‹ Encyclopédie des sciences médicalesChapitre 78 sur 168 · C. II. affect., p · texte numérisé non relu

C. II. affect., p

( 1 7) Opéra, t. 1, p. 150.

(18) Haller, Coll. diss. pract., t. vi,

de Haen (19); dans une épistaxis que rien 11c pouvait arrêter, par Hosenstein (20) ; et dans toute hémorrhagie en général, par Acrel (21) et Ileld (22). La quinine a été aussi conseillée contre l'hémoptysie par Goupil (23), et nous axons eu nous-mème l’occasion de nous en louer dans des cas pareils. Klokow (24) et Carminetto (25) l’ont vantée contre les mélrorihagies et les hémorrhoïdes flnemes. Botex, contre l’épistaxis (2 G) : Pridgin, Teal , contre le purpura iiemorrhagica (27). Nous ne nous permettrons ici aucune remarque sur ces maladies , puisque nous en avons déjà assez parlé ailleurs; leur nature ayant été démontrée hyperslhénique. Comment nier, après cela, une action hyposthénisante vasculaire dans le quinquina , action ti ès - analogue a celle du seigle ergoté, de la digilale, du sel de nitre?

8° On peut en dire autant de l’hjdropisie, contre laquelle plusieurs praticiens ont eu aussi recours au quinquina. Gœlick (28), Heisler et Restaurand (29), Krenyfdd (30) , Van-Nahuis (31), Rubini (32), Lafisse (33), Carron (34) sont de ce nombre.

(19) Bat. med., P. vu, p. 57.

(20) Burns Jukd., p. 506.

(21) Om,Chir. Handal Fœrkart, p. 14.

(22) Act. nat. cur., cent, ni et iv, p.

(23) Nouvelle bibliothèque médicale.

Juillet 1824, p. 519.

(24) Journ. der prakt. Heilk., 1824, J unies.

(25) Revue médicale, t. xi. p. 205.

(26) Comple rendu des travaux de la Société de médecine de Lyon, 1831, p.

(27) The Edinb. Journ. ofmed. scieuc., n. 6, april. 1827.

(28) Dis. med. de quart, et hydrope, etc.. 1740.

(29) Benescià sull’ eflfic. délia chinach. lit. 1763, p. 93.

(30) De corlic. peruv. virt. anlihvdr.

(51) Diss. de usu cort. peruv. in morb. liydrop. Lugd. Bat., 1781.

(32) Sull’ azione spec. délia china s.

vie or. M. d. soc. liai.. 1799, l. vm.

(33) Emploi du quinquina dans les fièvres, etc. Paris, 1809.

(34) De l'efficacité du quinquina dans le traitement de l’hydropisie et des obstructions du foie. Journal général d* médecine, 1809, t. xxxiv, p. 129,

9° On a aussi attribué au quinquina une vertu anti-spasmodiquc, et , conséquemment, on a traité une foule d'affections réputées névralgiques avec ce remède. En y réfléchissant on voit de suite que ces mêmes maladies ont toutes un fond hyperstbénique. Que l’épilepsie soit une affection de cette nature , nous l’avons déjà démontré à l'occasion de l’opium; et c’est précisément contre l’épilepsie que le quinquina a été utile entre les mains de Ritler (35), de Mead (36), de Werlhof (37), de Fuller (38), de Tissot (39 . — Que la toux convulsive soit, elle aussi, de nature hypers! lié nique, nous croyons l’avoir démontré ailleurs(ar/e«obronchile). En conséquence nous ne sommes pas surpris que le quinquina ait guéri celte maladie entre les mains de Standberg(40), deRrendel(41),deWliytt

(42), de Miller(43), de Morris (44). Bisset fait observer à ce sujet que le quinquina augmente d’abord la toux, puis, en le continuant, il finit par la faire cesser entièrement (45). — Plusieurs praticiens ont réussi à calmer des névralgies fort douloureuses et opiniâtres, au moyen du quinine et de ses différents sels. On sait que Petroz parvint, eu quatre jours, à ce qu’il dit, à guérir une prosopalgie qui datait de deux années (46). Heyfelder, Berlingeri , et plusieurs autres guérirent des névralgies intermittentes à l’aide du sulfate ou du citrate de quinine (47). On pourrait dire que ces maladies ont une période marquée, et que la quinine a été administrée dans ces cas comme remède anti - périodique par excellence. Nous aimons mieux , cependant ,

(35) Act. curios. natur., I. x. App., p. 173.

(56) Præcepl. med., p. 37.

(37) De febrib., p. 64, note.

(58) Pliarm. extemp.,p. 89.

(39) Avis au peuple, p. 395.

(40) Vetensk. Acad. Handl. 1749, p.

(41) Progr. de tussi convuls., 1747.

(42) Observ. on nerv. disord., p. 636.

(43) On aslhma and. booping cougli., p. 136.

(44) Med. osserv. and inquir., t. m, p. 281.

(45) Med. essays, p. 181.

(46) Med. chirurg. Zeitung. 1823, 3 Bd., p. 63.

(47) Raisin, Mege, Spirilus, Ilouzelot, Lésai vre, Duprù et Piedngnel, Dufresne, etc. Repert., 1827, cah. n, p, 272.

nous en tenir au fait cl laisser de côté les hypothèses. Nous ajouterons seulement que les autres moyens qu’on prescrit contre les névralgies, tels que les sangsues, les saignées , etc. , prouvent évidemment que le fond de la maladie est phlogistique. Dans notre opinion les névralgies ne sont que des sub-nevrilémites, si elles sont récentes ; et des névrilémites véritables, si elles durent depuis quelque temps. Cela est si vrai que si on les néglige elles dégénèrent en rachialgites et même en tétanos. Le quinquina a été fort utile contre cette dernière affection entre les mains de Yogel (48) et de Rush (49).

10° Plusieurs auteurs ont recommandé le quinquina contre le rhumatisme aigu et contre l’artrite. Folhergill (50), Bond (5l), Whytl (52) , Sydenham (53), Morton , Haigharl , Fordyce , Pringte (54) , Thomas (55) , Gianniui (56) , le prescrivaient à haute dose. Held l'a proclamé contre cette affection douloureuse, comme remède souverain (57); et Herillnin l’a proposé dernièrement dans le même but, comme un nouveau secours (58). Ces mêmes auteurs et d’autres aussi préconisèrent ce médicament contre la goutte (59). Giannini dit que, dans celte maladie^, le quinquina est d’autant plus utile que la maladie est aiguë et inflammatoire. Pour contester la vertu hyposthénisante du quinquina, on devrait nier tous ces faits, ou bien ignorer que l’artrite, le rhumatisme aigu, lagoutte, soieut

(48) De cognosc. et curand. præc.

corp. h. affect., p. 8.

(49) Med. Untersuch. und Beobacht..

(50) Med. observ. and inquir,, vol. ï, p. 519.

(51) Med. observ. and inquir., vol. Il, p. 265.

(52) Nerv. Diss., p. 424.

(55) Tract, de podagra, p. 454.

(54) Dis. of tlie army, p. 160.

(55) Med. pract., t. i, p. 328.

(56) Delta natura dette febbri, t. n.

(57) Eph. nat. cur., cent, ni et iv, p-.

(58) Revue encyclopédique, 10e livr.

(59) Tovares, The medic. journ. of Kdinb., t. xxxiv, p. 1. — Audouard, Journal de médecine pratique de Montpellier, t. x, p. 95. — Lumboldt, Bulletin des sciences médicales de Férussac, t. xx, p. 118. — Strambio, Giorn. analiliQ di mediç., vol. xw, p. 98.

des maladies tellement inflammatoires qu’elles exigent des saignées abondantes et répétées pour être guéries. C'est pour cela même que nous croyons que le quinquina ne peut être profitable dans ces maladies qu’à très - haute dose , ou combiné avec les saignées.

Il0 Nous ajouterons ici en passant que la scrofule et les tumeurs lymphatiques ont été traitées avec succès par Fothergill (GO), parFordyce ((il), par de Ilaen (62) et par Tode (G3) , à l’aide du quinquina , nous réservant d'en parler plus en détail à l’occasion des remèdes hyposthénisuuts lymphatico -glandulaires.

12° La présomption que le quinquina produisait, tout en coupant la fièvre , l’obstruction des viscères abdominaux, notamment de la rate et du foie , est très-ancienne. On ne se doutait pas alors que ces altérations secondaires étaient plutôt l’eflet de la fièvre que du remède, ainsi que nous le ferons voir bientôt en indiquant la manière de l’éviter. En attendant, nous pouvons assurer que ces obstructions, loin d’être le résultat du quinquina, sont dissipées par ce remède lorsqu’elles existent ; c’est ce qui a déjà été prouvé par Strack, Carron , Lafisse

(64), Baumes (65) et Clegliorn (66). On sait d’ailleurs que Lacour (67) et Bally ont porté la dose du sulfate de quinine jusqu’à trois grammes (60 grains) par jour, pour combattre des obstructions; et que ce dernier eut le bonheur d’obtenir par ce remède la guérison d’une ascite produite par des engorgements glandulaires (68). La jaunisse est ordinairement le résultat d’une ancienne obstruction du foie ou d’une lente hépatite. Eh bien, Camérarius (69), Lansoni, Schulz, Werlhof (70) et Saulorini (71),

(60) Déjà cité.

(61) Med. observ. and inquir., vol. î, p. 181.

(62) Rat. medend., P. iif, p. 182, 192.

(63) Bi.blioth., t. in, p. 197.

(64) Auteurs déjà cités.

(65) Traité des fièvres rémittentes, t» il, p. 521.

(66) Diss. ofMinorca, p. 205.

(67) Essai sur le sulfate de quinine donné à haute dose, etc. Paris, 1831.

(68; Transac. médic., septembre 1833, p. 79.

(69) Diss. de cortic., 1730.

(70) Diss. epist. ad ill. de Berger, p. 32.

(71) Benescià cit.» p- 04»

faisaient usage du quinquina pour la combattre, et ils ont obtenu d’excellents résultats.

13° Le quinquina et son alciloïde ont été aussi accusés de causer facilement une irritation dans les voies urinaires. Or , chose étonnante, c’est précisément contre l’ischurie inflammatoire très-douloureuse que le professeur Morris l’a administré avec succès (72). Gimelle et Emery en ont tiré de l’avantage contre la gonorrhée (73).

14° Une maladie grave, contre laquelle le quinquina et surtout le quinine doit être d’un immense secours, c’est le scorbut. A dire vrai , il n’y a pas beaucoup d’autorités qui appuient notre manière de voir , si ce n'est Lind (74), Kramer (75) et Broklesby (76). Nous n’oublierons jamais la prompte guérison que nous avons obtenue en 1834 à notre clinique d’un cas fort grave de scorbut, à l’aide de ce médicament. Dan>; notre diagnostic , cette maladie a élé caractérisée pour une phlebo gastrite , c’est-à-dire une inflammation de l’estomac , dans laquelle les veines de ce viscère avaient dû être principalement atteintes de phlogose.

On traita la maladie avec le sulfate de quinine d'abord , à la dose de un gramme et demi à deux grammes (30 à 40 grains) par jour, combiné à quelques centigrammes d’aloës ; le sixième jour la fièvre avait cessé, les douleurs abdominales avaient disparu , le vomissement également; la mauvaise odeur de l’haleine n’existait plus , et les gencives avaient repris leur couleur et leur consistance normales. J’avais désiré expérimenter la quinine dans d’autres formes de scorbut, mais il ne se présenta plus à la clinique qu’uu seul cas qui était trop avancé et au-dessus du pouvoir de la médecine, quoique le citrate de quinine que je lui ai prescrit ait amené quelque soulagement.

15° Nous voici arrivés an point le plus important de l’histoire du quinquina, aux affections bien connues et d’une nature non équivoque combattues heureusement par ce remède, cl qui mettent

(72) Med; obs. and inquir., t. i, p. 81.

(73) Académie royale de médecine, séance du 19 mars 1833.

(74) On scurvy.

(75) Diss. epist. de scorbulo.

(70) Observ., p. 306.

en plein jour son action dynamique ; nous voulons parler des inflammations.

Sans citer ici tous les auteurs qui ont Pyopiea a',g administré le quinquina dans ces maladies , nous nous contenterons de nous appuyer sur l’autorité des praticiens les plus accrédités ; tels sont Weicliert (77),

Buchner (78), Held (79), qui ont publié des travaux très-concluants sur la piopriété anti-phlogistique du quinquina;

Clo-sius (80) , Wall (8l) , Mannes (82) et Quarin (83), qui le prescrivirent avec succès contre la pleurésie la plus grave .

