VII. On conseilla à un homme qui se
DES MALADIES DES
lassait d'un ôcoulcmciit B-onorrliciqiic opiiiiàlre, 'de s'introduire une boiit;ie dans l'urèlrc. On lui en donna une fort lonijue (|ui composait en grande parlie un "petit pain de celle qu'on emploie pour les petites lanternes k papier. Il en fit entrer dans la vessie un bout si long^, que s'élaiit ramollie et ayant été ])oussce en dilïéronts sens, elle se noua dans ce viscère. Ce malade après l'y avoir laissée quelque temps eut beau- CJup de jieine à la retirer; enfin il la ramena nouée; mais cette extraction forcée fut suivie d'hémorrhagie, de tension au ventre, de gontlemenl de la verge et du scrotum. Ces accidents se di.ssipcrent, et il guérit {Mc'/n. de l'Ac. de c/iir., t. IX, p. 3(4j. Il est possible que cette bougie n'ait pas pénétré dans la vessie, et qu'arrêtée au col de ce viscère, elle s'y soit nouée par les replis qu'elle aura formés (I j.
YIII. Un cavalier ne pouvant uriner h cause d'une petite pierre qu'il avait dans l'urètre, s'avisa de la repousser avec un long inorce.iu de plomb qu il arrondit. Il vint réellement à bout d'enfoncer ce calcul ; mais lorsqu'il retira «on espèce (le sonde , il fut surpris de la trouver jdus courte de moitié; elle s'était rompue , un moroi'au était entré cl reslé dans la vessie. Ce cavalier fut
(1) On a présenté à l'Académie de chirurgie, en février 1781, une bougie emplastique incrusiéc de matière calculeuse , repliée à une de ses extrémités, et qu'un liomme venait de rendre par l'urétrc, en s'cfforçant d'uriner. Il y avait environ cinq seniaines qu'il l'avait enfoncée dans ce canal poin* remédier à la tlysuric dont il était alfectc. N'ayant pu retirer cette bougie, il pensa qu'elle s'était insinuée dans la vessie. Il lui un mois sans éprouver d'accidents, les urines s'écoulaient lentement , mais sans grande difliculié. 11 eut eiHuile une rétention d'urine. On ne put parvenir à le sonder. Apn-s beaucoup d'elToris pour uriner, et de pression avoc les doigis sur le périiié'" et le long de l'in'i'lrc, la bougie soriit de e(! ean.d avec l'urine. Il est probable <|ue cette bougje n'était pas introduite dans la vessie, et (|u'olle .i séjourné dans le col on dans l'urùlre. Aucun l'ail de bougii's passées en totalité dans la vessie n'annonce leur expulsion, ni par l'action d'uriner, ni par d'autres forces naturelles. Il (aut les secours de l'art pour extraire ces corps étrangers.
C/toparl.
VOIE.S UIUNAIf.ES. 305
tourmenté des dDulcitrs de la pieirc.
C)n l'envoya ii l'hôlcl di s Invalides, ou Morand le ta lia. Ce chirurgien ne relira de la vessie, le jour de l'incision, que des fragment-i de pierre; il ne put extraire le morceau de plomb que le dixième jour. Une incrustation de ntatière calculeuse , facile à briser, recouvrait ce corps étranger dans loute son étendue. Le malade guérit avec peine, il lui re>la une fistule au périnée. La taille avait été praliquée suivant le procédé (kl grand appareil {Trnilc de la taille, par Morand, p. 2G8). — M. Poinsable , gouverneur de la Martinique, faisait usage de sondes de plomb ointes d'ontiuent mercuriel pour détruire des CHllo.dlés de l'urètre. Une de ces bougies se cassa dans ce canal, de manière qu'il n'en relira que les deux tiers, et que l'autre partie p;!ssa diins la vessie, ■roiirmenlé de douleurs et de difïîcullés d'uriner, il vint en France en 1749. 11 y consulta les plus habiles chirurgiens, qui ne virent de ressource que dans l'extraction du corps étranger. Ledran proposa de dissoudre le morceau de sonde de plomb en injectant du mercure dans la vessie. Diflerenles épreuves faites sur les animaux piiriirent confirmer la justesse de ses conjectures. M.
