DE LA PARALYSIE DE LA VESSIE
La physiologie apprend que la vessie jouit d'une force contractile, et que sa Contractililé est absolument nécessaire ppur l'expulsion des urines. — Celte force peut être affaiblleou détruite. L'affaiblissement de la contractililé se nomme faiblesse, atonie. Dans cet état, la vessiç çxpulse lentement l'urine et f.e vide iuçoraplétement ; de sorte qu'après avoir uriné le malade en conserve encore le besoin, et est obligé de se présenter souvent pour y satisfaire. L'impuissance ou la perte absolue de la contractililé de la vessie se nomme paralysie: ce viscère cessant d'agir, les urines sont retenues dans sa cavité; et leur 'rétention , sans autre obstacle à leur sortie que la résistance hamrellcde l'urètre, constate la réalité âc la Jirtralysie de la vessie. Quoique là rétention de l'urine ne soit toujours qu'un effet de l'affection des voies u,d-
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naires , on la regarde souvent comme la maladie principale ; parce qu'elle occasionne des accidents plus ou moins fà; cheux. Il convient cependant de distin^^^ guer la cause et l'effet : aussi nous traiterons ici expres.îéracnt de la paralysiç de la vessie.
Celte affection est accidentelle et subite , ou bien elle se forme lentement et est précédée de la faiblesse de la yeçsiçu Elle peut survenir sans qu'il y ait aucun vice préexistant dans ce viscère j ni embarras particulier dans l'urètre , ni obstacle à la sortie des urines;, quoiqu'elles ne puissent forcer la r^-^ sistance de ce canal : ces complication,s peuvent aussi se trouver réunies à la paralysie, et elles la rendent plus fâcheuse; et souvent plus difficile à guérir. .Tout çe qui peut affaiblir, ou faire perdre l'irritabilité de la vessie, en occasionne, la paralysie. Les sujets de tout âge y, sont exposés, lorsqu'elle provient d'une affection du cerveau ou de la moelle épinière. Ses causes les plus fréqujentes sont ^ la distension forcée des fibres de la vessie, l'inflammation de ce viscère; une humeur rhumatismale, goutteuse, dartreuse ou psorique , fixée sur ses" parois ; la débauche et la vieillesse. Un caractère dislinctif de celte maladie lorsqu'elle est simple, sans vice dans l'urètre est, la facilité avec laquelle on introduit la sonde jusque dans la vessie. L'âge des malades, leur tempérament, l'histoire de leur vie, peuvent concourir à la faire connaître et à juger de ses suites. Elle ofl're deux indications curatives principales; procurer l'évacuation des urines, et redonner du ton à la vessie , ou lui faire recouvrer sa contractililé. Ces indications peuvent se remplir par les mêmes moyens , seloi^ les causes qui produisent la paralysie de ce viscère. Considérons ces causes séparément ; apprécions leurs effets et les moyens d'y remédier.
I)e la paralysie de la vessie par l'affection du cerveau , de la moelle e'pinicre, et des nerfs de la vessie à, leur origine ou dans leur trajet. — Les personnes frappées d'apoplexie et d^ paralysie du corps , lorsqu'elles sont avancées en âge, ont quelquefois le canal intestinal et la vessie en même temps paralysés. Elles ne rendent ni excréments ni urines; si elles survivent, les urines commenccnl à couler en petite quantité ^;ers le quatrième ou le cinquième jour de l'accident; les linges, les draps en sont imbibés : on senl mèmç qu'elle^
tRAItR
sortent de l'urètre en remuant le corps du malade , ou en lui comprimant le ventre. Que les jeunes chirurgiens ne se laissent pas induire en erreur par ce léger écoulement d'urine; il y a souvent un grand amas de cette humeur dans la vessie : elle n'en sort que par regorgement. Moi gagni cite des exemples de celle méprise [De sed. ep, 5, art. 6; et cp. 6G, art. 12). Comme ces sortes de malades boivent peu, il se liltre une très-petite quantité d'urine dans les reins; elle s'amasse lentement dans la vessie, qui, privée de son irritabilité, ne peut réagir. Après avoir rempli et distendu ce viscère, celle qui afflue de nouveau par les uretères force la partie surabondante de ce liquide à s'échapper par le col vésical et par l'urètre oii elle ne trouve d'autre obstacle que la résistance naturelle du sphincter de ce col et celle du canal. Ainsi la vessie se vide à proportion quelle s'emplil, l'urine s'écoule presque continuellement; et cet écoulement trompe les personnes qui assistent ces malades , et les gens de l'art qui se lient à leur rapport et qui n'examinent point attentivement la tumeur que forme la vessie au-dessus du pubis.
J'ai été appelé en 1779 pour saigner au cou un apoplectique âgé de cinquante ans. Depuis quatre jours, il élait sans connaissance et paralysé. On l'avait saigné au pied; on lui avait donné, les deux premiers jours de son attaque, douze grains de tartre slihié, des lavements très-stimulants, sans avoir pu procurer d'évacuation, ni par haut ni par bas, et sans qu'il eût uriné. Ce ne fut qu'après l'action des vésicatoires mis aux jambes et aux cuisses , qu'on trouva sa chemise et les draps imbibés d'urine. On Dépensait point quelesurines fussentrelenuesdansla vessie: leur rétention était cependant sensible, car la vessie formait au-dessus du pubis une tumeur où l'on sentait l'ondulation d'un liquide; je fis même couler l'urine par la verge en comprimant la région hypogaslrique.
On consentit à laisser sonder le malade. Pendant que je fus chercher des sondes il rendit un peu d'urine, et l'on eut encore des doutes sur la nécessité de le sonder. Après avoir démontre que les urines ne sortaient que par regorgement, je le sondai, et il s'évacua ]ilus d'une pinle d'urine. Cet homme était très-repict : il avait la verge longue et le canal de l'urètre ample. Je me servis d'une sonde en S, à gros diamètre et à
long bec. Etant parvenu dans le bulbe de l'urètre et l'ayant abaissée pour suivre la direction du col de la vessie, elle ne put y pénétrer de suite; et, en la mouvant, il me sembla que son extrémité interne se trouvait dans une espèce de vessie, tant ce canal était large et mobile en cet endroit (l). Il fallut tirer fortement la verge sur la sonde en l'embrassant à pleine main pour éviter les replis de l'urètre, et pour conduire cet instrument dans la vessie. Le malade recouvra la connaissance, les évacuations alvines devinrent abondantes ; les urines continuèrent à couler librement par la sonde, qui ne fut retirée que le dixième jour pour la nettoyer. On la laissa dans la vessie ])endant trois semaines, ayant soin de faire des injections d'eaux de Calaruc mêlées avec la décoction d'orge.