Gandini (84) , qui l'a employé avantageusement contre la pneumonie , et Hevermann, qui, après la saignée, l’ordonnait en lavements aux individus pléthoriques (85). Dans les inflammations des viscères du thorax, Casimir Médicus administrait le quinquina conjointement avec les vésicatoires et autres antiphlogistiques (86) ; Yacca aussi en a vanté les bons effets dans les phlegmasies (87) ;

Ramazzini , contre l’ophthalmie (88);

Morton, contre la mélrite (89), et aussi contre la dysenterie (90), à l’exemple de Cleghorii , de Whytt. de Pringle (91), de Monro (92), de Clark (93) et de Renaudin (94). Cette pratique doit certainement surprendre ceux qui , sachant que la dysenterie n’est qu’une inflammation intestinale, ne voient dans le quinquina

(77) De virl. chinæ chinæ antiphlog.,

(78) De virt. corlic. peruv. antipli.

Ilalæ, 1708.

(79) Dissert, de temp. cort. peruv. usu in febr. in fl . Gott., 1775.

(80) De corlic. peruv. rem. variol.

prophylact., 1705.

(81) De l’usage du quinquina dans la petite-vérole, 1780.

(82) Brief. üb. die Friescln., p. 25.

(83) Metb. med. inll., p. 91.

(84) Benescià cil., p. 102.

(85) Bemcrk. und Unlersuch. d. Àus. Arzn., 1 Bd., p. 146.

(86) Samml. v. Beobacht. aus. d.

Arzn., 2 lb., p. 452.

(87) Opéré mediche, t. ni, p. 215.

(88) Barris, Jukd., p. 306.

(89) Op. omn., t. n, p. 135.

(90) Jd., p. 237.

(91) Cité ailleurs.

(92) Milit. disease, p. 89.

(93) Dis. in long. Voyages to bol coun* tries, p. 233.

(94) Hist. de l’Académie des sciences, p. 47 et 223.

qu’un remède écliauft’ant, un stimulant, et conséquemincnl une substance plus propre à augmenter qu’à diminuer la phlogose ; aussi inculpent-ils la poudre de quinquina d’avoir souvent engendre des flux de ventre. Ces craintes pourtant devraient cesser en face de pareils faits. 11 ne s’ensuit pas cependant pour cela que dans les gastro-entérites il convienne de prescrire indistinctement le quinquina en substance , car il pourrait souvent nuire par son action mécanique.

R est reconnu en eilet que dans une grande quantité d’écorce péruvienne il y a peu de parties vraiment actives et beaucoup de substance ligneuse, qui n’a d’autre action que de charger l’estomac par son poids. De là une irritation mécanique qui peut augmenter la phlogose gastro-intestinale.

Cet inconvénient est évité par 1 heureuse découverte de l'alcaloïde qui existe dans le quinquina combiné à l'acide quinique;aussi administre-t-on aujourd hui, dans les gastrites et dans les entérites, avec un grand succès, le sulfate de quinine à la haute dose. Sandras (93*), Bailly et Banquier (94*) , Chomel (95) , de Simoni (96), Garavaglia (97) et nous-mêmes, nous nous sommes assurés des bons effets des sels de quinine dans les phlogoses.

Si on a eu à se louer des préparations quiniques dans les inflammations gaslroentériques , à plus forte raison on doit les employer dans d'autres phlogoses , telles que l’érysipèle. E liotson en effet s’en est servi avec avantage dans ces cas

(98), et Punlous d’ailleurs l’a donné utilement contre la pneumonie (99). Collineuu (100) et d’autres s’en sont aussi servi avec avantage dans le catarrhe pulmonaire, avec exacerbation vers le soir.

Mais nous n’avons pas besoin de recourir à l'autorité des citations , nous possédons assez de faits qui nous sont propres

(93*) Journal général de médecine.

Novembre 1825. p. 165.

(94*) Journal général de médecine, 1827, t. cix, p. 7.

(95) La clinique du 9 janvier 1850.

(96) Revue médicale, septembre 1832.

(97) Slrambio, Giorn. anal, di medic., t. xiv, p. 51, 1850.

(98) Magendie, Formulaire, p. 100.

(99) Revue médicale, juillet 1834,

(100) Transact. méd., février 1853,

et qui prouvent, d’une manière positive, l’utilité des différentes préparations de quinine dans les maladies inflammatoires. Aussi croyons-nous utile d’en citer ici quelques-uns: une fièvre synoque fort grave, traitée avec le sulfate de quinine et une saignée; plusieurs artériles aiguës graves, des pleurites, des péripneumonies , des bronchites, des métrites simples , ont été guéries en peu de jours , à l’aide de ce sel , à la dose de deux à trois grammes, et même de quatre par jour (I à 4 scrupules). Dans ces affections on ne dépassa pas la seconde saignée, et dans une bronchite légère on a pu s’en passer tout-à- fait.

IG'1 On a aussi attribué des propriétés anti-septiques au quinquina. En cela il était mis au même niveau que le camphre; en conséquence, dans les cas de gangrène, ou même lorsqu'on la craignait seulement, on y avait recours avec confiance, soit à l’intérieur , soif à l’extérieur. On en trouve des exemples dans les ouvrages de Douglas (1), de Medarstadt (2), de Vater (3), de Bordeu (4), de Kronaeker (5), de Buchner (6) et de plusieurs autres. Folhergill s’en est aussi loué contre l’angine gangréneuse (7) ; Douât , dans une menace de gangrène d’estomac (8); Coularivaux , dans celle de l’œsophage (9) ; Yan-Swieten dans cille des intestins (1 0) ; Marchand, dans celle de la matrice, après un accouchement difficile ( I 1); Pelicot (12) et Longis (1 3), dans celle du scrotum; Schmucker, dans lagan-

(1) Traité de la gangrène et des effets du quinquina, 17 22.

(2) Dis. de eiïic. adm. chinæch. in gangr. Witt., 1734.

(3) De eff. adtn. chin. and gangr. sist. in Angl. obs. Witt., 1733.

(4) Observations sur l’usage du quin-

3uina dans la gangrène. Guisard, Traité es plaies, 1746.

(5) De usu cortic. peruv. chirurg.

Hal., 1766.

(6) De virlut. cortic. peruv. chirurg.

Halte, 1768.

(7) Account of the sore Thr. Wall.

Gentl. Mag. 1731, p. 597.

(8) Oper., t. ix, p. 44.

(9) Journal de médecine, vol. xvr, p.

(10) Comment., t. ht, p. 187.

(I I) Journal de médecine, t. vi> p.193. (12; Ibid., t. ix, p. 45.

(13) Ibid., t, xvi, p. 438.

grène d’hôpital (14); Pappelhaum (15), Lœsecke (IG) et Mautt (17), dans la gangrène sénile. D’après ce que nous avons déjà dit sur ce sujet à l’occasion du camphre , nous croyons pouvoir nous dispenser d’apprécier la valeur de ces faits. — Pour peu que les praticiens y réfléchissent ils se convaincront sans peine que la prétendue verlu anti-septique du quinquina n'est autre que l’action hyposthénisante.

17° (j’est aussi par les mêmes raisons, je crois, que les . pi aticiens louèrent l’extrêine utilité du quinquina contre le cancer. Ri lier ( I 8), Urielriclis ( 1 9) , de Haen

(20) Akenside (21), Warner (22), Werloff (23), étaient partisans de celte pratique. D’après nous l’utilité de ce remède n’est qu’en raison de son effet anli phlogistique, capable de mitiger ou de dissiper l'élément inflammatoire de la maladie et la fièvre.

1 8''Nousavonsencore une confirmation de l’action hyposthénisante du quinquina dans ses bons effets contre les blessures, comme moyen capable de prévenir la gangrène et le tétanos, de modérer une suppuration trop abondante , etc. Des faits de ce genre ont été consignés dans les écrits de Lavirotle (24), de Ranby (25), de Monro (26) , de Bisset (27), quoique les praticiens modernes aient eu le tort d’abandonner ou de négliger cette pratique.

19° Pour terminer l’histoire des propriétés médicinales du quinquina , nous dirons que Wanner l’employa contre

(14) Chirurg. Wabrnehm., t. n, p.

(15) Diss. de febr. malign. per gangr.

sol ut . Gott., 1775.

(16) Mater, medic., p. 421.

(17) Diss. de cort. per. in coll. Sandifort, p. 191.

(18) Act. nat. cur., t. x, App., p. 153.

(19) Observ. île usu cort. peruv. in cancr. mam. cxulc.-ïtot., 1746, p. 4.

(20) Hat. med., P. in, p. 193.

(21) Med. trans., 1. 1, p. 83.

(22) Descript. of the eye, p. 55.

(23) Obsorv. de febrib., p. 555.

(24) Dis. an legit. vuln. sup. prom.

cort. peruv. presl. Paris, 1757.

(25; Molli, of treating. Gunshot Wounds, p. 29.

(26) Med. essays of Edinb., vol. v, p.

(27) Med. essays, p. 79 et 101,

l’hydrophobie (28) ; qu’une foule d’auteurs le préconisèrent contre le choléramorbus, à la tôle desquels on peut compter Alibert. W. Ilarty croit que le sulfate de quinine a la propriété de favoriser l’action du mercure (29).

§ VI. appréciation de l'action. — Si l’on en excepte les maladies dont nous nous sommes proposés de parler plus loin, toutes les autres démontrent , plus ou moins évidemment l’action hyposlhénisante du quinquina et de ses préparations. et excluent lout-à-fait l’idée d’une action irritante, échauffante, stimulante ou tonique , ainsi qu’on l’appelle, c’està-dire capable d’ajouter de la force à l’organisme. Si la thèse que je soutiens n’avait pas jusqu’à présent été démontrée aussi évidemment, elle avait au moins été comprise en grande partie par nos devanciers, et même par les anciens. Nous avons déjà cité un grand nombre d’auteurs qui avaient affirmé positivement que le quinquina n’excite point, qu’il est doué au contraire d’une action antiphlogistique et sédative. C’est ce que nous vîmes encore mieux dans la quinine. Sans reproduire ici les noms des autres écrivains qui ont soutenu la même opinion nous nous contenterons d’en indiquer quelques - uns encore. Eller, pau exemple, explique l’action du quinquina en disant qu'il calme les mouvements des fihrcs qui se trouvent ébranlées à l’entrée de la fièvre , et qu’il réprime aussi le courant du fluide nerveux (30). Ramazzini , aussi , considère celte écorce comme un affaiblissant, lorsqu’il dit qu’il a été nuisible dans l’épidémie de 1690, où les excitants seuls étaient nécessaires, et qu’il la trouva au contraire utile dans l’épidémie de 1691, dans laquelle les anti - phlogistiques seuls réussissaien , parce que, dit-il, les humeurs avaient plutôt besoin d’être bridées que d’être stimulées; or, le quinquina, ajoute-t-il, est très-propre à calmer Je trouble de la circulation (31). La propriété anti-phlogislique a été aussi accordée à ce remède par Kahn (32). Sydenham affirme que le

(28) Archives générales de médecine, août 1829.

(29) The Edinb, med. and surg.

journ., octobre 1829.

(50) Obscrv. de cogn. et curand.

morb., p. 94.

(31/ Tommas.,Op. min., t. n, p. 110.

(32) Med. trans., t. ni.

quinquina calme et arrête le mouvement désordonné des esprits , au lieu de les exciter ou de les ranimer (33). Cette manière de voir a été adoptée par Borsieri , qui s’en servait pour combattre l’idée de Bellini , sur la nature des fièvres intermittentes (34). Dès l’année 1819, le docteur Ottaviani a soutenu dans sa thèse l’action conlro-stimulante du quinquina

(35) . En 1823, le docteur Giacomazzi de Brescia déclara que le sulfate de quinine était un contre-stimulus très - puissant

(36) . Dans plusieurs endroits de ses œuvres le professeur Tommassini a considéré l’action du sulfate de quinine comme contre-stimulante; bien qu’il lui accorde d’autres vertus à la lois. Quant à Rasori , tout le monde sait qu’il regardait cette substance comme contrestimulante depuis long -temps, ainsi qu’on peut le voir dans son Examen contre Sprengtl, et ainsi qu’il me Ta dit lui -même il a y quelque temps. Silvy , médecin français, s’est convaincu, contrairement à l’opinion professée dans son pays, que le sulfate de quinine était un remède anti - phlogistique ; il a observé en effet , sur soixante - cinq malades , que le lendemain de l’administration du quinine le pouls baissait de six à vingt pulsations et qu’il ne s’élevait jamais, quoique la dose eut été portée à deux grammes par jour (40 grains).

Il n’a observé non plus aucun signe d’irritation gastrique, de dyspnée, ni d’écbauffement aux voies urinaires ; ces symptômes au contraire, s’ils existaient, disparaissaient sous l’influence du médicament (38).

