‹ Encyclopédie des sciences médicales, ou, Traité général, méthodique et complet des diverses branches de l'art de guérirChapitre 4 sur 29 · TÉ · texte numérisé non relu

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Les boissons seront le pctit-Iait clarifié, l'eau de veau ou de poulet émulsiotinée,' ou l'eau de chiendent et de graine dé lin avec le sirop d'orgeat . Les lavements emollients doivent êire souvent répétés; et .s'ils ne lâchent pas le ventre, on y ajoutera du miel violât, de la casse.

Quand les douleurs sont assez fortes pour empêcher le sommeil, il faut donner, le soir, une potion calmante avec le lait d'amande et le sirop diacodc.

Mais de tous les secours le plus efficace, après la saignée, c'est le bain ou le demi-bain d'eau tiède ou de décoction émolliente. J'en ai vu de bons effets sur une dame nouvellement accouchée, qui, à la suite d'une rétention d'urine pour laquelle je fus obligé de la sonder, ressentit des douleurs lancinantes dans la région des reins avec chaleur brûlante, et qui revenaient par accès surtout pendant la nuit. On av dt tenté sans succès les boissons adoucissantes, les calmants : il fallut la mettre dans un dcmiJjs+it pour lui procurer du soulagement. Les lochies, qui avaient cessé dès le ciurjuième jour, reiiarurent dans le bain; les iirinis élaient troubles, rougeâlreset déposaient beaucoup de mucus purifoi me. Elle resta matin et soir deux heures dans l'eau ; et le quatrième jour, qui était le douzième de sa couche, elle fut iiarfaitemenl libre de ses douleurs de reins. — Dans d'autres cas de néphrite, il est souvent utile de faire vomir avant de prescrire le bain. Les vomitifs sont nécessaires quand les premières voies sont remplies de saburre, quand la bouche est aiuère et la langue chargée. Après leur effet, on fera baigner. Il faut aussi avoir égard à la cause de la néphrite. Si elle dépend d'une humeur de goutte, on tâchera de la détourner des reins par les sinapismcs aux pieds ou aux parties qu'elle affecte ordiiiairemenl. Dans les cas d'humeur dartrcuse, psorique, on appliquera des exutoires aux jambes, aux cuisses. On doit éviter l'usage des canlharides, à cause de l'impression qu'elles portent par leur absorption sur les voies urinaires. — Quand les premiers syuiplômcs inllammaloiies n'augmentent point d'intensité, on doit espérer la résolution ; et l'on juge, par leur remission, qu'elle se fait : alors on

qucr que dans l'emploi do ce moyen, d'ailleurs si faible, l'eau pourrait remplacer le lait sans aucun désavantage?

o£s (Maladies des

donne les iiingralifs iloux , dont on conliiiiic l'usage suivant l'élal du malade, — l.'inllamma'lion des reins est quelquefois d'une nature (jangréneuse et lue les malades,quels quesoienl les secours qu'on leur donne. Je l'ai observé chtz un goulteux âj;é de soixante deux ans. Il est mort le neuvième jour de l'irruption de la goulle sur les reins. Il a eu de la fièvre, des douleurs aiguës aux lombes; ses urines ont été brûlantes, rougtàtres, eu pelile quan:ité, et se sont supprimées le cinquième jour de cet accès de goultc. .l'ai ouvert son cadavre: sa vessie était épaisse "et ne contenait point d'urine. Ses reins avaient beaucoup de volume, étaient rouges, livides avec des taches noirâtres, et se décliiraient aisément. Il n'y avait point de pierres.

Fabrice de liilden a vu les ffFcts de cette espèce d'infljmmalion sur les reins de son fils aîné, mort à Cologne en 1C96, âgé de sept ans. Cet enfant n'avait jnniais eu ni Rournie , ni pustule, ni furoncle; à cet âj^e il fut pris d'un mal de tôle pendant un jour ou deux: il s'ensuivit douleur aux lombes a\ec fièvre et sup- ])ression d'urine. Malgré tous les soins qu'on lui donna, l'urine ne coula point ; et il mourut le septième jour de la maladie. Glandorff, chirurgien très-habile et très-expérimenté, fit l'ouverture du corps de cet enfant; et nous avons trouvé, dit Hilden , les reins et les parties voisines affectés d'une grande et remar(iual>le inflammation dégénérée en gangrène.

De litholomiâ , cap. 25. — Une terminaison moins fâcheuse, mais souvent mortelle , de la né|dirite, c'est la suppuration du rein , d'où résulie l'abcès et l'ulcère de ce viscère. Cette suppuration s'annonce par la durée et l'accroissement des symptômes inllaiumaloires , piir de fré(|uenls accès de fièvre avec frisson , soif, toux, nausées, puis avec chaleur et sueur. On juge que le pus se forme , par les frissons fébriles plus rap|)rochés , par la rcmissioii de la douleur, des éiancenierils et de la clialeur des reins; les urines sont troubles, félidés, purulentes et quchjuel'ois sanguinolentes. Tels sont les caractères généraux de la suppuration des reins.

Mais il y a des cas où l'aff. clion des parties voisines des viscères, comme la raie, le foie, etc., cause des accidents qui se compliquent avec ceux de la maladie des reins, et empêchent de ronnaître celte suppuration. D'autres fois t'ilc est lente à s'établir, ou se forme sans

Cliofiai (,

Voies ctrinaires. ' G5

donner les signes de son existence, sans qu'il y ait, ni douleur aux lombes, ni vices des urines. Môrgagni rapporte des observations qui le prouvent. — Quels que soient les signes de la suppuration des reins , le pus qu'elle produit peut s'amasser dans leur substance, sous leur membrane jiropre, et y former un abcès. Mais ce cas est rare, parce que le pus détruit, fond, consume la substance rénale, et prend son cours p.ir l'uretère. Il ne survient ordinairement un abcès que lorsque l'inilammalion et la suppuration affectent en même temps une parlie de celle membrane et du tissu adipeux qui la recouvre. 11 s'établit au dehors du r. in dans ce même tissu une collection simplement purulente ou mêlée d'urine, si l'ulcéralion de la tunique rénale s'étend dans ce viscère. L'abcès simple, sans urine, qui vient du rein , et qui est extérieur, peut se confondre avec celui qui se forme dans le tissu adipeux sans aucune alïection primitive de ce viscère. La collection du pus ])roduit dans les deux Cas, entre les muscles et le péritoine, un abcès plus ou moins étendu dans la région lombaire, et qui peut s'élever en devant sur les côtés du ventre. 3Iais quelquefois la résistance et l'épaisseur des parois de l'abdomen l'enipêchent de se manifester au dehors ; le pus se porte vers la colonne vertébrale et le bassin ; il dissèque le tissu cellulaire du péritoine, et ne forme une tumeur facile à connaître que quand le malade reste couché sur le côté: d'autres fois l'embonpoint des sujets est si grand qu'on ne peut sentir la fluctuation du pus ; il faut les faire tenir sur le côté malade et comprimer les parois de l'abdomen eu ditlérents .sens pour rassembler le pus dans un foyer , idus étroit et distinguer l'ondulation du flot. Enfin, il est des cas où celte fluctuation, douteuse, très-obscure, ne [leut être reconnue ; et il en est d aulres où il n'y a même point de signes extérieurs qui indiquent le siège du jnis, si ce n'est quelquefois un empâtement, une œdématie des tégumenis.

Alors les symptômes de la suppuration et la douleur locale font juger de la présence de l'abcès et de son siège.

Ce sont CCS signes qui paraissent avoir guidé Cabrol pour ouvrir un abcès de celle nature à un jeune marchand de Pi'zénas. Ce malade avait une grande douleur au rein du côté gauche. « Il m'appela, dit Cabrol, pour en avoir advis, et m'ayaiit parlé et fait discours d(j

TRAITÉ

k;i iiKiliidie, je fii'^ (Vailvls (pi'il appcliast conseil ; Cl' ijni fui lait : mais à la coii- S'.illalioti l'iismcs quasi de conlrairc opinion, i( s uns fl la ])ltis])arl tenoycrit que c'osloit une pierre au rciii, d'aut.nil qu'il fai-oit parfois quelque peu de peut par les urines : et moi, au contraire, lenois que c'éloit un abcès, estant reuiémoralif de l'abcès du sieur Riquomme , situé au roignon, et rempli de malière purulente: dont estant ilu tout séparé, le malade me renvoya quérir , me pi lant ins'amment de l'ouvi ir : car il ainioil mieux mourir que de vivre si misérablement avec la grande douleur qu'il sentoit d'ordinaire : moi estant convaincu de prières, tant de lui que de tous ses parens et amis , me mis en devoir de faire faire un ponctuel de longueur d'un demi -pied ou environ, non fpie je fusse si téméraire de l'ouvrir seul, niais y appeliay lous ceux qui s'estoienl trouvés à la con uUal ion, et ayant appliiiné mon cautère dedans, il y en eust (le bien joyeux en la compagnie , et trouvai la cavité et le lieu de la maladie ; mais il n'en sortit rien : deux heures après . j'y fus pour changer le premier appareil, et la tenle étant sortie , fus contrainl de prendre un bassin de barbier, leriuel fut rempli de peux, plus que de la moitié; et continuai deux fois le jour, nn plat le malin et un autre le soir: cela dura l'espace d'un mois ou cinq semaines, mais avec les remèdes l'ulcère fut déierfjé, inc irJé et bien cicatri-é, et en esl bien !;uéri dont depuis s'est changé à M ii-S( illc pour pciursuivre sa trafti- (jue, » {Ob^en>. nnnt. 28.)

Quo qu'on iijnore les causes de cet abcè.s profouil, il paraît qu'il avait son si^ége dans le tissu adipeux du péritoine sans communiquer avec le rein ; car il n'est point resté de fistule, et la cure a été prompte; ce qui n'arrive point ordinairement quand il y a ulcéra:ion de ce viscère. Au reste, croyant à l'existence de l'abi-ès en cet endroit, Cabrol devait l'ouvrir. Mais dans le cas où la flucluation ne sérail pas bien sensible au doigt, il faudrait employer un procédé moins douloureux et aussi sûr, celui du cautère polentiel au lieu de cautère actuel, qui , appli(|ué sur la peau, cause les douleurs les plus vives sans être plus utile.— Telle a été la conduite de Fabrice de llilden pour ouvrir nn abcès que portait tine dame à la rég'on <!u rein droit, l.lle y ECtililde la douleur s:ins fiu'aueune ranse (■\l('r:eu-e y eut donné lieu; Ri's nr lies iurd:! Irouides, j'uis pu. ul. nies, elle eut

la fièvre, des nausée.?, et «c trouva soulagée par l'usage d'eaux minérales. Longtemps après les douleurs recommPncèrent avec force dans le même endroit ; il y eut de la fièvre, des nausées, des faiblesses . etc. On ne put calmer ces accidents, ni parvenir à la résolution de la matière qui formait l'abcès, ni en attirer la suppuration ou 1 1 collection à l'extérieur : alors, quoiqu'il n'y eût aucune marque (le l'abcès du côté de la peau, Hilden se détermina à y appliquer un caustique qui fit , sans douleur, une eschare ovalaire d'environ un pouce et demi de longueur. Le soir il excisa cette eschare jusqu'à la chair vive ; comme le caustique n'avait iiointagi assez profondément, il en remit un peu dans le fond de la plaie : le lendemain en incisant la nouvelle eschare, il pénétra dans le foyer de l'abcès d'où il soi lit beaucoup de pus blanc et de bonne qualité. "Tous les symptômes s'apaisèrent. HibJen reconnut que l'abcès communiquait dans le rein ; il en jugea par la diminution de la matière purulenteque déposailTuiineavant l'ouverture de la tumeur, et surtout par la quantité de sérosité qui s'écoulait avec le pus du foyer de l'abcès. Ceiiendant cet ulcère se cicatrisa dans l'espace de trois mois. Mais l'année suivante il se reforma un nouvel abcès au-dessus de l'endroit où était le dernier et près du muscle droit. Hilden l'ouvrit de la même manière; il en sortit une grande quantité de pus. Quelques mois après, l'ancienne cicatrice se rouvrit; et quoiqu'il restât deux ulcères fistuleux qui fournirenl beaucoup de pus, il survint un dépôt à la cuisse que Hdden fut encore obligé d'ouvrir. {Obscn>. dur. cent. 6. obs. 44, pag. 551)— On ne sait pas quelles ont été les suites de cette maladie qui avait, sans doute, pour cause première, des calculs fixés dans le rein. Mais il résulte de ces deux fails, qu'on peut connaître les abcès de la région des reins , sans qu'ils se manifestent par des signes sensibles, tels que ceux des abcès extérieurs ou voisins des téguments.

Le pronostic de ces abcès varie .suivant leurs causes et leurs complications; ils sont rarement simples. Quand ils viennent d'une autre cause que des pierres du rein, ou de (|uelques corps étrangers , comme verre, épingles, etc. , qui lierc(nt le colon et se porlenl dans le tissu adipeux du rein , onlinair ment ils sont mortels. On ne doil point espérer d' guérir ceux qui dépend ni d'une canc

SES MALADIES DES

des côtes, des vertèbres, d'une suppuration au foie, h. la rate , ni ceux qui paraissent à la suite de la castration, et qui tuent quelquefois le malade, dans le temps où l'on peut espérer sa guérison. Nous avons plusieurs exemples de ce dernier cas. J'ai vu un homme à qui on avait amputé le testicule gauche qui commençait à devenir carcinomateux.

Il n'éprouva aucun accident jusqu'au trente -deuxième jour de l'opération, qu'il eut un frisson considérable, et se plaignit, pour la première fois, de chaleur et d'élancements dans les reins. La plaie, dont la cicatrice s'achevait, devint pâle et sèche; la fièvre continua; le lendemain , le ventre fut tendu ; le malade eut des nausées, fut très-agilé pendant la nuit, et mourut le surlendemain. J'assistai à l'ouverture de son corps. Il avait un abcès dans le tissu adi|)eux du rein gauche, le pus était séreux et fétide, le tissu cellulaire des vaisseaux spermatiques était infiltré de la même matière; il parut aussi deux petits foyers de suppuration dans le b.issin du même côté.

Comme on avait compris tout le cordon spermatique dans l'anse de la lig"«lure pour arrêter l'hémorrhagie , au lieu de lier seulement l'artère spermatique (ij,

VOIES CaiNAlRES.' 67

on pensa que cette lîpature pouvait avoir donné lieu à cette suppuration, par l'irrilalion qu'elle avait causée dans le tissu cellulaire du bassin et des lombes de ce côté , et dont le malade avait danné des signes, au moment oii la ligature fut serrée, en se plaignant d'une douleur aiguë vers le rem gauche, laquelle a subsisté plusieurs heures. Toutes les autres parties du corps étaient saines.

C'est un précepte d'ouvrir , de bonne heure, les abcès du rein et du (issu adi-' peux qui l'entoure. 11 suffit de reconnaître la présence du pus; et l'expérience a appris que l'ouverture de ceux qui résultent d'une carie, hâte la mort. On peut ouvrir ces abcès avec le bistouri ou avec la pierre à cautère. Ce dernier moyen est préférable, si l'abcès n'est paa encore parfaitement formé, ou ne parait pas avoir une grande étendue ; mais on pénètre plus promptement et plus sûrement dans le foyer du pus, avec le bistouri. Quel que soit le procédé qu'on emploie, il faut avoir égard à l'épaisseur des parois de l'abdomen, comme le marquent les observations de Cubrol et de Hilden. L'ouverture doit être suffisamment grande pour permettre l'écoulement libre du pus; on y placera une

(1) Depuis environ dix-huit ans on ne pratique plus la ligalure du cordon des vaisseaux spcrmaliques dans ropûrallon de la caslraiion. On lie immédiatement l'artère spermatique après l'avoir saisie avec une pince, et l'on n'observe plus d'abcès consécutif dans la région du lein du côté opéré. Un cas où la ligature de ce cordon m'a paru nécessaire est celui où le testicule squirrheux, carcinomateux , est fixé à l'anneau inguinal. — Un boucher âgé de trente-deux ans , d'une consiitulion frêle et llegmatique, avait depuis sa naissance le testicule gauche fixé à l'aine. Il s'aperçut , vers l'âge do trente ans, que cet organe augmentait de volume; il y ressentait quelquefois des douleurs qui se dissipaient par le repos et en se tenant le ventre libre. En septembre 1780, à la suite d'une marclio forcée , ses douleurs se renouvelèrent avec force dans le testicule , Icqui;! prit plus d'accroissement et devint très-dur et très-sensible au toucher. Ce malade me fit appeler. Je le saignai , je lui prescrivis l'usage des cataplasmes ômollienls, des boissons adoucissantes , etc. l-"n peu de jours il se trouva mieux; mais la tumeur ne diminua point de volume; elle resta dure, réniiente du côté de l'anneau

qu'elle couvrait entièrement , sans qu'on pût distinguer le cordon des vaisseaux spermatiques , j'y sentis seulement, vers la partie moyenne et inférieure , l'ondulation d'un liquide et une sorte de mollesse ou une dureté moindre que dans sa partie supérieure. Alors je jugeai que la tumeur était un hydro-sarcocôle et qu'il ne fallait employer aucun topique irritant. Au commencement de décembre la tumeur, plus volumineuse, causait des tiraillements dans la région des reins et fatiguait beaucoup le malade.

Je le délermifiai, le 5 de ce mois , à se laisser faire la ponction de l'hydrocôle , pour diminuer le poids de la tumeur, pour mieux juger de sa circonscription et de sa nature. Je fis celte ponction avec une lancette, et il sortit environ un demi-seiier d'eau jaunâtre. Le soulagement qu'il en éprouva ne fut pas de longue durée- Quinze jours après, des élancements dans le testicule et dans l'aine me délerminèretit à lui conseiller l'extirpation de celle tumeur. On consulta différents mailr(îs de l'art : tous jugèrent qu'il était nécessaire de faire la castration • mais ils étaient retenus par la difficulté do lier le cordon spermatique, caché par la tumeur et situé plus ou moins profon-

TRAITÉ

bandelette, jusqu'à ce que les parties désunies, écartées par le pus, soient

démenl dans l'anneau inguinal , cl par les accidents qui pouvaient résulter do cette ligature , suffisamment serrée pour empêcher i'hémorriiagie de l'artère spermatique après l'excision du testicule.