L'action de ce viscère se rétablit par degrés à mesure que les muscles des extrémités recouvrèrent leur force motrice.
Il est hors de doute que la vessie de cet homme a été paralysée à l'instant de l'attaque apoplectique survenue pendant la nuit à la suite de l'ivresse. Il ne s'était jamais plaint de dithculté d'uriner. Les vésicatoires ont pu ranimer l'irritabilité de la vessie, et déterminer l'expulsion d'une partie de l'urine retenue :
mais l'action des canlharides sur ce vis-
(1) Cette circonstance se rencontre principalement chez les hommes irèsgras, dont la prosiaie plus volumineuse qu'à l'ordinaire soulève et enfonce le col de la vessie derrière le pubis. Les gens de l'art peu expérimentés, voyant la sonde baissée obéir à des mouvemenis latéraux et de bascule qu'ils lui impriment, croient qu'elle est dans la vessie, tandis qu'elle n'en a pas fi-anchi le col, et que son extrémité interne se trouve bornée dans le bulbe. Leur erreur peut être préjudiciable au malade, si la rétention de l'urine est complète : il arrive quelquefois que l'irritation produite par la sonde sur l'urètre excite la contraction de la vessie, au point de surmonter l'obstacle que son col oppose à l'issue de l'urine ; il s'en écoule une petite quantité qui soulage le malade, et elle continue à s'échapper jusqu'à ce que les accidents de la rétention, devenant plus graves, obligent d'avoir encore recours à la sonde.
On emploiera alors une algalic plus longue, et qui ail environ onze pouces; on la dirigera dans le col vésical, on l'appuyant du côté du pubis ci en la soutenant à l'aide du doigt enfoncii profond^mont dans lo rectum.
DES MALADIES DES
cère n'a pas M de longue durée, ni nsscz puissante pour rappeler toutes ses forces conlracliles, puisqu'il contenait plus d'une pinle d urine lorsque la sonde a été introduite. Les urines n'ont commencé à couler entre cet instrument et l'urètre que le quinzième jour.
J'ai vu un autre étal de paralysie de la vessie, dans un cas d'apoplexie, cliez une femme âgée de soixante-huit ans. On me manda le troisième jour de son attaque l)Our lui appliquer des vésicatoircs aux jambes. Occupé de l'étude de la nature des urines dans l'état de maladie, je désirai examiner celles de celte femme.
On me dit qu'elle n'avait point uriné depuis son accident. Comme elle n'avalait presque pas de boisson, on n'était pas surpris de la suppression d'urine. Je trouvai la région hypogastrique tendue, et proéminente par la vessie tuméfiée et pleine d'urine. On reconnut la nécessité de donner issue à cette humeur. Je sondai la malade; il s'évacua environ deux pintes d'urine rougcàtre d'une odeur d'ammoniaque, et qui verdit le papier teint de fleurs de mauve. Cette malade est morte le neuvième jour sans avoir uriné que par la sonde. — Nous ne connaissons pas de faits de paralysie de la vessie à l'occasion de coups violents à la tète, suivis de commotions du cerveau, d'épanchement de sang ou de pus dans le crâne (1). Nous avons observe cette paralysie ou ses effets sur des sujets tombés de haut, dont le crâne avait souffert line Forte percussion, cl qui avaient des contusions en diiïérentes parties du corps. Ce n'est point alors l'alTeclion du
(1) Je puis citer l'observaliou suivante, d'un jeune homme de quatorze ans, qui, frappé à la tôle par l'a porte d'une grange d'un Irés-grand poids, qui s'èlait échappée de ses gonds , et sous laijuclle il fui piis, perdii connaissance et demeura qualro jours d;ins un assoupisscmenl profond, avec respiration slerioreu.se, pouls faible et rare, inouveraenis convulsil's fies membres supérieurs; suppression des urines, qui, ;iinsi que les selles, avaient été involoniairement rendues au moment de l'accidciii. Co malade avait, en outre, une plaie demi-circulaire qui intéressait la peau et les muscles sous-Jaccnis, et qui s'étendait de l'os occipital, en passant sur lu partie inférieure du pariétal gauclm, jusqu'au frontal; et une fonc contusion avec fracture de l'os do la pommelle du mémo Chopait.
VOIES UllINAIRES. 257 cerveau, mais la commotion de la moelle épinière, ou la lésion des nerfs du bassin, qui all'aiblil l'action de la vessie, et fait cesser la conlractililé. — Un enfant de dix ans tomba en mars 1781 d'environ douze pieds de hauteur sur le pavé. Je le vis le cinquième jour de sa chute. Il était dans l'assoupissement; il jetait quelquefois des cris très-aigus; il avait le côté droit du corps paraly-é. On avait pratiqué une incision cruciale sur une tumeur sanguine située à la partie moyenne du p:)riétal droit; il n'y parut point de fracture. Deux saignées avaient été faites. On donnait une boisson émélisce à laquelle on venait d'ajouter du nilre , parce que l'enfant n'avait point uriné depuis deux jours. Le ventre était tendu. En palpant la région hypogastrique, je sentis au-dessus du pubis nue tumeur ovalairc, peu souple, et formée par la vessie remplie d'urine. Je sondai cet enfant; il s'évacua pi ès d'une livre d'urine rougeàlre el liouhle. La fumeur disparut, et le ventre fut moins tendu. Il ne s'écoula poinl d'urine pendant la journée, quoique le blessé eûl bu abondamment. Je le sondai de nouveau le soir, el il sortit à peu prèi la même ([uanlilé d'urine. Les symptômes de la compression du cerveau étaient dans le même clat. Il ne paraissait à la tète aucun indice qui pCit déterminer à trépaner dans un lieu plutôt que dans un autre. On la couvrit d'un cataplasme; le lendemain il s'écoula de l'urine par l'urètre , en pressant la région hypogastrique. L'enfant mourut dans la nuit. Son corps fut ouvert; il se trouva un cpanchement de sang sur la pie-mère djns la fos^iB pcci-
côté. On combattit les accidents de la commotion cérébrale par les saignées, les vésicaloires à la nuque et sur la tôle, el les sinapismcs aux jambes. Le deuxième jour, la vessie, remplie outre mesure, formait une tumeur arrondie, trés-sensiblc au toucher, cl qui occupait toute la région hypogastrique. Je sondai le malade avec une grande facilité, je liriii environ un litre d'urines noirâtres. Je lis faire queh|ur's friclioiis sur l'abdomen avec Ufi lininienl amnioniacé, auquel j'ajoutai nu gros do leintm'e do cantliarides. ,Te renouvelai le londcinaiii l'opération do la sonfic. Le quatrième jour l'assoupissement se dissipa; les urines reprirent par degrés leur cours, çt après divers accidents le malade a recouvré la santé. t". V,
TÂAITÉ
pitalc du côté gauche. Le lol)e postérieur et gaucho du cerveau était mollasse, livide; les poumons gonflés de sang. Tout le tube intestinal parut trèsdistendu par un fluide aériforme ; il était blanc, sans altération particulière. La vessie contenait beaucoup d'urine ; ses parois étaient flasques, minces, blanchâtres comme dans l'état naturel. L'orifice des uretères avait acquis un tel diamètre qu'il fut fucile d'y introduire uue grosse sonde. Ces conduits étaient remplis d'urine ainsi que les reins, qui avaient le double de leur volume ordinaire. Le tissu cellulaire du péritoine , le long des vertèbres lombaires et du sacrum, était inliilré de sérosité rougeàtrc. J'ai regret de n'avoir point ouvert la colonne vertébrale ; on aurait pu y découvrir la cause de la paralysie de la vessie dans cet enfant. La rétention de l'urine qui en était l'effet provenait sans doute de la lésion des nerfs de ce viscère , puisqu'il n'avait aucune marque d'infl'immalion, ni d'autre vice apparent (jui pût retenir les urines. L'indication de les évacuer a été remplie un peu tardivement. On avait observé la tension du ventre sans distinguer la tumeur que formait la vessie au dessus du pubis ; mais quand on aurait reconnu l'existence de cette tuméfaction , et procuré plutôt l'évacuation de l'urine retenue, on n'aurait pu sauver cet enfant, qui était blessé mortellement.
