondui ait trop loin sans rien ajouter au fond des choses. Dans noire pratique particulière en ville , nous trouvâmes d’abord quelques confrères appelés en consullation un peu rétifs h notre manière de voir sur la quinine dans cette maladie : on craignait d’augmenter la toux, la phlogose locale, la diarrhée, d’irriter les voies urinaires , de porter le sang à la tête. etc. On n’en attendait, enfin, qu’un bienfait tout au plus palliatif quant à la fièvre. Personne, je crois , ne partagera plus aujourd’hui ces appréhensions après avoir prescrit ce remède d’une manière convenable, car personne n’aura vu surgir les accidents menacés, pas même en l'administrant à forte dose et pendant fort long-temps.

7° Le quinquina a été conseillé contre l’hé noptysie par Hoffmann ( 1 3 ) , par Wagner ( I 4), par Murray (15), par Yogel (IG). Il faudrait même croire que Morton a dù en relirer des effets prodigieux, puisqu’il déclare que cette écorce est l'antidote de l'hémoptysie par excellence (17). — Dans les hémorrhagies également on a indiqué le quinquina comme très-utile. Dans une hématurie grave il a été reconnu efficace par Detharding (18); dans la métrorrhagie, par

(13) Med. sysl., t. iv, P. n, p. 44.

(14) Haller, Coll, diss., t. n, p. 55.

(15) Appar. medic., t. 1, p. 519.

( 1 G> De cognoscend. et curand. praec.

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