‹ Encyclopédie des sciences médicalesChapitre 90 sur 168 · VINAIGRE · texte numérisé non relu

VINAIGRE

ces cas doit ôlrc Irès-élcvée. Ou dit qu'en 1790 Leoncssn de Padoue a sauvé un hydrophobe en lui administrant un demikilogramme de vinaigre par jour, divisé en quatre doses. 11 faut pourtant avouer que cet agent, comme tous les autres qu’on avait tant vantés contre l’hydrophobie, n’ont pas complètement justifié la réputation qu’on leur avait faite. — Loeber (99) et Bang ( 1 00) rapportent avoir guéri la folie à l’aide du vinaigre. Ils en ont fait prendre juqu’à 90 grain. (3 onces) par jour en plusieurs doses. — Dans la phthisie, ainsi que dans les catarrhes chroniques qui menacent de dégénérer, Bird administra avec avantage les boissons vinaigrées (l). Depuis long-temps on a accordé la propriété expectorante au vinaigre mêlé avec le miel (oxymel) et à ses vapeurs mêlées à celles de l’eau. — Au dire des historiens, les soldats romains faisaient journellement usage de vinaigre pour se préserver des fièvres intermittentes, notamment lorsqu’ils bivouaquaient dans des endroits marécageux (2). Cette pratique a été aussi adoptée par les soldats anglais. — S’il est vrai, ainsi qne le dit Rosenstcin , que le vinaigre est utile pour favoriser le retour des menstrues supprimés ( 4 ), et pour arrêter les hémorrhagies utérines qui succèdent à l’accouchement, ainsi que l’assurent Tissot (5) et Lead (C), nous sommes forcés de reconnaître dans l’un et l’autre fait une action conlro-stimulante. En combattant la mélrile celte action détruit deux effets contraires en apparence. — Le vinaigre est en honneur comme les autres acides contre le scorbut. Selon Lind il serait même le plus précieux de tous. — Nous avons déjà signalé le vinaigre comme l’antidote de l'ivresse alcoolique et contre l’empoisonnement par l’opium. Quelques-uns l’ont

venon., p. 105. — Leclerc , Histoire do l'homme malade, t. n, p. 571.— De Monda, D. lleilk. d. lliss. toi I . Jland., 1789, — Pilschaft. , Itufeland’s Journ., 01 Bd., 0 st. , p. 105.

(99) Obs. pract., p. 00.

(100) Acl. R. soc. llafn., t. i, p. 10G.

(1) Ilorns , Arcli. f. med. Erfahr., 1821, mars er april, p. 519.

(2) Vegetius, Dore inilit., L m, c. tu.

(5) Priugle, Discas. of Army., p. lit.

(1) Rese-Apoieck., p. 48.

(5) Avis au peuple, p. 251.

(G) On çhildbed-feYor., p. 271,

proposé aussi conlrc l'empoisonnement par l’aminoniaque (7).

Il nous reste à discuter une question délicate et importante, c’est de savoir quelle est la valeur du vinaigre comme antidote , puisque les chimistes toxicologues le prescrivent indistinctement contre une foule d’empoisonnements , même lorsqu’ils sont hyposthéniques , sans réfléchir que le vinaigre est lui- même un poison hyposlhénique. Dans ce dernier cas le vinaigre devient un poison plus ou moins mortel selon que l’autre poison est plus ou moins hyposlhénique. Le vinaigre devient arsenic, strychnine, ciguë, belladone, etc., s’il est donné après ces substances, car il en augmente les effets toxiques. Cette erreur déplorable a été introduite dans la science par la mauvaise habitude de l’analogie; car ayant vu que le vinaigre convenait dans l’empoisonnement par l’opium, on a cru qu’il devait convenir aussi dans tous ceux qu’on nomme mal à propos narcotiques. En donnant à ce mot une acception trop générique, on est tombé dans une erreur grave. Ce qui contribua à donner encore plus de poids à celle opinion , c’est l’observation trompeuse du calme apparent procuré par le vinaigre contre les douleurs d’estomac, sans faire attention que les phénomènes dynamiques du poison augmentaient et que la mort arrivait plus promptement. Quelques autres empoisonnements moins graves , produits par des substances trop faibles pour donner la mort, guéris après l’administration du vinaigre, lui valurent l’honneur de la guérison , tandis qu’on aurait dû l’accuser de l’avoir retardée. Nous avons déjà vu, et nous le verrons encore par la suite, que pour un grand nombre de poisons , tels que la digitale par exemple, l’aconit, la ciguë , la jusquiame , etc., la mort n’arrive pas aussi sûrement qu’on le croit. Nous avons vu d’ailleurs qu’au moyen du vinaigre on parvient à émousser pour ainsi dire dans plusieurs substances végétales les propriétés chimiques acres; la scille , le colchique, etc., sont de ce nombre , tandis qu’on en augmente les propriétés dynamiques. C’est pour cela qu’en empêchant l’irritation sur l’estomac , on augmente les symptômes d’abattement, de faiblesse générale. Si l’on fait attention à ces faits, on verra clairement sur