La commotion de la moelle épinière, par l'effet des chutes sur le dos ou sur Je bassin , occasionne souvent la paralysie de la vessie et la rétention de l'urine. Nous n'en citerons que deux exemples. Le premier a été communiqué à l'Académie royale de chirurgie en 1775.
Un homme voyageait dans une chaise de poste. Sa voilure est renversée. Il tombe dans un fossé profond. 11 éprouve une secousse violente dans tout le corps. Il a différentes contusions aux extrémités , au dos et aux fesses. On le saigne et on lui administre d'autres secours convenables. Les urines, dont le cours avait clé interrompu pendant vingt-quatre heures, coulent eu petite quantité à la fois et après elïorls de respiration. Au bout de six jours, le blessé se trouve en état de continuer sa route. Arrivé à Paris, il consulte sur la lumi'faclion de son ventre et sur la difficulté qu'il éprouve à uriner. On remarque au-dessus du pubis une tumeur molle , indolente, et oii l'on sentait un liquide. La situation
et la nature de celle tumeur, la fréquence et l'écoulement presque involontaire d'une petite quantité d'urine, ne laissent aucun doute sur l'accumulatiou et la rétention de cette humeur par la paralysie de la vessie. On conseille l'usage de la sonde. Cet homme, qui urinait, mais par regorgement, ne croyait point Être attaqué de cette maladie. Il se soumet enfin à se laisser sonder, et reconnaît, par l'évacuation abondante de l'urine et la disparition de la tumeur du ventre, la justesse du jugement du chirurgien qui le soignait. Comme il n'y avait aucun vice préexistant dans la vessie , ni lésion dans les parties voisines, et que peut-être tous les nerfs de ce viscère n'avaient point été affectés par la commotion, sa conlractilité se rétablit par degrés dans l'espace de six semaines à l'aide de la sonde et d'injections légèrement stimulantes avec la décoction d'orge et les eaux de Balaruc.
Le second exemple offre plus de circonstances à rapporter. En septembre 1784 un couvreur, âgé de vingt-cinq ans, tomba à Belleville, près Paris, d'un toit élevé de quarante pieds sur des pierres dans une cour. Il fut ([uelque temps sans connaissance. On lui trouva les extrémités inférieures paralysées, le poignet du côté droit luxé, et une plaie de ce même côté à l'occiput; ce qui fit juger qu'il était tombé principalement sur le côté droit du corps. Le blessé venait de dîner : il ne fut saigné que dans la nuit. Le lendemain ou remarqua une ecchymose considérable à la verge, au scrotum, le long du dos jusqu'à la partie moyenne des cuisses. W'ayant point uriné, on le sonda, et il s'évacua près de trois pintes d'urine rougcàtre. II fut saigné trois fois dans la journée ; on appliqua sur les ecchymoses des résolutifs. Pendant deux jours, il n'y eut aucun changement; la vessie et les extrémités inférieures restaient dans l'inaction; on substitua une sonde en S à la sonde courbe ordinaire, et l'on évacua les urines toutes les trois heures. Après avoir fait un Uniment d'ammoniaque et d'huile sur la région des lombes et du sacrum, il s'éleva beaucoup de phlyctènes, qui étant percées fournirent environ une chopine d'eau sanguinolente. Comme le malade n'allait point h la selie, quoiqu'on lui donnât des lavements stmuilants, on lui lit boire une eau minérale avec le tartre slibié et le sel d'Epsom, ce qui procura une évacuation considéra-
DES MALADIES DES
bic de matières fécales. Il parut sur la région du sacrum uue eschare ganf^réneusc, large de quatre travers de doigt; on y fit des scarifications, et l'on pansa avec un digestif composé d'onguent œsypliac, etc. Le huitième jour de la chute, les extrémités inférieures recouvrèrent leur force motrice; les urines, qui avaient été bourbeuses et rougeâtres, devinrent noires comme de l'encre et continuèrent d'avoir cette couleur pendant six jours, on jugea que c'était un ell'et de la résorption du sang infiltré dans le bassin. Le 26, je vis ce blessé; la vessie était paralysée; les urines ne sortaient que par la sonde; en ôtant le bouchon de cet instrument, une parlie s'écoulait sans efforts par leur propre poids, et le reste s'évacuait par l'action des muscles abdominaux et du diaphragme ; elles étaient alors d'une couleur naturelle, mais très-glaireuses. On faisait depuis quelque temps dans la vessie des injections avec l'eau d'orgo, le miel rosat et l'eau vulnéraire. Je conseillai l'usage des eaux de Balaruc, tant en boissons qu'en injections. Le blessé n'en relira aucun bienfait. Je lui mis une sonde de gomme élastique, au lieu de celle d'argent; il la trouva plus commode, moins pénible, surtout quand il se remuait dans le lit, ou qu'il se levait. L'action des ^ros intestins restait toujours faible; les évacuations slercorales ne se faisaient qu'au moyen de lavements, et encore était-on souvent obligé de tirer avec les doigts les excréments endurcis qui bouoliaient l'anus; la perte de l'irritabilité de cette pirtie était si grande que le malade n'y sentait pas l'introduction des doigts, et ne souflTrait aucunement des efforts qu'on faisait pour extraire ces excréments. Après la guérlson ilc l'ulcère du saci um , il put vaquer à ses allaircs ; mais il n'urinait point sans la sonde. Pour faciliter l'expulsion coraptè'e de l'urine , il faisait agir si fortement les muscles du ventre et le dia|)hragme, que son visage devenait très-rouge; il s'y éleva beaucoup de boutons, et les vaisseaux de la tète furent très dilalés par le sang. Ce couvreur, se trouvant le ijuatriéme mois de sa cliulc dans le même étal de paralysie de la vessie et du reclum, je l'engageai de subir le traitement électrique du sieur Ledruaux Célcstins. J'ai assisté plusieurs fois à l'administration de ce traitement. On tirait de.s étincelles électriques du front, des tempes, du cou, du dos, du
