‹ Encyclopédie des sciences médicalesChapitre 93 sur 168 · COCHLÉARIA · texte numérisé non relu

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ces conditions pathologiques sans pourtant les confondre ; car dans les exanthèmes l’affection est aiguë, tandis que dans le scorbut elle est chronique; dans les premiers il y a encore plusieurs autres conditions spéciales qui rendent jusqu’à un certain point raison de la forme différente de chaque éruption. Nous reviendrons sur ce sujet (a). Nous pouvons déduire de la présence des taches scorbutiques que les capillaires veineux sont le siège d’une condition phlogislique , condition qui consiste dans l’obstruction de leurs extrémités et qui les empêche de recevoir le sang des artères correspondantes ; le sang s’y arrêle et s’extravase. Les artères ne participent nullement à celte espèce de phlogose, puisque, si leur énergie vitale était augmentée, il n’y aurait pas des ecchymoses mais bien des pétéchies et une véritable phlogose cutanée (b). On explique par là pourquoi le scorbut peut durer long - temps sans fièvre, car celle-ci dépend d’une excitation cardiaco - artérielle. On explique aussi les hémorrhagies cutanées, les solutions de continuité et les ulcères, par l’action du sang qui s’arrête , s’altère , change la couleur des taches du rouge au verdâtre et au noir, et devient un corps étranger capable de provoquer une inflammation locale, et, parla suite, l’ulcération. On explique enfin pourquoi les ulcères dépendants de cette cause ré-

( a ) Dans les exanthèmes, les artères se trouvent aussi plus ou moins intéressées, et dans quelques-uns les follicules sébacés également. C’est pour cela qu’ils sont accompagnés cle fièvre, et que les taches de la peau peuvent disparaître sans que la maladie soit à sa fin, de même qu’elles peuvent sc dissiper lotîtes les fois que l’artérite prédomine sur la phlébite. C’est ce qui a lieu dans le cas do fièvre très-aigue. C’est alors que les praticiens disent que l’exanthème est rentré; mais pour le faire reparaître, il faut calmer d’abord l’artérite qui a prévalu, et réduire le mal, si cela est possible, aux extrémités veineuses.

(b) Ces données rappellent la simplo contusion, sans phlogoso locale, et qui consiste dans un principe do phlébite ca-

illaire, qui est la cause de la tache d’a-

ord violette, ensuite noire ou jaunâtre, qui demeure plus ou moins long-temps, jusqu’à ce que les veines reprennent leurs fonctions. Dans ce cas, les artères 11e sont nullement affectées, autrement il y aurait inflammation.

sistent à un traitement local j et s’ils guérissent par le traitement du scorbut, la cicatrisation se fit dans un ordre inverse à celui des autres plaies, savoir du centre à la circonférence. Les membranes muqueuses, en devenant d'un rouge foncé et boursouflées , laissent suinter par leur tissu , notamment aux gencives , un sang veineux : cela confirme l’étiologie que nous venons d’établir, puisque le gonflement local dans celte maladie n’est pas inflammatoire mais purement mécanique et passif. En effet, les humeurs qui le constituent, étant hors du torrent de la circulation , dégénèrent; de là la puanteur cadavérique de l’hateine des scorbutiques. Les solides aussi sont en quelque sorte macérés, les gencives se pourissent , tout enfin se ramollit sans en excepter les cartilages et les os. Enfin les phénomènes négatifs viennent, eux aussi, à l’appui de notre opinion; car li digestion qui n’est pas toujours troublée dans cette maladie nonobstant le mauvais état delà bouche, prouve que l’affection du tube gastrique n’est pasd’une grande importance, et que la muqueuse buccale, qui s’étend le long des intestins, est plutôt sous l’influence d’une cause mécanique que dynamique. On peut en dire autant des facultés intellectuelles , que l’affection scorbutique n’altère nullement, lors même qu’elle est parvenue à son plus haut degré, tandis que toutes les autres fonctions se trouvent plus ou moins lésées.

Les auteurs ne s’expliquent pas d’une manière plausible ces particularités ; pour notre propre compte cependant nous trouvons la confirmation du siège du mal dans le système veineux; car le cerveau est, sans contredit, la partie de notre corps la moins pourvue de veines. L’anatomie nous apprend que les artères qui se répandent dans ce viscère n’ont pas leurs veines correspondantes ; les veines cérébelleuses, qui ont une direction opposée à celle des artères, paraissent naître de la substance même cérébrale par des ramifications fort ténues , et se rendent dans les sinus de la duremère. De sorte qu’une maladie qui atteint de préférence les veines ne saurait apporter une grande lésion à l’organe qui en a le moins de tous, tel que l’encéphale. La phlébite s’étend quelquefois aux artères, alors la fièvre a lieu avec le train des symptômes qui lui sont propres. Aussi voyons-nous le scorbut être quelquefois accompagné de fièvre inter-

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miltente , d’éruptions dermiques aiguës et surtout de typhus pétéchial , de flux de ventre , d’hémorrhagies qui aboutissent à l’anasarque, etc. La corruption môme des humeurs stagnantes , qui est passive et indépendante de la vie, donne lieu à des infirmités , à des altérations nouvelles. Quand le scorbut est parvenu enfinà un point fort élevé, la phlébite, qui en avait été le point de départ , n’est plus alors qu’un des éléments qui comliquent la maladie.

