‹ Encyclopédie des sciences médicales, ou, Traité général, méthodique et complet des diverses branches de l'art de guérirChapitre 13 sur 29 · TRA · texte numérisé non relu

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bifiquc (les fièvres putrides (li'|ios(5e sur la vessie. — H esl toujours f.icile de discerner, p.ir les signes commémor.Uifs, celui de ces vices aiix([iiels la nialadie uriiiaire doit sa naissance. Elle esl ordin.iiremenl précédée de la disparition du vice de l'endroit où il s'était fué auparavant : c'est ainsi qu'on voit celle espèce de rétention d'urine survenir itnniédialemcnt après la cessation des douleurs rliumalismules , ii la suite des dartres répercutées, des gonorrliées supprimées, etc. Elle s'annonce ordinairement par des douleurs vi ves dans la région de la vessie, par des envies fréquentes d'uriner, et par la plupart des symptômes propres à la rétention d'urine que produit l'inflammation de ce viscère. — Nous avons rapporté dans cet ouvrage plusieurs faits relatifs à la métastase de riuimeur rliumalismale et de la goutte sur la vessie. L'humeur dartreuse se porte pres [ue aussi souvent sur ce viscère que sur les poumons. Après avoir combattu les symptômes inflammatoires de la dysurie et de l'iscluirie, commençant par la saignée , les liains, les boissons adoucissantes , le vice dar- Ireux qui affecte la vessie cède à l'usage du lait d'ânesse, des pilules de Belloste, et des boissons d'eau de fleur de sureau et de scabieuse. Lorsque ces moyens sont insuflisants , on a recours aux vésicaloires. Je les ai employés avec succès pour un homme qui avait i\ne dysurie presi|ue. habituelle , à la suite de la disparition de dartres situées au ptîriuée eii» la partie supérieure interne des cuisses ; éprouvant beaucoup de cuissons et d'anieurs dans les parties, il les lava avec l'eau végélo minérale, et les frotta d'une pommade mercurielle ; les dartres se desséchèrent et disparurent ; mais , au bout d'un mois , il fut attaqué de difliculté d'uriner ; ses urines , toujours troubles, déposèrent une matière muqueuse blanchâtre. Après cinq mois d'un traitement infructueux par les remèdes indiques cidessus , il se détermina à souffrir l'aplilication d'un vésicatoire ;i la partie supérieure de la cuisse, que l'humeur darireuse affectait ordinairement dans une plus grande étendue que l'autre cuisse.

J'entretins une suppuration abondante pendant trois semaines, au bout desquelles la maladie de vessie fut guérie complètement. Cet homme est sujet tous les ans, dans le [)rinteiups et dans l'automne, à une éruption dartreuse sur les cuisses; il prend quelques bains, une infusion de

sureau , le lait d'iînCbse, et jouit d'ailleurs d'une bonne sanlé.

L'humeur psoriquc iir.uliiit quelquefois les mômes effets sur la vessie que l'humeur darlreuîc. Morg.igni rapporte, d'après Valsalva , un excm[)le Ijien fâcheux de celle affection, iiuisqu'elle a causé la rétention de l'urine et la inoit. Un jeune homme, laboureur, attaqué de la gale, la fil disparaître on ne sait par quel onguent. Il cul bientôt après une rétention d'urine avec vomissement et douleur à la région lombaire du côté gaucho. L'urine, cependant, s'écoula ensuite par intervalles, mais en petite quantité , et d'une couleur .semblable à celle d'une forte lessive ; celte excrétion élait douloureuse. On lenla en vain de lui donner issue par le mojen Je l'algalie. On ne put faire pénétrer cet instrument dans la vessie. Enfin tout le corps s'enfla, la res()iratlon devint laborieuse, et le vingt et unième jour de la suppression de l'urine, le mal ide mourut. Les reins et la vessie étaient sains. Ce viscère contenait environ deux 1 vrcs d'urine de la même nature que celle qui soi tait dans les derniers lemp? de la vie. On trouva dans la cavité abdominale une humeur qui avait l'odeur d'urine et qui était limpide comme de l'eau : c'était une liqueur aibumineuse. Vals^dva l'ayant mise sur le feu , la vil devenir trouble, semblable ii du petit lait, puis à du lait ; elle se coagula ensuite comme le blanc d'œuf (Z?e sed. eji. 4 1 , arl. 4 ).I1 esl évident, dit Morgat^ni, que l'humeur acre de la gale s'est portée sur la vessie de ce jeune homme, qu'elle en a irrité les luniques , et qu'en y causant l'inflammation, il s'en est suivi la rétention de l'urine. — La matière raorbifique des fièvres putrides ou malignes peut se fixer s ir les nerfs et les fibres de la vessie , et occasionner la paralysie de ce viscère.

Un homme âgé de trente-six ans se trouvait au quinzième jour d'une fièvre maligne, lorsqu'il fut attaqué d'une rétention d'urine. Les sym|itômes de celte lièvre étaient une ancclion comateuse, des mouvements convulsifs dans les muscles, di's redoublements fébriles, des déjections bilieuses et très-fétides, la lanque sèche et noirâlre, des urines rougeâlres et en pelile quantité. On lui adminislraildes remédies convenables à son état. Des vésicatoiros aux jambes fournissaient une suppuration louable. Le cours des urines se suppriiua ; la vessie forma une tumeur au-dessus du pubis.

DES MALABIES DE

On (liftYi-a encore un jour à y inlroduire la sonde ; enfin on s'y détermina. J'assistai à celte opération , et je lus frappé de la facilité avec Inquelie le chirurgien conduisit la sonde dans la vessie, et de l'entrée subite de l'air avec bruit dans ce .viscère , après l'évacuation des urines. Cet instrument fut retiré. Trois lieures après il fallut le réintroduire ; la vessie était presque aussi pleine d'urine. On laissa la sonde ; on eut soin de la déboucher toutes les trois ou quatre heures. On continua les boissons éniétisées etnitrées. Cinq jours après on retira la sonde, parce que sa présence paraissait causer de la douleur au malade. La vessie n'ayant pas encore recouvré son ressort, l'urine fut relenue. On prit alors le p;irli de sonder le malade trois fois dans l'espace de vingt quatre heures. Je fus charge quelquefois de celle opération, et je m'aperçus vers le douzième jour, par l'expulsion moins lente de l'urine, que la vessie reprenait peu à peu sa contraclilité. Ses fonctions se rétablirent entièrement lorsque l'afTeclion comateuse fut dissipée, et que la fièvre maligne prit une terminaison heureuse. Je présumai d'abord que les cantharides employées pour les vésic.iloires avaient produit la rélenlion de l'urine; mais je changeai d'opinion en rélléchis.'ant que ces substances agissent principalement sur le col delà vessie, que l'irritation qu'ellesy excitent amène ordinairement 1 inûaniraalion de ce conduit, ce qui empêche l'introduction très facile d'une grosse sonde. D'ailleurs la vessie conserve sa contraclilité, les urines sont expulsées avec force dans la cavité de l'algalie, et dès qu'elles sont évacuées, il arrive rarement une rétention seconil;iire.

Ceux qui fréquentent les hôpitaux oii l'on traite des niahides att.Kiués de hèvrc maligne, pcuvtnt rcnconircr l'occasion d'observer la rétcnlion de l'urine produite par le défaut de coniraclilitc de ce viscère dont les nerfs ou les fibres sont alTeclés par la malièrc morbifique qui enlretieni celte fièvre. !\]. Boycr, chirurgifn gagnant maîtrise à l'hôpital de la Charité de Paris, a été appelé plusieurs fois ])our sonder des malades de cet hôpital qui avaient l'urine retenue par celte cause. Un homme , âgé d'environ trente ans, attaqué d'une fièvre maligne, était dans un étal comateux.

On lui avait appliqué des vcsicaloires aux jambes. Il resta plusieurs jours sans uriner. On fit avertir M. J3oyer pour le

VOIES UalNAlRES. 267

sonder. La vessie él.iil cxirêmement distendue; (lie formait une tumeur' circonscrite depuis le pubis jusqu'auprès de l'ombilic : la main appuyée sur celte tumeur paraissait faire souffrir le malade. Ce chirurgien passa avec facilité une grosse sonde dans la vessie ; il donna issue il une grande quantité d'urine fort rouge. Le lendemain et les jours suivants, il fut obligé de réintroduire la sonde. Le mal.ide mourut. M. Boycr attribue cette rétention d'urine à la paralysie de la vessie produite par la matière morbifique de la fièvre maligne, qui peut, en se portant sur ce viscère, en affaiblir la contraclilité, de la même manière qu'elle canse la surdilé en se fixant sur les nerfs auditifs. Si la rétention de l'urine eût élé l'effet d'une inflammalion du col de la vessie occasionnée par les particules Acres des mouches cantharides absorbées, ce chirurgien n'aurait pu faire pénétrer qu'avec difticullé une sonde aussi grosse que celle qu'il em|iloya. 11 a remarqué que lorsque les urines cessèrent de couler par la sonde, il en filsoitir encore une asse? grande quantité en pressant fortement sur la région de la vessie; et aussitôt qu'il cessa de comprimer il entendit le bruit que fil l'air en pénétrant dans ce viscère, dont les parois n'avaient pu revenir sur elles-mêmes. — Quelque temps après on avertit M. IJoyer qu'un malade du même hôpital, alleint d'une fièvre pulridi-, n'avait point tiriné depuis plusieurs jours. La vessie élait exirèmemcnt pleine et saillante au-dessus du pubis.

Une grosse sonde fut introduite avec ui:c facilité étonnante, et il s'évacua plus d'une pinte et demie d'urine. M. Boyer fut obligé de le faire sonder encore pendant quelque temps et tous les jours. Ce malade sortit de l'état comateux où il étail; les symptô nés de la fièvre putride diminuèrent, et bientôt il urina sans le secours de la sonde. Comme on n'avait point appliqué de vésicaloires ii ce malade, on ne pouvait se tromper sur la cause de la rétenlion d'urine, c'est-àdire sur la paralysie de la vessie par la matière morbifique de la fièvre pulrlde.

Quelle que soit l'humeur acre qui occasionne la paralysie de la vessie, il convient d'évacuer promplement les urines pour prévenir les accidents qui dépendent de leur accumulation. Il est presque loujours facile, en cette circonstance, tl\introduire la sonde; mais cet inslruineiit ne procure qu'un secours

TRAITÉ

passager. L'affecllon de la vessie doit ôlre l'objet principitl du trailt'meiit. Lorsqu'une luiineui' i'luim;itisin:ilL', goutletisc, psoriqiie ou darli euse l'occasi jnne , il est urgent de la déplaci-T En pcnéral , ce déplacement est d'autant plus diflicile que la métastase est plus ancienne. Les bains, les boissons délayantes et légèrement dia|)lioréliques sullisent souvent pour rappeler celle liumeiir à la peau ou aux punies (ju'elle avait abandonnées. On pourra calmer Tirrilalion de la vessie en Iroltml toutes les quatre heures la région du pubis et la partie interne des cuisses avec un liniment composé d'buile d'amandes douces et d'autant de camphre que celte liuile peut en tenir en dissolution. Si ces moyens ne réussissent pas , on a recours à des remèdes plus actifs. On applique sur l'endroit oii existait précédemment la cause matérielle de la maladie, ou sur celui qu'elle occupait habiiuellement, des ventouses sècbes, des siiiapismes, des épispasliques, un cautère, le inoxa ou d'autres révulsifs puissants. Lors(|ue celle cause est une humeur darlreuse , j'ai vu de bons effets de vésicaloires aux jambes et aux cuisses, quoii[u'ils fussent animés par les canlharide^. On a même conseillé, si cette cause était une humeur psoriqr.e répercutée, de contracter de nouveau le même vice, soit en coucliant avec de.; galeux, soit en portant leur chemise ou quelqu'un de leurs vêlements. — Après avoir délivré la vessie du principe acrimonieux, on lâche de le détruire par des médicaments internes appropriés à chaque esiièce de vice. Ce Iraitemeiit est même le seul auquel on puisse avoir recours, lorsque l'humeur àcrc a séjourne long-temps dans les tuniques de la vessie, et qu'on n'a pu parvenir à l'en chasser. Malheureusement l'expérience journalière apprend combien peu l'on doit compter sur cette ressource, et avec quelle lenteur on parvient à changer une disposition acrimonieuse. 11 est fort à craindre alors que le Ions séjour d'une liumeur viciée n'allire sur l:i vessie des inflammations opiniâtres, des ulcérations fongueuses, des suppurations, des infillralions purulentes, le racornissement cl l'engorgement des tuniques de ce viscère. Ces CJuip'icalions deviennent de nouvelles causes de rétenlion d'urine, et ne peuvent qu'en aggraver lu terminaison.

De. la paralysie de la. vessie par la dibauche. — De tous les excès auxquels

l'homme peut se livrer, il n'en est point de plus préjudiciable que ceux de la miisturb.ilion et môme des plaisirs de l'amour. Rien n'épuise aussi prompte ment les forces que les pertes fréijuentes de la liqueur séminale. Le spasme qui accompiigne son émission énerve les solides, et jelle le corps à la fleur de l'âge dans toutes les infirmités de l'à^e caduc. Tissot a tracé d:ins l'On.-inisme le tableau des maux affreux qu'entraîne l'aljus de cette passion. La vessie, comme tous les autres organes, devient moins irritable; elle n'a plus assez d'action pour expulser la totalité des urines, et sa faiblesse cause la rélenîiou de ce liquide. Celle espèce de paralysie attaque rarement les jeunes gens. J'en ai vu un exemple chez un jeune homme de vingt-deux ans. Dèssa tendre jeunesse, il s'était livré à la masturbation. La faiblesse, la débilité de son corps en accusaient l'intempérance excessive. Il avait la peau molle, le leint pâle, \d vue faible, les mains tremblantes, la démarche lente, les digestions pénibles, souvent le dévoiement, le sommeil lourd et long, peu de mémoire et peu d'énergie d.-tns les facultés intellectuelles; cependant l'idée du plaisir et un léger altoucbement sulQsaienl pour provoquer l'émission de la semence.

Celle émission fréquente avait peu de force, et la liqueur était claire et presque inodore. Il avait aussi un suintement continuel de sérosité blanchâtre et muqueuse par l'urètre. Ce suinlemeut ne pouvait être suspecté vérolique; ce jeune homme n'avait eu commerce avec aucune femme. Il avait fait usage de beaucoup de remèdes leuipéraiils, rafriiîchissants, et même toni:[ues, tant pour résister à la mauvaise habitude qu'il avait contractée, que i)our empêcher l'ccoulemenl muqueux pro luit par le relâchement des lacunes de l'urètre.

L'indisposition principale pour l.i(|uelle il demmdait mes conseils, était nue difficulté de rendre toutes ses urines. Lorsqu'il sentait le besoin d'uriner, il expulsait d'abord sjs urines avec assez de force et ii plein jel, puis elles sortaient lentement et goutte à goutte; en redoublant d'elTorls, elles dardaient; bientôt après elles s'arrêtaient. Il éprouvait dans le fond du bassin, vers le périnée, une pesanteur avec envie d'uriner. Il avait remarqué que ce sentiment de pesanteur était [ilus pénible lorsqu'il avait uriné étant couché. Diverses questions sur la nature de ses urines lue donnèrent lieu

DKS MALADIES DES

tic lu-ésumcr n'avait point la pierre, cependant je désirai le sonder. Il venait d'uriner. La sonde inlroduite sans résistance dans l'urèlre laissa écouler plus d'urine qu'il ne venait d'en rendre. Corn nie il n'éprouva point alors la pesanteur ordinaire après le pisseraent, je jugeai que la vessie élait faible, et n'expulsait point la totalilé des urines : je l'engageai à quitter l'habitude d'uriner étant couché ; je lui conseillai de pisser debout, d'appliquer contre ses cuisses le vase qui devait recevoir ses urines ; tt si CCS niojens ne réussissaient pas, de s'introduire une sonde de gomme élastique dans la vessie, lorsquil aurait satisfait à l'envie d'uriner. Il suivit mes conseils, et pour ne point t ire tenté d'uriner étant couché, il laissait son pot de chambre éloigné de son lit, ce qui l'obligeait de se lever : par ces soins il éprouva du soulagement dnns l'espace de quinze jours ; il rendit à la fois une plus grande quantité d'urine. J'ai revu ce jeune homme au bout de six mois, il ne se plaignait plus de celle indisposition : il lui restait encore un suintement séreu.ï jiar l'urètre; je l'invitai à faire usage de bougies dessiccatives ou de celles de gomme élastique, mais il ne voulut point se soumettre à leur usage.

Les adultes, les vieillards qui n'ont point été continents pendant leur vie, ceux qui ont fréquemment exercé le coït étant debout, sont plus sujets à cette faiblesse de la vessie que les jeunes gens. IM. Mauduy a rapporté, en février 1787, à la Société royale de médecine, l'histoire d'une paralysie partielle dont il avait élé témoin. Un homme, âgé de soixante ans , s'était fort adonné au coït, qu'il exerçait debout; il lui survint une paralysie qui n'occupait exaclemeut que le contour du bassin : la peau pincée était insensible, les muscles paraissaient de même, la vessie et le rectum étaient paralysés ; il n'urinait que par le secours de la sonde. L'anus el le rectum étaient si dilatés qu'on y introduisait la main pour en retirer des excréments secs et durcis : les cxtrémilés jouissaient de leur mouvement el de leur sensibilité.

— La plupart de ces hommes inlenipéranls ont la prostate tuméfiée, les parois de l'urètre épaissies, ou ce canal rétréci par des brides, par des cicatrices qui résultent d'ulcérations véroliques. D'autres n'ont aucune affeclion dans ces parties, et la faiblesse de leur vessie a beaucoup d'analogie avec celle qui dépend

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de la vieillesse, et qui ne suppose aucun vice préexistant dans les voies urinaires. Ces deux csiièces de paralysies doivent leur origine à un état de lan- Fucnr el d'épuisement général; elles diffèrent seulement par leur cause, en ce que la première est le fruit de l'incontinence, et l'autre est le résultat des années. L'histoire de la vie des malades ou les .«lignes commémoratifs peuvent seuls les faire distinguer l'une de l'antre. Toutes deux pioduisent le même effet, la réltnlion lente de l'urine, dont nous cx()oscrons les signes diagnostiques en Irailiint (!e la paralysie par Ja vieillesse. Le pronostic dé celle qui est occasionnée ]iar la débauche est moins fâcheux que celui de la précédente. On peut en obtenir la guérison radicale, loi'sque le malade est jeune ou adulte, d'une forle constiluiion , et qu'il n'est pas tombé dans le dernier degré de marasme.

La sonde de gomme élastique laissée à demeure dans la vessie, est un des plus puissants moyens de guérison qu'on puisse cm|doyer. Non-seulement elle a l'avantage de donner une issue prompte aux urines, d'exciter l'irritabilité de la vessie, et de faciliter l'action de ses fibres musculaires; mais, de plus, sa présence continuelle dans l'urètre empêche les malades d'obéir au penchant dépravé qui cause leur malheur. Ce dernier bienfait de la sonde est d'autant plus digne de considération, qu'on sait, par expérience, (jue la plupart des malades, lorsqu'ils ne sont pas retenus par cet obstacle, ne peuvent résister à la force de l'habilude , quoiqu'ils en connaissent tous les dangers; d'ailleurs l'irritation que celte sonde excite dans l'urètre, se propageant jusque dans les conduits éjaculateurs, redonne du ton à ces canaux, dont la faiblesse et le relâchement causent les pertes de la liqueur séminale, qui se répand au plus léger prurit, à la plus faible érection, el même au moindre effort pour aller à la garde-robe. Sous ce seul rapport, les sondes de gomme élastique sont si utiles pour prévenir et guérir l'éiuiisemenl qui est la suite de ces |icrles, qu'on devrait y avoir recours, quoiqu'il n'existât point de rétention.

Pendant qu'an moyen de ces sondes l'on remédie à l'affection locale il faut, d'ailleurs, employer le (railement convenable pour réparer les forces du malade, et combattre le relâcliemenl général et l'affaiblissement de toutes les parties.

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Les bains froids , les eaux marliales, le kina, doivent faire la base de oc Irailement ; l'clTet de ces moyens sera secondé par l'usiige i)ien dirigé des objels de l'hygiène, tels qu'un air pur et frais, des aliiiients succulctils et de facile digestion, un sommeil tranquille, des exercices du corps presque coiilinuels, des évacuations modOrccs, des passions douces, et surtout l'oloigncment de celle qui a été la cause de la maladie.

De la paralysie de la vessie par la vieillesse. — Les vieillards sont si sujets à la faiblesse de ce viscère qu'on a classé la rétention d'urine qui en résulte parmi les incommodités attachées à leur âge.

La vessie , devenue , comme les autres parties du corps, moins irritable, n'est plus stimulée par la présence des urines : elle n'est avertie du besoin de les rendre que par le sentiment douloureux qui uaît de la distension de ses parois. Elle se conlracle alors; mais ses fibres allongées ont à peine assez de force pour surmonter la réaction naturelle que leur opposent le sphincter de son col et le canal de l'urèlre. Il y a presjue équilibre entre la puissance et la résistance, et les urines ne sortent plus qu'à l'aide de l'action forcée des muscles abdominaux :

alors leur expulsion n'est pas complète ; la vessie n'a plus ce degré de contraclilité sufi&sant pour revenir entièrement sur elle-même. INe pouvant plus donner le coup de piston par lequel elle se vidait des dernières gouttes d'urine, celles - ci restent et constituent déjà une rétention commençante. Leur quantité augmentant chaque jour, cl les fibres de la vessie s'babituant k leur présence, il arrive enfin qu'il n'y a d'évacué que la moitié des urines contenues dans cette poche. — Tous les vieillards ne sont pas également exposés à cette maladie. Elle attaque particulièrement ceux qui sont d'un tempérament phlegmatique, les personnes replètes, sédentaires, les gens de cabinet, lesjoueurs, lesenfantsdelajoie, comme le dit J.-L. Petit , qui ne s'ennuient point à table, ceux qui, par paresse, par néglipence ou par vivacité , ne se donnent point le temps de vider jusqu'à la dernière goutte de leur urine; cnPin ceux qui urinent la nuit étant couchés sur le côté , au lieu de se lever ou de se mettre à genoux sur le lit. Ainsi l'âge, le tempérament et l'histoire de la vie des malades forment autant de préjugés sur l'existence de la faiblesse de lu vessie et de la rétention d'urine qu'elle produit ,

cl l'on en acquiert la certitude par les signes suivants.