sacrum ; celles de ces dernières parties causaient une commotion dans le bassin, au pubis et à la verge. Elles excitaient des tressaillements convulsifs et la sueur. Le dixième jour, ce couvreur urina sans sonde et presque à volonté, mais en faisant des efforts violents de contraction des parties abdominales; il n'évacuait qu'une partie des urines, car en remettant la sonde dans la vessie après avoir uriné de cette manière, il en rendait à peu près la même quantité ; avant ce traitement, quels que fussent ses efforts, il ne pouvait uriner sans la sonde. Yoilà le seul effet qu'il ait éprouvé de l'électricité continuée pendant trois mois; elle n'a rétabli, ni l'action de la vessie, ni celle du rectum; la constipation a été la même; les excréments ne sortaient souvent qu'à l'aide des doigts ou après avoir été délayés par des lavements; ce malade en rendait quelquefois de liquides , mais involontairement et sans avoir la sensation de leur expulsion. Une partie de ses urines s'écoulait par reg^orgement et sans qu'il le sentît; et il était obligé de se sonder plusieurs fois dans la journée. L'année suivante, il alla prendre les eaux de Plombières, et n'en éprouva aucun bien; on lui conseilla celles de Bonrbonnc , elles le soulagèrent. Après vingt-sept jours de douches sur la région des reins, du sacrum, il commença à jouir de la sensibilité dans ces parties; il a eu de faibles érections de la verge ; l'éjaculation séminale s'est faite, mais la semence sortait en bavant. Le ventre est devenu un j)eu libre, les lavements d'eau ont favorisé davantage l'expulsion des matières fécales; les urines étaient moins rouges, plus abondantes, mais elles ne s'écoulaient qu'au moyen de la sonde. Les boutons du visage se sont dissipés; enfin il a acquis de l'embonpoint, de la force. Le soulagement qu'il a éprouvé des eau.x de Bourbonne, tant en douches qu'en injections et boissons, l'a porté à y retourner pendant trois ans dans le mois de mai. L'action de sa vessie ne s'est point rétablie; il est encore obligé de se sonder trois ou quatre fois dans la journée; il rend peu d'urine par regorgement; il ne peut retenir les lavements; il est quelquefois très-constipé, d'autres fois il a des débordements bilieux, et souvent des sueurs abondantes; ce qui l'attriste le plus, c'est d'être privé des ficuilis viriles. Malgré ses infirmités, il exerce son état.
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11 idsullc lie ee fait, que la paralysie (.les exlrémilés iiiférieiucs peut accompagner celle de la vessie dans les coiuniolions violentes de la moelle épinièrc ou des nerls du bassin, et qu'alors l'action de la vessie ne peut se rétablir ni par l'éleclricilé ni par les injections stimulantes, et que la sonde est absolument nécessaire pour évacuer l'urine accumulée et retenue dans ce viscère, — La paralysie de la vessie survient encore dans lis luxations et dans les fractures des verlè'.ires dorsales et loiiibaires (voyez les observations de Morfjagni, De sed. , cp. 62, nrL. 34; ep. 6 i, art. 2-G; ep. 50, art. 36). Elle a quelquefois Jieu dans la courbure violente de l'épine, lorscjue la substance médullaire a souffert une gr;inde distension. Celle maladie peut aussi être l'effet de la compression de la moelle épinière par du sang, du pus ou de l'eau, épancbés dans le canal vertébral ; par le gonflement des os qui forment ce conduit ; par leur affaissement et leur cbangement de forme à la suite de l'érosion, de la carie de leur corps ; enfin par des tumeurs squirrbeuses, stéaloniateuses ou de toute autre nature, situées sur le trajet des nerfs qui se distribuent à la vessie. Il n'est pas nécessaire que tous les nerfs qui se ramifient dans ce viscère soient affectés pour que cet eû'et ait lieu. La compression de quelques-uns de ces filets nerveux suffit pour affaiblir l'action de la vessie et la rendre impuissante contre la résistance naturelle que les urines trouvent à leur passage.
L'insensibilité et la faiblesse des extrémités inférieures accompagnent presque toujours la paralysie de la vessie dépendante de l'affeetion de la moelle épinière ou de ses nerfs. Quelques malades ont d'abord une incontinence d'urine, puis ils n'en rendent que peu ou point; d'autres, après la rétention de ce liquide, urinent par regorgement. Comme ils souffrent peu, ils ignorent leur état : il en est même qui ne se plaignent d'aucun dérangement dans les fonctions des voies urinaircs, quoique la vessie soit pleine d'urine cK forme une tumeur audessus du pubis. Instruit que cet accident est ordinaire dans ces sorles de maladies, le chirurgien doit s'informer si le cours des urines n'est point altéré ou interrompu, et s'assurer, soit en louchant la région du pubis, soit en inlroduisant une sonde dans la vessie, si elles n'y sont pas accumulées et retenues.
