‹ Encyclopédie des sciences médicalesChapitre 92 sur 168 · Gargarisme · texte numérisé non relu

Gargarisme

P Poudre de moutarde 4 grain, (1 gros).

Vinaigre rosat et sirop de sucre parties égales, 30 grammes (1 once).

Eau pure, 90 grammes (3 onces).

La pratique de prescrire la farine de moutarde à l’intérieur contre les fièvres intermittentes, la chlorose et l’hydropisie est généralement abandonnée. Il n’en est pas de même à l’extérieur ; comme remède rubéfiant, révulsif ou dérivatif, la moutarde esta peu près le moyen le plus généralement conseillé. 11 n’y a pas I de praticien qui n’ait eu l'occasion de vérifier l'observation de Tissot, savoir que les sinapismes appliqués à la plante des pieds , attirent sur les jambes , au. bout de quelques heures, un érysipèle qui vaguait auparavant dans les régions supérieures du tronc et en particulier à Ja

MOUTARDE

C0C1ILÎARIA.

tcte (a). Eu saupoudrant la surface d’un cataplasme ordinaire avec de la farine de moutarde noire, on obtient un sinapisme très - commode , qui agit bien plus promptement que ceux qu’on prépare avec la pâte sinapisée faite d’avance dans les pharmacies, car l'huile volatile que contient celle graine s’évapore en partie a vaut que le sinapisme ne soit appliqué.]

COCHLÉARIA OFFICINAL.

(Cochlearia ofjicinalis.)

§ Ier Caractères physiques. — Presque toute la famille des crucifères aurait droit d’entrer dans cet ordre , mais nous ne pouvons pas trop nous étendre , nous nous bornerons à dire que le cochlearia officinal, télradynamie siliculeuse, est une plante bisannuelle , herbacée, qui croît naturellement dans le nord de l’Europe, sur les rivages de la mer, au milieu des rochers, dans les marécages, etc. Chez nous elle est cultivée dans des endroits frais et ombragés. On n’emploie de celte plante en médecine que les feuilles à l’état frais. Ses feuilles sont touffues, cordiformes , arrondies, pétiolées , luisantes, elles ont une saveur âcre et amère qui provoque la salivation ; par la dessiccation elles perdent leurs propriétés.

§ II. Notions chimiques. — Braconnot a tiré du suc épaissi du cochléaria une matière extractive, douce, noirâtre soluble dans l’esprit de vin chaud; une autre insoluble; des sels végétaux, de l’hydroclorate et du sulfate de potassium; une huile volatile, de la chlorofile, de l’albumine, et de la fibre ligneuse. Henry et Garrot y ont trouvé de l’acide sulfosinapique. Dœbereiner a nommé cochléarine, une substance particulière, âcre qui s’y trouve combinée avec l’huile volatile.

§ III. Effets dans les maladies et mode d’ administration. — Dans la famille des crucifères , le cochléaria est la plante qui surpasse les autres par sa propriété antiscorbutique. En mâchant simplement ses feuilles, on corrige souvent l’altération des gencives; et en buvant son jus, on en arrête de suite les symptômes. Pour s’assurer jusqu’à quel point la puissance de cette plante est grande contre celte aflection , on n’aurait qu’à

lire l’histoire d’un matelot atteint d’un scorbut affreux, abandonné comme mourant par ses compagnons sur les rivages de Groenland. Ce malheureux était tellement affaibli qu’il ne pouvait ni marcher, ni se servir de ses mains; étendu le ventre à terre il se trouva réduit à mâcher comme un animal de l’herbe qui se trouvait à sa portée. C’est du cochléaria qu’il trouva principalement à sa portée : son état s’est promptement amélioré et il a fini par guérir (36).

Nous ne croyons pas devoir citer ici tous les auteurs qui ont considéré le cochléaria comme le plus puissant des antiscorbutiques, ils sont très-nombreux. Il en est qui lui accordent une action merveilleuse que nous sommes bien loin de lui reconnaître ; puisque les guérisons obtenues du scorbut maritime à l’aide du cochléaria sont dues bien plus au renouvellement de l’air respiré par les malades , au changement de climat, de nourriture, à un nouveau genre d’exercice, etc. qu’à l’action de cette plante.

Nous ne parlerons pas non plus des autres usages des différentes préparations du cochléaria , parce qu’il nous faudrait revenir encore sur ce que nous avons indiqué à l’occasion des remèdes précédents; d’autant plus que l’action des crucifères en général est plus faible. — La manière la plus simple d’administrer les feuilles de cochléaria est en salade, tantôt seul , tantôt mêlée à d’autres végétaux comme la chicorée , etc. Le plus souvent on se sert du jus frais filtré , à la dose de 30 à 90 grammes (1 à 3 onces).

Les pharmaciens font aussi de la conserve et de 1 eletuaire de cochléaéia qu’on donne par cuillerées à café, trois ou quatre fois par jour. Le sirop de cochléaria se prépare avec deux parties de suc et trois parties de sucre qu’on fait fondre à une douce chaleur , etc. : on le prend malin et soir étendu d’eau à la dose de 30 à GO grammes (1 à 2 onces) à la fois.