Cette maladie est d'abord si peu de chose qu'on ne s'en aperçoit point. S'il n'y a point de vice préexistant dans la vessie, ni aucune ail'ection dans l'urèlre, ni dans les parties voisines , capable de gôncr l'issue des urines, elles sortent librement et à plein canal; mais leur jet , quoique toujours de la même grosseur, n'est plus poussé avec la même force ni a la même distance qu'auparavant : les urines, au lieu de foi nier l'arcade en sortant, tombent perpendiculairement entre les cuisses des malades , de sorte qu'ils pissent , comme on le dit trivialement, sur leurs souliers. Ils ne sentent ])\as , en cessant d'uriner , ce dernier coup de piston qu'ils sentaient dans leur jeunesse. Lorsqu'ils se présentent pour rendre leurs urines , ils sont obligés d'attendre long - temps avant qu'elles commencent à couler : bientôt ils ne peuvent leur donner issue qu'en faisant des efforts considérables. La quantité d'urine qu'ils rendent chaque fois diminue insensiblement; en même temps le besoin d'uriner devient plus fréquent : s'ils prennent avec excès des boissons spiritueuses, et s'ils dorment longt-temps ou passent plusieurs heures sans sentir le besoin d'uriner, les urines cessent de s'écouler au dehors , elles se suppriment tout - hfait , la vessie se remplit , se distend et s'élève au-dessus des pubis, où elle forme une tumeur ovalaire dont la grosseur et la tension sont plus ou moins considérables. Celte lumenr est presque indoleule dans les commencements; elle devient souvent douloureuse par la suite, si la suppression complète des urines continue. Quelques malades font alors beaucoup d'efturls pour uriner, d'autres sont plus tranquilles ; etcet état dure un, deux ou trois jours , après lesquels les urines commencent à regorger par l'urètre, où elles ne trouvent d'autre obstacle que la résistance naturelle de ce canal. Chez ceux qui sont sobres et attentifs à satisfaire le besoin d'uriner, la rétention complète des urines est lente ; elle ne se manifeste même pas entièrement : les urines sortent goutte à goutte, quelquefois d'une manière continue et souvent à la volonté des malades, et elles s'écoulent en quantité égale à la boisson dont ils usent, sans que la vessie se vide. Dans cet étal, les malades soulfrent peu: la vessie remplie d'urine forme une tumeur au-dessus des pubis ; et si on la

DES MALADIES DES

comprime avec un peu île force , on fait sortir une ccilaine quunlilé d'unuc par

l'urèlrc. . , • .,

La paralysie de la vessie par la^vicillesse et la rélenlioii incomplète d'urine qu'elle produit ne sont pas ordinairement accompagnées d'accidents fâcheux. La vessie se vidant à proportion qu'elle s'emplit, les crevasses de ce viscère, les épaiichemenis , les infillralions uriueuses sont moins à craindre que dans la rétention complète. La tumeur nrinaire que forme la vessie au - dessus du pubis peut durer long - temps sans que les malades en soient incommodés autrement que par le sentiment de pesanteur vers cette région et vers le périnée, et par le fréquent besoin d'nriner qui accompngne cet élat. M. Subatier a vu des malades qui en étaient attaqués depuis plus de six mois et qui ne s'en doutaient pas. La sortie de l'urine par regorgement a quelquefois trompé les gens de l'art , au point de leur faire méconnaître la nature de la tumeur nrinaire.— Ce célèbre chirurgien a été consulté pour une femme qu'on se proposait d'envoyer aux eaux, dans la vue de fondre une tumeur dure qui lui était survenue à la suite d'un accouchement laborieux, et que l'on croyait avoir sou siège à la matrice. Cette tumeur n'était autre chose que la vessie gonlloe par l'amas des urines, puisqu'elle disparut surle-champ par l'introduction d'une sonde : on ne s'était pas douté de sa nature , parce que, depuis cinq à six semaines qu'elle avait commencé à paraître, les urines sortaient à volonté, et , dans un temps donné, à quantité presque égale que dans l'état de santé. Nous avons déjà ■vu des exemples de méprise de cette nature. On trouve beaucoup de vieillards qui ont depuis long- temps de ces rétentions et qui urinent par regorgement.

La plupart croietil que c'est une des infirmités naturelles a leur âge, et ne demandt-nt même pas de secours. Comme il reste toujours dans leur vessie une plus ou moins gr.mde quantité d'nrine, il est à craindre que , croupissant dans ce viscère, elle n'y forme un dépôt abondant, ne s'y putréfie, et n'en altère à la longue les tuniques.

On peut prévenir cette espèce de paralysie , et même la guérir, lorsqu'elle est commenç-.nle ou que la vessie n'est encore que paresseuse : il sufl'il souvent , pour réveiller l'aciioii de ce viscère , d'appliquer un corps froid soit sur U

VOIES URINAIRES. 271 rép-ionhypogastrique, soit sur les cuisses. J.''- L. Petit a quelquefois réussi en jetant de l'eau sur le visage , en faisant mettre les mains dans un seau d'eau de puits, à faire uriner des personnes qui en avaient envie, et qui ne pouvaient y satisfaire. Fondé sur ce que le besoin d'uriner prend en passant d'un lieu chaud dans un lieu frais, il a conseillé à des malades qui avaient une rétention incomplète, par faiblesse de la vessie , de pisser dans un lieu frais , cl d'approcher le pot de chambre de leurs cuisses et du scrotum. Ces malades , dont la vessie ne jouissait point d'une conlractilité suflisante pour expulser la totalité des urines, croyant avoir tout uriné ont rendu encore plus ou moins d'urine qui , sans ces soins , serait restée dans ce viscère. J.-L. Petit ditavoir guéri un cabaretier, dans un cas semblable, en le faisant descendre dans la cave pendant le jour pout: pisser, et en lui conseillant de se lever pieds nus pendant la nuit , et d'approcher le pot de chambre contre ses cuisses. Cet homme en moins de deux mois s'aperçut que ses dernières gouttes d'urine étaient pins vivement chassées ; et il s'habitua si bien à cette manière de pisser qu'il l'a toujours continuée [OEuvv.

post/i., t. m, p. 57). Les malades doivent observer avec soin de ne point uriner étant couchés , de pisser debout ou à genoux, et surtout de ne pas résister à la première envie d'uriner. En n'obéissant pas à cet avertissement, la vessie se remplit , ses fibres allongées perdent de plus en plus de leur sensibilité, l'envie d'uriner se passe; et la rétention, qui, dans le principe n'était que de quelques gouttes d'urine, devient bientôt complète. Alors on aurait en vain rei'ours aux moyens indiqués cidcssns. Il n'est plus de stimulus capable d'exciter une assez forte contraction dans les fibres de la vessie pour chassir la masse d'urine qu'elle contient, et l'on n'a de ressource, pour donner issue aux urines, que dans l'introduction de la sonde. Lts boissons diurétiques ne feraient qu'aggraver la maladie en augmentant l'afflux d'une jilus grande quantité d'urine dans les uretères et dans la vessie.

On peut se servir d'une algalie d'argent ou d'une sonde de gomme élastique, garnie d'un mandrin de for recourbé comme les algalies; et l'on préférer.s une grosse sonde à une petite. L'expérience a appris que cheï les vieillards, dont le

TKAITÉ

canal de l'urtlre est dans une sorte de flaccidiUS une grosse sonde entre plus facilement cl cause moins de douleur qu'une sonde d'un petit diamètre. On est assuré que lu sonde est dans la vessie : par la profondeur à laquelle elle a été enfoncée, par la cessation de la rés-istancc que l'on éprouvait sur son bec , en Ja faisant tourner sur so:i axe, cl pur le jet des urints. — Faut-il évacuer sur- Je-champ toute l'ui ine que renferme la vessie, ou doit-on ne lui donner issue que graduellement et en petite c|uanlité chaque fuis? Les partisans de celte dernière opinion craignaient qu'en vidant entièrement la vessie , elle ne tombât dans rabaissement : mais en s livant leur conseil, les fibres de ce viscère ne cessant pas d'être allongées ne peuvent revenir sur elles-mêmes. D'ailleurs, en ne faisant sortir qu'une partie des urines, celle que l'on conserve forme au fond de la vessie un dépôt épais , qui , devenant putride par son séjour, produit souvent des im[)ressions fâcheuses sur les parois de ce viscère. Nous croyons donc qu'il vaut mieux donner issue à la totalité des urines.

L'évacuation des urines ainsi produite artificiellement ne procure qu'un soulagement instantané. Comme les fibres de la vessie relâchées ne recouvrent qu'à la longue leur ressort naturel, les malades ne tardent pas à retomber dans le même accident, si l'on discontinue l'usage de la sonde. La plupart des praticiens laissent dans les pren^ers temps cet instrument dans la vessie : aussi emploient-ils par préférence une sonde de gomme élastique , qui est en général plus supportable que celle d'argent, lorsqu'elle doit être à demeure dans ce viscère pendant quelques jours. On a soin de ne l'enfoncer qu'autant qu'il est nécessaire pour que les yeux débordent le col de la vessie; si elle est trop longue, on en coupe la longueur excédante.

On la fixe sur la veige avec des fils de coton, ou bien on l'assujellit avec deux longs rubans de fil, larges d'une ligne et demie, qui, traversant les anneaux dont son pavillon est garni , et i)assant audessus et au-dessous de chaque cuisse, viennent s'arrêter à une ceinture ; on en ferme l'ouverture avec un bouchon de liège ou de bois, afin que le niulade ne soit 1)33 incommodé par la sortie continuelle des urines. Des praticiens veulent que la sonde, laissée dans la vessie, resle ouverte; afin que l'urine s'écoulant

à mesure qu'elle arrive dans ce viscère, il recouvre plus promptement sa force contractile. Mais les fibres de la vessie étant toujours relâchées seront moins susceptibles de reprendre leur ressort; toujours vide, elle pourra .s'appliquer contre le bout de l inslrument : ce qui causera l'irritation, la douleur et des ulcérations dans les lieux de contact. D'ailleurs la sonde se remplit de glaires, et s'incrusle plus tôt que lorsqu'elle est fermée ; car, si ou la laisse ouverte, les urines y passent goutte à goutte, et leur cours lent facilite le dépôt de la matière litliique, tandis qu'elles le retardent ou Tempêchenl lorsqu'elles coulent en grande masse ou qu'elles sortent à plein canal et par jet. Enfin les malades sont obligés de garder le lit, ou de porter sans cesse un vase pour recevoir les urines. Il est donc préférable de fermer la sonde.

Si la maladie a duré quelque temps, si la région de la vessie e.st douloureuse, s'il y a de la fièvre, on fait tirer du sang du bras, et, dans tous les cas, on prescrit des boissons délayantes et légèrement diurétiques ; on vide les intestins par des lavements; on règle le régime du malade d'une manière relative à la situation dans laquelle il se trouve. On donne issue aux urines toutes les deux ou trois heures, selon qu'elles sont plus ou moins abondantes, et le besoin de les rendre plus grand. 11 ne faut pas cependant attendre toujours cet avertissement.

La vessie, peu sensible, se laisse quelquefois distendre outre mesure, avant de faire naître l'envie d'uriuer, et rien n'empêche qu'elle ne reprenne son élasticité naturelle, autant que les distensions forcées : mais il faut n'évacuer de nouveau l'urine que lorsqu'il s en sera amassé une quantité suffisante pour étendre modérément les fibres de ce viscère. Les alternatives d'exiensiou médiocre et de relâchement font sur la vessie ce que fait l'exercice modéré sur les autres parties du corps. On relire la soude tous les huit, dix ou douze jours pour la nettoyer et pour empêcher qu'elle ne s'incruste. 11 y a des personnes dont les urines sont tellement cluirg* es de mucosités, de matières calcuieuses ou lithiques, que cet instrument ne tarderait point à s'incruster, si ou n'avait soin de le retirer de temps eu temps pour le nettoyer. Il y a d'autres m.ilades chez qui la sonde de pomme élastique peut être laissée dans la vessie pendant plus de

DFS MALADIES DIS

quinze jours, sans f|u'il lui arrive d'al- Icralion sensible, ou qu'elle diffère d'une sonde neuve autrement que par la perle du poli. Comme celte sonde se nioiile pendant son séjour à la courbure de l'urètre on la réintroduit souvent sans stylet, avec la plus grande facilite. — - Le temps oii la vessie affaiblie par la vieillesse recouvre son ressort, varie beaucoup. Chez quelques vieillards, sa force contractile se rétablit dans l'espace de six semaines; chez d'autres, la guérison est plus tardive, et plusieurs ne peuvent l'obtenir. M. Sabatier a vu des malades qui ont porté la sonde pendant quatrevingt-dix jours et plus, et qui se sont Lien rétablis. Lorsqu'il se passe plus de cent jours, sans que les urines reprennent leur cours ordinaire, on peut assurer que le ressort de la vessie est perdu pour toujours. On juge qu'elle le reprend et qu'elle peut même se vider sans secours étranger, lorsque les urines sortent de la sonde par un jet rapide, et qu'il en passe entre cet instrument et l'urètre. On peut , au bout de quelques jaurs, ôter la sonde ; mais on aura soin d'observer l'état du malade. S'il est lent à uriner, s'il est obligé de s'y présenter souvent , s'il éprouve un sentiment de pesanteur vers le col de la vessie, ce viscère n'a pas repris tout son ressort, et la sonde est encore nécessaire.

Comme le traitement de celte maladie est ordinairement long, et que la vessie ne recouvre pas entièrement sa conlraclilité dans la vieillesse, on apprend au malade à se sonder lui-même; quand il en a acquis l'habitude, au lieu de porter la sonde constamment, il ne l'introduit que lorsqu'il veut uriner. Il n'est pas rare de voir des vieillards qui portent une sonde renfermée dans son étui, pour s'en servir chaque fois qu'ils ont besoin d uriner. Quelques-uns urinent passablement bien le jour sans cet instrument, et ne s'en SL-rvent que pendant la nuit. Lorsqu'un malade peut uriner sans la sonde, il doit s'assurer, de temps en ïe.nî|-s, avec cet inslrument, si l;i vessie s'est vidée des dernières goulles d'urine ; s'il en reste, il faut qu'il continue encore l'usage de ce moyen. Sans celle précaution, la rétention serait bientôt parvenue au même degré oii elle était loj-squ'on avait eu recours pour la première fois à la sonde. — On a coulurae de faire, dans la ve3sie afi'oclée de celle espèce de paralysie, des injeclious , soit

Chopart,

YOIKS UlUNAIRES. 273

avec l'eau de Balaruc, ou celle deBarrèges, soit avec la décoction de kina ou de plantes toniques et vulnéraires. On emploie souvent ces injections sans en retirer aucun avantage. Elles excitent ordinairement une excrétion abondante des mucosités vésicales; les urines deviennent plus Iroubles et plus chargées de glaires. J'ai été obligé de discontinuer l'usage des eaux de Balaruc à un vieillard dont la vessie était récemment paralysée; elles causaient de la douleur, la fièvre, et rendaient les urines puriformcs. J'ai fait long-temps des injections d'eau végéto-miiiérule à un homme très-âgé, dont la vessie paralysée fournissait une mucosité si glaireuse et si épaisse qu'elle interceptait le passage de l'urine par la sonde. Il en a éprouvé du soulagement. La mucosité est devenue moins abondante et moins filandreuse. Ce vieillard, que j'ai sondé longtemps trois fois par jour, ne pouvait s'introduire lui-même la sonde, et il lui était impossible de supporter plus d'un quart d'heure la présence d'une sonde d'argent solide ou flexible. Ce n'est qu'après l'heureuse invention des sondes de gomme élastique par M. Bernard, que ce vieillard a été moins sujet à avoir recours à un chirurgien pour le sonder. Il a pu introduire lui-même une de ces sondes dans la vessie, et la garder pendant un certain temps. C'est un des premiers malades qui ait éprouvé les bienfaits d'une découverte si importante pour l'humanité. Elle aurait dû faire obtenir à l'inventeur une récompense du gouverne-» ment , tant le nombre d'hommes dont elle a rendu la vie plus longue, moins soufi'rantc et moins malheureuse, est grand. Nous pensons que les injections ne sont utiles dans la paralysie de la vessie que pour nettoyer ce viscère , et le débarrasser des matières muqueuses et puriformes qui pourraient y être déposées.

On a aussi conseillé, pour combattre cette espèce de paralysie, les diurétiques chauds, les balsamiques, les bains froids, les frictions sur les cuisses, sur le ventre et sur la région du sacrum avec la teinture de mouches cantharides ; mais, dans la vieillesse, ces remèdes nuisent fréquemment, et sont rarement utiles.

Les vieillards doivent se contenter de boissons légèrement diurétiques, et l'aire usnge de l.i sonde : ce secours, lorsqu'il est bien dirigé, suffit souvcul pour rendic à 1.1 vessie son ressort; et quand il

TRAITÉ

csl insiiirisiiiit, on ii'i lilienl p;is plus de succès dus aiilrcs moyens. — L:i faiblesse ou la iiiir;ilysie du spliinclcr et du col (le la vessie accompaijiie ordiiiaircmcul dans la vieillesse celle du corps de ce A'iscèrc. I.e sphiiicter n'csl pas un muscle parllculier, niais un faisceau de libres charnues formé par la réunion de celles qui composent le plan interne de la lunique muscnleusc de la vessie; sa faiblesse doit donc être commune et proportionnelle à celle de ce viscère : aussi l'inertie du sjihincler permet-elle l'écoulement involontaire de l'urine retenue par la paralysie de la vessie , et qui en distend excessivement les jiarois. Ce viscère restant toujours plein, à raison de la perle de son action, ne peut reccNoir l'iirine qui aborde par les uretères, sans qu'il en sorte une égale quantité p ir l'urètre. Les vieillards qui ne connaissent jias cet effet, ne pouvant rclenir leurs urines, prennent alors pour une ineontinence ce re{jor{jenient qui ii'est qu'un symptôme de la rétention ; mais les chirurgiens qui savent que l'écoulement involontaire des urines peut exister avec la rétenlion,ne tombent pas dans celle erreur.

1. a vieillesse peut cependant occasionner !a paralysie du sphincter et l'inertie du col (le la vessie, sans que ce viscère ail entièrement perdu son action, et qu'il y ait rétention des urines. Leur ineontinence est l'effet de cette paralysie. Dès qu'il s'en est amassé une petite quantité dans la vessie, elles s'écoulent involontairemeiit, sans (juc le vieillard puisse les retenir, et qucliiuefois sans qu'il les sente sortir. Leur écoulement se fail |)ar leur propre poids, par les mouvements du corps, par la pression des viscères abJominauv, et par l'action de la vessie. Quoiqu'il ne paraisse pas de symptômes de la rétention, il convient de s'assurer par le toucher, par la sonde, qu'elle n'existe pas, surtout dans les sujets gras, dont le yentrc est volumineux. Si l'on *ije sent point la vessie tuméfiée au-dessus diS pubis, et si, la sonde pénétrant Irès-facilement dans la cavité de ce viscère, il s'en écoule peu d'urine, on doit rapporter l'incontinence à la faiblesse ou à l'inertie du sphincler et du col. Cette maladie bornée h cette partie^ est très-rare. L'incontinence d'urine qu'elle produit n'expose pas ii des accidents aussi f;iaves que la rétention, mais c'est une incommodité bien lAeheuse pour l'homme obligé à vivre dans la société; ses

vêlemcnis, conliiuiellemcnl mouillés par ruriiie , répandent une odeur si forte qu'il devient à charf^e à lui-môme et à ceux qui vivent avec lui. S'il néglige les soins de propreté, comme de changer souvent de linge, de se baigner.il lui survient au\ parties génitales , aux cuisses, des boutons érysipélateux avec cuissons, des ulcérations sinueuses avec épaississement et racornissement de la peau du scrotum, et quelquefois des couches de matière lithique. — L'incontinence peut dépendre dans la vieillesse, de même que dans l'enfance, d'un excès d'irritabilité de la vessie et du défaut de réaction du sphincter ou des puissances qui forment la résistance dans l'urètre. Les vieillards éprouvent alors un léger besoin d'uriner; mais ils urinent involontairement. J'en ai vu qui étaient sujets à des rhumatismes ou à une humeur dartreuse , goutteuse, se plaindre de ne pouvoir retenir leurs urines, et en rendre fréquemment, quelquefois à plein canal et avec jet, d'autres fois goulte à goutte sans les sentir couler. Attribuant cette incontinence h l'excès de l'irritabilité de la vessie par une humeur âcre, je leur ai conseillé l'usage des boissons mucilagineuses et diaphorétiques, comme l'infusion légère de bourrache et de graine de lin, les bains liédes, les frictions sèches, les vêtements de flanelle, un régime doux, le repos. Quelques-uns ont guéri; à d'autres l'incontuience a cessé pendant quelque temps, et a récidivé au renouvellement des saisons, dans les temps de pluie, lorsqu'ils négligeaient d'entretenir leur' transpiration , ou faisaient des excès préjudiciables à leur santé. Si ces moyens sont insuffisants, on appliquera un vésicatoire à la région du pubis, comme il a été conseillé cidessus , ou bien on en mettra aux jambes ou aux bras, et l'on entretiendra la suppuration pendant plusieurs mois.

Les bons effets qu'elle produira détermineront à l'enlretenir par un cautère.

— Lorsque l'incontinence d'urine n'est occasionnée que par la faiblesse ou la paralysie du sphincter de la vessie et par le défaut de réaction des muscles relevcurs de l'anus, on emploie les toniques tant intérieurement qu'extérieurement; mais les vieillards n'en retirent aucun avantage, surtout si la maladie est ancienne!'On doit alors se rendre maître des urines, s'opposer à leur écoulement continuel , en comprimant l'urètre sur le corps de la verge avec un bandage

DES MALADIES DES VOIES URINAIRES

à crémaillère, nommé conslricleur de la verge, ou à la région du périnée au moyen d'une pelote oblorgue, allnchée à une tige élastique recourbée et fixée à une plaque qui sera assujettie au milieu d'un cercle élastique suffisamment long pour faire le tour du bassin. Si les vieillards ne peuvent supporter ces machines, on leur adaptera à la verge une bourse ou urinai de cuir verni, de gomme élastique, ou de métal, qui servira de récipient à l'urine (1).

Un homme âgé de soixante-cinq [ans , qui avait beaucoup abusé du coït, et dont la faiblesse des extrémités intérieures rendait la démarche lente et pénible, avait une incontinence habiluclle d'urine. Malgré les soins de propreté , ses vêtements, continuellement mouillés par l'urine, répandaient une odeur très désagréable. Il avait fait usage de bandages compresseurs de l'urètre pour suspendre le passage de l'urine; mais la gêne qu'ils lui causèrent le détourna d'en continuerl'emploi. Consulté sur son état , je lui proposai de tenter l'effet d'une grosse sonde de gomme élastique, dans la vue d'empêcher le passage de l'urine entre elle et l'urètre , et d'irriter les parois du col de la vessie pour en rappeler l'action tonique. Je lui introduisis cette sonde sans éprouver aucune résistance dans le canal urinaire. Il s'écoula de la vessie une très petite quantité d'urine. Après avoir tenu la sonde bouchée pendant trois heures , l'urine retenue dans la vessie s'écoula entre cet instrument et l'urètre, ce qui annonçait l'action de ce viscère et une grande faiblesse delà part des pu issances qui forment la résistance dans le canal urinaire. Cet homme se plaignit de chaleur et de douleur dans l'urètre. Ces effets de la présence de la sonde se dissipèrent en peu de jours ; et les urines continuèrent à couler entre l'urètre et la sonde. Reconnaissant l'inutilité de ce moyen , j'engageai ce vieillard à ne faire usage que d'un urinai; il a préféré celui de gomme élastique , étant plus souple ^ue celui de cuir et moins coûteux que l'urinai de métal. Il l'assujettissait au moyen d'une ceinture fixée autour du bassin, et en évacuait l'urine toutes les

(1) On fait aujourd'hui, en gomme élastique, des urinaux à soupape très-commodes, ir^îs-faciles à appliquer, à [)orlor, a vider et à nettoyer. Nul doute qu'il no ■vaille mieux s'en servir que de recourir a une compression de l'urètre. S.

trois ou quatre heures. Deux de ces machines lui suffisaient pour un an.

Les femmes avancées en âge , qui ont une incontinence d'urine produite par la paralysie du sphincter de la vessie , éprouventunc incommodité d'autant plus lâcheuse qu'on ne peut leur adapter un urinai au méat urinaire: mais on peut intercepter le passage de l'urine en comprimant l'urèlre dans le vagin au moyen d'un boulon mollet, formé de gomme élastique, appliqué sur la paroi antérieure du vagin et surmonté d'une tige élastique, courbée et assujettie supérieurement au milieu d'une plique fixée d'une manière invariable sur le pubis par une ceinture. Lorsque le besoin d'uriner se fait sentir, il est facile de relâcher ce bandage et de le remettre au degré convenable de compression (I).