Celte espèce de paralysie de la vessie n'élant que symplomalique , est peu grave en elle-même ; mais elle est trèsdangereuse relativement à la cause qui l'a produile. L'observation a appris que les affections de la colonne vertébrale, compliquées de la lésion de la moelle épinière, sont souvent mortelles. — IL est toujours facile de suppléer, par l'usage de la sonde, au défaut de contraction de la vessie et d'évacuer les urines : mais ce secours n'est que palliatif. La vessie ne recouvrera la faculté de se coniracter, que lorsqu'on aura fait cesser la cause de sa faiblesse. C'est donc vers cette cause qu'il faut diriger le traitement principal, et il doit varier selon la nature et l'étendue du désordre. Dans les chutes sur la colonne vertébrale avec alTection de la moelle épinière, qui se manifeste par la paralysie de la vessie et des extrémités inférieures , M. Desault emploie avec succès les ventouses scarifiées. Il en fait appliquer à la fois trois ou quatre sur l'endroit où le coup a porté et sur les parties voisines; et il multiplie les scarifications selon les forces du malade. Il réitère quelquefois dans le même jour l'application de ces ventouses, et en continue l'usage plusieurs jours de suile. Il emploie les ventouses sèches lorsque la faiblesse du malade ne permet plus de répéter les saignées locales. Les contusions profondes et les fractures des verlèbres peuvent exiger des incisions pour donner issue au sang exlravasé, et pour extraire des fragments qui blessent la moelle épinière. Nous n'entrerons pas ici dans le détail des remèdes qu'exigent les diverses affeclions de la colonne vertébrale : cette exposition nous écarterait trop du but que nous nous proposons.
Pendant le traitement local de ces maladies , la vessie peut recouvrer son action, et l'on en juge par la sortie des urines entre la sonde et le canal de l'urètre. On discontinue alors l'usage constant de cet instrument dans ce viscère. Le malade doit satisfaire sur-le-champ aux besoins d'uriner ; et si la vessie ne peut expulser la plus grande partie de l'urine qu'elle contient, il aura recours à la sonde pour l'évacuer complètement, et empêcher que par son séjour elle n'entretienne la faiblesse de ce viscère. Malgré les secours de l'art les plus appropriés, on ne peut quelquefois obtenir la guérison de cette espèce de paralysie. Voyez ci-dessus l'observation du cou-
DES MALADIES DES
vreur dont le ressort de la vessie fut perdu sans ressource, et à qui la sonde fut nécessaire le resie do sa vie.
De la paralysie de la venue par la distension forcée de ses fibres. — Les personnes qui, par honle, par paresse , par distraction ou par loul autre motif, négligent de satisfaire le premier besoin d'uriner; celles qui se trouvent pcniJant quelque temps, par un embarras passager de l'urèlrc , dans l'impuissance de remplir celle fonction, s'exposent à la faiblesse et à la perle de l'irritabilité de la vessie par l'allongement forcé de ses fibres. L'urine n'étant point expulsée et s'accumulanl dans la cavité de ce viscère en dilate excessivement les parois, en affaiblit le ressort et la contractililé. La vessie, quoique saine d'ailleurs, ne peut plus alors se contracter avec assez de force pour revenir entièrement sur elle-même et pour cbasser l'urine qu'elle contient. 11 en résulte la rétention de ce liquide qui, dans celte occ urence, pourrait être appelée secondaire , puisqu'elle est toujours (irécédée et produite par une rétention primitive. Parc a observé cette maladie : « Pour auoir retenu trop longuement l'vrine, au moyen de quoy la vessie est.mt extrêmement pleine, l'vrine ne peut sortir, à cause que le conduit est reslrecy cl rendu plus angusle : ioinct que la vertu expullrice ne peut comprimer la vessie pour ietler ce qui est contenu, à raison de la grande dilatation d'icelle, et de la douleur qui débilite et abbat in onlinent toules les vertus de la partie assiégée : et parlant il se fait entière suppression d'vrine. Ce qu'on a veu aducnir à plusieurs : et encores nagueres à vu ieune seruileur qui reuenoit des champs, menant en croupe vne honnesle damoiselle sa maistresse bien accompagnée; el estant à clieunl luy peint vouloir de pisser : toutesfois n'osoit descendre , et moins encore faire son vrineà chcual. Estant arriué en cette ville, Paris, il voulut pisser, mais il ne peut nullement : et auoit de très-grandes douleurs et espreinlcs, auec vne sueur vniuerselle, et tomba presque en syncope, lît alors l'on m'enuoya quérir : et disoit-on que c'esloit vne pierre qui l'cngardoit de pisser : et estant arriué luy mis vne sonde dc lans la vessie , et pressai le ventre : et par ce moyen pissa enuiron une pinte d'eau : et n'y trouuny aucune pierre, et depuis ne s'en est senly. » {Liv. 17, chap. 50, pag. 412.) — La rétention d'urine qui produit celle
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paralysie ne détruit point ordinairement la sensibilité de la vessie. Ce viscère, dont les parois sont excessivement dilatées, éprouve de i'irritalion par le séjour et l'acrimonie de l'urine; il y survient de rinllaramation , le nia'ade y ressent des douleurs vives ; il a des envies fréqiieiiles d'uriner, auxquelles il ne peut satisfaire; et, si l'on ne sc bâte d'évacuer les urines , les accidcDis les plus fâcbeiix de la rétention de celle humeur se manifesleronl. Fabrice de Ilildeu raconte, d'après Toxolius, quf; Tycho Brahé , étant d'un banr|uel h Prague , se trouva retenu plus de temps que ses forces et son genre de vie ne lui permettaient. Ce célèbre mathématicien s'efforça, par scrupule, de retenir ses urines. Après les avoir gardées long temps, il vil un lieu propre à débarrasser sa vessie; mais il ne lui fut plus possible d'uriner. Si vessie s'er^flamma, et il mourut [Ue tithot. lib. cap. 3, 710) (l).
L'indication que présenter.l celte espèce de paralysie et la rétention de l'urine , est d'évacuer promplement ce liquide au moyen de la sonde. On pourrait souvent attendre en vain l'effet des toniques appliqués à l'extérieur ; et l'usage des boissons diuréliques propres à éveiller l'action des fibres de la vessie ne ferait qu'augmenter l'accumulalion de l'urine s^ins en produire l'excrétion.
Comme il n'y a point de vice étranger à
Cl) J'ai observé bien des fois la rétention d'urine produite par la cause dont il s'agit, lin voici un exemple qui se rapproche assez de celui de Fabrice do Ililden et par le sujet et par le résultat. Le secrétaire perpétuel de l'Académie des iiiseriplions el belles-lcHres que naguère on a eu lant de peine à remplacer, Daunou, a succombé aux effels d'une rétention d'urine survenue de celle manière.
Un jeune minisire dont il ressoriissait comme direcleur des archives de Franco l'ayant, pour visiter de nouvelles constructions , tenu sur pied près de cinq heures, l'illuslre vieillard se trouva après celle station prolongée, dans l'impossibilité absolue de satisfaire au besoin d'uriner. Sondé avec habileté par son médecin ordinaire, M. le doeleur Artaui, il voulut garder plusieurs jours de suiio une grosse sonde à demeure; et soit pour celle raison, soit pour d'autres, il fut bientôt atteint d'une urélrocystitc des plus intenses, et à quelques semaines do lù il n'existait plus. S.