On n'espérail point que je pusse lier immédiateraeiil celle artère, puisque le cordon n'était point sensible au lact et qu'étant coupé il pouvait se retirer dans l'abdomen, comme cela est arrivé quelquefois , lorsqu'il a été allongé par le sarcocèle et coupé prés de l'anneau. Je proposai de ne point retrancher la tumeur et de passer à sa base une ligature dont l'anse comprendrait le cordon et qui serait serrée graduellement à raison de la pulréfaciion qui se manifesterait au sarcocèle. Ce procédé fut agréé. Le malade ayant consenti h l'opération , je la pratiquai, le 28 décembre de la même année , en présence de MM. Sabaiier et Lassus. Après avoir incisé longiludina- Icment les téguments qui couvraient la tumeur jusqu'à près d'un pouce au-dessus de son extrémité supérieure , je les séparai de sa surface , qui élail couverte par le crémaster, dont les fibres étaient bien visibles ; puis je la détachai dans sa circonférence et autant qu'il fut possible à sa base, dont le côté interne était très-adhérent au dos de la verge. Celte dissection fut très - douloureuse. J'ouvris la tunique vaginale , qui contenait piès de irois onces de sérosité. La tumeur ne paraissant plus tenir qu'au cordon spernniique , je le liai avec un ruban de lil ci:é, auquel je fis un double nœud que je serrai par degrés jusqu'à ce que le malade se plaignit de douleurs. Je couvris la tumeur d'un linge fin , je pansai avec la charpie et un appareil cenvenable. Le malade , ressentant des douleurs dans l'aine avec battements vers la ligature, fut saigné. Le soir il eut un violent accès de fièvre ; une seconde saignée lui procura du calme. Le lendemain l'appareil parut très-liumecté de sérosité sanguinolente; nouvel accès do fièvre, moins d'élancemenis dans l aine, beaucoup de douleurs à la verge, diflicullé d'uriner. Une potion opiacée lui fit passer une nuit douce. Les troisième et quatrième jouis, point d'accidents; le cinquième la charpie se délacha complètement ; en soulevant un i-eu la lumeur, qui Liait froide , llasquc dans sa circonférence , il s'écoula du sang qui venait du côté de la ligature et qui s'arrêta en peu de temps ; le sixième, douleurs aiguës dans la région du rein du même

consolidées, et qu'il ne reste plus aucun foyer de suppuration. l\ous parlerons

côté , qui s'étendaient dans les parties voisines , redoublement de fièvre avec délire, saignée et potion calmante. Le sept , suppuration séreuse et sanguinolente ; le soir je relranchai toute la portion morte de la tumeur, dont le cenire était chaud , rouge et douloureux. Je mis une seconde ligature qui intercepta le cours du sang ; dardemenis violenls pendant la nuit vers l'aine et la ligature, augmentation de fièvre. Le liuil, suppuration d'une meilleure qualité et trèsabondanle , point d'accidents. Le neuf la lumeur élait fiétrie, livide; en retranchant la partie morle , il y eut un (lux de sang qui s'arrêta par une nouvelle ligature ; nuit bonne. Les deux jours suivants, point d'accidents. Le douze, après la chute de quelques portions mortes de la tumeur , il resta un pédicule rouge vivant ; les ligatures étaient lâches; j'en mis une autre qui fut plus serrée ; nuit mauvaise, dardemenis dans l'aine, douleurs dans le bassin et vers l'os sacrum. Le lendemain, état favorable du maladç.

Le quatorze, nuls accidenls. Le quinze, nouvelle asiriction de la ligature , parce que le pédicule conservait encore de la la vie. Le seize el le dix-sept , suppuralion louable qui a continué sans accidenls. Le vingt-et-un, cluiie du pédicule, commencement de cicatrisation qui s'est terminée le quarante-deuxième jour. Le malade convalescent ayant ressenti des douleurs en travers dans la région des reins, je lui mis un large vésicatoire à la jambe ; il n'a plus éprouvé d'accidents. Sa femme est devenue grosse sis mois après, et est accouchée d'un garçon qui jouit encore , ainsi que Irois autres Irôres, d'une bonne sauté, illais ce boucher n'a pas été long-temps en bon état. Deux ans après rcjpôraiion il a ressenti des douleurs profondes et lancinantes dans la région des reins ; il a eu une fièvre lente ; il est tombé dans le marasme le plus triste. On sentait , en lui palpant l'abdomen , une tumeur de la grosseur du poing, dure et dirigée transversalement sur les vertèbres lombaires.

Il est mort peu de mois après , représentant un squelette couvert de la peau. On ne m'a point permis l'ouveriure de son corps. — J'ai donné les détails do lous les ovénemeiits survenus pendant la euratiou de cette maladie pour qu'on pût apprécier les avantages et les '"convénients du procédé opératoire que j'ai suivi. Si le même cas se représentait , je détacherais toutes les adhéteiiccs de la

])£S MALADIES DES

encore des abcès cxiérieurs du rein, en Imitant de la iiéplirilc calciileuse.

Le pus qui se forme dans la substance du rein, peut l'ulcérer, la détruire sans en percer l'écorce ou la membrane extérieure. S'il n'y a point d'obstacle au passage du pus dans les voies urinaires, il s'écoulera avec l'urine, et fjira juger de l'ulcération du rein. Les ulcères de ce viscère sont, en général, dilîiciles à discerner. Cependant on les connaît par les symptômes qui ont jirécodé , par la frcvre, la chaleur et la douleur locale, dont la force ou l'intensité varie en différents temps, qui reviennent comme par accès, et qui cessent ensuite pemJant plusieurs jours, et par la nalnre du pus que les urines déposent, qui est grisâtre, séreux, sans consistance , tclide , quelquefois sanguinolent ; d'autres fois blanchâtre ,

base du sarcocèle jusqu'à l'anneau inguinal , alin de lier ininiédiaiement le cordon spernialique. Aprùs avoir serrô niodérénienl le lien et sul'flsaniineni pour fixer ce cordon ou empêcher , dans le cas où il serait Jibro , sans adhérence autour de l'anneau , qu'il ne se retirât dans le ventre , je ferais l'excision de la tumeur en deçà de la ligature , près du cordon ; je lierais l'artiM-c spermatique, saisie au moyen d'une pince à dissection, et je laisserais la ligature qui comprendrait le cordon jusqu'à ce qu'il n'y eût plus lieu de craindre l'iiômorrlingie par celte artère. Malgré ces précautions , si une hémorrhagie forte survenait par le relâchement ou la chute des ligatures et si le cordon était retiré dans l'abdomen, je fendrais l'anneau et même une partie des muscles abdominaux , pour lâcher de saisir ce cordon et le lier. J'ai appris que, dans un cas de castration ou d'extirpation d'un testicule sarcocelé , situé dans le scrotum , dont le cordon n'avait point été lié et où l'on avait seulement employé la compression sur son trajet pour obvier à l'hémorriiagie , ce cordon s'était retiré dans r;<nueau , et il était survenu une perte si considérable de sang que le malade était dans le plus grand degré de faiblesse et qu'on désespérait de sa vie. Cependant la nature , au moyen d'un caillot formé à l'extrémité de l'artère spermatique et à l'aide d'une compression méiliodiquc , du repos absolu et de moyens généraux , avait rajjpelé à la vie le mor'ibond. Cc't exemple peut soutenir les espérances de la conservation des forces vitales dans un cas aussi fâcheux d'iiémorrhasie.

visqueux, épais, avec des concrélions lymphatiques, ou, comme dit Paré, avec de petites pellicules, portions de chair et filaments rougeâtres.

Ces ulcères sont souvent causés par des calculs. Ils se guérissent rarement, rendentla vie languissante, occasionnent l'amaigrissement, la fièvre lente. On les traite suivant les symptômes qui se manifestent : quand il y a douleur aiguë, ardeur d'urine, soif, pouls petit cl serré, on emploie les remèdes généraux, la saignée, les boissonsadoucissantcs, les calmants et les bains , suivant les forces du malade; quand il n'y a point de fièvre , on prescrit le lait d'ânesse ou de chèvre, l'eau de chiendent et d'orge miellée , les balsamiques. Après la mort , on trouve la substance du rein détruite , un amas de pus et d'urine contenus dans la membrane propre de ce viscère , qui forme une espèce de bourse. — La suppuration qui se fait dans plusieurs foyers peut détruire l'enveloppe membraneuse du rein, ulcérer le péritoine, s'ouvrir une issue dans la capacité du ventre , et affecter les viscères voisins d'une inflammaùon gangrénense. Ce cas rare est promplement mortel. Il est moins rare que le pus perce du côté des lombes, se fraie une roule dans le tissu adipeux , et produise, par son amas entre les muscles et le péritoine, un abcès semblable à celui qui est né dans les membranes du rein, et dont nous avons parlé, lùifin, le pus peut ê;re retenu avec l'urine dans le rein, en détruire la substance, en dilater considérablement les membranes extérieures, et former une tumeur qui soulèvera les parties abdominales. Pisou a vu ce cas chez une femme. Elle avait un des reins si tuméfié par l'amas d'une matière purulente , que, sans avoir changé de forme, il égalait le volume du ventre ; il contenait quatorze livres de pus ; toute sa substance était détruite. L'iniicalion est d'ouvrir celte espèce de tumeur, et de donner issue-à la mitière qu'elle renferme. iMais l'expérience n'a pas encore confirmé le succès de cette opération.

Le-i sujelsqui l'ont subie pour la rélention de l'urine par des pierres arrêtées dans l'uretère, sont morls peu de jours après avoir élé opérés.

Du cancer des re n\\ — H y a peu d'exemples du cancer des reins. L'observation donnée par Sei;erus, à l'Académie des curieux de la nature, est la plus instructive {An. 1073. obs. 227.) — La veuve d'un chirurgien de la ville de

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Thorn, âgëe de soixanle-ncuf ans , mais sa maladie encore fraîche et vijjouieuse pour son

âge , prit des pilules purgatives pour se soulager d'une grande douleur de tête : elles lui procurèrent jusqu'à trente évacuations. Celle purgation violente et excessive fut suivie d'une forte douleur au rein droit, laquelle ne la quitta plus. Ne recevant aucun soulagement de différents remèdes qu'on lui donna, et le mal augmentant, cette veuve fil appeler Segerus ; c'était un mois après avoir pris les pilules. Elle l'instruisit de tout ce qui avait rapport à sa situation. Après avoir examiné les symptômes de cette maladie, et particulièrement l'urine qui était teinte de sang et mêlée de beaucoup de pus, il jugea qu'il y avait ulcère au rein droit. Il lui prescrivit différents remèdes qui ne lui procurèrent cependant presque aucun soulagement : il n'y avait que le bain d'eau tiède qui calmait ses douleurs ; non • seulement tandis qu'elle le prenait , mais après en être sortie , il lui procurait quelques heures d'un sommeil tranquille, ce qui engîigcait la malade à faire un usage fréquent de ce remède. Segerus apercevait souvent dans l'urine de petites pelotes ensanglantées, qu'il prenait pour des grumeaux de sang; mais six jours après il vit, au fond du vaisseau où l'on avait mis l'urine de la nuit , un corps également ensanglanté , mais rond et long de six travers de doigt , avec des apparences de nodosités ou articulations , lequel ayant été tiré du vaisseau , ressemblait à un ver. La malade avait souffert des douleurs inexprimables pendant la nuit. Elle prit encore différents remèdes , et il n'y eut que le bain qui continua de lui procurer quelque tranquillité; mais la violence des douleurs revenait vers le soir, et allait toujours en augmentant pendant la nuit , de sorte qu'elle dormait seulement un peu le jour. Elle rendit encore avec son urine ])lusieurs corps ensanglantés. Segerus les fit macérer quelque temps dans l'eau chaude, où ils perdirent leur couleur rouge. Le sang dont ils étaient couverts ayant été délayé, ils parurent être des portions ou caroncules de la substance des reins, sans aucune cavité. La malade continua à rendre de ces caroncules pendant plusieurs jours; dans la suite il n'en parut plus, mais l'écoulement de pus et de sang avec l'urine subsista. Enfin , ne pouvant être soulagée par aucun remède , elle mourut le troisicme mois de la première attaque de

L'ouverture de son corps fut faite par Grunack , chirurgien , eu présence de Segerus et de Schuitzius.

On trouva le rein droit quatre fois plus gros dans toutes ses dimensions que dans l'état naturel, sans y comprendre la tunique adipeuse qui contenait une grande quantité de graisse : il pesait dix - sept onces; il était rouge au dehors, entièrement chancreux en dedans, rempli de pus de très- mauvaise odeur, et parsemé en quelques endroits de gravier, mais en petite quantité. Le rein gauche était de grandeur naturelle, plus mince et plus mollasse. Il contenait une pierre du poids de cinq gros, branchue, polie, et que sa forme et sa couleur auraient pu faire prendre pour une espèce de corail rouge. Cette pierre étiit logée tout entière dans le rein, sans toucher aux bassinets; elle en avait étendu et aminci la substance à proportion qu'elle avait grossi. Segerus l'ut surpris de trouver une semblable pierre dans ce rein, la malade lui ayant toujours assuré qu'elle ne sentait aucune douleur au rein gauche , ou qu'elle était si légère qu'elle ne méritait aucune attention.

Il faut rapporter à l'affection du reia droit tous les accidents qui sont survenus. L'ouverture du cadavre a montré que cette affection était d'une nature cancéreuse , puisqu'on a trouvé ce rein très-gros et entièrement chancreux en dedans. Telle est la seule preuve qu'on puisse en donner. Car il n'est guère possible de reconnaître celte sorte de maladie pendant la vie. Quels en seraient les signes? On sait que les douleurs les plus vives, et qui reviennent par accès, se font sentir dans d'autres maladies des reins , dans la néphrite, dans la suppuration de ces viscères , sans qu'il y ait ulcère chancreux. Il n'y aurait que la sortie des caroncules ensanglantées et d'urines purulentes , qui , avec les douleurs constantes dans les reins, pourrait en établir le diagnostic. Mais ce signe est encore équivoque. Les corps ensanglantés que celte femme a rendus par l'urètre, et qui venaient du rein droit, étaieiil-ils réellement des portions de sa substance, de son parenchyme? Ou peut en douter. Ne voit-on pas les caillots de sang, les poly|)es sanguins, ressembler à ces sortes de caroncules (1).

(I) J'ai vu avec MH. le.": docteurs Mercier et Bompari un honiniQ chez le-

DES MALADIES DBâ

J'ai trouvé de semblables caillots dans la vessie d'un homme qui , après avoir pissé du sang , mourut d'affections néphrétiques par des pierres anguleuses.

Ces caillots, qui venaient probablement des reins ulcérés, étaient rougeàtres, comme filamenteux , avaient la consistance de la chair de ces viscères et en imitaient la nature. Mais des observateurs alleslent que des caroncules sorties avec les urines et qui dépendaient des reins, n'étaient pas des concrétions sanguines. Bonnet rapporte qu'après la mort d'un vieillard qui , en urinant , avait rendu des morceaux de chair rouges , épais, et qu'on assurait être des portions de la substance du rein droit, l'ouverture du cadavre confirma la vérité de cette assertion. On trouva la membrane de ce rein blanche et saine ; mais c'était une bourse vide de toute substance charnue:

la vessie était remplie de sang et de caroncules qui avaient causé la suppression d'urine et la mort {Sepulchr, lib. 3 ,

quel il existait un cancer du rein bien mieux caractérisé que celui dont il s'agit ici. Cet homme, auquel j'avais donné des soins plusieurs années auparavant pour des rétrécissements de l'urètre compliquée de fistules et de fausses routes, et dont l'histoire, curieuse à bien des égards , est rapportée dans mon Traité des rétentions d'urine, jouissait d'une s;inté parfaite à tous égards , quand , en 1832 , le choléra vint l'atlein" dre et lui faire courir les plus grandes chances de mort. Le symplôme dominant était la suppression d'urine , qui dura quatre jours. A partir de cette époque , cet homme , âgé de moins de cinquante ans, resta maladif: ses urines étaient tantôt rares et rapprochées , tan» tôt belles et abondantes , parfois légèrement sanguinolentes ; enfin elles se montrèrent un jour, sans cause appréciable , Irès-chargèes de sang ; et , malgré tous les secours de l'art prodigués par les deux médecins que j'ai nommés , elles devinrent de plus en plus mauvaises, de plus en plus chargées de sang. C'est alors que je fus appelé. Je constatai avej mes deux confrères , par l'examen de l'urètre et de la vessie , que le sang venait de plus haut , et je conclus .'i un pronostic fimeste. Trois join's après il s'était malheureusement jusiitiô ; le malade avait succombé. A l'aulopsie , je trouvai le rein droit converti en une poche à parois cancéreuses , molles et saignantes. S.

VOIES UlVINAUtES. ' i-

sect. 24, p. 0 )2). Que l'oii parvienne ou non à connaître l'affection chancreuse du rein, le pronostic et le Irailement seront les mêmes lians l'un et l'anlre cas. C'est un mal incurable dont il faut combattre la violence des symptômes par les remèdes généraux et les calmants.

Des i'crs des reins. — On nomme vers uriuaires ceux qui se trouvent dans les voies de l'urine ou qui en sorlent. Les chiens y sont plus sujets que les autres animaux , et il est très - commun d'en voir dans leur rein. Quelquefois il y en a deux d'égale longueur dans le même rein. Morgagni {De sed. Ep. 40, arl. 7) rapporte que Valsalva a vu dans le rein droit d'un chien un ver Ions de trois coudées et de l'épaisseur d'une grosse plume à écrire. Drelincourl en a trouvé de deux pieds de longueur. Quelque. uns les ont vus vivants et rougeàlres , d'autres les o'it trouvés morts et blanchâtres. Ces vers avaient détruit la substance du rein, de sorte qu'il n'y restait que la membrane qui la recouvre. Blegni dit que Boirel, chirurgien d'Arjjenlan , faisant quehjues démonstrations anato— miques sur un cliien , ne trouva en la place du rein droit qu'une bourse membraneuse où aboutissait l'uretère, et dans laquelle il vil un ver une fois aussi long que le rein [Nouvelles découvertes., an. 1679, p. 228). Qiiel(|ues-uns de ces chien s n'ont donné aucun signe d'incommodité pendant leur vie, et d'autres ont exprimé par leurs cris , par le frottement continuel de leur dus à la région des reins , qu'ils y ressentaient beaucoup de douleur.

Il se forme également des vers dans les reins de l'homme; mais cette affection vermineuse est extrêmement rare.

Rapportons quelques exemples de vers aperç'is dans les reins humain?. Blasius a trouvé, dans un rein d'un vieillard très-maigre, deux vers de la lonprueur d'une coudée, d'une couleur rougeàlre, gonflés (l'humeur a((ueuse, et qui paraissaient formés de beaucoup d'anneaux joints ensemble [Observai. medicie,[>ag.

