COCHLÉARIA
en une sorte de bouillie , à suppurer , à se détruire enfin. L’hyposthénic au contraire ne produit rien de pareil : elle rend les muscles immobiles , les nerfs insensibles, les vaisseaux inactifs, mais pas plus fragiles ni moins tenaces. Si l’on en veut uuc preuve plus certaine, on n’a qu’à examiner ces parties sur les cadavres récents , et l’on verra qu’elles présentent plus de résistance que chez le vivant , et notamment que les tissus plilogosés. Le ramollissement des tissus et leur facilité à se déchirer viennent à l'appui de l’idée d’une phlogose, puisque aucun travail vital n’est plus actif, plus propre à dissoudre, à décomposer, à altérer enfin de mille manières les tissus que la phlogose, quoique d’ailleurs il soit apte à en rendre quelques-uns plus durs, plus épais, plus serrés que dans l’état normal.
On pourra peut-être nous reprocher de n’avoir parlé que d’une seule espèce de scorbut, et de ne l’avoir pas caractérise ni classé d’après les nosologistes.
Mais nouS supposons que nos lecteurs connaissent parfaitement les ouvrages classiques, surtout ceux de Lind, de Milnian et deVersari, dans lesquels la question de l’unité pathologique du scorbut est parfaitement résolue. — La dyscrasie scorbutique est donc désormais un rêve pathologique. Si cependant on tient absolument à cette vieille hypothèse, qu’on ne vienne pas nous parler d’humeurs viciées et des moyens présumés propres à les corriger directement. jiNous croyons donc être dans le vrai en envisageant le scorbut comme une affection du système veineux, une phlogose chronique des parois des veines , phlogose accompagnée de phénomènes particuliers, quelquefois fort graves et réclamant des moyens spéciaux et énergiques, pour être guérie. On voit par là que ce n’est pas sur des hypothèses que nous avons basé nos idées sur l’action hyposthénisante du cochléaria, des acides, de la moutarde, etc., que nous avons recommandés contre le scorbut.
ORDRE IIIe
HYPOSTHÉNISANTS L Y MP II ATIGO- GLANDULAIRES.
La veine sous-clavière gauche n’est pas la seule qui communique directement avec les vaisseaux lymphatiques.
La sous-clavière droite, les jugulaires internes , les iliaques , les émulgentes et toutes les autres veines de l'économie reçoivent des vaisseaux lymphatiques qui s’abouchent immédiatement dans leur intérieur. D’ailleurs, si l’anatomie n’eût pas encore démontré matériellement ce fait, la saine physiologie nous autoriserait à l’admettre comme certain , plusieurs phénomènes ne pouvant s’expliquer autrement. L’absorption est une grande œuvre confiée aux vaisseaux lymphatiques : ceux-ci transportent aux veines les matériaux absorbés par trois voies différentes. La voie la plus courte est celle de la communication directe entre le vaisseau lymphatique et la veine.
Celte communication se vérifie sur tous les points de l’organisme, même là où il n’y a que des vaisseaux extrêmement tins et où l’œil de l’anatomiste n’a pas encore découvert l’abouchement desdeux ordres de vaisseaux. Il est probable que ces réseaux ne reçoivent que les molécules les plus ténues, peut-être la partie gazeuse de la matière. Ces molécules passent immédiatement dans le sang sans subir aucune élaboration préalable, ainsi que nous le voyons par les effets qu’elles produisent sur-le-champ. Cela se voit surtout lorsque des matières très-volatiles et diffusibles sont appliquées dans certaines parties du corps : leurs effets sont instantanés. La seconde voie est celle qui offre entre un lymphatique et
une veine un ou plusieurs ganglions dans lesquels la matière doit passer, être élaborée avant d’arriver dans la veine. Ces vaisseaux lymphatiques présentent déjà un certain diamètre, ils sont visibles, appréciables ; il en est même dont le diamètre est considérable. Tels sont par exemple la grande veine lymphatique et le conduit thoracique. On en rencontre dans toutes les parties du corps, mais en particulier aux environs des grandes articulations, et, dans le péritoine, aux alentours de l’intestin grêle. Cette voie est destinée à transporter dans le sang les matériaux non volatiles qui ont bésoin de subir une certaine élaboration avant d’entrer dans le sang et de se convertir en sang, ils acquièrent cette qualité en se convertissant en lymphe ou en chyle. La troisième voie est celle de la veine porte, voie plus ample encore et plus facile que les précédentes puisqu’elle admet tout, ne récuse rien, pas même des matières inassimilables. Elle reçoit sa plus grande part des gros intestins conjointement à des matières résidues de la digestion. Il ne faut pas confondre la veine porte avec les autres veines. On pourrait dire qu’elle n’a que le nom de commun avec les autres. La veine porte manque en effet de la compagne indivisible des autres veines, l’artère qui doit recevoir son sang : sa marche, sa distribution sont tout-à-fait différentes : elle transporte une humeur différente du sang noir, non-seulement par la composition chimique mais encore par l’aspect. C’e*t un fluide recueilli de-
MF.RCüIUAUX.
puis peu , et qui , pour devenir sang noir, doit d’abord se dépouiller de certains principes colorants, odorants, résineux et presque cérumineux , insolubles et capables plutôt de former des concrétions lapidiformes que de la matière animale véritable. Cette dépuration a lieu dans le foie où la veine porte se divise, se subdivise à l’instar des artères. Ce viscère ne paraît avoir d’autre office que de convertir en sang veineux les matériaux de la veine porte, pour le transmettre purifié à la veine cave, et retenir les éléments impropres à l’assimilation organique. Ces éléments servent à la composition de la bile , humeur excrémenlilielle qui durant la digestion se dépose dans la vésicule de ce nom et s’évacue ensuite par la voie des intestins avec les fèces.
La veine porte devrait donc être considérée plutôt comme partie du système lymphatique que du système veineux; d’autant plus que plusieurs fois les anatomistes ont trouvé dans ses branches du chyle pur. Au reste, elle participe si bien de l’un et l’autre système qu’elle nous conduit naturellement à la conclusion que nous avons déjà émise, savoir:
que les veines et les vaisseaux lymphatiques ne forment qu’un seul et même système , et que les lymphatiques peuvent être considérés comme des appendices des veines Leurstructure effectivement est la même; ils ont les mêmes valvules, la même marche concentrique, les mêmes fonctions.c’est-à-direde recueillir de nouveaux matériaux, de les convertir en sang et de les transporter dans la circulation générale. Les seules différences qui existent entre les lymphatiques et les veines , sont : 1° que les premiers sont plus petits; 21 qu’ils présentent un plus grand nombre de tortuosités; 3° qu’ils sont interrompus par des ganglions; -4° qu'ils transportent des humeurs blanches ou un sang incomplet. En conséquence la fameuse question de savoir si les veines absorbent, devient oiseuse; car de deux choses l’une, ou elles absorbent du sang, ou bien des matériaux différents du sang. Dans le premier cas elles communiqueraient avec d’autres vaisseaux sanguins, ce qui ne constituerait pas une absorption. Dans le second, il faudrait supposer qu’elles eussent des ouvertures béantes communiquant avec l’extérieur, mais alors il ne s’agirait plus de veines mais de vaisseaux lymphatiques ; puisque ce* vaisseaux transporteraient une ma-
tlère différente du sang. Nous devons cependant faire remarquer que bien qu’il existe entre les lymphatiques etles veines de l’unité dans la structure, dans la marche et les tondions, le mouvement des liquides dans les premiers est beaucoup plus lent que dans les dernières; phénomène d’une grande importance pour l’élaboration de ces matières, et qui dépend, d’une part, de la petitesse du calibre des vaisseaux , del’autre.del'obstacle qu’elles rencontrent dans les ganglions et du peu de vitalité de leurs parois. On comprend par là comment il se fait que certains principes morbides restent quelquefois endormis pendant long-temps dans ces vaisseaux avant de manifester leurs effets ; comment les maladies de ce système offrent l’aspect singulier dont nous devons bientôt parler; comment, enfin, les effets des remèdes hyposlhénisants ne sont pas également sensibles aux vaisseaux lymphatiques et aux veines, et comment il se fait que quelquesuns de ces remèdes déploient plus particulièrement leur aclion sur le système lymphatique. Ce sont précisément ceux qui constituent l’ordre des hyposthénisanls vasculaires dont nous allons nous occuper.
MERCURIAUX [mercurialia)
§ Ier. Caractères physiques. — Nos lecteurs pourront puiser dans les traités spéciaux ce qui a rapport à la partie historique du mercure. Ce métal , connu sous les noms d’hydrargire , de vif- argent y etc. , est liquide, d’un éclat vif-argentin; sa pesanteur spécifique est de 1 3, 688. Il se solidifie à une température de 32° au-dessous de zéro (R.). Il entre en ébullition à la température de + 360°, et il se volatilise par l’action d’une chaleur peu élevée. Le mercure qu’on trouve dans le commerce est ordinairement impur; il se trouve mêlé à plusieurs corps tels que le plomb, le bismuth, le zinc , l’arsenic, etc., etc. : aussi le pharmacien doit-il le purifier avant de l’employer. Le mercure pur ne doit pas présenter à sa surface de pellicule ou de poussière colorée , il doit être très-brillant, ne pas salir l'eau dans laquelle on le lave. Jeté sur une table horizontale il doit se diviser en petits globules parfaitement ronds; le vinaigre dans lequel il aurait demeuré pendant quelque temps ne doit pas ac-
MF.RCURUÜX.
quérir un goût sucré. Placé sur le feu , dans une cuillère de fer, il doit se volatiliser entièrement. Le mercure jouissant de toutes ces conditions est appelé purifié ou rectifié.
§ IL Notions chimiques. — Malgré le peu d’affinité qu’il a avec l’oxygène , le mercure donne naissance à deux oxides.
Il se combine plus facilement avec le soufre, le chlore , l'iode, avec différents acides et autres substances ; et donne une quantité immense de produits qui constituent autant de préparations mercurielles. — Nous ne mentionnerons ici que les plus usitées en médecine ; elles peuvent être classées de la manière suivante :
1° Préparations dans lesquelles le mercure reste à l’état métallique, quoique extrêmement divisé et subdivisé , à tel point que les globulins deviennent imperceptibles à l'œil nu.
2° Préparations dans lesquelles le mercure est combiné avec l'oxygène à l’état de proloxide et de deuloxide. Le premier est toujours combiné avec les acides , et forme des sels au minimum. Le second, nommé anciennement précipité rouge, est d’une couleur qui varie du rouge orange au jaune.
3° Préparations dans lesquelles le mercure se trouve combine avec le soufre et forme des sulfures. Plusieurs chimistes admettent l’existence de deux sulfures de mercure , l’un noir et l’autre rouge ; le premier (proto-sulfure) ne serait, suivant Guibourt, qu’un mélange du second (bisulfure) avec du mercure métallique.
4° Préparations dans lesquelles le mercure est combiné avec l’iode. Il y a deux espèces de ces composés, savoir le protoiodurc et le per-iodure de mercure ; tous deux sont insolubles dans l’eau, fusibles et volatiles.
6° Préparations dans lesquellesle mercure est uni au brome. Les deux proportions dans lesquelles ces deux corps peuvent se trouver combinés forment un proto-bromure de mercure qui est blanc, volatile , insoluble dans l’eau et dans l’alcool; et le deulo, ou bi- bromure de mercure, très-peu soluble dans l’eau.
C° Les préparations mercurielles dans lesquelles entre le chlore sont le protochlorure et le deuto -chlorure de mercure. Le premier, qu’on désigne encore sous le nom de mercure doux ou de calomel, est blanc, insipide, volatil, insoluble dans l’eau. Le second ..connu sous la dénomination de sublimé corrosif, est
d’une couleur blanche satinée, cristallisable en prismes, soluble dans seize parties d’eau froide , trois parties d’eau bouillante, et bifn plus soluble dansl’alcool ; il est très-volatil.
7° Le mercure et le cyanogène forment le cyanure , ou le prussiale de mercure. Ce sel est soluble , blanc, inodore, d une saveur très-styplique, soluble dans l’eau, moins à froid qu’à chaud.
8° Les différents sels , tels que l’bydraçlilorate de mercure, qui n’est que le deulo - chlorure de mercure dissous dans l’eau , l’azotate de protoxide de mercure, le sous -azotate et l’azotate acide de mercure, le deuto - sulfate de mercure , et plusieurs autres.
slvcrlissemeul. Le mercure est au nombre des remèdes qui donnèrent lieu à de grandes contestations parmi les médecins , et a été tour à tour porté aux nues et jeté dans le néant. Nous n’en finirions pas si nous voulions soumettre à l’examen de la critique tout ce qui a été dit sur ce remède. D’ailleurs uu pareil travail serait infructueux. Nous vivons dans un temps où la pratique des médecins tombe d’accord dans l’administration des mercuriaux , quoique l’opinion relative à leur manière d’agir ne soit pas la même chez tous.
§ III. Effets chez les animaux. — ■ L’action du mercure sur les pous , les vers, cl autres petits animaux était connue des anciens. On sait meme que pendant long -temps il n’a été estimé que comme insecticide. Avicenne assure qu’une ceinture contenant du mercure sous forme de Uniment, qu’on attacherait autour des cuisses des brebis, des cochons, etc., préserverait ces animaux d’être infestes par les animaux parasites (37). Une plume remplie de mercure , et cachée dans les tresses des cheveux , chasse les pous par les atomes qui s’eu exhalent. On sait qu'au moyen d’une pommade mercurielle on se délivre du pcdicu/us ferox pubis (morpion), et que le même métal guérit des vers intestinaux. Les œufs des grenouilles et ceux des gallinacés, soumis à l’action du mercure, deviennent stériles, d’après les expériences de Gaspard (38). Lhades a fait des expériences sur des chiens, en leur frictionnant pendant plusieurs jours les aines avec quatre grammes (un gros)
(37) Canon, ir, c. xtvn.
(38) Journal de physique expérimen* talo, J82L
MERCütllAUX.
d’onguent mercuriel chaque fois. Il observa que leurs excréments avaient acquis une puanteur insupportable, qu’ils
étaient plus liquideset plus abondants. Les
chiens devenaient trembloltants , quelquefois gémissaient, ou paraissaient tristes , abattus. Enfin iis chancelaient , se traînaient sur le sol et finissaient par rester dans une parfaite immobilité jusqu’au moment de la mort qui avait lieu au bout de deux ou trois semaines. Rarement ils ont présenté quelque indice de salivation, jamais au reste le moindre signe de douleur. A l’autopsie on n a rencontré aucune trace d’inflammation
(39). — Un chien sur lequel on a applique un grand emplâtre mercuriel devint tremblant après quelque temps et bava beaucoup. On le plongea dans de l’eau froide et son état empira de beaucoup.
On l’immergea dans de l’eau chaude et il reprit un peu de vigueur, mais il mourut quelque temps après (40). — Annesly administra à plusieurs chiens de fortes doses de calomel ; ils moururent dans un état d’accablement extrême. A l'autopsie on trouva chez lousl’estomac et le duodénum pâles et moins injectés qu’à l’état normal, mais le gros intestin et le rectum étaient rouges (4 1). — Ollivier tua des chiens , en douze ou quinze minutes, avec 25 à 30 centigrammes (5 à 0 grains) de cyanure de mercure. Ayant remarqué que l’action immédiate et locale de ce poison était presque nulle, il jugea que son action portait sur la contractilité musculaire, et que la mort n’était que le résultat de la cessation du mouvement du cœur et des muscles thoraciques (42). Dupuy essaya le deulo chlorure de mercure sur le cheval ; 4 grammes (tgros)ont suffi pour produire la mort (4 3). Nous fîmes aussi à notre clinique, avec le deuto-chlorure de mercure, un grand nombre d’expériences, qui jetèrent une vive lumière sur l’action de ce métal, et en particulier sur ses efi’ets toxiques.
(39) Expérimenta quœd. circa quæst.
an hydrarg. cxt. applic. in corpore et præsert. in sang, reperiat. Ilalæ, 1820,
(40) Raccolta di alcuni opuscoli sopra il moderno abuso dcl mcrcurio in med.
(41) The med. quart. Rev. Revue médicale française, sept. 1835, p. 42.
(42) Journal de chimie médicale, année 1825.
(43) Journal général de médecine, mai
Nous allons les faire connaître brièvement, nous réservant de les publier avec de grands détails dans nn autre travail.
lie Expérience.. Gros chien de citasse.
On lui fait avaler 50 centigrammes (10 grains) de sublimé corrosif dissous dans 210 grammes (8 onces) d’eau distillée. En même temps on donne une dose égale de la même substance en poudre à un autre chien plus petit. — Le premier chien eut des vomissements, d'une matière glaireuse , des tremblements généraux, qui continuèrent jusqu’à ce qu’il devint immobile ; et il mourut dans l’espace de onze heures. La section cadavérique, qu’on fit douze heures après, présenta le cœur pâle , flasque , avec ses cavilés remplies d’un sang caillé; les poumons d’une couleur foncée; l’œsophage, l’estomac et les intestins très - blancs ; la muqueuse de ces organes d’une couleur plombée, et leurs tissus paraissant avoir perdu de leur consistance normale. — Le second chien, quoique très- abattu et tremblant , n’a pas vomi : il était encore vivant trente heures après; mais des raisons particulières nous forcèrent à le tuer d’un coup de pistolet, et il nous fut impossible d’en faire l’autopsie.
IIe Expérience. Chien de grandeur moyenne. On lui fait avaler 1 gramme (20 grains) de sublimé dissous dans 240 grammes (8 onces) d’eau. Uu autre chien reçoit en même temps la même quantité en poudre ; on lui fait avaler un peu d’eau après pour entraîner toulela poudre. — Le premier chien mourut en quatre minutes. L’autopsie faite une demi-heure après ne nous a rien offert , si ce n’est que le canal intestinal était d’une pâleur remarquable ; la surface interne de l'estomac était d’une couleur grisâtre. — Le second chien mourut vingt -cinq minutes après dans des tremblements incessants. Ses viscères n’ont offert d’autre particularité qu’une injection rosée vers le pylore.
111' Expérience, Chien de taille moyenne. On lui administre 2 grammes (40 grains) de sublimé corrosif dissous dans 240 grammes (8 onces) d’eau pure.
Mort en quelques secondes. Un autre chien, uu peu plus gros, reçoit une dose égale de ce sel, en poudre. Mort dix-huit heures après , en vomissant des glaires et en s’agitant sans cesse. Il est probable que dans celle expérience une partie du poison a été vomie. Le cadavre du premier chien ayant été ouvert vingt-quatre heures après nous montra tous les vis-
MF.RCUIUAUX.
cères d’une pâleur remarquable, le cœur et les reins Irès-llasques ; les cavités cardiaques et les poumons engorgés, et l’estomac ridé. Le second chien , ouvert quatre heures après, présenta l’estomac un peu ramolli ; l’œsophage injecté parci et par-là ; le cœur pâle dans les ventricules et noir dans les oreillettes.
IV0 Expérience. Deux lapins du même âge et de même grosseur. Ou fait avaler à chacun i>0 centigram. ( 1 0 grains) de sublimé corrosif, à l’un dissous dans 60 grammes (2 onces) d’eau, à l'autre en poudre. — Le premier a vécu tremblant et immobile une heure et quarante-deux minutes; le second tremblant aussi vécut onze heures. L’autopsie faite une heure après la mort a montré le cœur pâle, les reins et la surface externe des intestins grêles plus pâles encore. La paroi interne du canal digestif chez le premier était ridée et indurée; tandis que chez le second elle était 'ramollie. Les gros intestins n’offraient aucune altération ni dans la couleur ni dans la consistance.
Ve Expérience. On administre à deux autres lapins également assortis 1 grain. (20 grains) de sublimé, chez l’un dissous dans 60 grammes d’eau, chez l'autre en poudre. Le premier n’avait pas encore pris les trois quarts de la solution , qu’il mourut en moins de vingt secondes.
L’autre a avalé toule la dose et n’est mort qu’après cinq minutes. L'autopsie a été faite immédiatement après la mort. Chez le premier on n’a pas trouvé la moindre trace de phlogose ou d’autre espèce d’altération, si l’on en excepte une , la pâleur dans tous les viscères.
Chez le second le cœur présentait encore des pulsations. Ce viscère donnai t quarante-deux pulsations par minute. Ces pulsations persistèrent pendant vingt minutes mais en ralentissant. L’estomac présenta beaucoup de mucosité, la vessie urinaire était pleine d’urine.
VI” Expérience. On avait préparé 2 grammes de sublimé dissous dans 60 grammes d’eau, maison n’a pu en donner à un lapin que le quart; il mourut comme foudroyé dès les premières gorgées.
Un autre lapin prit toute la dose en poudre ; on lui fit boire un peu d'eau après: il mourut en quatre minutes et demie. — L’inspection des viscères, faite une heure après , n'offrit chez le premier pas la moindre rougeur ; chez le second l’œsophage seul présenta quelques taches rougeâtres. Les autres viscères et même les poumons étaient pâles.
Vil* Expérience. On a voulu essayer l’influence de l’albumine combinée avec le deuto-chlorure de mercure qu’on avait cru capable de décomposer le sel métallique. Après en avoir obtenu le précipité au moyen d’un peu d'eau , on en donna dix centigrammes à un lapin.
L’animal en fut très-agité , il but , mais il mourut neuf heures après , en présentant les symptômes ordinaires d’empoisonnement. À l’autopsie ses viscères sont pâles et flasques comme chez les animaux précédents. — Un autre lapin , auquel on donna 20 centigrammes de sublimé, vomit à l’instant une gorgée de bave sanguine et mouruf deux heures après.
À t’autopsie ses poumons étaient engorgés, le cœur pâle, les oreillettes remplies de sang. L’œsophage, l’estomac et les intestius étaient blancs, mais près du cardia il y avait une tache livide. En râclant légèrement celle tache avec le scalpel elle disparaissait; les tissus sousjacents étaient blancs et tout- à-fait sains.
On fait avaler à un porc-épic 40 centigrammes de ce même poison, il tombe de la fenêtre d'un second étage et il meurt sur place. A l’autopsie, on trouve dans son estomac de la mucosité noirâtre et rien de plus.
VIII” Expérience. Un lapin , auquel on avait donné 10 centigram. (2 grains) de sublimé, prend aussitôt après 4 grammes (l gros) de gluten de froment dissous dans un peud’eau. L’animal paraît abattu , tremblant, et il expire dix heures après. Son estomac n'offre rien d’anormal. — Un autre lapin reçoit 10 centigrammes (2 grains) de sublimé ; il est pris de convulsions, et on le trouve mort le lendemain malin. Son estomac est ua peu rougeâtre et tout ridé.