(7) Orfila, ToxîcoL, t. îr, p. 162,

quoi est basée la raison des toxicologues, qui prescrivent indistinctement le vinaigre, ou tout autre acide dans l’empoisonnement par des substances narcotiques, et combien celte pratique doit être désastreuse pour l’humanité. — Quant à l'application externe du vinaigre , nous la trouvons utile dans plusieurs cas.

Dans les fièvres aiguës, dans les exanthèmes, dans la petite-vérole on a trouvé utile les lotions de vinaigre soit pour adoucir la peau, soit pour déterminer la sueur, soit, enfin, pour calmer la démangeaison. Les fomentations et les vapeurs vinaigrées ont été avantageuses contre le météorisme, l’ischurie, les coliques, les douleurs de la matrice, rhumatismales, arthritiques, l’angine, les pollutions nocturnes involontaires , en les pratiquant sur la localité affectée. Dans toute espèce de phlogose externe ; dans les contusions, les brûlures et les blessures, les chirurgiens obtiennent constamment de forts bons résultats du vinaigre froid mêlé à l’eau et à quelque sel , comme dans le bain de Schmucker. La migraine par transport de sang vers la tête, l’assoupissement et le délire ont été souvent dissipés par de simples applications de vinaigre aux tempes et au front. Les vapeurs vinaigrées ont été utiles contre l’asthme, lacoqueluehe et même la phthisie en les inspirant , ainsi que nous l’attestent les auteurs anciens et modernes.

§ V. A p prédation de l'action. — Ainsi que plusieurs autres acides, le vinaigre délayé est un remède hyposthénisant vasculaire veineux.

§ VI. Action mécanique. — Par son action légèrement astringente le vinaigre rend les mêmes services que nous avons indiqués en parlant des autres acides. A ces bons effets que rend le vinaigre, nous devons ajouter celui d’arrêter l’hémorrhagie utérine après l'accouchement , le placenta étant retenu dans la matrice. Celle manière d’utiliser le vinaigre a été proposée par le professeur 13. IVIojon de Gênes : elle consiste à injecter par la veine ombilicale une certaine quantité d’eau vinaigrée très-froide. Aussitôt les contractions utérines se réveillent, le placenta est expulsé et la matrice revenant sur elle-même, l’hémorrhagie s’arrête. — Le vinaigre a été regardé pendant long-temps comme un des meilleurs moyens pour désinfecter les hôpitaux , les lazarets, les prisons et les differents objets susceptibles d'infection; mais actuellement il a dît faire

place au chlore. — L’odeur forle, pénétrante et agréable du vinaigre sera toujours utile en cas d'asphyxie , d’évanouissement, d’assoupissement, d’épilepsie, etc.