80 et 125, lab. 8 , fig. 6 et 7j. Zacutus Lusitanns rapporte qu'un jeune homme robuste qui, depuis son enfance , s'était plaint de douleurs de reins, en sentit par la suite de plus vives, comme si un couteau ou un bâton aigu était enfoncé dans ces viscères. Quelques renièdes qu'on lui douniit, il fut pcndnnt deu\ ans dans l'état le plus fâcheux : son corps maigrit, il eut une fièvre coulinuelie, une 'soif

' " TRAITE

ardente, une clialciir brftlante dnns les reins, le venlre souvent constipé, et nnc insomnie habituelle : enfin le déf;oîil de tout aliment et le marasme précédèrent sa mort. On fit l'ouvertuie de son corps, et l'on trouva dans les reins de gros vers blancs, vivants et de la longueur de la moitié du doigt index {Praxis hislorin, lib. 2 , cap. 10 , p. 376). On lit dans le Journal de médecine de Paris ft. lxv, p. 37 5) que M. La Peyre , médecin de l'Hôtel-Uieu de la ville d'Audi, a trouvé trois vers vivanis, de trois ponces et demi de longueur, dans la substance du rein droit d'une fille de quarante ans , morte des suites d'une carie à la première vertèbre des lombes. Le bassiuet de ce rein contenait une pierre grosse comme une fève de marais, raboteuse, qui av,.it xm prolongement en forme de piéde t il à l'entrée de l'uretère. M. La Peyre découvrit aussi trois autres vers longs de six à sejtt pouces , fixés dans la substance des muscles ps as. Celte fille avait rendu des vers par l'anus, peu de temps avant sa mort. Il n'est pas fait mention si l'on en trouva dans les intestins. Mais ces vers se sont ils formés dans le rein ? Wés dans les trajets fistuleux de la carie, n'ont-ils pas traversé ce viscère où ils ont pris de l'accroissement? Suspendons encore notre opinion. — Beaucoup d'observateurs font aussi mention de vers que des malades ont rendus avec l'urine, après avoir éprouvé des douleurs dans la région des reins, et avoir eu des difficultés d'uriner. Dans les Nouvelles découvertes en médecine, par Blegny (juillet 1679, p. 317) on lit une lettre de Boirel, qui marque qu'un garçon de six à sept ans a rendu jiar la verge un ver velu , long de sept à huit travers de doigt, et gros à proportion. Cet enfant avait souffert de temps en temps, pendant près d'une année, de grandes douleurs à la région des reins, et particulièrement dans le dernier mois, où elles devinrent assez conlinueiles et assez violentes jio'ir lui causer quelques mouvemen's convulsifs qui lui durèrent jusqu'à ce qu'il eût rendu ce ver et quelque peu de .sang caillé qui sortit peu après.

Une femme âgée de cinquante ans, tourmentée de doulenri aux lombes , suivant le rapport de Tulpius, rendit par l'urètre, tous les jours, à lafm d'une maladie , cinq ou six petits vers blancs, i» peu près semblables à ceux que l'on voit sur du fromage eu putréfaction ; il y en eqt deux d'envirop la longueur de la

première phalange d'un doigt , et il en est représeuté un dans In table septième (lig. 3, Obseti,. med. lib. 2, cap. 61 , p. 18.5). — Tulpius cite aussi le cas d'un habile médecin d'Amsterdam qui , dans rtspace de huit jours , rendit par l'urètre dix - neuf vers semblables à des ascarides , et de la forme d'un cloporte (I), comme celui dont Paré a donné le dessin, et que Duret avait rendu par la verije, après une longue maladie. ( Libr. 20, cap. 3, p. 2'i7.)

Yallisneri dit, d'après AIghisi, qu'un homme attaqué de néphrite, et qui ressentait habitui llcmenl des picotements dans les lombes, rendit avec l'urine (plaire petits vers de la forme et de la grandeur de grains de froment. Blanchi en a vu de semblables et en a donné la figure il la table 3" , fig. 1 G . dans son traité De generatione morbjsâ. 11 en a représenté d'autres de grandeurs et de formes dift'érenles, qu'un vieillard a rendus par l'urètre. Ces vers ressemblent à de gr.mds ascarides; ils sont longs, à tête noire, avec deux cornes et six pieds vers leur tète , et se terminent par une queue trèsaiguë. — Fernel a vu des vers très-petits, formés dans les reins et sortis avec l'urine [Pathol. Ub. C, cap. 10). Hollier eu cite plusieurs exemples [D<' morb.

in/, lib. 1 , cap. 50 et 5'i). Vidius dit qu'un néphrétique de Lyon, après avoir souH'ert long-temps, rendit avec l'urine un petit ver dont la tête était aiguë cl à cornes, le ventre et le dos larges, que D.ilecliamps lui montra Hessérhé, comme un phénomène q'ii tenait du prodige

(t) Un médecin irûs dlsiingué de Paris m'a appelé un jour en consullalion au sujet d'un prétendu ver rendu par les voies urinaires. Le malade , membre de la première cour du royaume et l'un do nos majjistrals les plus" graves , assurait l'avoir vu tomber avec l'urine dans le vase de nuit et ne doutait point qu'il ne lût son! de l'urOflre lout en vie.

Or le ver n'était aulrc (|u'un cloporle , insecle qui périt dès qu'il est plongé dans l'urine. Notez que le couseiHer dont il s'agit est jeune encore, qu'il a une fort bonne vue et que , alieint depuis long- temps d'une tiévre ipii semblait ciro liée à un trouble de la sécrciion des urines, il apportait une aiieniiou extrême à leur excrétion. Il jouit maintenant d'une excelleuie sauté; mais sou illusion , il ne se l'explique pas encore.

SES MALADIES BES

{ De curai, movb. Ub.\0,cap.\\.) Scbenkius rapporte que dans le rem gHtiche de l'arcliitiuc Ernest, mort à Bruxelles en 1605, il y avait un ulcère cliancreux et uu calcul, et l'on y trouva un ver vivan t et oblong. {Obs. med. de reii. vermib. png.

Il serait superflu de rappeler ici d autres autorités qui confirment l'existence des vers urinaires. Les douleurs que les malades ont ressenties aux lombes avant la soriie de ces vers induisent h croire qu'ils venaient des reins, qu'ils s'y étaient formés et nourris , et qu'ils avaient passé dans la vessie par les uretères. — JN'ous ne parlerons point de l'origine, des causes et de la formation de ces vers. Leur diagnoslic est dilHeile à étublir Ce n'est qu'après leur sortie par l'urètre qu'on peut juger qu'ils sont la cause des accidents; et, avant de rechercher si ces vers viennent des reins ou seulement de la vessie, ou du reclum ukéré , et dont la fistule conununi(|ue dans ce réservoir ou dans l'urètre , il faut s'assurer que le corps élrangersorti de ce canal est un ver. Il y a des concrétions lymphatiques expulsées avec l'urine , et dont la forme , la grandeur, la couleur, peuvent en imposer. Jacques Spon a donné l'observation suivante, qui prouve que l'erreur est facile lorsqu'on n'examine point avec attention les corps étrangers que l'on l'end avec l'urine.

Un marchand de Lyon fut attaqué de douleurs néphrétiques au rein g.iuche.

Ces douleurs, qui ne lui donnaient point de relâche, furent accompagnées de nausées, de l'ouiissemeiits et de lièvre. L'écoulement de l'urine n'élait pas tout-àfait sup|)riiné, mais il était moins abondant qu'a l'orilinaire. On prit ci tte maladie pour une néphrite , d'autant plus que cet homnie en avait eu une, environ deux ans auparavant , occasionnée |iar de petits calculs qu'nl rendit alors. Pour calmer les douleurs et |)révenir l'inflammation , on le saigna trois fois au bras ; il prit des lavemenis, des potions d'huile d'amandes douces, de sirop de capillaire et d'eau de pariétaire; on lui fit des fomentations. Mais tout cela n'eut pas beaucoup d'eiïel. Rien n'adoucissait plus ses douleurs que des ablutions d'eau Iroide sortant du piiits. Le neuvième jour de la maladie, cet homme, après une douleur aiguë, mais co-.irle , rendit une grande quantité d'urine s.mguinolenle , au fond de laquelle on trouva uu corps long d'environ uu pied ijue nous prîmes-

VOIES LRINAIRES. f >>

d'abord pour un ver. Mais l'ayant examiné plus attentivement, nous reconnûmes qu'il était semblable aux polypes du cœur. Sa partie la plus épaisse avait à peu près le travers du petit doigt de longueur et de grosseur. Les urines furent abondantes et assez naturelles après l'expulsion de ce polype. Le malade rendit le lendemain un calcul gros comme an pois, sans douleur, et guérit parlaitemtnl (I). i^'lcl. Lepsick, mai 1&8S.)

Les vers des reins peuvent causer des accidents fâcheux et la mort. S'ils ne glissent point dans la vessie, ils ulcèrent la sub^tance du rein et la détruisent ; ils occasionnent des douleurs aiguës , rendent les urines troubles, sanguinolentes, excitent des mouvements couvulsits et d'autres accidents vermineux , comme ramaigrissemcnt, la soif ardente, le dévoit ment, etc. Mais en ulcérant le rein, ils peuvent en percer la membrane externe et se porter dans le tissu adipeux où ils causeraient l'inflammation et un abcès. — On pourrait citer comme exemple de ce cas le fait suivant rapporté par M. Moublet, chirurgien major de l'hôpital de Tarascon 11 avait taillé avec succès un enfant âgé de cinq ans, et lui avait extrait une gro.sse pierre. Quatre années après, il fut encore appelé pour ce môme enfant qui n'avait point uriné depuis vingt-quatre heures, qui avait le hoquet, des vomissements, beaucoup de fièvre, et qui se plaignait d'une douleur vive avec élancements à la région lombaire du côté droit. 11 le sonda , et l'urine qui s'écoula fut trouble , eu petite quantité, et déposa un sédiment épais. Il pre.scrivit des fomentations éuiollientes sur le ventre , des lavements , des boissons adoucissantes, et le saigna deux fois dans l'espace de six heures. Le lendemain les accidents parurent plus vifs. Le malade était inquiet , brûlant, altéré ; il avait le pouls concentré, des coliques très fortes; il rendit des urines rouges, briqiielées

(1) J'ai présenté il y a quinze ans à la Société pliilomalique un polype ou plutôt un caillot semblable qui m'avait été présenté à nioi-nicme comme un ver sorti de l'urôlre. Il avait été rendu par un liomnic d'une cinquante d'années à la suiîc de plusieurs autres concrétions de forme vermiculnirc. C'est parce que l'aU'eciion verinineuse, disait le malade, avait résisté aux moyens mis en usage qu'il venait me consulter. S.

XRAITC

et en petite quantité. La région lombaire élail tendue et lu peau rouge. On rcilc'ra la saignée el les mûmes reincJes, excepté qu'on appliqua sur les lombes un calaplasmc anodin. Vers le dixième jour, iVl. Moublel sentit un amas du pus à la région lombaire ; la fluctuation était lenle et profonde. L'enfant avait moins de fièvre, il urinait sans peine, le ventre s'était amolli ; on appliijua un cataplasme matuiatif sur la tumeur lombaire qui était moins étendue. Le lendemain la fluctu.ition de l'abcès paraissant plus sensible , M. Moublel se détermina à l'ouvrir; il y fit une incision profonde d'environ deux travers de doigt, sans qu'il en sortit du pus. Mais portant le doigt dans le Tond de la plaie et sentimt l'ondulation d'un liquide, il y enfonça le bistouri; alors il sortit un jet de pus mêlé de sang; il agrandit celle ouverture du côté des vertèbres , ce qui procura une grande évacuation purulente. Le malade pansé se trouva soulagé. La suppuration fut très abondante pendant douze jours , ensuite elle diminua. Mais la plaie, au lieu d'être vive, restait livide, pâle. Deux mois après il n'en suintait plus qu'une humeur fétide, tantôt jaunâtre , tantôt verdâtre ; les cliairs étaient molles, fongueuses, comme dans un ulcère sanieux.

Cependant, a|)rès l'usage d'injections détersives, cet ulcère se cic^itrisa. M. Moublet vit l'enfant quelques mois après; il remarqua que la cicatrice était molle , gonflée, et que les parties voisines étaient tendues et douloureuses. Cet enfant n'avait point uriné depuis la veille ; il se plaignait de tiraillements et de déchirements dans le ventre et surtout aux lombes ; il avait des mouvements convulsifs; ses extrémités étaient froides. M. Moublet incisa la cicatrice ; il s'écoula du pus, et les accidents cessèrent. Cet ulcère se referma, et les douleurs recommencèrent. On fut obligé de le rouvrir; et il resta fistuleux. Les urines, dont le cours était souvent interrompu, paraissaient quelquefois purulentes et toujours chargées de mucosités ftlandreuscs. La persévérance de la fistule et des douleurs aiguës vers le rein donnèrent lieu à des recherches plus exactes avec la sonde , pour juger si cet ulcère n'était pas entretenu par une pierre; mais M. Moublet n'en trouva point. Enfin , la mère de cet enfant vit remuer un ver dans cette fistule (|ui durait depuis trois ans. Elle le lira vivant et le conserva pour le montrer à M. Moublet, qui , le jour môme,

en tira un autre également en vie, mais plus petit. Ce ver avait quatre pouces de long, et était de la grosseur d'une plume. Ou maintint la fistule ouverte. Deux jours après, l'enfant ne put uriner. On observa pour la première fois qu'il avait la vessie tendue et gonflée. M. Moublet ne pouvant parvenir à y introduire la sonde, injecta dan. l'urètre de l'huile pour faciliter la sortie du gravier qu'il soupçonnait intercepter le passage de la sonde et de l'urine. Le malade fut mis dans un bain ; il eut bientôt des mouvements convulsifs qui obligèrent de l'en retirer.

M. Moublet voulant encore le sonder, aperçut au bout de l'urètre un corps étranger qu'il saisit avec des pinces.

C'était un ver en vie, qu'il tira facilement. Il avait la même figure et la même longueur que le premier sorti de la fistule. La nuit suivante, l'enfant en rendit un autre semblable par l'urèlre. Ces quatre vers sortis, il n'en parut plus. Les urines coulèrent sans douleur, sans peine, et chargées de filaments comme membraneux. Tous les symptômes ont disparu; la fi tnle lombaire s'est cicatrisée dans l'espace d'un mois. L'enfant a rejiris ses forces, a recouvré son embonpoint , el jouissait depuis cinq années d'une santé parfaite, lorsque M. Moublet communiqua cette observation. [Journal de mécl. de Farii, t. ix.)

La longueur considérable des vers sortis parla fistule lombaire de cet enfant, leurgrosseur annoncent qu'ils étaient une espèce de strongles qui se trouvent communément dans les intestins, quelquefois dans le tissu cellulaire, et presque jamais dans les reins humains. Plusieurs faits apprennent que des vers de celle nature et des ascarides produisent, à Tune des régions du ventre , des abcès dont les premiers symptômes ne diffèrent guère de ceux qu'a é|irouvés cet enf.mt. Il y aurait donc lieu de penser que les vers qui sont sortis de la fistule lombaire venaient plutôt d'un intestin ou du tissu cellulaire que du rein. Quant à ceux que l'enfanta rendus par l'urètre , n'élaienlce point des concrétions lymphatiques?

Les urines glaireuses, filandreuses, le font présumer. — Lorsqu'on soupçonne la présence de vers dans les reins ou dans les voies de l'urine, on prescrit des boissons amères et diurétiques, pour exciter une plus grande sécrétion de l'urine qui enir.iîne ou facilite la sortie de ces corps étrangers. La nature des symptômes doit régler, pour l'usage des an-

DES MALADIES DES

thelminliques ou d'autres remèdes qui adoucissent la force des accidents. On pourrait employer avec avantage, de même que pour les vers situés dans le canal intestinal , le sirop de coralline de Corse dans l'oxycrat , ou l'infusion de cette mousse avec un peu de citron et de vinaigre, qui en augmente l'eiScacité.

Des hydatides des reins. — Les hydalides des reins peuvent se distinguer :

10 en hydatides ou kystes séreux situés dans l'épaisseur de la membrane propre de ces viscères , sans pénétrer dans les voies de l'urine ; 'i" en hydatides ou vésicules lymphatiques, formées dans la substance des reins, et qui, étant libres, peuvent passer par l'uretère dans la vessie, et sortir avec l'urine. — La première espèce d'hydatides est assez commune.

Elle se remarque principalement sur les reins des vieillards, sur ceux des adultes morts de convulsions, de phlhisie, d'ulcère aux reins, d'abcès ou dépôts purulents aux lombes. Les observations de Willis , de Harvey , et surtout de Morgagni,le démontrent. Willis a vu dans le rein droit d'un vieillard une grande cavité distincte de celle du bassinet de l'uretère , qui était même beaucoup plus ample et remplie d'eau limpide; le rein gauche avait plusieurs hydatides également séreuses. Les deux reins étaient sains d'ailleurs , sans ulcère ni calcul (Patliol. cercb. cap. 19). Suivant le rapport d'tlarvey, ce fameux Anglais, Thomas Parr, qui vécut cent cinquante-deux ans et neuf mois, avait les reins couverts de graisse, et sur leur surface antérieure quelques hydatides ou tumeurs séreuses.

11 y en avait une , entre autres , aussi grosse qu'un œuf de poule ; elle contenait une liqueur jaunâtre, qui avait formé d:ins le corps du rein une cavilé assez ronde. On ne trouva aucune matière pierreuse dans ces viscères , ni dans la vessie. (7Va«mc. /j/u7. an. 1GG8, n" 44.) — Morgagni rapporte beaucoup d'exemples de ces hydatides [De sedib. Epist.

1 7, art. 1 4). Il a vu dans le rein droit d'un homme de soixante-quinze ans , que la moitié inférieure de ce viscère était saine et dans l'état naturel, et que Tautre moitié présentait une ample vésicule formée d'une membrane vasculcuse, et qui contenait environ trois onces de sérosité [Eptst. CO , art. G). Il cite un autre fait presque semblable, à l'égard d une femme âgée de quatre-vingt-cinq ans, dont le rein gauche (itait considérablement

VOIES DRINAIRES.

allongé par une hydatidc située à sa partie supérieure, sous sa membrane propre, et qui contenait quatre onces de sérosités jaunâtres. Dans d'autres cas , il se trouve deux hydatides séparées en deux foyers distincts. Morgagni en a vu un exemple dans la substance du rein gau^ che d'un homme de quatre-vingt-dix ans.

{Episl. 21, art. 15.)

Quelquefois cette tumeur est rougcâ- Ire. Une vieille femme, dit Morgagni , EpiU. 38 , art. 40, avait à l'extrémité inférieure du rein gauche une hydalide de la grosseur d'une pomme , et qui avait un pouce de diamètre. La sérosité en était rougeâ're, quoirju'elle parût noire à travers le kyste qui était formé de la membrane adipeuse et de la tunique propre du rein II y avait aussi deux autres hydatides sur le môme viscère, mais elles étaient petites. 11 serait superflu de rapporter d'autres observations ; elles ne prouveraient point davantage qu'il peut se former des hydatides ou des kystes séreux dans les membranes des reins. — Leurs causes et leur formation doivent être à peu près les mêmes que celles des hydatides du foie et des autres viscères. H'il survient quelque dérangement dans le cours de la lymphe qui produise la dilatation ou la rupture de ses vaisseaux, il se fait un amas de sérosité dans une ou plusieurs cellules du tissu foUiculeux q'ii les entoure. Ces cellules, distendues par l'accumulation de cette humeur, forment un sac plus ou moins dense en s'unissant à la membrane propre du rein , qu'il soulève dans son accroissement, pendant qu'il déprime la substance de ce viscère et qu'il s'y fait une loge. Morgagni présume que ces kystes séreux peuvent se rompre et verser leur sérosité dans les parties voisines où elle pourra être résorbée, Epist. 29, art. 12. Il croit même avoir aperçu sur le rein gauche d'une femme âgée de quarante ans la cicatrice d'une hydatidc rompue.

Il y avait à la face postérieure de ce rein une ligne longue , oblique , blanchâtre comme une substance tendineuse, et qui s'étendait profondément jusqu'aux vaisseaux uriiiifères. Cette ligne avait toute l'apparence d'une cicatrice ancienne de plaie ; mais ce n'en était point réellement une, puisqu'il n'y avait aucune marque de lé.«ion à la peau et aux parois du ventre.