Le docteur Banquier, autre médecin français, a demandé quelle propriété on pouvait accorder à un remède, tel que le quinquina, qui, dans les inflammations, remplace les anti-phlogistiques, calme le système nerveux ; excite le sommeil et ra-

(33( Cortex inordinatum spirituum motum compescit etsistit, non incitai, non allicit.

(54) Instit. medic. practic., t. j, Ven., 1817, p. 170.

(55) Omodei, Ann. univ, dj medic., mars 1820, p. 501.

(36) Lett. II. , intorno alla malat. ed alla guarig. di una sig. brcsciana.

Brescia, 1823, p. 73.

(57) Opuscoli di medicina clinica.

Mil., 1850, t. i, p. 18.

(38) Journal analytique do médecine, août 1828.

lentit la circulation du sang (30)? Bien que ces faits soient assez parlants d’euxmèmes , on trouve un grand écueil contre notre conclusion dans la fièvre intermittente, oit le quinquina paraît jouir d'une vertu vraiment spécifique. Il faut pourtant convenir que les praticiens ont sur la fièvre intermittente des idées préconçues et erronées. Si ces idées ne sont pas chez tous conformes, elles s'accordent au moins à s’opposer à notre manière de voir et aux principes que nous venons d’exposer. Soit qu’on admette avec la pluralité des auteurs que la nature mystérieuse des fièvres intermittentes a trouvé dans le quinquina son véritable spécifique, ou avec d'autres que celte nature étant hyposlhénique ou nerveuse, le quinquina doit être stimulant ou tonique; soit enfin qu’on veuille regarderavecd’autrcsla périodicité comme un élément morbide distinct, et le quinquina comme doué d’une vertu anti périodique; aucune de ces doctrines ne peut s’accorder avec l'action liyposlliéuisartte que nous accordons à ce remède. Nous voici par conséquent dans la nécessité d’entrer en matière sur la nature des fièvres intermittentes: nous regarderions comme perdue la peine que nous nous sommes donnée de réunir et d’apprécier tarit de faits , si nous ne trouvions pas aussi dans l’étude des fièvres intermittentes la confirmation pleine et entière de l’action byposthénisanle du quinquina. Deux voies différentes nous sont ouvertes : l’une consiste à soumettre à un examen approfondi les idées dominantes concernant les fièvres intermittentes, et à en faire voir la nullité ; l’autre , bien plus courte, et que nous adopterons, est de laisser de côté toute doctrine, et de regarder les fièvres intermittentes comme si elles étaient une maladie tout-à-fait nouvelle, non encore soumise à un examen approfondi , et de la juger comme elle le mérite avec la connaissance de tous les faits que la science possède, et les lumières de la philosophie médicale de notre époque.

Les faits relatifs aux fièvres intermittentes peuvent être groupés sous quatre chefs , savoir : de leurs causes, de leurs phénomènes, de leurs produits et effets, et de leur traitement.

1° Commençons par l’analyse des causes ; elles sont spéciales ou communes.

(59) Omodei, Ann. univ. di mcd., april 1830, p. 186.

Il est de fait qu’en automne, dans les endroits marécageux , la fièvre intermittente, sans aucune autre cause évidente, atteint le plus grand nombre des habitants et des voyageurs qui s’y arrêtent quelques heures, et notamment s’ils y passent la nuit. Il y a tout lieu de croire que dans une telle saison , et dans de tels endroits, par le concours de plusieurs circonstances, il s’engendre dans la terre un principe, un élément inconnu, qu’on a nommé miasme marécageux , et qu’on a cru capable de pénétrer dans nos organes.

(Noie de M . Mojon.) [En (818, Davy, se trouvant en Italie, fit, en compagnie de Joseph Mojon , des expériences avec l’cudiomètrc sur l’air marécageux des localités où les fièvres intermittentes régnent continuellement. L'analyse de cet air , puisé sur différents points des lieux les plus insalubres , et à différentes hauteurs , a toujours donné pour résultat exactement les mêmes proportionsdes éléments constituants de l’atmosphère la plus pure, savoir: 21 parties d’oxygène et 79 d’azote, quelques traces d’acide carbonique , et une grande quantité de vapeurs d’eau. Ce résultat pourrait donner quelque valeur à l’opinion émise par Rasori • sur la cause première ou efficiente des fièvres intermittentes , savoir que, dans le brouillard épais qui se dégage continuellement des étangs et des marais, doivent voltiger des myriades d’atomes vivants (monades), lesquels pénétrant dans notre organisme, soit par les voies de la respiration ou de la digestion, soit par l’absorption dermique , déterminent la fièvre intermittente. L’opinion de Rasori a quelque analogie avec celle de Vairon ( Ue rc ruslicâ, lib. î, cap. xu), qui veutque l’air des marais soit nuisible à cause des insectes qu’il renferme.]

Un autre fait constant c’est que, indépendamment de ce miasme, dans toute saison, dans fout endroit, la fièvre intermittente peut se développer sous l’influence de causes diverses très-connues, telles qu’un excès dans la nourriture, l’abus des liqueurs fermentées, les vastes blessures, les irritations urétrales, et notamment les differentes impressions atmosphériques, comme la chaleur du jour, et la fraîcheur de la nuit, etc. En faisant distinction entre la première cause spécifique, dont nous parlerons bientôt, et la seconde série de causes ordinaires, on n’aura pas de peiuc à pressentir que

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l’cxccs d’alimentation et l’abus de liqueurs fermentées ne doivent produire que des maladies phlogistiques ou hypersthéniques ; que la conséquence naturelle des grandes blessures et des irritations de l’urètre et de la vessie est une réaction inflammatoire ; que les changements brusques de la température atmosphérique, la transpiration arrêtée, occasionnent la lièvre rhumatismale , l’arthrite , la pleurésie , et toute autre espèce d’inflammation. Ces considérations conduisent à la conséquence que les fièvres intermittentes produites par ces causes doivent être d’un caractère hypersthénique. Quant aux fièvres , qu’on croit produites par un miasme particulier, il est évident que la maladie a un fond spécifique, c’est-à-dire qu’entre les fibres organiques de l’individu (ou plutôt dans ses vaisseaux) ont pénétré des principes hétérogènes , non assimilables On sait, d’après ce que nous apprend la pathologie générale , que tant que ces principes n’offensent pas les tissus qu’ils touchent, ces derniers ne s’en ressentent point, et que tant que l'énergie vitale n’exerce sur eux nulle réaction , aucun désordre fonctionnel ne pourra avoir lieu, en conséquence aucune maladie.

A us-itôt que l'énergie vitale réagit sur l’effet mécanique, surgiront immédiatement des phénomènes dynamiques qui constituent autant de symptômes de la maladie. Or, quelle est la manière dont la fibre animale réagit constamment à l’action d’un principe contagieux ou miasmatique, à celle d’un corps étranger non assimilable , ennemi de l’économie, et qui , par ses qualités physiques ou chimiques, l’irrite, l’empoisonne sans cesse? Les cliniciens observateurs répondront sûrement : la phlogose. Et cette phlogose, qu’elle soit le résultat de l’action d'un miasmeinconnu, de la syphilis, de la variole , d’un grain de sable ou d’une épine , elle aura toujours le même caractère dynamique , c’est-à-dire hypersthénique, quoique la valeur en soit différente , suivant la cause amovible ou inamovible. Pour acquérir une idée bien claire et nette de ce que je viens d’exposer , il faudrait relire ce que nous avons exposé dans les prolégomènes de cet ouvrage sur la réaction vitale et sur le dualisme dynamique. Concluons pour le moment que, considérées sous le point de vue de leurs causes, les fièvres intermittentes paraissent se ranger dans la catégorie des maladies bypcrslhéniques.

Cette conclusion découle encore de l’observation de leurs phénomènes, ün des plus importants fondements de nos principes est celui-ci, savoir : que les symptômes ou les lésions de fonctions ne constituent jamais la maladie, ils ne sont que l’expression de l’altération morbide primitive ou secondaire des organes ou des tissus qui doivent accomplir ces fonctions ; de sorte que l’affection ne doit être recherchée et examinée que dans les organes. En faisant l’application de ce principe à la fièvre intermittente, on conviendra que la pyrexie n’est pas la maladie, mais bien un symptôme, une altération de certaines fonctions, ce qui suppose nécessairement l’existence d’une modification dans tel ou tel organe. La fièvre n’est et ne peut être qu’un être abstrait, de sorte que, considérée en elle-même et en dehors des tissus, qu’elle soit intermittente ou continue, bénigne ou maligne, nerveuse ou pernicieuse, essentielle ou non essentielle, elle n’est et ne peut être qu’une chimère. Sans une modification morbide, matérielle des organes ou des tissus, le mouvement fébrile ne pourra jamais avoir lieu. La maladie consiste dans cette modification : le médecin n’aura jamais bien établi le véritable diagnostic d’une fièvre tant qu’il n’aura déterminé la nature et le siège de cette modification. Mais est-il donné toujours au clinicien d’arriver à ce résultat? Nous pensons que s’il a l’habitude de l’analyse philosophique des phénomènes , il y parviendra le plus souvent. Quant à la fièvre intermittente, il ne se trompera jamais, car les symptômes en sont constants et clairs , et les résultats trop manifestes pour ne pas en reconnaître du premier coup-d’œil la nature et le siège.

2° En quoi la fièvre intermittente consiste-t-elle , si ce n’est dans un trouble très -marqué de la température animale? L’accès est marqué d’abord par un froid qui frappe tout le corps pendant un temps donné ; la peau devient pâle et froncée, le pouls petit, inégal et fréquent. Ensuite, dans un aulrestade, par une chaleur assez intense; la peau prend alors une teinte rougeâtre, le pouls acquiert du développement, de la force et de la fréquence. Bientôt, dans un troisième stade, par une sueur abondantequi produit du soulagement, du calme dans le pouls et dans la température, jusqu’à ce que, sans aucune cause appréciable , après un intervalle plus ou moins long.

QUINQDINA.

le môme accès reparaît avec le même train de symptômes. Tels sont les phénomènes essentiels et caractéristiques de la fièvre intermittente puisqu’il ne doit pas être question ici d'autres symptômes secondaires ou accessoires qui surviennent ordinairement après un certain nombre d’accès Qui ne voit que tous ces phénomènes appartiennent à la circulation et annoncent dans cet appareil une altération particulière? Qui ne reconnaît la source de ces phénomènes dans les vaisseaux et dans le cœur, puisque, soit primitivement, soit secondairement , ce sont les fonctions de ces organes qui sont apparemment troublés et produisent ce que nous venons d’indiquer?

Devons-nous maintenant nous étonner de voir qu’on ait tant disputé de lout temps sur le siège des fièvres intermittentes, les uns le plaçant dans le cerveau, les autres dans les nerfs , d’autres dans la rate et dans le foie , d’autres dans le canal intestinal, et qu'il y ait eu des praticiens qui n’aient voulu lui assigner aucun point de départ , si ce n’est dans le pouvoir de la périodicité, de l’habitude, dans les mouvements ou dans le royaume des abstractions ? Chacun cependant des phénomènes ci-dessus, mûrement examiné, conduit à faire placer le siège de la maladie dans le système vasculaire.

La pâleur d’abord , ainsi que tout le monde sait, n’est pas le résultat de la privation de sang , car le plus souvent il est plutôt l’effet d’un état pléthorique ; ni de l’impuissance du cœur , car au contraire le pouls est fréquent, ét le mouvement circulatoire tumultueux.

Cela tient aux derniers vaisseaux artériels de la peau , qui étant crispés , contractés morbidement, de manière à empêcher le sang de se porter à la périphérie, donnent lieu à la pâleur. Le frisson lui-même conduit aussi à la même conclusion. Ce symptôme dépend , selon moi, de la contraction des capillaires artériels qui empêche le sang de sc porter vers la peau et de l’échauffer. La chaleur interne persiste, si même elle n’est pas augmentée. De là , la soif intense qui tourmente le malade ; l’altération du pouls dépend aussi de la même cause. C’est là la condition essentielle de l’état pyrétique. La chaleur et la teinte rougeâtre de la peau : ici la scène change. La contraction morbide , qui dans le principe prévalait dans les extrémités artérielles , prédomine actuellement dans les parties centrales. C’est toujours dans

le même appareil. La sueur enfin n’est elle-même qu’un phénomène vasculaire.

La conclusion toute naturelle qui découle de ces remarques, c’est que le siège de la fièvre intermittente simple ne peut exister que dans les vaisseaux sanguins et dans le cœur, ou plutôt dans les nerfs ganglionnaires qui règlent l’action de ces organes. Si nous revenons sur les cau-es les plus ordinaires de la fièvre intermittente, savoir les miasmes marécageux et les arrêts de la transpiration , nous voyons qu’elles aussi portent naturellement le trouble dans les vaisseaux sanguins de préférence à tout autre syslème, puisque le miasme pénètre par endosmose et sc mêle au sang, et de là réagit sur les vaisseaux. On peut en dire autant de la sueur, puisque ce sont les vaisseaux qui devaient la sécréter; aussi sont-ce eux-mêmes qui doivent s’en ressentir le plus lorsque, par une cause quelconque, elle est arrêtée ou rétropulsée.

