‹ Encyclopédie des sciences médicales, ou, Traité général, méthodique et complet des diverses branches de l'art de guérirChapitre 25 sur 29 · TB · texte numérisé non relu

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cet instrument, et le fait ôter, avec la précaïUioii d'introduire le doigt indiciiteiu- de la main gnuclie dans la vessie, pour la suspendre avec ce doigt courbé en liant en manière de crocliel.

Si l'incision de la vessie n'est pas assez grande , il l'augmente en bas au moyen d'un bistouri caché d^ns une gaîne, ou mieuv encore, avec un bistouri boutonné. Si cette incision ne montait pas assez baut, il l'agrandirait dans ce sens avec le bistouri boutonné introduit; de la mnin gauclie, après avoir pris la précaution de mettre, le doigt indicateur de la main droite dans la vessie , pour servir de crochet pendant cette partie de ropérntion , et il aurait soin de ne jamais abandonner la vessie, dont le chemin pourrait être difticile à retrouver.

Reste à ôter la pierre. Celte partie de l'opération, assez difticile en elle-même, deviendra plus aisée si , au doigt indicateur d'une des mains , on substitue une espèce de crochet placé à l'angle supérieur de la plaie de la vessie, lecpiel sera contenu par un aide, et procurera nonseulement l'avantage d'avoir les deux mains libres , mais encore celui d'occuper moins d'espace (|ae le doigt, et de soutenir avec sa tige i'elïort que les viscères du bas-ventre font pour pousser le péritoine en avant , et pour le faire bomher à la partie supérieure de la plaie des tégumenis.

La pierre ôtée, il faut panser le malade. Le point essentiel de cette partie de l'opération est de faire entrer dans la vessie par la plaie du périnée la canule droite, qui doit rester à demeure dms cette plaie. Si on éprouve quelque difiicullé à retrouver l'ouverture de l'urètre, il faut remettre le cathéter, introduire à sa faveur l'espèce de gorgeretsur lequel on a fait glisser la sonde à flèche, et porter la canule le long de sa gouttière jusque dans la vessie ; après quoi on ôte ce gorgeret ; on assujettit la canule ; on met dans la plaie supérieure de la vessie une bandelette de linge , dont un des bouts pend sur le ventre , pour servir de filtre ; ou couvre la plaie d'un léger plumasseau , et le malade est remis dans son lit. Chez les femmes, cette oi)ération se pratique de la même manière, excepté que la sonde à flèche est introduite par le méat urinaire , et qu'on y fait entrer la canule droite destinée à charrier les urines au dehors.

INon-seulemcnl la méthode que je viens de décrire peut être pratiquée sur pres-

que toulesles personnes qui ont la pierre, quelles que soient les dimensions delà vessie, et elle ne fait point souffrir d'extension forcée à ce viscère, mais elle est exempte du danger qui résulte des infiltrations dans le petit bassin. La canule placée dans la vessie à travers la plaie de l'urètre chez les hommes, et à travers le méat urinaire chez les femmes, détourne les urines et les matières puruleides, et les empêche de se porter vers la plaie de sa partie supérieure et antérieure, ce (|ue ne pourrait faire également une sonde ou algalie introduite par les voies urinaires, parce qu'elle n'a pas la même largeur, et que sa courbure éloigne son bec du bas-fond de ce viscère.

La méthode en question a d'ailleurs l'avantage inestimable de permettre l'extraction de pierres beaucoup plus grosses que celles qu'on pourrait tirer par toute autre voie, parce qu'on peut faire sans risque au corps de la vessie une incision dont la grandeur leur soit proportionnée, et que sa portion charnue prête plus aisément que son col et que la partie membraneuse de l'urètre; à quoi il faut ajouter que la sortie n'en est pas gênée par la résistance des parties osseuses , comme lorsqu'on les tire par l'écartement que les os pubis laissent entre eux. Enfin le haut appareil n'expose à presque aucun des inconvénients que nous avons dit survenir au grand appareil, et qui lui sont communs jusqu'à un certain point avec la plus grande partie des autres méthodes de tailler. Il n'est pas à craindre qu'il soit suivi de délabrement dans les bourses, d'irritation et d'inflammations intérieures, de fistules au périnée , d'incontinence et d'impuissance; de sorte que l'on peut assurer qu'avec la perfection que le frère Côme lui a procurée cette manière de fiire l'opération de la lithotomie est une des plus siires. On objectera peut-être que la multiplicité des instruments nécessaires pour ce procédé du frère Côme doit le rendre embarrassant et difficile. Mais, pour peu qu'on y soit exercé, celte opération s'exécute avec autant de promptitude et de facilité que les autres. D'ailleurs qu'importent le temps et la complication des moyens, pourvu qu'on arrive à son but , et que l'on soit utile au plus grand nombre des malades?