§ VII. Mode d'administration. — Le vinaigre distillé, tel qu’on le trouve ordinairement dans les pharmacies , étant plus concentré que le vinaigre ordinaire pour les usages domestiques , doit être étendu d’eau pour l’usage intérieur. Se.ze à trente grammes dans un demi-kilogramme d'eau, donnent un excellent oxycrat contre les affections inflammatoires. Combiné avec le miel il forme l’oxymel, boisson agréable aux malades. Si l’on doit employer le vinaigre en cas de maladie comme remède essentiel , il convient de le prescrire à haute dose, savoir de GO à 240 grammes (2 à G onces) par jour, si le cas est grave. — A l’extérieur on emploie le vinaigre pur ou délayé dans plus ou moins d’eau , selon la finesse et la sensibilité de la partie qu'on doit mouiller. Ordinairement on se sert pour l’appliquer d’éponges imbibées, ou de linges, ou bien on en arrose des cataplasmes émollients. — On peut se procurer les vapeurs et les fumigations de vinaigre en exposant des draps étendus et imbibés de cette liqueur dans la chambre du malade; ou bien en en mettant à évaporer dans un pot sur le feu; ou, enfin , en en aspergeant un fer ardent. — Pour exciter la pituitaire, on se sert de préférence de l’acide acétique concentré, ou du sel de vinaigre que l'on conserve dans de pctils flacons ; ce s(*l est formé de cristaux de sulfate de potasse, arro*é de vinaigre radical. Pour cet usage on prépare aussi, dans les pharmacies, des vinaigres aromatiques composés; tels que le vinaigre anti-hystérique, le vinaigre camphré, le vinaigre d'estragon , de lavande , de roses , de romarin , des quatre voleurs, etc.

(Acid uni boricum .)

Revenons aux acides minéraux. L’acide borique s’obtient combiné avec l’eau de cristallisation sous la forme de petites paillettes ou d’écailles blanches, nacrées, inodores , d’une légère saveur acide.

Exposé à l'air, il s’elffenrit. On le trouve en abondance daus certains lacs de la

MOUTARDE

Toscane et des Indes, soit à l'état pur, soit sous forme de borate de soude. Il est connu en médecine sous le nom de sel sédatif de Homberg, du nom de l’auteur à qui on en attribue la découverte — Cet acide est peu soluble dans l'eau froide, mais très-soluble dans l'eau bouillante. Il résulte de la combinaison du bore avec l'oxygène. — La dénomination de sel sédatif qu’on a donnée à l’acide borique sublimé au moyen de l'eau, fait déjà entrevoir son action hypostliénisanie. Homberg , Carlbeuser (8), Vogel (9), Reuss ( 1 0) et Lienlaud (11) l’ont trouvé très-utile contre les fièvres ardentes ou inflammatoires accompagnées d’agitation et de délire. Les hémorrhagies, les spasmes, la cardialgie, ont été aussi combattus avec avantage par ces auteurs. Lcefler a guéri un cas de cette espèce qui avait résisté aux remèdes les plus énergiques (12). Dans l’épilepsie il a été prescrit par Laplace (i3j. Starcke s’est assuré que cet acide était très-utile pour faire revenir les menstrues supprimées (1 1). Cet auteur le préconisa aussi comme moyen propre à adoucir les douleurs de l'accouchement lorsqu’elles sont trop violentes, ou à les exciter lorsqu’elles sont languissantes (16). Ces deux indications, en apparence contradictoires, qu’un même remède peut remplir , seraient inexplicables sans les idées que nous avons exposées en parlant du seigle ergoté. L’acide borique n’a aucune action mécanique irritante. Son action dynamique hyposlhénisante vasculaire est aussi très-légère. — On peut le prescrire en toute sûreté mêlé avec du sucre ou de la gomme arabique , depuis deux jusqu à dix grammes (demi gros à deux gros et demi).

Les pharmaciens combinent l’acide boriqueavec le bi-Iarlrate de potasse, et forment ainsi la crème de tartre soluble.

L (8) Verm. Schrift. 1750, n. 5, p. 100.

(9) De sale sedat. Homb. Gott., 1779.

(10) Diss. de sal. sedat. llomb. Tub.,

(H) Synops. prax. med., 1795, P. n.

(12) llufeland’s Journ., 51 Bd., 1 st., p. 101.

(13) Revue médicale française et étrangère, t. ni, p. 19.

fil) Einricht. d. klin. instit. Jen.,

(15) Archiv. d. Geburlsh., A Bd.,

fasc. 3.

MOUTARDE. ( Sinapis .)

§ I. Caractères physiques. — Genre de plante de la famille des crucifères et de la tétradynamie siliqueuse, commune dans toute l’Europe. On n’emploie en médecine que les graines de deux espèces de celte plante ; la graine blanche {sinapis alba) et la graine noire {sinapis nigra). La première résulte de petits grains ronds, jaunâtres, d’une odeur fugace , d’une saveur âcre et amère. La seconde , de grains plus petits encore , noirâtres, striés, d’une âcreté brûlante , d’une odeur forte et piquante. Mises en poudre et humectées , elles déterminent le larmoiement et l’élernument.