Poinsable n'hésita point à se soumellre aux tentatives de ce chirurgien (jui lui fil couler du mercure dans la vessie, en l'introduisant dans l'iiiètre avec un petit entonnoir. Le poids de ce minéral l'entraîna jusque dans ce viscère. Après huit jours d'expériences, Ledran crut avoir une preuve pres(|ne compli'te que la sonde était entièrement dissoute j)iir le mercure. Il lui .sembla que le plomb rendu coulant par ce minéral, sortait par l'urètre. Il voulut même qu'on séj)aràt le plomb d'avec le mercure, et qu'on le remît en place. Enfin il pensa que le plomb de la sonde élait parfaitement fondu et sorti , lorsfjne le malade n'( ut plus aucune sensaiiun du corps étranger Ce qu'il y a de certain, c'est que les doileurs habiluelie^ de M. Poinsable cessèrent par l'u-aife des injections de mercure. La cessation de ces douleurs fit illusion ;t beanc;iu|) de personnes, et particulièrement ii Ledran. Poinsable relourna à son gouvernement, et y mourut peu de temps après. L'ouverture de son cor; s, faite solennellement, fil voir duns la vessie le boni île la sonde plomb qui n'avait souffert aucune allération ; car l'endroit même
TRAITÉ
de la cassure ; rapporte à l'aulre morceau qu'on avait conservé , s'y adapta exactement par les inégalités réciproques que la rupture y avait faites {Hémarques de Louis. Traite' des malad.
ve'nér., trad. du latin d'Aslruc, t. ii, p. 499). On ne doit donc pas espérer de dissoudre ou de liquéfier, par les injections de mercure- dans la vessie, une balle ou une sonde de plomb qui y serait portée. Le mercure a cependant une très-grande affinité avec le plomb. Les commissaires en présence desquels Ledran a répété les expériences, ont vu le plomb s'amalgamer avec le mercure dans un bocal rempli d'urine échauffée au degré de la chaleur naturelle du corps humain. Ils ont vu deux ànesses, dans la vessies desquelles il avait fait entrer un morceau de plomb du poids d'un gros et ensuite cinq onces de mercure, rendre ce plomb sous une forme liquide , et n'en plus offrir de vestiges dans ce viscère, après avoir été tuées. Il est curieux de lire dans la Bibliothèque de Médecine de Planque, art. mercure , et dans le Mercure de France , novembre 1750, les pièces contradictoires relatives à ce l'ait si digne des recherches et de l'intérêt des chimistes et des chirurgiens. — On ne se sert plus présentement de bougies ou sondes de plomb dans les maladies de l'urètre, même pour tenir ce canal en forme et empêcher son simple rétrécissement. Ou n'emploie que les bougies emplastiques et les sondes élastiques. Il n'est ariivé que trop souvent que des bougies entières qu'on avait négligé de fixer, se sont enfoncées dans la vessie. La chute de ces corps étrangers dans ce viscère est un malheur bien grand, et pour le malade, et pour le chiiurgicn qui lui a donné des soins. Le premier ne peut prévenir les accidents que produira tôt ou tard le corps élanger, qu'en se sôumett int à une opération grave et douloureuse. Le second sera accusé d'être l'auteur de tant de maux , et se disculpera difficilement de son imprévoyance. Quand ces bougies sont parvenues dans la vessie, elles s'y pelotonnent et ne peuvent rentrer dans l'urètre, ni, par conséquenl, être expulsées iavec les urines. Leur .sortie n'est plus qu'au pouvoir de la chirurgie.
IX. On conseilla à un jeune Anglais, à-é d'enviiiui vingt-cinq .-ins, de se servir d'une lioiigie pour coinhatlro une li'-HTC to'.ilracliun de l'arôtrc. Il l'intro-
duisit en allant se coucher; mais n'ayant pas pris la précaution nécessaire de l'attacher, il trouva , quand il s'éveilla le lendemain , qu'elle s'était glissée dans sa vessie. Il fit fréquemment usage de bains chauds et de boissons d'eau chaude ; il employa plusieurs autres moyens qui furent tous infructueux. Pendant plusieurs mois, il prit une grande quantité de savon, mais inutilement. Il n'éprouva pendant cinq ou six mois que peu de douleur ; il pouvait faire plusieurs milles à cheval dans un jour, et il passait même des journées entières à la chasse, sans ressentir d'incommodité.
Il commença bientôt après à se plaindre de douleurs qui augmentèrent beaucoup, et il s'adressa à M. White , célèbre chirurgien à Manchester, qui trouva, par le moyen de la sonde, qu'il y avait une pierre dans la vessie. M. White le tailla dans le dixième mois après l'introduction de la bougie , et fit l'extraclion d'une pierre ovalaire, de deux pouces de longueur dans le grand diamètre, et d'un pouce et demi dans le petit.