La nature de l'htimeur de ces hydatides est aqueuse ; par son séjour elle

76 TRAITE

acquiert souvent l'odeur et la couleur de l'urine. Mor<ïngni, 17, art. 14,

en a mis sur le feu , elle a exhalé une oileur urineuse cl s'est entièrement évaporée. Ces liyd.itidc; nu se connaissent qu'après la mort. S'il s'en forme |tlusieurs sur les reins ou si elles sont d'un grand volume , elles peuvent en resserrer lasubslance vasculcuse, la détruire, l'effacer, diminuiT ou em()ôclicr la secrition de l'urine et favoriser l'iiscile. Cette hydropisie surviendra principalement quand les deux reins seront affectes , comme dans le cas rapporté par I>l;ilev {F rncl., lib. 3, cnp. 3, p. G40). ' — Un homme adonné à la boisson du via et qui avait été incoiumodé tantôt de coliques intestinales, tantôt de néphrite , d'aulres fois de douleuis de goutte, mourut hydropique à l'àfje d'environ soixanle-duuze ans. Il avait près de quarante livres d'eau épanchée dans le ventre. On vit plusieurs hylatides fixées au corps des reins; en les ouvrant il sortit de la sérosité, et l'on s'aperçut qu'elles communiquaient dans la substance de ces viscères par des ouvertures ulcérées. En elïet l'un et l'autre rein étaient ron(;és d'ulcères qui paraissaient avoir percé de l'intérieur à l'extérieur. Les autres viscères étaient sains.

Les hydalides de la .seconde espèce se voient dans les calices du rein , dans le bassinet, dans l'uretère ou d.ins la vessie. Ce sont des vésicules membraneuses , qu'on regarde actuellement comme des êtres animés. Elles contiennent une sérosité visqueuse, quelquefois transparente, d'autres fois bjurbeuse , et il peut s'y trouver une pierre. Wous citerons plusieurs exemples de ces hydalides dans les reins. — Morfj;ag.ii en a vu dans les uretères d'un hoinuie de soixante ans qui s'était plaint q'iel(|uefais d'acrimonie de ses urines. Il trouva la structure des reins désorganis e et iiuiistincle. ils avaient de petites cellules pleines d humeur, et donl quelques-unes se manifestaient a l'extérieur de ces viscères. Les uretères , et surtout le çauche, qui paraissait plus tonjï à raison de ces courbures, étaient dilatés dans quelques points de leur étendue et rétrécis dans d'autres, lin les louchant on aurait pu penser qu'ils contenaient de petits calculs ; mais leur ouverture apprit que ces corps étaient des hydalides, dont li'S unes élaienl rondes et de la grosseur de grains de raisin . et les antres ovales et plus grosses. EUes pendaient de lu tu-

nique interne de l'uretère dans sa cavité sans avoir de pédicule. Les parois de ce conduit aviiienl pkisd'épaisseiir que dan< l'étal ordinaire et étaient rougeàti es en dedans. De sel. Ep. 42, art. 1 I.

Njus ne counaissoiis ([u'un seul cas d'iiydatides des reins avec des pierres. M. Desanll en -a trouvé dans le rein g:iuclie d'un enfant âgé de quatre ans. Ce rein était couvert de beaucoup de graisse; sa substance channie était deiifC et mince ; les calices , le bassinet et les uretères contenaient un grand nombre d'Iiydalides qui avaient successivement distendu les parois. Ces parois étaient blanchâtres et avaient jilus de fermeté et d'épaisseur que dans l'état naturel. i\ous avons examiné avec soin ces hydalides : il y en avait de la gros-ieur d'une aveline , d'autres étaient moins grosses. Nous en avons vu de naissantes ou si petites qu'il y avait lieu de penser qu'elles étaient formées depuis jjeu de temps , et celles-ci adhéraient un peu à la face interne des conduits urinaires ; tandis que les plus grosses étaient libres. Quelques-unes contenaient une humeur mu(|ueuse et trouble ; d'aulres renfermaient un calcul blanchâtre de la grosseur et de la forme d'un pois , d'un haricot. La plupart avaient leur kyste ou sac formé de deux lames concentriques unies par un tissu fibreux. Dans d'aulres hyd.itides le kyste était mince , se rompait facilement et ne paraissait être qu'une simple concrétion lympliati(iue , sans avoir le car .ctère de membrane. Il y avail dans la vessie plusieurs pierres ovalaires, blanchàlres et friables. Cet enfant avail été taillé trois jours avant sa mort , et l'on avait extrait quelques pierres de la même espèce.

Quelle est la nalurc de ces hydalides.

Ou^ croit qu'elles ressemblent à celles des ovaires, de la matrice, etc. On pense que ce sont aussi de véritables animalcules , que chaque hyd.ilide est un ver d'une espèce particulière , un ver globuleux , un ver vésiculaire , qui s'engendre dans l'intérieur du corps de rhouime el des animaux . que ^L Pall.is a appelé (œnia hydali^cna ou /yv/rtioïdea , à cause de la ressemblance qu il a trouvée à la tête de ces insectes avec celle du (œnia ; et que M. Bloek a nommé vcnnis vcsicularis cicmila, pirce que ce ver forme une vésicule. Ces vers ont des traits caraclérisliques qui les disliufruent cssenlieUcmcnl des autres

vi-rs Voici U's tmils sous lesquels on les ronconlre le plus orilinairemcnl ilans les gran'ls animaux , et que M. i'ercy, chirurgien Irès coniui par les prix qu il a remportés dans l'Acaclémie royale de cliiruigie, à laquelle il est associé, a eu le plus d'occasion de remarquer chez riiominc : lorsqu'on a désagc la vésicule hydatique du feuillet celluleux qui lui sert de seconde coque et qu'on l'a jelée dans de l'eau tiède, alors on la voit s'iigilcr en tout sens , se rider et s'épanouir tour à tour, et imiter par ses mouvements d'ondulation les roulis des fluts. Son c«l s'allonse peu h peu et de la même manière que les cornes ou le/ilaciila des limaçons. Il est grêle, filiforme, très-mobile, et il jiorle un bulbe blanc, licmi3i)licrique , qui est la tète de l'animal. Celle partie est infiniment sensible et rélractile : au moindre alloucliement, elle renlre en dedans par une soric d'intussusceplion , ou de même que. lorsqu'on retourne un doigt de gant Elle est percée de quatre trous ou suço rs disposés en carré, et dans les intervalles desquels sont des crochets eu grilles , comme dans tous lis iœnia. C'est par là qu'elle s'atlaelie ( t lioinpe la nourriture. Lors((u'on irrite ce ver singulier, il s'arrondit, se resserre, cesse de se mouvoir et se précipite au fond de l'eau. Si dans cet élat on comprime son corps, on en lait sortir l'appendice qui lui sert de col; et en continuant la pression , on a le lem|s d'examiner, à la laveur d'une bonne loupe ou du microscoi e, la structure de la tôle , laquelle ne peut être aju-reue autrement. Hors de l'eau, l'hydatide péril. Cependant Perey en a vu vivre plusieurs jour.s dans d(S linges mouillés et tcaïusdans un lieu cliauil. H n'a .diilingné aucune Irace de viscère dans i'iiydatide : l'organisation vitaleparaît résider dans le cou tt dans la tète. La liqueur qui sort de l'en velo|!pe, de la coque , est une sérosité lim|iide , iiiodori-, non concre.-cible , ct(|ui ressemble bcaticouj) à la rosée .qui lubréCe les grandes cavités.

Les occasions de vérifier la nature et les caractères de tes liydatides chez riioiume sont très rares à r.iisou du temps qu'on laisse écouler entre la mort et l'ouverture des cadavres; ce qui empêche de les trouver vnaiiles dans les lieux oîi elles existent. Sans la i)réventiun produite par les hy| othè.ies di s [ihysiologistes sur la nature des liydalides , qu'ils ont regardées comme de simples

VOIES ORlNAinES. 77

vésicules aqueuses , comme des glandes désorganisées , des ampoules nées dans le tissu cellulaire, ou enfin comme des dilatations variqueuses des vaisseaux lymphatiques, la certitude de l'animalité des hydalides serait établie depuis longtemps, suivant M. Perey ; car il en est sorti bien des fois du corps humain qui étaient vivantes , qu'on a vu se trémousser et qu'on a nduiiréesun moment, sans pousser plus loin l'examen. Ou a des exemples d'évacuation de ces hydatides |!ar rexpecluralion [Journal mùl..

Loiulon^an. l785j;par Vi\u\is{Traiisact.

jihi/us. vol. XXXI ) ; et par la matrice (l).

(I) Les exemples d-'évacualion d'Iiy.

daiides par le v;igin ne sont pas trèsrares. M. l'orcy en a ropporié plusieurs dans un mémoire Irî's-érudit qu'il a lu à noire Académie sur les liydaiides utérines et sur le port byilaiique. 11 a eu l'occasion d'observer celle maladie sur deux femmes et sur une demoiselle. Ces liydalides sont raremeni solitaires. Elles sont en grand nombre ou sociétaires et ont un pédoncule qui les lie à une membrane vasculcusc en forme de placenta , el qui les tient suspendues. Ce sont ces hydalides que les naturalistes nomment fienclulœ. Aciius connaissait la gravité hydaliqiie, la môle vésiculaire. Stalpart Mander 'Wicl dit qu'une Hollandaise , parvenue au ternie ordinaire de la gestation, était accoucliée, au lieu d'un en- •fant qu'elle croyait porter, d'une espèce de grappe de raisin {Ceiitur. I. , 70. Observ., p. 501). Saviard a vu le même phénomène chez une leminc de trente-deux ans qui , après cinq mois de mariage et deux mois après le ilOfaut de ses règles , eut une grande perte de sang suivie de douleurs vives d:.iis la région hypogastriqueelde vomissemonis, et rendit par le vagin, après l'issue de plusieurs caillots de sang, deux eciicllécs de fjrams liés ensemble en forme de grapjie de raisin. Après celle évacuation tous les accidents cessèrent, el cette femme l'ut guérie en quinze jours {Obxcii). '■2). On trouve dans le Journal de médecine de Paris , t. ix , XV, xxiv, plusieurs faits de la même nature. Ou a vu une masse d'tiydalides du poids de trois livres : les globules étaient de la grosseur du raisin muscat ou du gui, rassemblés en forme de grappe, suspendus cliacun par un lilet ou cordon une autre masse plus petite , de la cou» leur el de la consisiance du placenta.

L'ouveilure de ces hydaiiclcs a donné issue à une humeur visqueuse semblable à du blanc d'œuf. Les F.filiémèrides dts

M;tls bornons-nous à celles des voies urinaires. (Comment les premiers germes (le CCS animnlcuics s'inlrotluiseiil-ils dans ces parties ? Comment s'y développentils ? Quelle est leur manière de se nourrir , de pulluler , de se reproduire ? Que deviennent-ils quand ils ont pullulé à un certain point et acquis quelque volume? Ne nous livrons point à des explications conjeclui ales, exposons les effets de ces hydulides dans les voies urinaires; et cherchons si l'on peut en connaître l'existence pendant la vie, et quels sont les moyens d'y remédier.

Lorsque les voies urinaires sont disposées à produire des hydalides , des animalcules vésiculaires , il s'en forme successivement en différents points de leurs conduits. Ces hydatides se multiplient, grossissent, deviennent libres et isolées. Les moins grosses passent dans l'uretère et dans la vessie et sont expulsées avec l'uriue. Quelques-unes sortent entières , d'autres sont rompues et ne présentent plus qu'une poche vésiculaire. Trop grosses pour passer le détroit de l'uretère ou retenues par quelque obstacle dans ce conduit , elles causent la rétention des autres hydalides dans le commencement de l'uretère et dans les calices du rein. Par leur amas elles dilatent considérablement ces parties et produisent un tel changement dans l'organisation du rein que sa chair, comprimée et rapprochée de la tunique extérieure, a peu d'épaisseur, paraît même comme effacée, on ne forme qu'un même corps avec celte membrane , qui n'offre

curieux de la nature , ann. 1688 , fournissent plusieurs observalions de grossesse hydalique et donnent une liste de divers auteurs qui ont raconté des faits semblables. De tous ces faits il résulte qu'il n'est pas de terme fixe pour le part des môles liydatiques , que ce terme s'étend de trois mois à dix et peu au delà. Le part est précédé d'Iiémorrliagies utérines, de douleurs aiguës , de syncopes alarmantes. Quelquefois la délivrance n'a lieu que partiellement, et c'est une circonstance lâcheuse qui prolonge et renouvelle les accidents. D'autres fois la sortie des hydalides est prompte. Dans le premier cas M. Percy a sollicilé les contractions utérines par des lavemcnis acres dans le reclum et même par des injections d'oxycrat mariné dans le vagin ; et ces moyens ont produit les effets avantageux qu'il en espérait.

plus qu'une poche dont les parois sont épaisses , dures et pleines d'urine et d'hydatides. Ces effets ne peuvent avoir lieu sans quelque dérangement dans les fonctions des voies urinaires , sans qu'il ne survienne des accidents. De tous les faits d'hydatides rendues par l'urètre , celui que M. Fleuret, maître en chirurgie à Pons , a communiqué à l'Académie royale de chirurgie donne le plus de connaissances sur la nature , les progrès et les symptômes de cette maladie.

Une demoiselle âgée de vingt-cinq ans, qui n'avait jamais joui d'une bonne santé, dont le teint était d'un jaune noirâtre et dont les règles avaient cessé depuis deux ans fans accidents , fit appeler M. Fleuret , le 20 janvier 1772 , pour la soulager d'une douleur vive qu'elle sentait dans la région lombaire du côté gauche. Tout annonçait une colique néphrétique : il y avait difficulté d'uriner, tension du ventre, principalement du côté affecté ; la douleur augmentait par le loucher depuis la région du rein gauche jusqu'à celle de la vessie. Cependant cette demoiselle n'avait rendu ni sables ni graviers. Deux saignées et des cataplasmes émollients calmèrent un peu les douleurs , et le ventre devint moins tendu ; mais l'urine ne s'écoulait que par un petit jet qui s'arrêtait à l'inslant , de sorte qu'elle était toujours tourmentée du besoin d'uriner. La région de la vessie était élevée , et par conséquent pleine d'urine. M. Fleuret proposa à la malade de la sonder ; elle s'y refusa et annonça qu'elle était sujette à cette colique depuis vingt ans , que cette fois les douleurs étaient plus vives et continuaient plus long-temps, qu'elle était quelquefois six mois, un an, deux et même trois ans sans les ressentir, et que les accidents se terminaient lorsqu'elle avait rendu par l'urètre un grand nombre de petites poches rem plies d'eau , ou les peaux de ces sacs, dont quelques-uns avaient la grosseur d'un œuf de pigeon et d'autres étaient plus petits et sortaient toujours avant les plus gros. Pendant la nuit elle trouva une situation pour uriner : elle se coucha sur le dos, éleva les jambes et les cuisses, pour lors lurine sortit avec ses sacs ou hydatides. Le lendemain M. Fleuret examina ces hydatides, qui étaient en grand nombre. La plupart élaient rompues et ne présentaient plus que leurs membranes; quelques-unes élaient entières et remplies d'eau bour-

DES MALADIES DES

bcu?e. Parmi ces membranes , il en vil qui élaienl foniu'es de trois lames adlu-rcntes enlre dits par un lissu de fibres fines et serrées, — La malade se trouva soulagée par la sorlle de ( es petits corps; mais la douleur revint deux jours après sans être aussi forte. Celte douleur commençait dans le rein ; et quand elle diminuait dans ee viscère, elle augmentait en différents points du trajet de i'urelère et devenait plus vive à l'entrée de ce canal dans la vessie. Lorsque les hydatides y élaienl parvenues, la douleur de toutes ces parties n'était plus qu'une sorte de lassitude. Dans d'autres attaques de colique , la malade , pressée par l'envie d'uriner, se présentait souvent sans qu'il sortit une goutte d'urine. Enfin , à force d'efforts et de pression sur le ventre , les liydatides sorîaieiit avec une sorte di; bruit, ensuite l'urine coulait à plein canal et sans douleur.

Celte demoiselle est morte le 8 juin I77G. M. Fleuret a fait l'ouverture de son corps. Le rein droit était sain ; le gauche avait une forme extraordinaire. Il l'enleva avec l'uretère el la vessie pour en faire l'examen avec plus de soin. Ayant ouvert ce rein , il ne vil qu'un sac membraneux, rempli d'iiydutidcs qui n'étaient point aussi grossis que celles que la malade avait rendues. Le bassinet et l'uretère étaient extrêmement élargis. Il n'y avait rien de parlirulier à la vessie. M. Fleuret a mvoyé ces partics à notre Académie, qui a chargé M. Desaull de les examiner. Cet académicien nous a démontré (|ne le rein gauche était traiisforiiié en une poclic membraneuse oval.ii' e dont les parois épaisses •élaienl calleuses dans plusieurs en Iroils, et qui était remplie d'un grand nombre d'hydatides Lbres , de grosseur el de figure différentes. Ces lijdalides avaient leurs tuniques transparentes el quelquefois doubles; elles contenaient une lyinplie trouble. L'uretère éliil Irès-dilalé, avait ses tuniques épaisses et plusieurs petites hydatides naissaiiles.