IX* Expérience. Afin de nous assurer quelle substance aurait pu augmenter ou diminuer la force toxique du deulo chlorure de mercure, nou; avons donne à un lapin 20 centigrammes (4 grains) de ce sel, et aussitôt après, 2 grammes (demigros) d’eau distillée de laurier-cerise.
Il est mort en cinq minutes sans la moindre agitation. — Un autre lapin a avalé la même dose de sublimé corrosif, et au même instant 1 gramme (20 grains) d’alcool. Cinq minutes après il est inquiet, agité. On répète la même quantité d’alcool : une heure après il meurt. L’autopsie du premier n'a fait voir rien d’extraordinaire; celle du second a montré le cerveau très-injecté , les poumons fortement imbibés , le cœur de couleur
MERCÜ1UAUX.
naturelle, l’estomac épaissi et induré.
X* Expérience. Ou administre a un lapin 15 centigrammes (3 grains) de sublimé combiné avec de l’albumine. Il a survécu trente-six heures dans une agitation incessant!'. A l’autopsie les viscères sont pâles ; l'estomac cependant parait injecté sur un point. — Un autre lapin reçoit au même instant 15 centigrammes (3 grains) de sublimé avec de l’albumine , et peu après un gramme (20 grains) d’eau distillée de lauriercerise. 11 a été plus abattu que le premier, et il est mort dans la nuit. Le coeur était très-flasque et d’une couleur plombée.— Un troisième lapin a pris une dose égaledusel mercurielavec de l’albumine; puis après 1 gramme (20 grains) d'alcool étendu d’eau. Il a été abattu dans le courant de la journée, puis agité. Le lendemain il a mangé, il se remuait assez librement, et il a survécu pour se prêter uu mois après à d’autres expériences.
XIe Expérience. Trois lapins reçoivent chacun 10 centigrammes (2 grains) de sublimé. Le premier, qui l’a pris sans d’autre addition qu’un peu d'eau pour en aider la déglutition, est mort en vingt minutes. Le second, qui l’a bu avec addition de t gramme (20 grains) d’eau de laurier-cerise , a expiré en deux minutes. Le troisième, qui l’a avalé conjointement avec 1 gramme (20 grains) d’alcool étendu d’eau, a vécu vingt-trois heures.
L’autopsie pratiquée vingt-quatre heures après a montré chez le premier l’estomac pâle, et ses parois amincies ; chez le second , même pâleur, mais sans amincissement; chez le troisième, le cerveau engorgé, les intestins d’une couleur rosée, l’estomac très-dislcndu par des gaz.
Nous avons fuit d’autres expériences sur des gallinacés ; les résultats ont été les mêmes. Ces faits nous ont paru autoriser les conclusions suivantes :
1° Le deuto - chlorure de mercure est un poison dont l’action est d’autant plus prompte et énergique qu’il est dissous dans de l’eau, c’est-à-dire qu’il est moins corrosif.
2° Les symptômes de cet empoisonnement ne sont pas accompagnés de douleurs, ni de fièvre, même dans les cas où la mort se fait attendre plusieurs heures, ou plusieurs jours. Cette remarque est en opposition avec l’assertion des toxicologues qui ont plutôt écrit d’après leurs idées préconçues que d’après l’observation rigoureuse des faits.
3» Les lésions cadavériques de cet em-
poisonne ment n’olTrent rien de phlogistique ni de corrosif. Les tissus présentent au contraire de la pâleur. On a, il est vrai , rencontré quelquefois des points injectés, rouges, livides, ou ramollis; mais cela n’a pas de rapport réel avec la violence des symptômes et la promptitude de la mort. De sorte que les auteurs qui donnent les érosions comine l’eflet principal de ce poison , ont parlé plutôt a priori que d’après l’observation. C’est le mot corrosif qui leur en a imposé.
Orfila lui -même n’a pu s’empêcher de direque, sur quatre-vingts animaux qu’il dit avoir tués avec le sublimé corrosif et autres préparations mercurielles , il n’a jamais observé la moindre corrosion (44). L’action corrosive peut cependant quelquefois avoir lieu après la mort, ainsi que nous le démontrerons plus loin.
4° Les altérations localesà l’œsophage, dans l’estomac et les intestins dépendent entièrement de l’action chimique du poison. Les unes ont lieu pendant la vie, les autres après la mort. Les premières consistent dans quelques légères injections ou rougeurs, qui n’ont lieu que lorsque la substance vénéneuse est douée d’une action chimique très - puissante et lorsqu’elle a clé administrée dans un état de concentration , mais pas à une dose assez forte pour que la mort arrivât surle-champ ; les secondes au contraire consistent dans certaines altérations organiques de la membrane muqueuse qui est froncée, contractée et indurée, ou bien ramollie et pour ainsi dire fondue. Ces changements, au reste, sont si légers qu'on ne les aperçoit pas lorsqu’on dissèque l’animal encore vivant. Us sont très-prononcés au contraire si l’autopsie est faite long- temps après la mort. — Que ces effets aient réellement lieu après la mort, c’est un fait constaté par de nombreuses observations. Des expériences faites par nous et par d’autres sur des tissus de cadavres humains et d’animaux, exposés à l’action d’une solution de sublimé corrosif, ont démontré le fait jusqu’à l’cvidence. Tout le monde sait que par l’aflinité qu’a ce sel pour quelques molécules des tissus organiques, il s’y combine; et s’il est en grande quantité il les dissout et les décompose. Si la quantité du sel métallique n’est pas forte, les substances animales se crispent,
(44) Archives générales de médecine, mai 1830.
MERCDRUÜX.
deviennent plus dures et résistent h l’effet de l’action corrosive. C’est sur celte observation qu’est basée la méthode des anatomistes et des naturalistes pour conserver leurs préparations. C’est aussi sur ce même principe que le docteur Tran china a basé son procédé de préserver les cadavres entiers pendant longtemps de l’action de la putréfaction (IG).
5° L’albumine et le gluten qu’on a proposés commemoyens capablcsdencutraliser l’action toxique du sublimé , n’empêchent nullement celte action de s’exercer. En conséquence, ce serait une véritable dérision d’insister encore sur la prescription de ces moyens qui n’empêchent ni ne retardent la terminaison fatale. Il faut convenir néanmoins que ces substances mettent un certain obstacle à l’action mécanico - chimique , en enveloppant le sublimé corrosif et en le décomposant en partie ; quoique le nouveau composé conserve la même propriété toxique. L’animal meurt plus tranquillement et présente dans ses viscères des empreintes moins visibles de la lésion locale.
G0 La soustraction du calorique, c’està-dire le froid, et l’eau distillée de laurier cerise augmentent l’action du sublimé et accélèrent la mort. L’alcool au contraire combiné diminue cette action et empêche la mort. Nous allons voir ces conclusions se vérifier aussi chez l’homme.
§ iy. Effets chez l'homme bien portant. — Pour bien étudier tout ce qui se rattache à ce sujet, nous envisagerons les cffels des mercuriaux sous trois points de vue : 1° effets dynamiques; 2° effets mécaniques ; 3° effets prétendus spécifiques.
1° Sous quelque forme qu’on l’administre le mercure peut produire ses effets dynamiques chez l’homme bien portant; même à l’état métallique , s’il peut pénétrer par l’absorption, entrer dans l’assimilation , chose très -facile à cause de sa volatilité extrême, il ne manque pas d’agir énergiquement. Un vaisseau au-
(46) La propriété qu’a le sublimé corrosif, de so combiner avec l’albumine des végétaux , et d'empêcher par là la pourrilure ou altération du bois, a fait naître l'idée de l’utiliser dans les bois de construction navale. Voy. le Rapport du docteur Kcraudrcn à l’Acad. royale de médecine , 1836.
glais, le Triomphe, qui était chargé de mercure, nous a offert, en 1810, un exemple remarquable de ce cas : le mercure était dans des tonneaux; ceux-ci s’étant ouverts, le raélalcoulaet devint libre dans les chambres du vaisseau: une partie de l’équipage éprouva les mêmes effets qu’on ressent après un traitement mercuriel (47). On sait d’ailleurs que les personnes qui fréquentent les salles des hôpitaux dans lesquelles on traite beaucoup de malades par les frictions mercurielles, éprouvent les effets du mercure d’une manière remarquable. Ce fait a été constaté par une foule d’auteurs, entre autres par Loseke (48) , par Fabrice de Ilildcn (49) , par Goulard (50). Colson dit avoir observé la même chose à l’hôpital de la Pitié , à Paris (51). — La manière d’agir, lente, graduée et progressive des mercuriaux , peut s’étudier chez les sujets auxquels on administre de petites doses d’oxides mercuriaux et en particulier de calomel. On obtient constamment de la sueur, des évacuations alvines, une augmentation dans la sécrétion de la salive et quelquefois aussi le vomissement. Des effets plus remarquables encore s’observent chez les ouvriers des naines de mercure , des fabriques de miroirs , de baromètres , de thermomètres, chez les orfèvres et les do reurs qui manient continuellement du mercure à une température plus ou moins élevée , etc. La plupart de ces ouvriers éprouvent des vertiges, des faiblesses et de tremblements dans les membres, des convulsions , des symptômes d’asthme , de l’engourdissement, des paralysies, de l’insensibilité, de la surdité, l’amaurose; leur physionomie devient cadavérique , et ils meurent ordinairement dans leur jeune âge : on sait que les trav ailleurs aux mines de mercure atteignent rarement l’âge de trente ans (52).
(47) Philos, trans., 1813, P. ii, p. 402.
(48) Abh. d. nuscrl. Arz. , p. 297.
(49) Obs. chir., cent, v, p. 495.
(50) Sur les maladies vénériennes , p. 12.
(51) Archives générales de médecine, sept- 1826.
(52) Fallope, Tract, de métal- et fos-
silib. , I. Scnnert, Dan. de hydrarg.
in lue ven., t. tv, I. vi, c. xxi. — Junhcn, Chemin experiment. mcrcur. — Forcstus, t. ir, p. 196. — Ramazzini, De morb. artif., p. 15.
mercumàux. 429
( J\ote du. trad.) [Parmi les différents auteurs qui décrivent les effets de l’abus du mercure, Fernel est celui qui s’est le plus approché de la vérité. « Un état de langueur, dit-il, s’empare de toute la constitution ; la gorge, la langue, le palais, les gencives s’enflent et s’ulcèrent; l'haleine devient infecte ; les dents s’ébranlent et prennent une teinte livide ; les glandes salivaires sont douloureuses cl tuméfiées, la salive coule sans cesse et en abondance de la bouche, elle est gluante et comme corrosive , car elle rougit les parties qu’elle touche. L’appétit disparaît ; des nausées, des vomissements , la diarrhée se déclarent. Les sujets tombent dans le marasme, deviennent pâles et bouffis; ils éprouvent des vertiges et le délire. Le tremblement des membres dure souvent pendant des années et même toute la vie. Un sentiment de froid s'empare de tout le corps, dont la surface est recouverte d’un eczéma qu’on appelle mercuriel. La transpiration présente une odeur désagréable.
Quelques malades éprouvent une anxiété extrême à la région prccordialc ; et la mort met souvent un terme à toutes ces souffrances. »]
Le traitement mercuriel qu’on a coutume de prescrire contre la syphilis a souvent occasionné des accidents graves et même la mort. Les annales de la science offrent un grand nombre d’exemples d’empoisonnements volontaires, accidentels ou criminels, à l’aide de préparations mercurielles. — Frédéric Hoffmann rapporte le cas d’un galeux, qui, s'étant lavé plusieurs fois le corps avec de l'eau mercurielle, éprouva des évanouissements et des contractions dans le bras gauche qui ont résisté à une foule de remèdes et qui n’ont cédé enfin qu’à l’administration des anodins (53). Rorelli rapporte aussi l’histoire d’un galeux qui, s’étant lavé le corps avec une solution de sublimé corrosif, eut en peu d’heures le corps couvert de vésicules, et tomba en syncope (54). L’irrégularité, l’exiguité et la faiblesse du pouls, l’oppression prccordialc, les tremblements des membres, tels sont les phénomènes décrits par Pearson sous le nom à'trclisinc mercu-
(53) Pharmac. sparg. P. Poteri nota ed agg., c. lxxxiv, p. 183.
(54) Ilist. et obs. ravior. ined. phvg., çent. ii, 92.
ne/; phénomènes qui s’observent à la suite de l’abus du mercure et qui se terminent par la mort si l’on persiste dans le traitement (55). Le pouls devient lent, mou, dit Yedekind, si l’on insiste sur les bains de sublimé corrosif (5G). La mort subite causée par les frictions mercurielles a été observée plusieurs fois par Richter (57). Dans la relation publiée par Ollivier d’Angers et Barruel , d’un cas d’empoisonnement par le deutochlorure de mercure sur trois enfants, il est dit qu’avec 1 gramme ( 20 grains) le premier enfant, qui n’avait que sept ans et demi, mourut en trois heures ; que le second , âgé de trois ans et demi , et qui n’en avait pris que GO centigrammes (12 grains), est mort en onze heures ; et que le troisième, âgé de deux ans, et qui en avait pris 30 centigrammes (G grains), est mort en vingt-trois jours. L’autopsie des deux premiers présenla la muqueuse buccale d’une couleur blanc-grisâtre ; l’épithélium de l'œsophage s’enlevait par plaques, et celui de l’estomac et des intestins était d’une couleur rosée. Chez le troisième, la muqueuse de l’estomac présenta une couleur rouge-foncée et un résidu du sublimé (58). — Sans rapporter d’autres faits de ce genre qui fourmillent dans les annales de l'art et qui tous se ressemblent , nous devons appeler ici l’attention sur une circonstance importante, c’est l’absence de fièvre au milieu de tous ces symptômes alarmants de l’empoisonnement. Il est d’observation que, quelle que soit la durée de ces symptômes, le système circulatoire n’en éprouve aucune excitation; au contraire, il tombe dans une sorte d’affaissement progressif, et l’action du cœur finit par s’éteindre. Ce fait capital n’a pas échappé aux bons observateurs. Ramazzini le remarqua chez un jeune doreur qui, par l’effet des vapeurs mercurielles, devint d’abord cachectique , puis pâle , plombé et d’un aspect presque cadavérique , ayant les yeux engorgés , l’haleine puante, une sorte d’engourdissement physique et moral; la bouche ulcérée, la salive
(55) The Lond. med. and surg. journ.
1834, t. iv, p. 709.
(56) Omodei, Ann. tiniv. Genn. 1831, p. 201 .
(57) Ausfuhrl. Arzn., 5 Bd., p. 387.
(58) Observations et recherches médico-légales. Archives générales do médecine, oçt, 1834.
MEJICUHIAUX.
infecte qui s’écoulait sans relâche de la bouche rendait impure tout ce qu’il y portait ; enfin, après deux mois de souffrances, il mourut sans avoir présenté le moindre symptôme de fièvre. Ce cas surprit d’abord ce célèbre praticien ; son étonnement cessa bientôt lorsqu’il lut dans Ballonius que, chez un individu soupçonné de vérole , le traitement mercuriel l’avait guéri d’une fièvre qu’il avait depuis quelque temps (59); et lorsqu’il prit connaissance d’un autre cas rapporté par Fernel, d’un malade syphilitique, chez lequel, par suite d’un traitement mercuriel, le cerveau se filtrait par les yeux (expression de l’auteur) , et qui mourut sans fièvre. De ces deux faits Fernel et Ramazzini ont tiré cette conséquence , que le mercure était doué d’une vertu narcotique puisqu’il apaisait la chaleur fébrile et la fréquence de la circulation (60). Borichio rapporte qu’un illustre personnage, atteint d’une fièvre ardente, a été traité par un charlatan à l’aide d’une certaine poudre mercurielle, qui lui a coupé merveilleusement la fièvre, mais qui étant continuée lui a coupé en même temps la vie en éteignant la chaleur animale (61). Dans aucun des nombreux cas d’empoisonnement par les mercuriaux que nous avons sous les yeux il n’est question de fièvre. On conçoit à peine par conséquent comment certains toxicologues signalent la fièvre au nombre des symptômes de cet empoisonnement.
Le manque de la fièvre dans cette intoxication soit aiguë , soit chronique , est selon nous une preuve incontestable que l’action des mercuriaux n’est point hypersthénique ou irritante , et qu’elle est au contraire hyposthénisante au point d’éteindre la vie. Une des plus grandes absurdités qu’on ait jamais soutenue en pathologie c’est de prétendre que l'inflammation , l’irritation puisse donner lieu à une mort prompte , sans causer le moindre symptôme île fièvre. Pourtant telle est la doctrine qu’enseignent plusieurs toxicologues; et ce qui est pire encore, c’est qu’elle sert de base à leurs indications thérapeutiques ! ! Les symptômes cependant que nous avons
(59) L. i, epist. p. m., p. 131.
(60) Do lue venerea , c. vu. De abd.
fer. caus., I. n, c. xiv.
(01) Ramazzini , De morb. arlific., p. 10.
exposés, savoir le tremblement, la paralysie, l’engourdissement, l’abaissement du pouls, les défaillances , l’asphyxie et l’absence de toute inflammation à l’autopsie sont reconnus et avoués par les mêmes auteurs. Les moyens que de tout temps on trouva avantageux pour remédier à l’empoisonnement en question, ou à l’abus des remèdes mercuriaux achèvent la démonstration de leur erreur cl viennent à l’appui de notre proposition, savoir que les effets dynamiques des mercuriaux sontd’une nature hyposthénique.
En effet, indépendamment de nos expériences sur les animaux , nous trouvons dans Hoffmann le cas d’un malade qui se trouvait dans ce cas et qui fut sauvé par les anodins : nous trouvons en outre que le traitement conseillé par Pearson pour la guérison de l’érétisme mercuriel consiste dans une alimentation substantielle et des boissons stimulantes: que l’eaude-vie , les eaux cardiaques et alcooliques ont été conseillées dans les mêmes cas par Ramazzini (62); que dans ces occurrences les opiacés ont été employés avec succès par les anciens et les modernes (63) ; nous trouvons enfin un exemple des plus remarquables de la tolérance pour le sublimé corrosif acquise au moyen de l’opium à haute dose, chez ce vieillard de Constantinople, Soleyman-Jeyen, qui prenait habituellement de l’opium h très-haute dose, et qui se rendait ensuite à une pharmacie , où il avalait habituellement , en présence de plusieurs personnes, quatre grammes (1 gros) de sublimé corrosif dans de l’eau sans en éprouver aucun mauvais effet (64). Nierons-nous les faits rapportés par plusieurs ailleurs dignes de foi qui affirment avoir rencontré, dans les cadavres des empoisonnés par le mercure , des traces non équivoques d’altération matérielle profonde et d’avoir reconnu dans les symptômes qui les ont précédées et accompagnées , des chaleurs, des douleurs atroces, des tuméfactions, des ulcères, etc.? Nullement ; mais il y a loin de là aux conséquences que ces auteurs veulent en déduire : or, ce sont précisément ces conséquences que nous attaquons. Di-
(02) Op. cit., p. 17.
(63) Mérat et Delens, Diction., vol. iv, p. 582.
(64) Pouqucville, Voyage de Morée.
Thorntons, Travels, L'. Ryron , Cliilde llarolds Pilrinagc, nota.
MERCURIAÜX.
verte d’ulcérations superficielles et
sons d’abord, quant aux lésions cadavériques, que ces auteurs ont oublié que les mercuriaux agissent puissamment sur les tissus animaux privés de la vie , notammant le sublimé corrosif qui , en se décomposant, éprouve de nouvelles combinaisons avec les molécules organiques, change leur couleur, leur densité et même leur nature (G5). On conçoit que lorsque les autopsies sont faites tardivement, rien n’est plus facile que de confondre les lésions arrivées durant la maladie avec celles survenues après la mort; cette illusion était surtout très-commune dans un temps où l’on ignorait le fait que nous venons de signaler. En supposant que les rougeurs qu’on rencontre quelquefois fussent de véritables restes d’inflammation, elles s’expliqueraient aisément par l’action physico-chimique du poison , mais dans aucun cas elles ne pourraient être regardées comme la cause immédiate de la mort. Les douleurs elles-mêmes se rattachent à la même cause physico-chimique.
2° Une autre série d'effets que produisent les préparations mercurielles , sont ceux que nous appelons mécaniques et qu’on désigne ordinairement sous le nom d’irritatifs. L’individu se plaint d’abord d’un goût styptique ou métallique dans la bouche; il éprouve une sensation d’aiguisement , comme si ses dents fussent devenues plus longues et plus aiguës ; il ressent une tension incommode vers l’articulation temporomaxillaire et autour du cou ; bientôt , après une abondante salivation, la bouche reste aride , les amygdales enflent et les gencives deviennent douloureuses, d’un rouge foncé, s’ulcèrent, l’haleine devient infecte , les dents vacillent et tombent. Le ptyalisme est, sans contredit, le plus remarquable parmi ces symptômes. Nous avons observé une différence notable entre le ptyalisme provenant des oxides mercuriuux et celui qu’occasionnent le mercure métallique , le protochlorure de mercure et quelques autres sels mercuriels , tels que le cyanure de mercure, etc. La seconde espèce de ptyalisme n’offre pas de la salive en abondance , mais toute la cavité buccale est recou-
d’aphthes. Le premier, au contraire , ne présente ordinairement niaphlhcs ni ulcérations ; la salivation est copieuse, les parotides et les glandes maxillaires sublinguales sont souvent enflammées.
La salivation , dans quelques cas , dure fort long-temps , et même des années , quoiqu’on ait cessé tou t— à— fait 1 usage du mercure. Ce qui est encore plus surprenant , c’est que ce phénomène se reproduit parfois à de longs intervalles sans qu’on ait renouvelé le traitement mercuriel. Fordyce rapporte le cas d’une salivation qui s’était déclarée douze ans après un traitement mercuriel, et qui se renouvelait et cessait alternativement de semaine en semaine (GG).
On a vu quelquefois , après un traitement mercuriel continué pendant long-temps , apparaître sur la peau de fort petites vésicules , par lesquelles Fourcroy et Horn assurent avoir vu sortir des globulins de mercure. Quelquefois ces globulins s’annoncaient par une sorte de démangeaison incommode ou bien par une rougeur particulière, qu’on a caractérisée par le nom d 'érythème, mercuriel (67). — Il n’est pas rare de voir, après un traitement fait avec des sels mercuriels, tels que les chlorures ou les azotates de mercure concentrés, même à petites doses , les malades se plaindre d’une sensation de chaleur, de cuisson à l’œsophage , de douleurs vives et de picolternents à l’estomac et aux intestins, avec spasmes dans les muscles abdominaux et rétraction du nombril , comme dans la colique de plomb , ou bien d’irritations encéphaliques , avec délire et confusion dans les idées. Les auteurs ont souvent confondu tous ces effets mécaniques avec les effets dynamiques dont nous avons parlé il y a un instant. De là une foule d’erreurs déplorables pour la pratique. On voulait faire provenir d’une même action des effets d’une origine différente et de nature tout-à-fait opposée entre eux. Les préparations très-énergiques et qui sont administrées à haute dose développent des effets dynamiques, et non des effets mécaniques.