§ If. Notions chimiques. — D’après l’analyse faite par Henry et Garrot , les grains de moutarde contiennent de l’acide sulfo-sinapique qui se rapproche de l’acide sulfurique, mais qui en diffère par sa composition élémentaire : deux espèces d’huiles , l’une fixe et douce ; l’autre, volatile très-âcre ; un principe colorant jaune, de l’albumine, beaucoup de mucilage , du phosphore , du bimalate et du citrate de chaux. Cette analyse laisse encore à désirer.

§ III. Effets chez l’homme bien portant. — L’observateur qui ne porterait son attention que sur les effets des cataplasmes de moutarde , effets qui font rougir et cuire la peau, et dont les exhalaisons font larmoyer et éternuer , qu’à la saveur de la sauce de moutarde, etc. , il croirait sans doute que cette substance est irritante, stimulante , et il s’étonnerait sûrement si quelqu’un affirmait que malgré ces effets physico-chimiques, la vertu thérapeutique de la moutarde est hyposthénisante. Si l’on veut faire attention que ceux qui prennent intérieurement de la moutarde en grande quantité et journellement , n’éprouvent aucune inflammation , aucune douleur , aucun éclmiffement à l’estomac; si l’on veut ne pas confondre l’action chimique de la moutarde avec l’action dynamique qui est consécutive à son assimilation, on sera forcé de convenir que prise à l’intérieur cette substance agit d’une manière opposée au vin , et que sa vertu est par conséquent analogue à celle des remèdes liyposlhénisants , puisqu’elle excite l’appétit , mitige l’action trop stimulante de certains aliments , et aide la digestion à l’instar des substances amères et de certains laxatifs. Si on l’administre à haute

MOUTARDE. '

dose, la moutarde excite le vomissement comme le tartre stibié , ainsi que cela a été observé par Macarlan (IG). Elle serait diurétique, d’après Cullen (17), comme la scille et la digitale ; et, au dire de Linné , elle produit une faiblesse générale comme tous les liyposthénisants

(18). En conséquence, on peut regarder comine mal fondée la crainte que la moutarde prise intérieurement irrite, enflamme l’estomac; nous sommes d’ailleurs rassurés sur ce sujet par Cullen , par Fouquier, par Mérat (19). J. Taylor et Cooke (20) ayant prescrit de la graine de moutarde à haute dose à une foule d individus atteints d’affections diverses, ont eu l’occasion de se convaincre qu’elle ne donne jamais lieu à une excitation quelconque, et n’augmente nullement les phlogoses préexistantes. Ce dernier auteur voudrait même que la moutarde lut administrée à la place de la saignée.

§ IV. Effets dans les maladies. — ■ .lolin Taylor dit s’être guéri lui-même, à l’aide de la semence de moutarde blanche, de certains dérangements d’entrailles dont il souffrait depuis long-temps.

Il entreprit un voyage dans le but unique de mettre en vogue ce remède et d’en promulguer les vertus salutaires à tout le genre humain. Turner-Cooke a été , lui aussi , un ardent panégyriste de la moutarde blanche, et son livre a obtenu plusieurs éditions (21). Il y a peu de maladies dans lesquelles ce médecin ne l’ait essayée; U dit en avoir obtenu des résultats surprenants , notamment dans les affections des organes abdominaux , dans les gastro - entérites et dans les hépatites soit aiguës, soit chroniques. Parmi les maladies traitées avec celte moutarde , on compte aussi les cardialgics, la constipation habituelle, des céphalalgies, des vertiges, des dispositions aux congestions cérébrales, des amauroses commençantes ( retinilis ) qui augmentent par la surexcitation de l’estomac, le rhumatisme, la goutte, l’asthme, la fièvre intermittente, l'hydropisic et le scorbut.

(IG) Journal général do médecine, t. xxxiv, p. 72.

(17) Trat. di mater, mcd. tradollo da deiladecima, 1798, t. iv, p. 191.

(18) Ibid., p. 192.

(19) Dict. de mat. méd., t. vi, p. 519.

(20) Obs. on the eiïic. of while Mustand soc., etc. Gloc., 182G, 3' édit.

(21) Ouvr. cité.