On ne peut connaître ces hydalides que lorsqu'il en est sorti par l'urèirc; car les sympiômes et les accidents qu'elles causent ont beaucoup de rapports avec ceux qui dépendent des calculs urinaires. Ces SYiiiplômes sont : des douleurs néphnlipiCH qui s'étendent des lombes dans l'iiypogaslre el l'mèlre, la tension du ventre, la din'i-iillé d'uriner, 1 1 réleniion de l'urine. Coiiime ils xuil aussi ceux (le la pi(r e, on les allribuc crdi-

VOIES DRINAIRES, 79

naircmenl h celle cause, qui est la plus fréquente. La sonde dans la vessie n'indique pas môme la présence des hydalides qui s'y sont formées ou qui viennent des reins. Leur petitesse ou leur mollesse empêchent d'en juger. C'est seulement après que le malade en a rendu par l'urètre, qu'on est fonde à leur rapporter la cause des accidents qu'il éprouve. — Un notaire de la ville de Monlereau ressentit des douleurs à la région du rein gauche et à la vessie. On pensa qu'il avait la pierre, et on lui fit prendre des bains, des boissons diurétiques et des pilules savonneuses. Loin d'éprouver du soulagement, ses douleurs augmentèrent. Il vint à Paris et consulta M. Desault , qui jugea par la sonde qu il n'y avait point de pierre dans la vessie. Le malade rassuré sur les craintes qu'il avait de cette maladie, retourna dans son pays, prit des bains, des boissons adoucissantes, et se trouva mieux pendant un mois. Ensuite ses douleurs recommencèrent avec force. Son urine, qui jusqu'alors avait été d'une bonne qualité, devint trouble, bourbeuse et déposa beaucoup d'humeur blanchâtre, puriforme. Quinze jours après il rendit par l'urètre, après de grands ell'orls pour uriner, un corps mollasse, allongé , et qui avait l'apparence d'une membrane épaisse. Après la sortie de ce corps élran'' ger (|u'il mit dans une bouteille d'eau, et qu'il envoya à M. Uesanlt (>our en faire l'examen, les douleurs urinaires diminuèrenl sensiblement. Le troisième jour suivant, il rendit un nouveau corps de même nature que le premier. 11 |)arut à M. Desaull que ces corps étaient des débris d'hydatides lymphatiques formées dans les reins ou dans la vessie, el qui s'étanl rompues avaient eu plus de facilité à SOI tir p ir l'urètre. Car, de même que dans le cas précédent, les hjilatides poussées vers le col de la vess epur l'action d'uriner, bouchaient l'entrée de l'urèirc, causaienl la dilticullé d'uriner et des douleurs aiguës. Cette action diminuant et le malade changeant de situalion, elles tombaient, par leur poids, au fond de la vessie el permetluient le passage de l'urine; ensuite étant plus macéré<s par l'urine et portées de nouveau dans le col de la vessie oii elles étaient l)ressées par l'aclioii d'uriner, elles se rompaient, el, devenant plus proportionnées au canal de l'urètre, elles le Iraversaie. t. Ain~i ee malade devait être soulagé après l'issue tle ces corps étran-

80 tlUITÉ Bcrs. M.Dcsaullle provint qu'il pourruit t'iicore reuilrc d'iiutn's portions d'Iiyilaliiles on niCiiie des liydiilidcs entières, ]^nrce (pie l'urètre plus dili.té à mesure qu'il en passerait, pourrait se piôtcr assez pour eu laisser sortir de la grosseur d'un noyau d'olive. Il l'engagea à conliluier le régime délayant, la boisson d'eau de lin et île cliicndenl. Dans l'espace de quinze jours le malade rendit encore par 1 urètre plusieurs particules blanchâtres, comme membraneuses, et ne sentit plus de douleurs à la vcs,-.i(;. Mais son urine continua d'être trouble, purulente; il eut de temps en temps des accès de fièvre , et presque toujours des douleurs dans les reins, surtout dans celui du côté gaucbe. Enlin, api ès six semainesde souffrances continuelles, il mourut. M. Colleau, maître eu chirurgie de Montereau, fit l'ouverture de son corps. Il trouva le rein gauche en suppuration. 11 y avait du côlé des calices des mamelons plusieurs foyeis J'iiuiueur blanchâtre, grumeleuse et fétide; et dans la snbstaticc de ce rein quelques points purulents qui ne communiquaient point avec ces foyers. L'uretère était épais, moins flexible que dans l'état ordinaire, et conlonail un peu d'humeur purulente, i.e rein droit avait des marques de suppuration. J^a vessie était petite, racornie, et n nl'ermait une iielile quantité d'urine fétide. Il n'y avait, ni pierres ni hydalides , ni concrétions lymphatiques, ni fongiis. s .ai'.res viscères du ventre étaient sains.

Quoiqu'il n'ait [loinl paru d'iiydatides dans les voies uriiiair. s de ce malade, il est p obable que les corps étrangers (|u'il a rendus par l'inèlre n'étaient point de simples < oncrétioiH lympliaii(iues , mais des vésicules rompues , ouvertes. M. Uesault y reconnut des caractères de membrane et la l'orme de vésicule. Peut-être ces hydaliiles se trouvaient elles trop gro.sses pour enfiler la route de l'urètre, qui est plus long et moins dilatable dans I houime que dans la femme. Il est vraisemblable qu'elles étaient parvenues dans la vessie lorsque M. Otsaull y porta la sonde: car les douleurs (jue le malade rcsseiit.iit depuis deux mois dans ce viscère, et qui rcssemlilaicul à celles (jue cause une pierre mobile , et portée au col de la vessie, n'ont cessé qu'après l'issue de ces corps étrangers. Le défaut de rcnitenre ou la molles e de ces hydalides emi êchail de les rccuiinaîlre par Ja sonde. —On peut Induire de ce hat que, si la suppuration survient dans les

orpanes urinaires où se f.)rment de pareilles hydatiiies, elle empêche la formation de nouvelles vésicules, et détruit celles qui sont naissantes ("1). Cet accident est très-fâcheux ; car il cause ordinairement la mort, tandis qu'on peut vivre long temps en rendant des hydatides urinaires , et mêine on peut en guérir. — L'imlication curative est de faciliter l'issue de ces hydalides, et d emj êcher qu'il ne s'en forme de nouvelles. On peut y parvenir en augmentant la sécrétion et l'excrétion de l'urine par les remèdes diuréli(|ues ; mais il faut éviter ceux qui sont trop actifs. Une observation de Menghini , communiquée à l'Académie de Bologne, apprend que l'usairc de la térébenlliiiie est nuisible dans te cas d'iri itation inOammaloire des voies urinaires.

Un homme avait une gonorrhée et des douleurs néphrétiques. Son urine n'était point chargée de graviers ; elle était sanglante, et l'excrétion s'en faisait avec ])eaueoup de difliculté. On s'attendait à voir bientôt paraître que'ques petites pierres ; mais au lieu de calculs, il rendit un grand nombre de vésicules ou de cor- ]uiscules blanchâtres, mous, creux , et qui s'enflaient lorsqu'on y introduisait de l'air. Il y en avait de la grosseur d'un ])ois. Les uns paraissaient remplis d'une liumeur gélatineuse; d'autres, d'une lymphe jaunâtre ; quelques-uns avaient leur surface tachée de ])oints rouges. Dans le temps que ces vésicules continuaient à sortir, on fit prendre au malade des bols de lérébenihine. L'excrétion de ces vésicules fut aussitôt supprimée et ne se rétablit que par l'inlerruplion du remède. La térébenthine ayant été donnée une seconde fois , les vésicules s'arrêtèrent de nouveau ; mais elles reparurent dès

(1) La conséquence générale que Choparl tire ici d'un fait pariiculier est évidemment forcée. D'ailleurs , même pour ce fait , rien ne prouve que les choses se soieui passées comme le pense notre auteur. Si l'on peut suppo.ser avec lui que la suppurai ion survenue dans le rein a empêché la formaiinn de nouvelles vésicules Cl détruit celles qui étaient naissantes , une nuire hypothèse est tout aussi admissible, savoir, que toutes les bydatiilcs avaient été expulsées et que la suppuration rénale a été l'ciret de la gêne qu'éprouvait le cours do l urino pendanl le séjour des corps dans los voies do co fluide.

DES MALADIES BEff

qu'on en eut suspendu l'usago. On fit macérer ces corpuscules pendant huit jours; ensuile, on les souffla : ils parurent transparents, semblables à des toiles d'araignées, et l'on ne douia plus que ce ne fût de véritables vésicules. Ce fait est attesté par Menshini , Marc Laurenti , Goltard Bonzi et Thomas Lagr^i. {Collée, ne. t. X, p. 65.) — La boisson d'eau de lin, de chiendent et de pariétaire , les l)ains et le régime adoucissant, sont les principaux remèdes qu'il faut employer.

S'il y a grande diflieulté d'uriner ou rétention d'urine, on aura recours à la sonde pour évacuer ce liquide, élargir l'urètre, et faciliter l'issue des hydatides : mais la nature produit ordinairement la sortie de ces hydalides par l'urètre, comme le prouvent les observations précédentes , et la suivante , que M. Russel, médecin de l'hôpital Saint-Thomas de Londres, a fait insérer dans le troisième volume des Médical obseivaiions and inquirie.s , p. 146.

Un jeune homme âgé d'environ vingtquatre ans , d'une constitulion délicate, ressentit une douleur au côté gauche du ventre, et eut de la fièvre. Ces symptômes subsistant même après la saignée et l'usaçe de quelques drogues, il fit appeler M. Russel. Il avait ahrs une douleur violente dans la région gauche de l'hypogastre avec un grand mal de lèle , chaleur, soif, et sécheresse de la langue. Son pouls était vif, plein et dur. Son Urine sortait sans difficulté, en quantité suflisante, et d'une couleur niiturelle. Il avait le ventre libre. Dans la nuit il se plaignit d'une douleur aiguë dans la région du rein gauche, et qui s'étendait le long de l'uretère jusqu'à la vessie. Il eut une rétention d'urine pendant quelques heures, des nausées et plusieurs vomissements. On réitéra la saignée; il prit des demi-bains, des lavements émollients, des boissons rafraîchissantes et des potions huileuses. En peu de jours ces accidents graves se dissipèrent ; un peu de sable rougeàtre parut dans l'urine : cependant la douleur au côté gauche subsistait toujours sans être aussi violente. Le malade étant faible et ayant toujours une chaleur fébrile, on l'engagea à aller à la campagne, à boire du lait d'àncsse , à prendre plus de nourriture et à faire un peu d'exercice. Ses forces revinrent, sa chaleur fut moiudre, et il fut pnsque sans douleur pendant quinze jdurs; après lesquels étant allé en voiture, il eut île la peine à uriner, et des envies plus l'ré-

Choparl.

VOIES CniNAlRES. 81

quentes de rendre son urine. 11 en sortait peu il la lois, et elle s'arrêtait (|uelquefois sans qu'il lût plus tourmenté de douleurs. Cet état dura toute la nuit. Le lendemain matin, ayant commencé à rendre de l'urine , elle s'arrêta tout à coup, et le malade crut qu'il s'était crevé quelque corps dans rurètre. Il sortit de ce canal une petite quantité d'humeur puniforme avec un peu de sang ; puis un sac mcmbraneuwide, et du volume d'un œuf de pigeon. Enfin, il s'écoula une grande quantité d'urine, ce (|ui soulagea beaucoup le malade. Pendant plusieurs jours son urine déposa une humeur puriforme et un peu teinte de sang, et, durant ce temps, il rendit par l'urètre plusieurs petites hydalidt's dont quelques-unes étaient rondes, de la grosseur d'un pois ordinaire, et avec un petit pédicule. Ce jeune homme se trouva dans un bon état pendant dix jours ; puis il eut un nouvel accès de douleurs, et rendit encore plusieurs hydatides. Ces accès récidivèient de temps en temps, et se terminèrent toujours par la sortie de petitei hydatides : dans les intervalles, il j)araib,sait jouir d'une bonne santé. Le nombre de ces hydatides a été considrr;ible. M. Russel en a vu quarante de différente grosseur, depuis le volume d'un œuf de pigeon , jusqu'à celui d'une tôle d'épingle. Les plus grosses étaient crevées avant de sortir; nuis les petites soi talent entières. Elles contenaient une humeurqui n'était jamais bien limpide ou Ir.insparcnîe , et qui paraissait plus opaque dans quelquesunes que dans d'autres. Aucune n'av;iit d'incrustation calculeuse , et les premières qui sont sorties étaient d'une couleur plus claire que les dernières. A l'âge de quatorze ans , ce jeune homme avait ressenti dos douleurs aiguës dans les voies urinaires, et avait rendu des urines noires ou d'une couleur de café. A vingt-deux ans il eut un vomissement bilii'UY et quelques douleurs dans le dos. "Voilà ce qui lui est arrivé de particulier, avant la maladie pour laquelle M. Russel a été appelé. Deux ans après la première sortie reconnue des hydatides, il en rendait encore en différents temps ; quelques-unes étaient même |)lus grosses que celles des années précédentes : du reste il jouissait d'une bonne santé. — D'après la di vision générale des maladies des reins q le nous avons tracée, nous de\ rions liaiter présunlemcnl des pierres rénales. Comme leur nature ne peut cire apiiréciée s us connaît'C c dlo des divers con-

82 TRAITÉ

crélionsqiii se forment Jansles diffdrenles parties du corps humain , nous commencerons par l'hisloire de ces concrétions.

Des concrc'lionx dans les différentes parties du corps humain. — Il n'est aucune partie du corps humain dans laquelle il ne puisse se former des concrétions. Elles sont dues tantôt à la métastase de la matière osseuse, tantôt à la cri'itallisation des humeurs propres aux différents viscères. Rapportons quelques exemples de ces concrétions.

I^a matière osseuse se transporte et se jette ordinairement sur les membranes, les vaisseaux et les ligaments. Il n'est pas rare de trouver la dure-mère parsemée de lames osseuses. Liltre ayant enlevé le crâne d'un jeune homme de dixneuf ans, mort quatre heures après une chute, a trouvé deux petits corps osseux situés à un pouce l'un de l'autre au côté droit du sinus longitudinal supérieur, entre quelques plans de fibres de la duremère. Ces corps étaient ronds, de quatre à cinq lignes de diamètre, hérissés de diverses pointes fines à leur extrémité, qui perçaient cette membrane et faisaient une saillie d'un tiers de ligne ( Ac. des Sciejic, an. 1713). Un homme sujet à de violents accès de frénésie , et mort d'un abcès au foie, avait la peau ossifiée dans presque toute sa longueur; elle offrait des lames osseuses, inégales, raboteuses, ayant dans quelques endroits deux ou trois lignes d'épaisseur [Ac.

des Scicnc, an. 1700). Ces lames sont quelquefois hérissées de pointes longues, aiguës, et qui s'enfoncent dans la substance ou les sillons du cerveau. La plupart des sujets oîi l'on a trouvé de pareilles concrétions avaient l'esprit faible ou des accès d'épilepsie ; d'autres se plaignaient de douleurs de tète. M. Sandiforl cite plusieurs faits donnés par Botal, Yan-Horne , Morgagni , etc. ( Oùser^at.

anat. palhoL, lib. m, cap. 2, p. 48).

Voyez la collection académique , t. ix , p. 408.

La pie-mère peut aussi devenir calleuse. Un maniaque, âgé de vingt-cinq ans, mourut dix jours après avoir été trépané à la partie supérieure de la tête, oi.1 il se plaignait depuis quatre ans d'une ptsanleur considérable , quelquefois accompagnée de-vertiges, de faiblesses. On ne s'était déterminé à cette opération, pour le guérir de ses accès fréquents de fiiicur maniaque, (ju'après avoir employé inutilement différents remèdes, et d'après le récit du succès que le trépan

avait eu dans des cas semblahles ^ celui oii ce jeune homme se trouvait. En ouvrant le crâne, la dure-mère parut dans l'état naturel. La pie mère était d'un jaune verdàlre, dure et calculeuse à la partie supérieure des deux hémisphères du cerveau : elle avait en quelques endroits le double de l'épaisseur de la duremère. On n'y voyait aucune apparence de vaisseaux , et on la coupait comme si c'eiit été une corne tendre. La substance corticale du cerveau , couverte par cette pie-mère épaisse , était beaucoup plus blanche que dans l'état naturel ; il n'y paraissait guère de vaisseaux sanguins.

La portion de la i)ie-mère contiguë à la faux était altérée de la même manière.

[Es. d'Edimbourg , t. jv, p. 520.)

Haller a vu des lames osseuses à la pie-mère [Elem. pliys. tom. iv, p. 2i). M. Sandifort en donne divers exemples tirés de Bartholin , de Worm , de Cheselden. Il a trouvé la pie -mère d'un vieillard parsemée de petites éminences osseuses, inégales, pointues, qui n'étaient nullement adhérentes à la dure-mère, et qu'il a regardées comme de véritables ossifications de Ja pie-mère [Obs. anal, pathol. lib. III, pag. 46). 11 se trouve souvent près du sinus longitudinal supérieur de petits cor])s albumineux, concrets, blanchâtres, lenticulaires, de diverses grandeurs, plus ou moins durs, quelquefois fongueux et adhérents à la pie-mère et aux veines qui s'ouvrent dans ce sinus La plèvre s'ossifie quelquefois. J'en

ai possédé une grande portion qui était presque entièrement ossifiée ; on y voyait de larges plaques jaunâtres, d'une dureté osseuse, et de l'épaisseur de cinq à six lignes. Lieutaud donne quelques exemples de l'épaississement, de la densité, de la dureté cartilagineuse et de la pétrification du péritoine (Hist. anat.

med. tom. i, p. 3 et 324). La matière osseuse peut aussi se jeter sur l'épiploon, sur les membranes des viscères abdominaux, du foie, de la rate, de la matrice, etc. Nous en parlerons en traitant des concrétions pierreuses de ces viscères.

M. Boyer, chirurgien de l'Hôpital de la Charité de Paris, a trouvé, en ouvrant le cadavre d'un médecin de cet hôpital , une concrétion osseuse dans l'épaisseur de la tunique vaginale du testicule gauche, où il y avait encore une hydrocèlc, quoiqu'on l'eût traité de cette maladie par le procédé de l'injection.

Il se présente quelquefois dans le cerveau des concrétions os>^iformcs.

DES MALADIES DES

a trouvé dans la partie postérieure de l'hémispbère gauche du cerveau d'un homme de vingt-huit ans, qui avait éle furieux phisieurs années, une grosse concrétion blanchâtre , très-dure , hérissée de pointes, du poids de deux gros et dixbuit grains, dont la substance ressemblait à ceUe de la pierre ponce, mais qui élait fibreuse [Coll. ac. t. ix, p. 3). Greding a vu un os profondément situé entre deux circonvolutions du cerveau, et qui avait la forme d'un segment de cercle {Ludwig. advers. med. pract. \oï.iî, pag. 428). De pareilles ossifications ont été observées dans le cervelet. On lit dans le même ouvrage de Ludwig (vol. 3, pag. 657) que Greding a rencontré dans le iobe droit du cervelet, une concrétion osseuse hérissée de pointes. Elle avait dix lignes et demie de longueur, un demi -pouce de largeur, quatre lignes d'épaisseur à son sommet, et environ une demi-ligne à sa pointe inférieure.

Elle élait tellement fixée dans la substance du cervelet, qu'on ne put l'en séparer qu'avec difficulté. Ce viscère ne présentait d'autre altéralion qu'une mollesse plus grande que dans l'état naturel. Il est mort, en 1 788 , à l'hôpital de la Cliarité, un homme qui se i)laignait depuis long-temps d'une douleur très-vive à la partie postérieure de la lèie, et pour lequel on avait employé sans succès les saignées , les vésicatoires , le séton à la nuque, et beaucoup de remèdes internes.

Boycr a trouvé le cerveau de cet liomme dans l'état naturel : le cervelet ne présentait, à l'extérieur, rien de remarcjuable; mais sa partie moyenne était occupée par une concrétion dure, comme plâtreuse, et de la grosseur d'une noix. Les anatomisles savent qu'on trouve fréquemment, dans la glande pinéale, des concrétions pierreuses, semblables à des grains de sable, et qui , vues à la loupe, sont anguleuses, d'un grain serré et comme luisantes. M. Vicq-d'Azyr a rencontré de CCS concrétions dans la glande pituilaire. {Me'm. de la Soc. de me'd., année 1779.)

Ke péricarde et le cœur sont sujets à des concrétions albumineuses , osseuses et pierreuses. La substance du péricarde peut devenir fort épaisse, calleuse, cartilagineuse. Elle avait un doigt d'épaisseur en haut, et un demi-pouce en bas, chez un enfant dont Malpighi avait fait l'ouverture. Son épaississement est tout au plus d'un pouce, dans le plus haut degré. En s'épaississant , elle conserve

VOIES DRINAIRES. 83 souvent sa couleur naturelle. Elle a quelquefois une couleur rouge et une apparence charnue : on dirait que ses fibres seraient véritablement musculaires; elles sont cependant bien différentes des fibres des muscles. Lower, dans son Traité du cœur , dit qu'il a trouvé le tissu du péricarde épais, opaque et calleux. Vieussens a remarqué que ce sac s'était endurci chez une fille, et qu'il avait la forme des cartilages. Un homme de vingthuit ans, guéri d'une fièvre simple qui dura dix jours, paraissant en bonne santé et dînant, tomba en syncope et mourut.