Le sublimé corrosif , par exemple , ne produit presque jamais la salivation ni
(65) Buchners, Toxikolog., 2 Aufl., p. 545. — Devergie, Archives générales de médecine, 1825. — Orlila, Leçons do médecine légale, t. ni, p. 85. — Lesueur, Archives générales de médecine , 1828.
(60) Ven. diseas. Review. — Mathias.
Del morb. mercur. Trad., 1818, p. 56.
(07) Cooper, Lectures. The Lond. med.
and surg. Journ. 1834, t. iv, p. 709.
432 MERCüIUAUX,
aucun autre phénomène irritatif. Sallin, dans son Traité de médecine légale , assure qu’il n’agit que superficiellement sur l’estomac , et que , étant donné entièrement dissous , il ne produit aucun cll'et local. Le calomel se trouve aussi dans le même cas : donné à petite dose , il irrite les intestins, tandis que, à haute dose , il devient sédatif contre certains flux de ventre (G7). Cartwright assure avoir vu plus souvent des effets irritatifs par l’action de l gramme (20 grains) de calomel divisés en vingt doses que de vingt doses de 1 gramme chacune (G8).
Sandras dit que, en donnant ce sel mercuriel à la dose de 20 centigrammes , en deux fois , il n’a pu éviter une abondante salivation , et qu’il l’a vu administrer en Pologne à la dose de G grammes (120 grains) sans accident (G 9). Les frictions prescrites par Delpech , dans le cas d’une péritonite , à une dose trèsélevée , 1G0 grammes (40 gros), dans le court espace de vingt-deux heures, ne déterminèrent ni salivation ni autre espèce d’accident , et firent disparaître la péritonite (70). Nous avons observé nous-mème un fait analogue dans un cas de péritonite chronique avec ascite, qui fut traitée avec G0 grammes (2 onces) d’onguent mercuriel, en trois jours, sans qu’il survînt la moindre salivation ni aucun autre symptôme d’irritation.
On voit de là que , plus l'action dynamique est prompte et énergique , moins ces phénomènes , que nous appelons mécaniques , apparaissent. Ainsi il faut admettre une grande différence entre eux. Si les premiers , les dynamiques , sont prompts et universels , ils sont liés à l’assimilation organique, ils expriment une véritable hyposthénie , et l’on peut les combattre aisément à l’aide des hypersthénisants ; tandis que les effets mécaniques sont essentiellement locaux, et se passent, pour ainsi dire, en dehors de l’assimilation ; ils ne sont liés qu’aux conditions physico-chimiques de la substance. Si l’action chimique est telle que la surface interne de l’œsophage ou de
(67) The London med. and surg.
Journ. June 1832.
(68) London med. and physic. Journ. 1826, 1er trimestre.
(69) Revue médicale» 1834, juillet, p.
(70) Bulletin clinique. Revue médicale, juillet 1831, p. 33.
l'estomac en soit atteinte , il faut s’attendre à des chaleurs , à des douleurs , comme cela arriverait par le contact de toute autre substance aigre , âpre , anguleuse, piquante ou très-chaude. Dans ce cas , les effets mécaniques seront immédiats; mais, si une forte quantité de la préparation mercurielle a pénétré dans le corps, et que , apres l'assimilation , elle puisse se revivifier et reprendre son état métallique, il est évident que, sous celte forme, le mercure peut se cantonner dans tel ou tel point de l’organisme, notamment dans les glandes , où la circulation n’a pas une grande activité. Il en résultera, par l’effet de sa présence , de l’irritation et même de la phlogose.
Il reste maintenant à savoir si, dans le corps humain , de pareilles revivifications du mercure peuvent avoir lieu , et si on le rencontre dans l’endroit même où les phénomènes se sont passés. Notre conviction à cet égard est tellement profonde et basée sur des faits si nombreux, qu’il nous faudrait plus de temps et d’espace pour nous expliquer en détail que nous n’en trouvons devant nous en ce moment. Disons seulement que, dans les cadavres de ceux qui avaient subi de longues cures mercurielles ou qui maniaient continuellement ce métal, on trouva le mercure revivifié dans les os. Brassavola (67 *), Rudio, Lang , Fernelius (68 *), A. Tralliano, Petronio, Fallope , Wepfer, Laborde (G9 *), rapportent plusieurs exemples de ce cas. Quoique Friche n’ait pu en trouver avec une forte loupe dans les os d’un individu qui avait pris beaucoup de mercure, il en retira pourtant beaucoup par l’ébullition de ces mêmes os (70"). On trouve dans presque tous les cabinets d’anatomie pathologique un grand nombre d’exemples d’os cariés , notamment du cràue et de l’épine du dos qui ont appartenu à des individus syphilitiques , et dans lesquels on voit manifestement des globules de mercure (71). Pichel a obtenu du
(67*) Do morb. gull. Luisin., vol. ni, p. 452.
(68*) Pathol., 1. vir, c. vu, p. 229.
(69*) Fabbri , Dell’ uso dcl mercurio sempre temerario in medicina, c. iv. — Voigtnl’s Iland. d. Path. an., 1 Bd., p. 153 et 258; 2 Bd., p. 10 et 110.
(70*) Horn’s Arch. f. med. Erfahr. , 1826, nov. u. dec., p. 500.
(71) lvopps, Arzli. Benierk., p. 79. — Rust's Ivrit. repert., 13 J3d., p. 360.
MERCURIAUX.
mercure par la distillation du cerveau d’une personne qui avait fait usage de beaucoup de sublimé corrosif (72). Dans les ventricules du cerveau , le métal a été rencontré par Zwinger , Schenk et Bonnet (73) ; Sybel (74) , Yieussens et Yoolhouse (75) en ont trouvé jusque dans l’humeur aqueuse de l’œil. Brodbelilt en a rencontré dans la trachée et dans le larynx (7 G) ; Mead , dans le péritoine d’un pendu (77) ; Fonlanus et Rhodius , dans les capsules synoviales
(78) ; Fourcroy , Duméril et plusieurs autres , dans les glandes salivaires et dans diverses parties du corps (79). Nonseulement dans les cadavres , mais encore sur le vivant , la présence du mercure a été démontrée maintes et maintes fois. Qui n’a pas vu les bijoux d’or, les bagues , les boucles d’oreilles que portaient les personnes soumises au traitement mercuriel , blanchis par l’action de la sueur, de la salive , etc. L’analyse chimique a plusieurs fois démontré la présence du mercure dans l’urine (80). Bruckmann rapporte le cas d’une dame qui , après s’être beaucoup échauffée à la danse, eut les seins couverts de taches noirâtres desquelles sortaient des globules de mercure. Il y avait pourtant plus d'un an que cette dame avait cessé son traitement mercuriel (81). Bielt raconle que , ayant fait placer un sujet syphilitique dans un bain, il vit des globules de mercure sortir de ses aisselles (82). Barlholin avait observé le
(72) Bucbners, Toxikol., 2 Auft., p.
(73) Archives générales do médecine.
Septembre 1826.
(74) Reils, Arch. f. physio., 5 Bd., p. 369.
(].5) bibliothèque médicale, octobre
lo2G.
(76) Mcm. of themed. Societ. of London, t. v, p. ii2,
(77) Race, di alcuni opusc. sopra il imod. ab. del mercur., 1753, p. 61.
Bibl‘Oihèquo médicale, octobre
(79) Ibid.
Lantu do merc. preesent. in urir tl82o. Journ. cornpl. du Dict., 182E (janv. Hufeland’s Journ., GO Bd., 5 St ,p 114.—, lourdes, Journal de médccinr Cl*^rg,e et pharmacie. Juillet 1813.
Arcl,iv’ f’ ,Ded- Erfahr, 11810, 10 Bd., p. 252.
(82; Kopps, Artzt. Benjerk,, p. 79, Giacomini.
même fait sur un sein cancéreux (83), et Engelhard avait trouvé du mercure dans le pus d’un ulcère cancéreux de la cavité nasale (84). Werbeck enfin eut la patience de ramasser tout le mercure qui sortait du corps des malades qu’il soignait (85). Nous devons néanmoins faire remarquer que les recherches les plus minutieuses de Rhades sur le sang d’animaux qui avaient été soumis à un traitement mercuriel n’ont pu en découvrir la moindre trace (86). Rasori n’en trouva pas davantage dans le sang d’un vérolé qui avait été frictionné une demi-heure auparavant avec 16 grammes (4 gros) d’onguent mercuriel (87). Cruikshank n’a pu en découvrir non plus dans le sang, malgré les réactifs les plus délicats dont il ait fait usage (88).
Mais ce même auteur , ainsi que Zeller (89), Elk et Bûcher (90), Schubarth (91) et Colson (92) purent s’assurer de la présence du mercure lorsqu’ils firent distiller le sang.
Tous ces faits nous mettent dans la voie d’expliquer les effets mécaniques du mercure. Ce métal, introduit dans l’économie, entre dans le système vasculaire, se mêle aux fluides en circulation et perd en partie ses qualités physiques.
Les réactifs chimiques ordinaires ne révèlent pas alors sa présence. Le sang, par les nouvelles transformations qu’il éprouve dans les sécrétions et excrétions, peut abandonner le métal j celuici rentre alors de nouveau sous l’empire des lois physiques ; aussi le rencontre-ton aisément dans l’urine, dans la sueur, dans la salive et dans différents organes! Le mercure à 1 étal métallique peut rester
(83) Mathias, 1. c.
(84) D. Lungensucht., 1823, p. 99.
(85) Omodei , Ann. di med. slrauier.
(80) Experiment. quæd. circa quæst.
HateyÎ82DXt* aPPHC' în Sang< reper’
(87) Opusc. di niedic, clinica, vol. u,
(88) An on the cur. of absçess. also new metli. of introd. mercur., 1779, p. 259.
(89) Exper. quæd. cir. off. hydr. In nim.Tub., 1808.
(90) Toxikol., 1827, p. 538.
(91) Arch. f. med. Erfahr., 1823, nov.
decernb., p. 419.
(b 2) Journal compl. du Dict., octobre
MERCURIAUX.
inaperçu pendant des années dans le tissu osseux ou ailleurs , et sans donner lieu à aucun dérangement appréciable.
D’autres fois il irrile les parties , trouble leurs fonctions par sa seule action mécanique si les tissus sont de nature à la ressentir. Tel est le cas , par exemple, des glandes salivaires dans lesquelles les globules métalliques provoquent une abondante sécrétion de salive. Si la quantité de ces globules est considérable et le sujet prédisposé aux pblogoses, les glandes s’enflent, s’enflamment, et la sécrétion salivaire s’arrête. On comprend par là la source de l’érithème mercuriel , et comment il se fait que la salivation peut durer des mois, des années, disparaître, puis reparaître plus ou moins longtemps après qu’on a cessé l’usage du mercure. Il suffit de l’intervention de quelque circonstance accidentelle pour réveiller l’action mécanique des globules métalliques dont la présence avait été jusqu’alors tolérée sans réaction appréciable. Un changement brusque de la température, le retour des règles, elc., suffisent quelquefois pour produire cet effet. Ne voyons-nous pas les balles de fusil rester dans les tissus et se comporter d’une manière analogue? On comprend maintenant pourquoi une forte dose de mercure produit moins facilement la salivation qu’une petite : c’est que dans ce cas l’action dynamique, étant énergique, affaiblit tellement la sensibilité des tissus, qu’elle les empêche de sentir les effets mécaniques. Cela s’applique surtout à toutes les préparations dans lesquelles le mercure est simplement divisé , aux protoxides et au calomel. On a remarqué une particularité relativement à la salivation qui survient après l’usage du calomel ; c’est qu’elle est presque constamment accompagnée d’aphthes etd’ulcérations dans la bouche, tandis que cela n’a point lieu dans la salivation qui succède à des préparations mercurielles non salines.
Cela se vérifie également après l’administration du cyanure de mercure.
Ces aphtheset ces ulcères dépendent probablement de l’âcreté qu’acquiert la salive par l’acide hydrochlorique ou hydrocyanique qui entre dans la composition du sel mercuriel. Effectivement, si on se mouille les yeux avec cetlc salive, on les fait rougir et larmoyer fortement, ce que ne fait pas la salive des sujets soumis aux frictions d’onguent mercuriel.
De sorte que les phénomènes mécani-
ques qui suivent les applications mercurielles seraient de trois sortes, savoir : 1° immédiats ou primitifs; ils sont propres aux préparations douées d’une action chimique puissante, et sont produits avant que la substance entre en assimilation ; 2» consécutifs ; tels sont ceux qui ont lieu lorsque après l’assimilation le métal revient à son état primitif; 3° secondaires ; tels sont ceux qui dépendent de la salive viciée, de la condition morbide des glandes ou du mélange de quelques éléments du sel déjà décomposé avec la salive même, ün a conseillé différents moyens pour combattre les effets mécaniques. S’ils sont primitifs, on peut étendre, envelopper ou décomposer la substance médicinale. Les inueilagineux, les huileux et surtout le gluten et l’albumine, peuvent très-bien servir à cet effet. Ces substances ne nuisent nullement à la véritable action dynamique, souvent même elles l’augmentent. Si les effets sont consécutifs ou secondaires, on ne peut les combattre radicalement qu’en faisant sortir du corps le mercure métallique si cela se peut. Les bains , les préparations sulfureuses, les remèdes hyposthénisants vasculo-artériels qui provoquent et facilitent la transpiration et l’absorption , tels sont les secours que l’art possède en pareils cas. L’action de ces moyens, loin d’être contraire à celle des mercuriaux, agit dans le sens de ces derniers. Cela explique pourquoi dans le traitement anti-syphilitique on obtient plus de succès de la salsepareille, du sureau, du gayac, etc., lorsqu’on les prescrit après les mercuriaux. Tous les hyposthénisanls , sans en excepter la saignée, conviennent dans le traitement des effels mécaniques des mercuriaux, lorsque leur irritation est portée à un très-haut degré. Pour s’en servir il faut toujours s’assurer auparavant si l’actiou mécanique a cessé; car, en ôtant l’irritation qui n’est jamais redoutable , ou risquerait quelquefois de compromettre l’existence du malade. 3° Nous sommes obligés à présent de nous occuper d’une série d’effets imaginaires, c’est-à-dire de ceux qu’on attribue à tort aux mercuriaux. Il a plu à quelques auteurs de créer une nouvelle maladie sous le nom de morbus mercuriaUs , et les médecins l’ont adoptée comme si c'était une chose démontrée et positive ; et ils ont créé une théorie nouvelle pour s en rendre compte.
L’idée d’une maladie mercurielle fait
MERCURIAUX.
songer aux tremblements, aux engourdissements dans les membres, aux paralysies , aux défaillances, à l'asphyxie, dont nous avons parlé à l’occasion des effets dynamiques ; ou bien à ces chaleurs, à ces douleurs de l'abdomen , au ptyalisme , au stomacace, à l’érythème mercuriel, etc., dont il a été question à l’occasion des effets mécaniques. Mais ce ne sont pas ces symptômes qui caractérisent l'affection mercurielle des auteurs; celleci est décrite comme une maladie spécifique, distincte, et différente des phénomènes précédents. On prétend que cette maladie se révèle lorsque, dans la syphilis qui a nécessité l’usage du mercure , les bons effets de ce métal ne se font plus sentir. Alors l’affection vénérienne demeure stationnaire ou empire ; les ulcérations s’élargissent de plus en plus, celles qui étaient déjà cicatrisées se rouvrent , il en parait de nouvelles qui prennent une marche chronique et maligne ; les bubons et les exostoses augmentent de volume et de nombre ; les premiers deviennent carcinomateux, les dernières se carient; des douleurs osléocopes se déclarent et le malade tombe dans une consomption progressive (93).
Il est facile de reconnaître dans ce tableau les phénomènes d’une véritable syphilis qui n’est pas vaincue ou qui tend à empirer malgré le traitement employé.
Lespartisans de l’affection mercurielle cependant ne voient dans tout cela que des phénomènes mercuriels; ils prétendent que le caractère de ces phénomènes est différent de celui de la syphilis, puisqu’ils empirent sous l'influeuce du mercure. Cette hypothèse malheureuse a introduit dans le traitement des maladies vénériennes un véritable préjudice nuisible à la pratique et aux idées acquises sur la manière d’agir du mercure. Exposer en détail ce qu’il y a de faux dans la manière de voir que nous combattons ce serait chose digne du médecin philosophe. Nous regrettons que les limites de ce chapitre ne nous permettent pas de nous étendre davantage. Nous devons cependant indiquer ici les points qui méritent plus particulièrement l’attention du médecin.
Les auteurs qui ont traité de la maladie mercurielle, et notamment Mathias
(93) Mathias, Del morb. merc., duit par Gensana, 1818. — Wendt, abusu mercur. Uafn., 1815.
trn-
Dc
qui en a longuement parlé, n’ont donné aucun caractère distinctif entre les phénomènes syphilitiques et les phénomènes mercuriaux ; ils n’ont pas signalé le point où les phénomènes cessent d’étre vénériens pour devenir mercuriels. Ces auteurs avouent au contraire qu’il est trèsfacile de se tromper sur ces différents sujets , et ils laissent le praticien dans la plus grande perplexité. On ne peut rien conclure de ce que les symptômes de la maladie restent stationnaires ou de ce que celle-ci dégénère ou se complique , puisque cela s’observe également dans les cas où la syphilis n’est point traitée par les mercuriaux, ou qu’elle n’est pas traitée du tout. On ne peut non plus rien conclure de l’expérience que quelques auteurs ont faite avec le soufre, le fer, l’électricité pour décider si les symptômes sont plutôt mercuriels que syphilitiques , etc. Toutes les histoires qui ont été rapportées de maladie mercurielle décèlent un principesyphilitiquepréexistant, sinon certain, du moins fort probable. Les auteurs peuvent bien dire que la maladie mercurielle pourrait se développer sans l’élément vénérien; mais il faudrait d’abord le prouver par des faits ; c'est ce qu’ils n’ont pas encore fait. Nous avons vu d’ailleurs par des observations incontestables que les effets du mercure sur l’homme bien portant étaient tout-àfait différents de ceux de la syphilis. Nous avons noté la même différence chez des malades non syphilitiques traités par le mercure. Les annales de la science renferment une foule de cas d’aliénation mentale , d'hydrocéphale , de tétanos, d’hydrophobie, de péritonite, de squirrhe , traités avec le mercure à des doses très-élevées et pendant longtemps sans qu’il survînt aucun symptôme de la prétendue maladie mercurielle.
Ces auteurs prétendent qu’une fois l’affection mercurielle déclarée, l’état du malade empire de plus en plus s’il continue l’usage du mercure, et qu’il s’améliore s’il en suspend l’administration ou qu on pratique d’autres moyens appropriés à la circonstance. Celle observation est juste en elle-même quoique la conclusion qu’on en a tirée soit fausse. 11 serait effectivement absurde d’accuser le remède de la persistance et de l’augmentation du mal qu’on voulait guérir par son action, basée sur une juste indication thérapeutique; et il serait plus absurde encore d’attribuer à l’action du remède les mêmes symptômes qui exis-
MERCÜRIAtX.
(aient déjà avant son administration.
Combien de fois ne voyons-nous pas après une saignée une maladie inflammatoire empirer? Oserait-on en accuser la saignée? Il y a bien d’autres causes dans la syphilis qui rendent parfois insuflisants les remèdes mercuriaux. La première, c’est la force, l’étendue de l’infection et de la réaction dynamique dont nous parlerons bientôt. 11 ne suffît pas de dire qu’il arrive quelquefois que la syphilis guérit après la cessation de l’usage du mercure ; car souvent les effets du mercure persistent long-temps quoiqu’on ait cessé d’en faire usage, et il faudra conséquemment leur attribuer les bons effets qu’on voit survenir. Les meilleurs moyens qu’on préconise pour combattre la maladie mercurielle sont la saignée, les sulfureux, la ciguë, l'aconit, la salsepareille, etc. Or, qui ne voit que ce sont là précisément les remèdes qu’on prescrit communément contre la syphilis? Pour compléter la démonstration de l’absurdité de l’hypothèse en question , il suffirait de rappeler que , de l’aveu même de ces auteurs, il ne faut quelquefois que changer de préparation mercurielle pour combattre l’affection ! Concevez-vous cette logique ! Après avoir interdit les mercuriaux et vaincu le mal qu’ils avaient produit, il est parfois nécessaire, pour obtenir la guérison, d’avoir recours de nouveau aux mercuriaux, comme si la syphilis se dérobait d’abord, pour céder la place à la maladie artificielle, etqu’ensuite elle reparût comme auparavant (94) !!
§ Y. Effets dans les maladies. 1 a — La syphilis occupe sans contredit la première place parmi les affections que le mercure a heureusement combattues. Le mercure a été d’abord envisagé par les anciens plutôt comme un poison que comme un remède. Les Arabes, cependant, l’employèrent dans quelques maladies malignes de la peau. Bérengarius de Carpi paraît le premier qui l’ait essayé contre la syphilis ; c’est à l’occasion d'une syphilis qui ravageait les armées de Charles VIII, laquelle se fixait de préférence sur le système cutané. Les heureux résultats qu’il en obtint valurent au mercure
(94) Ilunter, Traité des maladies vénériennes, traduit par Audibert. Paris, 1787. — Bell , Traité de la gonorrhée.
Trad. — Mathias, Malad. merçur,, p, 57, 42, 45, 47,57, Cl, 04, elC.
la première place parmi les anti-vénériens. On l’a employé par la suite sous diversesformes, soit a l’intérieur, soità l’extérieur. Il conserva depuis sa renommée, malgré les nombreux remèdes analogues qu’on lui a opposés avec succès, et les graves accidents qu’il a produits entre des mains inexpérimentées. L’histoire des vicissitudes du mercure serait trop longue pour être ici reproduite; nous nous contenterons seulement d’examiner la question de savoir si le mercure est ou non un remède spécifique contre la syphilis; c’est ce que nous ferons tout à l’heure. Disons ici par anticipation que, d’après l’expérience d’un grand nombre de praticiens, le mercure a guéri généralement la syphilis sous toutes les formes.
2° Après les Arabes, plusieurs praticiens prescrivirent le mercure dans les maladies chroniques de la peau, telles que l’éléphanthiase , la lèpre (95), les dartres, diverses espèces de teigne (96), la plique polonaise et quelques autres affections externes chroniques (97). Le sublimé corrosif, sous forme de bain , a été loué aussi de nos jours contre ces maladies (98). On le préconisa également contre les rugosités elles excoriations du mamelon chez les nourrices (99).