Il est vrai qu’il ne faut pas accorder une grande valeur à l’opinion des médecins qui prônent un remède unique pour toutes les maladies.

line pareille exagération cependant ne nous empêchera pas de saisir la véritable action intrinsèque du remède en prenant pour guides les faits recueillis par des observateurs exacts et véridiques.

Dioscoridc prescrivait l’usage de la moutarde contre l’anorexie , la cachexie et la chlorose (22); les Suédois s’en servent assez généralement contre les fièvres intermittentes (23); IVléad assure avoir guéri un sujet atteint d’hydropisie ascite à 1 aide de ce moyen. Rai rapporte (24) qu une armée entière a été sauvée du scorbut , dont elle était atteinte au siège de La Rochelle , au moyen de la moutarde (25). Macartan s’en est fort bien trouvé contre le rhumatisme (2G); Brady, contre l’asthme (2G), ainsi que Thomson

(27) et Pitscliaft (28). Thilow regarde la moutarde comme un remède spécifique contre la coqueluche (29); Callisen l’a prescrite, à la dose de plusieurs grammes, à des sujets atteints de fièvre putride (30). Quant à son usage extérieur, on sait que la décoction de moutarde guérit les engelures, ainsi que Tissot et d’autres en ont fait l’expérience (31).

Tode assure que les fomentations avec cette décoction adoucissent les douleurs arthritiques (32). Julia de Fontanelle a proposé de guérir la gale en baignant la peau avec l’eau distillée de moutarde, ou avec un onguent dans lequel il fait entrer de celte graine en poudre (33).

Dans ce dernier cas, la moutarde n’agirait que comme un insecticide contre l’acarus ; il faudra , au reste , ne s’en servir que dans un véhicule très-étendu

(22) Mat. med., 1. it, c. cr,xxxiv.

(23) Bergius, Mat. med., p. 581.

(24) Mon. et pract. med., p. 77.

(25) Ilistor. plant., p. 803.

(20) Salzbi mcd. chir. Zeit- , 1S 19, 2 Bd., p. 27.

(27) Samml. aus. Abh. z. Gebr. f. pr.

Aerzt. ,5 Bd., p. G2.

(28) Ilufeland’s Journ., 52 Bd., G st.,

(29) Allg. mediz. ann. 4817, p. 4023.

(30) Act. B. soc. nat., p. 304.

(31) Avis au peuple, p. 570.

(32) Coll. Haun,, t. î, p. 285.

(33) Journal de chimie médicale, f. i, p. 430.

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d’eau pour ne pas irriter la peau par l’acliou physico- chimique du remède.

— On n’a pas appliqué seulement sur les parties malades la moutarde , on l’a posée également sur des endroits plus ou moins éloignés , dans le but de déplacer la maladie ou de la faire passer de l'intérieur à l’extérieur. Dans ces cas on emploie généralement la moutarde écrasée et incorporée avec de l’eau ou du vinaigre sous forme de cataplasme qu’on nomme sinapisme. On applique les sinapismes dans les cas d’inflammation grave , de cérébrile , d’apoplexie , d’engourdissement, de délire ; dans la pneumonie, dans les douleurs cardiaques, dans les exanthèmes peu apparents ou rentrés, dans les paralysies partielles, etc. Cette application de la moutarde est spécialement utile dans les affections vasculaires, dans l’artérite ou sub-artérite. La moutarde apaise dans ces cas l’orgasme vasculaire, et dissipe ou diminue la congestion. L’effet salutaire des sinapismes dépend évidemment de la portion absorbée des principes médicinaux de la moutarde. Nous savons bien que cette manière de voir ne sera pas admise par tous nos lecteurs; mais qu’importe, la chose n’en est pas moins réelle. Je me contenterai en attendant de les renvoyer aux idées que nous avons exposées à l’article cantharide.

§ Y. Appréciation de l’action. — Nous avons déjà exposé avec détail les faits qui démontrent le caractère hypersthénique des différentes maladies dont nous venons de parier et l’indication des remèdes hyposthénisanls que leur traitement réclame. Nous croyons par conséquent superflu de revenir sur les mêmes faits.