•4» V appareil latéral tire son nom de ce que l'incision que l'on fait au périnée pour ouvrir la vessie se fait obliquement depuis le raphé jusqu'à la tubéro-

DES MALADIES DES

sîté de l'ischion du côté gauche. Celle manière de tailler n'a couimencc à être connue qu'à la fin de l'avant dernier siècle. Au mois de septembre 1097, il vint à Paris une espèce de moine nommé frère Jacques de Beaulieu , porteur d'un grand nombre de certificats qui attestaient les guérisons qu'il avait opérées €n différents endroits, lequel disait avoir une façon particulière de tirer la pierre de la vessie , qu'il venait enseigner aux chirurgiens. Il s'adressa à Maréchal, alors chirurgien en chef de la Charité de Paris, pour obtenir la permission d'opérer quelques-uns des malades de cet hôpital ; mais celui-ci refusa de lui en confier, et se contenta de lui faire donner un cadavre, pour voir quelle était sa méthode. Elle ne parut pas avanlageuse. Frère Jacques, peu satisfait de l'accueil qu'il avait reçu, partit de Paris au mois d'octobre suivant pour se rendre à Fontainebleau, oîi était la cour. Il avait des lettres de recommandation pour Ducbêue, médecin des princes , qui parla de lui à Fagon et à Félix, premiers médecin et chirurgien. Ces messieurs lui procurèrent l'occasion de tailler un garçon cordonnier de Versailles, qui était à Fontainebleau. Le succès de celte opération fut très-heureux dans les commencements , quoique dans la suite le malade reslàt fisluleux et infirme. îNonseulemenl la piei re fui ôlée avec promptitude et lacilité , mais il ne survint aucun accident fâcheux ; et ce jeune homme fut vu dans les rues trois semaines ajirès avoir été opéré.

Frère Jacques ne faisait aucune préparation aux malades qu'il devait laitier. Il les couchait à la renverse sur le bord d'une table, avec un oreiller sous la lète, leur faisait écarter et fléchir les jambes et les cuisses , de manière que les talons s'approchassent des "fesses, et se contentait de les faire tenir par des personnes fortes, sans les lier. Ensuite, ayant introduit dans l;i vessie une sonde solide, exactement ronde, sans cannelure, et peu difterenle, pour la courbure, de celles qui étaient en usage, il faisait avec un bistouri long et étroit une incision oblique au périnée, le long de la partie interne de la tubérosité et de la branche de l'ischion, en coupant de bas en haut, et divisait ainsi tout ce qui se présentait sans retirer la sonde. Cela fait, il poussait le d )igt dans la plaie pour reconnaître la position de la pierre, et agrandissait l'ouverture intérieure avec un instrument assez semblable à un yralloir, et

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qui ne tranchait que d'un côté; sur cet instrument, qu'il nommait son conducteur, il poussait les teneltes dans la vessie, retirait ce conducteur, cherchait la pierre, ôtait la sonde de dedans l'urètre, et faisait ensuite l'extraction de la pierre. S'il y en avait plusieurs , il fallait les chercher l'une après l'autre; et, quand il les avait toutes tirées, il appliquait sur la plaie un linge trempé dans un mélange d'huile et de vin , sans faire d'autre pansement à ses malades, disant qu'il les avait opérés, et que Dieu les guérirait.

Le succès apparent de l'opération que frère Jacques avait faite à Fontainebleau avait favorablement disposé les esprits en sa faveur. On pensait à le l'aire opérer, le printemps suivant, les malades de l'Hôtel-Dieu et ceux de la Charité de Paris; mais le premier président ordonna qu'il fût fait préalablement des essais de sa méthode sur des cadavres , et que Méry, chirurgien en chef del'Hôtel-Dieu»

lui en rendit compte. Le premier rapport de ce chirurgien justement célèbre fut entièrement à l'avantage du frère Jacques. Il dit que le col et le corps de la vessie étant incisés dans son opération , au lieu qu'ils ne sont que dilates dans le grand appareil , qui était la manière ordinaire de tailler, la pierre devant sortir par la partie la plus laige de l'angle des os du pubis, il devait survenir beaucoup moins d'accidents ; que l'hémorrhagie n'était pas autant à craindre, parce que les parties blessées n'étaient pas arrosées d'une aussi grande quantité de vaisseaux sanguins que le bulbe et la partie spongieuse de l'urètre; que la tuméfactiou des bourses ne devait point avoir lieu aussi fréquemment, parce que l'endroit par ou l'on entre dans la vessie n'a pas les mêmes communications avec le scrotum que celui où le.c autres lithntoinistes font leur première incision ; enfin qu'il ne doit pas y arriver les mêmes contusions et déchirements aux parties intérieures. Il ajoute que les in.stmments du frère Jacques lui paraissent moins bons que ceux dont on a coutume de se servir, et que le défaut de cannelure de sa sondC' est surtout un obstacle à la sùrelé de l'opéraiion, parce que le bistouri peut et doit varier.

Quelques jours après , Méry reçut un second ordre du premier président, pour voir encore opérer le frère Jacques. Ce frère tailla le cadavre d'un jeune homme de quatorze ans, dont la vessie se trouva dans uu délabrement affreux, et celui

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