3° Nous verrons à l’article Iode comment le mercure peut être utile contre la scrofule. Qu’on nous permette de dire pour le moment qu’une longue expérience a démontré de la manière la plus univoque l’utilité du mercure contre cette affection, surtout sous forme de calomel (1 00).
4° Quand on demande un remède propre à fondre les indurations morbides, les médecins ne prescrivent ordinaire-
(95) ffensler, V. Ab. Aussatze, p. 95.
•—Larrey, Denkw., p. 184.
(96) Campagnano , Oss. mod, di Napoli. Nov. 1831.
(97) Mèrat et Delens, Dictionn., t, iv,
(98) Wedekind, lfeidelb. kin. ann.
1829, t. v, p. 557. Rulletin des sciences médicales de Férussac, t. xx, p. 237. — Amelung, Journ. f. chir. u Augerheilk., t. xii.
(99) J.-L. Feist, Bulletin des sciences médicales de Férussac, t. xxiv, p. 179.
(100) Brillouet, Journal de médecine, t. XfcViu, p. 306. — Ilufeland, V. d. Scropholkr. , p. 176. — IUbmann , Verni..
Abh, a. U, Gebieth.
MERCcrniAüx.
ment que les mercurinux , et si ceux-ci échouent , on croit assez souvent inutile d’en proposer d’autres. Nous pourrions rapporter ici un grand nombre d’exemples de tumeurs, de duretés, d’obstructions viscérales accompagnées d’ictère , d’hypochondrie, de dyspepsie, de vomissements opiniâtres, de diarrhée chronique, le tabès, etc., guéris à l’aide de ces médicaments. L’helminthiase , considérée comme affection idiopathique des intestins, a trouvé dans les mercuriaux le secours le plus salutaire. Nous verrons plus loin comment ces memes remèdes deviennent également précieux Contre la cause principale de cette affection. Les praticiens prescrivent aussi avec avantage le mercure pour favoriser la résolution des épanchements et de certains engorgements, comme ceux qui accompagnent, par exemple, la goutte, le rhumatisme, etc.
5° On a eu recours aussi au mercure contre les hydropisies , et notamment celles des cavités osseuses , telles que la colonne vertébrale et le crâne. Des guérisons réelles d’hydrocéphale ont été obtenues au moyen du mercure à haute dose de friction ou du calomel par la bouche (1).
6° On entend par maladies nerveuses les affections qui ont leur siège dans le système nerveux ou dans les nerfs des sens , ou dans ceux des muscles volontaires. Le mercure a trouvé des panégyristes contre ces maladies. Fonseca le loua contre l’hydrophobie (2) , ainsi que Ravelly (3) , Desault (4), du Choisel (5), Sauvages (6). Portai était convaincu avoir empêché le développement de l’ hydrophobie au moyen de frictions mercurielles autour de la blessure (7). Burton guérit unsujet hydrophobe en prescrivant le mercure par bouche et par frictions conjointement avec six larges saignées
(t) Richler, Spec. therap., 5 Bd., p.
62. — Percival, Edinb. med. Ess., t. vi, p. 120. — Bochardt. üb. d. Wirk. d.
mcrc., c. iv. — Schaw, Graefe u. Walth.
Joum., 9 Bd., 4 St. — Placknll, Bemerk.
üb. d. Wass. üb. v. Rad., 1821, p. 194.
(2) En 1625. Voy. Mérat et Dclens, Dict. cit. , p. 414.
(3) Trailé de la rage. Metz, 1092.
(4) Sur la rage. Bord., 1733.
(5) Nouv. méth. sure , etc. Paris , 1782.
(6) Sur la nature de la rage. Toulouse,
(7) Mémoire sur la nature et le traite-
cn quatro jours (8). Shoolbreed, Wynne, Donne , Yogelsang, Goden et Werdermann se sont aussi bien trouvés des mercurinux prescrits après les saignées abondantes (9). Ekstrom a obtenu de bons résultats même dans les cas où les premiers symptômes étaient déjà déclarés (10). D’autres auteurs citent des exemples non moins heureux (11). Le mercure a été loué contre le tétanos et le trismus par Trnka (12) , par Walther (13), par Beck (14) et par d'autres, surtout contre le tétanos rhumalique (1 5). Contre l’épilepsie , il a été vanté par Borsieri (16), par Lobenstein Lobel (17), par Frank (18) , par Sporry (19) , par Loclier (20) , par Larrey (2 1 ) , par Portai (22) , par Stiebel (23). On sait que
ment de plusieurs maladies, t. n, p. 38.
(8) Amer. med. rep. med. a. phys.
Journ., t. xiv, p. 123.
(9) Hufeland’s Journ., 38 Bd., 4 st., p. 100; 5 si., p. 93; 39 Bd., 1 si., p. 84; 40 Bd., 1 st., p. 15; 41 Bd., 1 st., p. 8; 42 Bd., 1 st., p. 64; 49 Bd., 5 st.,
(10) Schw. Zeitschr. in Med. chir.
Zeitung, 1826, 3 Bd., n. 58, p. 85.
(11) llildenbrandl , Iluf. Journ. d.
pr. Arzn. Jena, 1799, 8 Bd., 2 st. — Arnemann, Pr. Arzn., 1819. — Johnson, Frorieps Notiz., n. 10, 4 Bd., p. 151. — Bruttges, Wendt.Dorstell. ein. Zweckm., etc. Bresl., 1824. — Sewitt, Med. chir.
trans., 1825, t. xm. — Pommer, Rust, Magaz., 1826, 22 Bd., 1 Heft.
(12) Comm. de tetano, p. 370.
(13) Abh. aus. d. geb. d. pr. med.,
(14) Heidelb. klin. Ann., 1 Bd., p.
(15) Meglin , Journal de médecine, 1820, nov. , p. 558. — Young Harless, Journ. d. ausl. lilt., 10 Bd., 2 st. — Trovÿ, Lond. med. a. phys. Journ., n. 97, p. 211. — Herget, Uufeland’s Journ., 55 Bd., 4 st., p. 88.
(16) Inslit. med. prakt., t. m, § 276.
(17) Wesen u. tleil. d. epileps., p. 247.
(18) Prax. med. univ. præcept., P. ir, t. i, p. 58.
(19) Mus. d. Hcilk. Scxv. Aerzte, 1 Bd., p. 275.
(20) Obs. pract., p. 41.
(21) Bulletin do lu Faculté de médecine do Paris, 1821, n. 1.
(22) Observations sur la nature et le traitement de l’épilepsie, 1827, p. 452.
(23) Klein. Beilr. z. Heilw., 1823, p. 58.
MERCUIU AUX .
Cratonc de CraiTleim nommait le mercure l’aimant de l’épilepsie (24). Ileister et Willis (25) , Fischer (2G) , llorn (27) et Boerhaave (28) louèrent le mercure contre l’amaurose. Dans la paralysie en général et dans l’apoplexie , il a élé prescrit avec avantage par Wagner (20), par Bochardt (30) , et , dans la manie , par plusieurs auteurs. Les névralgies cèdeut souvent à l’action du mercure , lors môme qu’elles sont chroniques (31).
7° Les affections dont la fièvre est le phénomène le plus marquant n’excluent point l’usage du mercure. Il a été employé avec succès contre les fièvres intermittentes (32) et les fièvres continues inflammatoires (33). On l’a aussi utilement mis en usage contre les fièvres dites nerveuses (34) et contre celles des entants menacés d’encéphalite. Le docteur Spiritus dit que , dans ces cas , il a employé avec réussite le sublimé corrosif à la dose de 5 centigrammes (1 grain) dissous dans 90 grammes (4 onces) d’eau distillée, à prendre une cuillerée chaque demi-heure (35).
8° Le rmercure , notamment le calomel , a été trouvé très-efficace contre presque tous les exanthèmes aigus , tels
(24) Borsieri, Instit. med. pr., t. ni, § 286.
(25) De anima brulorum, 1642.
(26) Remarques de médecine et de chirurgie, 1796.
(27) Journal général do médecine, t. lvii, p. 518.
(28) Aphorismes, § 1068.
(29) Bulletin des sciences médicales de Férussac, t. xvu, p. 270.
(30) Ueb. d. patli. u. ther. d. Læhm.,
(51) Moretti, Omodei , Ann. univ., fasc. 70, p. 38. — Folchi , Mat. med.
comp., t. ni, p. 141. — Ilildenbrandt, Ann. scliol. c. m. Ticin., t. h, p. 228.
— Campagnano, Oss. med. di Napoli , dec., 1850.
(52) Bâillon, dans l’année 1040. — Willis, 1639. — Schulze, De mercur. usu in febre quart.— Haller, Dispens. pract., t. v, p. 108. — Selle, Med. clin., p. 655.
— Fcrjjuson, Med. cliir. trans., t. ji,
(53) Burdach, Arzn., 2 Bd., p. 270.
(34) Van Ilelmont, De febr., p. 773.
— Moreali, Comm. Bips., t. i, p. 237. — Labonnardièrc, Journal général de médecine, t. i-, p. 556.
(35) Rut’s Magazin, 14 Bd., 2 st.
que la rougeole, la miliaire (3C), etc. On l’a aussi trouvé utile , comme remède prophylactique, contre ces maladies (37). Ou sait , par une longue expérience , que le mercure préserve des marques de la variole. Wedekind, Serres, Gariet , Nonat et plusieurs autres ont signalé les avantages de l’onguent mercuriel pour faire avorter les pustules varioliques (38).
9° Le mercure a obtenulesplus grands éloges contre le typhus. Chisholm et White ont employé ce remède à trèshaute dose , et sauvèrent plusieurs malades sur les côtes de la Guinée , où cette maladie était très-meurtrière (39). Maclarty (40), Brandis, Corbush , Palazzini (4 1 ) , Jahn (42) et plusieurs autres vantèrent les bons effets du protochlorure de mercure à l’intérieur contre la même maladie (43). Les frictions mercurielles et le calomel à l’intérieur ont été beaucoup recommandés contre la fièvre jaune comme spécifique selon les uns, comme simple remède efficace selon les autres (44). Il est vrai que quelques
(56) Loeseke, Müller, Ilamilton, Hauser, Biblioth. médicale, vol. xli, p. 255.
(57) Selig, Hufeland’s Journ. Rush, Withering, Kirkland, Huxham , Douglas, Kreysig, Mérat et Dclens, Dict., t. iv, p. 599.
(58) Bertini, Dell’ usu ester, ed inter, del merc. Fir., 1744. — Heidelberg, Klin, annal., 1829, t. v, p. 557. — Désessart, Mém. de l' Instit. sc. pliys., vol. ni. — Hoffmann, Baglivi, Lettsom, Jngenhous, Cotunnio, etc., Gazette médicale, 7e année, p. 14, 467, 484. — Mérat et Delens.
(39) Med. comm., dec. n, t. x, p. SI,
(40) Diss. de typho reg. calid., ed.
(41) Rau üb. die Bebandl. d. Typhus, lleidelb., Klin. Ann., 2 Bd., 3 si., p.
(42) Ilufeland’s Journ., 23 Bd., 1 st.,
(45) Aulenrieth, De utilit. bydrarg.
in febr. typh. JuL, 1812. — Brandes, llorns Arcli. f. med. Erf., 5 Bd., 1805, p. 78. — Thilcnius, Uufeland’s Journal, 41 Bd., 4 st., p. 27. — Wodcmayer, Ub.
d. Erkant. u. Behandl. d. Typli., p.
198. — Bischoff, Ceobacht. üb. d. Typhus, p. 67. — Brien, Trans. of the assoc. of Fcllows and licenc., t. v, 1828, n. 20.
(44) Rush, Matthæi, Uni. üb. d. gelb.
Fieb., 2 Bd., 1827, p. 125. — Eymann, llufeland’s Journal, 15 Bd., 1 si., p. 146.
MF.ncuituux.
auteurs combinent l’opium avec les mercuriaux par la bouche ; mais d'autres y ont associé avec plus de succès le jalap ou l’antimoine , ou infime les saignées abondantes (45). Dans la foule des médicaments qui ont été essayés pourcombattie la peste, on compte le mercure , soit pour guérir , soit pour préserver (46). Palloni l’avait signalé bien avant que M. Moreau de Jonnès, oflicier supérieur d’état- major , eût rapporté l’observation faite par des officiers de santé sur un navire anglais chez plusieurs sujets syphilitiques , lesquels se trouvaient sous l’action d'un traitement mercuriel, et qui n’eurent point la peste ; ou , s’ils la contractèrent , elle fut chez eux très-bénigne (47). — Il est assez généralement reconnu que le protochlorure de mercure , donné à haute dose , a produit d’excellents effets contre le choléra-roorbus (48). On assure aussi que les frictions mercurielles ont la propriété préservatrice de celte maladie.
1 0n 11 n’y a peut-être pas d'inflammation , à quelque période que ce soit , qui n’ait été attaquée heureusement à l’aide du mercure. On en avait déjà obtenu d'heureux résultats dans les obstructions ou phlogoses chroniques du foie , non moins que dans les hépatites aiguës. Aussi le trouvons-nous vanté contre ces affections dans les ouvrages de llnmillon (49), de Lind (50), de Murray (5l) , de Scott, de Cranford , de
— Palloni, Febr. gialla di siv. — Maricone, Hùfelund’s Journal, 20 Bd., 4 st., p. 170. — Dikson, Philad. Journ., 1822, febr. — tlill, Amer. med. record., t. v, 1822, p. 8G.
(45) Archer, ibid., p. 00. — Moreno, Gaocla rnerc. d. cadiee, 25 oct. 1820. — - Burnett, Fract. account on t lie fer., elc. F.dinb , l. ii, 1810.
(46) Gimand, Giongirs, Diss. de ernp.
femefl., in Haller, Diss. pract., t. vu, p. 134. — Sohreiber, Mérat et Delens, Dicl. cil., p, 345.
(47) Bap.de la Soc. med. dcLivourn., 1827. t.a Clinique, janv. 1828, p. 2S7.
(48) Jameson, ltcp. on lhe epid. chol.
morb. Calcutta, 1820. — Millwood, Mittli.
fib. d. Morgcnl. Breelir. , 1 B., p. 140. - — Riimis, O lier vers, ein darst. d. cliol. rfiorb. Pest., 183f, p. 150.
('9) Medic. comment., I. ix, p. 101.
(50) Lond. med. Journ., t. vin, P. i, p. 45.
(51) Diss. de opsiit. Golt., 1779.
Wilkinson , de Clark , de Humbach (52), de Tode (53), de Ferro (54), de Marcus (55) , de Wesener (50) , de Bowcll (57), et de plusieurs autres , qui ont regardé le mercure comme spécifique contre les inflammations. La splénile a été traitée par un grand nombre de praticiens avec le mercure. On a guéri souvent avec ce remède l’entérite , ainsi que cela résulte des observations de Goldmann (58), de Mû1 1er (59), de Latliam, d’après Pridgin Tcale (GO). La diarrhée inflammatoire et la dysenterie ont été heureusement traitées à l’aide des mercuriaux par Millier (Gl) , par Pemberlon (62) , par Joger (63), par Schaffer (64) , par Peirotto
(65), par Annesley (66) , par Smith (67). C’est le calomel qui a été principalement employé dans ces cas. On connaît d’ailleurs un assez grand nombre de cas de péritonite, surtout de péritonite puerpérale, traités heureusement à l’aide des mercuriaux. On a, dans ces cas, prescrit les mercuriaux après une ou deux saignées , ainsi que cela résulte des observations de Jorg (68) , de Schaffer (69) ,
(52) Diss. de usa mercur. in morb.
inflnm., p. 55.
(53) Med. chir. Bibliolh , 7 Bd., p.
(54) Ephem. med., p. 40.
(55) Specim. therap., 2 Bd., p. 540.
(56) Hufeland’s Journal, 68 Bd., 2 sf.,
(57) Diss. de Epatit. Edinb., p. 67.
(58) Hufeland’s Journal, 54 Bd., 6 st., p. 42.
(50) Allg. med. Ann., 1811, p. 626.
(60) Revue médicale, juillet 1820.
(61) Ouv. c., p. 629.
(62) Pract. Abb. übers. V. Albers, 1817, p. 149.
(63) Harles, Rhcin. Westph. Jahrb., 1 Bd., p. 100.
(64) Ilufeland’s Journal, 35 Bd. 3 st., p. 52.
(65) Frorieps, Noliz., 14 Bd., n. 10,
(66) Research, int. tli. caus. nat. a.
treat. of lhe mor. prev. diseasc of India. Lond., 1828, t. ii.
(67) Revue médicale, mai 1835, p.
(68) Scbrlft. t. Kenntn. d. mensch.
Weili., 2 Bel., p. 27.
(60) Tlufeland’s Journal, 57 R I., 5 st., p. 7 ; 42 Bd., 6 st., p, 46; 48 Bd., 4 st., p. 14.
44° MERCüRlAUX.
de Ravies (70) , de Siebold (71) , de Goach et Lcy (72) , de Goden (73) , de Velpeau (74) , de Forget (75) et de plusieurs autres (76). Un cas très-grave de péritonite, conséquence d’une opération de lithotomie , a été guéri par Delpech très - promptement avec la pommade mercurielle à la dose de 150’gramincs ( 5 onces) en vingt-deux heures et sans le moindre signe de salivation (77). Les mercuriaux ont réussi souvent aussi contre l’encéphalite avec ou sans le secours des saignées. Dans beaucoup de cas , ils ont été donnés seuls. Des exemples ont été publiés par les auteurs que je viens de citer et aussi par Hamiiton , par Goden, par Marcus , par Siebold , par Vogel (78) et par Lofller
(79). C'est surtout dans les cas où l’encéphalite, ou plutôt l’arachnoïdite, menace d’un hydrocéphale aigu , que les médecins anglais ont beaucoup vanté le calomel à très-haute dose (80). Par la même raison , ils le prescrivent contre la rachialgite aiguë et contre le delirium tremens «les ivrognes , que Lind considère comme une véritable arachnoïdile, avec tendance à l’épanchement séreux (81).
(70) Siebold, Journ. V. Geburtsîi., 5 Bd., 2 st., p. 598.
(71) Iiandb. z. Erk. u. Ile il . d. Frauenzimmerkr., 2 Iîd- , 5 Abt., p. 5G1.
(72) Frorieps, Notiz., 15 Bd., n. 21, p. 556.
(75) Hufeland’s Journ., 54 Bd., 5 st., p. 105.
(74) Omodei, Ann. de med. Octobr.
(7.5) Bulletin général de thérapeutique.
Juillet 1854.
(76) Lind, an Essay on Dict. inc. to Europ. — Hamiiton, Med. comment. 1783.
— Schmidtmann, Sunnna obs. Bcrol.,
(77) Revue médicale, juillet 1831, p. 53.
(78) Iiandb. d. p. Arzn., 4 Bd., p. 26.
(79) Diss. de febr. nat. infl. in nerv. trans. ïub., 1820.
(80) Dobson et Percival, Lond med.
comm., t. vi, p. 219. — Odier, Moselcy, Mier, Perkins, Warren, SammI. auserl.
Abb., etc., 7 Bd., p. 198; 9 Bd., p. 562; 10 Bd., p. 216; 11 Bd., p. 119; 15 Bd., p, 25. — Brown, Phys. med. Journ., nov.
1800, p. 820. — Quin, Ub. d. Gebirinv., j). 49. — II î ns, Ilufeland’s Journal, 17 tld., 1 si., p. 154. — Formey, llorn’s Arcli., 1SIO. 1 Bd , p. 219.
(81) De delirio trem., p. 83.
On a attaqué heureusement avec le mercure différentes espèces d’angine ; on en trouve plusieurs exemples dans les ouvrages de Saclise (82) , de Wedekind (83), de Lettsom (84), de Jonlislon (85). Le croup aussi a été combattu et guéri avec le mercure par Kiihn et Redmann (86) , par Bard (87) , par Maries (88) , par Malon (89) , par Thilenius (90), par Aulenrieth (91) , par Cartwright (92).
On a donné dans cette maladie le calomel à des doses démesurées, et on n’a observé que rarement la salivation. Dans la coqueluche et dans la toux convulsive , les mercuriaux ont toujours produit d’excellents effets. Marcus en démontra dernièrement les avantages , d’après sa propre expérience ; et nous-même nous avons eu plusieurs fois l’occasion de confirmer ce fait à notre clinique. Les péripneumonies et les pleurésies aiguës ont été traitées heureusement à l’aide des mercuriaux combinés avec quelques saignées. Les faits rapportés par Hamiiton (93) , par Hufeland (94) , par Reil (95), parMichaelis (96), par Mende (97), par Kraft (9S) , par Fischer (99) , par Goden (100) , par Millier (l), et par d’autres , ne laissent aucun doute à cet égard. On a fort souvent prescrit aussi
(82) Encykl. Wœrterb., 2 Bd., p. 493.
(83) De morb. prim. viar. curât.
Norimb., 1792, p. 74.
(84) Med. advert. f. th. Lond. gen.
dispens., 1773, p. 181.
(85) Treat. on the malign. angin.
Worc., 1779.
(86) Rambach , Diss. de usu merc. in morbo inf., p. 43.
(87) Richters Chir. bibl., 5 Bd., p.
(88) Hufeland’s Journ., 6 Bd., p. 616.
(89) Med. and pbvs. Journ. Juni 1801, p. 517.
(90) Med. chir. Bemerk., 1 Bd.,p. 51.
(91) Vcrsuch. f. d. pr. Ileilk., 1 IL, 1807; 2 IL, 1808.
(92) The med. record, of orig. Pap.
t. vin, n. 3.
(93) Transact. of the med. chir. soc.
of Edinb., 1826, t. ii.
(94) Journ., 10 Bd., 2st., p. 79.
(95) Memor. clin., i. ii, fasc. i, p. 95.
(96) nufcland’s Journ., 3 Bd., p. 185.
(97) Ouv. c., 31 Bd., 2 st., p. 106.
(98) Ouv. c.,35 Bd., 1 st., p. 102.
(99) Ouv. c., 51 Bd., 5 st., p. 50.
(100) Ouv. c., 55 Bd., 5 st., p. 78.
(t) Allg. med. Ann., 1811, p. 630.
mercduiauï. 44 1
les merenriau* contre les plilogoses externes. Trye (2) , Hull (3), Bohr (4) et Davies (5) les ont employas avec avantage dans la phlegmasie alba dolens.
D'autres s’en sont servis heureusement contre l’angio-leucitc aiguë, c’est-à-dire l’endurcissement du tissu cellulaire des nouveau-nds. De ce nombre sont: Meisner (G) , Golis(7), Ricliter (8), Ilcnkc(9), Weinhold (10), Barmann (11), etc.