En parlant des effets cadavériques, nous avons dit qu’ils ne peuvent donner une idée exacte de la nature de la maladie, vu qu’ils sont produits par une série de changements pathologiques qui se croisent , s’accumulent , se compliquent et se confondent ensemble, surtout vers les derniers temps de l'affection. Le scorbut, étant une maladie chronique, donne lieu à des accidents secondaires qui se confondent avec les lésions primitives. Cette réflexion n’ôte rien h l’importance de l’anatomie pathologique; seulement elle nous met en garde contre l’erreur en réclamant beaucoup de discernement dans l’appréciation des lésions qu’on rencontre sur le cadavre, ces lésions étant très-nombreuses et trèsvariables chez les scorbutiques. Les personnes qui prétendent qu’on ne rencontre aucune lésion sur les cadavres des scorbutiques sont vraiment inconcevables. La lésion qui ne manque jamais et qu’on doit regarder comme essentielle au scorbut réside dans le système circulatoire, et notamment dans les veines et dans le cœur droit. Les traces de phlogose qu’on rencontre dans les différents organes; les altérations de la rate et du foie que l’on trouve assez souvent et qu’on a considérées comme une condition essentielle de la maladie; les altérations des autres viscères de l’abdomen, des poumons, des muscles , des glandes et des os, sont, selon nous, secondaires et accidentelles. Le cœur subit des altérations bien remarquables : il est quelquefois blanc et dans un état presque de corruption, ainsi qu’on en a vu un exemple chez un sujet de l’équipage de Jacques Cartier; d’autres fois ulcéré, usé à sa surface péricardicnne , ainsi qu’on le voit dans un cas consigné dans les Mémoires de l’Académie de Paris. Les oreillettes du cœur ont été trouvées dans un état de dilatation extrême par Poupart sur les cadavres des scorbutiques, morts subitemeut; les tuniques des vaisseaux

étaient épaisses , charnues et gangrenées ; ou bien rongées par - ci , par-là, surtout chez les sujets qui avaient essuyé des hémorrhagies graves et dont les cadavres ont été ouverts à l’hôpital Saint - Louis. Forestus a rencontré des varices dans tout le système veineux, jusque dans le mésentère. Dionis et AlFré ont trouvé des concrétions polypeuses dans les vaisseaux sanguins et dans les cavités du cœur. De pareilles altérations, à un degré plus ou moins élevé , se rencontrent constamment chez tous les scorbutiques lorsque l’autopsie est faite avec soin. Nous ne pouvons accorder à ce sujet beaucoup de confiance aux recherches nécropsiques des anciens, attendu qu’ils confondaient tout, l’anatomie pathologique exacte leur étant inconnue. Que pouvaient effectivement nous apprendre les anciens sur les altérations des vaisseaux , puisque personne avant P. Frank n’avait parlé de l’angéite, qu’ils n’ouvraient les vaisseaux que pour y observer simplement l’état du sang; et s’ils y trouvaient des concrétions, ils les regardaient comme autant de polypes sanguins qui auraient causé la mort?

Cette dernière condition pourrait , à la vérité, être appréciée à sa juste valeur aujourd'hui par les connaissances que nous possédons. Il en est de même des altérations du sang relatives à sa trop grande consistance ou fluidité, à sa couleur, à son âcreté, etc. : tout cela se rattache évidemment à une maladie des parois des vaisseaux qui élaborent le même liquide.

Les médicaments qui , dans le traitement du scorbut , ont obtenu la sanction des praticiens les plus habiles sont : la scille maritime, la sauge, la térébenthine, le genièvre, le sel de nitre, la douce-amère, le quinquina, l’écorce de saule, le lichen d’Islande, le fer, le chlore, les acides minéraux et végétaux, la moutarde , le cochléaria et plusieurs autres crucifères. Si nous voulions établir que la nature du scorbut est hypersthénique parce que lesremèdes que nous venons d’indiquer appartiennent à la classe des hyposthénisants, on dirait avec raison que nous nous égarons dans un cercle vicieux , puisque nous voudrions déduire la nature du mal d’après l’action des remèdes, et l’action de ceux-ci d’après la nature supposée de la maladie. Cette objection cependant est sans fondement du moment que nous avons démontré par des faits nombreux que l’action de ces remèdes était hyposthé-

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nisanle. Mais laissons de côté cet ordre de faits, puisque nous en avons de plus incontestables : d’abord l’utilité de la saignée dans le traitement du scorbut.