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combattre, l'évacuation prompte de l'urine hâtera le rétablissement du ressort et de la contractililé de ce viscère ; on y laissera quelque temps la sontle à demeure. Quoique son seul us;ige puisse Bufhie pour obtenir la guérison, on seconde ordinairement ce moyen par les diurétiques chauds , pourvu toutefois qu'il n'y ait point de symptômes inflammatoires. Ces diurétiques sont la pariétaire, les baies d'alkckcnge , le cerfi:uil, le chardon rolaiid, l'oignon de sciile, etc. On les donne en décoction dans de l'eau, qu'on édulcore avec du miel ou du sirop des cinq racines apérilives. Si ces boissons et l'usage bien dirigé de la sonde ne sufTisaient pas pour exciter les contractions de la vessie , on aurait recours aui bains froids, à l'eau à la glace jetée sur le bas-ventre , sur le périnée et la partie supérieure des cuisses ; on appliquerait sur ces mêmes endroits des compresses trempées dans du vinaigre ; on ferait sur la région hypogastrique des frictions sèches ou avec un mélange d'un gros d'ammoniaque et d'une once d'huile d'amandes douces , ou avec un scrupule de teinture de mouches cantharides sur deux onces de celte huile. Si ces moyens ne réussissaient pas encore pour faire recouvrer à la vessie sa force contractile, on appliquerait un large emplâtre de cantharides vers la partie inférieure des lombes et la partie supérieure du sacrum, ou, ce qui serait aussi efficace et moins incommode pour le malade, sur la'région hypogastrique. Comme on ne se proposerait, dans l'emploi de ce vésicatoire, que de stimuler les fibres de la vessie, on le laisserait douze h quinze heures, et l'on éviterait de le faire suppurer en n'enlevant point l'épiderme sur l'endroit où il aurait été appliqué ; et en recouvrant cette partie de linges secs, on pourrait, sous peu de jours , reitérer sur le même lieu l'applicalion de cet emplâtre de cantharides. Avant de cesser l'usage de la sonde, il faut s'assurer si la vessie se vide, sans le secours de cet instrument, de toute l'urine qu'elle contient; car on ne saurait fixer le terme oii ce viscère aura recouvré la faculté de se contracter. Ce terme varie suivant l'ancienneté de la maladie , l'âge et le tempérament des malades : chez les uns, la guérison s'opère en quelques jours ; chez les autres, elle se fait attendre plusieurs semaines et plusieurs mois. Quelquefois même le ressort de la vessie est perdu sans ressource, et la sonde devient
nécessaire le reste de la vie. Lorsque, dans cette maladie, la vessie s'cnllamine, on comlial l'inflammation , après l'évacual on des urines, par les adoucissants, les relâchants, comme il est marqué plus haut, et l'on n'emploie les toniques qu'après la disparition de ces symptômes.
De la paralysie de la vessie par riiiflammalion de ses parois. — En traitant de l'inflammation de la vessie , nous avons dit que l'action de ce viscère s'affaiblit par cet état, qu'il perd sa contractililé de même que tous les organes musculaires enflammés. En effet, on ne voit jamais un muscle enflammé se contracter ; si on le force d'agir, il ne peut exécuter que de faibles mouvements. Les chirurgiens, en ouvrant des cadavres, ont remarqué que dans les inflammations de bas-ventre les intestins phlogosés n'étaient ni rétrécis ni resserrés sur eux-mêmes; ils les ont trouvés constamment distendus. Ils ont pu observer aussi que chez les sujets morts de rétention d'urine, occasionnée par l'inflammation de la vessie, ce viscère était d'une grandeur extraordinaire et disproportionnée à la quantité du liquide qui restait dans sa cavité. On ne doit donc plus croire présentement que la vessie enflammée et plus sensible acquiert plus d'énergie , et se contracte avec plus de force qu'avant cet état; elle est au contraire impuissante et cesse d'agir jusqu'à ce que la phlogose de ses parois soit dissipée. Cette faiblesse ou paralysie qui dépend de l'inflammation , survient promptement chez les personnes pléthoriques, d'un tempérament sanguin et bilieux , surtout après un excès de via ou d'autres liqueurs spiritueuscs , après l'abus des diurétiques échauffants. Elle produit la rétention de l'urine. Celte espèce de rétention se déclare subitement et se reconnaît : 1 ° aux envies fréquentes d'uriner; 2° ;i la douleur aii^uë que le malade éprouve dans la région de la vessie, douleur qui augmente par les efforts qu'il fait pour uriner, et qui s'étend dans la région des reins, et le long de l'urètre jusqu'à l'extrémité du gland ; 3" à la fréquence et à la dureté du pouls et aux autres symptômes de la fièvre; 4» au redoublement de la douleur, quand on louclie et qu'on presse la région hypogastrique ; 6» à l'introduction facile de'^la sonde dans la vcisie; (i" aux douleurs vives qu'exciîe le contact de cet instrument contre les parois de ce viscère j 7" à la couleur rouge et enflam-
DES MALADIES DES
mtie des urines ; 8" cnfm à l'absence des signes propres aux autres espèces de réteulions.
Celte maladie exige les plus prompts secours. Il est urgent d'évacuer les urines dont la présence est une nouvelle cause d'irritiition. L'introduction de la sonde doit se faire avec beaucoup de ménagement, et surtout avec l'intention de ne l'enfoncer qu'autant qu'il est nécessaire pour (jucses yeux ou ses ouvertures latérales débordent le col do la vessie; afin d'éviter que le bout ne touche les parois de ce viscère, dont la sensibilité est alors extrême. Après avoir donné issue aux uriues , on ne retirera point sur-le chanij) la sonde, à moins que le malade ne puisse la supporter. On combattra les symptômes de la cyslite par les saignées du bras répétées, les sangsues appliquées au périnée , les lavements émollients , les fomentations sur le basventre , les biinî et lesboissons adoucissantes, comme les émulsions, le petitlait, l'eau de veau, celle de poulet ou de gomme arabique.