Ces phénomènes , outre qu’ils nous éclairent sur le siège du mal , nous dévoilent aussi jusqu'à un cerlain point la nature delà fièvre intermittente. Il est impossible qu’en examinant un fiévreux on ne reconnaisse dans l’excès de sa chaleur vitale , dans ce feu ardent qui a fait donner à cet élat morbide le nom de Jièvre, de pyrexie, un état de haute hypersthénie. Ce n’est pas seulement dans le stade de la chaleur, stade dans lequel la peau devient chaude, brûlante, rouge et comme bouffie ; les yeux brillants, injectés , exorbités; la bouche sèche , la soif ardente et accompagnée du- désir des boissons froides , acidulées ; la tête le siège d’une douleur violente; la sensibilité générale très-exquise ; le malade devient irritable, inquiet, ses artères battent avec force ef fréquence , etc., ce n’est pas dans ce stade seul, dis-je, que l’on voit clairement que l’action vitale est excessivement augmentée. Le même fait peut être constaté aussi dans le premier stade du froid où les parties internes se trouvent fort souvent déjà sous l'empire d’une chaleur excessive, où le malade est tourmenté par la soif, par une respiration courte, pénible, asthmatique; son pouls est fréquent, irrégulier. Le stade enfin de sueur , au lieu d’affaiblir , d’abattre le malade par l’effet de l’abondante transpiration vaporeuse , lui donne du calme et un sentiment de bien * être, ce qui exclut de plus en plus toute idée d’hyposthénie.

Cela a non-seulement lieu dans les in-

oniNQinNA. 353

lermittcnles simples et légitimes qui ilominent en automne, mais aussi dans les intermittentes printannières et hibernales, dans lesquelles tous les praticiens reconnaissent ordinairement un fond inflammatoire, qu’ils attribuent mal à propos à une simple complication. Cela se voit bien plus dans les intermittentes pernicieuses , dans lesquelles souvent une inflammation locale est tellement évidente et dangereuse, qu’elle tue le malade. La nature inflammatoire du plus grand nombre des fièvres pernicieuses n’a point échappé à l’observation de Torti , de Borsieri , de Comparctli , de J. Frank , de Bally, et de tous ceux enfin qui les observèrent attentivement.

Bally, appuyé d’un grand nombre de faits et de nécropsies, soutient avec Brachet qu’aucune fièvre intermittente simple ou pernicieuse ne peut donner la mort sans la coexistence de quelque inflammation locale ; et que les désordres de phlogose qu’on rencontre dans les cadavres des individus qui ont succombé à la fièvre intermittente sont bien plus prononcés que chez ceux morts de fièvres continues (41).

3° Voyons à présent quels sont les produits ou les conséquences les plus ordinaires des fièvres intermittentes.

Lorsqu’elles sont négligées ou mal soignées, ou bien qu’elles ont récidivé souvent, les praticiens ont observé qu’elles prennent le caractère des fièvres continues. Elles revêtent alors le véritable caractère inflammatoire ou bien elles deviennent lentes et produisent de la pâleur, le marasme , caractère propre à la fièvre étique (artérile lente); elles se transforment aussi en fièvres pernicieuses , ainsi que nous l’avons déjà dit. Nous reviendrons encore sur ce sujet. Elles prédisposent plus ou moins promptement aux affections du foie et de la raie, qu’on appelait jadis obstructions , et qu’on nomme actuellement hépatites ou splenites. En même temps, des phénomènes analogues de lente phlogose ou de congestion se déclarent dans les poumons , et finissent tôt ou lard par la phthisie , ou dans la matrice , et alors il survient des symptômes hystériques. Si ces résultats n’eussent été déjà vérifiés un grand nombre de fois par les nécropsies, on

(41) Traité anatomico -pathologique des fièvres intermittentes simples et pernicieuses. Revue médicale, mars 1824.

Giacomini.

aurait pu les reconnaître par la seule inspection des symptômes et par la réflexion. En effet, le siège de la maladie étant dans les vaisseaux, c’est dans les viscères les plus vascularisés qu’elle doit se manifester de préférence.

Parmi les produits de la fièvre intermittente, on doit compter aussi l’hydropisie et l’anasarque, dont nous avons démontré l’origine vasculaire et la nature phlogistique, à l’article digitale. Un résultat très-ordinaire, quoique assez lent, de la fièvre intermittente ancienne, c’est un vice organique du cœur et des gros vaisseaux qui consiste dans la dilatation simple ou anévrismatique, le ramollissement et la dégénérescence terreuse de leurs parois, des végétations , enfin , dans les cavités du cœur connues souSle nom de polypes, etc. Ce sont là des résultats d’une phlogose lente du cœur et des artères, phlogose qui s’offre sous la forme de palpitations, d’affections rhumatiques et nerveuses, d’asthme, d’angine de poitrine, etc. Tous ces produits, et ces végétations morbides qui succèdent à la fièvre intermittente, sont autant de faits qui viennent à l’appui de la nature hypersthénique de la maladie. Ajoutons, enfin, que la fièvre intermittente produit souvent le scorbut et donne naissance à quelques exanthèmes. Nous verrons plus loin que le fond de ces maladies est également phlogistique et a pour siège le système vasculaire.

4° Le traitement qui de tout temps ale mieux réussi contre la fièvre intermittente est l’anti-phlogistique. Avant la découverte du quinquina on la traitait à l’aide delà saignée. Galien laissa écrit que, dans l’intermittente tierce , la saignée doit être faite le troisième jour; et Oallonius fait observer qu’on a eu souvent à se repentir d’avoir méconnu ce précepte (42). Dans la fièvre quarte, Galien n’oubliait jamais de tirer du sang (4 3), Aélius (44), Paul d’Égine (46), Werlhof, Sarcone , Mead (4 G) et un grand nombre d’autres prescrivaient de même la saignée contre les fièvres intermittentes. Casimir Médicus saignait toujours dans les fièvres in-

(42) Lib. v, De febrib., p. ICI.

(45) De lherap. ad Glaucum., 1. î p. 20t.

(44) Serm. quint., cap. lxxx, lxxxyi.

(45) De re medica, 1. n.

(40) Journal général de médecine, par Séclillot, t. xlvi, avril 1813.

termittentcs , et il assure avoir trouvé constamment le sang coucnncux (47).

La nature inflammatoire des fièvres intermittentes, et la nécessité de la saignée pour les guérir radicalement, a été reconnue aussi par Jam. Felloxves (48), par Twining, par Mackensie, par Dempster et par Griffiths (49). Romain Gérardin a eu à se louer des saignées chez les militaires d’une garnison en Corse (50). Le besoin des saignées dans les fièvres pernicieuses est encore plus urgent ; aussi les praticiens qui les prescrivent sontils en bien plus grand nombre. Indépendamment de Torli , Rorsicri, Comparetti , Puccinotli , Rally, dont nous avons parlé , nous pouvons citer Ricci

(51), Ranieri, Comundoli et Vacca Bcrlingicri (52), Pereyra (53), ltard (54), Dufan (55), Fallot (50), Picquet (57) et plusieurs autres. Un cas vraiment extraordinaire, et qui mérite l’attention la plus sérieuse, est celui qu’a publié John Mackintosh, professeur de médecine pratique à Edimbourg, et qui est arrivé sur lui-même. Il était atteint d’une fièvre quarte très-opiniâtre; il voulut, malgré la défense de Cclse, se faire saigner durant la période du froid; bientôt après les phénomènes cessèrent , une douce chaleur se déclara presque sans sueur; enfin le paroxysme avorta. Ayant renouvelé l’expérience sur un grand nombre de malades atteints de la même affection à l’hôpital, il obtint, pour effet constant, d’arrêter , ou d’abréger singulièrement l’accès. Il parvint aussi plusieurs fois à couper la fièvre pour toujours, et quelquefois à l’amoindrir tellement qu’après quelques accès, elle céda immédiatement

(47) Saniml.V.Beobacht.ausd. Arzn., 2 th., p. 452.

(48) The Edinburg. mcdic. and. surg.

journ.

(49) The Edinb., etc., Januar. 1835.

(50) Rev. médic., mars 1820, p. 388.

(51) ltepert. med. chir. di Torino.

(52) Arcliiv. di medic. prat. uni ver., vol. III.

(53) Journal méd, de la Gironde, déc.

(54) Mémoires sur quelques phlegm.

cérébr. corn. caus. de lièvre inierinilt. pcrnic.

(55) Acad, de médcc. do Paris, séance du 25 juillet 1826. — Revue méd., sopt.

(50) Journ. compl. du dict. dcsscicnc.

niéd., août 1826, p. 140.

(57) Revue méd., avril 1828, p. 138.

au sulfate de quinine (58). A l’exemple de Mackintosh , la saignée a été pratiquée dans des cas semblables par Ridxvay, et il eut toujours à s’en louer. Il la pratiqua aussi dans les fièvres pernicieuses , et il remarqua qu’à cause de la difficulté qu’on éprouve d’obtenir une suffisante quantité de sang durantla période du froid il avait adopté de saigner dans le début de l’accès (59). On a aussi chez nous répété exactement les mêmes expériences, et l’on a obtenu les mêmes résultats. J’ai été moi-même témoin de ces résultats. Aussi n’ai-jc plus hésité à pratiquer dès le commencement de l’accès la saignée , et à administrer ensuite la quinine, ou d’autres remèdes analogues, dans tous les cas qui avaient duré depuis quelque temps, et notamment ceux qui avaient récidivé plusieurs fois. J’en ai traité à ma clinique, pendant l’espace de quatre ans, plus de quatre-vingts cas. Plusieurs de ces cas existaient depuis cinq jusqu’à huit mois, quoiqu’on les eut traités par le sulfate de quinine.

Deux seuls individus, dans un si grand nombre, ont récidivé, probablement à cause de leur habitude d’ivrognerie. Je prie continuellement tous les élèves et les étrangers qui suivent avec a*ssiduilé ma clinique de me dire franchement s’ils ont jamais vu ailleurs un traitement plus heureux cl plus constant que chez nous, de me dire si le sang tiré à ces malades n’était pas presque toujours couenneux, et s’ils ont jamais appris par les malades traités de la sorte qu’ils eussent jamais eu à se plaindre de ces indispositions à la vessie , à l’estomac et à la tète , dont on accuse ordinairement la quinine. Il est vrai de dire que la douleur de tête et la surdité se sont manifestées chez un individu qui n’était malade que depuis peu , et nous crûmes pouvoir le traiter par le seul sulfate de quinine et sans saignée. A part la saignée, les autres moyens qui ont été préconisés dans le traitement des fièvres intermittentes sont tous les remèdes hyposthénisants.

(Note de M. Mojon.) [Cette assertion pourrait trouver de nombreux contradicteurs. Sans vouloir nous placer dans ce nombre , nous croyons devoir faire

(58) The Edinburg nied. and surgic.

journ., apr. 1827, pari. i.

(59) Nouvelle biblioth- tnédic. , sept, 1827,

noter comme simple renseignement historique, que, d'après un grand nombre d’auteurs , tous les remèdes qui ont été préconisés dans le traitement des fièvres intermittentes n’appartiennent pas à la classe des hyposthénisants. Galien, Celse, Van-Swielen, parmi les anciens F rank, Persival , Buffalini , et Lien d autres , parmi les modernes , ont eu a se louer d’une nourriture substantielle, dans le traitement de certaines fièvres intermittentes, notamment pour empêcher la récidive. On lit dans les ouvrages de Tringle , de Borsieri , de Barthez , que les fièvres périodiques se perpétuent et récidivent souvent si on persiste dans l’administration des purgatifs, des substances affaiblissantes, et spécialement dans l’usage de la saignée. Nous lisons dans l’ouvrage intitulé : De fcbribus i/ilcrmitlentibus epitome , de Joseph- Pierre Frank , les paroles suivantes :

« slb illis q u ce débilitant, dit-il, m actum dcduci febris consucvit. » Et pour empêcher la récidive de ces fièvres , cet auteur conseille une bonne nourriture succulente. « Qui cl facile digeruntur , dit-il , et salis nulviunt œqua vini gencrosi portione.» Rubini était du même avis que Murray , qui disait , qu’il n’y a rien de plus absurde que de prescrire le quinquina conjointement aux affaiblis— sants. On sait que lien ne combat plus sûrement les accès de certaines fièvres périodiques que le contentement d’esprit, et surtout les voyages dans les pays montueux , secs, ou aux bords de la mer.