Contre l’érysipèle, on a conseillé le lininient mercuriel qu’on applique sur la partie enflammée. Dean(l2)en rapporte deux exemples heureux. Il ne connaît pas de meilleur topique que l’onguent mercuriel pour combattre cette maladie. Fouquier (13), Ricord (14) et Marlay ont obtenu les mêmes résultats (l5). Serre et Miquel ont trouvé que le meilleur moyen pour combattre le panaris était de couvrir d’onguent mercuriel la partie aflectée : les effets en ont été vraiment surprenants (IG).
5 VI. Appréciation de l'action du remède. — Nous aurions pu établir l'action dynamique kyposthénisante des préparations mercurielles d’après les seules expériences sur les animaux. Les composés mercuriels les plus actifs , les plus corrosifs, nous ont servi à dévoiler une erreur grave généralement accréditée , savoir: quelesaltérations localesou mécanico-cliimiques ne sont pas la cause de la mort , et que ce résultat devait être attribué à l’action générale ou dynamique, essentiellement hypostkénisante. Nos
(2) An. Essay on lhe swell. of the loxver extrem. Lond., 4794.
(3) Ess. on phle g ni. Alb. Dolens.
(4) Siebold, Journ. f. Geburtsb, 7 st. , p. 423.
(3) Med. chir. transact., t. xir, P. n, p. 418.
(0) Kinderkr., 1 Bd., p. 252.
(7) Med. chir. Zeit., 4812, 4 Bd., n. 9, p. 458.
(8) Spec. tlieir., 2 Bd., p. 237.
(9) Kinderkr., 4 Bd., p. 204.
(10) Med. chir. Zeit., 1822, 1 Bd., p. 30.
(tl) Do Tolœcell. indurat. Berl., 4 825.
(12) 7 lie Amer. med. rccordcr. Phii., 1820, for july.
(13) Bulletin de thérapeutique, t. vi.
(14) Journal des connaissances rnédi- Co-chirurgicales, février 1850, p. 323.
(15) Kleinert, Bcpert. April 1854.
(JG) Bulletin thérapeutique. Octobre
expériences , si elles sont répétées et confirmées par les toxicologues , et si nos déductions sont exactes, comme nous l’espérons , conduisent à cette conséquence que les idées qu’on a généralement sur les poisons Acres et corrosifs sont complètement fausses et méritent une réforme entière, et l’on repoussera comme toul-à-fait meurtriers les préceptes consignés dans les livres pour guérir ces sortes d’empoisonnements. Une fois que le poison a été expulsé de l’estomac, on ne songera plus à amender la lésion chimique de ce viscère, laquelle on n’est que le résultat d’une irritation locale , simple , guérissable en peu de temps , ou bien elle consiste dans une véritable corrosion ou décomposition de tissu : et , dans ce cas , il n’y a pas de remèdes possibles ; mais on visera , au contraire, à porter secours à la constitution , à soutenir, à relever la vitalité prête à s’éteindre. Le toxicologue , en conséquence, qui, dorénavant, tracerait des règles thérapeutiques opposées aux faits que nous venons d’exposer , sans tenir aucun compte de ces mêmes faits ou sans démontrer que nous nous sommes trompé , ainsi que nous venons de le faire pour nos devanciers , serait , à nos yeux , coupable , et l’on pourrait le rendre responsable des conséquences malheureuses de l’application d’un pareil système. Les effets du mercure chez l’homme bien portant confirment les conclusions que nous avons tirées des expériences faites sur les animaux. Nous avons invoquéà dessein les faits recueillis par des observateurs impartiaux, qui n’ont agi avec aucune idée préconçue et ne savaient quel parti on pourrait en tirer un jour. Parmi ces faits , le plus remarquable, pour notre sujet, est l’absence absolue de fièvre durant la plus forte action mercurielle. Cette apyrexie , jointe à quelques autres phénomènes , et surtout à l’action opposée de l'opium et des autres stimulants, est pour nous la preuve irrécusable de l’action liyposthénisante des préparations mercurielles. Nous n’avons pas omis cependant , dans cette étude , l’appréciation rigoureuse de l’action mécanique du métal. Nous croyons avoir démontré que, par suite de celte action, il pouvait s ensuivre des irritations , des phlogoses locales , et même de la fièvre ; mais que ces eftelsne devaient point être confondus avec la véritable action dynamique des mercuriaux. Nous avons en même
MERClJlllAUX.
temps tenu compte de la maladie appelée mercurielle par quelques auteurs , et nous avons vu que les phénomènes qu’on lui attribue appartenaient moins à l'action du mercure qu’à des conditions dynamiques indépendantes de celte cause.
Nous n’avons fait qu’effleurer ce sujet ; mais nous croyons en avoir assez dit pour mettre le lecteur dans la voie de la vérité.
L’expérience clinique nous a aussi confirmé dans l’action hyposlhénisanle des mercuriaux. Nous venons de voir que les inflammations franches, aiguës ou chroniques avaient trouvé un remède puissant dans les préparations mercurielles , et que ce fait était affirmé par les médecins de tous les temps , de tous les pays. Nous n’avons pas cité , dans ce nombre , les partisans de la doctrine du contrestimulus , dans la crainte d’être accusé de système. Bien que , dans plusieurs des laits en question , les mercuriaux aient été employés conjointement avec les saignées , nous en avons cité néanmoins qui se rapportaient au seul emploi du mercure et dont les effets avaient été pareils , et cela à toutes les périodes de la maladie. D’autres faits étaient relatifs à l’action résolutive du mercure , et nous avons vu que ce remède avait parfaitement répondu à cette attente. Or il est facile de comprendre que cet effet n’est autre qu’un résultat de l’action hyposlhénisanle générale et locale du remède. A l’appui de cette thèse, nous trouvons d'autres maladies encore dans lesquelles l’administration des mercuriaux a été généralement trouvée utile : nous citerons , entre autres , la phthisie , la fièvre jaune , les maladies pestilentielles , les exanthèmes , l’hydrophobie , l’apoplexie, le tétanos, etc.
De l’avis de tous les praticiens, la méthode qui convient dans toutes ces maladies est l’anti-phlogistique. Les mercuriaux n’agissent pas autrement. L’hydropisie elle-même, les indurations , les obstructions viscérales , la scrofule, les dartres, la syphilis, elc., qui toutes ont trouvé dans le mercure un puissant remède , confirment la même manière de voir. L’action hyposlhénisanle du mercure se voit à chaque pas dans le traitement de ces maladies, surtout dans celles dont le siège est dans le système lymphatico-glandulaire , comme la scrofule. Nous reviendrons sur ce dernier sujet.
Faisons, en attendant, remarquer que l’action salutaire du mercure dans les
affections cutanées se rallache an même principe. On sait que les dermatoses affectent en général les follicules cutanés, qu’elles sont très-opiniâtres, très-difficiles à vaincre si les remèdes ne pénètrent et ne séjournent pendant quelque temps dans le tissu de la peau pour faire sentir leur action particulière. Quant aux indurations et aux obstructions , on sait qu’elles se rattachent à la phlogose chronique et qu’elles ne se rencontrent que dans les viscères de nature glanduleuse ou lymphatique. Ces phlogose* sont ordinairement chroniques , à cause précisément de la nature des tissus qu’elles envahissent. Le squirrhe , le sarcome, le carcinome, ne sont, au fond, que des affections glandulaires. Les tumeurs et les engorgements lymphatiques, les vaisseaux lymphatiques , enflammés, n’importe par quelle cause , ne ressentent l’action d’aucun remède aussi vivement que du mercure. La syphilis affecte d’abord les cryptes muqueux ; le. virus y est apporté immédiatement par le coït , ou par les lymphatiques : de là il pénètre dans les ganglions , et , après un temps plus ou moins long, dans tout l’organisme. La pathologie actuelle ne voit dans ces affections que des adénites, des lymphiles aiguës ou chroniques , avec ou sans un fond spécifique. Qu'exige-t-on de plus pour conclure que le mercure pénètre dans l’assimilation, et , en s’y modifiant, mo lifie à son tour particulièrement le système, lymphatico-glandulaire ?
Une forte objection se présente à cette manière d’envisager l’action du mercure: c’est la faculté fondante que tous le*' praticiens accordent à ce remède et sa propriété spécifique anli - syphilitique.
• — Nous sommes les premiers à reconnaître que le mercure est un excellent I fondant ; mais la fonle , la disparition i de certains amas de matière morbide,, de certaines collections de liquides, dépendent souvent de l’action hypostlicnisante du remède , ainsi que nous l’avons < déjà dit. Le mécanisme qui donne lieu à i cet effet dépend sans doute des vaisseaux , lymphatiques ou absorbants , qui exercent énergiquement leur fonction sur toutes les matières qui se trouvent à leur portée et les versent dans le torrent de la circulation pour être de nouveau assimilées, ou sécrétées parles voies naturelles. — L’absorplioii enfin devient, plus active sous l’influence des mercuriaux ; mais il est faux de dire que ces
MEKCüRIAUX.
remèdes stimulent , surexcitent les vaisseaux absorbants , ainsi qu’on le croit communément. La saine physiologie , au reste, n’admet dans les orifices , quels qu’ils soient, des vaisseaux absorbants, que deux sortes de mouvements ; l’un de contraction, l'autre de dilatation, ce qui fait qu’ils peuvent refuser ou admettre les substances qui se trouvent à leur portée. Or , ces espèces de suçoirs ou de pores doivent nécessairement se fermer lorsqu’ils se contractent, s'ouvrir au contraire lorsqu’ils tombent dans le relâchement. On comprend , par conséquent , que la stimulation de ces ouvertures doit s’opposer à l’absorption, puisqu’elle les resserre, et que la condition opposée doit favoriser la même fonction. Plus les vaisseaux lymphatiques sont vides , plus leur action absorbante est énergique. Aussi , après le sommeil, avant le repos, durant la faim, l’absorption est-elle à son maximum. Une fois que la substance est entrée dans le vaisseau , elle irrite la portion qu’elle remplit; celui-ci se contracte sur lui-même, diminue sa cavité, et la substance liquide qu’il renferme est obligée d’avancer et de passer des troncs lymphatiques dans les veines, où elle se mêle avec le sang Ce mouvement vcrmiculaire des lymphatiques, qu’on peut observer très-distinctement dans les vaisseaux lactés mésentériques des animaux vivants , est une véritable fonction, qui donne un produit d'autant plus abondant que les organes qui l’effectuent sont moins excités, moins stimulés.
La pathologie nous fournit une preuve plus évidente encore de ce que nous venons de dire. Dans les parties enflammées , l’absorption s’arrête: de là dépend précisément la staguation des humeurs et la tuméfaction. C’est que , dans les parties enflammées , les vaisseaux lymphatiques, ainsi que les autres tissus , se trouvent dans un état d'hypersthénie. Il n’y a pas de moyen plus énergique pour empêcher l’absorption dans une partie blessée , mordue , que l’inllammation artificielle à l’aide du feu ou des irritants. Les frictions qu'on emploie pour faire absorber certaines substances par le système cutané ont pour but de faire que la substance traverse plus facilement l’épiderme ; si elles rougissaient la peau , l’effet en serait empêché. L’hyperslhénie ou excitation, loin «l’aider l’absorption , s’oppose à cette fonction. L’hyposlhénie , au contraire,
produit l’effet opposé: il suffit, poulie prouver, de rappeler que, à l’approche de la mort , cl même après la mort , les tumeurs diminuent de volume ou disparaissent tout-à-fait ; il en est de même des épanchements , des congestions, des rongeurs , des taches , etc. La thérapeutique , enfin , vient elle-même à l'appui de cette vérité. Lorsqu’on veut aider l’absorption , on ne doit pas avoir recours à l’alcool , ni aux autres hypersthénisants , mais bien aux bains tièdes , aux cataplasmes émollients , aux applications vinaigrées , au nitre , à la scille , à la digitale et aux autres moyens réfrigérants. Y a-t-il un moyen plus propre à aider l’absorption que la saignée ? Or , ce moyen est certainement hyposthénisanl. Que si on voulait faire valoir le prétendu antagonisme entre les vaisseaux absorbants et les vaisseaux sanguins , nous répondrions que tout le système vasculaire (artères, veines et vaisseaux lymphatiques) est sous l’influence d’une même force, que l’antagonisme vital est une chimère , et qu’il n’y a d’antagonisme que dans les effets et dans la direction des mouvements , lesquels reconnaissent pourtant une force de contraction tout-à-fait identique ; nous répondrons en outre que les mercuriaux , qui aident, sans contredit, l’absorption, agissent à la manière des émollients, du nitre , de la digitale , de la saignée ; ce qui prouve précisément que leur action est hyposthénisante lymphatico-glandulaire. C’est à cette propriété qu’on doit attribuer la résolution et la guérison qu’elles opèrent de certaines hydropisies , etc.
L’autre objection qu’on pourra nous faire est basée sur l’action anti-syphilitique, présumée spécifique, du mercure, action admise et soutenue par plusieurs auteui s. Nous pourrions, à la vérité, nous contenter de nier celte prétendue spécificité, en nous appuyant sur l’autorité d’un grand nombre d’auteurs qui la combattent. Des médecins qui traitent avec succès la syphilis sans mercure , par les moyens les plus simples , ne manquent pas. Des centaines de vérolés ont été traités dans des hôpitaux sans un seul atome de mercure et avec des résultats , dit-on, plus satisfaisants qu'avec ce métal, c’est-à-dire avec moins de récidives. Quant à nous , au reste , il nous est indifférent d’admettre ou de rejeter cette action spécifique du mercure contre la syphilis. Ayant établi un fond spécifique
MERCÜMAÜX.
dans la syphilis , nous n’avons aucune répugnance à supposer , si l’on veut , une action spécifique, mystérieuse, dans quelques remèdes. Bien certainement , si cette action devait être admise , c’est au mercure qu’il faudrait plus spécialement l’accorder , attendu que son efficacité est , sans contredit , supérieure à celle de tous les autres remèdes vantés contre la syphilis. Cette action spécifique cependant, si elle existait , ne serait pas de la nature des actions dynamiques ; elle serait tout simplement de nature chimique, et viserait à neutraliser l’action syphilitique : ainsi , chaque molécule de mercure irait neutraliser chaque molécule vérolique. On oublierait par là une autre action bien plus importante encore , celle que le mercure exerce sur la vitalité de l’organisme , indépendamment du principe syphilitique, c’est-àdire l’action dynamique hyposthénisante.
Une fois le virus syphilitique pénétré dans l’économie , il peut rester latent sans que l’individu éprouve aucun symptôme. La maladie pourtant existe dès ce moment, un agent mécanique ou spécifique étant introduit dans la lymphe ou dans le sang ou entre les molécules des organes. L'individu ne s’aperçoit de sa maladie que lorsqu’une urétrite se déclare avec douleur, chaleuret écoulement muqueux , avec phymosis ou paraphymosis ; ou que des ulcérations se manifestent , suivies d’adénites (bubons) , de périostites, d’ophthalmiles , de coryza, de laryngites , de pneumonites , de dermatoses, etc. Ces symptômes représentent la partie dynamique de l’affection, c’està-dire l’effet de la réaction vitale de la fibre organique. Ces symptômes, une fois déclarés, peuvent exister d’eux-mêmes , sans que le principe vénérien qui les a engendrés ait ou non disparu de l’économie. C’est comme une phlogose survenue à la suite d’une piqûre d’épine; la phlogose persiste , parcourt ses périodes indépendamment de la cause mécanique. La syphilis est donc une affection composée d’un élément spécifique et d’un élément dynamique : le premier est la cause, le second l’effet. Les lésions organiques qui surviennent, les dangers qui persistent et menacent l’existence , dépendent tous de l’état dynamique.
Aussi le traitement doit visera combattre la condition dynamique: quelle que soit la forme de la maladie : urétrite, bubon, ophlhaimic , etc. , il faut toujours débuter par lesanti-phlogistiques. L’unique
différence consiste en ce que , si l’état dynamique est seul combattu , le principe syphilitique restant reproduit les mêmes symptômes quelque temps après.
L’expérience cependant démontre que , quelle que soit la forme de la syphilis , le simple traitement anti-phlogistique suffit généralement pour la guérir d’une manière durable. Pour attaquer cette vérité , il faudrait déclarer fausses les nombreuses guérisons obtenues sans mercure par les anciens , avant que ce métal n’eût été employé contre la syphilis. Parmi les auteurs anciens qui guérissaient la syphilis sans mercure , nous citerons Montésaurus et Scellig (1497) , Aquilanus ( 1 498) , Torella (1500) , Fallope (1564) (6). Il en existe un grand nombre d’autres qui ont persisté dans l’ancien système même après que le mercure avait déjà été proclamé le remède par excellence. U faudrait, en outre, nier les heureux succès obtenus par Tommasini et par ses élèves au moyen de la saignée et des remèdes contre-stimulants les plus simples. Rose, Chalam, Slruve , Lead , Murray, Evans, Brown, Dease , Arthur, Gordon , Gulhrie(7), Jourdan (8), Richond, Bobillier (9) et d’autres comptent également des succès sans nombre au moyen des saignées , de la diète , etc. R faudrait aussi ne tenir aucun compte des conclusions de Thompson et Hill (10) et de Harris (1 1), basées sur des faits sans nombre consignés dans les tableaux statistiques comparatifs des vénériens traités , dans plusieurs hôpitaux , soit avec le mercure, soit avec les seuls anti-phlogisliques. Il résulte évidemment de ces tableaux la supériorité de cette dernière méthode sur la première. Il faudrait enfin expliquer pourquoi , sur onze cent quarante-deux vénériens traités avec les mereuriaux , soixante éprouvèrent des symptômes con-
(G) De morbo gallico, cap. ixxvi.
(7) Remarques sur le traitement de la maladie vénérienne sans mercure. Jour n.
corapl. du Dict. des sciences méd., août 1825, cahier 80.
(8) Traité complet de la mal. vénér.
Paris, 1826.
(9) Journal compl. cité. Juillet 182G, p. 77.
(10) Becker, Sur le traitement de la syphilis sans mercure. 1820.
’(ll) North. Amène, nted. a surgical Journ. 1820, vol. 1.
mercürïaux.'
sécutifs, tandis que , sur neuf cent quaraute guéris par Richemond à l’aide des seuls anli-phlogistiques , vingt -quatre seulement présentèrent des symptômes consécutifs (12)? pourquoi les médecins de l’armée anglaise en Portugal et dans la Grande-Bretagne, d’après les rapports de Mac Gregor et Franklin , sur neuf mille neuf cent quarante-deux malades traités sans mercure avec les anti-phlogistiques, quatre-vingt-seize seulement éprouvèrent des symptômes consécutifs et furent guéris pareillement par les moyens hyposthénisants en vingt-cinq et quarante-cinq jours (13)? pourquoi le conseil sanitaire de Stockholm n’eut-il que huit pour cent des malades traités sans mercure qui présentèrent des récidives , et quatorze pour cent de ceux traités avec ce métal (14) P et pourquoi enfin les mêmes résultats ont été obtenus par Fricke (15), et à l’hôpital de Bordeaux (16), etc.
Ces faits sont trop importants , trop nombreux et trop authentiques pour ne pas mériter l’attention des praticiens. Ils conduisent à cette conclusion que la syphilis peut très-bien guérir à l’aide d’un traitement anti-phlogistique simple , et que, en conséquence, ou il n’existe aucun principe spécifique vénérien , ou qu’il s’épuise et disparaît par le traitement anti-phlogistique. Cependant les arguments avancés par quelques écrivains pour nier l’existence du virus syphilitique ne prouvent rien et ne sauraient nous faire abandonner l’idée que le principe syphilitique spécifique est une "réalité qu’on peut cependant anéantir à l’aide d’un traitement anti-phlogistique.
De quelle manière cela a lieu , la chose n’est pas facile à s’expliquer ; il est de fait néanmoins que l’organisme ne sait se débarrasser de l’élément étranger qu’en le chassant par la voie des excrétions ou en le neutralisant par l’assimilation. La dernière hypothèse est la plus probable. Il en est de même des autres principes contagieux , qui finissent par
(12) Do la non-cxistenco du virus vénérien prouvée par le raisonnement, l’observation et l’expérience.
(13; Journal général do rnédcc. , août
14) Revue médicale, avril 1827.
15) Journ. f. cbir. u.Augorh. v.Graefe u. Walther, t. i, p. 87.
(16) Journ, Ilybdom., 7 juin 1834.
être assimilés et par disparaître. Un traitement approprié peut faciliter ou bâter cette terminaison. La nature des tissus que la syphilis affecte primitivement, savoir : les vaisseaux lymphatiques et les ganglions , donne la raison de la lenteur de son travail d’assimilation et de la nécessité de l’intervention de l’art pour l’accomplir. Les autres contagions aiguës s’assimilent promptement , et n’ont pas besoin , par cela même , des secours de l’art , la force organique suffisant le plus souvent. — La phlogose dépendant du virus syphilitique , et qui a pour siège les vaisseaux lymphatiques et les ganglions superficiels ou souscutanés, qui le reçoivent primitivement, empêche ces mêmes organes de se l'assimiler et , par conséquent , de l’anéantir.
Le virus demeure, en conséquence, dans ces parties en conservant ses qualités délétères , et , lorsqu’il passe dans le sang , il a encore assez d’énergie pour produire des symptômes secondaires.
Tout ce qui modère et arrête la phlogose que le virus a engendrée rend aux lymphatiques et aux ganglions leur énergie d’action , et , par conséquent , les rend aptes à exercer leur action assimilante sur le virus et, par conséquent, à le détruire. On comprend par là pourquoi la saignée parvient à combattre la syphilis , soit dans son effet dynamique , soit dans son effet spécifique, et comment la faim , l’abstinence , les remèdes hyposthénisants vnsculo-sanguins , qui ont une grande efficacité sur les lymphatiques, produisent le même résultat ; comment enfin le mercure , par sa propriété hyposthénisante lymphalico- glandulaire , est l’anti-syphilitique par excellence.
D’après ces données , nous croyons pouvoir conclure que les mercuriaux conviennent spécialement dans le traitement de la syphilis, non comme spécifique, mais comme remède essentiellement hyposlhénisant lymphatico-glandulaire.
Ne pouvant pas reconnaître dans le mercure une action spécifique , dans le sens généralement admis, nous nous trouvons en dissidence avec les auteurs, mais sous le point de vue théorique seulement ; car nous avons , comme eux , recommandé ce métal contre la syphilis.