Un jeune homme d'une foi lc constitution avait une gonorrliée inflammatoiie avec cuissons en urinant , et des érections très-douloureuses, etc. Un soldat qui s'était guéri plusieurs cliaudepisses en buvant de l'iuiile de térélientliine, lui eu fit prendre trois onces dans l'espace de douze heures. Il survint une vive inflammation aux voies urinaires. Ce malade jetait des cris perçants, et faisait de violents efforts pour uriner; cependant il ne rendait point d'urine. Il avait une fièvre ardente, la gorge sèche, quoiqu'il bût abondamment. On lui tira six palettes de sîingdans l'esp ice de trois heures : on le mit dans un bain; mais il ne put y rester. Le soir, on m'envoya chercher pour le sonder : il n'avait point uriné depuis Irentc six heures; son ventre était tendu, la région hypogastrique si douloureuse , qu'on ne pouvait la toucher s ms augmenter ses douleurs : il me parut urgent de donner issue aux urines, je le sondai avec une algalie orJin lire et d'un moyeu calibre; il sortit près d'une pinte et demie d'urine très-chauJe, rouge et trouble; je fixai la sonde d'une manière lâche et sans qu'elle fût enfoncée trop avant : le malade ne put la supporter plus d'un quart-d'beure; il sentait de vives cuissons dans la vessie et dans l'urètre. Après avoir retiré cet instrument, il s'écoula beaucoup de sang de ce canal : je n'a- \ai? cependant pas éprouvé de dilliculté
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pour y conduire la sonde. On fit une nouvelle saignée , des fomentations sur le ventre, et on continua la boisson d'orgeat. Au bout de trois heures on vint me chercher. Le malade souffrait horriblement à la région des reins et de la ves-ie : il faisait de vains efforts pour uriner. L'iiypogaslre était tendu et encore très-douloureux. Je le sondai avec une sonde de gomme élastique rempliepar un mandrin de plomb ; malgré l'ccoulemenl du sang par l'urètre, la verge était gonflée, et le canal lellement contracté ou rétréci , que j'eus de la peine à introduire cet instrument dans la vessie. Il s'écoula a peu près la même quantité d'urine, aussi ardente, aussi rouge que la première. Le malade soulagé supporta cette sonde. Je poussai doucement dans la vessie une injection faite avec une forte décoction de graine de lin et de tètes de pavots. Il n'y iiénclra pas deux, cuillerées, qu'il ressentit dans ce viscère une douleur si vive que je discontinuai l'injection. J'avais déjà observé que dans l'inflammation de la vessie, l'injection la plus douce excitait souvent de la douleur. La sonde étant fixée et bouchée,, le malade fut resaigné ; on lui donna un lavement de la décoction émollienle, et il prit vingt quatre gouttes de liqueur anodine de Sydenhani , dans deux cuillerées d'eau sucrée. Il passa tranquille-, ment la nuit. On eut soin de laisser sortir les urines, dès que l'envie de les rendre se manifestait. Le lendemain , il put supporter un bain d'une demi-, heure. Il eut un redoublement de fièvre avec une grande chaleur , suivi d'une éruption de larges pustules ronges sur tout le corps. Il but une infusion de bourr.ichc et de graine de lin. Il transpira. Les symptômes inflammatoires des voies urinaires diminuèrent, les urines ' devinrent troubles, glaireuses: les pustules se dissipèrent le septième jour de leur apparition. Voyant l'urine sortir entre la sonde et l'urètre , j'ôlai cet instrument; on ne fui plus obligé d'y avoir, recours. Le bon état du malade continua, et il guérit dans l'espace d'un mois sans.que sa gonorrhée reparût.
Ce jeune homme a risque de perdre la vie en prenant une dose aus.si forte d'huile de térébenth lue. Celle substance trèj-aclive, lrès-échaull',in!c, a irrité violemment la vessie, cl l'a enflammée au pouit de la rendre impuissanle ii la contraction. Il était temps d'évacuer les unnes. Le délai de leur évacuation est
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aloi's très-nuisible , parce que l'infl.iin nialioii s'accroît, (fi'jue les aiilres viscèri'S du vtMilri' el devient niorlclle. Lorsqu'à près queliiues lenliilivcs dirifjées métl>odi(|ueiuent , on ne peut souder le malade , il vaut mieux faire la ponclion de la vessie au-dessus du pubis, que d'attendre les effiiils de la nature , ou d'employer des reuièdos dont raclion serait alors trop lente et de fatiguer l'urètre avec la sonde, par de nouvelles épreuves toujours Irè-s-douloureuses, souvent dunjjereuseSjCl qui pourraient ne point rcus sir. Ijt's urines élaiit évacuées, ou laissera quelques minutes la sonde ou la canule du trois-quarls. iJi leur présence excite de la douleur, c'est une cause d'irritation qu'il faut éloigner ; ensuite on réintroduit la sonde toutes les trois ou quatre heures pour ne point laisser séjourner l'urine, dont l àcrelé enireliendrait l'infl.immalion Celle réintroduction de la sonde est ordinairement plus facile que la première : elle est aussi quelquefois plus pénible, il J" a même des circonstances ou l'on ne peut l'opérer sur-le-champ, quoiqu'on suive le mcme procédé.
Un homme âgé de quarante-siï ans , d'une constitution alhlélique, eut une rélention d'urine à la suite d'un excès des plaisirs de l'amour, de boisson de vin , de liqueurs spiritueuses. Nayant point uriné pendant toute la journée, et souQ'rant à la région des reins et de la vessie , il demanda mes secours. Il avait vomi des aliments non digérés , et beauctfup évacué par l'anus: son pouls était dur, fréquent, sa peau sèche, son visage rouge, ion ventre uniformément tendu et douloureux ; il faisait des efforts pour uriner, sans pouvoir satisfaire ce besoin. IS'e trouvant point la vessie proéminente au-dessus du pubis , je pensai qu'elle n'était pas distendue par une grande quantité d'urine , et que les douleurs dépendaient plutôt de l'irritiilion des intestins et de ce viscère, par la débauche, que de 1 1 rétention de ce liquide ; je l'engageai à se laisser saigner, malgré les symptômes de l'indigestion; je prescrivis des fomentations émollientes sur le ventre, des lavements et une boisson tliéiforme de fleurs de mauve. Ses souffrances augmentées pendant la nuit, le déterminèrent à m'envoyer chercher: je le sontlai avec facilité. Quoiqu'il eîit eu plusieurs gonon liées, et que souvent son urine sortît diflicilement a petit jet, et en se bifurquant, il n'avait pas cependant de
rétrécissement dans le canal de l'urètre. Il s'écoula environ une cliopine d'urine ardente, potirp-ée; la vessie me parut jielite. Je retirai la sonde. On continua les fomentations , etc. Le malade ne fut pas beaucoup soulagé de l'évacuation de l'urine. Je le vis dans la matinée; il avait un redoublL-menl de fièvre, des nausées, et les symptômes d'une inflammalion de bas- ventre; il fut resaigné.