L’histoire de la médecine nous fait connaître des cas de fièvres intermittentes, qui, résistant aux remèdes les plus énergiques , guérirent sous l’influence de la musique , d’une vive émotion agréable , du mariage, d’un baiser, d’une danse et d’autres semblables moyens qu’on n’oserait certainement pas ranger au nombre des hyposthénisants. Davison et Desbois vantent l’éther sulfurique dans la cure de certaines fièvres tierces et quartes. Guérin dit avoir vu, h lTTôtcl-Dicu, M. Geoffroy arrêter les fièvres intermittentes au moyen d’une potion anti-spasmodique , dans laquelle l'éther et le laudanum entraient h la dose de trentre gouttes de chaque. Il la faisait prendre en deux fois, une ou deux heures avant l’arrivée de l’accès. Ilufeland rapporte, dans son journal , que des médecins de l’hôpital de Wilna guérissaient les fièvres intermittentes à l’aide du phosphore. Lind prétend qu’avec un vomitif, une heure

avant l’accès, et la teinture d’opium une demi-heure après que la chaleur avait commencé , on peut enrayer la maladie et en empêcher la récidive. Root recommande la narcoline comme fébrifuge.

Seguin prétend avoir guéri un grand nombre de fiévreux avec le blanc d’œuf. La gélatine animale contre la fièvre intermittente, dit J. Frauk, n’est pas loutù-fait sans vertu. Hallé, Gaulicri, Leprieur et Leclerc ont observé une diminution sensible dans la durée du frisson après l’emploi de celte substance. — Une foule de praticiens emploient le vin généreux comme véhicule du remède fébrifuge; Frcnzel prétend que la vertu anti- périodique du quinquina est beaucoup plus grande lorsqu’on l’associe au vin de Malaga. Plusieurs praticiens préfèrent de beaucoup la teinture du quinquina faite avec l’esprit-de-vin, à l’infusion ou décoction aqueuse. Pistrelli et Puccinotti assurent que le vin et l’opium augmentent visiblement la vertu du quinquina. — Des hémorrhagies trèsabondantes ont déjà donné naissance à des fièvres périodiques qu’on n’est parvenu à guérir qu’en donnant de la vigueur aux malades moyennant le vin généreux et une bonne nourriture.]

Le bain d’eau pure , ou de mer, mais froid , dans lequel on plonge le malade durant la période algide , a été prescrit avec succès par Mosman (CO), par Giannini (Cl), par Schillito (C2), et par d’autres. Ce moyen est sans doute parmi ceux qui enlèvent l’un des plus puissants stimulants vitaux qu’on connaisse. Nous parlerons en détail, par la suite, d’autres remèdes, tels que les amers. Nous nous sommes déjà occupés de plusieurs autres. On comprend , à présent, la raison pour laquelle quelques praticiens ont préconisé dans les fièvres intermittentes le bleu de Prusse, etd’autres préparations hydrocyaniques, telles que les amandes amères (GO*) ; c’est pourquoi on a prescrit aussi la digitale (GU) et la scille. Celte dernière , dans

(GO) AIL ost., an. cix Bd.

(61) Nouv. Journ. V. Ilarleys, ixBd., 1 sf.

(62) The London mcd. Rcposit., etc., 1818 may, p. 3.

(60*) Tract, fit sper. de journ. terapeut. t. U, 127.

(Gl*) Idem, p. 262.

355 ÇüInqtîTna.'

notre pratique, a remplacé la quinine.

D’autres on prescrit le camphre (G2¥), la camomille (63), les baies de genièvre (G4), le tartre émétique (G5) , l’aconit (GG), l’ipécacuanlia (G7), le seigle ergoté (G8). C’est que presque tous ces remèdes sont hyposlkdnisants. ■ — En conséquence, les lièvres intermittentes sont une maladie propre à l’appareil circulatoire et d’une nature tout-à-fait hypersthénique. — Pourtant l’hypersthénie , qui a son siège dans un organe ou dans un tissu , n’y demeure pas sans modifier plus ou moins sa structure, suivant le degré de son intensité, suivant la structure particulière, les fonctions et les rapports de l’organe ou du tissu affecté. Il en résulte des formes et conditions morbides différentes , lesquelles ont cependant le même fond primitif et la même cause intrinsèque , l’hypersthénie. La connaissance exacte de toutes ces modifications organiques manque encore à la science , et conséquemment on ne saurait donner, quant à présent, une explication assez nette et précise de tous les phénomènes et de toutes les formes de la fièvre intermittente. Sans nous perdre en de vaines discussions, nous allons exposer nettement notre manière de voir sur ce point. Ce que nous allons dire ressort de notre conviction personnelle et ne doit point être confondu avec les faits que nous venons d’exposer relativement à la nature et au siège de la maladie.

Nous croyons que l’hypersthénie, déclarée dans les arlères.soit par un miasme absorbé , soit par la suppression de la transpiration , soit , enfin , par toute autre cause, doit produire dans la membrane interne de ces vaisseaux une sorte de turgescence, de sub - inflammation dont le caractère se rapproche de celui de l’érysipèle, en cela qu’elle est superficielle, mais étendue et facile à disparaître et à changer de lieu. De sorte que le paroxysme de la fièvre intermittente simple et récent pourrait n’être autre chose au fond que la manifestation d’une sorte d’érysipèle qui s’empare de la sur-

(62*) Ibid., p. 350.

(63) Loc. cit., 583.

(64) Loc. cit.,

(65) Op. cit., t. m, p. 72.

(66) Loc. cit., p. 121.

(67) Loc. cit., p. 144.

(68) Loç, çit„ p. 642.

face interne des artères. Elle commencerait d’abord par les extrémités capillaires , qui seraient pathologiquement resserrées et presque fermées : de là le pouls petit, serré, la pâleur et le froid périphérique, la crispation, le tremblement, le sentiment d’oppression interne de la première période , accompagné de la diminution du volume du corps. La phlogose s’étendrait par la suite dans les gros vaisseaux et dans le centre : de là la seconde période, ou période de chaleur, etc. Enfin , ou l’érysipèle disparaîtrait totalement avec la crise , et de là la sueur et la fin de l'accès, ou bien (ce qui arrive le plus souvent) l’érysipèle se cantonnerait dans quelques petits rameaux vasculaires, et donnerait ainsi lieu à l’intermittence ou à l’apyrexic; mais toujours prêt à s’étendre de nouveau dans le reste de l’appareil vasculaire, si une nouvelle cause d’irritation vient à l’exciter. D’après cela la fièvre intermittente considérée dans son essence serait une maladie continue, dans laquelle seulement quelques phénomènes seraient interrompus de temps en temps. Dans la même période de l’intermittence, dans laquelle l’individu se croit , du moins pour quelque temps, guéri, le fatal érysipèle, et le miasme qui l’entretient , ou même sans lui, existerait encore concentré dans quelques petits vaisseaux. Cantonnée dans ces vaisseaux appartenant à des viscères qui n’influent pas immédiatement sur la vie , l’affection n’est pas avertie par le malade , ni évidente par des signes extérieurs. Pourtant l’observateur attentif et éclairé la trouve , tantôt dans les vaisseaux de la conjonctive ou de la sclérotique injectés, qui lui font prédire avec certitude le nouveau paroxysme ; tantôt dans la raie ou dans le foie, ou bien dans d’autres organes très -vascularisés, dans lesquels prédomine continuellement une grande quantité de sang, même eu dehors du temps de l’accès fébrile. Telle est la véritable et unique cause du développement , de l’induration , de l’obstructiou phlogistiquc des viscères abdominaux, lésions qui arrivent constamment après les longues fièvres intermittentes. Les malades pourtant s'aperçoivent souvent, durant le temps de l’intermittence, de quelques légères sensations insolites, de quelque malaise, comme de la fatigue, de l’inappétence, ou d’une faim morbide, de palpitations de cœur, de bâillements répétés, etc., qui auuonceut un état ma-

ladif . Quant au retour de l’accès, la chose n’est pas difficile à concevoir. Toute cause quelque ldgère qu’elle soit peut rallumer l’érysipèle déjà existant. Mais comment expliquer le surprenant phénomène de la régularité et de la constance des périodes? Si nous étions convaincus de la nécessité d’expliquer le phénomène de la périodicité , nous aurions bien des choses à dire, car ce phénomène nous le voyons aussi hors de nous, dans les agents qui nous environnent et qui nous touchent.

{Note d. Trad.) [La lumière, la chaleur, les aliments, la boisson, etc., n’alternent-ilspas avec les ténèbres, le froid, l'abstinence, etc.? Les saisons de l’année sont périodiques, ainsi que le ilux de la mer et bien d’autres phénomènes météorologiques. Si nous faisons passer notre attention des corps inorganiques , mais qui ont néanmoins une action directe sur nous , sur ce qui se passe dans les corps organisés, et notamment dans notre intérieur même , nous verrons aussi que presque toutes nos fonctions se trouvent soumises à une loi générale d’intermittence. Tout s’alterne dans la vie : le mouvement avec le repos , le sommeil avec la veille, le plaisir avec la douleur; la faim, la soif, la menstruation, les évacuations, tout a une périodicité. Conséquemment on ne doit pas s’étonner de voir qu’il y ait des maladies soumises à la loi d’une périodicité déterminée. C’est bien avec raison que le docteur Manni écrivait : « Je suis surpris qu’il y ait des u maladies qui n’aient pas une marche » périodique, car il me paraît fort nalu- » rel que toutes devraient marcher de la i> sorte (a). »]

D’après l’idée que nous nous sommes faite delà fièvre intermittente, on pourrait regarder ici cette maladie comme une sub-artérite , lorsqu’elle est simple, et avec un fond spécifique lorsqu’elle est causée par un miasme. Elle cesse bientôt d’être telle et prend de nouvelles formes; elle se complique alors d’autres conditions par la répétition des accès ; le reste d’érysipèle est cantonné, caché en quelque sorte dans la rate, ou dans le foie, et finit par déterminer dans ces viscères une splénite , une hépatite lente qui devient la partie principale de l’affection. Quelquefois cette plilogose de-

(«) Dcllc malattie periodiçhç, Parigi,

vient niguè, et alors elle donne lieu h une fièvre continue ; mais si elle reste chronique, la fièvre garde son type périodique. Il s’agit alors d’une hépatite , d’une splénite chronique avec sub-artérite quotidienne ou tierce. Dans d autres cas, le péricarde, le cœur, les gros vaisseaux, sont le siège permanent de l’érysipèle, ce qui produit à la longue une péricardite ou cardile, une artérite chronique, avec redoublements aigus vers l’après-midi (fièvre étique des auteurs) ; laquelle finit ordinairement par des lésions matérielles dans les organes indiqués, ou par l’hydro-péricarde.

La fièvre intermittente peut avoir aussi un autre triste résultat, c’est lorsque, pendant l’accès , l’érysipèle n’étant pas répandu également dans les vaisseaux artériels , sans pourtant les quitter , se jette avec violence sur quelque viscère important , tel que l’estomac, le cœur , les poumons, le cerveau, etc. Il s’en suit des altérations profondes, et dans certains cas même la paralysie ou la gangrène. Telle est la pathogénie de la fièvre pernicieuse , qu’on devrait regarder comme une artéro - gastrite violente, une cardile , une artéro - pneumonite , une artéro-méningite, etc. , selon l’organe où l’érysipèle a fixé son foyer principal.