Les autres préparations tels que l’esprit de cochléaria, l’elixir, les pancalismes alcooliques dits anti-scorbutiques etc. , sont, selon nous, des préparations défectueuses.

§ I V. Appréciation de L'action. —

1 our définir l’action du cochléaria , il ne suffit pas de dire qu’il est anti-scorbutique ; il reste encore à savoir ce qu’on doit entendre par cette propriété , et

(a) Avis au Peuple, tom. ».

(35) Bacstrœm, De scorbuto, p. 8.

4 1 G COCU LÉ AllI A.

quelles idées on doit se former sur la nature du scorbut. Ce que nous allons dire s’applique également aux autres remèdes qui avaient été vantés contre le le scorbut.

Le scorbut examiné dans ses éléments les plus essentiels; savoir, dans ses causes, ses symptômes, ses effets cadavériques et son traitement, n’est qu’une lente phlébite générale.

1° Effectivement les causes sont de deux sorles ; les impressions délétères de l’air et celles des aliments. Toutes les autres causes indiquées par les auteurs , telles que les fatigues excessives , l’oisiveté, la tristesse , la peur , les passions, doivent être regardées comme de simples prédispositions relatives plutôt à l’individu qu’à la maladie.

Les impresssions délétères de l’air dépendent ou de sa température ou de son état hygrométrique, ou enfin des principes nuisibles qui pourraient s’y trouver mélangés. La température, si elle est froide, humide , comme celle de la mer, paraît être une des causes les plus énergiques du scorbut; elle arrête ordinairement la transpiration , les matériaux déjà préparés pour être expulsés demeurent dans le tissu cutané ; d’autres déjà excrétés, sont absorbés de nouveau et deviennent des principes qui ne sont plus en harmonie avec l’état normal de la peau , ni du système vasculaire , qu’ils pénètrent „ en dernier ressort par endosmose ou par absorption. Ce sont spécialement les vaisseaux sanguins qui en éprouvent les plus graves atteintes, lorsque les- fonctions cutanées sont arrêtées ou fort troublées; les maladies rhumatismales en font suffisamment foi.

L’humidité atmosphérique peut nuire non-seulement en abaissant la température, ainsi que nous venons de l’indiquer, mais aussi en introduisant dans l’économie, et en particulier dans les parties les plus exposées du derme, des principes nuisibles, qui passent dans le système vasculaire. Ces principes peuvent être nuisibles par le trouble qu’ils occasionnent dans l’économie sans être pourtant malfaisants, et par leur composition physique. On parle communément d’air vicié, et l'on s’exagère beaucoup une pareille condition, sans réfléchir que l’air ne s’altère pas facilement dans ses principes Pour se dépouiller de son oxygène, par exemple, l’air devrait se trouver dans un endroit continuellement bien clos ; il en serait de même poui acquérir et conserver de nou-

veaux principes nuisibles. Pourtant la la malpropreté dans les navires, dans les hôpitaux, dans les prisons, etc., peut développer des principes délétères et en infecter 1 air ; elle peut, peut-être aussi , engendrer des miasmes particuliers qu’on regarde comme une cause efficiente du scorbut. Il ne s’agit d’aucun principe contagieux, car personne n’en admet pour le scorbut. Or, quel que soit Je principe engendré par cette cause, il ne pourra entrer dans 1 organisme que par endosmose cutané et pulmonaire. — Quant aux aliments , je ne sais si le besoin , le manque de vivres, pourrait être compté parmi les causes du scorbut. Je croirais plutôt que celte cause y concourt indirectement en obligeant les peuples à se nourrir de toute sorte d’aliments mauvais, ou non assimilables. Or, évidemment les mauvais aliments peuvent nuire de différentes manières que nous ne devons pas développer ici; nous nous contenterons seulement défaire remarquer que cette cause agit soit en lésant les fonctions du système digestif, soit en introduisant avec Je chyle des principes malsains , qui porteraient atteinte aux parois des vaisseaux qui doivent les recevoir. — Tout cela prouverait que les causes accidentelles les moins équivoques du scorbut , que les auteurs admettent, paraissent conduire à une affection vasculaire, dont la nature serait liypersthénique. Telle est du moins la la conséquence qui nous paraît découler de la connaissance des autres maladies bien connues qui émanent d’altérations atmosphériques et des aliments.