Nos adversaires s’appuient sur beaucoup de faits pour soutenir leur idée. Nous ne nions pas les faits , nous croyons seulement qu’on a attribué à tort au mercure des effets qui ne lui appartiennent nullement. On a confondu l’action dy-
MERCURIAUX.
namique avec l'action mccanico-chimiquc : de là des traitements incomplets, des guérisons imparfaites. Le médecin qui croit fermement à l’action unique , spécifique, du mercure croit avoir tout fait en mercurialisanl son malade , et il n’a qu’une seule règle pour tous les sujets. La syphilis cependant produit des effets dynamiques différents , selon sa nature, la durée de son action , l’état constitutionnel de l'individu , les circonstances particulières du climat , du lieu , de la saison , etc. Dieu que ces effets puissent presque toujours être combattus à l’aide des mercuriaux, cependant ils ne cèdent pas toujours à la même dose ni à l’usage exclusif de ces moyens. Il est rare , d’après nous, que, dans le traitement de la syphilis , il n’y ait pas avantage à associer les saignées aux mercuriaux , et cela , non-seulement lorsque les inflammations syphilitiques sont très-prononcées , mais encore lorsqu’elles sont profondes et obscures, ou qu’il y a pléthore. La seule action du mercure n’est pas , dans ces cas , assez énergique pour les subjuguer, à moins d’administrer les préparations les plus actives de ce métal à des doses très-élevées , ce qui ne peut se faire sans danger. La saignée répétée corrige aussi et prévient les effets mécaniques des mercuriaux et permet d’employer ces derniers pendant un temps assez long, ün associe encore aux mercuriaux les hyposthénisants vasculaires avec avantage. On doit surtout recourir à cette association dans certains cas de syphilis très-opiniàlre. Il arrive quelquefois que l'individu se trouve peu à peu saturé de mercure; ce métal , s’il n’est pas assimilé , se revivifie et peut se cantonner dans différentes parties du corps et y déterminer des irritations mécaniques. Si la syphilis n’est pas domptée, elle n’éprouve plus alors aucune modification avantageuse du traitement ; car l’irritation en paralyse les effets , ajoute parfois aux souffrances , et la maladie empire. On dira peut-être que , dans ce cas , on a ajouté l’affection mercurielle à la maladie syphilitique ; mais il n’en est rien au fond. L’indication , dans ce cas , est de déloger le mercure , le faire rentrer en circulation et sortir par les émonctoires de l’économie. Pour cela , l’art ne possède d’autres remèdes que les hyposthénisants vasculaires. C’est à ces principes naturels qu’on doit rattacher les prétendus miracles opérés , en pareil cas , par la salsepareille, le gayac, les
préparations sulfureuses , qu’on pourrait même obtenir (comme nous l'avons fait), du sulfate de quinine. Bien certainement on n obtiendrait jamais de ces remèdes les bienfaits qu’on en retire , si on n’administrait auparavant le mercure, quoique saris avantage apparent. Ces remèdes , outre qu ils agissent favorablement contre la syphilis, ajoutent une telle force au mercure , que ce métal déploie alors une grande énergie salutaire. Dans les mêmes circonstances et par les mêmes raisons, les bains produisent d’excellents effets.
Les considérations et les faits que nous venons d’exposer, relativement à l’emploi des mercuriaux contre la syphilis , mettent déjà dans la voie de l’usage de ces mêmes remèdes contre d’autres maladies , en prenant toujours pour guide leur action hyposthénisante iymphatico- glandulaire. Sans les préférer aux saignées et à d’autres remèdes hyposthénisants reconnus efficaces contre les inflammations franches , le médecin pourra avoir grande confiance dans l’usage des mercuriaux contre toutes les maladies qui affectent préférablement les vaisseaux lymphatiques et les glandes , soit conglobées , soit conglomérées. Les inflammations de ces organes ne sont pas bien rares, quoique, dans les nosologies, elles se trouvent désignées par des noms équivoques. Elles méritent l’attention sous le triple rapport de leur gravité , de leur résistance opiniâtre à l’action des remèdes et des lésions matérielles qu’elles laissent après elles , lésions qui s'opèrent en quelque sorte clandestinement. Chaque espèce de lymphangioïle ou angéïoleucitc , soit générale , comme, dans l’endurcissement cellulaire des nouveau-nés, soit partielle, comme dans la phlegmasie alba dolens, dans les ganglionites , dans les tumeurs lymphatiques ou froides, dans les infiltrations dites laiteuses , dont l’origine est généralement lymphatique, trouve dans les mercuriaux le plus puissant secours curatif. Les tumeurs scrofuleuses, tuberculeuses, squirrheuses, sont, en général, heureusement influencées par ccs remèdes , si toutefois leur dégénérescence n'est pas très-avancée. Dans le principe , en effet . toutes cos maladies ne sont que des inflammations ganglionaires ou des vaisseaux i lymphatiques. Ce caractère phlogislique est conservé même lorsque la glande est dégénérée, indurée, etc. Les mercuriaux sont heureusement employés contre l’hy-
MERCORIAUX.
perlrophie des glandes mésentériques.
Le tabes mcsenterica , la splénite, 1 hépatite chronique accompagnée d’hypertrophie , les phlogoses aiguës de ces viscères sont également combattues par les mercuriaux combinés avec les saij guées. Toutes les inflammations dcsglani des conglomérées : l’orchite , la parotite, la pancréatite , notamment si elles sont i chroniques, ainsi que cela a lieu le plus i souvent, à cause de la structure particui lière des parties, cèdent fort bien à l’action du mercure. Les adéno-dennites, qui s’offrent sous des formes herpétiques ou i dartreuses , sont aussi traitées heureusement à l’aide des mêmes remèdes. On en retire aussi d’excellents résultats dans un grand nombre d’autres affections , dont le fond est une phlogose lente des cryptes et follicules muqueux. De ce nombre sont les métrites chroniques, accompagnées de leucorrhée et de symptômes hystériques. Leur véritable condition pathologique est une phlogose chron ique des cryptes utérins; c’est pour cela même qu’on les a nommées adénométrites. De ce nombre sont aussi le croup (adéno-laryngite membraneuse aiguë), la coqueluche ou toux convulsive (adéno -trachéite) , le catarrhe chronique ( adénobronchite chronique) , la grippe (adénotrachéo-œsophagite aiguë), la phthisie scrofuleuse et tuberculeuse, la fièvre dite muqueuse, la dothynentérite de Bretonneau (adéno-gastro-entérite aiguë), la dyspepsie, le vomissement chronique , l’hypochondriase (adéno-gastrite chronique), la diarrhée chronique (adéno-colite lente), l’helminthiase, la fièvre vermineuse (adéno-entérile vermifère). Lediagnostic de toutes ces maladies des muqueuses thoracique et abdominale , outre qu’il résulte des symptômes propres à chacune d’elles , est encore confirmé par leur marche chronique et par leur tendance à l’induration. Les nécropsies démontrent d’ailleurs constamment , dans ces cas , des altérations plus ou moins profondes des cryptes. L’état de la langue s’accorde aussi avec ce diagnostic , car elle offre constamment une couleur jaune-blanchâtre, sa surface est rude , lanugineuse du villeuse. Si l'affection folliculaire est aiguë, la villosité est associée à une rougeur générale de la langue , ou de ses bords , ou de quelques points seulement (langue pointillée). Dans tous ces cas , leseffets des hy posthénisanls lymphaticoglandulaires, et notamment du mercure, sont merveilleux ; sans eux, la transition
à l’induration, à la callosité, au squirrhe, est presque inévitable , notamment sur les plis de la muqueuse , où les cryptes se trouvent en plus grand nombre et plus rapprochés , comme au pylore , par exemple. Le mercure est utile dans l’helminthiase , non-seulement comme hyposlhénisant , mais encore comme anthelmintiquc. Son principal effet cependant sur la maladie tient à 1 action dynamique; en enlevant les vers, on n’aurait détruit qu’un effet de la maladie elle-même ; la condition morbide qui les engendre existe dans la mucosité intestinale viciée , et ne saurait être enlevée qu'autant que les cryptes auront été ramenés à leur état normal; ceux-ci sont phlogosés , sécrètent un mucus vicié. Le mercure , en hyposthénisant ces parties , améliore les sécrétions et enlève par là la source de la vermination.
§ VIT. Action mécanique. — Nous avons déjà exposé les effets mécaniques des mercuriaux. Il est maintenant utile d’y revenir. Par son poids , le mercure coulant a été trouvé utile pour dégager du canal intestinal quelques obstacles au passage des fèces. Il a été recommandé contre la constipation opiniâtre , contre les hernies étranglées et le volvulus. Le praticien ne doit pas cependant oublier le danger que le malade peut encourir par une forte dose de mercure coulant , lorsqu’elle ne réussit pas à franchir l’obstacle. L’individu aurait introduit dans son estomac et ses intestins un formidable ennemi. Si cependant un diagnostic certain avait pu autoriser cette pratique, il doit se rappeler qu’il ne faut rien moins que 90 grammes (3 onces) en une seule fois pour atteindre le but. Des doses moindres seraient sans nul effet sur la maladie et pourtant toujours assez fortes pour nuire. Il est d’observation que les fortes doses sortent plus promptement par l’anus , si elles ont franchi l’obstacle , que les petites. 11 est des praticiens qui en ont fait avaler jusqu’à une demi-livre en une fois. — La propriété chimique, caustique ou corrosive de quelques préparations mercurielles , telles que les deutoxides , le deutoclilorurc et l’azotate , a élé exploitée avec avantage contre les ulcères syphilitiques , les plaies calleuses ou de mauvaise nature , le carcinome. Ces affections prennent , par l’application des sels mercuriels, une meilleure apparence. Les chancres syphilitiques sont souvent
MERCU1UAUX.
guéris à l’aide des mêmes topiques , et la syphilis s’arrête dès le début.
Nous ne croyons pas que cela ail lieu uniquement par l’action phlogosante du caustique , laquelle s’oppose à l’absorption , et moins encore par sa propriété neutralisante sur le virus. Notre opinion sur ce sujet est que. la portion absorbée delà préparation mercurielle agit comme hyposthénisante lymphatico- glandulaire dans la région malade , et , si le virus n’a pas encore franchi celte région , il est assimilé et détruit. On prévient ainsi l’infection générale. Nous ne pouvons non plus attribuer à l’action irritante du médicament la meilleure apparence que les plaies acquièrent sous son influence , puisque nous voyons que les véritables hypersthénisants , tels que la pondre de cannelle , l’esprit de vin , etc, , les font empirer, les rendent baveuses et sordides. L’action dynamique des parcelles absorbées améliore la condition de la fibre enflammée , au lieu d’augmenter l’inflammation, ainsi qu’on le croit. Cela est si vrai que , en continuant l’application mercurielle , la plaie finit par se cicatriser , ce qui n’aurait pas lieu si , par son action , elle augmentait l’irritation. Nous avons déjà dit que les mercuriaux jouissaient d’une vertu anthelmintique.
Les vers intestinaux ne sont pas les seuls qui peuvent être tués par ce moyen ; tous les autres parasites ressentent la même influence et peuvent être tués surtout à l'aide de la pommade mercurielle ou la solution de sublimé. On guérit de la sorte des poux et des morpions , en ayant toutefois la précaution de mettre , autant que possible , l’organisme à l’abri de l’action directe du remède.
§ VIII. Mode d' administration, préparations , etc. — -En médecine , on emploie le mercure à l’extérieur et à l’intérieur.— On donne souvent la préférence à la voie endermique pour ne pas embarrasser le canal alimentaire. Pour le faire pénétrer dans l'organisme par la peau, on a recours à plusieurs procédés,
1° Les vapeurs mercurielles. On les obtient en faisant chauffer 4 grammes (1 gros) de soufré et autant de cinabre , qu’on recueille dans une grande caisse , où l’on fait entrer le malade tout nu. 11 y reste plus ou moins long-temps, selon la tolérance de son organisme. Il est transporté ensuite dans son lit , où l’on doit entretenir la transpiration. On répète les fumigations tous les deux jours ou tous les jours, jusqu’à guérison. Le
mercure coulant pourrait êlre employé pareillement en le faisant échauffer jusqu’à l’évaporation. Cette manière d’administrer le mercure mériterait d’être adoptée.
(JMole d. trad.) [Comme on ne saurait évaluer, au moyen des fumigations, la quantité de mercure qui pénètre dans l’organisme, et que les vapeurs mercurielles , en irritant la peau, déterminent souvent des éruptions , le procédé en question n’est que rarement mis en usage, La méthode don ton se sert actuellement de préférence en Allemagne, et que M. Desruelles a introduite en France , est celle de Werneck On purge d’abord le malade ; on lui fait boire beaucoup de tisane sudorifique i on lui fait prendre , pendant huit jours , un bain tiède tous les jours et suivre une diète rigoureuse. Pendant ce temps , il doit garder la chambre , dont la température est à 1 G degrés (centigr.). Le malade , ainsi préparé, est recouvert d’un grand manteau en toile cirée , de la forme d’une cloche et serré exactement autour du cou. 11 s’assied sur un tabouret dont le fond communique avec un tuyau d’un appareil fumigatoire , contenant du sulfure rouge de mercure.]
2° Les bains mercuriels. On fait dissoudre de 8 à 30 grammes (2 gros à 1 once) de deutochlorure de mercure par bain , à la température de 22, 28 degrés R. On y fait rester le malade d’une demi-heure à une heure. Wedekind , qui a proposé ces bains , observa que le pouls devenait mou , faible , lent, et les ongles livides, sous leur influence , et que les douleurs rhumatismales ostéocopes s’apaisaient.
11 vante ces bains contre la gale , les dartres , la scrofule et la syphilis. Leur effet sur le pouls nous dévoile son action dynamique , notamment sur le système vasculaire , et doit nous tenir en garde afin de faire sortir le malade du bain aussitôt que le pouls se ralentit de plusieurs pulsations , une hyposthénie mortelle pouvant êlre la conséquence d’un séjour trop prolongé. Aussi ne doit-on prescrire 1 es ba ins mercuriels qu’avec la plus grande réserve. M. Lugol s’en sert, à l’hôpital Saint-Louis , contre certaines maladies chroniques de la peau, qu’on présume de nature syphilitique. Quelques praticiens recommandent les pédiluves mercuriels contre la vérole; Ccutone(lG)
(16) Omodei , Ann. univ, di uied.
no y. et dec. 1820, p. 061.
MERCURIAUX.
et Tambone (17) en ont fait usage avec succès. H va sans dire que la dose de la préparation mercurielle doit être proportionnée à celle de l’eau qu’on emploie pour chaque bain de pieds.
3° La méthode des frictions mercurielles est regardée aujourd’hui comme la plus rationnelle : aussi est- elle généralement adoptée. On pratique les frictions près des endroits qui présentent un grand nombre de ganglions lymphatiques, comme au creux de l’aisselle et à la région inguinale. On doit changer chaque jour la place de la friction , et l’on revient ensuite aux premiers endroits. Les frictions sont faites par le malade lui-même , afin que rien ne se perde de chaque dose ; et , s’il n’est pas en état de se frictionner, on en chargera un infirmier, qui aura la précaution de garnir sa main d'un gant ou d’une vessie. Pour que le mercure pénètre, il faut au moins frictionner légèrement pendant une demi-heure ou davantage. On aura la précaution de laver préalablement avec de l’eau de savon la partie et de sc tenir constamment dans une température plutôt élevée. — L’onguent mercuriel, dit napolitainougris, esteelui qu’on emploie communément. Il se prépare par la trituration d’une partie du métal et deux ou trois parties de graisse. La trituration doit être continuée jusqu’à ce qu’on ne découvre à la loupe aucun globule métallique , en frottant un peu de la pommade sur un papier. Hcrnandes aidait l’opération en faisant liquéfier la graisse par la chaleur. Chevallier, avant d’éteindre le mercure par la trituration , le secoue dans une bouteille avec de la graisse liquéfiée. On appelle onguent mercuriel double celui qui résulte de parties égales de graisse et de mercure. Il est au tiers , au quart ou simple, quand il ne contient qu’une partie de métal sur une , deux ou trois parties de graisse. La pommade citrine se compose d’une partie de mercure, deux parties d’acide azotique étendu , et douze parties d’axonge.
t L’onguent mercuriel de Cirillo résulte d une partie de deutochlorure de mercure et de huit parties d’axonge, avec un peu de sel ammoniac. On le prescrit en frictions à la plante des pieds , à la dose de 4 grammes (I gros) pendant trois jours. Le quatrième jour, le malade
(17) Omodei, cit., inarto 1830, p. 571. Giacomini.
prend un bain général; le cinquième, la dose est augmentée, et ainsi de suite, jusqu’à guérison. On porte parfois la dose jusqu’à 8 grammes (2 gros). Il n’y a pas de raison pour qu’on ne pratique ces frictions sur d’autres régions plus abondamment pourvues de ganglions cl plus capables , par conséquent , d’absorption. Il faut pourtant faire remarquer que l’inventeur de cette méthode a vu survenir des accidents par ces frictions , lorsqu’on les pratiquait sur des malades émaciés , épuisés par la fièvre hectique ou par le dévoiement col liquatif . — Ordinairement , on prépare le malade aux frictions mercurielles avec un ou plusieurs bains généraux tièdes, dans le but de disposer la peau à l’absorption. On alterne aussi ce traitement avec les bains; cela prévient la salivation et empêche en partie les efl’ets mécaniques du mercure. Il faut aussi choisir, s’il est possible, pour pratiquer ces frictions, le matin en se réveillant ou bien un peu avant le repas. Ce temps est le plus favorable à l’absorption. Pendant le traitement, il faudra avoir tout le soin possible de ne pas s’exposer aux changements brusques de la température. Les saisons les plus favorables pour le traitement mercuriel sont le printemps et l’automne. Il va sans dire que , pendant l’administration du remède , il faut suivre un régime hygiénique léger, se passer de vin, d'aliments épicés , de végétaux flatueux , etc. Nous ne comprenons pas la raison pour laquelle on défend généralement les substances acides.
Il n’est pas aisé de fixer la dose de chaque friction ; elle doit varier selon le degré du mal , la qualité de l’onguent , le but qu’on se propose , l’âge du malade et plusieurs autres circonstances. Au reste , on pourrait l’établir approximativement entre 2 et 40 grammes par jour (demi gros à une once et demie). On est parvenu à en prescrire jusqu’à 1 50 et 240 grammes (5 à 8 onces) par jour. Si on a l’intention de provoquer la salivation il faut en prescrire 4, 8 et même 12 gram! (1 à 4 gros) par jour, et d’une manière continue; mais on a abandonné avec raison celle méthode. Si l’on suit le système dit par extinction, la dose doit être moindre; les frictions ne se répètent que tous les deux ou trois jours, el l’on administre des bains entre une friction et une autre ; l’on administre aussi des purgatifs- La méthode dite héroïque , et que les Français appellent mercurialisation ,
t-‘0 MEncniUAUX.
consiste dans l’application d’une grande quantité d’on gùeni (plusieurs onc.), d’une manière continue pendant quelques heures, jusqu'à disparition des phénomènes morbides. L’action dynamique est si dominante dans cette méthode, que l’action mécanique ou irritante devient nulle, et le malade n’épr'ouvc pas la moindre salivation. Delpech , Yclpea'u, Mératct Delens avouent que, dans ce cas, les mer- CUri.iüS agissent anti-phlogisliqucment Cl abaissent la vitalité, comme les abondantes Saignées pourraient le faire (18). C’est une nouvelle preuve en faveur des idées que nous avons émises.
Il n’est pas non plus facile de préciser la quantité absolue d’onguent et le nombre de jours qu’on doit employer dans le traitement. Il n’y a rien de plus absurde que de contraindre les malades à des dosés hxeé.s d’avance , lesquelles pourraient être excessives pour les uns , insuffisantes pour lès autres. — Les plus petits accidents possibles , après le traitement , méritent l’attention du chirurgien; savoir : Va salivation, lu stomacace, l'inflammation des glandes salivaires, l’érythème , etc. On peut les arrêter en diminuant la dose de l’onguent , ainsi qu'c nous l’avons dit , ou bien à l’aide de la saignée ou d’autres remèdes hyposlhénisants , ou bien enfin en substituant une autre préparation mercurielle plus active par bouche , aussitôt que le goût métallique se fait sentir ou que le malade éprouve une sensation entre les dents , comme si elles étaient devenues plus longues. Il n’en est pas de même des effets dynamiques , qui pourraient devenir formidables. Lorsque le traitement mercuriel est pousse avec énergie et pendant long-temps, il exige beaucoup d'attention de la part du médecin ; celuici doit surtout prendre garde au sentiment de froid que les malades accusent, avec le pouls petit et intermittent, et aux menaces de syncope, lorsqu’il administre intérieurement dés préparations mercurielles trèséiiergiquës. Ces symptômes sont tous des aVant-coureurs d’une mort foudroyante , si on n’arrête immédiatement l’usage du remède. Il faut se bêler, dansée cas, d'administrer au malade une dose de vin ou quelques gouttes d’éther, un bon bouillon ou d’autres hypersthénisanls analogues.
4uUne manière assez commode et fort
(18) Dictionnaire universel do mat.
mèd., t. iy, p. 392, 593.
simple d’appliqner l’onguent mercuriel est celle de Scalligna. Elle consiste à étaler tout simplement l'onguent autour des articulations très-pourvues de ganglions et de poils , et conséquemment très-aptes à l'absorption ; telles sont les aisselles cl les aines (l 9).
5° L’application à l'extérieur du mercure s’effectue aussi au moyen des emplâtres et des cataplasmes. Mais cette méthode est rarement suivie. On obtient l’emplâtre avec 90 grammes (3 onces) de mercure métallique , CO grammes (2 onces) de térébenthine, 180 grammes (G onces) de styrax liquide pur, et 8 grammes (2 gros) d'huile de lavande.
On éteint le mercure en le triturant dans un mortier de marbre avec ces trois substances. Pour l’appliquer sur la partie malade , on l’étend sur un morceau de peau ou de toile, qu’on renouvelle selon les circonstances. Son action est trèslégère. Chez nous les chirurgiens se servent souvent de l’emplâtre de ranis avec le mercure (stéarate de mercure).
Il esl formé de 500 grammes (1 livre) d’emplâtre de diachylon simple, liquéfié k une douce chaleur , et de 90 grammes (3 onces) d’onguent mercuriel double.
G0 La liqueur mercurielle qu’on applique sur les ulcères de mauvais caractère s’obtient avec 90 grammes (3 onces) de mercure et autant d’acide azotique.
On ajoute à la solution 1 kilogramme (2 livres) d'eau de rose et de plantain et une quantité suffisante de loch. Plusieurs préfèrent aujourd’hui une solution de deutochlorure de mercure , plus ou moins active , selon la sensibilité de la partie sur laquelle on veut l’appliquer. Ou commence la dose par 6 centigrammes ( 1 grain) de sublimé corrosif dans 120 ou 180 grammes (4 à G onces) d’eau, et l’on arrive graduellement jusqu’à 10 ou 15 centigrammes (2 à 3 grains) par 30 grammes (1 once) d’eau. — Cette solution pourrait donner de grands résultats si on voulait l’appliquer par lotions répétées sur une grande surface.