Telles sont nos idées sur les fièvres intermittentes. Je sais bien qu’elles ne plairont* pas à tout le monde, et qu’elles auront des objections nombreuses à surmonter , entre autres celle-ci , savoir : de vouloir réduire toutes les affections à la phlogose. A une telle objection, et à plusieurs autres de même force , nous croyons ne devoir rien répondre. Il n’en est pas ainsi de quelques autres que nous allons faire connaître. — Plusieurs praticiens veulent que la périodicité soit considérée à part, comme une chose mystérieuse , comme maladie particulière, indépendante de l’accès principal, et qui exige des moyens curatifs spéciaux. On voudrait, pour ainsi dire l’associer à la puissance de l’habitude ou des mouvements, lui donner une valeur physique, matérielle , et en faire un quid sui geno ris indéfini. Si l’on a jamais abusé des abstractions, c’est certainement à l’égard de cette périodicité qu’on en abuse. L’intermittence, la continuité, la durée, la rapidité ou la lenteur, la périodicité enfin, ne constitue dans aucun cas les éléments d’une maladie; ce sont uniquement fies qualités extrinsèque? , Jou^-kMait in-

358 quinquina

dépendantes d’elle. Otez la maladie, et diles-moi ce qui reste de la périodicité? Que si quelqu’un voulait combattre directement cet être imaginaire qu’on nomme périodicité, comment parviendrait-on à le vaincre, sans abattre d’abord l'affection principale, à moins toutefois qu’on ne préfère la faire passer du type intermittent au type continu? Pourquoi , je le demande à ces praticiens, ne font-ils pas de celle continuité, qui est pourtant quelque chose de plus que l’intermittence, un autre élément morbide distinct? L’intermittence de la maladie, qui n’est autre chose que la reproduction et la cessation temporaire du mal, sous l’influence de certaines causes , est un phénomène qui ne saurait entrer dans notre conception comme un être positif, pour mériter un traitement spécial. — L’intermittence des symptômes d’une maladie est une chose beaucoup plus ordinaire qu’on ne le croit. On pourrait peut-être aussi remarquer cc fait dans l’un ou dans l’autre symptôme de toutes les maladies. Dans la pneumonie, la toux et la douleur ne sont-elles pas intermittentes? Dans la gastrite, le vomissement n’est-il pas également intermittent , bien que l’inflammation soit continue? Qu’y a-t-il donc d’étonnant que, dans l’affection qui nous occupe, l’altération dans le pouls ou la lièvre ne soit pas continue? Nous avons démontré le même fait dans l’épilepsie elle même, dont la condition pathologique est continue. Telle est aussi la lièvre intermittente. Pour celui qui ne voudrait pas y croire je pourrais lui présenter un individu, tourmenté de céphalalgie occasionnée par une exostose aux os du crâne , et chez lequel la céphalalgie est inlermittcntequotidienne et quelquefois tierce ; pourtant l’exostose est continue; mais ce qui n’est pas continu, c’est l’état d'engorgement , d’expansion des parties renfermées dans le crâne , condition essentielle pour que l’impression de l’exostose devienne douloureuse.

C’est cc qu’on voit souvent aussi lorsqu’on « une dent cariée. En conséquence, si on lie peut concevoir d’une part une maladie véritablement intermittente, on peut montrer à chaque instant des maladies continues et qui offrent des phénomènes d'intermittence.

Il est des auteurs qui voient dans un tnêmc accès de fièvre intermittente plusieurs conditions ou états morbides , ou mêmes plusieurs afl’ections distinctes. La ériode du froid, ils l’appellent période

de concentration , d’abattement , d’hyposthénie. La période suivante, ils la nomment période d’excès, d’engorgement, de réaction, et ils la jugent d’une nature opposée. Ils affirment que les hypersthénisants tels que l’opium et l’alcool conviendraient dans la première période , tandis qu’ils nuiraient dans la seconde , qui, selon eux , réclame les remèdes dits tempérants, rafraîchissants. Nous ne comprenons pas la transition instantanée , d’un état dynamique à un état dynamique opposé dans une même maladie, sans aucune cause extérieure qui ait pu la déterminer. Nous admettons bien que l’hypcrslliénie puisse s’éteindre spontanément par l’effet d’évacuations spontanées, ou par arrêt de quelque fonction, mais jamais se convertir en hyposthénie. Nous ne saurions pas concevoir, qu’à l’état d'abattement vital, ou d’hyposthénie puisse succéder, sans aucun secours extérieur , un tel excès d’énergie que, non-seulement l’hyposthénie disparaît, mais encore elle est remplacée par un état diamétralement opposé. Quelle que fût cependant notre répugnance pour de pareilles doctrines, si les stimulants et les hypersthénisants étaient réellement utiles dans la période de froid, nous nous soumettrions volontiers aux faits; mais c’est précisément le contraire, ainsi que la pratique journalière le démontre. Si l’on disait au moins que l’opium et l’alcool ont coupé quelquefois le paroxysme, je dirais, oui, c’est vrai ; ces substances ont diminué la période du froid et hâté la période de la chaleur; mais nous ajouterions que les médecins qui les ont prescrites ont mal agi, puisqu’ils ont médicamenté à contre sens. Ce n’est pas une chose nouvelle en thérapeutique qu’un état phlogistique soit dompté, malgré l’emploi d’un agent hypersthénisant; nous en avons déjà donné la raison ailleurs. Mais comment oseraiton administrer un hyperslhénisant à un.

malade qui doit sous peu d’instants éprouver des symptômes d’hypersthénie? S’il est certain qu’il y a des fièvres intermittentes qui sont guéries , même avec l’opium , il est certain aussi que d’autres, se sont guéries d’ellcs-mêmcs, et sans rien : faire; mais cc sont là des cas qui ne peuvent servir de règle, ni autoriser à rien, conclure.

Nous pouvons, en attendant, opposer à cette pratique les guérisons réelles obtenues par l’immersion des malades dans; un bain froid ou dans l’eau de la mer , dès l’invasion de l’accès , lequel s’arrête

à l'instant pour ne plus reparaître. Je ne crois pas qu’on voudra regarder une pareille pratique comme propre à vaincre rabattement de la libre, puisque l'eau froide a une action hyposthéuisante. Ajoutons que, fort souvent, l’accès a avorté à Vaidc de la saignée pratiquée au début de la période de froid, ainsi que l’ont observé cent lois Mackinlosh, llidgeway et d’autres. Celte expérience, qu’on pourrait bien appeler péremptoire, ne permet plus de soutenir aujourd’hui que les deux périodes constituent deux états morbides d’une nature opposée daus les fièvres intermittentes.

A ce que nous avons dit relativement à l’origine des fièvres pernicieuses on pourrait objecter que les auteurs en ont admis de nature différente ; telles que la pernicieuse phlogistique , la pernicieuse algide , etc. On veut que cette dernière soit de nature hyposthénique ; d'autres admettent qu’elle émane d’uu fond nerveux, bilieux, etc. Mais, pour éclaircir ce point de doctrine, il nous faudrait entrer dans de trop longs détails.

En quatrième lieu , on pourra nous objecter que, de tous les remèdes qu’on a tant vantés pour combattre les fièvres à accès , aucun n'est comparable au quinquina. Bien souvent, telle fièvre rebelle a plusieurs agents thérapeutiques a cédé comme par cnchautement au quinquina , ce qui prouverait que ce remède a une action, une vertu spécifique, et que la condition pathologique de ces fièvres est conséquemment elle aussi spécifique. Nous répondons à cela, que si on voulait faire attention aux éloges qu’on a prodigués, tantôt à l’un, laulôt à l’autre remède contre les fièvres intermittentes, on serait autorisé à douter de la vertu merveilleuse et absolue du quinquina. Mais nous savons d’ailleurs que les éloges sont bien souvent irréfléchis ou trompeurs. Nousaussi nousavons guéri plusieurs fièvres intermittentes avec la digitale, avec la scille , avec la cantharide, avec le nilre, avec le seigle ergoté, avec les préparations de fer, etc.; mais fort souven t aussi nousavons rencontré des cas que ces moyens ne guérissaient priât, et nous dûmes alors, pour nous en débarrasser, avoir recours à la quinine.

Nous sommes, nous, bien convaincu que tous les succédanés du quinquina sont loin d’atteindre son degré d’efficacité. Et puisque dans un grand nombre des fièvres intermittentes il faut adipet-

tre la présence d’un miasme, et conséquemment une condition mécanico-spécifique , nous n’aurions aucune peine à concevoir que ce principe inconnu pût être détruit, décomposé ou neutralisé par une autre qualité également inconnue résidant dans le quinquina. Cela n’est point en opposition avec ce que nous avons déjà dit sur la nature hypersthénique ou phlogistique de la fièvre intermittente , et sur l’action hyposthénisanle du quinquina. Une semblable action serait au surplus une vertu de nature inconnue à une autre vertu que nous connaissons. Cependant, lorsqu’on réfléchit que le quinquina est assez souvent impuissant à couper radicalement la fièvre, qu’il ne lait que suspendre temporairement les accès, puisque quelque temps après l’individu retombe dans le même état , quoiqu’il ne se soit plus exposé à l’action de nouveaux miasmes , je serai porté à nier une semblable action spécifique. Effectivement , un remède, un agent chimique quelconque, qui serait apte à détruire le miasme, couperait la maladie à l’instant et pour toujours.

(Noie de M. Ulojon.) [Nous ne saurions admettre ici l’opinion de l’auteur, savoir que toute substance capable d’anéantir la cause accidentelle, spécifique ou essentielle, cachée ou manifeste d’une maladie, doit être aussi capable de rendre la santé à l’instant. L’aphorisme qui dit sublata causa lollitur effectus subit en pathologie de nombreuses exceptions.

Ne voyons-nous pa3 souvent des hépatites chroniques persévérer malgré l’évacuation des calculs bilieux qui les avaient produites : des épilepsies , excitées par la présence de vers dans les intestins , continuer long-temps , bien qu’on ait obtenu l’élimination delà cause: combien de fois ne voit-on pas l’éclampsie, dont la cause première était la grossesse, persister après l’accouchement? Le delirium Irerncns des ivrognes 11e pcrsisle-til pas malgré l’abstinence des alcooliques qui l’ont produit? La crainte, la terreur, la vue d’une décapitation, d’un accès convulsif, suffisent pour faire naître chez quelques individus impressionnables une épilepsie périodique et chronique. En conséquence, en supposant que le quinquina lut capable de tuer, d’anéantir, de décomposer le miasme producteur de certaines fièvres intermittentes, il ne s’ensuit point que l’organisme qui en a reçu

qUl^QUINA.

l'impression doive se remettre immédiatement dans son état normal primitif. Il nous paraît plus logique, quant à présent , de nous borner à signaler le quinquina comme un remède héroïque contre la véritable fièvre intermittente simple, comme un anti -périodique par excellence; car si nous considérons le quinquina sous le simple point de vue de son action dynamique liyposthénisante , nous ne trouverions pas une explication suffisante de sa propriété éminemment fébrifuge , et pour ainsi dire élective.]

Le quinquina, au contraire, laisse souvent persister pour ainsi dire le germe de la fièvre , et il ôte ou étouffe dans le corps les dispositions à s’apercevoir de son existence , ce qui équivaut à dire que le quinquina dans ce cas n’exerce son action que sur la partie dynamique du mal. Celte considération est l’expression des faits qu’on observe journellement; elle répand , selon nous , une lumière immense sur le sujet en question et sur toute la pathologie en général. Je crains pourtant que les partisans de la réforme italienne , qui se sont écartés du dynamisme , et qui n’ont pas bien compris nos idées sur la réaction vitale , ne sachent pas la reconnaître. Quant aux partisans d’une autre école, je 11e doute point qu’ils ne la repoussent avec humeur. Nos réflexions cependant sur ce point sont appuyées sur un autre fait que tous les praticiens connaissent, savoir que les fièvres coupées avec le quinquina récidivent plus souvent que celles qui ont été guéries par d’autres moyens. En conséquence , nous sommes conduits à cette singulière conclusion que contre la véritable fièvre intermittente plusieurs autres médicaments jouiraient d’une vertu qu’on pourrait avec plus de fondement considérer comme plus spécifique que le quinquina. Je sais bien qu’aux yeux de plusieurs personnes cela paraîtra un paradoxe, maisil en sera autrement dans l’esprit des hommes habitués à réfléchir logiquement et qui savent bien que vaincre une fièvre d’une manière durable ce n’est que la tenir bridée ou étouffée pendant un certain temps. D’ailleurs, en laissant même de côté tout cela, pourquoi aurions-nous recours à une idée mystérieuse, abstraite, qui n’ajoute rien ni pour la satisfaction de l’esprit, ni à la pratique, d’autant plus qu’on peut trouver une raison satisfaisante dans les principes que nous

avons exposés. Il n’est pas surprenant que, parmi les nombreux remèdes propres à combattre la maladie, il y en ait qui, par leur action prompte et énergique, ou par quelqu’un de leurs effets secondaires , puissent convenir et produire ce même résultat d’une manière bien plus complète qu’avec tous les autres. Celui qui oserait nier, par exemple, dans le traitement de la néphrite les effets salutaires du nitre, et qui le prescrirait pourtant à dose convenable , verrait avec surprise disparaître le mal bien plus promptement qu’avec tout autre remède.

Dira-t-il pour cela que cet agent est un véritablespécifiqucde l’inflammation des reins? L’eau glacée et la glace elle-même, qu’on prescrit pour l’usage intérieur après la saignée, et avec tant d’avantage dans le traitement des gastro-entérites, seront-elles pour cela un spécifique?

Combien de fois n’a-t-on pas vu une maladie résister b l’action d’un remède très-actif, et céder ensuite à l’action d’un autre agent moins énergique , ou bien au premier à plus petite dose?

Cela dépend des relations secondaires qui existent entre le remède et la maladie, c’est-à-dire du degré de force, de promptitude d’action, de durée et de tendance pour tel tissu ou organe en particulier. On explique par-là aussi pourquoi la saignée , si efficace contre les phlogoses , est moins utile dans quelques-unes d’entre elles , comme par exemple dans celle des artères, que bien d’autres moyens beaucoup plus faibles , mais dont l’action est plus prompte et plus immédiate sur les membranes des artères ; tel est précisément le quinquina.