Saviard lit l'ouvcrturedu corps II trouva le péricarde presque cartilagineux. La substance de ce sac avait neuf à dix lignes d'épaisseur; il n'y avuit presque point d'eau dans sa cavité. La masse pesait près de deux livres [Observ. cliir. 65, pag. 251). Les parois du péricarde peuvent devenir osseuses. En 1728, Senac présenta à l'Académie des sciences un péricarde dont la partie supérieure et antérieure formait un os fort large, qui avait un demi-pouced'épaisseur (p. 332).

Il peut se former dans la cavité du péricarde des concrétions muqueuses, albumineuses et pierreuses. On a trouvé, suivant les Transactions philosophiques, une matière gélatineuse condensée, qui remplissait la cavité du péricarde. 11 transsude de ce sac et du cœur une humeur qui, dans certains cas, s'épaissit et se durcit. Elle peut former une croûte sur la surface des ventricules; mais, le plus souvent, on n'y voit que des plaques ou des taches blanches qu'on enlève facilement avec les doigts, quoiqu'elles paraissent situées fous la membrane propre des ventricules, ou dans le tissu cellulaire. Senac a vu la surface d'un cœur couverte d'une espèce de matière qui ressemblait à des rayons de miel. Morgagni a comparé ces concrétions , qui se montrent quelquefois sous la forme de tissu cellulaire, aux alvéoles des abeilles, en raison des aréoles qu'elles présentent dans un grand nombre de points. Mirabeau en avait un amas assez considérable sur la surface du cœur; toute la concavité du péricarde en était revêtue. Ces concrétions sont produites par le suc albumineux qui a pour caractère de prendre la forme concrète par la chaleur, au terme de 48 à 50 degrés du tlieruiomètre de Réa umur. Elles se forment .î la suite des maladies intlammatoires très-forteselles attachent les membranes aux viscères qu'elles recouvrent. Quant aux con-

TRAITÉ

crétions pîerreuises du péricarde, Lancisi en cite un exemple. Il trouva Uois pierres vertes dans un pcricacde. Deux de ces pierres étaient fort petites; la troisième pesait deux onces.

Les concrétions ossiformes du cceur ont été oUsçrvées dans leur^ difl^éreules gradations. On y a vu des callosités et des cartilages qui sont les premiers ru-, diments des, os. Dodonœus dit que, chez uu homme, sujet à. des palpitations, il y avait obscjrvé une callosité à la naissance de l'aorte- Jacol a trouvé dans le tissu du cœur un corps calleux, qui ressemb!i(it à une pierre. Maçc-Aurèle Severin .^ vu l'oreillelte droite cartilagineuse et fort dure. Les ossifications des oreillettes sont fort rares. Un marchand, selon Smetius, était sujet à des palpitations; l'oreillette droite du cœur étail écaillcu/:: se; on ne pouvait y introduire la main , sans qu'elle fiit blessée par la surface, raboteuse de ce sac. L'oreillette droite était cartilagineuse et avait des lames osseuses dans un cœur pu-vert par Dionis: sa, substance n'était pas sans doule si hérissée , elle ne faisait pas de piqiices quand on la touchait ; mais la çonlractioa était impossible dans les parois auriculaires. — Les ventricules s'ossifient plus souvent. On. capporle , du moins., beaucoup plus d'exemples de leur ossification que de celle des oreillettes. Bartholin dit que, dans le cœur du pape Urbain VII, on trouva un os triangulaire qui approchait de la figure d'un T. Féli.x Plaler raconte que le fils d'un imprimeur avait été tourmenté de palpitations, et qu'au milieu du cœur il y avait un os qui avait trois pointes, et qui était couvert de trois enveloppes; il était creux et rempli d'une matière sablonneuse. Le siège de ces osr sifications se. trouve principalement dans les membranes du cœur. Une des.ossiftcations les plus singulières est celle, qui est, rapportée dans les Mémoires de l'A-, cadémie des sciences, an. 172C. On a.

trouvé, selon le rapport, de Garengeot, entre la membrane externe et les deux ventricules du cœur d'un jésuite âgé de soixante-douze ans, un os long de quatre pouces et demi, large de plus d'un pouce, d'une figure semi-lunaire et torse, convexe dans son milieu, et plat sur sa surface extérieure. Cet os ne pénétrait point dans la cavité des ventricules : il les embrassait tous comme un bandiier; il montait obliquement du ventricule droit sur le gauche, et s'étendait jusqu'à l'oreillette gauche; les gros vaisseaux qui

partent de la base da cœur n'étaient point ossifiés, quoiqu'ils le soient assez ordiaaircmenl chez les vieillards.

Ce sont surtout les valvules qui deviennent osseuses. Sénac a vu les valvules, tant milrales que tricuspides, abaissées, collées aux parois du cœur, très-dureS;, environnées de filets osseux, qui étaient les tendons des colonnes. Un homme chez lequel il observa celte ossification avait une hydropisie de poitrine; le cœur était fort grand : c'était la ca,vité dn. ventricule gauche qui s'était élargie [Traite du cœur, \.om. u, pag. 433). Les, valvules de l'aorte sont plus sujettes k/ s'ossifier. Cheselden dit que, dans une) femme morte d'hydropisie , les valvules, del'aorte étaient osseuses. Gayant , chirurgien de Paris, a rapporté qu'un homme peu âgé mourut subitement, après avoir bu une quantité excessive de vin: tous les viscères étaient dans leur état naturel. Les valvules sigmoides, qui s'étaient ossifiées, furent la seule cause apparente de la mort. Le. célèbre Macquer avait éprouvé , depuis l'enfance, de la gêne dans la poitrine. Des palpitations opiniâtres le tourmentaient souvent. Il s'y joignait des maux de tète violents, des anxiétés, l'orthopnée, de. la douleur vers le sternum. Il était souvent obligé de passer la nuit dans un fauteuil. Enfin il périt, après qu'un œdème assez considérable eut gonflé ses extrémités. Le cœur clail un peu dilaté ; les valvules sigmoïdes de l'aorte étaient ossifiées, réunies, et elles rétrécissaient beaucoup le tube artériel. L'aorte elle-même était osseuse. Yoilà ce que M. Vicq-d'Azyr a observé à l'ouverture de son corps. Je rapporterai, avec quelques, détails , le fait suivant.

Un juge d'un tribunal de Paris esb mort subitement le 5 avril t794 , à l'âge de .luarante-cinq ans. Je lui ai trouvé le ca ..ud'un volume énorme. 11 pesait deux liv, es, après en avoir évacué le sang. Le ventricule droit a offert une cavité plus petite, relativement au volume de ce viscère, qu'elle ne le marque dans l'état naturel. Le diamètre transversal de celle cavité était de quatre poncrs ; et le vertical , de trois pouces : l'oreillette gauche éUiit plus ample que la droite.

Le ventricule gauche iiaraissait anévrismatique; sa cavité était trc.s-spacieusc. Le diamètre transversal de cette cavité avait huit pouces , et le vertical quatre pouces neuf lignes. L'épaisseur des parois était d^un pouce vers le sommet à

DES MALADIES DES

l'orifice de l'aorte; les valvules sigmoïdcs ont présenté, à leur bord libre, des concrétions osseuses, inégales, formi'es d'un amas de grains, et dont l'ensemble olïrait une espèce d'anneau saillant à l'intérieur de l'artère, et de l'épaisseur d'environ quatre lignes. — Cet étal du cœur tenait à une altération organique qui s'est formée peu à peu, et depuis loiiff-lemps.

Le sang retenu dans le ventricule gauche, par l'ossification des valvules sigmoïdes, séjournait dans celle cavité, et en avait augmenté le volume. La résistance que ce liquide opposait au cœur, dans ses conlractions, et la difficulté qu'il éprouvait à passer dans l'aorte, était la cause des palpitations violentes et des trémoussements d'artères que ce sujet ressentait depuis long-temps.

Se forme-t-il des concrélions pierreuses dans le cœur ? Schleiberus a trouvé dans le cœur d'une femme une pierre si grosse qu'elle remplissait un des ventricules. Hollier raconte qu'une femme sentait des douleurs intolérables dans la voie des urines : cependant , il n'y avait aucune li'sion dans la vessie, ni dans les reins ; mais on découvrit dans le cœur plusieurs abcès avec deux pierres. Zacutus-Lusilanus rapporte que, dans le cœur d'un voleur, sujet à de fréquentes palpitations, on trouva trois pierres qui pesaient un gros. Wierus assure que le cœur de Maximilieh contenait trois piCr-> res de couleur de rouille. On trouva dans le cœur du comte de Balcarras une pierre qui pesait deux onces-, elle remplissait la cavité des deux ventricules. Jacot dit qu'un docteur d'Arles était affligé d'une colique néphrétique, qu'il urinait diflicilement , et qu'il rend.iit du sable rougeàtre : on ne trouva aucun viee dans les reins, mais on découvrit une pierre 'dans le cœur. Tous ces faits sont tirés du Traité du cœur, par Senac (lom. il , pag. 428 ). Est-il bien certain que ces concrélions fussent pierreuses ? W'élaitce pas des ossifications du cœur? On ne sait pas , d'après ces observations , si ces concrétions étaient isolées, ou libres dans les cavités de ce viscère , ou si elles adhéraient à ses membranes, à son tissu fibreux, à ses valvules. Les ossifications et les calculs ne sont pas conformés de la même manière : dans les ossifications, la matière osseuse est épanchée autour des fibres qu'elle encroûte; la matière des calculs est disposée par couches, elle ne présente point un tissu fibreux ^ organique., elle est presque sans mélange;

VOIES DnrNÀiREs. 85

il n'y a, tout au plus , qu'un noyau de substance étrangère qui leur sert de base.

Il n'est pas d'anatomiste qui n'ait trouvé des concrélions osseuses à la naissance de l'aorte. L'artère pulmonaire est moins sujette ii devenir osseuse. De telles ossifications sont fréquentes chez les vieillards , dans des corps endurcis par les travaux. Dans quelques cas le canal de l'artère est seulemenl interrompu par des plaques écailleuses de différente grandeur et ordinaiiement assez petites.

Ces lames sont répandues en divers endroits de la face interne de l'artère; ce sont même des portions de la membrane interne qui s'est ossifiée. Dans d'autres cas-, ces lames sont fort pressées et presque continues; l'artère forme un canal osseux qui s'étend assez loin. Senac dit qu'un recolict était sujet à des palpitations : les artères coronaires étaient ossifiées ; elles formaient des rameaux semblables à des branches de corail {Traité ducœur, lom. ii , pag. 434). Meckel les a vues ossifiées jusque dans les plus petits rameaux ; l'aorte n'avait que des écailles osseuses dispersées entre ses membranes [Colle.c. acad. t. ix, p. 15). Hunaud a trouvé l'aorte ossifiée jusqu'aux artères iliaques ; Yater a fait la même remarque : les carotides et les vertébrales étaient pareillement ossifiées {Musœuvi anal. pag. 92). Harvé a vu l'aorte abdoniinàle et les artères fémorales qui formaient un canal osseux (De circul. sang. tôm. i , pag. 131). Hallèr a remarqué toute la suite de l'aorte jusqu'aux libiales hérissée d'écaillés osseuses. Lapeyronie a raconté à Senac qu'il avait trouvé toutes les artères cartilagineuses et friables [Tr. du cœur, t. n, p. 433). Meckel parle d'une ossification de l'aorte ventrale, depuis l'origine de l'artère mésenlérique supérieure jusqu'à sa division dans les artères iliaques L'ouverture de cette artère mésenlérique inférieure n'avait souffert aucun changement, elle était libre et plus large qu'à l'ordinaire ; elle pouvait fournir aux intestins le sang qui leur manquait de la mésenlérique supérieure (Collée, acad.

t. IX, p. 14). Lieutaud dit que Barrera trouvé l'artère radiale cartilagineuse avec divers segments osseux chez un jeune homme mort dans le marasme à la suite de chagrins {Hist. tom. ,u ,

pag. 346). Les laines osseuses ou les plaques des artères sont annoncées par des taches blanches ou jaunâtres , sem-

blnbles à des goulles de cire. La matière doni elles sont formées est un suc osseux, qui se répaml enlre la membrane interne de l'artère et celle qui est musculaire ou très-dense. Une telle matière est sans doute molle, quand elle s'épanclie; on y trouve en divers cas, sur sa surface extérieure, Us traces de libres circulaires qui la pressaient : peu à peu elle se durcit comme le cal , ou devient coriace , cartilagineuse, ligamenteuse, tendineuse; elle prend enfin la consistance des os sous diverses figures , perce quelquefois la membrane interne du canal artériel, et forme des pointes plus ou moins longues. De telles ossifications entr.iînent sans doute un grand désordre. L'aorte est toujours en action; ses membranes .sont exposées par conséquent à des Irot ■ lements contre des corps durs , frollenienls qui déchirent les fibres musculaires. C'est dans ces endroits qui sont déchirés que l'on trouve , comme dit Morgagni, tantôt du vrai pus , tantôt une matière qui est fongueuse, ou qui ressemble a la matière des sléatomes ; il suinte quelquefois de ces déchirures un liquide sanguinolent , et de là viennent en diftcrents cas des ecchymoses.

On trouve rarement des traces d'ossification aux veines. L'ossitication des vaisseaux ne se forme guère que dans les artères, enlre leur tunique interne et celle qui est musculaire. Bonnet dit que les veines mêmes du cœur ont paru ossifiées comme des artères. Waller a décrit des concrétions très-petites , rondes , dures , qui adhéraient aux parois internes des veines , oii elles jouissaient d'une sorte de mobilité. [Obs. anat , cap. 2 ; de concrcmcntis Icrrestribus ,

Les muscles peuvent être le siège de concrétions ossiformes. Lieulaud rapporte qu'un vieillard avait le diaphragme cartilagineux et osseux ; de manière qu'en pliant ce muscle , il se cassait en jirodiiisant un bruit semblable à celui des substances osseuses qu'on rompt.

Les poumons étaient remplis de tubercules calcaires [Hisl. anal. med. t. u , p. 99). Morgagniavaitdéjà remarqué que les colonnes et les valvules ossifiées du cœur se déchiraient ou se rompaient en produisant ce même bruit. Mcckel a observé des concrétions ossiformes dans le , tissu cellulaire des muscles de la cuisse d'un sexagénaire qui avait eu les jambes roides dans l'articulation du genou. Ces concrétions étaient blanches,

cylindriques, épaisses d'une ligne et demie et longues depuis une ligne jusqu'à trois (Coii. ac. t.ix.p. 13). M. Sandifort a fait dessiner un calcul trouvé dans les muscles de la jambe d'un goutteux. (OZ/j. anal nallioL, lib. 4, cap.l, p. 90.)

La matière osseuse se répand quelquefois entre les muscles à la suite des fractures. On trouve dans les Mémoires de l'Académie de chirurgie (t. 10, p. 84) un exemple singulier de l eflusion irrégiilière des sucs osseux condensés en forme de stalactites , à la suite d'une fracture à la partie supérieure du fémur par un coup de feu. Celte effusion ne se fait jamais dans le vide des articulations lorsque les fractures y communiquent. J'ai examiné l'articulation du genou de plusieurs sujets dont la rotule avait été fracturée , et je n'y ai point trouvé de matière du cal répandue. A deux rotules fracturées , dont les fragments avaient été maintenus dans ua contact parfait et étaient exactement réunis ou consolidés, la matière du cal ne faisait aucune prolubér.mce à l'endroit de la réunion , du côté de leur face interne. On voyait au contraire en cet endroit une rainure d'environ une ligne de profondeur. Une de ces rotules a été présentée à l'Académie de chirurgie.

Les ligaments articulaires des goutteux sont sujets à des incrustations de matières salines , de tuf , de substances tophacées , soyeuses , blancbàlres , friables , et qui contiennent beaucoup de phosphate calcaire (ij ou de matière osseuse. Il s'y forme quelquefois des dépôts épais de substance terreuse et saline qui ])araît semblable à de la craie. La matière osseuse peut aussi se répandre dans la substance des ligaments, les unir et les souder aux os. Le squelette des vieillards présente souvent des ligaments des os du bassin , de la colonnes vertébrale et de plusieurs côtes , tellement ossifiés , et l'iiriiculatiou de ces os si effacée, qu'ils ne font qu'une pièce osseuse continue. Le Journal des Savants, année 1G93, ofl'ie un exemple d'un squelette dont une grande partie des ligaments était ossifiée et la continuité articulaire des os effacée. Wous avons vu eu

(1) AVolla.ston a découvert que ces con crélions étaient de l'urale de soude.

DES MALADIES DES

1789, à l'Académie de chirurgie , un squelcite d'iionmie dont presque tous les os étaient soudés à leur articulation , et qui lui avait été envoyé par M. Larrey , chirurgien en chef de l'hôpital général de Toulouse. M. Larrey, son neveu, ancien premier chirurgien aide-major de cet hôpital , qui avait disséqué le corps du sujet et préparé le squelette , m'en a donné la relation suivante: — Jean-l.ouis Peyret , Taisant le métier de pêcheur , ressentait depuis quelques années des douleurs rhumatismales dans tout le corps, et principalement aux extrémités supérieures. Ses douleurs l'empêchèrent d'exercer son métier. Il fut reçu à l'hôpital de Toulouse à l'âge d'environ trente ans. On lui administra sans succès beaucouj) de remèdes. Tourmenté par de longs accès de rhumatisme , il gardait le lit quelquefois pendant six mois. Enfin les parties de son corps restèrent dans une sorte d'inaction , la tète penchée sur le tronc , la colonne vertébrale courbée en avant , les cuisses fléchies sur le bassin , les jambes sur les cuisses , les avant bras sur les bras ; les mains se contournèrent de manière que leur face palmaire se porta en dehors et en arrière. Les articulations de la màclioire , de l'humérus avec l'omoplate , celles des phalanges des doigts , des mains, conservèrent en partie leur mouvement ; mais les autres articulations le perdirent par degrés , à raison des progrès de la maladie et relativement à la durée du repos. Malgré sa triste position , Peyret faisait même assez vite , des filets à pêcher. Quoiqu'il lui fût impossible de porter ses mains à sa tête , il se servait lui-même à manger, à boire , il ne mouchait, il prenait du tabac au moyen de machines de son invention.

Pour les autres besoins on venait à son secours ; lorsqu'il voulait changer de place , on le portait. Quand il n'avait jioint d'attaques rhumatismales, il paraissait jouir d'une assez bonne santé.

Après avoir traîné long- temps une vie languissante et éprouvé un accès de rluiiiialisme qui dura quatre mois, il mourut au commencement d'aoiit 1786 , âgé de cinquante-trois ans.