INous renvoyons le lecteur à l’ouvrage du docteur Vcrsari qui nous a devancé dans ces recherches et qui a élé le premier à soutenir la nature pblogislique du scorbut , et à en établir le siège dans les vaisseaux sanguins, quoiqu’il n'ait pas bien indiqué quelle partie de ce vaste système en était le centre. Ronseo, J.Wiero et Rambei to Dodoneo ont prescrit la saignée avec succès, surtout au début de la maladie el chez les individus qui présentaient quelques signes de pléthore. lien. Bruceo , Sal. Alherti , Fél. Plater, Arn.

Weicklard ont aussi beaucoup vanté la saignée, et Beccari y eut recours comme moyen préventif. Tom. Willis parle en faveur des petites saignées répétées contre le scorbut, et recommande aussi l’application de sangsues à l’anus. Charleton , Gedeon , Harvey , Engaleno, Sennert, Boerhaave et Murray ont également confirmé l’efficacité delà saignée. Nitsche rapporte l’observation d’un sujet scorbutique auquel la Saignée releva les forces , et le guérit en peu de temps.

A. Addington propose de commencer toujours le traitement du scorbut par la saignée : le moyen qui lui a paru le plus propre pour combattre les hémorrhagies chez le3 scorbutiques, c’est de ti rer du sang aussi souvent que l’âge et les forces du malade le permettent. Sydenham aussi a trouvé efficace la saignée, lorsque le scorbut n’est pas associé h l’hydropisie. Lind l’a employée dans beaucoup de cas avec avantage. James conseille d’y avoir recours chez les individus jeunes, pléthoriques, et lorsque la maladie est récente ou accompagnée de suppression des règles ou des hémorrhoïdes. Une affection scorbutique compliquée d’aliénation mentale a été guérie par Joseph Farina ait moyen de plusieurs saignées.

Fodéré s’est assuré que le sang tiré de la veine des sujets scorbutiques était couenneux. Le même fait a élé constaté par Soffrey; la couenne était très-ferme dans le scorbut pétéchial. Le caractère non équivoque d’un état phlogistique a été aussi noté chez plusieurs scorbutiques par Lind, par Parry et par Tommasini (36).

(3G) Rie. sullo scorbuto in risposla al tema prop. nel 1823. dalla Soc. med. chir. di Bologna. Opuscoli di delta Soçietu J825, toi, 11, P* 49.

— Ainsi donc les symptômes, les résultats nécroscopiques et le traitement nous portent à regarder le scorbut comme uuc phlébite chronique universelle.

On pourrait objecter : 1° que le sang des scorbutiques, loin de paraître phlogistique, est noir, déliquescent et presque décomposé; 2° qu’il y a chez les scorbutiques une tendance évidente à la putréfaction ; 3° que les différents tissus deviennent si fragiles qu’ils se déchirent au moindre effort, s’ulcèrent et se mortifient; ce qui n’est guère conforme à l’idée d’une surexcitation : cela indiquerait au contraire un état de faiblesse , d’hyposthénie. A la première objection répondent les observations que nous avons citées de Fodéré, de Sotfrey , de Lind, de Parry, de Tommasini et d’autres, sur l’état couenneux du sang des scorbutiques. Parmentier et Deyeux, qui examinèrent chimiquement le sang des scorbutiques , n’y trouvèrent aucune différence notable avec celui d’autresmalades.

Malgré cela nous admettons dans le sang des scorbutiques une altération particulière, quoique à la vérité elle ne soit pas bien manifeste à l’analyse; elle est une conséquence nécessaire de l’affection des parois des veines. Quant à la seconde objection sur la prétendue tendance à la putréfaction , nous avons déjà répondu dans plusieurs autres endroits de cet ouvrage; nous avons vu que la corruption des humeurs est un effet purement physique qui n’a lieu qu’après leur sécrétion et qui est analogue à celle qu’on remarque dans le pus des plaies qui ne sont pas convenablement nettoyées. Pour ce qui est de la ténuité et du peu d’adhésion ou de fermeté des solides, qui fait l’objet de la troisième objection , on ne peut prendre ce caractère pour un symptôme d’hypersthénie. Le mot hypersthénie veut dire accroissement d’énergie vitale et non pas force , vigueur physique. L’homme en état d’hypersthénie est malade, et par cela môme moins robuste que l’homme sain. Celte remarque sur l’organisme général est applicable aux tissus et aux organes en particulier ; un muscle ne se contracte pas mieux lorsqu’il est enflammé , l’œil ne voit plus clair lorsqu’il est phlogosé : on peut en dire autant des autres organes. C’est le propre de l’inflammation de rendre les artères faciles h déchirer, les veines faciles à dilater, les membranes faciles à s’ulcérer , le tiSsu cellulaire, le muscle, etc., faciles 4 sc ramollir, & gefopdre, k fc çouvcfUc

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