Je crois pouvoir résumer en six chefs les idées que je vieps d’exposer : 1° Que la fièvre intermittente a son siège dans le système vasculaire sanguin. 2° Que, sous le point de vue des altérations pathologiques, c’est une maladie continue. Sous celui de sa forme symptomatique , elle a une marche intermittente. 3° Que, quant à ses causes, ses symptômes, ses résultats , et à scs moyens curatifs, elle appartient à la classe des maladies hypers th épiques , et qu’elle est tantôt simplement dynamique, tantôt associée à un fond spécifique. 4° Que l’altération organique présumée de cette fièvre a pour essence un érysipèle interne vasculaire (sub-artérite) , d’abord périphérique , ensuite centrale. H° Que si la maladie dure pendant un certain temps, les arlè-

QUINQUINA. 36l

res sont alors affectées de phlogose chronique avec accès quotidiens aigus, suivis ordinairement d’anasarque, ou bien d’un état de phlogose dans le foie , dans la rate , ou dans quelque autre viscère ; et parfois d’une altération pathologique dans les organes thoraciques. G» Que la lièvre pernicieuse n’est autre chose qu’une artéritc érysipélateuse très-vive , violente, avec un noyau fort profond, ou avec une congestion de quelque viscère essentiel à la vie. — On peut encore déduire de ce que nous avons dit une autre conséquence qui nous fait rentrer dans la question pharmacologique , savoir que le quinquina ne produit, dans le traitement de la fièvre intermittente simple ou pernicieuse , des effets si prompts et évidents que parce que son action dynamique porte particulièrement sur les vaisseaux capillaires sanguins, et parce que aussi son action hyposlhénisante est instantanée et fugace. C’est pour cela qu’il est si utile, pour empêcher l’engorgement vasculaire , pour éteindre ou apaiser dans les vaisseaux ce feu mobile qui devient si souvent fatal , et que nous avons comparé à l’érysipèle.

C’est en cela, d’après nous, que consiste l’efficacité spéciale du quinquina, savoir d’empêcher le trouble de la circulation dépendant d’une cause particulière qui agit dans les vaisseaux. Pour obtenir ce résultat, nous n’avons peut-être aucun autre agent thérapeutique qui puisse se comparer au quinquina ; que si la cause efficiente ou matérielle de la fièvre est récente , non enracinée dans la fibre animale, le quinquina parvient à couper entièrement avec l’accès la maladie ellemême ; mais si cette cause morbide s’est déjà enracinée dans les tissus organiques, si elle y a produit des altérations profondes , alors le quinquina ne serait plus assez énergique pour la vaincre entièrement , car son action est trop passagère. Aussi, après avoir été réprimé par le quinquina , le trouble circulatoire reparaît aussitôt que l’action du remède aura été épuisée. D’autres moyens plus énergiques, et d’une action plus durable, sont alors nécessaires pour rendre la santé au malade. Ces moyens cependant peuvent être toujours utilement combinés avec le quinquina. Les amers , les

antimoniaux, les préparations ferrugineuses, etc., sont indiqués dans ces cas; mais ce qui m’a le mieux réussi, c’est la saignée. La raison en est simple : il çxistç soit une phlogose locale Oiguif oq

chronique , soit une pléthore artérielle.

Ce qui confirme d’ailleurs cette manière de voir, c’est que le sang que l’on tire est constamment couenneux. Que l’on fasse donc précéder dans le traitement des fièvres intermittentes la saignée à l’administration du quinquina , et on aura toujours à s'en louer. On n’aura plus alors à lutter contre ces interminables fièvres périodiques qui paraissent se taire tant que le malade ne cesse de se saturer de quinquina, et qui reparaissent aussitôt qu’il en suspend l’usage. On ne verra plus de ces obstructions , de ces bydropisies qu’on rencontre si communément chez les habitants des endroits marécageux , ni de ces morts subites, de ces affections si graves qui paraissent tout à coup , et dont la cause réside dans l’altération organique des viscères, altération préparée petit à petit par la fièvre intermittente. Les faits et réflexions qui précèdent enlèvent donc au quinquina une partie des vertus prodigieuses qu’on lui accordait contre les fièvres intermittentes, mais ils le recommandent au contraire dans d’autres maladies , d’où on l’avait exclus. Dans mon opinion, c’est à tort que les praticiens bornent l’usa^ge du quinquina aux seules fièvres intermittentes.

( Noie de M. Mojon.) [Ce reproche ne nous paraît pas bien fondé. Dans la plupart des traités de médecine et de matière médicale anciens ou modernes, on recommande le quinquina pour une foule de maladies. Son usage n’a pas été restreint à combattre uniquement les fièvres intermittentes; de tout temps le3 praticiens ont reconnu dans ce remède une efficacité remarquable contre le typhus, la fièvre étique, le rhumatisme, la goutte, le catarrhe des vieillards , certaines maladies cutanées , scrofuleuses , l’aménorrhée et la chlorose , l’épilepsie, l’érysipèle, le choléra-morbus , les affections gangréneuses et cancéreuses, la carie, l’ascite, etc. Nous ne voulons pas examiner ici la valeur de ces indications ni les doctrines qui les ont dirigées ; toujours est-il cependant que le quinquina et ses différentes préparations ont été appliqués au traitement d’un grand nombre d’affections.]

Ses effets sont également salutaires dans toute autre phlogose qui a pour siège la paroi interne des artères et des veines. Il la combat heureusement si elle est simple, superficielle, et d’im çarac-

tère érysipélateux. C'est ce qu’on observe tous les jours à notre clinique dans les sub-arlériles, les phlébites, la lièvre rhumatismale , les exanthèmes, dans plusieurs hémorrhagies , dans le scorbut récent, dans la fièvre intermittente légitime , etc. Il agit efficacement contre toutes ces affections et contre plusieurs autres plus violentes, si on l’associe à la saignée. La fièvre dite synoque, le scorbut de vieille date, l’interinillente pernicieuse, la fièvre étique, etc., sont de ce nombre. Dans ces affections, bien que le quinquina seul ne soit pas suffisant pour la guérison, il est pourtant d’un immense secours pour apaiser le trouble de la circulation et par là la phlogose ; il permet, en attendant, à la saignée et aux autres moyens dont l’action est plus lente, de produire leur effet et d’amener la guérison d’une manière durable. Le quinquina de son côté calme , affaiblit l’affection, s’il s’agit d’une phlogose lente produite par des agents spécifiques , ou entretenue par des altérations organiques et qui sc manifestent sous la forme de palpitations de cœur, de syncopes, d’asthme, d’étisie, de cardite, d’hypertrophie , de dilatation anévrismale , de lithiase, et très-souvent aussi de végétations morbides, telles que pseudo-membranes , ou polypes dans la cavité du cœur ou des gros vaisseaux ; parfois aussi d’épanchement séreux dans le péricarde, de tubercules, d’ulcères, de suppurations pulmonaires , etc. , etc. Les différentes préparations de quinquina arrêtent ou préviennent les attaques que le vice organique provoque continuellement. Le malade en éprouve un soulagement assez marqué , et il peut vivre long- temps sous l'influence de ce médicament , malgré la présence d’un anévrisme grave ou de tout autre vice qui , abandonné à lui -même, menacerait à chaque instant son existence. Le quinquina calme dans ces cas les troubles dynamiques de la circulation. Il est constant, du moins pour nous, que les altérations organiques ne produisent le plus souvent la mort que par le trouble dynamique qu’elles occasionnent. Or, ce trouble est généralement parfaitement prévenu ou combattu par l’usage du quinquina.

Parmi les cas nombreux de maladies organiques que j’ai traitées avec un grand avantage à l’aide du sulfate de quinine , je citerai celui d’une dame de Brescia affectée depuis plusieurs uunées d’uu

énorme anévrisme à l’arc de l’aorte.

Son mal s’étant compliqué d’hydrolhorax et d’anasarque , elle était mourante lorsque j’ai été appelé en consultation par M. Zilioli - Laudi : pouls filiforme, visage décomposé , orthopnée extrême ; pulsations tantôt fortes, tantôt faibles a la région du cœur. On ne lui accordait que quelques heures de vie. J’ai prescrit le sulfate de quinine à forte dose, par cuillerées répétées , dans un sirop, afin de calmer ces battements tumultueux et dispnoïques qui existaient dans la poitrine , sans y attacher pourtant un grand espoir. Chose étonnante! après un jour de l’usage de ce remède , la malade se réveille de l’agonie; la suffocation cesse , les forces se relèvent, et elle se rétablit petit à petit. Elle a vécu encore une année dans un étal satisfaisant cl n’est morte que dans un hiver extrêmement rigoureux.

Nous devrions actuellement expliquer pourquoi le quinquina , chez quelques individus, produit la céphalalgie, un trouble dans les idées, la surdité. Comme cependant, dans les cas nombreux que nous avons traités avec la quinine et la saignée , ces phénomènes ont manqué complètement, nous avons pensé qu’ils pouvaient tenir à l’état pléthorique des sujets. Les extrémités des vaisseaux sanguins étant par l’action du quinquina mises dans un état d’hyposthénie ou d’inaction, il est évident que le superflu du sang doit éprouver une sorte de stase quelque part ; cette stase doit être plus marquée là où les vaisseaux sont plus petits et plus éloignés du cœur. C’est ce qui a lieu probablement dans les vaisseaux cérébraux. De là les phénomènes en question si on ne fait pas ouvrir la veine avant de donner la quinine. Que la source de ces phénomènes soit dans l’inaction des vaisseaux capillaires, cela est prouvé parla disparition de la céphalalgie fébrile, dudélirc et delà surdité, sous l’influence du sulfate de quinine. Nous avons observé à notre clinique un bel exemple de ce cas. 11 s’agit d’une otite interne , intermittente (perniciosa cophotica), que nous avons traitée, durant la période de surdité, à l’aide du sulfate de quinine à haute dose. Les accès sont allés en diminuant, et, enfin, ils ont fiui par disparaître complètement. — Il y a à peine huit jours encore que j’ai été moi-même saisi d’une fièvre synoque, par suite d’un coup desoleil, et après être entré dans une serre échauffée à 36° U. Après une sai-

#e*NQÜINA.

gnée abondante et une forte doso d’aloès, j’irise au début, la lièvre baissa, mais la douleur de tète continua dans le même état ; j’ai pris en quinze heures 13 décigrammes (2C grains) de sulfate de quinine. Je n'en avais pas encore pris la moitié que la céphalalgie avait disparu. Dans la nuit j’ai eu des sueurs abondantes; le lendemain j’étais encore un peu sourd, mais le mal de tête avait disparu entièrement. On pourrait conclure de tout cela que les phénomènes encéphaliques ne sont pas de nature phlogistique, et qu’en conséquence, on ne doit nullement redouter l’administration du quinquina dans les cas de céphalalgie , de délire et de surdité. Ajoutons que ces phénomènes, quoiqu’ils puissent par des circonstances particulières devenir fort incommodes , n’ont pourtant jamais produit de conséquences fâcheuses. Je n’ai jamais vu un seul individu qui eut perdu pour toujours l’audition , ni la raison , par l’effet du quinquina ; aucun qui eût éprouvé des céphalalgies obstinées , quoique des milliers d’individus en aient fait usage. Que si l’on vient me dire qu’il y a eu des malades qui ont déliré et qui sont morts d’encéphalite après l’administration du quinquina, je répondrai que cela est arrivé indépendamment du remède , ainsi qu’on le voit souvent dans les gastro - entérites. Quant à ceux qui prétendent avoir essayé les petites doses de quinine dans quelques cas de phlogose , et avoir été obligés d’en suspendre l’usage à cause des effets délétères du médicament , je leur dirai qu’ils auraient dû en augmenter la dose, au lieu d’en suspendre l’usage , jusqu’à ce qu'ils eussent obtenu les véritables effets du remède, à la place de ceux de la maladie. Je dois ici rappeler aux personnes qui voudraient vérifier nos expériences , que dans les phlogoscs progressives ou commençantes on ne doit pas faire attention , en donnant la quinine, aux premiers effets, car ils appartiennent à la maladie et non au remède ; ces effets disparaissent aussitôt que le remède aura déployé toute son énergie.