A l'ouverture du corps , M. Larrey trouva le lissucellulaire cutané dépourvu de graisse, les aponévroses minces, d'un tissu lâche et facile à déchirer; les muscles grêles , décolorés , pâles et mollasses ; les tendons jaunâtres, peu fermes et qui se détachaient avec la plus grande fuci-

VOIES uniNAIRES. 0' lilé du corps des muscles et de la surface des os; les veines extrêmement petites ainsi que les artères , dont plusieurs étaient ossifiées ; les nerfs grêles et d'un blanc terne; les viscères abdominaux sans altération, mais d'un très-petit volume ; l'estomac et les intestins un peu rouges ; les poumons ennammés et adhérenls à la plèvre ; le péricarde rouge et rempli d'environ une demi-livre de sérosité sanguinolente ; le cœur petit , resserré sur lui-même : le ventricule droit de ce viscère contenait une concrétion lymphatique de la grosseur d'une noix. Le crâne n'a point été ouvert. Une grande partie des ligaments qui affermissent les articulations n'existait point ou n'était plus distincte; la plupart étaient ossifiés et réunis à la soudure des os avec les tendons et les aponévroses qui entourent les articulations. Le squelette paraissait être d'une seule pièce osseuse. La tête était beaucoup plus petite que dans l'état ordinaire et si inclinée en bas et en devant qu'elle appuyait presque sur le milieu âu sternum , et qu'il n'y avait qu'un pouce de distance entre l'os cl la mâchoire; les sutures des os du crâne presque toutes effacées , les cartilages inter-articulaires de la mâchoire inférieure détruils ; les condyles de cet os aplatis sur leur sommet , leur surface inégale , pleine d'aspérités , de même que celle des c ivités glénoïdes des os temporaux , de sorte que leur articulation était disposée à se souder : aussi les mouvements en étaient-ils trcs-bornéà dans les derniers temps de la vie du malade.

Pour porter dans la bouche du bouillon , elc. , on plaçait un biberon entre les mâchoires à la faveur des dents qui manquaient. L'occi|>ital élait soudé avec la première vertèbre , celle-ci avec la seconde , toutes les autres vertèbres l'étaient entre elles et avec le sacrum ; les côtes, les cartilages stcrno-costaux entièrement o.ssifiés : les os dcsiles formaient avec les fémurs une soudure lisse , uniforme et très-solide ; les fémurs étaient fléchis sur le bassin à angle aigu et rentrant en devant , mousse et saillant en arrière. L'articulation du genou présentait les ligaments laléraiix ossifiés ou formant deux bandelettes osseuses , les condyles du fémur soudés avec le tibia ; la rotule , unie à l'espèce de poulie ou à la sinuosité qui se remarque au-devant des condyles, ne touchait point au tibia : elle avait encore sou liga;ncnl inférieur

«liins un t'iiil de mollesse, cl qui s'enleva iivec fiicililé. Le dioil l'Liit l'iiis

lleclii sur le IVinnr que celui du eôlé g;mche : l'iiiiion de ces os formait en ai riire un anj-le Irès-aigu et rentruiit , en devant un angle mousse saillant , auginenlé supérieurement par la rotule , interrompu dans le milieu par une ouverture elliptique, qui résultait de l'écartcmenl de la rotule et de la partie supérieure du tibia. Le péroné et tous les os du pied étaient parfaitement soudés dans leurs articulations , de même que les os des extrémités supérieures , excepté les humérus avec les omoplates, et les phalanges des doigts , qui avaient conservé de la mobilité entre elles et avec les os du mélacarpe. La tête de chaque humérus était aplatie sur son sommet, dépourvue de cartilages , couvertes d'aspérités inégales, qui répondaient à de pareilles inégalités de la cavité glénoïde de l'oraoplaie , ce qui rendait les mouvements de cette articulation très-bornés vers la fin de la vie. Les liiran)ents latéraux de l'arliculalioa du coude formaient deux bandes osseuses. Les os de l'avant-bras étaient dans la pronalion la plus forte et soudés. Ce squelette très-curieux est conservé dans le cabinet d'anatomie de l'Académie de chirurgie.

Columbus conservait aussi dans son cabinet anatomique un squelette dont les os ou toutes les «rliculalions du corps , depuis la tête jusqu'aux phalanges des orteils, étaient soudées. 11 y manquait qisatre dents , deux supérieures et deux inférieures ; le vide qu'elles laissaient permettait l'introdiiclion des alimenis et des boissons dans la bouche. C'était le squelette d'un vieilhird qui avait vécu long-temps dans l'hôpital des Incurables de Rome. Cet homme ne pouvait mouvoir que les yeux , la langue , le thorax et l'abdomen. Les cartilages articulés avec les côtes n'étaient pas encore ossiliés ni soudés ; mais toutes les autres parties du corps étaient sans mouvenient, [Ve re anal. lib. 15, p. 2G3.)

Il peut se former dans les cavités articulaires des concrétions albumineuses , lophacées, calcaires, qui déforment les os, changent leur rapport de connexion let occasionnent leur déplacement. Nous traiterons spécialement de celles qu'on a observées dans l'articulation du genou. Ces concrétions sont des corps durs, arrondis eu aplatis, ordinairement cartilagineux, libres cl faciles à se glis-

ser d'un côté de l.i cavité articulaire vers un autre côlé , d'aulns fois mobiles et attachés par de petits ligaments. L'origine (le ces corps n'est pas connue.

Une observation d'Alexandre iVIonro pourrait faire présumer qu'ils proviennent de fragments ou de portions détachées des cartilages arlicul.iircs. Disséquant en 172(j le cadavre d'une femme âgée de quarante ans, il trouva dans la capsule de rarliculation du genou droit nn os ou corps cartilagineux et cellulaire de la forme et de la grosseur d'une petite fève. Cet os était attaché à un ligament long d'un demi-pouce et situé à la partie interne du tibia : étant coupé, on vit qu'il n'avait qu'une couche extérieure solide et mince; l'intérieur l'tiiit formé d'une substance cellulaire remplie dégraisse. Le ligament auquel il était attaché partait du bord extérieur du cartilage qui couvre la cavité externe du libia. 11 manquait à ce même cartilage une portion de sa substance , de la môme figure que celle du petit cprps solide. Monio n'a pu avoir aucune connaissance des symptômes qui avaient accompagné cette disposition contre nature ; mais trouvant quelque rapport de ce fait avec celui dpnt M. Simson lui avait fait part sur un corps osseux , libre et mobile , qu'il avait extrait de l'articulation du genou d'un homme, il a pensé qu'il pouvait servir à rendre raison de ce phénomène. {Ess, cCEdimb.,, t. iv, p. 371.)

Morgagni rapporte deuxiails qui ne paraissent point étaycr l'opinion de ceux qui attribuent l'origine de ces corps étrangers à des fragments de cartilage articulaire. Il disséquait en 1746 l'articulation du genou gauche d'une vieille femme morie à la suite d'apoplexie , et il y trouva beaucoup de corps globuleux. Les cinq plus gros avaient à peu près le volume de petits grains de raisin; les autres , au nombre de plus de vingt, étaient plus petits. Tous étaient blancs , lisses, séparés entre eux , adhérents par une petite partie de leur surface et même continus, savoir : les plus petits en forme de série oblongue , aux parties latérales et inférieures du ligament capsulait e; et les plus gros, au tissu cellulaire ou glanduleux qui recouvre une portion des cartilages de cette articulation. Les uns étaient entièrement oiseux , d'autres avaient une écorce cartilagineuse et dans le centre un noyau osseux, illorgagni a remarque qu'une partie du cartilage de

la rotuli', qui rt'pond au conrlyle cxlerne du fnuur, cUil ju-csque usée et sillonnée li'Pcrfraeiil de truils pnrallèlos d soinblal)les à ceux que Iciail le traiichaul d'un sciilpcl dirigé de liaul en bas. Il a observé que le carlilnge du même coiidyle était si aminci en cet endroit qu'il praissait livide a raison de la Iranspurence qui permellait de voir la substance des os. Ce célèbre observateur n'attribue point l'existence de ces corps à des fragments de cartilage délacliés ou séparés de la rotule et du Icmur. 11 a vu l'année suivante le cartilage du condyle externe ilu fémur d'un homme, à l'endroit qui touche la roUile, usé ou comme corrodé dans l'étendue de l'pngle du petit doigt; cependant il n'y avait aucun vice à la rotule , aucune altération dans l'articulation, ni aucun corps globuleux (De sed. Ep. 'oT,nrt.ii eiib;Ji'p.(yd,nrl.ii). Il résulte de ces faits que les concrétions cartilagincusès ou osseuses, quisontlibres etmobilesdans l'articulation du genou, ne proviennent point de fragments des cartilages qui s'y remarquent. Il est vraisenil)lable qu'elles se forment dans le tissu cellulaire graisseux et synovial , qui est si abondant dans celte articulation. La plupart ont un ou plusieurs pédicules filamenteux. Quelques-unes ont pour noyau un corps ossiforme , et pour ëcorce une substance cartilagineuse ; d'autres sont entièrement cartilagineux : ce qui induit à penser qu'elles pri'nnent naissance dans ce tissu cellulaire , oîi s'est déposée une partie de la matière osseuse.

Des observateurs anglais nous ont transmis plusieurs exemples de cette maladie. Serait-elle moins rare en Angleterre qu'eiî Allemagne, en France, etc.?

MM. Ilencliel , Tlieden l'ont observée plusieurs fois. M. Desault a déjà traité avec succès plusieurs personnes qui en étaient affectées. Nous allons rassembler leurs observations éparses dans divers ouvrages (l). — Le premier fait que nous avons recueilli sur celte maladie a été communiqué par M. Simson (Essais d'Edimbourg, tom. iv , pag. av-i). » Un homme de campagne eut pendant plusieurs mois une difficulté de marcher occasionnée par une douleur qu'il rcs-

(1) Paré, rencontra un de ces corps dans le gonou d'un homme auquel il avait fait une incision pour un aposièmo aqueux. f . i>.

VOIES UKINAIRES. Oif

sentait «u genou gauche , oii il n'avait jamais reçu de coups remarquables. Dans je temps que les douleurs se firent sentir le plus vivement , il aperçut au-dessous de la rotule queli|ue chose de dur. Ce corps était pour l'ordinaire placé du côté de la partie interne de la jambe; quelquefois cependant il passait de l'autre côté , et le malade ne pouvait avoir de repos que lorsqu'il l'avait déplacé en le repoussant avec les mains vers la partie supérieure. Les parties des environs étaient tuméfiées à peu près comme on le remarque dans les tumeurs blanches qui surviennent à celte articulation ; elles étaient cependant moins enflécSw Toutes les fois que le malade marchait, ce corps dur ne manquait jamais de paraître, de sorte que, lorsque je vins pour le voir, dit M. birason , il fut obligé de faire quelques tours dans la chambre avant (|ue je pusse apercevoir ce petit corps. Je n'eus pas de peine à le saisir avec les deux doigts; et je le sentis si distinctement que je ne doutai aucunement qu'il ne fût situé dans la membrane graisseuse, immédiatement au-dessous de fa peau : ce qui me fit prendre sur-lechamp un bistuuri pour ouvrir les téguments à cet endroit; mais le malade, n'ayant point le courage de le souffrir, demanda pour s'y résoudre plusieurs jours de délai. Quelque temps après , il vint me trouver ; il était déterminé à l'opération pour se délivrer des douleurs vives et continuelles que lui causait la chute de ce corps , laquelle arrivait toutes les fois qu'il faisait quelque mouvement. Ce corps me parut si libre et si superficiel que je ne doutai nullement du succès de l'opération. Je fis une incision sur les parties qui le recouvraient pendant que je le tenais assujetti entre mon pouce et le doigt index. Mais quelle fut ma surprise lorsque, après avoir ouvert par cette première incision la peau et la inenibrane graisseuse , je trouvai au-dessus du corps que je me proposais d'enlever un sac formé d'une forte membrane , qui me laissa apercevoir distinctement l'endroit où ce corps flottant était logé ! Je reconnus alors que l'opération que j'avais entreprise était de plus grande im[)ortance que je ne l'avaiâ pensé. Persuadé cependant que je ne pouvais donner du soulagement au malade qu'en continuant l'incision, j'ouvris le sac , dans lequel je trouvai au moins quatre onces de synovie ; c'est-h-diro qu'il en sortit une humeur épaisse et

THAITÉ

transparente , avec le corps dur , qui était de figure approchant d'une fève de haricot et plus grand. Il me parut d'abord entièrement cartilajf ineux , Irèspoli et arrondi ; mais en se desséchant il devint plus petit , et je trouvai que c'était un os couvert d'un cartilage. En ouvr.int le sac , dont la membrane clait solide et épaisse , le malade sentit la douleur la plus cuisante , laquelle s'apaisa en peu de temps. Après quelques heures de repos, cet homme monta à cheval , lit deux milles pendant la nuit et par une gelée des plus piquantes ; ce qui lui attira au genou les douleurs les plus vives. On lui fit des fomentations émollientes ; mais ce fut s«ns beaucoup de succès. Le genou lui enlli prodigieusement, et ce qu'il y eut de remarquable, c'est qu'il se plaignait moins de l'endroit où l'incision avait été faite que de l'endroit qui lui était opposé. Il fut saigné et purgé plusieurs fois ; ce furent l,i les seuls remèdes que je pus lui faire dans le courant du mois qui suivit l'opération, pendant lequel il fut rarement sans ressentir de la douleur et sans jeter les hauts cris , ne pouvant souffrir qu'on lui remuât la jambe, quelque doucement qu'on s'y prît , et ne prenant de repos que lorsqu'on lui donnait des calmants.

Je lui fis appliquer autour de la jambe des vessies pleines d'eau aussi chaude qu'il put la soufl'rir, et dont il ne reçut pas beaucoup de soulagement. Mais l'eau injectée eut un meilleur succès; et j'employai deux hommes à lui en cingler tour à tour et pendant une heure chaque -fois , avec une seringue ordinaire à lavenienls. (^)uoique ces injections apaisassent la douleur et fissent diminuer l'enflure , cependant elles ne l'emportèrent aucunement ni l'une ni l'autre , jusqu'à ce que j'eusse appliqué un caustique à la partie externe du genou. A l'aide de ce caustique et des injections que je fis continuer, la tumeur diiiiinua peu à peu pendant l'espace d'environ un an. Au bout de ce temps cet homme se Irouva délivré et de l'enflure et des douleurs , et il marche à présent sans difficulté. Celait en juillet 173G. »

Cette opération nous a paru Irop intéressante pour en omettre les détails.

L'observateur annonce avec franchise qu'il s'est mépris , môme dans le temps de l'opération , sur le siège que le corp.s étranger occupait. Il le croyait placé sous les téguments ; ce n'est qu'en incisant la capsule articulaire qu'il rccomuil

sa situation dans celle cavité. Il pense que l'irritation que causait ce corps libre avait produit cette grande quantité d'humeur synoviale, qui avait distendu la ca|)sule et l'avait rendue contiguë à la jieau. Celte humeur laissait au corps dur que la capsule contenait la liberté d'être niu de côté et d'autre, quoiqu'il se trouvât le plus souvent dans la partie interne du genou, qui est la plus inclinée. Les signes de la présence d'un pareil corps dur , flottant ou mobile dans cette articulation, sont si manifestes qu'on ne doit pas s'y méprendre. Il indique, comme corps étranger et nuisible, l'extraction. Cette opération et le traitement de la plaie demandent des soins particuliers, dont nous ferons mention après le rapport d'autres faits que nous avons recueillis sur cette maladie.

Reimarus a publié à Leyde , en I7.S7, une dissertation intitulée De. J'uiigo articulorum , dans laquelle il parle [paragraphe 64) d'un petit os qui se forme dans rarticulalion du genou. Il dit ne pas connaître d'exemples d'une maladie aussi singulière, dans d'antres articulations. ]1 cite, d'après Henckel , un cas oîi deux petits os de celte espèce , mobiles dans la capsule du genou, se cachaient quelquefois sous la rotule, et furent extraits par une incision faite à chaque côté de l'articulation. Le malade a été guéri dans l'espace de cinq semaines, sans qu'il lui soit survenu d'accidents. 11 rapporte que Bromfield, chirurgien de Londres , a retiré deux corps cartilagineux, par une incision faite à un côté de cette articulation, et que la plaie s'est cicatrisée sans accidents , après avoir employé des bandages convenables. Étant il l'hôpital Saint- George de Londres, il a vu extraire par M. Hewit un corps de la même nature, situé dans l'arliculalion du genou d'un jeune homme de vingt trois ans. L'incision fut f.iite vers la parlée externe et supérieure de la rotule. Le malade sentit une douleur peu vive pendant l'incision; il ne souffrit plus de la plaie le reste de la journée. On le saigna : le lendemain au soir, il se plaignit de douleurs aiguës dans le genou et dans le pied , qui ne cédèrent point à une nouvelle saignée. Il eut de la fièvre, de l'insomnie : le genou se gonfla. Le jour suivant, on écarta les bords de la plaie, et il s'écoula de l'articulation une humeur séreuse et ténue, ce ([ui procura quelque soulagement. On employa des fomentations, des cataplasmes ; on n'itéra la saignée ; cependant

DES MALADIES DI

les douleurs continuèrent d'être très -vives pendant un mois : à peine se f;iisnienl elles sentir à l'endroit de la plaie; les plus fortes se fixaient au côté opposé, à la partie interne et au jarret. Enfin, elles diminuèrent insensiblement par l'usage du kina; il en subsista de vagues, même après la consolidation de la plaie, d'oii il ne s'était pas écoulé beaucoup d'humeur. Les ligaments de l'articulation sont devenus raides , et il est resté un gonflement autour du ligament de la rotule. Le récit de ce l'ait se trouve au paragraphe 27 de la Disserlalion. Le même auteur énonce, au paragraphe 56, les accidents qu'éprouvent les personnes affectées de celte incommodité. La plupart des malades ont senti une grande douleur, lorsque le corps osseux se plaçait entre la rotule et le fémur; ils é'aient obligés de s'arrêter dans leur marche, jusqu'à ce qu'il fût déplacé en le repoussant avec les doigts : d'autres n'éprouvent aucune douleur. Midlton a raconté à Reimai us qu'il avait guéri de celte incommodité un homme qui ressenlait de la douleur, et ne pouvait mouvoir l'articulation , lorsque le corps mobile glissait à l'une des parties latérales de la rotule ; mais quand ce corps était repoussé sous la rotule, la douleur cessait. C'est pourquoi Midieton appliqua un emplâtre agglutinalif autour de la rotule, et un bandage circulaire propre à fixer ce corps, et à empêcher qu'il ne glissât et ne se déplaçât du lieu qu'il occupait entre la rotule et le fémur. Ce bandage ne produisit point d'accidents. L'ayant ôlé quelques mois après , le corps étranger ne reparut plus autour de l'articulation.

Midlelon iijoula qu'il connaissait un exemple semblable d'un autre malade.

Mais ce moyen a été tenté sans succès dans le même hôpital Saint-George. Le malade sur lequel on l'a éprouvé ressentait une douleur plus grande lorsque le corps était retenu au-dessous de la rotule p.ir le bandage, (|uoique auparavant il reslàl caeiié sous cet os sans causer de douleur: on fut obligé d'extraire ce corps élrauf^er.