Des varices de la vessie. — L'anatomie apprenil que les artères et les veines de la vessie répandent des rarnihcations "nombreuses dans la couche cellulaire qui sépare la tunique musculeuse d'avec la tunique interne, et que les vaisseaux du côté

(1) Il y a une incontinence d'urine dont Cliopart ne parle pas ici et que j'ai eu occasion d'observer souvent : je veux parler de celle qui est produite par un rétrécissement de l'urètre. Quand ce rétrécissement est fort et qu'il est situé dans la partie antérieure de l'urèlre, les urines, arrêtées en pariie pendant les efforls d'expulsion, s'amassent dans la partie du canal intermédiaire à ce rétrécissement et au col de la vessie comme dans un réservoir secondaire, et s'en écoulent ensuite goutte à goutte dans les intervalles des excrétions. On remédie en général sans peine à celle incontinence d'urine, il suffit de désobstruer l'urètre par un moyen approprié; par les

bougies, la sonde, la cautérisation, ou

l'instrument tranchant. Une fois j'ai pu, sous les yeux de M. Rullier, guérir en moins d'une minute, par une légère incision faite sur le méat urinaire, un jeune homme d'une haute naissance qui perdait les urines d'une manière continue depuis plus d'une année, et s'était trouvé par là dans l'obligation de se séquestrer entièrement de la société. — Le même résultat a lieu quelquefois et de la même manière par suite de l'éiroilesse extrême de l'ouveriuro du prépuce. Le remède en ce dernier cas est toujours prompt et facile, il consiste dans l'agrandissement de l'ouveriuro du prépuce par le bistouri. ^^

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de son col forment un plexus sensible à l'œil, même tlaiis l'état naturel et sans le secours des injections. Celte structure vasculeuse est encore plus apparente dans rinflammation : il semble que la tunique interne de la vessie ne soit composée que de vaisseaux. Morgagni a vu plusieurs fois ces vaisseaux si dislinctemcnt qu'on n'aurait pu mieux apercevoir leurs communications s'ils eussent été injeclés [De secl. ep. 5, art. C ; cj). 29, art. 20 ; ep. 40, art. 23, 24; ep. 47, art. 12, 34, 36). On conçoit bien que la pblogose de la tunique interne de la vessie doit rendre ses vaisseaux plus dilatés et plus manifestes : mais cet état inflammaloire ne doit point être regardé comme une affection véritablement variqueuse ; il n'y a ni dilatations partielles des veines, ni nodosités saillantes comme celles qui caractérisent les varices situées dans les autres ])arties du corps , ou comme les gonflements des veines qui rampent ù la surface des grosses tumeurs squiriheuses ou carcinomaleuses.

Les varices de la vessie étaient peu connues des médecins de l'antiquité.

Cœlius-Aurelianus en a traité sous la dénomination d'hémorrboïdes.cDe même qu'à l'anus , dit-il, il se forme des hémorrhoïdes à la vessie. Elles coulent , mais par intervalles; et c'est à quoi le chirurgien prudent doit être attentif. Lorsque le sang est retenu , la douleur à la région du pubis , la tension des aines, la pesanteur du bas des hanches et l'affection sympathique des reins avertissent que le sang s'accumule dans la vessie.

La cessation de tous les accidents, lorsque le sang recommence à couler, complète le diagnostic de cette maladie :

mais si les hémorrhoïdes s'engorgent et se tuméfient de plus en plus , elles causent la difficulté d'uriner, que les Grecs nomment dysurie, ou la suppression du cours des urines qu'ils appellent ischurie... » (Chronton^ lib. 5, cap. 4, de tardis vesicœ passionibus). La théorie que donne Aurélianus sur les hémorrhoïdes de la vessie n'est étayée d'aucune observation. L'analogie du (luxhémorrhoïdal de l'anus avec le pissement de sang qui revient par intervalles , et qui est quelquefois périodique , n'a-t-elle pas suggéré à cet auteur l'idée d'hémorrhoïdes vésicales? Ne nous livrons pas aux conjectures. Tâchons de découvrir dans les observateurs quelques faits pratiques qui constatent l'existence des varices ou des hémorrhoïdes de la vessie,

un

Bonnet rapporte qu'après la morl d homme qui avait eu pendant long-temps les symptômes ordinaires aux calculeux, on trouva seulement les veines du col de la vessie variqueuses et très-distendues par le sang {Sep ul ch. lib. 3, sect. 25, p. 2G3). Les varices de ce viscère n'ont point échappé aux recherches pathologiques de Morgagni. Il a ouvert le corps d'un homme âgé de soixante ans, dont les tuniques de la vessie étaient épaisses. Des vaisseaux sanguins répandus sur la face interne de ce viscère se portaient vers l'orifice de son col. Ils étaient tellement distendus par le sang, qu'au premier abord on aurait cru qu'il y avait autant d'hémorrhoïdes qui recouvraient cet orifice , que d'amas de vaisseaux parallèles. (Z>e jerf. ep. 63, art. 13.)— Voilà les faits les plus authentiques que nous ayons trouvés dans les observateurs sur les varices de la vessie, Nous avons eu aussi l'occasion d'observer cette affection variqueuse, et nous en avons parlé plus haut. En 178G j'ai assisté à l'ouverture du corps d'un calculeux, âgé d'environ soixante ans , qui avait été sujet au pissement de sang , et dont l'anus était bordé de grosses hémorrhoïdes. Sa vessie contenait une pierre murale, noirâtre, de la forme et de la grosseur d'un œuf de poule, et du poids de deux onces six gros. La tunique interne de ce viscère offrait des espèces de colonnes charnues semblables à celles des cavités du cœur, et présentait des vaisseaux variqueux qui se portaient en serpentant vers l'orifice du col de la vessie et se prolongeaient dans ce conduit. Le plexus veineux qui rampe autour de la prostate et les vaisseaux hémorrhoïdaux étaient très - dilatés par le sang. Si cet homme eût subi l'opération de la taille, la section du col de la vessie aurait pu causer une hémorrhagie dangereuse.

Ces faits suffisent pour ne laisser aucun doute sur la possibilité de la formation de varices à la vessie et particulièrement à son col. Cette affection variqueuse se forme principalement lorsque les parois de ce viscère sont épaisses , dures ou racornies ; quand il contient des pierres , des fongus , ou que son col, la prostate et ses enveloppes sont tuméfiés par un engorgement de leurs vaisseaux. Celte tuméfaction est assez fréquente chez les vieillards , chez les per sonnes qui habitent les pays chauds, chez celles qui ont eu des gonorrhées, ou qui sont affectées d'hémorrhoïdes cora-

DES MALADIES DE

pliqudes d'obstructions dans le bas-ventre , et même chez les jeunes gens qui se sont livrés avec excès aux plaisirs de l'amour , ou qui ont abusé des liqueurs spiritueuscs.

Le i>onflcmcnt variqueux des vaisseaux du col de la vessie a beaucoup d'analogie avec les tumeurs hémorrlioïi-iales; ii présente à peu près les mêmes variétés que ces tumeurs , lesquelles le compliquent très-fréquemment. 11 s'accroît progressivement par les causes prédisposantes , surtout par les efforts que les malades font pour uriner et pour aller à la garderobe: alors la contraction violente des muscles abdominaux, comprimant fortement les viscères contenus dans le basventre, et rendant plus difiicile le retour du sang par les vaisseaux iliaques et méseutériques , aug'menfe la stase sanguine dans les veines du périnée et du col de la vessie. Cette augmentation du gonflement variqueux rétrécit l'orifice de ce col, lu ferme , s'oppose à l'issue de l'urine, en intercepte tout à fait le passage, et cause la rétention de ce liquide dans la vessie. Cet état est souvent accompagné de symptômes inflammatoires. On peut y remédier par le repos , les boissons adoucissantes prises ea petite quantité, les saignées du bras , l'application des sangsues au périnée ou à la marge de l'anus; et enfin par les sondes élastiques, qui, au moyen de la pression qu'elles exercent sur les vaisseaux variqueux du col de la vessie, les affaissent et peuvent rétablir leur force tonique. M. Desault a guéri, par l'usage de ces sondes, plusieurs soldais revenant des grandes Indes, qui étaient sujets au pissement de sang provenant de vaisseaux variqueux de l'urètre et du col de la vessie. Le changement de climat , l'abstinence des spiritueux , des aromatiques, des plaisirs vénériens, un régime adoucissant sufliscnt quelquefois pour obtenir la guérison de cet accident fréquent chez les habitants de l'Ile-de- France. J'en ai vu les bons effets sur deux hommes de l'âge d'environ trente ans , de retour de celte île à Paris , qui pissaient souvent le sang pur, même après avoir rendu des urines claires. — Si les urines sont totalement retenues par le gonflement variqueux du col vésical , il est urgent de leur donner issue en introduisant une sonde qui doit être d'un gros diamètre et dont le bec répondant à la direction de l'axe de l'urc- Irc, sera appuyé avec force contre l'ob-

stacle pour aftaisscr les parties tuméfiées, et pour avoir plus de facilité à l'enfoncer dans la vessie. Il arrive ordinairement que la sonde heurtant contre les vaisseaux dilatés les déchire , et produit ua écoulement de sang plus ou moins abondant. Cet accident , loin d'être nuisible, est souvent utile ; c'est une saignée locale qui dégorge ces vaisseaux , et qui peut dispenser de réitérer la saignée.

Les vaisseaux variqueux de la vessie peuvent se rompre ou laisser transsuder, à travers leurs parois , le sang qui les distend. Leur rupture, moins rare que la diapédèse ou la Iranssudalion , est souvent occasionnée par la présence d'une pierre dans ce viscère , suitout si le malade fait des exercices immodérés, s'il va en voiture dans des chemins raboteux , s'il monte à cheval, s'il fait usage de diurétiques acres: elle survient aussi par la pléthore ou la surabondance du sang dans ces vaisseaux , par l'équitation seule, par un effort, une chute, un coup, par l'introduction de la sonde dans la vessie. L'effusion du sang dans la cavité de ce viscère rend les urines sanguinolentes, et produit le pissement de sang. Lorsque cet accident se manifeste , on ne peut juger qu'il provient de la rupture de vaisseaux variqueux , qu'après en avoir recherché la source , les causes et examiné les phénomènes , les symptômes qui l'accompagnent.

Vu pissemeitt de sang ou htnialuric.

— Le sang rendu par la voie urinaire peut venir des reins, des uretères, de la vessie ou de l'urètre ; il sort pur ou mêlé avec les urines. On peut assurer qu'il a sa source dans les vaisseaux de l'uièlre quand il sort pur de ce canal, sans aucun mélange d'urine, et qu'il coule jiendant un certain temps sans interruption et sans être précédé d'envies ni d'tfforts pour uriner. C'est alors une hémorrhagie de l'urètre appelée hœnialiiria sLillatitia par Sauvages, Nosol. mcih., tom. 2, p. 49; stymatosis par Vogel, Dissert, de hœmorihas^. pénis : Got~ tingœ, 17G5. Si le sang sort avec l'urine ou sans urine , mais par l'action de la vessie avec envies et efforts pour uriner, c'est un pissement de sang, ou bien ce liquide vient d'ailleurs que de l'urètre, qui , dans ce cas , le transmet et ne le fournit pas. Il peut cependant arriver que le sang partant de l'urètre , près du col de la vessie , reflue dans ce viscère, d'où il ne sort qu'avec les urines. Un caillot forme dans ce canal, ou un ob-

TRAITÉ

slacle de toute autre nntui'e , peut occasionner ce reflux ; muis on saura, p;ir les signes comnn^moratil's et par ceux qui conslalciit l'existence des affections de l'urètre, que le sang rendu avec les urines provient de la lésion de ce canal. Il est plus difficile de connaître la source du pissement du sang fourni par les autres organes urinaires. — Le sang qui vient des reins passe queluuefois , par anastomose, des artères rénales dans les conduits urinifères. La laxité et la dilatation de ces conduits, ou l'exlrême ténuité et la dissolution du sang, comme dans le dernier degré du scorbut, favorisent celte espèce de transfusion. Il suffit alors qu'une cause quelconque augmente la force de la circulation dans les reins, pour que les globules du sang , au lieu d'être arrêtés à l'extrémité des artères, soient poussés jusque dans les conduits urinaires, et de là dans la vessie. C'est ainsi que le pissement de sang survient après un eflbrt violent dans la région des lombes , une longue course à pied, à cheval ou en voilure; après l'usage des boissons échauffantes, des diurétiques stimulants , des térébenthinacés pris à forte dose (l), des drastiques, et quelquefois par un effort critique dans la petite vérole , la rougeole , la fièvre maligne, la pleurésie dorsale, le scorbut. On juge que le sang vient par l'anastomose des artères rénales avec les conduits sécréteurs des urines, lorsque le malade n'a éprouvé auparavant aucun

(1) Un Suisse, âgé d'environ quaranio ans, robuste et d'une bonne consiitulion, se plaignit de douleurs à la région des lombes et du sacrum. Un empirique lui conseilla de prendre, en une dose, deux onces d'huile de térébenlliiiie avec un peu de vin blanc. Ce Suisse eut bientôt une douleur violente à la région des reins, avec beaucoup d'ardeur et de chaleur.

Cinq heures aprùs avoir pris celle icrébcnlhine, il pissa le sang mêlé d'urine, goutte à goultc, involonlairemenl , avec douleur et ardeur. Ces accidents subsistaient encore deux jours nprùs, lorsqu'un médecin de Berne lui fit prendre divers médicaments. La douleur, le pissement de sang cédèrent à ces moyens. Il lui resta, pendant plusieurs années, des douleurs dans le bassin. Fabrice de Ililclen lui conseilla les eaux acidulés de Griosbach, qui rétablirent entièrement sa santé. {Fal). Uild. , cent. 5, obs. 52, p. 442.)

accès do colique néphrétique , qu'il a fait des courses violentes et soutenues, et qu'il ne ressent presque pas de douleur dans la région des reins, ou n'éprouve que les symptômes de pesanteur, de chaleur qui annoncent un engorgement dans ces organes.

Le pissement de sang provenant des reins dépend communément de l'ouverture accidentelle de quelque vaisseau sanguin. Ce symptôme est presque inséparable des plaies qui pénètrent dans ces viscères. Une forte contusion sur les lombes , une chute sur le bassin peuvent aussi par contre-coup le déterminer ; mais il survient le plus ordinairement , lorsqu'il existe une ou plusieurs pierres dans les reins : la plus légère secousse imprimée à ces corps étrangers peut alors déchirer quelque vaisseau sanguin. Les signes coramémoratifs instruisent sur la cause immédiate de l'effusion du sang, et peuvent faire connaître le lieu d'oii il sort. C'est ainsi que, lorsque les urines sont sanguinolentes à la suile d'un coup d'épée porté dans la région lombaire , on ne peut douter que la plaie ne pénètre dans les reins, et qu'il ne fuille attribuer à celle plaie l'écoulement du sang. On sera de même fondé à croire que le pissement de sang provient de la rupUire des vaisseaux des reins, produite par une pierre arrêtée dans leurs conduits , si le malade a rendu de petites pierres , s'il a éprouvé des accès de colique néphrélîquc, s'il ressent des douleurs aiguës dans la région de ces viscères , et si le pissement de sang est survenu à la suite d'exercices immodérés, etc. (lisez l'article des pierres rénales, inséré avec détail dans cet ouvrage). — Dos observateurs assurent que le sang qui vient de la rupture des vaisseaux rénaux sort tout à coup de la vessie avec abondance, qu'il est mêlé avec l'urine, que sa couleur est d'un rouge clair, égal, uniforme, et que son excrétion est très-peu ou point douloureuse. On errerait souvent si l'on se fiait à celle assertion : car le sang rendu par la voie des urines se trouve dans dill'érenls étals, suivant le nombre et la grosseur des vaisseaux ouverts , son séjour dans la vessie vide ou remplie d'une certaine quantité d'urine , son expulsion iiromple hors de ce viscère , sa liquidité ou sa consistance, elc; circonstances que nous déveloi)perons en traitant du pissemcut de sang fourni par la vessie. Nous exposerons en même temps le pronostic et la

DliS MAI.AIiirS Dr.s

cure du pisseniciit Je sang, selon le viscère d'oii il coule.

I.cs urelères sont rîircinciil la source du pissement de sang-; l'élal nienibiMiicux et le tissu serré de ces conduits, le petit nombre et la finesse de leurs vaisseaux les rendent peu propres à ces sortes d'iiémorrliafjics. S'ils lournissent du sang , c'est oï diuairement à l'occasion d'un calcul âpre, anguleux, qui, arrêté, ou traversant avec peine ces conduits, déchire ou blesse leurs vaisseaux. Le malade sent alors une douleur aiguë à la région iliaque , dans le trajet du canal affecté; il a les symplômes de la néphrite calculeuse. (Voyez le chapitre des pierres des uretères , dans cet ouvrag-e.) — Le pissement de sang tire fréquemment son origine de la vessie.

Le gonflement variqueux des veines qui rampent à la face interne de ce viscère ou près de son col , les fongus situés dans sa cavité peuvent produire l'effusion du sang par diapédèse ou par rupture à la suite de la pléthore de ces vaisseaux , d'une secousse violente , d'un contre-coup, de l'équilation seule, de l'abus des plaisirs vénériens, de l'action des diurétiques .acres , des drastiques^ des canlhurides , de corps étrangers introduits ou formés dans la vessie, d'elforls critiques dans une maladie , de la suppression des règles , d'hémoirhoïdes, etc. On ne petit guère reconnaître, même après la mort, si cette effusion provient, dans ces circonstances, de la diapédèse ou de la rupture des vaisseaux. — J'ai ouvert la vessie d'un homme âgé d'environ soixante dix ans , qui était sujet à des pissenienîs de sang. Les reins, plus volumineux que dans l'état ordinaire, avaient les calices amples el pleins d'urine rougeàtre, ainsi que les uretères. La vessie en contenait beaucoup; il n'y avait aucun corps étranger, il n'y parut point de vaisseaux vari(|ueux : mais sa face interne présentait du côté du basfond plusieurs points rouges inhérents à sa tunique interne, et qui semblaient être (les orifices vasculaires. Le col de ce viscère était sain , de même que l'urètre; la substance de la prostate, d'une apparence squirrhcuse , était parsemée de grains pierreux , et le tissu cellulaire qui environne celte glande avait la couleur inflammatoire. IN'est-il pas vraiscmbliiblc que le sang que cet homme rendait avec les urines sortiit par transsudiilion des orifices ou des porosités des veines vésicules ? J'ai assisté à l'ouvcr-

voiF.s iMUN .r; s s. ^' turc du cor:is il uii iiommcde l'àje d'environ soixante ans qui depuis long-temiis pi^Siiil le sang. Sa vcs ie contenait un foiigns qui oeenj'i'il '!> l'-'SC du trigone entre les deux uretèi es, cl s'étendait sur le corps de ce viscère. Qn voyait à la surface de celte tumeur des vaisseaux fins, unis par un tissu cellulaire trèslàche ; mais il n'y parut aucune rupliire ni déchirement. Comme la tumeur laissait libre l'orifice du col de la vessie, cet homme n'était point sujet à la rétention d'urine, ni ii de fréquents accès de dilficullé d'uriner. Il pissait le sang avant qu'on fît usage de la sonde pour juger de la cause de ce pissement et savoir s'il ne dépendait point de la présence d'une pierre. On sentit bien que la sonde rencontrait dans la vessie un corps ferme qui en soulevait le bec et qui l'empêchait de pénétrer profondément; mais on ne put s'assurer de la nature de ce corps. Les accès de pissement de sang devinrent plus fréquents; la faiblesse, l'œdématie des extrémités inférieures précédèrent la mort.

Il est probable que le pissement de sang provient du déchirement des vaisseaux de la tunique interne de la vessie, lorsqu'il s'y rencontre des pierres murales ou d'autres qui sont flottantes et qui froissent ses parois. Les plaies pénétrant dans ce viscère, les opérations qu'on y pratique, et qui sont suivies de cet accident, ne laissent aucun doute sur la division des vaisseaux. Lorsque les causes immédiales de reffusion du sang dans la vessie ne se manifestent pas ou sont méconnues, on rapporte communément la source du pissement de sang à la rupture de vaisseaux variqueux de ce viscère. On ne peut cependant s'assurer de l'existence de ces varices. Comment les reconnaître ? Ce ne Fera point par l'inirodiiction de la sonde. Elles n'ont ni le volume ni la résistance propres à les faire distinguer. Le pissement de sang quisurviendraitaprèi l'usape de la sonde, même portée avec loree contre les parois de la vessie, pourrait dépendre de l.i lésion d'un fongus, de la déchirure de quelquis vaisseaux ([ui ne seraient pas variqueux. On ne peut donc avoir que des présomptions sur l'existence de ces varices, même de celles qui sont au col de ce viscère : ces présomptions seront fondées sur les dilTiciiltés d'uriner antérieures au pissement de sang , sur la sup— liression des règles, d'hémorrhoïdes ou d'autres évacuations sanguines . la réci-

dive spontanée et le retour quelquefo's périodi([iie du pisscuient. Ce ileniier indice doit cmpôcher de poi-ler un jugement positif quand cette excrclion se manifeste pour la première fois ; il faut aussi suspendre son opinion jusqu'à ce qu'on soit assuré qu'il n'y a dans la vessie ni pierres ni fongus , car ces corps étrangers peuvent occasionner le pisscment de sang, même périodique, sans qu'il y ait complication de varices. Le fait suivant montre (]u'il est quelquefois difficile de reconnaître la présence de ces corps dans la vessie , et que, leur existence étant méconnue, les circonstances du pissement de sang peuvent faire rapporter à la rupture de varices ou de vaisseaux variqueux la cause de l'excrétion sanguine.

Un épicier âgé de quarante ans eut plusieurs accès de néplirile. La sortie d'une pieri'e de la grosseur d'une petite olive, par l'urètre, sembla le délivrer de ces accidents. Quelques années après, lorsqu'il était en voiture d.ins des chemins raboteux, il ressentait de la douleur dans la verge , et avait de fréquentes envies d'uriner avec cuissons :

ses urines devinrent sanguinolentes ; cependant elles coulèrent a plein canal.

Cet accident cessa dès le même jour , mais il revint quatre à cinq fois pendunt le cours de l'année ; on employa la saignée , les bains, les adoucissanis. L'année suivante, le malade éprouva des douleurs Irès-vives au col de la vessie ; il rendit des urines sanguinolentes dont les dernières gouttes ne sortaient qu'après des efforts violents et accompagnés de convulsions. Les mêmes symptômes se manifestèrent tous les deux mois pendant près de deux ans. M. Ysabeau , chirurgien à Gien, et plusieurs autres chirurgiens introduisirent en dillercnts temps la sonde dans la vessie, et n'y sentirent point de jiierre. Le passage de la sonde élait quelquefois douloureux et suivi d'héniorrhagie. On jugea que la maladie dépendait de vaisseaux variqueux qui se tuméfiaient à des temps réglés.