La syphilis a été traitée avec succès à l’aide de ces lotions , et nous avons guéri une teigne faveuse par leur moyen; mais elles sont rarement employées comme remède général. Plusieurs personnes cependant s’en servent contre les maladies culauces. Mathiole et Ferry les prescri-
(19) Nuovo mclodo d’am. l'ung. mer.
mimai. sifii. Napoli, 1818,
ME R CURIAUX.
valent contre les dartres. Les doses de deutocldorure dont se servaient ces médecins étaient énormes : ils faisaient entrer GO grammes. (2 onces) de ce sel mercuriel dans 3 kilogrammes (G livres) d’eau de rose distillée , de laurier et de plantain. On sait que Napoléon s’est bien trouvé de l’eau de Meltemberg pour se guérir d’une affection cutanée chronique dont il était affecté. Celle eau est composée de 2 grammes (demi-gros) de subliméélcndu dans 500 grammes(l livre) de véhicule.
7° Le précipité per se ou dentoxide rouge de mercure et le précipité blanc ou oxichlorure ammoniaco-mercuricl ne sont plus en usage aujourd’hui , si ce n’est pour quelques cas de carcinome ou d’ulcère.
Usage interne des mercuriaux . — ■ 1° L’eau dans laquelle le mercure a bouilli jouit de la faculté anthelmintique. Si le mercure employé est bien pur, les réactifs chimiques ne décèlent dans cette eau aucun atome de ce métal : aussi devraiton peut-être attribuer à cette eau la propriété vermifuge dont elle jouit plutôt qu’à quelques sels ou acides contenus dans un mercure impur.
2° Le mercure gommeux de Plenk est une préparation dans laquelle le mercure se trouve éteint au moyen de la gomme arabique, dans la proportion d’une partie de métal , deux parties de gomme et six parties d’eau. Cette préparation doit se faire à l’instant même de s'en servir , sinon le mercure se précipite facilement. Son action est très-légère : on s’en sert pour les enfants, chez les sujets faibles , délicats, et pour les femmes enceintes , à la dose d’une , deux ou trois cuillerées par jour.
3° L’éthiops minéral , ou protosulfure noir de mercure , s’obtient au moyen de la trituration à froid du mercure avec du soufre ou en faisant passer à travers une peau de chamois du mercure qui tombe sur du soufre fondu et en agitant le tout ensemble. On l’emploie de préférence contre les vers , à la dose de 25 à 50 centigrammes (-6 à 10 grains) avec du sucre.
4° Une action presque analogue est celle de l’éthiops antimonial , protosulfure de mercure stibié. Il n’csl guère plus employé.
5° Le mercure soluble de Tlahncmann, bien qu’il pe soit soluble que dans l’acide acétique concentré, s’offre sous la forme d’une poudre fine , noire , composée
d’éléments divers , savoir : trois quarts de protoxide de mercure et un quart d’un sel triple, de protoxide de mercure, d’acide azotique et d’ammoniaque. Il jouit d’une grande énergie. On peut s’en servir dans tous les cas où on a besoin d’une forte action hyposthénisante lympbalicoglandulaire. On commence par 2 centigrammes (demi-grain) matin et soir , qu’on augmente graduellement jusqu’à 5 et 10 centigrammes (1 à 2 grains) ; on le susperîd ensuite pendant quelques jours pour le reprendre de nouveau. Radcmacher l’a employé à la dose de 5 à 10 centigrammes (1 à 2 grains) avec succès , dans les inflammations aiguës (20).
G0 Le mercure gris de Moscali est un véritable protoxide de mercure qu’on administre à la même dose que le précédent.
7° Il n’y a pas de préparation mercurielle qui soit d'un usage plus fréquent et plus général que le mercure doux , prolochlorure de mercure, panacéè mercurielle , aquila alba , calomélas , etc.
On lui accorde une action anti-plilogislique , action qui n’est pas différente de celle qu’on rencontre dans les autres préparations mercurielles. Les Américains , les Anglais , ét en grande partie aussi les Allemands, le préfèrent et n’en craignent pas de graves accidents. Pourtant Ilelwig (21) l’a vu causer la mort dans un cas ; Ledelius également (22) , à la dose de 45 grammes (1 once et demie). Prescrit cependant à la dose de 10 à 50 centigrammes (2 à 10 grains) par jour , et même un peu plus , il est efficace , sans être nullement dangereux. Aussi a-t-il été pendant longues années une espèce de remède universel , ainsi que l’indique son nom de pahace'e mercurielle. Il est fâcheux qu’on ne puisse pas en empêcher l’action mécanico-chimique dans l’intérieur de la bouche.
Bien que celle action ne soit suivie d’aucune conséquence grave , elle ne lotisse pourtant pas d’être désagréable, à causé des nphlhes, des ulcères, des gonflements et des douleurs qu’elle détermine nnx gencives , au palais et sur les glandes salivaires. L’haleine du malade devient très-fétide : plusieurs moyens ont été
(20) Ilufeland’s Joui'n., 10 Bd., 2 $t,p. 107.
(21) Observ. phys. mecl., 1080.
(22) Ephem. A. C. nat, curios., dec.
n, an. 10, obs. 14.
MERCUR1AUX.
employés pour prévenir cet inconvénient; mais, jusqu’à présent, on n’est pa rvenu à obtenir aucun résultat satisfaisant. Sa miras , ayant vu prescrire le proto-chlorure de mercure en Pologne à la dose de 18 grammes (4 gros et demi) sans accidents , et en Angleterre 20 centigrammes (4 grains) , et seulement produire deux fois une salivation abondante, a pensé qu’il était plus convenable de s’en tenir aux fortes doses. Burdin aussi n’a obtenu , chez des enfants de dix ans , qu’une légère évacuation par un gramme et même plus. Annesley observa plusieurs fois que le calomel , à 15 et à 20 centigrammes (3 à 4 grains) , purge et irrite , tandis qu'il ne produit aucun de ces effets à la dose de l gramme (20 grains), et devient sédatif. Nous avons déjà dit qu’on obtient plus facilement des effets irritatifs d’un gramme divisé en vingt parties que de vingt doses d’un gramme chaque. Nous avons vérifié plusieurs fois cette observation , mais non constamment. Lesenfants paraissent jouir d’une grande tolérance pour le mercure doux. Plusieurs praticiens le combinent à la scammonée , d’autres au soufre. Burdach , partisan zélé de ce remède, assure qu’on peut le donner, sans aucun inconvénient , combiné au sel de nitre (23).
D’après tout ce que nous venons de dire, il est facile de comprendre à quelles doses on doiL s’arrêter et dans quels cas on peut élever ces doses à 5 et même 8 grammes (1 gros et demi à 2 gros) patjour. — Si , malgré les précautions indiquées , il survenait du ptyalisme , on ne doit pas s’en inquiéter; car ce symptôme , dùt-il durer dix à quinze jours, n’entraînera aucune conséquence , et l’on en sera dédommagé par la guérison de maladies difficiles.
8» Le sublimé corrosif (deulocblorure de mercure) , connu aussi sous les noms de muriate et d’hydrochlorate de mercure corrosif, de laudanum minéral corrosif, de massue des métaux , etc. , jouit d’une grande et dangereuse efficacité.
On a recours à celte préparation dans les cas les plus graves de syphilis. Plusieurs autres maladies phlogistiques trèsintenses peuvent être attaquées avec ce remède; mais son emploi exige beaucoup d’babitude et de prudence. Boerhaave a dit avec raison que le sublimé corrosif
(23) llufeland’s Journ., sept. J8Ô0.
est un remède incomparable; nous ajouterions volontiers qu’il est tel , qu’on ne doit pas en borner l’emploi à la syphilis. Mais il ne faut pas oublier ce que le meme praticien a ajouté , savoir : que celui qui n’en connaît pas toute la porlée doit s’abstenir de le prescrire. Ce médicament , au reste , est très-employé de nos jours contre la syphilis. On doit toujours craindre des malheurs si le praticien , méconnaissant les effets dynamiques de ce remède , ne porte son attention qu’aux effets irritatifs qu’il s’attend à voir, aux douleurs, aux cuissons, à la tension , aux corrosions. Ces effets n’arrivant pas , il persiste quelquefois dans l’usage immodéré du médicament:
le malade tombe dans une hyposthénie profonde, et il peut succomber presque subitement. Nous avons déjà dit, en parlant des frictions mercurielles, comment il fallait se mettre en garde contre ces fâcheux résultats : les mêmes remarques sont applicables au sublimé corrosif. — La dose de deutochlorure de mercure est d’un demi-centigramme (un dixième de grain) jusqu’à 2 centigrammes et demi matin et soir. Rarement on dépasse cette dose , et ce n’est que dans les maladies inflammatoires les plus graves qu’on peut se permettre une dose plus élevée , c’est-à-dire double et même triple. On peut l’administrer dissous dans l’eau distillée. Pour cela, on fait dissoudre 1 centigramme (1 grain) de sublimé dans 120 grammes d’eau : on commence par en faire prendre une cuillerée à soupe à la fois. — La forme pilulaire offre des avantages sur la solution. Cette préparation peut se conserver plus long temps, être divisée plus également et mieux , outre qu’elle présente moins de chances d’erreur. Ou fait dissoudre le sublimé dans une suffisante quantité d’eau distillée ou dans de l’alcool , et on en fait une massé avec de la mie de pain et un peu de sucre , pour empêcher que les pilules durcissent; autrement, elles traverseraient le tube gastrique sans être digérées. De cette masse , on en fait seize pilules pour chaque cinq centigrammes de sel mercuriel.
Dzondi a proposé une autre méthode d’administrer le sublimé. Il fait dissoudre dans de l’eau distillée 120 centigrammes (12 grains) de ce sel , et en fait faire , avec de la mie de pain et du sucre, deux cent quarante pilules , dont chacune contient un demi-centigramme de sublimé. Cet auteur commence par en
MERCUR1AUX.
donner quaire d’abord , aussitôt après le dîner, afin qu’elles puissent se mêler aux aliments. Ensuite il en augmente le nombre de deux chaque jour, et arrive «à en donner jusqu'à trente par jour. Il ne dépasse pas cette dose. S’il survient des douleurs ou des vomissements , il y remédie avec la teinture d’opium. Il exige que toute la dose ci-dessus soit consommée pour que le traitement soit complet , même lorsque les phénomènes syphilitiques auraient disparu de bonne heure. Plusieurs praticiens vantent cette méthode, et la suivent exactement. Nous croyons cependant que la prédestination de la dose totale n’est pas logique et pourrait avoir des inconvénients.
Dernièrement on a proposé de donner le sublimé combiné au blanc d’œuf , et on a prétendu que , par ce mélange, on diminuait l’action délétère de ce sel, et, par conséquent, les dangers de son usage. Il arrive effectivement que l’albumine décompose sur-le-champ le deulochlorure de mercure , et le précipité qui en résulte n’a plus qu’une fort légère action thérapeutique ; et , dans ce cas , il faut en augmenter la dose. Une telle formule pourrait bien diminuer les effets mécanico-irrilatifs ; mais il faut bien prendre garde que des effets dynamiques formidables ne surviennent d’une manière inattendue; savoir : le tremblement, les frissons, la pâleur, les sueurs, l’abattement, la disparition du pouls et la syncope.
Quelle que soit la manière dont on administre le sublime, il faut le faire suivre d abondantes boissons mucilagineuscs ; l’alimentation doit être légère. Je ne crois pas qu'il soit nécessaire de se priver de l’usage des acides , ainsi qu’on le recommande communément. Une fois que tous les symptômes ont disparu par 1 effet du sublimé, il est prudent de cesser pendant quelques jours son usage'; on Je reprendra par la suite pendant quelque temps encore , afin de détruire les derniers restes possibles de la vérole.
L omission de ce précepte a été peutctre la cause de la plupart des récidives qu'on a souvent observées et de l'accu sation qu’on a portée contre ce remède de ne guérir que temporairement la syphilis. J
■>' La chimie a enrichi dernièrement la pharmacologie de quelques nouvelles préparations mercurielles. Le cyanure de mercure , dit aussi prussiale et hydrocyanatc de mercure , a été beaucoup vante par Chaussicr, par Salamanca ,
par Mendaga et par d’autres. Ces auteurs le préféraient aux autres préparations , tant contre la syphilis que dans les autres affections opiniâtres des vaisseaux lymphatiques et dans les inflammations. La dose est d’un demi-centigramme (un dixième de grain) , qu’on peut augmenter journellement jusqu’à à centigrammes (1 grain). Dans quelques essais que nous avons faits , ce remède n’a pas répondu à notre attente ; nous en avons augmenté la dose, et cela a déterminé des aphth.es et la salivation. Selon nous, ce remède aura toujours contre lui la variabilité de son action ; car il est très-décomposable , à cause de la grande volatilité du cyanogène.
10° Le proto-iodure et le deuto-iodure de mercure ont été préconisés dans les affections syphilitiques et scrofuleuses par Coindet , Pinel , Gimelle , Yenable, Biet et Lugol. Ces auteurs assurent que l’absorption de ces iodures se fait promptement, et que leur action est très-énergique. De nouvelles expériences pourront peut-être rendre ces sels d’une grande utilité contre plusieurs affections. Voici les formules de Biet:
1° 2J. Proto-iodure de mercure,
Racine de guimauve pulvérisée , parties égales , 4 gram. (t gros).
Eau distillée , quantité suffisante.
Faites 72 pilules.
2° 21 Proto-iodure de mercure, 2 gram.
(demi-gros).
Thridace , 4 grammes (t gros).
Extrait de gayac, 2 grammes (dcinigros).
M. F. pilules , 38.
A prendre une par jour. Le troisième jour on augmente d’une, et ainsi de suite tous les deux jours jusqu’à quatre. On doit boire une décoction mucilagineuse par-dessus chaque prise.
11° Le proto-bromure de mercure a été l’objet de rceherchcs particulières par Vv erneck. Il trouva dans ce médicament quelque analogie d’action avec le calomel, sans pourtant produire aussi Iréqucm ment la salivation que ce dernier. Wcrneck assimila le dculo-bromurc au sublimé , et il lui attribue même une action supérieure. Les amateurs de nouveautés ne manqueront peut-être pas d’adopter l’usage du deulo-bromure de mercure; nous devons cependant faire remarquer qu’il laut beaucoup de cir-
IODE
conspcction dans son usage ; car son action pourrait bien être plus forte que celle du sublime.
INous omettons de parler de quelques autres préparations et formules mercurielles , leur usage étant entièrement abandonné de nos jours.
IODE ( IoAimn ).
§ Ie». Caractères physiques.- — L’iode a été découvert , en 1812 , par Courtois, manufacturier-chimisle de Paris, d’abord dans la soude de Wareck et dans les cendres d’autres algues marines, ensuite dans l’éponge et dans plusieurs mollusques. Cauta, ehimiste italien, l’a trouvé dans plusieurs eaux minérales du Piémont. Le mot iode signifie violet en grec , il a été appliqué à cette substance par M. Gay-Lussac à cause de la couleur de sa vapeur. — L’iode du commerce est solide, en lames ou paillettes, d’un gris noirâtre, avec éclat métallique, fusible, volatil, d’une odeur désagréable, analogue à celle du brome, ou du sulfite de chlore ; d’une saveur très - âcre , caustique. Mis eu contact avec la peau il y, laisse une tache jaune qui se dissipe assez promptement. — L’hydriodate de potasse , ou proto-iodure de potassium , est blanc , facilement cristallisable en cubes un peu déliquescents , soluble dans l’eau et dans l’alcool, d’une saveur piquante.
§11. Notions chimiques. — L’iode est un corps combustible, non métallique.
L’alcool et l’éther sulfurique le dissolvent promptement et le colorent enbrun.
L’eau n’a qu’une action très-faible sur l’iode, et sa soluliou est jaune. Use combine avec l’oxygène et forme l’acide iodique ; avec l’hydrogène, l’acide hydriodique, lequel produit avec d’autres bases différents sels, parmi lesquels l’hydriodate de potassium. L’acide chlorhydrique est le résultat de l’union de l’iode avec le chlore. — La propriété chimique la plus remarquable de l’iode est de former au contact avec l’amidon un composé bleu; aussi est -il un excellent réactif pour reconnaître la présence de la fécule, de la farine, etc. — Avec les corps simples il forme des iodures dont plusieurs sont employés en médecine.
§ 111. Effets sur tes animaux. — Dans les expériences de M. Magendie avec la teinture d’iode sur les chiens, ou
n’a obtenu que le vomissement. On est parvenu au moyen de la ligature de l'œsophage à empêcher ce phénomène.
M. Orfila les lit mourir en l’administrant à la dose de 4 à 12 grammes (1 à 3 gros). Ils présentèrent les phénomènes suivants : mouvements continuels -de déglutition, évacuations alvincs, abatlement progressif, mais sans le moindre signe de douleur, ni de convulsions, ni de paralysie. L’autopsie cadavérique montra l’estomac et les intestins enduits d’une couche muqueuse, tenace, plus ou moins jaunâtre , avec quelques petites ulcérations linéaires, entourée d’une zone jaunâtre. M. Devergie observa les mêmes phénomènes moyennant 4 à 8 grammes (1 à 2 gros) de proto - iodure de potassium ; ce sel injecté dans les veines tua les chiens à l’instant (24). — Ces expérimentateurs ont déduit de ces faits que l’action de l’iode est irritante. Celle conclusion a été adoptée par plusieurs auteurs.Les phénomènes pourtant qu’ils ont indiqués appartiennent à l'hyposlhénie ; et les lésions cadavériques sur lesquelles ils se sont fondés n’ont lieu qu’après la mort. Effectivement quelleest l’irritation, l’inflammation aigue, l’ulccration promptement mortelle, qui reste couverte d'une mucosité jaunâtre, ou entourée d’une zone delà même couleur? Pour éclaircir cette question nous avons eu recours à l’expérience en soumettant un estomac de porc mort à l'action de l’hydriodate de potasse; quelques heures après, ce viscère présentait les mêmes apparences que celles décrites par M. Orfila. (Vous nous sommes assurés en outre que l’alcool et les autres hypersthénisants calment les effets de l'iode. Cela résulte d’ailleurs aussi des expériences de M. Magendie, lequel dit qu’ayant injecté dans le corps des chiens 4 grammes de teinture d’iode (I gros) , il n’a pu produire aucun effet sensible (25). Cela n’aurait pas dù arriver si l’un des ingrédients de cette teinture n'était pas doué d’action opposée a celle de l’autre.
§ IV. Effets sur l'homme bien portant. — Si on applique sur la peau une solution d’hydriodale dépotasse, elle est aussitôt colorée en jaune , et se couvre de très- petites pustules. Ce phénomène se rattache à l’action chimique du rcmè-
(2â) Rférnt et Flelens , Dicl. univ. do I mat. niédic., t. ni» P- 629.
(25) Formulaire, etc.
IODE
de sur l’épiderme; il a lieu aussi sur le cadavre et offre quelque analogie avec la teinte particulière et l’ulcération que l’on rencontre dans l'estomac des cadavres, et qui ne dépassent pas l'épithélium. Si l’on prend une petite dose d’iode par bouche, on éprouve une légère chaleur au gosier pendant un quart d’heure environ , expectoration légère sans toux (2G), augmentation de l’appétit (27). Si on en continue l’usage, un amaigrissement général se déclare (28). Hufélaud prétend que l’iode fait fondre et disparaître les glandes mammaires, et il croit que la même chose pourrait arriver aux testicules (29). Ce phénomène n’a jamais été vérifié , bien qu’à dire vrai plusieurs personnes en parlent comme d’une chose certaine. La chose cependant nous paraît invraisemblable. Sans doute que l’usage de l'iode en faisant disparaître la graisse de la mamelle peut faire affaisser la glande mammaire de manière à faire croire à sa disparition; sans doute aussi que le testicule peut diminuer de volume par la même raison. Mais nous ne pouvons jamais admettre qu’un tissu organisé puisse s’anéantir, disparaître entièrement par la simple action d’un fondant quelconque. Ce sel , donué à dose un peu plus élevée, cause facilement des nausées et le vomissement (30). Les phénomènes propres à l’action de l'iode sont: l’anxiété , les tremblements d'abord aux mains et ensuite dans tout le corps; la difficulté de la démarche , la prostration générale , la fréquence et faiblesse du pouls. C’est ce qui a été remarqué par Coindet et Baup (31) , par Kollcy (32) , par Gairdner et Schmid (33), par Jahn f 3 4) , et par d'autres. L’enflure des jambes, les sueurs froides, les yeux creux, la ligure pâle et altérée; tels sont les phé-
(26) De Caro, Bibl. univ. de Genève, t. xvn, p. 65.
(27) Coindet, môme Bibliot., t. xvi , p. 140.
(28) Coindet , Ibid. — Baup , ibid. , t. xviu, p. 304, 1821. — Schmid, Ilufeland’s Journal.
(20) Journ. d. pract. Iïcilk., 1821.
(30) Gairdner. cit. — Orfila, Traité des poisons, t. i, part. ji.
(31) Ci-dessus cités.
(32) Journal compl. du Diction, des sc. méd., t. xvu, p. 307.
(33) Ci-dessus cité.
(31) Journ. compl. du Diçt. des sc.
méd., t. xxxv.
nomènesobservés par Kojley et Gairdner, et qui se sont terminés par la inorl. Zink a observé deux cas mortels d'empoisonnement pur l’iode, il trouva chez l’un les intestins rétrécis , enflés , tendus, do couleur sombre, excoriés sur plusieurs points et le foie décoloré (35). Un enfant âgé de dix ans, empoisonné par l’iode, est mort en peu d’heures. Jahn observa dans les cadavres les tissus flétris, mous et dépourvus de graisse (3G). M. Fenoglio a dit avec raison que les effets de l’iode sont analogues à ceux des mercuriaux et qu’ils n’en diffèrent qu’en ççci, savoir : qu’au lieu de porter sur les glandes salivaires, ils portent surla glande thyroïde et les mamelles (37).
Quant aux correclifs de ces effets et aux antidotes de l’iode, Coindet recommande, outre les adoucissants, l’alcali volatil et l’opium. Les opiacés ont été aussi préconisés par Monconnier (3S) , par Gairdner. On connaît un autre cas d’un individu qui a été sauvé par de très-fortes doses d’acétate de morphine , savoir, un centigramme (un cinquième de grain) chaque demi heure (39). Pelietan a combattu les effets de l’iode avec la morphine (40). — Il paraîtrait, d’après cela , que l’iode a une action mécanicochimique, qui se révèle sur les parties mortes ou inorganiques bien plus que sur les parties organiques et vivantes; qu’il est doué d’une propriété dynamique hyposthénisnnte , et d’une action opposée à celle de l’opium , de la morphine et de l’alcool.