Cette pierre pesait deux onces et demie, était fort dure, d'un brun clair à l'extérieur : l'ayant sciée en deux, on vit sa substance blanchâtre, et la bougie qui lui avait servi comme de noyau pendant sa formation, et qui se trouva repliée sur elle-même et entortillée en un petit peloton. Ce jeune homme, qui jouissait d'une bonne santé jusqu'au moment de son accident, n'avait jamais eu aucun symptôme de gravelle jusqu'à ce que la bougie se fut glissée dans sa vessie, et il n'en a jamais eu non plus depuis l'opération [Ilist. de la Soc. de me'dec. de Paris, ann. 1780, p. 282).— Un homme, âgé de trente-cinq ans, négligeait d'assujettir les bougies qu'il s'introduisait dans l'urètre pour favoriser l'issue des urines devenue difliciie par le rétrécissement de ce canal. Une bougie s'enfonça dans la vessie, et causa beaucoup de douleurs, surtout lorsqu'il urinait. Un an après, étant reçu à Cicô- Ire pour subir le traitement anti-vénérien, il fut sondé. On reconnut la présence d'un corps étranger. Ce malade se soumit à l'opération de la taille; et j'ai vu extraire de sa vessie une pierre molle, en forme de marron, et qui avait pour biise une bougie repliée suivant sa lontjueur, et incrustée de matière^ calculeiise. L'extraction fut facile et l'opéralion prompte.
Le 2 octobre 1783, M. Louis a montré
à l'Acadcmic de chirurgie une bougie cmplastiquc qu'il avait extraite, la veille, de la vessie d'un jeune bomnie par l'opéruliou de la taille. 11 n'y avait que liuit jours que celte bougie s'était glissée de l'urèlre dans la cavité de ce viscère. Les douleurs vives qu'elle excita déterminèrent ce jeune homme à consulter M. Louis , qui ne vit d'autre ressource que rexlraclion par la taille au périnée. Quoique ce chirurgien ne pût reconnaître, ni par l'algalie, ni par le cathéter, la présence du corps étranger, le rapport du malade et les symptômes le portèrent à pratiquer l'opération. Après plusieurs tentatives infructueuses faites avec destenelles ordinaires pour parvenir à l'extraction de la bougie, il réussit enfin à la retirer au moyen d'une pince recourbée. Cette bougie était repliée trois fois sur elle-même ; elle avait dans cet étnt deux pouces de longueur, était aplatie et enduite de mucosités glaireuses. Ce jeune homme n'a pas eu d'accidents et a guéri en peu de temps. — M. Desault a éprouvé à peu près la même difUcultc pour extraire de la vessie d'un jeune homme de vingt-quatre ans, une bougie qui y séjournait depuis un mois. Ce jeune homme portait des bougies dans l'urètre pendant la nuit pour remédier à une perte involontaire de semence ; mais il avait l'imprudence de ne les point attacher. M. Desault cherchant à éviter dans ce cas l'opération de la taille, dé.sira tenter l'extraction de cette bougie par l'urètre, avec une pince à gaîne (1) qu'il fit construire à l'in-
(1) La pince à gaine do M. Des.iult est composée de deux pièces : I" d'une gaîne ou canule d'argent, de même longueur cl courbure que les algalies ordinaires , ouverte par ses deux bouts , terminée à l'une de ses extrémités comme îa canule d'un irois-quarts , et qui supporte à l'autre extrémité deux anneaux soudés sur les côtés de son ouverture, et destinés à la fixer avec les doigts; 2o d'un stylet de fer plus long que la canulô , dans laquelle il est reçu, assez gros pour en remplir le calibre, et assez flexible pour se prâtcr à la légère courbure de la canule. Ce stylet est aussi terminé par un anneau qui se monte à vis, et qui doit être assez large pour y introduire le pouce : par l'autre extrémité, il est divisé et comme fendu en deux branches élastiques, d'environ deux pouces de longueur, et dont le ressort tend toujours
VOIES UUINAIUES. 307
star de celle que M. Jean Hunier a inventée pour retirer les corps étrangers de l'urètre; mais l'extrême sensibilité du malade permit à peine de faire les