Les accès, qui avaient toujours été périodiques tous les deux mois, cessèrent, et ne reparurent qu'au bout de six mois révolus; puis ils revinrent tous les mois presque à la minute. On réitéra les saignées. Le m:ilnde tomba dans un assoupissement létiiargique, les urines se supprimèrent. M. Ysabeaii réitéra l'iiilroduclion de la sonde sans é|)rouver de difficulté, sans qu'il survînt d'h'Miiorrl'a-

gie ; il donna issue à de l'urine , il sentit un corps mollasse qui empêchait de tourner librement la sonde dans la vessie, et toucha par trois fois un corps dur comme une pierre. Le cours de l'urine devint naturel. De nouveaux accès survinrent encore, mais sans rétention d'urine; puis les urines furent retenues. On ne put introduire la sonde dans l'urètre sans que le malade éprouvât de violentes convulsions ; il vécut encore huit jours. A l'ouverture du corps, M. Ysabeau trouva la vessie petite, dure, resserrée dans le milieu , et dont les parois avaient un travers de doigt d'épaisseur. Le fond de ce viscère embrussaitune pierre cordiforme, du poids d'environ quatre onces, dont la pointe était dirigée vers l'ouraque , et dont la base, formant deux lobes un peu allongés, appuyait sur deux corps fongueux, amygdaloïdes, nés du col de la vessie , et prolongés jusque dans le milieu de la cavité vésicale. L'orifice de l'uretère droit était assez élargi pour permettre l'introduction du doigt; celui de l'uretère gauche parut dans l'état naturel. Ces canaux étaient amples ou dilatés considérablement dans leur longueur , et avaient des vaisseaux aussi distincts par leur rougeur que dans l'état inflammatoire. Les reins formaient de grandes poches divisées par des cellules amples, et qui contenaient, ainsi que les uretères, de l'urine sanguinolente. On ne vit point de varices, ni de vaisseaux dilatés à la vessie. Il est vraisemblable que les accès de difficulté d'uriner provenaient de la tuinéfacliou des corps comme glanduleux situés à la partie inférieure et au col de la vessie, et que le pissement de sang dépendait de la rupture de quelques vaisseaux de ces espè.es de fongus, ou de ceux des reins dégénérés, puisqu'on a trouvé dans les conduits de ces viscères de i'urine sanguinolente, même ajjiès la mort.

Le sang qui est rendu avec les urines se trouve dans dilTérents états. Qaand il n'y a qu'un ou plu:ieurs petits vaisseaux ouverts , et que la vessie contient une certaine quantité d'urine, le sang se délaie dans ce liquide , qui prend une couleur plus ou moins foncée , semblable il l'eau dans laquelle on aurait f.iit une saignée du pied. J'ai vu plusieurs malades, et surtout des c ilculeu\ . sujets au pissement de sang, rendre d'abord des urines noirâtres, puis uriner le sang presque pur avec beaucoup d'efforts et de léuesmc. Lorsqu ; les vaisseaux ou-

DES MALADIES DES

verts fournissent beaucoup de sang dans la vessie vide , s'il conserve sa liquidité, il est expulsé presque sans aucun nic- Isnge d'urine aussitôt qu'il a rempli suffisamment ce viscère pour en solliciter la contraction ; si au contraire le sang vient à se coaguler, les efforts pour l'expulser deviennent souvent inutiles , et il cause alors une rétention d'urine dans la vessie. Après avoir donné issue aux urines retenues , celles qui s'écoulent ensuite sont sanguinolentes pendant plusieurs jours, quoique le sang ne s'écli.ippe plus des bouches qui le fournissaient, parce que les urines lavent et entraînent avec elles une portion des caillots restés dans la vessie. — Le pissement de sang: est un accident plus ou moins fâcheux , selon les viscères d'oii il coule et lu cause qui produit son effusion. Le danger est plus grand quand le sang vient des reins que quand il vient de la vessie. Les suites sont également plus à craindre quand le pisseinent de sang est produit par une plaie des reins ou par des pierres fixées dans ces viscères, que lorsqu'il est occasionné par une longue course à cheval , par l'abus des boissons échauffantes, et qu'il n'existe aucune affection contre nature dans les reins. Le pissement de sang qui a pour cause une pierre dans la vessie est moins dangereux que celle qui dépend d'un fongus de ce viscère. Il est un symptôme des plus déplorable dans la petite vérole , la rougeole , la fièvre maligne. Les pissemeiits de sang périodiques ou qui reviennent par intervalles, quelquefois tous les mois ou plus tard, ceux qui succèdent à la suppression des règles , des hémorrhoïdes , sont ordinairement salutaires : ils suppléent h ces évacuations et préviennent les accidents que leur défaut cntriiîncrail. Ils sont dangereux quand l'hémorrhagie est abondante ou qu'il y a complication d'ulcères ou d'autres affections des organes urinaircs. Les signes qui indiquent que le danger est pressant sont les nausées , les anxiétés , la petitesse et l'obscurité du pouls, la faiblesse, les défaillances, les sueuis froides : la mort suit quelquefois ces symptômes sinistres. Fabrice de llilden raconte (|u'un noble de Lausanne, parlant en public à ses vassaux, tomba en défaillance et mourut d'un pissement de sang qu'il avait depuis trois semaines, el dor.t il n'avait point parlé p:ir pudeur [cent. G , obs. 'ib ). Il est rare qu'il y ait une perle de sang assez considérable pour

VOIES URINAinES. -^O-lque le malade périsse d'hémorrbagie.

Des malades ont rendu avec les urines, dans l'espace de vingt-quatre heures , deux à trois palettes de sang sans éprouver de faiblesse. Un homme qui avait un fongus dans la vessie a perdu par la voie des urines au moins deux palettes de sang en un jour, il a cependant conservé ses forces et n'a été incoramodé que de la difficulté de pisser. Lorsque la perte du sang est plus grande, il y a prostration de forces. — Fabrice de Hilden donne l'histoire d'une bémorrbagie vésicale dont un jeune homme de vingt ans, robuste, pléthorique, fut attaqué peu de temps après s'être frappé le périnée contre l'angle d'un banc en sautant. Il n'y avait point de plaie aux téguments. Quoique la douleur fût sur-lechamp lrès-vive,lejeuue homme, n'ayant pas encore d'bémorrhagie , ne s'inquiéta point de son accident. La douleur s'étanl un peu calmée , il reprit sa gaieté avec ses camarades , qui s'amusaient à sauter et à courir. La nuit suivante , la douleur augmenta; il commença à pisser du sang en abondance, et en peu de jours il en rendit quelques livres par la verge. Ses forces diminuèrent beaucoup. Lorsque Fabrice le vit , leur prostration était très-grande à raison de la perle du sang. Le malade en avait pissé ce même jour, et pendant la nuit , environ deux livres , qui étaient séparées de l'urine. Et ce qui est digne de remarque , dit Fabrice , c'est qu'il rendit en ma présence par l'urètre, sans efforts et sans beaucoup de peine , des grumeaux de sang qui excédaient la grosseur d'un œuf de poule : ce sang , pendant l'écoulement, était comme de la gélatine , puis il se condensait prompte— ment en caillots épais. Au moyen du régime, de légers astringents, de fortifiants, de cataplasmes émoUients et canninatifs sur la région bypogaslrique , où le malade se plaignait d'une douleur fensive à cause de l'amas du sang- dans la vessie, l'iiémorrhagie a cessé , les accidents ont disparu, les forces se sont rétablies , et la guérison a été parfaite. [Cent. G, obs. 46, p. 556.) — Yan Swiclen parle d'un écuyer qui se plaisait à dompter des chevaux très-fougueux , et qui eut un pissement de sang si abondant qu'il en rendit plus de huit livres, tout liquide , en |uiu d'heures; puis il sortit des caillots en causant beaucoup de douleurs. Après avoir observé le repos, et pris des remèdes convenables , il

thaitk

échappa d'iui si grand diiiitter, cl viic u sans incommodité plusieurs années. Méprisant les conseils qu'on lui do!in;iit pour sa saille , el se liant lrO[) à lu force de sa conslitulion el à son ayililé, il s'exposa loas le.i jours aux mêmes dangers : il eut enfin une Iiémorrliagie plus forte et plus longue que la précédenle. Il mourut liydropique. [Coiniiicnl. in Aph.

Pat. 1422, p. 251.)— On a observé que les personnes sujelles aux luhuonhngies des voies urinaires qui ne sont ni critiques ni dépendantes d'évacuations supprimées , perdent leurs forces, tombent dans la langueur , deviennent cachectiques et hydropiijues.

Le pissement de sang accidentel ou produit par une cause extérieure, par un effort, une chule, par l'inlroducliou d'une sonde dans la vessie, celai qui est critique ou ([ui supplée à des évacuations supprimées n'exigent que des remèdes généraux lors((ue l'excrélion de l'urine et du sang se fait librement , sans beaucoup de douleurs, lorsqu'il n'y a ni ardeurs ni inflammation , et que l'iiémorrhagie est peu considérable. On prescr.t alors le repos , la saignée, les lavements émollients , les boissons adoucissantes avec les fleurs de rnauves , de violeiU-s , l'orge , le riz , la grande coiisoude. S'il se manifeste des symptômes iiifiammaloires , si le malade est d'une conslitulion sanguine , on réitère la saignée du bras, on applique des sangsues au péiinéé, au fondement , on l'ait des fomentations sur le ventre. Que le |)issemenl de sang soit spontané , qu'il provienne de 1 1 rupture de varices vésicalcs , qu'il soit périodique , qu'il revienne par interviilks et sans de vives douleurs, il ne demande point de remède particulier : ce serait contrarier le vœu de la nature que d'employer des astringents (l). — Une demoi-

(1) Voici une observation remarquable (Tliémaluric, communiquée à la Société médicale d'émulation en 180'J, par M. le docteur Chaumclon , et r;ipporiée par M. Félix Pascal : « Le nommé Grosjcan, soldat, né en 1778, tomba, à l'âge do dix-neuf ans, dans un élat de langueur, d'aballemenl et de malaise, semblable à celui qui précède, chez les lillcs, la première éruption mcnsiruclle. Une tumeur parut à la région hypogaslriquc ; quinze jours après, elle s'accompagna de douleurs el il se nianifesla iiiio dysurie insupporlablc. L'opération de la soude ayant été pratiquée, il sortit une grande

selle , qui n'élail pis encore réglée à l'Age de dix-sept ans , cul à la p,irt1e antérieure el inférieure de l.i jambe droite un ulcère variqueux , qui fournissait du s.ing ions les mois pendant trois ou quatre jours. Tant que dura cet écoulement, elle jouit d'une parfaite santé. Onze ans après celte |)remière époque , le tibia , qui était dénudé, s'exfolia, l'écoulement sanguin s'arrêta , l'ulcère guérit. Il survintalors des maux de tôle, des anxiétés, el surtout , par intervalles , cet orgasme qui annonce et prépare les évacuations critiques. Les saignées, les fomentations, les martiaux , les boissons gazeuses, etc., n'eurent d'autre efl'et que d'occasionner ou au moins de favoriser une sorte d'érup'ion érysipélateuse sur tout le corps , laquelle cessa au moyen de quelques saignées tant du bias que du pied. Vers la vingt-neuvième année, les rèpjles parurent ; mais elles furent peu cojiieuses ; elles gardèrent entre elles des intervalles de cinq à six mois. La malade traînait alors une vie languis-

quantité d'urine mêlée de sang, en partie fluide el en pariio coagulée. Alors la tumeur hypogaslriquc, la douleur cl la dysurie disparurcnl comme par encliantevient. Depuis ce temps Grosjean a toujours joui d'une bonne santé, et chaque mois il rend, par l'urètre, dis à douze onces d'un sang irès-pur. Cet écoulement a la plus grande analogie ou plutôt une idenlilô parfaite avec le flux menstruel : des phénomènes semblables précèdent, accompagnent el suivent son apparition, cl il esl inlluencé par les mêmes circonstances. C'est ainsi qu'une fois enirc autres cel homme, ;i l'époque de son écoulement périodique, fut obligé de traverser une rivière .à la nage; le flux se supprima , le malade éprouva une vive douleur aux lombes, une céphalalgie cruelle, el resta six mois faible, languissant, lourmenlc par des nausées, des vomisscmenis et de fréquentes attaques do dysurie qui exigeaient l'emploi de la sonde, et se icrminaient par l'évacnalion d'une urine sanguinolenle. — Grosjean esl d'un tempérament lympliaticosanguin, comme la plupart des femmes; il possède d'ailleurs tous les attributs de la virilité, est grand, vigoureux, a la voix màle, la ligure ornée de barbe, les mamelles non proéminentes, les parties delà génération Irès-bien développées:

il est marié cl père do dcu.x enfants sains cl robustes.

DES MALADIES DES

saute ; lu digestion était difficile, le sommeil ayilé , avec des bourdonneaieiiU dans hAèle. A li-entc-li-ois ans , elle faisait encore usage des apéritifs et des uiartiauï, à cause de l'irrégularité de ses règles et de leur petite quantité. Un pisscment de sang assez léger leur succédait et continuait alternativement pendant trois ou quatre mois. Il augmentait successivement sans aucune interruption , puis il s'arrêtait et les règles reparaissaient. Cet état a duré près de dix - huit ans. La malade a pris beaucoup de remèdes pour arrêter le pisscment de sang, les pilules alumineuses, les boissons acidulées avec l'eau de Rabel. Lorsque cet écoulement par les voies urinaires s'arrêtait ou diminuait , elle éprouvait des douleurs violentes à la tête , un sentiment gravatif dans tous les membres ; elle avait alors recours à des pilules savonneuses , qui rappelaient cette espèce de flux naturel. On lui donna aussi des antiscorbutiques : cependant ses gencives étaient fermes et saines, ses dents blanches et bien affermies dans leurs alvéoles ; il ne paraissait sur son corps ni taches exanlhémaliques, ni marques d'ecchymoses, et le sang qui s'écoulail avait une louable consistance. Agée de quarante-cinq ans , cette demoiselle s'est mariée et a continué l'usage de différents remèdes pour arrêter le pisse ment de sang. Quelque temps après, elle perdit le sommeil , elle eut des envies fréquentes d'uriner ; sa peau était sèche , la fièvre survint avec des frissons, les agitations du corps lurent plus considérables. Les urines , qui étaient rarement claires, ne donnaient point de sédiments graveleux. La malade se plaignait souvent d'une ])esanlcur dans les lombes, qui s'étendait vers la région hypogastrique. Elle consulta M. François , chirurgien à Ponligny en Champagne.

Il porta une sonde diins la vessie, et n'y reconnut pas de pierre. Les douleurs devinrent violentes par la difficiillé de rendre les urines ; leur cours fut intercepté par des caillots de sang : on en procura la sortie au moyen d'une algalie qu'on laissa dans la vessie pendant plusieurs jours. Pensant que le pisscment de sang provenait d'un ulcère variqueux de ce viscère, on y lit des injections avec une décoction d'orge , de lin , de miel rosal, et un peu d'eau - de - vie, ce qui procura quelque soulagement. Lorsque le sang recommençait à couler en abondance , il se reformait des caillots qui ,

VOIES UIUNAIUES.

s'cngageant dans l'urètre , interceptaient la sortie des urines et nécessitaient l'inlroduclion de la sonde. Malgré les pertes de sang par les voies urinaires, cette femme a conservé son embonpoint; mais il avait une apparence morbifique : la peau était pâle et la graisse mollasse. Elle est morte à Tâge de cinquante et un ans. A l'ouverture de son corps, on n'a trouvé aucune marque d'affection particulière. La vessie était petite; elle contenait environ trois onces d'urine brunâtre. Il n'y avait ni ulcération, ni fongus, ni varices. Les autres voies urinaires étaient saines. Les vaisseaux rénaux ont seulement paru plus volumineux qu'à l'ordinaire.

Il est très-probable que la nature avait porté du côté des voies urinaires de cette demoiselle le sang qui devait s'écouler menslruellement par les voies génitales:

c'était donc agir contre son but que d'user de moyens propres à arrêter le cours de ce liquide. Nous pourrions réunir ici plusieurs laits analogues à celuici sur des hémorrhagies périodiques , ou qui se renouvellent irrégulièrement pendant un certain temps de la vie sms troubler la santé des personnes qui y sont sujettes. Nous nous bornerons à rapporter une observation intéressante que Nester , médecin célèbre de Berwald, a donnée sur un pisscment de sang périodique , et; survenu après la suppression d'un flux hémorrhoïdal. — Ua iiomme de lettres , âgé d'environ cinquante - trois ans , qui avait beaucoup d'embonpoint, et dont le tempérament tendait à l'affection hypochondriaque , eut pendant grand nombre d'années un flux hémorrhoïdal modéré qui, loin de l'incommoder , contribuait au bon état de sa santé. Cette évacuation s'arrêta d'elle-même. Il eut penilant l'automne un frisson et des mouvements fébriles accompagnés d'inflammation aux amygdales. Après une saignée du bras, il parut soulagé ; mais la nuit suivante il lui survint un pisscment de sang : il en rendit plus d'une livre sans aucun mélange d'autre liqueur, sans aucun sentiment de pesanteur ni de tension douloureuse au foie , aux reins ou à la région hypogaslrique. Ce phénomène jeta le malade dans la plus grande consternation. Les trois jours qui suivirent , son urine ressemblait à de l'eau dans laquelle on aurait lave des chairs d'animal nouvellement tué ; l'excrétion ne pouvait s'en l'aire qu'il ne resseulît des douleurs

TRAITÉ

aiguës à la verge : l'urine s'arrôlait quelquefois tout à coup et ne sortait ])Uis que goutte à goutte , comme dans la stranguric ; ce qui lit pi'ésumer au malade qu'il avait une pierre dans la vessie. Il usa pendant quehjue temps de remèdes émoUients , puis des lithontripliques, et il n'en reçut aucun soulagement. Enfin, l'ardeur et les douleurs s'ctanl fait sentir plus vivement encore qu'auparavant , il rendit en urinant quantité de caillots de sang qui ressemblaient par leur forme à des l'oies de biochet. L'instant d'après, toutes SOS douleurs cessèrent , l'urine parut claire et colorée comme dans l'état naturel , sans aucun mélange de sang. I,e malade se crut guéri ; mais il se llalta trop tôt, car, deux mois après, cette difficulté d'uriner, accompagnée d'un sentiment douloureux, lui revint comme la première fois. Il a été sujet à cette incommodité sans que les retours eussent des périodes réglées et que les symptômes fussent les mêmes. Il rendait d'abord une grande quantité de sang pur et brillant , sans mélange d'urine, sans douleurs de reins : ce sang se coagulait très - piomplement. L'urine paraissait ensuite teinte de sang noir, et ne changeait de couleur que lorsque les caillots élaicnt sortis de la vessie. Il est inconcevable combien le malade en a rendu par cette voie. Il a pris différents remèdes, des stypiiques, des astringents, des consolidants , des altérants , sans en éprouver aucun soulagement. Les saignées n'ont pas mieux réussi. Ce qui a paru surprenant , c'est que l'hémorrhagie était d'autant plus abondante que les saignées étaient plus fréquentes. L'application des sangsues ne lui a pas été plus utile ; c'est pourquoi on lui conseilla de s'abstenir de tout remède et de laisser agir la nature. On jugea que celle hémorrhagie était une crise salutaire qu'il serait dangereux d'arrêter, la surabondance du sang pouvant , par l'effet des remèdes, se porter sur quelque viscère et mettre le malade en danger de périr. Il abandonna le soin de sa guérisou à la nature. Depuis ce temps , à l'exception de cette Iiémorrliagie, sa santé a été aussi bonne qu'elle pi^it être, jouissant d'un sommeil tranquille et de loules ses fonctions naturelles comme dans l'état le plus désirable. Les retours du pissemeol de sang étaient annoncés par une pesanteur dans tous lus membres, par un sentiment de Iristesse et de mélancolie ; mais des que l'hémorrhagie cessait, ces symptômes

disparaissaient et le malade reprenait sa gaieté ordinaire.

Quoique le pisseraent de sang n'ait rien de dangereux , quand il n'est pas fréquent, ni accompagné de douleurs aiguës , de fièvre, et lorsqu'il fait cesser les lassitudes du corps ; cependant les personnes qui y sont sujettes doivent observer un régime de vie sobre : elles éviteront avec circonspection tout excès dans le vin et les plaisirs vénériens ; l'exercice doit être modéré et celui du cheval absolument proscrit. Elles auront soin de ne pas trop se couvrir dansle lilet de ne pasrestertrop long-temps couchées sur le dos. Avec ces attentions elles préviendront le retour fréquent des accès , les pertes abondantes de sang. Mais il est bien important d'avoir égard aux causes du pissement de sang et à ses symptômes, pour en distinguer les différentes espèces , pour connaître quand il est critique, dangereux ou salutaire , et apprécier les circonstances où il exige des remèdes et celles oii il n'en demande point. Si l'hémorrhagie est considérable; le repos absolu , la diète sévère, l'abstinence des boissons, l'exposition du corps à l'air froid, les lavements à l'eau froide, l'application de linges ou d'épongés trempées dans le vinaigre , sur le ventre et au périnée , seront les premiers secours à donner. Si l'hémorrhagie persévère , et qu'il soit à craindre que le malade n'y succombe, on emploiera les astringents les plus accrédités par l'expérience , tels que les sucs d'ortie , le lierre terrestre , l'eau de Rabel , le sang-dragon , le bol d'Arménie. Leur usage n'est pas sans inconvénient quand ils sont donnés à une forle dose (l) : la crispation qu'ils oc-

(1) Un goutteux, âgé de soixante-treize ans, était sujet depuis long-temps à des douleurs de vessie en urinant, et au pissement de sang. Il n'avait pas de pierre dans la vessie. Comme il ne souffrait presque pas des reins, on atiribua le pissement de sang à la rupture de viiisscaux variqueux du col de la vessie. Ou lui ht prendre divers aslringenls, et enlui 1 eau de Rabel à la dose d'environ un dcmicros dans un verre d'eau sucrée; tandis qu'on n'en niellait ordinairement que liuil à dix goulles. Le pissement de sang, qui clail très-abonrlanl, s'arrèia. Dûs le lendemain do celle suppression, ce vieillard se plaignit de douleurs de icle ; il devint assoupi, eut des mouvements convulsifs, cl niourul prompteiuont. J ai

DES MALADIES DES

casioTinent est une cause frcqiiciile des ulcères qui succèdent à ces hdmorrliagies. La ciainle de cet accident doit céder à l'assurance d'une mort prochaine , si l'on n'emploie pas les astringonts les plus actifs. De deux maux il faut foujours éviter le pire; et rien n'est plus conforme aux lois de la nature que de s'exposer à faire un petit mal , lorsque cela est indispensablenient nécessaire pour en éviter un plus grand. Heureusement ces hémorrliagies si dangereuses sont rares. La plupart occasionnent plus de sollicitude et de crainte aux malades et aux assistants qu'aux chirurgiens expérimentés. Elles s'arrêtent souvent d'elles-mêmes après une grande effusion de sang. La prostration des forces du malade , le repos, la formation et l'amas des caillots dans la vessie favorisent beaucoup la suppression du flux de sang.

Les caillots amassés dans la vessie occasionnent quelquefois une maladie aussi redoutable que les hémonhagies. Ils irritent ce viscère, et peuvent l'enflammer.

Engagés dans le commencement de l'urè- Ire, s'ils éprouvent de la résistance à leur expulsion , ils causent la rétention de l'urine. Quelques-uns cependant sont expulsés sous forme solide , et passent dans l'urètre comme par luie filière. On en trouve un exemple dans les Mémoires de l'Académie des sciences de Paris, année 1735. Un Hollandais âgé de cinquante ans , assez sanguin et un peu mélancolique, sujet, depuis plusieurs années, à la gravelle, et qui avait rendu jusqu'à près d'une once de graviers à la fois , fulloutà coup saisi d'une réienlion d'urine après un violent exercice de corps. Au bout d'un ()eu de lemps , et après de vives douleurs dans l'urètre, il sortit de ce canal un corps noirâtre de la grosseur d'une plume d'oie, et de la figure d'un ver. Ce

ouvert son corps. Sa vessie était vaste : elle avait à la base du trigone une ulcération fongueuse, arrondie, d'environ six lignes de diamètre, entourée de veines variqueuses et de petites fongosiiés mollasses. Les autres viscères du ventre et ceux de la poitrine étaient sains. Les vaisseaux du cerveau contenaient beaucoup de sang : ce viscère ne présentait d'ailleurs aucune altération particulière. La mort prompie de ce vieillard a paru dépendre de la suppression subite du flux de sang qui venait des vaisseaux ulcérés et variqueux de la vessie, et de sa métastase sur le cerveau.