§ Y. Effets dans les maladies. — ‘On employait depuis long-temps l’iode en médecine, sans s’en douter, contre là scrofule et le bronchocèle, moyennant l’éponge brûlée qui en contient. C’est spécialement à Coindet qu’on doit l’introduction de l’iode en matière médicale.
Cet auteur a fait beaucoup d’expériences cliniques et obtenu des guérisons remarquables de bronchocèle. Bientôt le remede a etc adopté , et il est même des
(35) Journ. compl., t. xvm, p. 126.
(36) Ornodei, Ann. univ. di mcd., maggio et giugno 1830, p. 577.
(57) Omodei, Ann. univ., etc., fasc.
(38) Journ. de chim. méd., t. iv, n.
(39) Samml. auserl. Abh., etc., 31 Bd.,
3 st., p. 498.
(40) Gazette de santé, 15 févr. 1829.
IODE
auteurs qui le regardent comme un spécifique contre toute espèce d'engorgement glandulaire. — Pendant long temps on ne l’a prescrit que contre le goitre; mais depuis on en a étendu l’usage à beaucoup d’autres maladies ; Coindel en a lui-même étendu l’application contre les engorgements lymphatiques et des glandes mammaires. Eusèbe Desalle J’a prescrit contre les obstructions chroniques des testicules (41); Gairdncr, Zink (42), Manson (43), Buisson (44) , Détisser (45) , Bayle (46) , contre les tumeurs blanches articulaires ; Valentin (47), Miligan (48) et Godier, Tardy, Gendrin
(49) et IVIanry (50) , contre la goutte; Magendie (51) et Martini (52), contre les ulcères chroniques de la bouche et du gosier; Pelterson, contre la carie des vertèbres (53); Ashwell (54), contre le squirrhe de la matrice; Hirsh (55), Hahnemann , Klaprolh, Wagner (56), Iiill (57), Ullmann (58) , contre les maladies cancéreuses de toute espèce; Biet , Gimelle, Kolley, Loeber, Balber (59), contre les dartres et plusieurs autres maladies chroniques de la peau; Græfe (60), contre la
(41) Journ. compl. du Dict. des *o.
méd., t. xix, p. 193.
(42) Cités.
(43) Medic. research. on the eff. of Jodin. Lond., 1825.
(44) Thèse de la Faculté de Paris, n. 228, 1825.
(45) The Edinburg. Journ., t. xxi, p.
(40) Mémoire sur l’emploi de l’iode.
Revue médicale, 1829, févr., p. 237.
(47) Journal général de médecine, juillet 1828.
(48) The Lond. med. and. phys. Journ., 1828, p. 6.
(49) Journal général de médecine, sept. 1828.
(50) Môme Journ., mai 1829.
(51) Omodci, Ann. uuiv., nov. et doc. 1828, p. 59t.
(52) Reperl. med. chir. di Torino, 1834, jan.
(53) The Lond. med. Review , july
(54) The Lond. medic. and phys.
Journ., febr. 1832, n. 4.
(55) Rust’s Mngaz. , 1826.
(50) Ilufeland’s Journ. , febr. 1820.
(57) The Edinb. Journ., apr. 1820.
(58) Graefe u. Wallh. Journ., 4 Bd.,
(59) Cités.
(60) Omodci, Ann. uuiv. di med., aprile 1828, p. 178.
polysarcie ; Giinello, Sablairoles, Jccdcr, contre la leucorrhée chronique; J. Bell, contra la blennorrhagie et la inéuorrhagie (6 I ) ; Gassaud contre le tabes mésentérique (62); Fontaiia, contre la phthisie pituiteuse (63); Gairdner, contre les tubercules pulmonaires et abdominaux ; Monson , contre la paralysie et la danse de saint Guy (64); Locher-Balbcr, contre le tic (65); Buisson, contre l’anasarque ; Bardsley contre l’ascite (66); Buisson , Richond(67)el Desalle, Henry (68), dans la syphilis, notamment contre les bubons et la blennorrhagie. Nous avons nous-meme administré Niydrochlorale de potassium contre plusieurs cas d’inflammalionsde la rate etdu foie, accompagnées de jaunisse, contre la grippe et la coqueluche, conlre les maladies vermineuses avec des résultats excessivement heureux. Quanta la scrofule, les préparations iodurées administrées par la voie intérieure ou extérieure, ou par les deux voies à la fois , ont donné des résultats tellement heureux dans toutes les formes de la maladie , qu’il n’est pas un seul praticien qui n’en reconnaisse et conseille l’administration.
§ VI. Appréciation de F action. — Tout le monde doit être convaincu de l’action hyposthénisante lymphaticogtandulairc de l’iode en se rappelant ses effets sur les animaux et sur l’homme bien portant, et en réfléchissant que toutes les maladies, dans lesquelles cette substance a eu du succès, sont également traitées avantageusement par les mcrcuriaux. Or, nous avons démontré que l’action de ces derniers porte principalement sur les glandes conglobécs et conglomérées , et sur les vaisseaux blancs , et que ces maladies sont de nature phlogisfique et accompagnées d'une forme particulière propre à ces mêmes tissus.
La propriété dissolvante, ou fondante
(61) The Nortli. Amcric. med. a. surg.
Journ., octob. 1828.
(02) Revue médicale, sept. 1830.
(03) Rep. med. chir. di Torino, agosto 1824.'
(04) Research, on t lie efT. of the jodin. Lond., 1823.
(05) Beckers, Ann., junius 1S27.
(00) The Lond. med. and phys. Journ.,
t. vii, n. 5, p 63.
(07) Archives générales de médecine, t. iv, p. 321 .
(08 1 Bulletin «le la Société médicale d'émulation, novembre 1824-
iode.
qu’on voudrait assigner à l’iode présente les mêmes considérations que nous avous exposées à l’occasion du mercure; ce qui vient parfaitement à l’appui de noire thèse. La propriété présumée spéci tique , anti-scrofuleuse, qu’on atlribue à l'iode, mérite de nous arrêter quelques instants. Nous ne pouvons discuter co sujet sans émettre quelques considérations sur la scrofule elle-même.
1° Commençons par les causes de la scrofule, ün indique parmi les causes prédisposantes : l’hérédité, le jeune âge, Jeseie féminin, enfin la délicatesse d’organisation caractérisée par la finesse et la blancheur de la peau, la mollesse des tissus cellulaire et musculaire, les yeux bleu-clairs , les cheveux blonds , la tête un peu grosse , les mâchoires larges , le cou court et le ventre plutôt volumineux. Parmi les causes déterminantes ou occasionnelles, les auteurs désignent principalement l’influence de l’atmosphère et des aliments, l’habitation dans des lieux où les rayons du soleil ne pénètrent presque jamais, où l’air est humide, malsain, etc. Toutes ces causes et plusieurs autres ont une action particulière sur la peau et sur les régions du corps les plus exposées. Les angines, les ophlhalmies, les rhumes et autres maladies phlogisliques qui en sont la conséquence, démontrent assez clairement que les effets de ces impressions sont en général d'un caractère hypersthénique.
Dans le cas en question, les prédispositions sus-indiquées et la texture molle, grêle de la peau, ne changent rien à la uaturc de l’impression, elles favorisent plutôt le caractère de l’affection dont nous parlons. — Quant aux aliments, on compte d’abord, chez les enfants à la mamelle, le lait d’une nourrice malsaine, l’allaitement artificiel, les légumes et les grains farineux, les pâles sucrées contenant des œufs et du beurre, tous les aliments enfin réputés malsains. Ces substances agissent non pur leur manque de matière nutritive mais bien par leur mauvaisequalilequi les rend indigestes. Elles deviennent par là des agents d’irritation de 1 appareil gastrique , causent des vo • m isseme n ts, des ca rdialgies, la dysenterie,
1 inflammation , ce qui a lieu aussi par d. autres substances non assimilables.
V"e si elles sont digérées, elles donnent un chyle non homogène et renferment drs principes étrangers à l'hématose, '■'■s principes ne peuvent produire sur la libre vj vante que de 1 irritation , de la
douleur, et successivement de l’inflammation. Ces deux causes morbides dont le mode d'action est analogue exercent leur pouvoir par des voies différentes et engendrent la scrofule.
2° Lorsque le vice scrofuleux est déterminé par l’influence atmosphérique, il se montre par l’engorgement des glandes lymphatiques, cervicales, sousmaxillaires et sous - occipitales. Des tumeurs irrégulières se déclarent dans celte région, plus ou moins dures, fixes, indolentes, sans changement de couleur à la peau. Bornées pendant long- temps autour du cou , ces tumeurs s’étendent et se multiplient dans d’aulres régions. Apres une plus ou moins longue durée, elles deviennent sensibles , molles , légèrement douloureuses, et, enfin, suppurent; leur suppuration est indiquée par un changement de couleur à la peau qui devient pourprée, ou violacée; au bout de plusieurs, jours la peau se perce de quelques trous qui donnent issue à une matière liquide, souvent fétide, ayant l’apparence d’un mélange de lymphe et de pus. Le plus souvent l’ouverture devient fistuleuse et est environnée de tissus fongueux; si elle se ferme, elle se rouvre au bout de quelque temps, et cela se répète plusieurs fois; elle se cicatrice enfin en laissant une marque pâle, crispée et ineffaçable. — La maladie n affecte pas la même marche lorsque la cause dépend des aliments. Après plusieurs dérangements , après quelques troubles d’estomac souvent répétés, l’enfant maigrit de jour en jour, l’abdomen se ballonne, devient énorme, scs parois se tendent et ne se prêtent plus à la compression; dans quelques cas elles ne sont pas très ■ tendues , alors la compression lait découvrir par çà et par là , dans le bas-ventre, des petits corps durs, ovoïdes ou ronds. Bientôt une sorte de fièvre continue ou intermittente quotidienne se déclare, et il en résulte, ce qu’on nomme dans les écoles, un tabes mcsenterica. Ces deux formes de scrofule ne se rencontrent pas ordinairement ensemble, mais, lorqu’elles sont réunies chez un même sujet, on peut être certain que les deux causes, savoir l’air et les aliments, ont agi simultanément. Etant très-naturel que le mauvais chyle dû aux mauvais aliments commence par agir sur les premiers vaisseaux et les premières glandes lymphatiques, il n’est pas étonnant que le mésentère devienne le premier le siégé de ces engorgements;
IODÉ.
période est la plus importante sous le
Il est également naturel que l’air vicié produise ses premiers effets sur les parties cutanées, les plus exposées à son action. Conséquemment les parties qui restent long -temps à découvert , et qui sont naturelle nent délicates, comme le cou et les parties environnantes, surtout chez les femmes, sont précisément celles qui doivent en éprouver le plus d’effet. Aussi les lymphatiques et les glandes de ces régions doivent- elles être les premières et souvent les seules affectées.
3° Parmi les caractères morbides de la scrofule, on compte, indépendamment de ceux que nous venons d’indiquer, savoir: la tuméfaction, l’endurcissement et la suppuration des tissus affectés ; conditions qui peuvent se répandre dans tout le système lymphatico glandulaire ; on compte, disons -nous, les inflammations véritables des intestins, du thorax, des yeux, lesquelles se fixent préférablement sur les tissus glanduleux. Telle est la raison pour laquelle la scrofule est parfois réfractaire au traitement, et se termine môme par la mort si elle se fixe à l’estomac ou aux poumons.
4° Les inflammations consécutives à la scrofule peuvent être traitées comme la scrofule elle-même, à l’aide des antiphlogistiques plus ou moins énergiques , savoir, la saignée, les sangsues, la digitale, la camomille, l’aconit, 'la douceamère , la salsepareille , le soufre , le quinquina, le lichen , le fer, les acides, les mercuriaux. Tous ces remèdes sont reconnus ellicaces contre la scrofule, et l’on peut désormais les mettre au nombre des hyposthénisants. On peut en dire autant de l’iode. Quant aux autres remèdes qu’on préconise sous le titre d’antiscrofuleux , nous en parlerons tout à l’heure. Il est vrai de dire néanmoins que tous ces moyens ne guérissent pas toujours la scrofule. La raison de ces anomalies nous semble exister dans les fausses idées qu’on s’était faites sur celte maladie, puisqu’on avait admis un principe morbide qui n’existe pas, au lieu de suivre les changements qui ont successivement lieu dans les parties affectées. — Si l’on examine avec attention ces changements et leurs relations avec leurs causes , on verra que la maladie commence bien avant l’époque où le cou paraît couvert de petites tumeurs et l’abdomen dur, volumineux, inégal. La maladie a déjà parcouru sa première période lorsque le médecin s’aperçoit des premières irruptions de lu scrofule. Cette
point de vue clinique, puisque c’est durant ce temps que les glandes et les lymphatiques du cou ressentent l’action de l’air atmosphérique , action qui consiste dans le changement brusque de la température et qui fait résorber les humeurs qui devaient être expulsées, ou bien dans l’humidité, ou dans d'autres principes de sa composition qui entre dans l’organisme. C’est ainsi aussi que les molécules malsaines qui constituent le chyle aft’ectent les lymphatiques entéromésenlériques et les ganglions qui en dépendent. Une irritation mécanique et une pblogose en sont la conséquence , ainsi que nous l’avons déjà dit. Celte pblogose s’opère et marche lentement et presque en silence. Celui qui voudrait rencontrer dans cette pblogose les signes ordinaires des inflammations , savoir, la rougeur, la douleur, la chaleur et la tuméfaction, se tromperait singulièrement.
Nous croyons avoir démontré les premiers celle grande vérité que la même condition inflammatoire dans les différents tissus prend des formes très-diverses. S’il est vrai que les vaisseaux et les ganglions lymphatiques ne présentent aucun nerf volumineux , et ne sont pénétrés que de vaisseaux sanguins très-lins, on comprend que leur inflammation ne doit pas être accompagnée de douleur, et que ses autres caractères, savoir, la chaleur et la rougeur, ne doivent pas être très-marques. La tuméfaction, qui ellemême ne peut jamais manquer, ne se déclare pas aussitôt qu’a l’ordinaire, vu que les vaisseaux et les ganglions lymphatiques sont cachés sous la peau et presque ensevelis dans le tissu cellulaire; leur petitesse ne permettant pas l'afflux el la stagnation des fluides en quantité capable de produire promptement la tuméfaction. La simple inflammation des lymphatiques et des glandes ne peut avoir d’autres caractères, à moins que son intensité ne soit extrême ou qu’elle n’ait envahi les parties environnantes. Le malade a donc été long-temps sous l’influence d’une lymphagioïte ou lyinphadénite- avant d’être loul-à- fait scrofuleux ; et pendant ce temps certains tissus eurent le temps de s’engorger, de s’épaissir, de s’endurcir ; de sorte que la scrofule, lorsqu’elle est jugée véritablement telle, devrait être considérée plutôt comme le résultat d’une plilogose glandulaire que comme une maladie primitive. C’est alors qu’elle résiste opinià-
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trcment à nos moyens curatifs. De nouvelles phlogoses s’entent pour ainsi dire sur les premières; ou bien le principe morbide s’étend à d’autres parties du système lymphatique, à d’autres glandes, el prend une grande extension ; dès lors se manifeste un ensemble de phénomènes que les médecins idéalistes nomment diathèse ou dyscrasie scrofuleuse. En outre les tumeurs elles-mêmes subissent peu à peu des changements ; elles passent de L’état de suppuration à l’état de carcinome , d’ulcère , et produisent de nouveaux éléments morbides qui résorbés déterminent de l’irritation et de la phlogose dans d’autres vaisseaux el dans d’autres glandes, et l’affection devient universelle. Du côté de l’abdomen la succession des phénomènes morbides est plus rapide et plus importante, eu égard à la valeur des organes attaqués et aux nombreuses ramifications vasculaires du péritoine, dont la réaction allume bien plus promptement la lièvre.
D’après ces considérations, la scrofule n’est en origine qu’une lymphadénite chronique plus ou moins étendue, laquelle, le plus souvent inaperçue et cachée, détermine à la longue des indurations glandulaires très- difficiles à dissiper , et donne au système lymphalicoglandulaire une activité telle qu’il prédomine en quelque sorte la constitution et influence toutes les maladies lesquelles deviennent lentes et opiniâtres. De là la naissance facile d’affections squirrheuses, cancéreuses, etc. Le bronchocèle n'est que le premier pas de cette affection, ou, pour mieux dire, l’affection même bornée uniquement à la glande thyroïde ou aux tissus environnants. Sous ce point de vue la scrofule offre de la ressemblance avec la syphilis, mais elle en diffère pourtant par une marche plus lente et par l’origine non spécifique, et par sa nature non contagieuse. — pu détruisant l’idée d’une dyscrasie ou d’un principe scrofuleux de nature particulière, nous croyons avoir rendu service à la pathologie, puisque nous avons par là dégagé l’esprit d’une fausse hypothèse. La pratique ne peut que gagner par celle manière de voir, puisqu’on connaît ainsi la véritable roule à suivre dans le traitement de la scrofule. On comprend effectivement mieux désormais les soins à prescrire aux constitutions scrofuleuses depuis l’enfance jusqu’à l’âge avancé. A la moindreatlaquequel’individu éprouve vers le cou , au moindre tiraillement, à
la plus légère enflure qu’il présente, enfin, au moindre dérangement gastrique , tel que vomissement , diarrhée , lientérie , affection vermineuse , etc. , on sait désormais qu’il s’agit d’éloigner les causes de ces phénomènes avec un grand soin ; ces causes se rapportent à l’air et aux aliments. On ne tardera pas en conséquence à reconnaître la nécessité de prescrire des remèdes hyposthénisanls lymphatico-glandulaires. A celle époque leur efficacité est grande, prompte et sûre. On parvient de la sorte à éteindre le mal dès le principe. Que si l’engouement , l’obstruction et l’induration ont déjà eu lieu, on aidera à l’action des liyposthénisanls lymphatico-glandulaires par les saignées, quand même il n’y aurait pas de lièvre , ni de douleur, ni de rougeur locale, et que «l’individu semblât , par la finesse de sa peau et la délicatesse de ses organes , disposé à devenir cachectique. Malgré la diminution ou la disparition du gonflement , on ne doit pas se lasser du traitement; il faut parvenir à dissiper tout -à-fait la pblogose des lymphatiques , dont le germe est prêt à se rallumer à chaque instant. En conséquence on doit combattre énergiquement les affections consécutives des viscères thoraciques et abdominaux , et ne pas se fier aux prétendus spécifiques anti-scrofuleux, qui laissent le plus souvent périr les malades de phthisie ou de tabes mésentérique.
§ VIL Action mécanique. — Bien que l’hydriodate de potasse appliqué à la peau détermine assez promptement une irritation mécanique, ainsi que nous l’avons déjà dit , et qu’il donne naissance à de petites pustules, avec ou sans rougeur, néanmoins pris à l’intérieur il ne provoque ni un grand malaise, ni de l’inquiétude , si l’on en excepte pourtant dans quelques cas une légère chaleur à l’estomac et à l’œsophage. La teinture d’iode aussi laisse parfois, pendant quelques minutes , une chaleur à la gorge qui n’a pourtant aucune suite. Cela prouve qu’il ne faut pas craindre les effets mécamcoirritatifs de l’iode pris par bouche ; on nq doit faire non plus allenlion aux traces d’irritation externes, à moins que l’individu ne soit excessivement délicat.
§ VIII. Mode d'administration. — L’iode étant peu soluble dans l’eau n’a été prescrit d’abord que sous forme de teinture alcoolique ou vineuse. Celle qui est le plus en usage est formée de deux grammes d’iode et trente grammes d’ul-
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cool. Onleprcscrità la dose de quatre, six ou dix gouttes dans une émulsion, ou dans le sirop de capillaire. Coindet en porta la dose jusqu’à vingt gouttes par jour, ce qui répond à quinze centigrammes par vingt-quatre heures. Il ne faut pas oublier que dans la teinture l'iode précipite a l’instant en se changeant en acide hydriodique et en éther hydriodique.
Aussi faut-il pour s’en servir qu’elle soit préparée depuis peu. L’alcool qui sert de constituant a une aclion opposée au îetnèdc , mais il faut dire aussi qu’il y entre dans une. proportion si minime qu on peut ne pas en tenir comple. — On connaît différents iodures : ceux de baryum , de calcium , de fer et de potassium méritent surtout notre attention.
Pour se servir en médecine de ces iodures, il faut avoir recours à quelque véhicule aqueux , ce qui les transforme en hydriodales. La combinaison de l’iode avec la baryte contient toujours de l’eau, aussi doit -on le considérer comme un nyariodale de baryum. On l’obtient en prismes très-lins, solubles dans l’eau et promptement altérables à l’air. On l’a employé sous forme de pommade, dans ia proportion d’une partie de sel sur vingt parties de graisse.
L ’iodure de calcium et l’hydriodate de chaux ont été employés contre les maladies cutanées sous la forme de pommade.
On pourrait les prescrire de même à l’intérieur contre la scrofule, mais avec précaution, à la dose de deux à cinq centigrammes par jopr.
L’iodurc clc for est d’une couleur brune, opaque ; il est déliquescent ; on le piescrit par bouche à la dose de deux ou trois centigrammes, qu’on peut augmenter graduellement jusqu’à dix et même vingt centigrammes par jour. On en fait une pommade composée de quatre grammes de ce sel avec trente grammes de grai.-se.
Le p rot o- induré de potassium, nommé nuit efois hydriodale de potasse , est de toutes les préparations iodurées la plus généralement employée en médecine.
Ce sel est blanc, solide, facilement cristallisable en cubes, soluble dans l’eau et dans l’alcool, d’une saveur âcre, piquante : nous l’avons prescrit en pilules à la dose de dix, vingt et même quarante centigrammes par jour, et nous sommes arrivés à eu faire prendre jusqu’à un gramme sans inconvénient; mais dans nu cas ayant porté la dose à un gramme et demi, il survint un pyrosis intense et
nous dûmes en suspendre l’usage La solution se fait avec deux grammes desel cl trois décagrammes d’eau. On en compose aussi des onguents avee quatre ou huit grammes par chaque trois deçà grammes d’axonge. — On a imaginé aussi, pour augmenter la force de cette préparation, d’ajouter de l’iode pur - ont forme alors de hydriodale- induré depotassium ; mais l’iode n'est retenu dans ce composé qu’avec peu de force , et ill Labandonne par la simple exposition ai l’air ou par l’ébullition.. Cet hydriodale loduré est d’un rouge brun ; sa dissolution dans l’eau est jaune. La dose doit etre fort légère.
Formules-m odèles.
2\. Hydriodale de baryte, 5 centigrammes (1 grain).
Eau distillée, 1 gramme (20 grains).
Mie de pain et sucre, q. s. F. pilul. 8.
A prendre une toutes les quatre heures.