;\ les écarter l'une de l'autre. Chacune de ces branches présente vers sa fin une espèce de cuiller de leneltes concave, et conformée de manière que les deux branches étant rapprochées l'une de l'autre, il en résulte une sorte d'olive un peu plus grosse que la canule. Il est bon d'avoir deux pinces de cette espèce, dont l'une s'ouvre suivant la courbure de la canule , et l'autre sur ses côtés. Quand le, stylet est enfoncé dans la canule, la pince est fermée, et l'instrument ressemble parfaitement aux algalies à bouton décrites par J.-L. Petit. On introduit cet instrument ainsi fermé jusque dans la vessie. On cherche la bougie; mais il est bien difficile de la reconnaître (voyez l'observation de M. Louis, p. 307). Ramollie par la chaleur, la bougie n'offre rien dans son contact qui puisse la faire distinguer manifestement des tuniques de la vessie , lorsqu'elle n'est pas encore couverte d'incrustation calculeusc. Quand on croit la sentir, on lâche de placer la pince de manière que son bec se trouve en deçà de la bougie ; on relire ensuite la canule, tandis qu'on enfonce doucement le stylet. Par ce moyen, le corps étranger peut être embrassé par les branches de la pince , écartées par leur élasticité. Alors on soutient fermement le stylet, pendant que l'on enfonce la canule. L'impossibilité de la repousser sur le stylet aussi loin qu'auparavant, sans que le malade éprouve aucune douleur, annonce que l'on tient la bougie : mais, si dans l'instant où l'on fait glisser la canule sur le stylet, le malade ressent une vive douleur, c'est une preuve que la vessie est pincée. 11 faut alors letirer de nouveau la canule, afin d'ouvrir la pince, et faire ensuite de nouvelles recherclieà jusqu'à ce qu'on soit parvenu à saisir la bougie. Ces tentatives, faites avec précaution, né sont pas dangereuses. Enfin, quand on à chargé la bougie , on doit avoir grand soin, en rciiranl l'instrument , de toujours pousser la canule sur le stylet, afin de serrer de plus en plus la pince, et de ne pas laisser échapper la bougie. M. Desault n'a pas encore obtenu de succès do cet instrument sur l'homme vivant ; mais il n'a jamais manqué dans les expériences qu'il a répétées sur le cadavre, de retirer avec cet instrument, des bougies enfoncées à dessein dans la vessie.
vins légères Icnlativfs, cl lui fit préférer l'opériilioii de la liiillc. On voit, par ces di;iix fails , fine si l'on piiiti(|iie celle opér.ilion peu de temps après la chute de la bougie dans la vessie et avant qu'elle se soil iiieruslée, il est diflicile de la saisir avec les teneltes. M. Desault pense qu'on réussirait mieux alors à l'enlraîncr au dehors avec un crochet mousse et à deux branches. ■ — Des bougies emplasliques, formées de linfje trop lise ou pourri, se sont (luelqucfois rompu^'s dans l'urèlre, et leur portion interne esl passée dans la vessie. 11 est aussi arrivé, que le bec des sondes flexibles , que l'ou employait aulrtfoià, ( l qui étaient faites avec des fils d'urgent contoLi;-nés en s; imles, s'est détaché et esl ti)inbé dans la vessie. On est moins exposé à ces dangers depuis que l'on se !.ert des sondes de gomme élastique, (belles ci ne s'amollissent pas, comme les bougies , par l'humidité ni par la chaleur, et ne peuvent se replier sur elles-mêmes en divers sens pour entrer en lolalilc dans la vessie. Leur lissu est trop solide pour appréhender qu'elles ne se rompent; cl comme elles ont autant de force djns la partie oîi sont formés les yeux que dans les autres endroits, puisqu'il s'y liouve le même nombre de fis qu'ailleurs, on doit peu craindre que le bec ne s'en détache.
X. Un homme âgé de soixante ans , sujet à la dysurie, avait coutume de se sonder avec nue espèce de canule longue de quatre pouces et demi, et plus grosse à un bout qu'à l'autre. Celle canule étant si courte , il était obligé de l'introduire de tou'e sa longueur pour parvenir au sphincter de la vessie. Enfin il l'enfonça si avant qu'elle lui échappa , et qu'elle glissa dans la ve.ssie. On tenta en vain de Ja faire sortir, et l'on se décida au bout de quatre heures de cet accident à faire une incision au col de la vessie pour tirer ce corps étranger. Celte opération réussit, et le malade tut guéri au bout de trois semaines {Me'm. cleL'Ac. de Chir.
XI. Un soldat italien s'introduisit dans l'urètre un ferrel d'aiguillttte long d'environ deujc travers de pouce, et qui glissa dans la vessie. Au bout de huit mois , il vint à l'hôpital de la Charité de Pans ; oii on lui lira ce corps étranger par l'opération delà taille. Le ferrel était incrusté de matière iiierreuse (Tolei , Tr. delà lilh. p. 53). , ,