§ VI. Action mécanique. — C’est spécialement à l’huile essentielle de la moutarde qu’on doit son action rubéfiante , épispastique et presque plilogosanle ; je dis presque , car les sinapismes ne déterminent pas une véritable inflammation à la peau, quelque long que soit leur séjour. On nous objectera peutêtre que les sinapismes ont quelquefois augmenté la fièvre, provoqué l'érysipèle, le llegmon et même la gangrène. Je répondrai que ce sont là des faits exceptionnels, car ils ne s'observent que chez quelques individus dont la peau est si délicate, si vulnérable que l'eau tiède , le soleil et l’air même suffiraient pour 1 enflammer. Tout le monde a pu se convaincre que dans la généralité des cas les

sinapismes ne font que rougir la peau d’une manière plus ou moins marquée.

Nous avons en outre observé que plus un sinapisme reste long-temps eu place, moins il laisse la peau rouge ; ce qui prouve que l’cfl’et chimique, ou irritant, qui est tout local, est bientôt détruit par l’action dynamique ou générale. Alors le médecin se plaint, mais à tort, que le sinapisme n'opère pas, et les malades n'eu éprouvant ni cuisson ni picotement, tirent un mauvais pronostic, tandis que c'est précisément alors que la moutarde agit salutairement. Les praticiens pourtant continuent à prescrire les sinapismes comme excitants ou contre-excitants dans l’espoir de déplacer l’inflammation, de relever la force vitale, d’exciter en un mot l’organisme. Tout cela du reste importe peu en pratique puisque l’erreur n’existe que dansl’interprétation des faits. On se tromperait cependant étrangement si l’on croyait pouvoir remplacer les sinapismes par d’autres moyens irritants tels que le fer incandescent , l’eau bouillante, etc. On ajouterait par là une inflammation à une autre inflammation et l’on aggraverait l’état du malade. — - Nous aurons occasion de revenir sur l’action des rubéfiants , lorsqu’il sera question des remèdes mécaniques.

§ VII. Mode cl’ administration .— Par la bouche on conseille de préférence la moutarde blanche comme moins âcre , moins brûlante que la noire. Cette dernière pourtant a été aussi administrée à l’intérieur. Culleu , Cooke et d’autres prescrivaient les grains de moutarde pour être avalés entiers à la dose d’une, deux ou trois cuillerées à soupe à la fois, sans l’écraser ni la mâcher. Fouquier assure qu’en prenant tous les jours cette dose, pendant quatre à six semaines , l’individu n’en souffre nullement, les graines avalées sont rendues entières avec les fèces, mais elles ont perdu dans le travail de la digestion plusieurs de leurs éléments essentiels. Ce n’est pas parce qu’elles sont entières qu’elles ne produisent dans l’estomac ni chaleur ni d’autre espèce d’irritation , car données en farine elles ne produisent pas d’autres eflets. Callisen, que nous avons déjà cité, en ordonnait plusieurs grammes par jour.

I rente grammes (une once) do graine de moutarde écrasée et un kilogramme d’eau chaude, telle est la dose qu’on prescrit en infusion contre les engelures, la goutte et pour les pédiluves dits siflapisés. On conseille ces pédiluves contre la cépha-

lalgie, l’aménorrhée et dans tous les cas où l’on croit devoir produire une révulsion. — Tout le inonde connaît la manière de se servir de la moutarde écrasée sous forme de cataplasme.

2| Farine de moutarde, 120 grammes (4 onces).

Vinaigre q. s. pour faire une pâte de consistance convenable.

ün peut aussi préparer ces cataplasmes de la manière suivante.

2J. Graine de moutarde, graine de lin grossièrement pulvérisée, de chaque üO grammes (3 onces).

Vinaigre quantité suffisante.

Mêlez et faites une pâte de consistance convenable.

Fauré croit avoir observé que le vinaigre et les acides en général diminuent l’action irritante de la moularde; aussi préfère-t-il employer à leur place l’eau ou l’esprit-de-vin (34). Cela confirme ce que nous avons dit sur l’action du vinaigre. D’après notre manière de voir, le conseil de Fauré est une erreur, car l’alcool paralyse l’action dynamique de la moutarde; puisque ces deux actions sont opposées l’une à l’autre.

Formules -modèles.

P Moutarde blanche entière, 16 grammes (demi-once).

Divisez eu deux paquets.

A prendre dans la journée, un le matin et l’autre le soir.

[Noie du trad.) [On prépare avec la moutarde un petit-lait qu’on prescrit de préférence contre le scorbut, l’hydropisie, l’anasarque, la paralysie. On prépare aussi des bols, un onguent, delà bière, etc.

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