VOIES uniNAinEs. 285

corps long de vingt pouctîâ ayant été tiré doucement, il sorlit de l'urine mêlée avec beaucoup de sang. Un quart d'heure après, il en vint un second d'une aune de longueur : depuis ce temps , pendant jours et nuits, il est sorti, presque toutes les demi-heures , de pareils corps inégaux en longueur et dont le plus long' avait jusqu'à douze aunes. C'était visiblement du sang auquel l'urètre servait de filière. Il était très-brun, et devenait plus vif en couleur dès qu'ilélait exposé ii l'air; sa surface reprenait alors, par nuances successives, sa couleur naturelle.

Le sang épanché dans la vessie, et provenant de la rupture de vaisseaux variqueux ou d'autres causes, peut, en se condensant, former des caillots assez gros et assez solides pour ne pas s'engager dans l'urètre. Les douleurs que le malade éprouve dans I hypogastre , par la distension de la vessie, jiar le poids des caillots, par les difficultés d'uriner, délermineni à introduire une algalie dans ce viscère , pour évacuer le sang coagulé. Si les caillots ne pouvaient pas couler par cet instrument , il faut lâcher de les diviser et de les ilélayer, en poussant dans la vessie des injections d'eau liède pure , ou mêlée avec un tiers d'eau de chaux ou d'une dissolution très-légèrement alcaline. On conseillera en même lemps une boisson abondante, atin que les urines concourent, avec les injections, à délayer les caillots et à en favoriser la sortie. Si l'action de la vessie est affaiblie et ne peut en procurer l'expulsion, on pourra tenter, au moyen d'une seringue adaptée à l'algalie, de pomper les caillots amollis et le liquiile retenu. M. Maigret, associé à l'Académie de chirurgie, a évacué , par ce procédé, du sang épanché dans la vessie , et qui ne pouvait sortir par la sonde (l).

(1) Cette manière de procéder n'est pas tout à fait sans inconvénient; la succion par la sonde peut s'exercer sur un point des parois de la vessie et y appeler le sang, comme cola s'observe sous la ventouse appliquée à l'extérieur. M. Rigal, de Gaillac, a eu l'idée de substituer à ce moyen un autre de son invention, une sorte de vis d'Archiniédc ; c'est une sonde de gomme élastique dans laquelle il fait tourner un (il de fer ilisposé eu spirale, et à l'aide duquel il espère pouvoir ramener au dehors tous les caillots de sang. Ce moyen, qu'il est venu soumettre à l'Académie royale do médecine.

En 1 7C3 un curé Agé de cinquante-sept ans, d'un tcniiH'r.iincnt san{>ain , après scplmois d'une attaque d'iiémipléijie , eut un pissement de sang , lequel cessa tout à coup par la présence de caillots qui bouclièrent le col de la vessie. L'iiypofjastrese tendit excessivement, la fièvre augmenta , un léger hoquet survint. Les saiguéc'i , les demi-bains , les boissons de pariétaire, etc., furent mis en usage sans fruit; le catbétérisme et les injections n'eurent pas plus de succès. Les symptômes s'aggravaient, l'inflammation du bas-ventre s'annonçait, et il y avait à craindre la mort du malade. M. Maigrot ne vit d'autre ressource, dans un danger aussi imminent, que d'essayer de pomper le sang; il se servit d'une seringue à lavement. Après avoir ratissé le bout de la canule de bois, pour l'ajuster dans l'algalie, il les assujettit avec la main gauche , pendant qu'avec la droite il tint la seringue fixée à la canule. Un aide chargé du corps de la seringue , tira avec célérité le piston, et , de ce premier coup , qui fut très-preste , il pompa environ deux palettes de sang que l'on versa dans une jatte. M. Maigrot fit répéter le pompement plusieurs fois de suite, avec le même succès. La vessie lut vidée , l'hypogastre se détendit, et le malade entièrement soulagé s'endormit. L'épanchement cependant continua. On répéta le jiompement. L'urine, après cette seconde opération , commença à couler goutte à goutte , elle fut quelque temps sanguinolente; peu à peu elle reprit sa couleur et son cours naturel. Ce curé a I été entièrement guéri. Le pompement ne

peut être utile pour extraire les liqueurs j retenues dans la vessie , que lorsqu'elles

sont trop épaisses i)0ur couler par la sonde , ou qu'elles forment des grumeaux qui ! bouchent la cavité de cet instrument , et

; que le stylet ou des injections ne peuvent

I les diviser ni en favoriser l'expulsion.

et qu'il a eu la bonlé de me démontrer en parliculier, est fort ingénieux; mais outre qu'il est douteux qu'il aileigne bien son but, rarement, si je ne m'abuse, il y a lieu à y recourir. J'ai rencontré dans ma pratique un grand nombre de malades afl'ectés d'hématurie, et chez plusieurs d'entre eux j'ai dû recourir ù la sonde pour donner issue au sang; mais toujours elle m'a suffi, avec le concours des injections d'eau tiède : l'emploi d'un diviseur solide des caillots sanguins ne m'a jamais clé nécessaire. S.

De la ponction de la vessie. — Lorsque le cathétérisme est impraticable (1),

(1) M. Desaull pense qu'il n'y a presque point de cas où un chirurgien exercé à sonder ne puisse pénétrer avec l'algalie jusque dans la vessie. Depuis huit ans qu'il est chirurgien en chef de l'Ilôtel- Dieu de Paris, il n'a -pratiqué qu'une seule fois la ponction de la vessie : c'était peu de temps après son entrée dans cet hôpital ; et il avoue que s'il eût eu alors l'expérience et l'habitude de sonder qu'il a aujourd'hui , il aurait peut-être épargné cette opération. J'ai été témoin plusieurs fois de son habileté et de ses succès à l'égard de malades que ni moi ni d'autres chirurgiens exercés au cathétérisme n'avions pu sonder («).

(a) Un chirurgien haut placé et reconnu pour cire d'une extrême adresse, exprimait un jour devant un nombreux auditoire l'opinion que Chopart attribue ici à Desaiilt; le cathétérisme pratiqué avec une sonde d'argent conique chez un malade de l'hôpital, était devenu l'occasion de cette déclaration de principes : après des tentatives vaines faites par d'autres chirurgiens pour pénétrer dans la vessie, celui-ci y était arrivé assez prompiement , et avait donné issue à une grande quantité d'urine. L'exemple en faveur de l'opinion émise était des plus remarquables; malheureusement il ne devait pas être long-temps à parler le langage opposé : un jour après, le malade était mort de péritonite, suite d'une infiltration d'urine dans le tissu cellulaire du bassin, et vingt-quatre heures plus tard l'examen du cadavre nous montrait en plein amphilhéâlre que la sonde était sortie de l'urètre dans la portion bulbeuse, avait marché entre la portion membraneuse et le rectum, avait traversé la prostate à sa partie postérieure et était rentrée dans les voies de l'urine par le trigone vésical. De ce fait et de quelques autres, je conclus, pour ma part, que le cathétérisme forcé est une opération dangereuse, alors même qu'il est pratiqué par les mains les plus habiles, et, jusqu'à présont je me suis soigneusement abstenu d'y recourir. Je n'ai guère plus eu recours à la ponction de la vessie, je ne l'ai faite qu'une fois, et cette fois à mon corps défendant, à la demande expresse du médecin ordinaire d'un malade chez lequel plusieurs fausses rouies venaient d'être largement ouvertes.

L'emploi méthodique des bougi.'S fines, des bougies coni(]ues et des moyens antlphlogistiques m a consiammcnl réussi dans les cas les plus dilïicilos. S.

DES MALADIES DB

on qu'on n'est point assez exercé à cellc'opération pour franchir les divers obstacles qui peuvent se rencontrer dans l'urclrc et le col de la vessie , sans s'exposer nu dang;er très-grave de faire de fausses roules, ou de causer d'aulres accidens ; enûa , lorsque l'état du malade exige une prompte cvacualion du sang ou des urines retenues dans ce viscère , la ponction devient alors urgente, pour faire cesser les accidents dépendants de celte rétention, et prévenir la rupture de la vessie. Celte opération a élé faite avec succès par M. Hoin, chirurgien de Dijon, à un fermier âgé de soixante huit ans, sujet , depuis un an , à des difficultt's continuelies d'uriner, mais sans rétention totale d'urine , et qui parurent dépendre de l'état variqueux du col de la vessie et des parties environnantes. Attaqué d'une rétention complète d'urine , le malade fut sondé , et il sortit, par la sonde, beaucoup d'urine Irès-claire. Le lendemain , le même chirurgien qui l'avait sondé la veille, introduisit très-aisément la sonde dans la vessie, d'où il s'évacua une égale quantité d'urine, mais trouble et de couleur de café, après laquelle le sang sorlil à flots. Ce chirurgien, effrayé , relira la sonde aussitôt ; deux heures après, il s'aperçut que la vessie était aussi distendue qu'avant la sortie de l'urine. Il ]inssa alors par la verge des caillots qui continuèrent à sortir pendant toute la journée, en assez grande quantité; ce qui détermina ce chirurgien à demander un conseil. M.

Hoin vit le malade le lendemain, le trouva très-faible, et apprit qu'il avait eu pendant la nuit plusieurs syncopes dont on avait eu beaucoup de peine à le f.tire revenir, et qui étaient enlrclenurs par le continuel écoulement du sang; cependant le sang fut arrêté par l'application répétée de linges trempés dans l'eau froide, sur la région bypogastrique. M. Hoin tenta aussitôt de faire passer la sonde dans la vessie; rnais il rencontra tant de diflicullés h lui faire franchir le col, qu'il ne voulut rien forcer. Jl se détermina en conséquence à faire sur-le-champ la ponction par le rectum. Après avoir ])longé un Irois-quarts à c.mule flexible dans la vessie, au lieu d'urine il ne sortit par

la canule que quelques filets de sang caillé: espérant que le Hux coiitinnel d'urine dans la vessie , et le temps , si l'on |)arvenait à en g.igner , pourraient favoriser la dissolution delà masse énorme de sang caillé contenu dans ce viscère, qui luisait

VOIES TJRINAinES, 287

j)0iir lors l'oflicc de tampon à l'ouverture des vaisseaux, il laissa la canule après l'avoir fixée par un bandage convenable mais sans la boucher. H fit donner au malade tout ce qui pouvait ranimer ses forces abattues, et soutenir le peu qui lui en restait : effectivement, dans la soirée, ce malade se trouva inondé dans son lit par un mélange de sang et d'urine qui avait passé par la canule, ce qui continua jusqu'au troisième jour qu'enfin l'urine parut seule. Les forces revinrent assez vite pour lui permettre de se lever à ce terme, et de se promener dans sa chambre. Deux jours après, en se remuant, il tirailla le bandage qui soutenait la canule, et le fit assez violemment pour la faire sortir du rectum. L'urine continua de couler par l'ouverture du Irois-quarts jusqu'au lendemain qu'on lui introduisit la sonde dans la vessie , non sans crainte du retour de l'hémorrhagie. On détermina le malade k la garder , et les seules vingt-quatre heures qu'il ait voulu la conserver ont suffi pour permeltrë la cicatrisation de la petite plaie faite au rectum et à la vessie par le trois quarts. Celte consoliilalion était néanmoins si solide que ce viscère , fortement distendu par l'urine dont la rétention a subsisté encore pendant quelque temps, ne laissait échapper aucune goutte du liquide qu'il contenait, quoiqu'il ne fût évacué que toutes les vingt-quatre heures, vu l'éioignement du chirurgien et l'oiiiniàlreté du malade à ne vouloir garder la sonde que le temps nécessaire à la déplélion de la vessie. . — La faiblesse extrême de ce malade, l'impossibilité d'introduire la sonde dans sa vessie , qui était remplie et distendue comme un ballon par du sang caillé, ne laissaient point d'autre moyen curalif à employer que la ponction à ce viscère pour en évacuer le sang. Devait on pratiquer cette opér.ition de préférence par le rectum ? Kons pensons qu'il aurait été plus facile pour le chirurgien et moins gênant pour le malade de la faire au-dessus du pubis.

Quant à la facilité de la ponction hypogastiique, on peut la pratiquer le malade étant debout; mais il reste ordinairement couché sur le bord de son lit: par conséquent il n'eslni effrayé ni fatigué parcelle position. Le chirurgien n'a pas besoin d'aide. Après l'avoir trempé dans l'huile on enduil de beurre frais un trois-quarts droit ou par préférence un trois-quarts courbe , plus ou moins lonp- suivant l'embonpoint du sujet, et dont il tient

le manche dans la paume de la main droite , ayant soin que lu concavitd de cet inslriu'.ient soit loui-m'e du côté du pubis , il l'enfonce immédiatement audessus de celle partie jusque dans la vessie qui est alors appliquée sur les muscles droits, à moins qu'elle ne soit racourcieet réduite à un très-pelit volume; mais celte exception estexlrêmementrare lorsque ce ■viscère est très distendu par les urines ou par du sang. Cet instrument passe presque toujours sur les côtés de la ligne blanclie, el divise les téguments , l'aponévrose des muscles larges du basventre , les muscles droits, quelquefois l'un des pyramidaux, et la paroi antérieure de la vessie. Le peu d'épaisseur des parties à traverser rend celte opération promple et peu douloureuse : d'ailleurs il n'y a dans cet endroit ni nerfs ni vaisseaux dont la lésion soil dangereuse. On n'a pas à craindre de pénétrer dans la cavité du bas-venlre, parce que la vessie, distendue et appliquée immédiatement sur les muscles droits, refoule eu haut et en arrière le péritoine sous lequel elle se développe , et éloigne ainsi de plus en plus la pointe du trois-qunrts de la cavité de l'abdomen. Instruit par le défaut de résistance, et quelquefois parla sortie des urines le long de la gfoullière de la canule, que le poinçon est entré dans la vessie, le chirurgien le relire et lui substitue une sonde de gomme élastique ou une seconde canule flexible de même longueur et de même grosseur que le poinçon , mais dont le bout cjui doit être à nu dans ce viscère sera arrondi, et percé sur ses côlcs de deux ouvertures elliptiques, comme les algalies ordinaires (1). Après avoirenl'oncé les deux canulesjusque près du bas-fond de la vessie qui ne peut être blessée , à raison de l'arrondissement du bout de la seconde canule , il laisse sortir la totalité des humeurs contenues dans ce viscère, retire cnsuitela première

(I) Il est vraisemblable que le bord aigu du bout de la canule correspondant à la poinlc du poinçon du trois-quarls, et son enfoncement Irop profond , ou sa pression sur le bas-fond de la vessie, ont. causé, dans le cas rapporlé par Sbarp ( Recliarclies critiques sur la chirurgie , p. 1.58), la pcrforalion de ce viscère et do Ja portion correspondante du rectum. On avait enfoncé la canulo nu -dessus du pubis, deux pouces cl demi au-dessous de la surface de la peau. L'extréniilé. de cet inslruiucut s'insinua, au bout de six ou

canule, el bouche la seconde avec un petit fausset de bois blanc, cl la fixe au moyen d'une bandelette a.ssi z-longue pour faire le tour du corps; il assujettit à celle bandelette , près du bouchon et de l'extrémité saillante de la canule, un petit bourrelet ou anneau de linge d'environ deux pouces de diamètre sur un pouce d'épaisseur, propre à les entourer et à prévenir le dérangement que pourrait occasionner un bandage de corps ou une serviette pliée en trois dont il recouvre ensuite le tout, après l'avoir passée sous les reins , et qu'il fixe sur le côlé du ventre par trois cordons.

La ponction par le rcclum se pratique avec moins de facilité que par la région hypogastrique. Le malade couché en travers sur le bord de son lit doit avoir les cuisses et les jambes fléchies et écartées l'une de l'autre; s'il a l'anus rétréci, bordé de tumeurs hémorrhoïdales, la prostate très-gonflée, le rectum squirrheux,le chirurgien a beaucoup de peine à introduire le doigt dans cet intestin, et à l'y porter assez haut pour reconnaître la tumeur formée par la vessie, et pouc glisser sur la paroi antérieure du rectum le trois-quarls courbe dont la pointe est cachée dans la canule. Lorsque cet instrument est parvenu vers l'extrémité du doigt, il en pousse le manche avec l'autre main pour dégager la pointe ; et l'appuyant avec le même doigt contre le milieu de la paroi antérieure de l'intcslin, afin de ne jioint blesser les vésicules séminales, il l'enfonce en cel endroit, en poussant le manche de cet instrument, taudis qu'un aide fait une compression légère au-dessus du pubis.

On ne traverse dans celle opération que le rectum et la portion du bas-fond de la vessie qui lui correspond. Comme ces viscères sont unis dans cet endroit par un tissu cellulaire assez dense, ils conservent toujours entre eux la même situation respective. La vessie est percée

sept jours, dans le rectum. Comme le malade ne rendait plus d'urine par la canule, et qu'il élail aitaquii d'une diarrhée , Sharp pensa qu'il s'élail fait une crevasse à la vessie el au rectum, cl que l'urine passait par cet intestin. L'ouvcrlure du cadavre coidirma son opinion.

On ne sera point exposé à cet accident en mettant une seconde canidc ou une sonde élastique dans la première, el en reiil'onçant suffisamment pourqii'clle réponde vers le bas-fond de la vessie.

DES MALADIES DÏS

nu-(lessus du trigone vcsical, qui, dans les réleiilions d'urine complètes, est situé plus bas que dans l'élat naturel.

L'opération est sûre et peu douloureuse. La canule est placée dans un lieu favorable pour l'évacuation des urines. Quoiqn'ellc soit flexible pour se mouler aux différentes inflexions de l'inleslin, et se ])rêler au passage des matières fécales, elle incommode plus le malade que celle qui traverse la vessie au-dessus du pubis. Elle retient d'ailleurs les malades au lit; elle excite le ténesme ou de fausses envies d'aller à la garde-robe; elle exige beaucoup de soins pour qu'elle ne s'écliappe point de la vessie lorsque le malade va à la selle ; elle est aussi une cause de malpropreté. Ces inconvénients ne se rencontrent point dans l'usage de la canule au-dessus du pubis. On n'éprouve aucune difi&culté à la fixer. Enfoncée jusqu'auprès du bas-fond de la vessie, elle n'en sort point, quelle que soit la contraction ou l'aflaisseiiient de ce viscère. Sa présence n'empêche pas le malade d'être levé ou assis, ni même de marcher dans sa chambre. Lorsqu'il désire uriner, il dénoue les trois cordons de la serviette ou bandage de corps, il ^te le bouchon de la canule, et peut facilement eu s'inclinant sur le côlé ou sur le ventre donner issue à toute l'urine contenue dans la vessie. S'il est nécessaire d'y faire des injections, on n'éprouve aucune difliculté, et la liqueur injectée ressort de la canule sans se répandre dans la cavité abdominale.

Il sera aussi d'autant plus facile de diviser les caillots de sang amassés dans la vessie qu'on peut y mouvoir librement la canule. Euflu le malade peut garder long-temps et sans incommodité cet instrument, jusqu'à ce qu'on soit parvenu à porter par l'urètre dans la vessie une sonde suffisamment grosse pour procurer aux urines une issue facile.

Lorsque la canule est supprimée, l'ouverture qu'elle laisse se ferme et se cicatrise prompfcment, dès que l'urine a un cours libre |iar la sonde, et cette cicatrisation s'y opère plutôt encore que si la vessie eût été percée dans tout autre endroit (i). La ponction de la vessie

(1) On ne pratique plus la ponction de la vessie par le périnée. Cette opération exige une main plus exercée (|uc pour les deux autres espèces do ponctions. La 1 position dans laquelle on place le malade

Chopart.

VOIKS URINAIRES. ■^0-' chez les femmes se pratique avec un trois-quarts courbe, au-dessus du pubis

qu'on se propose d'opérer, est aussi beaucoup plus gênante que pour la ponction au-dessus du pubis. 11 doit être couché sur un plan horizonlal, les jambes et les cuisses fléchies comme dans l'opération de la taille. Il faut plusieurs aides pour le fixer. Pendant qu'un aide comprime légèrement la vessie à la région hypogastrique, ei relève les bourses avec l'autre main, le chirurgien applique le doigt indicateur de la main gauche sur le côlé du raphé, entre l'urètre et la branche de l'ischion, à Irois ou quatre lignes au-devant de l'anus, pour tendre le périnée et diriger plus sûrement lu pointe du trois-quaris ; ou bien il met ce doigt dans le rectum pour éloigner cet intestin du lieu où se l'ait la ponction; puis il porte un Irois-quarls droit, long de sept à huit pouces, dans le milieu d'une ligne qui, parlant de la tubérosité de l'ischion, se terminerait au rnplié, deux lignes devant la marge de l'anus.

Il enfonce d'abord Tinslrument suivant une ligne parallèle à l'axe du corps : il en dirige ensuite un peu la poin'te en dedans pour percer la partie du bas-fond de la vessie située du côté du col de ce viscère. Comme la portion de ce viscère qui a été percée se trouve dans le lieu le plus déclive, et ne change point de position relativement aux autres parties du périnée, il n'est pas nécessaire d'eni'oncer la canule du trois-quarts aussi avant dans la vessie que lorsqu'on fait la ponction au-dessus du pubis : il suffît qu'elle déborde de quelques lignes dans la cavité de ce viscère pour n'en pas sortir. Il y aurait de l'inconvénient à ce qu'elle fiit plus enfoncée : son bec, appuyant contre la paroi postérieure de la vessie, ferait soutifrir le malade en pure perte, pourrait attirer une inflammation suivie de suppuration, qui, agrandissant le trou fait par le trois-quaris, laisserait échapper les mines, et leur permettrait de s'inliltrer dans le tissu cellulaire. On fixe la canule, ou les canules, si l'on en met une seconde dans la première, aux sous-cuisses d'un bandage en double T.

Les parties divisées dans cette ponction sont la peau, beaucoup de tissu cellulaire et de graisse, le muscle releveur de l'anus et le bas-fond de la vessie près de son col. On peut ouvrir les vaisseaux du périnée et piquer les nerfs qui les accompagnent. La pointe du trois-quarts, dirigée en dehors, peut glisser au côté externe de la vessie; poussée en avant, elle peut passer entre ce viscère et le

TRAITE

OU par le vagin : mais on est rnrcmenl oblifc d'y avoir recours; les observateurs en fournissent très-peu d'exemples.