On a souvent signalé après l’emploi du sulfate de quinine des symptômes d’irritation dans l’urètre, bien que je ne les aie jamais observés. Le docteur Fagiuoli , de Vérone, in’a fait part d’un cas de cette espèce. Un enfant atteint de lièvre tierce, ayant pris quelques pilules de sulfate de quinine, éprouva une dén'àngçiiisoa dajis le pénis en urinant, et

rendit quelques gouttes de sang; en reprenant le même sel , quelque temps après, l’urine redevint sanguine, et ce phénomène reparut plusieurs fois même lorsqu’on lui administra le quinquina en substance. Ce phénomène n’était accompagné d’aucune douleur ni de tuméfaction , de sorte que l’enfant conservait après l’accès sa gaîté ordinaire. — Pour expliquer la maladie urétralc , on peut avoir recours au principe déjà connu; savoir, que les substances acides et salines, après avoir été assimilées, reprennent facilement leurs propriétés physiques lorsqu’elles reviennent par les voies urinaires. L’acide sulfurique ou le sel de quinine a pu donner naissance dans l’appareil urinaire à quelque nouveau corps dont l’action irritante aurait porté atteinte à l’appareil urinaire. Quant au cas d’hématurie observé par M. Fagiuoli, on ne saurait certainement l’expliquer avec cette seule donnée. Comment concevoir l’écoulement de trois ou quatre gouttes de sang par l’urètre , après l’usage de quelques centigrammes de quinine , et cela sans la moindre douleur.

Le phénomène dont il s’agit nous paraît au reste analogue à celui qu’on observe quelquefois après l’usage des cantharides et qu’on explique de la même manière.

En diminuant l’énergie vitale des vaisseaux urinaires, la quinine relâche tellement les porcs de ces vaisseaux que Je sang peut s’en échapper. Pour éclaircir le fait de M. Fagiuoli il aurait fallu soumettre le même enfant à l’action du nitre ou de la digitale, qui aurait pu donner lieu au même phénomène ; mais cet individu déjà grandi , et dont les reins se sont peut-être fortifiés depuis, tolérerait probablement aussi maintenant le sulfate de quinine , sans éprouver la moindre hématurie. Arrivé au point où nous l’avons placée, la discussion sur l’action du quinquina offre un nouveau champ d’observations utiles à la pratique. Nous avons dépouillé ce remède de toutes ces vertus mystérieuses dont on l’avait doué arbitrairement , et mis , nous le croyons du moins , les praticiens dans une voie toute nouvelle d’observation positive.

§ VH. Action mécanique. — L’écorce péruvienne, réduite en poudre trèsfine , peut être appliquée sur les plaies récentes sans que l’inflammation augmente ni la douleur. Le sulfate de quinine et les autres sels peuvent aussi être employés par la méthode endermique ; savoir, sur la peau dépouillée de son

épiderme > sans qu’il en résulte presque jamais de phlogosc ni sensation de douleur. Cela suffit pour prouver que le quinquina et les différents sels de son alcaloïde ne jouissent d’aucune faculté irritante mécanique. Une circonstance cependant à remarquer relativement à la poudre de quinquina, c’est sa nature indigeste à cause de la partie ligneuse et du peu de résine qu’il contient. En conséquence , cette poudre peut nuire aux estomacs délicats et donner lieu à une plénitude , à une sub-inûammation, à la constipation ou à la diarrhée. Ces effets sont purementmécaniqueset ne peuvent pas avoir lieu dans les casoù on administre la quinine. Par l’usage du sulfate de quinine les malades n’éprouvent, tout au plus qu’une légère chaleur à l’épigastre ; encore cela n’estpas constant. On dirait que le quinquina a quelque action contre les vers, et qu’il est conséquemment anthelmintique ; car Ramazzini (60) , Lanzoni

(70), Yan-den-Bosch (7 1), etles médecins de Wratislavie l’estiment comme tel (72). De celte action mécanique on peut tirer quelque avantage dans la pratique. On ne doit cependant jamais préférer le quinquina aux autres moyens anthelmintiques dont la vertu est plus énergique.

§ Y III. Mode d’ administration. — 1° Le procédé le plus simple et le plus économique pour l’administration du quinquina est celui qu’a suivi un négociant français à Caracca; savoir, de faire dormir les fiévreux dans un magasin de quinquina (73). Les seules émanations de celle écorce paraissent avoir dans ces cas une action assez; puissante pour couper la fièvre.

2° Ordinairement on prescrit le quinquina en poudre , mais on ne saurait assez avoir soin qu’il soit finement pulvérisé, car, à circonstances égales, l'efficacité de celte écorce est eu raison de la finesse de sa poudre. On croit que la première poudre n’est pas la meilleure parce qu’elle dérive des lichens qui la recouvrent ; ni la dernière, parce qu’elle contient plus de matière ligneuse. Les malades la prennent en substance ou eu infusion dans l’eau ; on la laisse infuser

(69) Constit, epid., p. 15t.

(70) Opéra., t. il, p. 588.

(71) Hist. const. verm., p. 30.

(72) llistor. morb. Wratislae. liai. , $>. 35.

(73) Ghuettg de santé, 15 ççt, 1831.

dans un lieu chaud pendant dix ou douze heures , en remuant le vase de temps à autre, et on le donne ensuite au malade, ayant soin qu’il avale la poudre et le liquide ensemble. La dose est de 50 centigrammes (10 grains) à G grammes (1 gros et 1/2), à répéter huit fois par jour. Celte dose cependant doit varier selon la maladie et l’âge du sujet. Les fièvres intermittentes et les fièvres pernicieuses en exigent de très-hautes doses. On est souvent dans la nécessité d’aller au-delà de 60 grammes (2 onces) , dans le courant de la journée. Et même dans ces maladies on administre le quinquina par plusieurs voies et à très- fortes doses.

On est surpris de voir jusqu’à quelle dose on peut élever impunément ce remède. On pourrait dire que ce médicament est le seul qui peut être employé à doses énormes avec avantage et sans causer aucun mal lorsqu’on en abuse.

D’après nos principes, cependant, cette particularité n’est pas inexplicable. Pour enlever ou pour prévenir l’érysipèle à la surface interne des vaisseaux sanguins , il n’est pas nécessaire que le quinquina produise une grande modification dans les tissus et dans leur vitalité; il suffit que son action simple et passagère y soit apportée à temps , et qn’elle frappe précisément les vaisseaux sanguins. Effectivement nous avons vu que, lorsque la maladie était enracinée dans les tissus , le quinquina, quoique utile, ne suffisait pas pour l’enrayer. De là résulte que, dans les maladies en question , l’action du quinquina est plutôt opportune que forte, et qu’ainsi son excès n’est pas suivi de fâcheuses conséquences. — Mille questions ont été agitées sur la manière de prescrire le quinquina dans les fièvres intermittentes; savoir s’il convenait mieux pendant l’accès ou hors des accès; à des époques voisines ou éloiguées de son arrivée : l’expérience a démontré que ce médicament était utile à toutes les époques de la maladie. Cependant on a observé que, pendant la période de froid, le médicament était facilement vomi. Il est, par conséquent , toujours convenable de l’administrer entre les accès , ou durant l’intermittence; ayant soin pourtant que la dernière dose ne soit pas plus éloignée du retour de la fièvre de deux à trois heures.

3° Une bonne préparation de quinquina est la tisane ou décoction. On obtient, de la sorte, sous forme liquide, la partit; active du quinquina, Quoique

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moins efficace que la poudre, celte préparation a l’avantage d'être moins lourde pour l’estomac, et de pouvoir être donnée même dans les cas accompagnés d’une excessive sensibilité à l’estomac. C’est la préparation qu’on préfère dans la convalescence des maladies aiguës , et dans quelques dérangements d’estomac peu connus et qu’on désigne sous le nom de dyspepsie. 11 est des praticiens qui veulent que la coction soit de courte durée et qui donnent la préférence à l’infusion à froid, dans la fausse idée que les principes actifs du quinquina étant volatils ne seraient pas perdus. Les émanations de celte écorce portent avec elles quelques atomes de quinine ou de cinchonine; mais ces principes sont fixes, et pour les obtenir au moyen de l’eau, il faut une longue ébullition. Effectivement , pour être bonne, la tisane doit être réduite aux deux tiers environ , ou même à la moitié. La dose de quinquina est de 15 à 90 grammes (d’une demi -once à 3 onces).

4° Autrefois étaient en vogue plusieurs extraits de quinquina, parmi lesquels on donnait la préférence à l’extrait sec, autrement dit sel essentiel de quinquina, de Lagaraye. Maintenant toutes ces préparations ont fait place aux nouveaux alcaloïdes.

5° On peut en dire autant des sirops de quinquina , et plus encore de son infusion vineuse et de la teinture faite avec l’esprit-de-vin dans laquelle le constituant est en opposition d’action avec l’effet du remède. »

C° Désormais il est reconnu que les nouveaux alcaloïdes , et notamment la quinine, suffisent à toutes les indications. Il est pourtant encore des praticiens qui préfèrent l’écorce. On emploie fort rarement la quinine pure en médecine, on ne l’administre le plus souvent qu’à l’état ^de sulfate, de chlorate , de tartrate (72*) , et , depuis quelque temps , de citrate.

t7° Les sels de quinine jouissent de toutes les propriétés de l’écorce, mais à un trèshaut degré, car ils produisent, à la dose de quelques centigrammes , les mêmes effets que plusieurs décagrammes de l’écorce. On les donne ordinairement à la

(72*) Chintna sua combinazionc col* acido solforico, tarlarico e citrico me»

mena di G. I»igliini. — . Dibliot. difarra. ctum., febrajo 1840,

dose de quatro , six , dit , et môme quinze décigrammes par jour (8 à 30 grains).

Martinet et Bally ayant vu en Italie qu’on prescrivait les sels de quinine à haute dose, avec un très-heureux résultat, importèrent celle pratique en France, et ils se sont convaincus qu’avec de fortes doses , il y a une économie réelle, puisqu’on n’a pas besoin d’y revenir plusieurs fois. On peut administrer ces sels , dans le moment même de l’accès. On a observé qu’avec un bol de vingt-cinq centigrammes de sulfate de quinine (5 grains), pris au commencement du parox'ysme, et répété après une ou deux heures , on fait avorter l’accès, ou on le rend plus léger.

8° Le citrate de quinine existe en pharmacie depuis peu; et on s’en sert avec avantage ; on a eu à s’en louer particulièrement parce qu’il ne produit pas de céphalalgie. Son action est plus douce que celle du sulfate, et sous ce rapport il peut quelquefois mériter la préférence. Sa dose est égale à celle du sulfate ou un peu plus.

9° Le docteur Brutti a proposé l’hydrocyanate de quinine, auquel on a substitué, à cause de sa grande altérabilité , l’hydroferrocyanate de quinine. Zaccherelli et Gérioli assurent enavoirobtenu de bons effets, à la dose de dix, vingt, vingtcinq et même quarante centigrammes (2 à 8 grains), dans des cas où le sulfate de quinine n’avait pas montré assez d’efficacité (73*). L’ayant expérimenté nous-mêmes, nous n’eûmes pas à nous en louer; car nous le trouvâmes plus faible, et plutôt inférieur d’action au sulfate. L’addition du fer, d’après nous , ne peut donner aux sels dans lesquels entre l’acide hydrocyanique, la propriété d’être inaltérable, condition essentielle pour en régler les doses.

10°, Plusieurs autres sels qu’on a préconisés , tels que les azotates , les oxalales, les arséniates, et même les gallates et les quinates de quinine n’ont pas encore reçu la sanction d’une longue expé» rience.

1 1° La cinchonine pure, ou mieux encore le sulfate de cinchonine, possède , d’après les essais que plusieurs praticiens ont faits, des propriétés analogues à celles du sulfate de quinine ; aussi peut-il être donné de la même manière que le sulfate de quinine.

(75*) Omodei, Annal! univ. di mçdiç, Luglio, 1832, p. 24.

366 ÉCORCE bE SATJLE.

12° Puisque , parmi les principes immédiats de l’écorce péruvienne, ceux qui présentent une action thérapeutique trèsprononcée, et on pourrait même dire analogue, sont la quinine, la cinchoninc, le tanin et l’acide quinique, on pourrait proposer un mélange de ces principes , pour les praticiens qui ont encore de 1 attachement pour le quinquina en substance.

13° La poudre dite de Pcrelli n’est autre chose qu’un assemblage de quinine et de cinclionine , plus le principe colorant rouge et quelques autres sels. La dose est de quatre à seize grammes (de 1 gros à lj2 once).

14° Des eaux mères, dont on a tiré la quinine , on obtient aussi un extrait dans lequel les médecins de Milan trouvent des qualités thérapeutiques, à la dose de un ou deux grammes ( 20 à 40 grains).

C’est la quinine brute qui, d’après Trousseau et autres, peut avantageusement remplacer les différents sels de quinine. Toutes ces nouvelles préparations, et notamment le sulfate de quinine , ont été aussi employées par la méthode endermique, et il paraîtrait que la même dose, ou même moins, que celle qu’on prcscril par la bouche, remplit l’indication. On peut à cet effet en saupoudrer la plaie d’un vésicatoire, ou la fomenter avec une solution aqueuse.

Formules-Modèles.

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