2° L’histoire de chaque sujet atteint de scorbut présente plusieurs phénomènes qui ne sont pas essentiels à lu maladie. En les élagant, par conséquent, comme accidentels, puisqu’ils ne sont pas constants, voici ce qui reste pour l’appréciation de l’affection :

Une paresse , une lassitude extraordinaires ; un engourdissement général dans tout le corps, qui augmente dans la matinée et après le sommeil ;

Une respiration pénible, suffocante; le cœur bat forlement à chaque mouvement du corps; défaillances mortelles : le pouls toujours serré et petit, souvent intermittent , parfois lent ;

Peau d’une couleur dans le principe pâle , jaunâtre , plombée , avec un cercle livide autour des yeux ; lèvres tirant sur le noir ; par la suite le derme se couvre de taches de grandeur variable , rouges , pourprées , jaunâtres , li-

COCHLÉAHIA.

vides et noires, d’abord au\ jambes, puis aux autres parties , la figure exceptée ; des hémorrhagies se présentent quelquefois à la peau sans lésion apparente : on dirait quelles ont lieu par suintement; dans une époque plus avancée , il y a œdème aux membres , bouffissure a la face , ulcérations qui résistent à tout traitement local , et , si parfois elles guérissent , la cicatrisation commence par le centre et par d'autres points à la fois qui finissent par se réunir ;

3° Les membranes muqueuses oITrent une teinte violette, sont gonflées , et, à la moindre pression , laissent suinter du sang. Cela a spécialement lieu aux gencives, qui deviennent fongueuses, abandonnent les dents , lesquelles , n’étant plus retenues dans leurs alvéoles , vacillent et tombent. Haleine fétide. Par les progrès du mal tous les solides s’affaiblissent , deviennent grêles , et les os eux-mêmes se ramollissent et finissent par se fondre ; s’ils se fracturent, ils ne se consolident point.

4° La digestion , qui , pendant quelque temps , paraît se faire d'une manière régulière , n’est pas suivie d’un bon travail de nutrition ; car le malade maigrit continuellement et finit par tomber dans le marasme. Les facultés intellectuelles conservent leur lucidité ordinaire, quelquefois même jusqu’à la mort; mais l’abattement moral est toujours très-marqué.

5° Par les progrès de la maladie , l’éruption dermique, la fièvre intermittente , les phlogoses locales , les écoulements divers , l’anasarque , etc., etc., augmentent graduellement.

L’analyse de ces phénomènes nous décèle le véritable siège et la nature du scorbut. La lassitude , en effet, l’engourdissement , la paresse qu’on remarque dès le début de la maladie, ne sont pas le résultat d’une véritable hyposthénie : nous en avons la preuve dans leur propre caractère, qui consiste à augmenter après le sommeil , après le repos. Ils dépendent, au contraire, d’un état de pléthore générale, qui abat, engourdit l’énergie des muscles volontaires. La gène de la respiration , la faiblesse des battements du cœur et des artères , les défaillances , annoncent aussi un état de pléthore, c’est-à-dire une affection cardiaco- vasculaire. Si, dans le scorbut , le pouls n’est pas fréquent , comme dans les autres affections vasculaires , c’est que le système veineux est

Giacomini.

spécialement affecté. Nous sommes enfin conduils à une pareille conclusion par l'examen des phénomènes propres du système cutané. La pâleur et la couleur jaune indiquent un état analogue à la chlorose; les taches qui surviennent font connaître la différence qui existe entre ces deux affections. Nous avons déjà émis plusieurs considérations sur la décoloration blanche de la peau , ajoutons ici quelques remarques sur la décoloration rouge. — La rougeur morbide peut dépendre de l’augmentation dans la force du mouvement du sang poussé à la périphérie , ou de l’obstacle au prompt retour de ce fluide vers le centre. Dans le premier cas , la rougeur dépend d’un surcroît d’action dans les contractions du cœur, celles des extrémités artérielles n’étant pas augmentées dans la même proportion. Si ces dernières l’emportaient, il en résulterait, au contraire, de la pâleur. Une telle rougeur est par cela même générale , puisque le cœur envoie le sang avec la même impulsion dans tous les points ; il n’y a que les parties plus ou moins éloignées du cœur, le calibre et le nombre plus ou moins grand des artères qui peuvent rendre celte couleur rouge plus vive dans une région que dans une autre. Tel est le cas de la rougeur déterminée par le sentiment de la pudeur. Un effort physique et moral , l’orgasme fébrile , l’action d’une chaleur excessive , celle des substances hypersthénisantes cardiaques , elc. , sont aussi dans ce cas.

Dans le second cas la rougeur dépend de la contraction , de l’obstruction morbide des extrémités veineuses, lesquelles ne recevant plus le sang des artères correspondantes, retiennent dans leur intérieur le liquide à l’état de stase. Il n’arrive presque jamais que toutes les veines soient également affectées et fermées; et si cela avait lieu la rougeur serait générale comme dans la scarlatine. La disposition particulière et les groupes variables des extrémités veineuses obstruées déterminent, par-ci, par-là, des ecchymoses, des taches d’une forme plus ou moins irrégulière , plus ou moins étendues, stationnaires, et qui colorent la peau d’un rouge qui passe par degrés au bleu noirâtre, au vert, au jaune plus ou moins foncé. Ce dernier phénomène de la coloration inégale et variable est commun au scorbut , et aux éruptions dermiques qui dépendent d’une affection des veines. Cela rapproche entre elles

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