Des fongus de lu vessie. — On nomme fongus de la vessie les excroissances charnues , vasculeuses , cellulaires et membraneuses, qui s'élèvent de la paroi interne de ce viscère. Quelques auteurs leur ont donné les noms de tubercule, de caroncule et de squirrhe. Il ne faut pas confondre ces tumeurs avec la carîiosilé morbihque ou l'épaississement squirrheux des parois de la vessie. INous avons rapporté plusieurs exemples de cette squirrbosité. (Voyez la dissertation de M Rudolph de Bingen, De carnositate vesicœ. AUorfd, 1759) .voyez aussi une observation de M. Barry sur une vessie humaine qui pesait trente onces àm\ pros, dont les parois étaient devenues dures et squirrheuses à la suite d'une fistule, et oii l'on ne voyai d autre cavité qu'un petit espace que 1 urine s'était conservé pour son cours (iiiwî clÉdimbourg, t. I, p. 388). - Les fon- Kus de la vessie ne sont point une maladie rare. Les femmes y sont moins sujettes que les hommes. Ces tumeurs ne se rencontrent guère que dans 1 âge adulte et dans la vieillesse. Morgagni n en a point vu chez les enfants ni chez les ieunes pens (De sed. ep. 66, art. 12). On eu "trouve presque autant d eiem-

«ubis ■ trop inclinée on dedans, traverser r g ande^rosta.e; portée en arr.ère, blesser les conduits déférents le rectum, H 1 . des uretères, les vésicules sémin des Tant que la canule reste en place, îe malade n^oeut ---1-'% ^^s sis- il est obligé de garder le 1.1. Ces Sonvénients ont fait abandonner ce c opération, qui, d'ailleurs, «st coutœ^mfl nuée par des tumeurs ou autrcs allcc ïo'ns tr'^s.fréquentes dans cet endro. , a V. suite des rétentions d'urine. La ponc ton de la vessie par le pér.née serait leùl-êlrc plus sûre, si l'on faisait d abord

pourra.! ,r,ention des

t 0.1 (lUi a détei.n.iH' i.> ,.„ir,.| Ap

^.oie lib.-e à mosuro qu'elles soriiraïuii de la vessie.

pics parmi les calculeux que parmi ceux qui, sans avoir de pierres dans lu vessie, sont sujets deimis long temps à des diflicultés d'uriuer. Le 5 octobre 1791 , M. Deschamps, chirurgien en chef de l'hôpital de la Charité de Paris , après avoir extrait de la vessie par l'opération de la taille, à un garçon âgé d'environ douze ans, une pierre de la grosseur et de la forme d'une noix , a senti avec le doigt une tumeur d'une dureté squirrheuse, située à la partie antérieure et un peu latérale droite de ce viscère. Celte tumeur, de la grosseur d'une cerise, était lisse, avait une base large, et paraissait excéder d'environ un demipouce le niveau de la paroi interne de la vessie. M. Boyer et moi nous avons aussi reconnu cette espèce de fongus sarcomateux. On ne ht aucun traitement particulier. Cet enfant n'a point eu d'accidents. Il est sorti de l'hôpital le vingtième jour de l'opération, étant guéri.

]\ous citerons ci-après d'autres observations de calculeux qui avaient des fongus daus la vessie. — Les fongus de la vessie peuvent se former dans tous les points de sa paroi interne. Ils se trouvent moins souvent à son sommet et à sa partie antérieure qu'à son bas-fond.

Leur siège le plus ordinaire est au tngone et au col de ce viscère. Ils naissent de la tunique interne ou de la partie membraneuse qui tapisse l'intérieur de la vessie. On en voit qui sont recouverts par cette tunique, qui ont pris naissance et se sont étendus dans le tissu cellulaire interposé entre elle et la tunique luusculeuse. Quelques auteurs ont pris les fongus du col de la vessie pour un Mnûemcnt de cette espèce de tubercule charnu et arrondi qui existe quelquefois au col de ce viscère ou à l'angle antérieur du irigone, et que Lieulaud a appelé luette fi), par la ressemblance qu il

(l) Cclto éminence, nommée luetle vésicalc, n'existe que dans un pct.t nombre de sujets. Sur so.xantc-d.x >ess.c humaines que Morgagni a cxammées, 1 e" a trouvé tr«is qui avaient une excroissance de ce cette «ature (Da f • ^ • art. 1-2; ep. 76, art- à, 5, 9). Je n ai au aucune trico de cette luette sur la vess.e de us eu.-s enlanls, de jeunes gens, n: sur celle de beaucoup d'adultes des dou. eUs "l d'ôge ditTérent. Quelques-uns d.

ces sujcis avaient les parois de ce v.s cé c épaisses, et des colonnes h b.-o« s,8 trés-eaiilantcs d-n« J« «avUi. Lois

DES MALADIES DE

lui a trouvée, pour la figure et les fonctions, avec la partie qui porte ce nom dans le gosier.

La paroi interne de la vessie est quelquefois parseince d'un grand nombre de pelils fongus. M. Desault a vu toute la cavité de ce viscère remplie de ces tubercules. Lobstcin a trouvé dans la vessie d'un vieillard trois excroissances fongueuses qui bouchaient le col de ce viscère. La prostate élait^ très-grosse et dure [Diss. de dysuriâ. Jrgentor., i779). Il y avait, dit Barlliolin , deux tubercules squirrheux à l'orifice du col de la vessie d'un vieillard. Ces excroissances cédaient à l'introduction de la sonde ; mais dès que cet instrument était retiré, elles se relevaient, se rapprochaient et bouchaient cet orifice (Anal, cent. 2, hist. 52, p. 243.— Un homme, âgé de cinquante-deux ans, fut transporté à l'Hôlel-Dieu de Paris en avril 1774, pour être traité d'une rétention d'urine. On eut de la peine h introduire l'algalie dans la vessie ; il s'en écoula beaucoup d'urine et du sang. Le malade ne put garder la sonde plus de cinq heures. Dès qu'elle fut ôtée, les douleurs vives qu'elle lui causait à la vessie, le frissonnement, les mouvements convulsifs qu'il éprouvait par tout le corps, diminuèrent. Il urina naturellement pendant la nuit, mais en rendant peu d'urine. Le lendemain la rétention fut complète ; on fut obligé de le sonder dans la soirée. L'évacuation de l'urine le soulagea ; mais les symptômes d'irritation, de spasme, se renouvelèrent. On tâcha de les conibaltre par les fomentations sur le venlre, en ôtant la sonde ; ce fut en vain. Les frissonnements, la fièvre, le délire, précédèi cnt la mort du malade. J'assistai à l'ouverture du corps. On trouva la vessie élevée jusqu'à l'ombilic, et remplie d'uriue, ses parois peu

qu'on rencontre un tubercule à l'angle antérieur du trigonc vésical , l'éminence qu'il forme peut s'élever de quatre, six ou liuit lignes au-dessus du nivfiau de la vessie; elle disparait insensiblement en s'avançant vers le v6rumonlanuni : sa largeur s'6lend quelquefois de quatre ou six lignes; sa surface est tantôt lisse, tantôt inc-^galement bosselée; sa couleur blancliâlrc et sa consistance plus ferme que colle de la vessie. Klle paraît formée d'un tissu fibreux, serré, continu cl scmûlablo à celui do la prostate.

VOIES CWNAIRES. 291

épaisses, sa tunique interne rougeàtre et parsemée de petites taches livides, et trois tubercules charnus situes à l'entrée du col de ce viscère. Le plus gros de ces tubercules, de la forme et du volume d'une cerise, répondait vers la pointe antérieure du trigone; il naissait du tissu de la vessie par un pédicule épais; il était très-mobile d'avant en arrière, pouvait s'abaisser et se relever. Les deux autres étaient situés latéralement près de l'orifice du col vésical, visà-vis l'un de l'autre, étaient moins gros, peu mobiles; ils avaient une base plus large que celui du milieu , et paraissaient continus avec la prostate. Les reins Irès-tuméfiés contenaient de l'urine purulente. La vessie étant séparée du bassin, j'ai fuit en présence de quelques élèves l'examen anatomique des trois tubercules. Leur surface était rougcâtre; on y distinguait des vaisseaux capillaires. Leur substance blanchâtre présentait un tissu membraneux assez dense :

celui du tubercule mitoyen se continuait avec la substance du trigone, sans s'étendre dans la tunique musculeuse , ni dans la prostate. Les deux autres tubercules avaient une continuité de substance bien marquée avec les parties latérales de celte glande, et étaient recouverts par la membrane qui tapisse le col vésical et le commencement de l'urètre ; leur tissu était plus dense et plus ferme que celui du gros tubercule.

Il n'existe le plus ordinairement dans la vessie qu'un seul fongus, soit au corps de ce viscère, soit à son col. Quelquesuns prennent un volume considérable , d'autres restent petits. Morgagni a vu au col de la vessie d'un vieillard une protubérance piriforrac, blanchâtre, un peu plus grosse que la caroncule séminale ou le yérunionlanum , avec lequel elle se prolongeait {De sed. cp. 57, art. 30J. Un laboureur âgé de soixante-quinze ans en avait une dans ce même lieu, qui était arrondie, de la grosseur d'un médiocre grain de raisin, et recouverte par la tunique interne de la vessie [cp. 4l, art. 18; ep. 43, art. 24). Morgagni en a aussi trouvé de la grosseur d'une cerise {fp. GG, art. G), du volume d'une fève [ep. 42, art. 13). La vessie d'un homme âgé de soixante ans contenait une tumeur squirrheuse, très-dure, de la grosseur d'un œuf de poule, et qui pesait deux onces [Fabr. llildnii. cent. 2, obs. 65). ]Nous avons cité l'exemple d'un fongus de la forme et du volume d'une grosso

TRAITÉ

pomme. Colme Slolan a rapporté à Fa- Lricc de IlilJen qu'un noble avait tous Jes symptômes d'une pierre dans la vessie, et que par le moyen de la sonde on n'avait jamais pu y découvrir la présence d'aucun calcul. Après la mort du malade, on trouva dans la vessie une tumeur dure qui avait pris un tel accroissement, qu'elle en remplissait toute la capacité ; à peine y avait-il un espace pour le cours de l'urine, des uretères vers l'urètre. ( Uildan. de Ulhot. vesicœ , p. 711.)

Quelques fongus de la vessie naissent d'un pédicule étroit ; d'autres ont une Lase large. La plupart ont une surface lisse ; quelques-uns présentent des tubercules, des inégalités. Ceux qui ont un petit pédicule s'élèvent ordinairement de la tunique interne de la vessie, et sont mobiles ; situés près de son col, ils forment une espèce de valvule qui s'abaisse et se relève. Les fongus qui se forment dans l'épaisseur de la tunique interne de la vessie, ou sous cette tunique, ont une base plus ou moins étendue. Presque tous les fongus ou tubercules durs que Morgagni a trouves au col de la vessie des hommes, étaient continus avec la prostate , et lui ont paru tirer leur origine de cette glande. (Be sed. ep. 37, 41, 42, 43, arl. 30, 18, 13, 24.)

Parmi ces fongus, les uns sont mollasses -, les autres, plus consistants, acquièrent quelquefois la dureté du squirrhe, du cartilage. A l'ouverture de la vessie d'un homme qui avait été sujet à la difficulté d'uriner, et au pissement de sang par intervalles, j'ai trouvé à la base du trigone un fongus du volume d'un œuf de poule : sa surface était mollasse , rougeâtre et vasculeuse; sa substance blanchâtre devenait d'un tissu plus dense et plus serré en approchant de sa base, qui était confondue dans les tuniques de la vessie et avait une apparence squirrheuse. Zacutus rapporte qu'après la mort d'un homme dont on avait attribué les violentes douleurs qu'il ressentait en urinant k la présence d'une pierre dans la vessie on trouva dans ce viscère une masse de chair si dure, qu'on eut de la peine à l'inciser; il y avait aussi près du colvésical une tumeur de la grosseur d'un œuf d'oie, et remplie de matière visqueuse et épaisse [Prax. lib. 2, obs. 71). La plupart des sarcomes qui naissent sous la tunique interne de la vessie sont d'une consistance presque semblable à celle de la prostate. Ils résistent à la

pression du doigt, sont rénitents, et ne peuvent être percés par les sondes d'un petit diamètre , qu'en employant une grande force. Ces tumeurs , ainsi que nous l'avons dit, dégénèrent quelquefois en carcinomes, et causent des maux affreux. On a trouvé des graviers ou des concrétions uriuaircs sur des fongus mollasses , et dont la surface présentait des inégalités. En 177G, M. Montagnon, chirurgien à Kîmes, fut appelé pour sonder un honune de soixante-cinq ans qui avait les symptômes de la pierre. Il eut de la peine à faire pénétrer la sonde dans la vessie, à cause d'une résistance qu'il éprouva au col de ce viscère. Ayant introduit cet instrument, il sentit un corps dur qui rendait obscurément le son d'une pierre. Quelques jours après, il entendit distinctement le son qui résulte du choc d'une sonde contre un corps pierreux ; mais la faiblesse du malade empêcha de tenter l'opération de la taille. Après la mort on trouva dans la vessie un fongus, de la grosseur d'un petit œuf, dont la surface inégale était incrustée de graviers.

Il est moins rare de rencontrer dans la vessie des pierres mobiles ou enkystées, et compliquées de fongus. On voit même des fongosilés vasculaires s'insinuer entre les inégalités de la surface de ces calculs. Cette disposition a trompé quelques chirurgiens et leur a fait croire qu'il existait des pierres adhérentes aux parois de la vessie , mais cette adhérence n'est qu'apparente ; c'est , pour ainsi dire, une espèce d'engrenure , il n'y a aucune continuité entre les parties molles et les calculs. Si la tumeur fongueuse est placée au col de la vessie, les pierres peuvent séjourner dans un enfoncement plus ou moins profond de ce viscère, derrière l'éminence fongueuse; elles sont difliciles à reconnaître par la sonde, à moins qu'on ne les soulève au moyen du doigt introduit dans le rectum, ou qu'on ne tcàche de les déplacera l'aide d'injections dans la vessie. La complication de pierres et de fongus est ordinairement très-dangereuse. La plupart des calculeux qui ont subi l'opération de la taille en pareille occurrence, sont morts.

On ne connaît pas la cause qui produit les fongus de la vessie. Ils se forment de même que ceux qu'on voit s'élever dans les oreilles, les narines, le vagin , l'anus. On ignore également les signes qui pourraient attester l'existence

DES MALADIES DES

lie ces vdgctations vësicalcs. Leurs symptômes sont très-illusoires. Situés au delà du col de l:i vessie, et parvenus au volume d'un œuf, lesfongus peuvent gêner l'aclion de ce viscère, ralentir l'excrétion de l'urine sans en intercepter le cours. Qu'ils soient irrités , ils causeront des douleurs vives; quelquefois analogues à celles de la pierre , il se manifestera des symptômes d'inflammation semblables à ceux qu'elle produit lorsqu'il n'y a pas de fongosilé : leur irritation peut exciter une sécrétion abondante de mucus , et rendre les urines visqueuses, puril'ormes; leurs vaisseaux peuvent se rompre ou laisser transsuder le sang dans la vessie, d'oii s'ensuivra le pisscment de sang:

mais ces accidents n'annoncent pas la présence d'un fongus. On ne peut guère tirer plus de lumières des effets de ces protubérances quand elles se trouvent au col de la vessie. Celles-ci , agissant sur l'orifice de celle partie , causeront la difficulté d'uriner, et successivement la rétention de l'urine. Les symptômes de cette dernière maladie ne donneront auif cun indice de la cause qui la produit, ou ces indices seront très-équivoques. Mais en remplissant l'indication curative que présente la rétention de l'urine, ou en piocurant l'écoulement de ce liquide au moyen de l'algalic introduite dans la vessie , ne pourra-t-on pas parvenir à la connaissance de la fongosité vésicale ?

Supposons que le canal de l'urètre soit libre jusqu'au col de la vessie, et que le chirurgien éprouve à ce col une grande résistance pour porter la sonde dans ce viscère : il discernera difiicilement si l'obstacle provient d'un fongus qui obstrue le col, ou du rétrécissement |de cette p.irtie causé par l'épaississement et le racornissement de ces parois, par l'endurcissement de la prostate; même quand il introduirait le doigt dans le rectum pour reconnaître l'affection de cette glande, qui est souvent tuméfiée et augmentée de volume lorsqu'il existe de pareilles excroissances vésicales. Admettons que la résistance soit surmontée, ou que la sonde pénètre sans beaucoup de diflicultés dans la vessie, le contact de cet instrument sur ces protubérances peut bien faire soupçonner leur présence, parce qu'on sent qu'il rencontre quelque chose d'extraordinaire qui le soulève ou qui le f.iit dévier de côté, et qui offre une résistance particulière ; mais le racornissement de ce viscère, des brides ou des colonnes dures dans sa ca-

VÔIES CRINAlREi. 293

vité, des tumeurs de toute autre nature formées dans l'épaisseur de ses parois et dans les parties qui l'environnent peuvent en imposer, et rendent très-équivoque le rapport de la sonde. Le diagnostic de ces fongus est donc obscur. Ce n'est qu'après la mort des malades qu'on fi des connaissances positives sur l'existence , le siège et la nature de ces excroissances.

On n'est pas plus avancé sur le Irallcmentde cette maladie. Tous les remèdes internes sont impuissants. En vain aurait-on recours à ceux qu'on nomme fondants, aux alcalins, etc. Les injections dans la vessie sont, ou trop faibles pour opérer un effet murqué, ou trop fortes pour qu'on n'ait rien à craindre de leur action sur les tuniques de ce viscère.

Lorsqu'on présume l'existence d'un fongus dans la vessie, les vues générales de curalion doivent tendre à tenir libre le cours de l'urine et à empêcher l'accroissement de la tumeur, la dilatation de ses vaisseaux ou leur varicosité, et sa dégénérescence en carcinome. Il est donc utile que les malades évitent tout excès dans leur régime de vie ; les exercices immodérés , les secousses du corps, les grands efforts de la respiration, les plaisirs vénériens, tout ce qui peut irrilerla vessie. Ils auront soin d'entretenir la li- Lerté du ventre, de prendre des boissons légèrement diurétiques , de satisfaire le besoin d'uriner, et auront l'attention de pisser debout. Si les urines coulent difficilement, ils feront un usage fréquent d'une sonde de gomme élastique, surtout le malin et le soir, lorsqu'ils seront couchés , et ils emploieront par préférence une grosse sonde à celle d'un petit diamètre; elle sera suflisamment longue pour dépasser la tumeur située au col de la vessie. — • Un sesagénaire était sujet à des difficultés d'uriner, et quelquefois à la rétention de l'urine. Appelé pour le sonder, je n'ai pu y parvenir qu'en employant une sonde très-longue et d'un gros diamètre. Porte au delà du bulbe, cet instrument parcourait un trajet d'environ trois pouces, pour entrer dans la vessie, et l'on sentait que son bec était soulevé du côté du pubis et dévié à droite. La prostate ne m'ayant point paru Irès-luméliée, autant qu'il était possible d'en juger par le dolj-t introduit dans le rectum, j'ai présumé que la difficulté d'uriner provenait d'une tumeur fongueuse située au col de la vessie. Cet homme était fort irritable ; il ne pouvait

TBAITK

garder long-temps la sonde. Aprîjs l'avoir sondé plusieurs fois, je lui appris à l'aire usage d'une sonde de gomme clasliquc avec un mandrin de plomi) qui en remplissait exactement la cavité. Il s'en servait toutes les fois qu'il éprouvait de la peine à uriner. Ses urines étaient quelquefois claires , souvent sanguinolentes, d'autres fois très-glaireuses. Quoiqu'il se sondât assez facilement, il craignait de prendre des boissons pour ne pas surcharger sa vessie. Il a vécu plusieurs années dans cet élat, et il est mort d'une maladie de poilrine. A l'ouverture de son corps, j'ai trouvé sa vessie épaisse et ample ; elle contenait près de son col, et un peu du côté gauclie, une tumeur sarcomateuse à base large de la grosseur d'un petit œuf. La substance de cette tumeur , formée dans l'épaisseur du trigone, était compacte, analogue à celle de la prostate, et se continuait avec le bord postérieur de cette glande. Sa surface présentait des vaisseaux gonflés de sang, comme ceux du plexus veineux qui environne le commencement de l'urètre.

Quoique ces espèces de sarcomes du col de la vessie offrent une grande résistance à l'introduction des algalies , on doit tenter l'usage des sondes longues et d'un gros diamètre avant d'avoir recours à celles qui en ont un petit. J'en ai vu plusieurs fois de bons effets en forçant l'obstacle dans la direction du canal urinaire. En mai 1779, j'ai été appelé à Elampes pour un homme d'environ soixante-dix ans qui avait une rétention d'urine. Il était dans le délire, il avait des mouvements convuisifs et d'autres symptômes fâcheux. Plusieurs chirurgiens avaient essayé de le sonder : on avait introduit avec force une algalie d'une longueur et d'un calibre ordinaires, mais il ne s'écoula point d'urine; la sonde retirée, il sortit beaucoup de sang de l'urètre. Quelques iieuros après, on éprouva en vain l'effet d'une aulresonde. Instruit de ces faits , j'employai une algalie beaucoup plus longue et plus grosse. Parvenu vers le col vé.sical , je ilirigeai la sonde sous l'arcade du pubis , en appuyant et en forçant la résistance que j'éprouvai à son pass.igc vers la vessie. Je vins à bout d'y pénétrer. Il s'écoula beaucoup d'urine et de sang. Le malade fut soubigé. J'assujettis la sonde après avoir fait quelques injections pour débarrasser ce viscère des caillots de sang qu'il me paraissait contenir. L'usage de ces injections fut continué. Le lende

main le malade eut de nouveaux accès de fièvre, et il mourut le troisième jour de l'introduction de la somle dans la vessie. MM. Buttet et Uureuil ont fait l'ouverture de son cor[)s. Ils ont trouvé au col de la vessie une tumeur sarcomateuse , grisâtre, du volume d'un petit œuf de poule, formée entre les membranes de ce viscère ou de son trigone, et qui était d'une substance semblable à celle de la prostate. Ils remarquèrent à sa partie antérieure et près de sa base un trou fait par ia sonde, lequel formait l'entrée d'une fausse roule prolongée dans le milieu de la substance de la tumeur, sans pénétrer, à sa partie postérieure, dans la cavité de la vessie. Ils n'aperçurent pas de vaisseaux sanguins à la surface de la tumeur, ni de varices à la paroi interne de la vessie, qui était dans lui état phlogosé, et qui contenait des caillots de sang noirâtres peu volumineux et peu solides. Derrière celte tumeur était un enfoncement en forme de cul-de-sac produit par un prolongement de la paroi postérieure de la vessie. Si le chirurgien qui a porté avec force la sonde dans la tumeur du col de la vessie eût enfoncé plus profondément cet instrument ou en eûtemployé un plus long, il aurait probablement |)énélré dans la cavité de ce viscère ; il lui restait à peine un quart de l'épaisseur du sarcome à perforer pour porter le bout de l'algalie dans le réservoir de l'urine. On trouve dans une Dissertation de Lugwig, imprimée à Leipsik en 17Gt, sur l'ischurie produite par les tumeurs de la vessie, un fait analogue à celui que nous venons de rapporter.

Un homme de soixante-trois ans, vigoureux, d'une bonne consliluiion, qui n'avait jamais eu de symptômes vénériens, se plaignait quelquefois de difficultés d'uriner; il ne pouvait rendre promptement, le malin, l'urine contenue dans la vessie. Quel(|ue temps après , il eut une ischurie complète qui dura jusqu'à sa morl. Il n'y avait ni tumeur, ni dureté au périnée. On avait tenté de sonder le malade, et l'on était parvenu, par une pression modérée, .à surmonter en partie l'obstacle que l'on sentait au col de la vessie : mais le stylet retiré de la sonde, il s'écoulait queli|ues gouttes de sang sans urine et sans que ic malade exprimât de douleur. On éprouva sans succès l'effet de din'érents remèdes, la vessie se tuméfia de plus eu plus par la rétention de l'urine; la tievre

DBS MALADIES DES

aiiffmcnla avec une sueur qui avait l'odeur d'urine, et le malade mourut le cinquième jour. A l'ouverture de l'abdomen on trouva les viscères sains, les intestins gonQés d'air; la vessie était plus flasque après la mort, ou moins tendue que pendant la vie : elle contenait cependant une grande quantité d'urine. On ne découvrit aucune alFection dans les reins ni dans les uretères. La section cruciale de la vessie laissa voir deux tumeurs situées devant le col de ce ■viscère : la plus petite , de la grosseur d'une aveline, placée presque dans le milieu et un peu h droite de l'orifice de ce col, avait une base assez large; la plus grosse , du volume d'une noix , située plus à gauche , s'élevait sur une base un peu étendue. Ces tumeurs, denses au toucher, résistantes, d'une surface inégale, avaient les caractères de fongus. On découvrit dans la tumeur la plus grosse une ouverture qui avait été faite par la sonde. Il n'y avait aucun vice ni marque d'inflammation dans le col de la vessie , au vérumontanum ni dans toute l'étendue de l'urètre. Celte ouverture, pratiquée dans le fongus, aurait conduit la sonde dans la cavité de la vessie, si cet instrument eût été plus long, et enfoncé avec une force suffisante en le dirigeant suivant les rapports de l'urètre et du col de ce viscère avec sa cavité remplie d'urine. Que les chirurgiens timides , ou qui craignent d'employer la force convenable à l'introduction de la sonde dans la vessie, se servent d'abord d'une algalied'un gros diamètre et à longue courbure ; ils seront moins exposés à faire une fausse route , et parviendront peut-être plus facilement à conduire la sonde dans la vessie. Fabrice de Hilden a publié sur cet objet et sur les effets des fongus de la vessie une observation assez intéressante pour en donner tous les détails.