Comme il av.iit des envies fréiiuenles d'uriner , et qu'il souffrait autant de la vessie que des autres parties voisines, je tentai de le sonder ; mais il me fut impossible d'introduire dans la vessie la même sonde en S qui m'avait réussi pendant la nuit, ni deux autres sondes de courbure et de diamètre différenls. Un n)édecin lui fit prendre un grain de tartre slibié dans une pinte de petit-lait, le malade évacua par haut et par bas. A midi je le sondai , sans éprouver beaucoup de difliculté; son urine était noirâtre et peu abondante. Il ne put garder la sonde que l e-paced'un quart d'heure. Le soir il eut le hoquet. 11 fallut encore le sonder. Je lui mis une sonde flexible d'argent ; celles de gomme élastique n'étaient pas encore inventées. Je fis d ms la vessie une injection mucilagineuse que le malade supporta sans accroissement de douleurs. La soude flexible étant assujettie, on applif|ua des sangsues sur des hém or rhoïdes qu'il avait à l'anus; il fut moins agité dans la nuit. Le ventre s'amollit , et le hoquet cessa pendant plusieurs heures; ensuite les symptômes inflammatoires reprirent de la force. O i eut encore recours aux sangsues. Le hoquet devenant plus fré([uent, les urines et la matière stercorale étant toujours noirâtres et d'une odeur très fétide, on employa le camphre, le kina , les acidulés. Ces remèdes , loin de soul.iger le malade, semblèrent aggraver ses maux, ou du moins la maladie putride résista à leur action ; elle fit des ])rogrès. Le ventre se niétéorisa davantage , une grande partie des boissons fut rejetée par le vomissement, il survint des sueurs; les extrémités se refroidirent; et après une agonie longue, cet homme mourut le septième jour de sa maladie.
Comme le public attribuait cette morlà la saignée faite dans le temps de l'indigestion,les parents me permirent l'ouverture du cadavre. M. Asselin , médecin , qui avait été ajipelé en consultation , y assista. Les parois du ventre étaient tendues comme un ballon, l'estomac et l'arc du colon étaient cxcessivemcut disleudus
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par un fluide aériforme;les autres intestins avaient moinsde volume, mais il y paraissait destachesrougeàlres, livides, surtout à la fin de l'iléum et au cœcuin : ils renfermaient une matière liquide, noirâtre et très-fétide, el beaucoup d'air ou de fluide élastique. La vessie était enfoilcée dans le bassin , ses parois avaient six à sept pouces d'épaisseur, et des marques de pliloijose moins apparentes en dehors qu'à la face interne , où l'on voyait beaucoup de vaisseaux capillaires remplis de sang. Le bout de la sonde flexible qui avait élé laissé en place, n'excédait le col de ce viscère que de trois à quatre lignes: ce col était rougeâtre de même que la tunique interne de l'urètre ; il ne parut pas d'autre vice à ces parties. Les reins avaient au moins le double de leur volume ordinaire, leurs cavités étaient pleines d'urine trouble et fétide; les uretères en contenaient aussi de la même nature. Il parut évident que cet homme était mort d'une inflammation putride des viscères du ventre, et que l'épiaisscur des parois de la vessie avait résisté à une grande accumulation de l'urine retenue dans ce réservoir lors de l'inflammation survenue après la débauche.
Il serait fastidieux d'ajouter ici les faits que donnent Bonnet, Mbrgagni sur l'inflammation de la vessie avec rétention de l'urine; ils ne serviraient qu'à appuyer la théorie que nous avons exposée. Quant aux suites de celle inflammation; lorsqu'elle s'accroît malgi c l'administration méthodique des secours de l'art, lorsqu'elle est accompagnée de hoquets et de vomissements et se continue au delà du sixième jour de son invasion, là vie du malade est dans le plus grand danger, et la mort presque inévitable.
— Le col de la vessie (i) est plus sujet à l'inflammation que le coi-ps de ce vis-
(1) Comme les analomisics ne s'accordent pas sur l'étendue de la partie de la vessie de l'Iiomme à laquelle on donne le nota de col , nous comprenons sous celte diinominalion la portion du conduit urinaire qui est embrassée par la prostate depuis l'orifice formé par ce qu'on appelle le sptiincîer vésical jusqu'au sommet de celle glande. La longueur du col de la vessie est relative à celle de la prostate, et varie suivant l'âge des sujets, les maladies de cette glande, etc. Chez les femmes, l'étendue du col de ce viscère est trùs-petile; elle se borne ù celle du sphincter.
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cère. Lorsque ce conduit est enflammé, ses parois se (ronflent ainsi que la prostate qui l'embrasse, et résistent à son élargissement ou à .sa dilatation ; son rétrécissement augmentant, la rétention de l'urine dans la vessie survient , des douleurs aiguës se font sentir vers le périnée et le fondement , elles se fixent de ce côté dès les premiers moments, puis elles s'étendent à la vessie, à raison du progrès de 1 inflammation de ce viscère. Les urines s'écoulent en petite quantité, sont brûlantes , sortent goutte à goutte avec beaucoup de douleurs, d'efforts, de lénesme; elles se suppriment enfin, et la rétention complèle subsiste plus longtemps que lorsque l'inflammation allaf[ue primitivement le corps de la vessie. On emploiera les remèdes conseillés |)lus haut, et surtout la saignée locale par le moyen des sangsues ; les cataplasmes émollients sur l i région du périnée , les bains , les fumigations , les injections dans l'urètre , faites avec du lait, une décoction de têtes de pavots. Si les urines ne coulent point , ou sont retenues, on les évacuera par la sonde. L'expé-' rience a appris que l'introduction de cet instrument dans la vessie était alors difficile, très -douli)ureuse , et que souvent on ne peut y parvenir avec une grosse algalir : on aura recours à une sonde d'un moindre diamètre, qu'on enfoncera avec précaution pour ne pas faire de fausse route. Si elle cause la rupture ou le déchirement de quelques vaisseaux de la tunique interne de l'urèlre , l'écoulement de sang qui en résulte est une saignée locale avantageuse qui peut diminuer l'affection inflammaloiic.
De ta paralysie de la vcs.tie par une humeur acre fixée sur /ev netifs et les fibres de ce viscère. — Ou a cru que la vessie, irritée par l'àcreté des bumeurs déposées dans l'épaisseur de ses tuniques, devait se contracter aussitôt qu'il y avait quelques gouttes d'urine rassemblées dans sa cavité, el procurer leur sortie ; mais on n'a considéré que l'irritation de ce viscère , sans faire attention à l'élat de ses fibres dont l'action est nécessairement gênée ou empêchée par l'engorgement inséparable de l'altération des humeurs qui les parcourent. Cette paralysie produit aussi la rélention de l'urine ; elle est assez fréquenle chez les personnes afleclées de rhumatismes, chez les goutteux ; elle est encore l'effet assez ordinaire du vice dartreux, psorique, vénérien, et quelquefois de lu matière mor-