Un homme âgé de plus de quatrevingts ans se plaignit de coliques et de suppression d'urine à la suite d'un excès de boisson de vin nouveau. 11 resta douze jours sans prendre aucun remède. Les accidents l'obligèrent cnlin d'appeler à son secours Fabrice de Hilden ; ce fut le 24 novembre ICOG. Ce célèbre chirurgien le trouva dans un accès de lièvre avec douleurs excessives, prostration de forces, tension, rénitence, dureté et tuméfaction du ventre depuis l'os pubis jusqu'aux régions épigastrique et hypochondriaquc, îi peu près comme dans la

VOIES DnlNAIRES. ^'^O grossesse. Il lui introduisit une sonde dans la vessie, d'où il s'écoula cinq livres quatre onces d'urine. La tumeur du ventre s'affaissa, et le vieillard fut soulagé. On employa les émollients, les adoucissants, etc. Le lendemain Fabrice sonda de nouveau le malade , et il ne sortit point d'urine; la douleur augmenta ainsi que la tension du ventre. Le 26, nouvelle introduction de la sonde dans la vessie, évacuation de six livres d'urine, cessation de la douleur et de la tension du ventre. Le 27, il s'écoula encore six livres d'urine par le moyen de la sonde, que Fabrice réintroduisait toutes les fois qu'il fallait évacuer ce liquide. Le 28 , après l'issue de quatre livres quatre onces d'urine , il parut environ une once de matière puriforrae; le soir , il sortit quatre livres d'urine : et Fabrice ajoute qu'il s'écoula cette fois beaucoup de siing, de même que dans les circonstances précédentes. Le 29, il y eut dans la matinée quatre livres six onces d'urine et un verre de pus; le soir, quatre livres huit onces d'urine et peu de pus. Le 30, deux livres d'urine et beaucoup de sang qui parut venir de la rupture de quelques veines vésicales. Avant de terminer le récit de cette maladie, Fabrice dit qu'il était difficile d'introduire l'a'g.ilie dans la vessie ; et qu'il n'a jamais pu y pénétrer avec une sonde grêle et d'un petit diamètre, à cause des obstacles qui se trouvaient au col de ce viscère : tandis qu'il faisait entrer plus facilement et avec moins de douleur une algalie delà grosseur d'une plume de cigne , parce qu'elle ouvrait et dilatait ce col qui était rétréci par une tumeur squirrheuse située derrière son orifice. Le 1" décembre , les obstacles du col empêchèrent l'introduction de la sonde. On eut recours aux lavements, aux fomentations, aux demi-bains. Le soir, le malade étant dans le bain, urina spontanément, et fat soulagé. Le 2, il prit le matin deux gros de térébenthine ; il rendit abondamment de l'urine et une matière épaisse, blanchâtre et tiès-fétide. Le 3 , mômes remèdes et môme état du malade; cependant la région de la vessie restait élevée et dure. Cet état a continué pendant quinze jours : puis la tumeur de cette région s'est affaissée insensiblement, les urines sont redevenues claires et moins fétides ; elles sont sorties sans difficulté, mais involontairement. Le 6 janvierl 607 le malade a eu une légère diarrhée qui u subsisté quatre ou cinq jours, Lç 5) , les

THAITÉ

urines se sont ccoiiliîes par l'anns, tantôt seules, tantôt mêlées avec les excrémeiils; et il n'en sortit plus par l'iirèlre. Cepeuilant le malade ne ressentait aucune douleur, ses forces se soutenaient , il avait de raj)pélit. Le 18 , il eut une toux sèche , ses forces et son appétit diminuèrent, et il mourut paisiblement le 30 janvier , ou le soixanle-dix-liuilième jour îiprès la première attaque de sa maladie. A l'ouverture du corps on trouva dans la vessie une tumeur si|uirrlieu3e, adliérenle au col de ce viscère, de la [grosseur d'un œuf de poule, et du poids de deux onces. On aperçut aussi un ulcère rond qui communiquait de la cavité de ce viscère dans le rectum. Le cor|)s de la vessie près de son col était livide, de même que cet intestin. Les deux reins, d'une grandeur extraordinaire, présentaient à l'intérieur beaucoup de vésicules remplies de sérosité. ( Ce/i(. 2 , obs. G5. 136.)

Il est peu de faits sur les fongus de la vessie qui donnent autant de connaissance des elîets progressifs de ce mal accompagne de rétention d'urine, que celui dont nous venons de donner les détails. La remarque de Fabrice sur la jtréférenee des sondes à gros diamètre , mérite toute l'attention des chirurgiens. Mais lorsque la tumeur sarcomateuse occupe une partie du col de la vessie, ou en obstrue tellement l'orifice, qu'elle s'oppose au passade de l'instrument ; on jie peut quelquefois le faire pénétrer dans ce viscère, sans se frayer une route dans la substance de la tumeur, en suivant la direction du canal urinaire. Lafaye s'est servi avec succès d'une sonde à dard pour traverser ou perforer ces sortes de tumeurs qui causaient la rétention de l'urine, et qui s'opposaient à l'introduction des algalics ordinaires dans la vessie. Voici un fait important qu'il nous a rapporté. — Astruc , après avoir éprouvé long temps des difficultés d'uriner, eut une rétention complète d'urine. Il fit prier Lal'aye de venir le sonder. Ce chirurgien, ajirès plusieurs tentatives infructueuses avec des sondes de diderent diamètre, jui^ea par l'introduction du doigt dans le rectum , et par la résistance que les sondes éprouvaient vers le col de la vessie, que l'obstacle provenait d'une tumeur située dans cette partie. Il se décida pour lors à le franchir iiar le procédé suivant. Il prit une algalie légèrement courbe, ouverte seulement par les dcu.x extrémités, et qui

contenait un slylet fort ou mandrin d'argent, terminé extérieurement d'un côté par un anneau, cl de l'autre par un dard ou poinçoin triangulaire, qui excédait d'environ quatre lignes l'ouverture de l'algalie. Avant d'introduire la sonde dans l'urètre, il tint le mandrin retiré à peu près d'un pouce de l'cilréniilé interne de cet instrument, et il eut soin de ne point agir sur l'anneau du slylet pendant l'introduction de l'algalie dans ce canal. La sonde étant parvenue à l'obslacle, Lafaye introduisit le doigt index profondément dans le rectum pour la diriger vers la vessie, et éviter de la porter entre la prostate et cet intestin; puis il poussa le mandrin jusqu'à cet obstacle et, voyant que l'anneau du slylet n'excédait plus le niveau de l'ouverture externe de la sonde qu'à peu près de la longueur du dard ou de quatre lignes, il l'enfonça avec force et, portant en même temps la sonde dans la direction du col de la vessie , il traversa les parties rénitentes et parvint dans la cavité de ce viscère : ce qu'il reconnut par le défaut de résistance que la sonde éprouva, et par une espèce de liberté dont jouit alors le bout interne de cet instrument. Le mandrin étant retiré, il s'écoula par la sonde beaucoup d'urine.

On assujettit cet instrument, et on ne le relira qu'au bout de quinze jours.

Lafaye en substitua un autre d'un plus gros diamètre; et lorsque les urines commencèrent à s'écouler entre la sonde cl l'urètre, il ne l'introduisit plus que le matin et le soir pour vider entièrement la vessie. Enfin Astruc put s'abstenir pendant quelque temps de l'usage de l'algalie. De nouvelles rétentions d'urine survinrent. Il n'y avait que Lafaye qui pût y remédier. 11 se servait d'une sonde ordinaire. Quand elle était parvenue au col de la vessie, il la dirigeait du côté gauche, seule roule que l'on pouvait suivre pour pénétrer dans ce viscère. Astruc vécut encore dix années sujet à des difficultés d'uriner, et obligé d'avoir souvent recours à la sonde. Après sa mort, sa vessie fut ouverte. Lafaye y trouva un fongus sarcomateux, dur, réniient, de la grosseur du poing, dont les deux tiers se voyaient dans la cavité de ce viscère , et l'autre tiers s'étendait dans le col vers le vérumontaiium. Il vit la route qu'il avait faite avec la sonde sur la partie latérale gauche de cette tumeur, et par laquelle les urines s'écoulaient.

DES MALADIES DES

Le succfcs que Lafaye a obtenu par le moyen de l;i sonde h dard, pounail délerminei- les jeunes chirurgiens à se ser- \ir de cet instrument lorsqu'ils ne parviendraient point à franchir avec l'algalie ordinaire les obstacles qui s'opposeraient à son introduction dans la vessie. Il convient de leur indiquer les principaux inconvénients de cette sonde.

Elle exige une force d'impulsion presque aussi grande que celle qui est nécessaire pour faire pénétrer l'algalie moufse à travers les obstacles du col de la vessie. Si elle n'est pas employée par une main très-exercée au calhétérisme , et si l'on s'écarle de la direction du canal urinaire, la déviation du dard hors île la roule convenable peut causer des accidents fâcheux, en blessant des vaisseaux, des intestins, et en favorisant l'inliUralion et l'épanchement de l'urine dans le bassin : et le chirurgien expérimenté qui conduit cette sonde jusque dans la vessie, n'a-t-il pas à craindre de l'y enfoncer trop avant et de percer les parois de ce viscère? Comme ce dard, en forme de poinçon triangulaire à sa pointe, est vissé ou soudé à l'extrémité du stylet de la sonde, ne serait-ce pas un accident bien malheureux que, se cassant ou se séparant du stylet pendant le temps de son introduction, il restât fiché dans les parties qu'on se proposerait de traverser? Ces inconvénients ont sans doute éloiijné les chirurgiens de l'usage de la sonde à dard. Ils préfèrent avec raison l'algalie mousse, grêle, et d'une telle épaisseur de parois qu'elle ne plie pas contre les obslacles du canal urinaire : mais pour employer cette espèce d'algalie, il faut une grande expérience et une longue habitude de sonder; il faut aussi être éclairé des lumières de l'analomie pour suivre la direction du col vésical , laquelle varie souvent par l'état pathologique de l'urètre, par les tumeurs de la prostate ou dfs parties voisines , par des fongus situés vers le sphincler de la vessie, et par la rétention de l'urine dans ce viscère. Ces dispositions vicieuses rendent quelquefois impraticable l'introduction de l'algalie, ou si on la force de pénétrer dans la vessie, il peut s'ensuivre des accidents sinistres. Je crois devoir rapporter ici quelques faits qui me sont propres.

Un homme de cinquante- cinq ans avait une rétention d'urine qui me parut provenir d'un rétrécissement du col

VOIES CRINAIRES. 297 de la vessie. Il me fut impossible d'introduire dans ce viscère aucune espèce de sonde. Il s'écoula beaucoup de sang de l'urèlre. L'excessive distension de la vessie et les autres accidents me délerminèrent à faire la ponction au-dessus du pubis. Les urines furent évacuées :

mais l'inflammalion s'était étendue dans le ventre, et le malade mourut le troisième jour de la ponclion. Nous avons trouvé les parois de l'urètre calleuses en plusieurs endroits, le vérumontanum durci , le col de la vessie dévié ;i droite et soulevé, son canal si rétréci qu'un stylet pouvait à peine y passer ; ses parois denses étaient confondues avec la prostate, qui était endurcie et beaucoup plus grosse à sa partie latérale gauche qu'à la droite. La tunique interne de la vessie présentait plusieurs colonnes fermes , et l'on y voyait quelques appendices cellulaires. — Je n'ai pu introduire aucune sonde dans la vessie du malade dont j'ai fait mention ci-dessus. Des chirurgiens très-habiles n'ont pas été plus heureux. Cet homme avait la prostate excessivement tuméfiée , et un gros tubercule charnu à l'entrée du col de la vessie et prolongé jusqu'au vérumontanum. — Ces faits peuvent-ils servir d'exemples de l'insuffisance absolue des sondes en pareille occurrence? Une main plus exercée, plus hardie, aurait peut-être conduit l'algalie dans la vessie : mais les suites en auraient-elles été moins fâcheuses? Il serait très-utile que ceux qui réussissent h forcer la sonde de pénétrer dans ce viscère, fissent un rapport exact des résullats de leurs tentatives; et comme les fautes instruisent autant que les succès , nous ne pouvons qu'éclairer en avouant celles que nous avons commises. — Chez un homme âgé de soixante -deux ans , (jui avait une rétention d'urine, j'ai forcé l'algalie que j'employais pour le sonder, de pénétrer dans la substance des parties du col de la vessie qui oH'raient une grande résistance; mais l'instrument trop faible se fléchit dans sa courbure, et se serait cassé si j'eusse continué l'impulsion.

Cette circonstance me fit reconnaître l'utilité de l'épaisseur en argent des parois des algalies grêles ou d'un petit diamètre. Le malade est mort des suites d'une infiltration d'urine au périnée et dans le bassin. Son corps n'a point été ouvert.

Un vieillard, dont les urines étaient en grande partie retenues dans la vessie et ne sortaient que par un jet très- fin,

298 TRAITÉ

avec douleurs et aprbs des efforts violents, me fit appeler pour le sonder. 11 avait plusieurs rétrécissements dans le canal de l'urètre ; je les fiaucliis sans

beaucoup de peine avec une sonde d'un moyen diamètre. Parvenu vers le col de la vessie, et ne pouvant en vaincre la résistance par une pression modérée, j'employai une force plus grande : mais je sentis au moyen du doigt introduit dans le rectum que la sonde s'engngeait entre l'intestin et la prostate. Je dégageai cet instrument de la fausse route, et, le portant au-devant de celte glande, je tâchai de la percer, ou d'y frayer une voie le long de sa partie supérieure et du col de la vessie pour parvenir dans la cavité de ce viscère. Tous mes efforts furent infructueux ; je retirai la sonde, qui avait augmenté de courbure par ces tentatives. Le malade éprouvant de vives douleurs fut mis dans un bain , il prit de l'opium , etc. Une grande quantité de sang sortit de l'urètre; puis les urines s'écoulèrent avec moins de diflicullé. Ce vieillard mourut au bout de quinze jours. Sa prostate était d'un volume excessif; elle avait environ deux pouces et demi d'avant en arrière , et presque autant de largeur et d'épaisseur. Elle soulevait fortement le col de la vessie, et formait une cminence saillante à l'orifice de celte partie. Derrière cette éminence était un enfoncement profond de la vessie qui contenait de l'urine, du mucus putride, et deux pierres de la grosseur d'une noisette. — Combien d'exemples malheureux de fausses roules à travers l'urètre ne pourrionsnous pas citer! J'ai senti le plus ordinairement la sonde portée entre la paroi antérieure du rectum et la prosiale. Assistant à une tentative pour introduire cet instrument dans la vessie d'un malade qui avait une rétenlion d'urine, j'ai reconnu avec le doigt que la sonde, ayant percé une des parties latérales de l'urètre, était enfoncée jusqu'au-devant du pubis sous les téguments. Après ces fâcheuses épreuves on s'est^ contente d'introduire des bougies dans l'urètre, et souvent leur extrémité interne s'engageait dans h crevasse; l'infiltralion de l'urine survenait, et les malades périssaient. Nous rapporterons des faits luleressanls sur cet objet dans le traite des maladies de l'urèlre. Publions encore ici une observation sur la difliculté ou l'impossibilité de sonder dans certaines maladies sarcomateuses du col de la vessie.

Un imprimeur du roi, âgé de soixantehuit ans, d'une consliluiion bilieuse, eut en août 1780 une grande difliculté pour uriner. Il prit des bains, des boissons adoucissantes. Les douleurs devinreut plus aiguës pendant le bain. Enfin les urines étant complètement retenues dans la vessie, on appela un célèbre chirurgien de Paris pour leur donner issue.

Après plusieurs lentalives infructueuses, faites avec des algalies ordinaires, ce chirurgien en prit une très-longue et giêle qu'il enfonça par l'urèUe jusque dans la vessie en employant une grande force, et ii l'aide du doigt index introduit dans le rectum pendant qu'avec le pouce de la même main il appuyait fortement sur le périnée et sur la sonde. On fut très- étonné, après celle opération, qu'il ne pût retirer le stylet de la sonde. Il fallut avoir recours à des pinces d'horloger pour l'en extraire, tant il y était fixé par du sang caillé , faute de l'avoir nettoyé à temps. 11 sortit beaucoup d'urine sanguinolente. Le malade fut soulagé ; la fièvre diminua. Le troisième jour on sentit à chaque côlé de la racine de la verge, près du pubis, une tumeur dure , rénilente , fixée dans les corps caverneuii : la peau qui la recouvrait était mobile , le reste de la verge et l'urètre étaient souples. Deux cataplasmes émoUienls n'apportèrentaucun changement. Deux jours après, toute la verge se tuméfia et parut dans un étal de demiérection. On ne pouvait faire faire aucun mouvement à la sonde sans causer beaucoup de douleurs ; elle était même fortement serrée par les parties qu'elle traversait du côté delà s essie. La région hypogastrique était douloureuse sans cire tuméfiée. Les urines sortaient en petite quantité , souvent sanguinolentes, quelquefois'claires. Leur sortie était précédée d'envie d'aller à la selle avec efforts, ténesme, douleurs vives au fondement.

Le huitième jour, comme la verge était plus tendue et les duretés du corps caverneux plus lorles , on substitua a 1 alralie, qui fatiguait beaucoup le malade, une sonde de gomme élastique; mais on ne put la faire pénétrer dans la vessie qu'à l'aide d'un mandrin de fer, en la dirigeant avec le doigt introduit dans le reclum , et en employant une force considérable. Les urines coulèrent avec du san.'. Les douleurs du bassin et de a verge furent moins vives, et le malade put se lever et marcher ; mais le volume et la tension de la verge ne dimmuèrent

DES MALADIES DE

point : on pouvait cependant la baisser pour facililiii' l'écoulement des urines. Leur cours devint ensuite moins libre : pour le procurer on était obligé de tirer la sonile un peu ii soi ; puis on l'enfonçait fort avant dans la vessie : le ma!a<le lie rendait encore des urines qu'après beaucoup d'efforts, comme pour aller à la selle, et elles sortaient quelrfuefois en jet, souvent goutte à goutte. On ne négligeait point l'usage des injections, des lavements, elc. Le quinzième jour de l'introduction de cette sonde, on remarqua que les urines coulaient entre elle et l'urètre. Cet instrument était devenu très mobile et ne causait plus de douleurs ; mais l'urètre restait tendu et dur, surtout au gland et au périnée. Le lendemain on ôla cette sonde , elle n'était point altérée ; son extrémité , située dans la vessie, paraissait y avoir été fortement recourbée: les urines coulèrent d'.ibord assez facilement; deux jours après, leur écoulement diminua et s'arrêta. Le périnée , le scrotum s'infiltrèrent d'urine. On ne put réintroduire la sonde d;ins la vessie. Mise dans l'urètre, on la portait jusqu'à un foyer d'urine et de pus qui s'écoulaient alors par cet instrument. Le dévoicment, des redoublements de fièvre, des mouvements convulsifs précédèrent la mort du malade.

J'ai fait l'ouverture de son corps. La vessie remplisait presque tout le petit bassin : elle avait une forme conique ; son sommet, qui répondait au dessus du pubis , était aminci , très-mou , et formait une espèce d'appendice 0:1 de tumeur produite i)ar une expansion de la tunique interne à travers la tunique musculeuse. Ce viscère était adhérent , dans toute sa circonférence, aux parties voisines, et surtout au rectum. Sa cavité ne contenait aucun corps étranger. Nous y avous vu une ouverture circulaire, qui ré(iondait à l'espèce de sac herniaire situé à sou sommet. A un demi-pouec de l'orifice du cul, près de la base du Irigone, était une ouverture ronde par laquelle je portai un stylet dans l'épaisseur de la prostate, ju-qu'à la partie an- Icrieiirc de cette glande. L'examen analoinique du périnée, du scrotum et de la verge montra le li.5su cellulaire infiltré d'urine, avec des foyers qui en contenaient une quantité plus ou moins yrande dans un état de putridité. Il y avait une crevas.sc ii la i)arlie membraneuse de l'urètre, à laquelle répondait re.\trémité du stylet passé dans la prostate. Celle

VOIES UniNAlRES. 299

glande avait trois pouces de longueur sur deuï pouces d'épaisseur. Son tissu était mollasse et inhitré d'une matière roussàtrc , le trajet de la fausse route, noirâtre, livide et putréfié. La dureté du corps de la \ erge provenait d'une infiltration d'humeur visqueuse, et plus épaisse dans les corps caverneux que dans les tuniques de l'urètre et dans la substance du gland. — Ce dernier fail offre des circonstances utiles à noter relativement à la perl'oration de la prostate dans toute sa longueur par le moyen del'algalie mousse, à la tumeur dure et rénitente survenue à une partie du corps caverneux de la verge peu de jours après cette perforation, à rinlîltration de l'urine , à la tuméfaction du tissu de l'urètre et du gland. — Comme l'examen de ces circonstances nous éloignerait de l'objet principal de cet article , nous préférons rapporter un exemple d'excroissance sarcomateuse du col de la vessie à travers laquelle l'algalie a été enfoncée jiour évacuer l'urine retenue dans ce viscère.

En septembre 1783, je fus appelé chez un homme de soixante-douze ans qui depuis plusieurs jours n'avait pas rendu d'urine. Il se plaignait de vives douleurs à la région el au col de la vessie. L'hypogaslre était tuméfié et tendu. On n'avait i)as encore tenté l'usage de la sonde. J'introduisis l'acilement une algaliejusqu'au col de la vessie. Eprouvant en cet endroit une grande résistance, qui n'avait ni la dureté ni la rénitence d une pierre, je présumai que l'obstacle pouvait dépendre de la tuméfaction de la prostate, qui, au moyen du doigt introduit dans le rectum, me parut avoir plus de volume qu'à l'ordinaire. Je pris une sonde plus longue, moins courbe et plus petiieque la première. Après l avoir conduite par l'urètre jusqu'à l'obstacle, et l'avoir inclinée et renversée du côté du scrotum, je l'enfonçai avec force en suivant la direction du canal urinaire, el en ajipuyant du côté du pubis plus que du côté du rectum, dans lequel le doigt index de ma main gauche , enfoncé fort avant, formait un point d'appui à cet instrument. La sonde pénétra dans la vessie ; el , sentant qu'elle y était libre, j'en ôtai le stylet. 11 ne sortit |)resque pas de sang; des urines rougcAtres, très-chaudes, et de mauvaise odeur, s'écoulèrent. Le malade, qui avait beaucoup souffert par l'introduction forcée de lii sonde dans la vessie, se trouva

TBAITJÎ

Roulagiî. Il put garder cet înslrumenl.

Le lendemain il rendit des mines sanguinolentes; il se plaignit davanluge de douleurs aiguës et de chaleur dans le bassin et vers l'anus, il eut de la lièvre avec frisson et une grande agitation. On employa les remèdes généraux, la saignée, les fomentations, les lavemenis émollients, les suppositoires de beurre de cacao, les injeclions dans la vessie , les boissons adoucissantes. Les douleurs cependantaugrmenlèrent pendant la nuit.

Je fis prendre au malade un peu de solution d'opium. Il dormit, et eut une transpiration abondante. Le troisième jour, l'accès de la fièvre redoubla , le ventre devint tendu comme un ballon.

Les urines ne furent plus sanguinolentes, mais rougeàtres, troubles, et d'une odeur d'ammoniaque ; elles déposèrent une matière piiriforme. Les mêmes accidents continuèrent; il s'y joignit le hoquet, le vomissement, le délire, enfin le malade mourut le douzième jour de l'introduction de celte sonde. M. Lhéritier, professeur de l'école pratique de chirurgie, assista à l'ouverlure du corps. Nous avons trouvé à la partie moyenne du trigone de la vessie un fongus sarcomateux de la grosseur d'un pelit œuf de poule, rougàtre, dur, immobile, qui se prolongeait dans le col de ce viscère, et le Louchait. Celle tumeur avait été percée par la sonde à sa partie supérieure et latérale droitCv dans l'étendue d'un pouce et demi , ainsi que nous le remarquâmes au moyen d'un stylet passé dans la crevasse postérieure, jusqu'à celle qui répondait dans le col de la vessie. Le Irajet du canal de l'urètre se continuait du même côlé de celle fausse roule, mais un peu plus bas, et à six lignes de distance. Il était si étroit qu'à peine le stylet put y passer. La dissection de la tumeur montra une substance fibreuse, cellulaire , blanchâtre, continue avec les tuniques du trigone et la parlie supérieure de la prostate, qui avait le double du volume ordinaire et une densité trèsgrande. Les parois de la vessie étaient mollasses, rougcâtrcs. Leur face interne présentait de petites cavités cellulaires remplies de matière puriforme. Les uretères et leur orifice étaionl très-dilalés. *■ Les reins, surtout celui du côté gauche, formaient des sacs celluleux pleins d'urine. Les intestins avaient conservé leur couleur naturelle , et étaient beaucoup distendus par de l'air.

Il résiiUe de ces fails que l'introduc-

tion forcée de la sonde mousse à travers les obstacles du col de la vessie, produits par des sarcomes ou des excroissances fongueuses de cette parlie, par la tuméfaction et la squirrhosité de la prostate, peut être dangereuse et même causer la mort, par les progrès de l'irritation, de l'inllammation et d'autres accidents dépendants de ce procédé opératoire. On objectera que celte introduction dirigée avec méthode et habileté n'est point suivie d'événements fâcheux. iS'ous en appelons à l'expérience des chirur/fiens les plus exercés dans l'art de sondur. Quelques faits-pratiques apprennent qu'après avoir employé une grande force pour faire pénétrer la sonde dans la vessie on a pratiqué une route artificielle, plus ou moins près de la voie naturelle, soit dans l'épaisseur des parois du col de la vessie , soit dauî la substance de la prostate, et quelquefois entre cette glande et le rectum. Si le malade survit , il se forme un nouveau canal qui ne jouit pas des mômes piopriétés que le canal naturel; il faut l'entretenir long-leuips par la présence de la sonde d'argent ou de celle de gomme élastique: il faut aussi avoir soin de nettoyer la sonde, ou de la changer tous les huit, dix ou quinze jours , si les urines coulent lentement , si elles dé- })osent beaucoup de matière lilhi(iue ; il est même utile de faire fréquemment des injections dans la vessie pour la débarrasser des matières sédimenteuses , glaireuses, qui pourraient y séjourner et s'attacher aux parois de l'instrument.

On augmentera par degrés lediamèlredc la sonde afin d'élargir le canal. Lorsque les urines seront d'une bonne qualité, et que leurs cours se fera facilement , et en partie entre l'urètre et la sonde , sans causer de douleur , on se dispensera de la laisser constamment ; on la mettra seulement le soir : on s'abstiendra ensuite de s'en servir pendant un , deux ou trois jours; mais on ne négligera pas de la replacer de temps en temps. Sans ces précaulions, le canal artificiel se resserre et peut même s'oblitérer; les urines coulent goutte à goutte, sans jet et involontairement ; enfin elles sont retenues dans la vessie, et l'on a quelquefois beaucoup de peine à réintroduire la sonde par la même voie dans ce viscère. 11 se trouve des circonstances qui font subsister longtemps ce canal en forme de conduit listuleux entretenu par le passage de l'urine.

Un religieux sexagénaire eut en

DES MALADIES DES

une rétention complète d'urine, pour lanuelle l;i chirurgien en chef de 1 riotei- Dicu de Paris fut appelé. Apres avoir vidé la vessie par le calhélérisme, l'operateur relira la sonde. Dès le même jour les urines furent encore retenues, et les douleurs devinrent si vives qu'on fut obligé le soir de redemander les secours du cliirursîien. Malgré ses efforts et ses diverses lenlalives, il ne put parvenir k remettre la sonde dans la vessie. Beaucoup de sang s'écoula de l'urètre. Les accidents de la rétention augmentant, on appela le lendemain le frère Cosme, qui jugea, par la sonde introduite dans l'urètre, qu'on avait fait une fausse route. Après beaucoup de mouvements, la sonde enfoncée profondément, et placée dans une direction parallèle à celle du canal urinaire, il la poussa avec un effort violent qui causa au malade une douleur si aiguë qu'elle lui fit jeter les hauts cris : mais la sonde pénétra dans la vessie, et il s'écoula une grande quantité d'urine. L'algalie étant assujettie avec des liens, on combattit les symptômes du ténesme et de l'inflammation par les remèdes généraux. Le malade porta trèslong-temps la sonde; il ne pouvait uriner sans cet instrument, que l'on ôtait tous les douze jours pour le nettoyer ou pour en substituer un autre. Au bout d'un an , les urines s'écoulant entre la sonde et l'urètre, on la relira. Leur cours naturel fut assez libre et assez prompt pendant quelque temps: puis il se ralentit. Ce religieux était alors obligé de faire beaucoup d'efforts pour les rendre, et elles sortaient lentement en se bifurquant, et presque goutte à goutte, surtout au commencement et vers la fin de leur éjection. Il vécut encore quelques années. Ou fut curieux, après sa mort , d'examiner l'état des voies urinaires. On ne remarqua d'extraordinaire qu'un canal artificiel qui s'ouvrait dans la vessie près de son col , et dans l'urètre vers sa partie membraneuse, et qui s'étendait entre la prostate et le rectum. Ce canal résultait de la fausse route faite par la sonde , et qui avait été entretenue par cet instrument et le passage des urines. Le conduit naturel n'était pas cependant effacé. ]1 paraît que le cours des urines se partageait entre ces deux routes.

Pour terminer l'article du traitement des fongus de la vessie , il reste à parler de celui qui leur convient lorsqu'il se trouve ea même temps des pierres dans

VOIES uniNAIRES. OUI

la cavité de ce viscère. L'existence de ces calculs, reconnue par la sonde, indique la nécessité de leur extraction. Si l'étal du malade permet celte opération, s'il n'y a pas de contradiction , on y procédera par l'opération de la taille. II peut alors se présenter diverses circonstances, relativement h la pierre et au fongus. Si la pierre est isolée, elle peut être saisie par des tenettes, sans qu'elles embrassent le fongus ; et après l'extraction du calcul , on parvient quelquefois, à Taille du doigl introduit dans la vessie, à reconnaître l'existence et la forme de la tumeur fongueuse. Quand on trouve celte lumeur située au col de la vessie, qu'elle est mobile et attachée par un pédicule étroit, on peut en faire l'arracliemenl. Un homme reçu à l'HôteUDicn de Paris , avait , outre la pierre , un fongus dans la vessie. M. Uesault , après rexiraclion du calcul, reconnut avec le doigt la présence d'un fongus à pédicule. Il le saisit avec les tenettes et l'arracha en tordant le pédicule. Cette opération ne fut suivie ni d'hémorrhagie ni d'aucun autre accident, et le malade sortit de l'hôpital parfaitement guéri. Voilà peutêtre la seule circonstance oii la chirurgie opère la cure radicale des fongus. S'ils sont situés profondément, et s'ils ont leur base large, on ne doit pas tenter d'opération, et le malade peut guérir (voyez ci-dessus l'observation de M. Deschamps). Lorsque la pierre est pour ainsi dire implantée ou embarrassée dans la substauce des fongus , et qu'on les arrache avec les tenettes, leur déchirure, leur arrachement causent le plus ordinairement la mort,

Guérin, chirurgien de Paris , fit l'opération de la taille à un homme âgé de cinquante ans. Il trouva beaucoup de résistance à introduire la sonde jusque dans la vessie. Après l'incision , il porta les tenettes et tira, d'un seul coup, deux lambeaux d'excroissance fongueuse et treize petites pierres. Il fît des injections pour amener une pierre qu'il avait touchée avec le bouton et qu'il n'avait pu charger. Le malade mourut huit jours après. On observa , à l'ouverture du cadavre , qu'il y avait au côté droit de la vessie un lambeau d'excroissance en forme de champignon, qui bouchait en partie le col de ce viscère. On trouva aussi vingt-sept pierres renfermées chacune dans des cellules particulières , les unes présentant à l'embouchure un de leurs angles , les autres une de leurs facéties.

rioustet fut consul lé par un oflicier âgé (le soixanif-quinze ans, qui ressentait de vives douleurs dans la région du périnée. 11 inIroJuisil facilement une sonde dans l'urèlrc jusqu'au col de la vessie, où il éprouva une résistance considérable qu'il surmonta après dilïéreiils làtonnenienls. La sonde parvenue dans la cavité de ce viscère , il y sentit une pierre; quelijue temps après il fit à ce malade l'opération de la taille. Croyant toucher une pierre avec la tenette , il essaya de la charger; mais, en serrant cet instrument , il sentit que ce qu'il avait saisi était un corps mollasse , et non un calcul. Après de nouvelles recherches pour Irouver la pierre, le même corps mollasse s'engageant 'de nouveau dans les serres de la tenette , il résolut d'en faire l'extraction. Ou vit que c'était une excroissance charnue. La tenette fut portée une seconde fois dans la vessie, Housiet lira un autre corps mollasse. Il fit ensuite avec facililé l'extraction de trois pierres. Le lendemain de l'opération le malade eut du frisson , et les jours suivants une fièvre ardente , la suppression des urines, le ventre tendu, le délire, et il mourut le cinquième jour. A l'ouverture du cadavre , on trouva la vessie aplatie comme celle des femmes qui ont eu plusieurs enfanls , sa cavité fort grande, son épaisseur considérable, son col très-étroit et presque bouché par le gonflement de la prostate. Au delà de cette glande on aperçut un repli en forme de croissant , sous lequel était une cavité profonde et large d'un pouce et demi, et qui contenait une malière purulente. On remarqua dans l'épaisseur de ce repli plusieurs rides transversales , et sur son bord plusieurs déchirures aux endroits d'oii les deux excroissances avaient été arrachées. Comme ces fongus occupaient l'orifice de la vessie avant leur extraction , ils étaient probablement une cause de la résistance que l'on sentait eu introduisant la sonde , aussi bien que de la sortie difficile des urines. {Me'm. de I Jc. de chir., t. ii , p. 2G9.)

Un commandeur auquel Morand avait fait l'opération de la taille au périnée , et avait tiré de la vessie une pierre avec un fongus , est mort le cinquième jour de l'opération. On a trouvé sa vessie considérablement épaissie et d'une consistance ])lus dure que dans l'état naturel, Etant ouverte, on a vu vers sa par- , tie inférieure , et lui peu du côlc droit ,

une tumeur carcinomalcuse fort dure, de la grosseur d'un œuf de poule , aussi large à sa b ise qu'à son sommet et d'une étendue assez grande pour faire paraître la vessie partagée en deux capacités.

Près de cette tumeur était une excroissance fongueuse , aplatie , grosse et longue comme le petit doigt , attachée à la tunique interne de ce viscère par un pédicule et flottante dans ce réservoir. [Opusc. de ch., part, ii», p. 130. )

Il serait inutile d'accumuler ici d'autres faits qui constateraient les événements fâcheux qui suivent l'extraction des fongus accompagnés de pierres. Si l'on soupçonnait , par la sonde et par les symptômes , l'existence de ces excroissances, ne vaudrait il pas mieux, dans le cas même de certitude d'iuie pierre dans la vessie , n'employer que les secours indirects et palliatifs de la chirurgie, tels que l'usage presque habituel de la sonde élastique , etc., pour entretenir le cours libre des urines et prévenir les accidents de leur rétention ? Nous tiendrions cette conduite surtout pour les calculeux avancés en âge, chez lesquels les fongus de la vessie ont pris ordinairement beaucoup d'accroissement : elle rendrait leur vie plus supportable et en prolongerait la durée.

Des corps étrangers conlenus dans la vessie. — Différents corps étrangers peuvent être situés dans la vessie. Les uns se forment dans sa cavité, tels que des caillots de sang, des glaires, du pus, des hydalides, des pierres. D'autres viennent des reins , des uretères , comme les graviers, les petits calculs, l'urine, le sang, le pus. Quelques-uns sont portés dans la vessie par une blessure de ce viscère , telles que des balles de plomb , des lentes. Plusieurs s'y introduisent par l'urètre, comme des bougies, des épingles, des fragments de sonde , etc. Il en est enfin qui , ayant passé par les voies de la déglutition , se fraient une roule jusque dans la vessie, ou s'insinuent par les fistules du rectum et pénètrent dans la cavité de ce viscère ou dans son col , comme des vers, des pépins ou des noyaux de fruits, de petits os, etc. Lorsque des corps solides séjournent dans la vessie, la matière Itthique de l'urine s'y dépose el forme des couches pierreuses plus ou moins épaisses. Les observatcuis rapportent beaucoup d'exemples de ces corps étrangers qui ont servi de noyau à des pierres. Comme nous rassemblons

DES MALADIES DI

dans ce traité les observalions éparses qu'ils ont doiincts sur les nialmlies des voies urinaires, nous ferons le rdcil des faits que nous avons recueillis sur ces corps étrangers.

I. Colota été consulté pour des militaires qui , après avoir reçu dos coups d'armes à feu au ventre, ont été obligés de se soumettre à l'opération de la taille pour se faire ôter des pierres , dont les unes s'étaient formées sur de la bourre , d'autres sur des balles de plomb , et quelques-unes sur des fragments d'os portés dans la vessie. ( Traitide la laille^ p. 48.) — ]>ious avons rapporté des observations de Covillard, de Morand sur des balles de plomb tirées de la vessie par l'opéralion de la (aille. — Fabrice dellildcn raconte, d'après Paul Offrendi, qu'un jeune homme reçut à l'âge de vingt ans un coup de fusil à la région du coccyx et eut une plaie avec fracture. Après la cicatrisation , le blessé n'éprouva pendant quinze ans aucun accident ; ensuite il se plaignit de difficulté d'uriner , de douleurs à la vessie. Les urines étant retenues, on les évacua par la sonde, et l'on sentit une iiierre. Cet homme , soulagé , vécut encore quinze autres années sans être très-incommodé.

Les accidents se renouvelèrent; des douleurs vives à la région des reins , de la vessie, du périnée et la fièvre continue précédèrent sa mort. On trouva dans la vessie une pierre de la forme d'un œuf. Son poids extraordinaire porta à la rompre. Elle avait pour noyau une balle de plomb, de la grosseur d'une aveline.

\Cenl. Z,obs. 77, p. 260.)

Un homme quadragénaire , robuste , avait une pierre dans la vessie. Un lilhotomisle lrès-e."5crcé lui fit l'opéralion de la taille ; il ne put cxli'airc le calcul, et le crut adliérent aux parois de la vessie. Des symptômes ti ès-fàclieux survinrent.

Après la mort on ôla la pierre. Elle pesait deux onces quarante huit grains. On y aperçut une balle de j)lonib recouverte de lames calculeuscs , dont une portion avait été brisée par la tenetle dans le temps de la taille, et qui, par leur adhérence à la surface de la balle , la rendaient immobile. On ne vit à la vessie aucune cicatrice , mais on en découvrit une il l'aine; et l'on sut que cet homme, étant jeune cl soldat , avait été blessé par une balle dans celte région. On ne douta plus comment elle avait pénétré dans la vessie , oii elle avait séjourné J'e-space de vingt nnuces. {/ionnel, iie/j.

unni. hb. 3, sect. 22, p. 688, obseiv. Segcri.)

II. Un soldat frappé par une balle de plomb qui fractura l'os pubis et ouvrit la vessie , guérit de sa blessure ; mais il conserva toujours une difficulté d'uriner. Après sa mort, on lui trouva trois pierres dans la vessie et une esquille considérable de l'os pubis. ( T ulpius , lib. 4 , cap, 29.) — Voyez l'extrait d'une observation de Camper sur un fragmeat de bois enfoncé dans la vessie.

III. Un jeune homme qui était en Amérique fut blessé au ventre par UQ bufQe qu'on poursuivait à la chasse. La plaie pénétra jusque dans la vessie. On la pansa avec des tentes de charpie. Après la guérison , les urines restèrent puriformes. Leur éjection était difficile et douloureuse , surtout au col de la vessie. On soupçonna la présence d'un calcul; l'ayant reconnu, on en délivra le malade par l'opération de la taille. C'était une pierre molle, friable, de la grosseur du poing d'un adulte. Elle contenait une lente de charpie, qui, par négligence , était tombée dans la vessie et avait servi de base à des concrétions puriformes et calculeuscs. ( Ta/pins , lib. 3 , cap. 9.) — Golot rapporte une observation analogue à celle de Tulpius. En 1GG9 il sonda la vessie d'une dame âgée de soixante-quatorze ans qui éprouvait de violentes douleurs toutes les fois qu'elle urinait. Il y sentit un corps étranger , qu'il crut être un calcul. Les accidents lui parurent si pressants qu'il la détermina le même jour à subir l'opéralion de la (aille. Ayant saisi avec la tcnelte le corps étranger , il sentit qu'il n'avait point la durelé d'une pierre.

Etant assuré que la vessie n'était point pincée par cet instrument, il fit l'extraction de ce corps. C'était une tente grosse et longue comme le petit doigt. Elle avait une odeur très-fétide et était recouverte d'une couche de matière graveleuse d'une demi-ligne d'épaisseur.

Celle dame avait eu, à l'âge de quarante ans , un abcès à la région hypogastrique du côté droit. Cet abcès s'était ouvert spontanément et avait laissé une fistule intestinale. On la pansa tous les jours avec une tente de linge pour empêcher la sortie des matières fécales. On négligea sans doute de fixer ces tentes et de les retirer exactemeut ; car, sept à huit mois avant l'opéralion de la (aille, on en retira cinq qui s'étaient perdues dans le fond de la listule , oi; elles causaient

TRAITÉ

beaucoup de douleur. Colot dit que ces tentes ont \ni exciter une corruption assez grande pour donner lieu à la vessie de s'ulcérer et d'ûtre percée par un de ces corps, qui s'y était introduit. [Traite de la iaille , p. 49.)

Corps étrangers introduits dins l.i vessie par C urètre. — Des corps solides, soit souples , soit inflexibliis, longs , droits ou légèrement courbes , portés dans l'urètre sans être fixés en dehors, peuvent s'enfoncer dans la vessie. Il semble que l'urèlre jouisse d'une espèce de mouvement anli-péristaltique, par lequel il tend à attirer vers la vessie les divers corps qu'il embrasse ; car l'on observe constamment que , lorsqu'ils sont une fois engagés dans ce canal , à moins qu'ils ne soient repoussés par la sortie des urines , ils avancent toujours vers la vessie. Leur progression , ne pouvant être attribuée à leur pesanteur, doit nécessairement être l'effet de la contraction de l'uiètre. Exemples de ces corps étrangers dans la vessie de l'homme :

IV. On jeune homme de vingt et un ans eut une difficulté d'uriner suivie de douleurs supportables. Il resta dans cet état environ trois mois. Ces douleurs augmentèrent. Soupçonnant quelque obstacle dans l'urètre , il s'imagina qu'il élargirait ce canal en essayant d'y insinuer trois fèves de haricots. Il eut soin de les faire cheminer si avant qu'elles entrèrent ^Axis la vessie , où elles servirent de noyâu à trois pierres. Un an après, les douleurs étant excessives , on lui ôta , par l'opération de la taille , ces pierres , qui avaient chacune le volume d'un œuf de pigeon. Les ayant sciées , on a vu la fève entière au milieu de la concrétion pierreuse , laquelle n'était point formée par couches sensibles. On a envoyé ces pierres à l'Académie de chirurgie, ell'on en trouve le dessin pl. 18 , t. ix, p. 339 de ses Mémoires.

En septembre 1751 Pouteau fit l'opération de la taille à un jardinier âgé de vingt-six ans. La pierre avait le volume et la forme d'une amande avec sa coque. Elle sortit entière et s'écrasa sous la tcnette. Les morceaux s'étant séparés , on trouva une fève de haricot blanc qui lui servait de noyau. La pellicule qui recouvrait ce haricot se détacha : il se sépara en deux, et l'on en aperçut très-distinctement le germe. Le malade , interrogé , répondit qu'il n'avait ressenti que depuis deux ans les premières douleurs de la

pierre. Ti protesta de plus être bien certain de n'avoir pas fait entrer cette fève par la verge, et il assura qu'il n'avait jamais eu de maladie dans ces parties ni dans leur voisinage. [OEuvr. posth. , t. m, p. 290.)

V. En I7G4, M. Deschamps a extrait une pierre ovalaire de la vessie d'un homme de campagne à qui il faisait l'opération de la taille dans l'hôpital de la Charité de Pans. Cette pieire se brisa dans la tenelle : elle avait pour noyau un morceau de paille de la longueur d'un pouce, que cet homme s'était introduit dans l'urètre plusieurs mois avant l'opération.

VI. Un bourgeois de Mons , âgé de soixante-deux ans, fréquemment incommodé de rétention d'urine, fut sondé.

On lui trouva une pierre. 11 subit l'opéralion de la taille. La pierre dont on lit l'extraction était oblonguc et faite comme une espèce de grappe. Elle avait pour base un épi de blé incruste de matière calculeuse. Le malade dit qu'étant en plein champ et se trouvant violemment tourmenté d'une rétenlion d'urine, il avait cru pouvoir se soulager en introduisant dans l'urètre un épi de blé qu'il n'a pu ensuite retirrr de ce canal. L' Académie de chirurgie a vu une grande partie de l'épi incrusté, dont quelques couches s'étaient détachées, et d'autres étaient restées en place [Mem.

defAc. de chir., t. ix, p. 340). Ce fait n'est pas unique. L'Histoire des Mémoires de l'Académie des sciences de Paris, année 1763, rapporte qu'un soldat afQigé de la pierre fut l.iillé à l'hôpital de Bruxelles, et qu'on lui lira une pierre dont le noyau était un épi de blé. La plupart des hommes qui ont dans la vessie ces sortes de corps étrangers, n'osent pas déclarer qu'ils les ont introduits par l'urètre. C'est ainsi qu'un homme à qui un litholomiste relira de la vessie un épi d'orge tellement incrusté de matière calculeuse, que les morceaux qui s'en détachèrent pesaient quatre onces et demie, ne voulut point d'abord convenir qu'il avait introduit ce corps dans l'u^ rètre. Il avoua enfin, et dit qu'il n'avait pu extraire cet épi de l'urètre à cause des douleurs aiguës que lui causaient les pointes des barbes qui se fichaient dans les parois de ce canal , en les tirant en sens contraire à leur direction-naturelle.(Swielen, Conini. inJph.,

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