Les OEuvres de chirurgie deM. Gooch, imprimées à Norwicli en 1707 , nous of-^ frent uu exemple de ces corps cartilagiueux. Il fut consultée!) mai I7G2 par un jeune jardinier d'une bonne santé, mais qui se plaignait d'une tumeur douloureuse au genuu et produite par un ci,rps inobde.Ce chirurgien examina celle parue, il n'y trouva point do tumeur. Le

VOIES CRINAIRES. 91

jeune homme lui dit qu'il allait bientôt lui faire sentir ce corps. Il fit des mouvements de flexion et d'extension de la jambe, en pressant avec les doigts le côté externe de la cuisse au-dessus du genou, bientôt après il fit sortir ce corps de dessous le muscle droit, près de la partie supérieure de la rotule et du côlé interne , et le rendit sensible à la vue et au toucher. Il ajouta qu'il pouvait ensuite le lui montrer du côlé externe, en dirigeant la pression dans un sens opposé : en effet, au grand étonnement de M.

Gooch, le corps retourna à l'endroit d'où il avait été déplacé. Ce chirurgien produisit les mêmes eft'ets en pressant avec ses doigts la cuisse pendant la flexion et l'extension de la jambe. Ce corps mobile semblait suivre toujours la même roule, comme s'il eût été conduit par une lisière. Durant son éial de repos dans le muscle, il ne causait point de douleur, et ce jardinier pouvait se servir de sa bêche; niais aussitôt que ce corps quittait cette place, il s'ensuivait la perte de l'usage de la jambe et de grandes dou- . leurs en la remuant. D'après ces considérations, et l'extrême aversion de ce jeune homme pour l'incision nécessaire à l'extraction de ce corps étranger , M. Gooch essaya l'etTet d'une genouillère bien matelassée et propre à maintenir ce corps fixé au-dessous du muscle droit. Il espérait par ce procédé que ce corps si mobile pourrait adhérer aux parlies , et que, par cette adhérence, il ne serait point nécessaire d'avoir recours à l'extirpation. Car ce n'était que depuis quelques années que ce jardinier se plaignait d'une légère douleur au genou , qu'il croyait rhumatismale; et il ne s'était jamais aperçu de ce corps , qu'immédiatement après un violent effort en sautant uu fossé. M. Gooch dit que, n'ayant plus entendu parler de ce jeune homme, il pensait que son procédé avail réussi. Il ajoute qu'il a fait l'extraction de deux corps de celte nature, par la voie de l'incision ; ces corps paraissaient plus osseux que cartilagineux. Il croit avoir prévenu les accidents qui peuvent résulter de cette opération, en faisant rester les malades au lit , et en enveloppant pendant quel(|ue temps le genou d'un cataplasme de |)ain , de lait et d'huile, qu'on renouvelait matin et soir. (Cases iit sursery t. ir, p. 306.) ' Dans les Observations de chirurgie par M. Bromfield, publiées en 1773, il ne se trouve aucuu fait sur les corps

étrangers carlllngineux siluésdans l'articulation (lu (jcnou. L'aulcur annonce qu'il a obsiM-vi" plusieurs fois cette maladie , et il la décrit avec exaclilnde. Quelquefois , dit-il , le corps étranfïer glisse subitement enlre rexlrémilé inférieure du fémur et la partie supérieure du tibia. Pendiint son séjour entre ces os , il occasionne de vives douleurs dans certaines directions du membre, et l'immobilité de l'articulalion : mais lorsqu'il change de place naturellement ou par accident, jtendint l'examen de la partie aftectée, et qu'il devient exempt de la pression, la douleur cesse sur-le-champ , et l'articulation est presque aussitôt susceptible de ses mouvements ordinaires. Ces corps sont cartilagineux et libies d;ins l'articulation; le poli de leur surface, le mucilage synovial plus ou moins abondant , favorisent leur glissement ou leur passa§:e facile dans différentes parties de la jointure. Des personnes sont sujettes à des retours fréquents d'accès de douleurs par la situation profonde de ces corps, et elles en demandent l'extraction. M.Bromfield a fait deux fois celte opération avec succès , et il en recommande le procédé suivant. Le malade sera couché sur le dos, la jambe étendue, le pied un peu élevé. Un aide fixera le corps étranger au côté de la rotule où le ligament capsulaire paraît plus mince et plus flasque; an autre aide tirera en bas les téguments avec ses mains, jusqu'à ce qu'ils forment des rides au-dessous du genou , et qu'ils soient bien tendus à la partie inférieure de la cuisse, et à l'endroit de la jointure, où le corps cartilagineux est fixé par le premier aide. L'opérateur incisera suffisamment les téguments pour prati(|uer au ligament capsulaire une incision d'une étendue propre à laisser échapper librement le cartilage à travers la plaie : immédiatement après l'extraction, on retirera les téguments en haut vers la cuisse; on uppliquera des coin|iresses trempées dans l'eau et l'eau-de-vie , et on les assujettira par un bandage. On maintiendra la jambe étendue et de niveau avec la cuisse, pour que le ligamentcapsulaire soit relâché, que les ligaments croisés ne soient pas tendus , afin de prévenir les douleurs, l'inflammation et d'autres accidents. Le malade restera au lit, même quelques jours après la guérison , parce que le ligament capsulaire ne se réunit point aussi promptement que les muscles et les tégunients. On maintiendra l'appareil humecté avec de l'eau spiiilueuse ou

avec de l'eaa de saturne sans le renouveler, à moins qu'il n'y ait des douleurs à l'articulation. Les malades qui observent le repos, la situation convenable de la jumbe, n'éprouvent point ordinairement d'iiccident", et guérissent promptement; M. Hioinfield en a vu qui, par mauvaise conduite, auraient pu perdre la vie. Comme ils avaient peu souffert pendant l'opération, et que leur plaie paraissait guérie en peu de jours, ils ont fait un usage trop prompt de leur membre , et les symptômes les plus fâcheux sont survenus. [ Chirurgical observations , vol. 1 , p. 332.)

La société des médecins de Londres a publié dans le cinquième volume de son Recueil cVobservntions le fait suivant, communiqué en i775 à M. Guillaume Hunter par M. Ford, chirurgien de Londres. Un domestique, âgé de dix-huit ans, d'une constitution robuste, et qui n'étiiit [loint sujet à des maladies chroniques , ressentit . immédiatement après une chute qu'il fit, une douleur violente au genou du côté gauche. Il y survint du gonflement , de la tension , et un accroissement de douleurs particulièrement lorsqu'il marchiiit vile, ou qu'il était employé à son service. Cette maladie résista pendant plusieurs mois à toute espèce de traitement. M. Ford examina le genou de ce jeune homme : il trouva un corps libre , à peu près du volume d'une petite cliâtaigue , et situé dans la cavité articulaire. Ce corps changeait souvent de place dans les mouvemeuti du genou, le malade le faisait fscilement glisser, avec les mains, d'un côté de l'articulation à l'autre côté. Il éprouvait une grande douleur en marchant, quand ce corps se plaçait sur le condyle externe du fémur. Le gonflement des parties extérieures s'était dissiiié par le repos, la diète, etc. M. Ford détermina ce jeune homme à souffrir l'extraction de ce corps étranger. Il y procéda de cette manière : la jambe étant étendue , le corps mobile conduit au côté externe du genou, et li.xé par un aide, ce chirurgien incisa les téguments dans l'étendue d'environ deux pouces, (it une incision plus petite sur le trajet du corps étranger, qui s'échappa sur-le-champ par cette ouverture. Il jugea , par l'écoulement de la synovie, qu'il avait coupé le ligament capsulaire. Les bords de la plaie turent à l'instant rapprochés et maintenus par des bandelettes d'emiilâtie aggUiliuatif et par \\n b,indage unissant. Un lira seiie onces de

DIS MALADIES 0t

sang du bras ; la saignée fat répétée deux fois dans le cours de la semaine , mais en plus petite quantité , et on liumecta fréquemment rajipareil avec de l'eau de snlurnc. Le malade tenu à la diète, le ventre libre, n'éprouva aucun symptôme fâcheur, jusqu'au septième jour qu'il se plaignit do douleur dans le genou, de mal de tête, d<; soif, de toux, de nausées, d'agitation , d'insomnie. On trouva sa plaie presque réunie; on le saigna, on le purgea. Le lendemain, il se manifesia un grand nombre de boutons de rougeole. On continua le même régime; la rougeole disparut dans le temps ordinaire, et la plaie fut entièrement guérie en peu de jours. On permit à ce domestique de se lever; on lui recomrnanda de se servir de son genou avec précaution, et de le tenir étendu en marchant. Il eut de la peine à suivre ces cjnseils , parce qu'il n'éprouvait aucune gêne à mouvoir librement celte arliculatioa. Un mois après l'opération , il s'en retourna bien porljint dans son pays. Le corps étranger était cartilagineux dans toute sa substance; une de ses surfaces était convexe, et l'autre légèrement concave ; son bord présentait des fibres minces, qui avaient beaucoup de ressemblance à des poils.

M. Ford dit qu'il est vraisemblable que ce corps cartilagineux était, dans les premiers temps , fixé dans l'iirticulalion par de petits ligaments, et qu'étant augmenté de volume , il s'iilait séparé de ses attaches par la secousse qu'il avait reçue au moment de la chute de ce domestique.

{Médical observ.^ vol. v, p. 329.)

M. Tlieden a rencontré par trois fois ces corps étrangers dans l'arliculalion du grnou. U.i marchand était incommodé du genou , quand il marcliait : il sentait dans cette piutie un corps étranger qui semblait être de la grosseur d'une fève. Quelquefois ce corps se produisait en dehors, au côté interne de l'arliculution , sous le ligament capsulaire ; d'autres fois il se cachait dans l'ai liculation. Quand il clnit en deiiors, à peine incommodait-il. Lorsqu'il rentrait dans l'arliculalion , le malade ne i)ouvait marcher sans éprouver des douleurs extrêmes.

Après avoir employé inulilumenl des remèdes de loule espèce, on con-ulta M.

Theden. Il trouva uu jour ce corps fuisant sailie à la partie interne de l'articulation. Comme il avaitdisposé d'avance le malade \\ l'opération , il saisit ce moment pour la faire. 11 contint ce corps de façon qu'il ne piitlui échapper; il incisa

VOIES CRINAIRES.

à la fois la peau et les ligaments qui le couvraient, et il en fit l'extraclioji sans difficulté. La fifi^ure de ce corps approchait de celle d'une fève : il> avait pourpédicule un filament long de trois pouces. M. Theden attira le tilament en dehors autant qu'il put, et le coupa près de l'ouverture: il rapiirocha ensuite soigneusement les bords delà plain pourempêchep quel'air n'y pénétrât; il les réunit avec des. bandes d'emplâtres, il prescrivit pendant huit jours le repos au malade : a.u bout de ce temps, la réunion fut faite, et 1« malade guérit.

Le second fait est celui d'un chirurgien qui s'aperçut qu'il avait un corpsr étranger dans l'articulation du genou , mais plus petit que le dernier. Il en était fort incommodé. Il avait été témoin du suecès de l'opération faite par IVl. Theden : il résolut de la répéter sur lui même. L'événement en fut heureux , quoiqu'il ne fiit resté en repos que deux jours. Ce corps avait également un pédicule filamenteux. Un fusilier est le troisième cas. Il avait dans le genou un corps semblable qui l'empêcliail de marcher. On en fit l'extraction à l'hôpital de Breslaw. Dans ce temjis, il régnait une fièvre maligne. Ce .soldat en fut attaqué; il mourut, sans que la plaie, eût éprouvé aucune variation. Les deux premières observations et méuie la troisième , dit M. Theden , apprennent que la. guérison des phiies des articulations déi)end du soin qu'on prend de les préserver du contact de l'air. [Progrès iilti- rieurs de la chinirs^ie, trad. de Vallemand , 1777 j sect. xvi, p. 136.)

Quoique les observations de M. Desault sur les corps étrangers cartilagineux qu'il a extraits de l'articulation du genou n'aient pas encore été publiées (juin 1791), nous pouvons rapporter avec quelques détails celle qui est relative à un étudiant en philosophie , auquel il a l'ait cette opération en avril 1701. Cet étudiant, âgé d'environ vingt ans, avait ressenti, en 1788 , sans aucune cause connue, des douleurs dans l'articulation du genou ; elles étaient plus vives en certains instants de sa niiirche. Il survint un gonflement qui céda au repos et .à l'application des répercussifs. Lorsqu'il vint consulter M. Desaull, il n'y avait ni tuméfaction ni empâtement. On sentait un corps mobile, rjui se présentait (juelquefois au côté interne de l'articulalion . et d'autres fois de l'autre côté. Lorsque dans la progression ce corps se plaçait derrière

94 TRAITÉ

la rotule, ou le ligaracnl inférieur tle cet os, ce jeune homme clail forcé de s'arrôlcr subitement; il éprouvait une douleur si aiguë qu'il aurait pu tomber à la renverse s'il n'eût été retenu. M. Desaull reconnut bientôt la nature de celte maladie, qu'il avait déjà observée surd'.iutres personnes. Il proposa l'extraction de ce corps étranger qu'il annonça être une production cartilagineuse. Cet étudiant se détermina peu de jours après à subir cette opération. Voici la manière dont M. Desault y procéda. Le malade étant couché et la jambe étendue, ce chirurgien amena avec les doigts le corps étranger au côté interne de l'articul.ilion près de l'insertion de la capsule , au-dessus du condyle du fémur. Il fit tirer par un aide la peau, autant qu'il fut possible, vets le côté externe. Tenant fixé le corps étranger , il incisa verticalement sur son trajet les téguments de la capsule articulaire dans l'étendue d'environ un pouce et demi. Aussitôt le corps étranger parut, et fut extrait au moyen des doigts. La peau abandonnée à elle-même vint recouvrir la solution de continuité faite à la capsule. Les bords de la division extérieure furent maintenus rapprochés par des bandelettes agglutinalivts , sur lesquelles on appliqua de la charpie imbibée d'eau végéto-minérnle, et des compresses soutenues par un bandage circulaire. La jambe resta dans l'extension, et six jours de traitement ont été l'espace de temps suffisant pour le cicair salion parfaite de la plaie, et la cure radicale de la maladie. Le corps étranger était cartilagineux , d'une couleur blanchâtre , d'une forme elliptique, dont le plus grand diamèt e avait quatorze lignes, le plus petit neuf, et l'épais eur une liijne et demie. De ses deux faces , l'une était en stalagmite, et l'autre légèrement liosselée ; celle-ci offrait deux sillons qui semblaient partager le cartilage en trois parlies unies par une substance ligamenteuse.

Un corps de la même nature , que M. Desaull avait extrait de l'nrticulatiou du genou d'un officier, était long Oe dixhuit lignes, concave î» l'une de ses f.ices, convexe sur l'autre , et dentelé dans sa circonférence. Cet officier avait eu le genou pris entre une porte et un mur, en poursuivant trop vivement une personne. Depuis cet instant, il sentit dans cette partie une douleur dont l'intensité et les progrès furent assez rapides, et qui céda en partie à des remèdes généraux }

mais il se forma dans l'articulation un corps étranger, dont la présence manifestée par une légère tumeur et par des douleurs plus ou moins vives gêna beaucoup les mouvements de progression.

M. De.sault, consulté sur cette maladie, en connut promplement la nature : il proposa l'extraction du corps étranger comme le moyen le plus convenable et le plus sùr pour la guérison. L'officier se soumit à l'opération ; sa plaie fut guérie le cinquième jour , et dès le huitième , il commença à marcher. Il est peu d'exemples d'une guérison aussi prompte en pareille occurrence. S'il survient quelquefois des accidents, c'est par l'inobservation des soins prescrits , ou par une disposition morbifique et cachée.

La collection de toutes ces observations pratiques prouve que la formation des cor[?s étrangers et cartilagineux dans l'arliculalion du genou n'isl point aussi rare qu'on pourrait l'imaginer. Elle instruit suffisamment sur l'existence et la nature de ce mal ])our prévenir les erreurs ; elle fait connaître les moyens de le guérir radicalement. MM. Henckel et Bromfield sont les seuls praticiens qui aient trouvé deux de ces corps cartilagineux dans celte même articulation. Il ne s'y rencontre ordinairement qu'un seul corps étranger. Presque tous proviennent d'une cause extérieure. Ils se manifestent par une tumeur à l'un des côtés de l'articulation ; ils y sont mobiles, et peuvent en purcourir les dilTérenles parties : niais, pendant la marche du malade, s'il se placent derrière la rotule ou le ligament inférieur de cet os, ils empêchent alors subitement la progression.

La fré(iuence de celle incommodité et les douleurs qui l'accompagnent déterminent à souffrir l'extraction ducorps étranger. Cette opération est la seule méthode curalive préférable ; et le procédé de M. Desault nous parait le plus simple et le plus sùr. Après l'extraclion , on doit réunir promptement les bords de l'incision comme ceux d'une simple plaie , pour emiiêcher la communication de l'air dans l'iirliculation. On évitera tout ce qui peut irriter les parties (|ui la forment, et l'on recommandera un repos parfait.

Quoique la plaie se consolide en peu de temps, il est prudent et utile de ne permettre la marche que plusieurs jours après la guérison. La Société des médecins de Londres a été informée que dans lilusicars cas il n'y a eu aucun accidenl, et que dans d'autres il est survenu une

DES MALADIES DE

violente inflammaHoii , la fièvre, etc., et la mort. Ces accidents provenaient de la suppuration qui sVtail étendue dans l'articulation. (Medic, obscrv., vol. v, p. 334.)

Les concrétions pierreuses se forment principalement dans les organes destinés à la sécrétion des humeurs , et se rencontrent dans la substance parencliymateuse ou dans les conduits excréteurs de ces parties. Il est très- rare de trouver des concrétions pierreu.ses dans les voies lacrymales. M. Sandifort rapporte un exemple de ces calculs dans le troisième livre de ses Observations anatomicopalhologiques ( cap. 4 , pag. 74 ). Une demoiselle avait depuis deux ans sur le trajet du sac lacrymal du côté gauche une tumeur dure, rcnitenle , ulcérée ou percée d'un petit trou fisluleux situé sur le bord de la paupière intérieure, près du point lacrymal. En comprimant la tumeur , il s'écoulait de la fistule une petite quantité de matière de bonne qualité ; mais cette compression ne faisait pas beaucoup diminuer le volume du tubercule : il restait d'aulant plus gros qu'il restait moins de pus. On passait facilement un slylet diins les points lacrymaux. La narine de ce côté était toujours sèche. La liqueur qu'on injectait par les points lacrymaux s'écoulait par le nez , et celle qu'on [loussait dans la fistule du tubercule passait dans le sac lacrymal et sortait aussi trèsfacilement p.ir la narine. M. Sandifort conseilla d'ouvrir le sac fisluleux , d'agrandir la plaie de manière qu'on y vît le fond. Cette opération étant fuite , on découvrit un corps étranger, qu'on (ira avec une pince. C'était un vrai calcul pyriforme , que M. Sandifort a fait dessiner et qui est représenté planche viu , figure 3 , du livre troisième. Après l'extraction de cette petite pierre , la tumeur disparut, la plaie fut guérie en peu de temps , et les larmes qui se répandaient depuis deux ans sur les joues prirent leur route naturelle. M. Sandifort pense que ce calcul s'était formé dans le suc lacrymal , dont la partie externe s'élait ulcérée et avait produit une fistule au bord de la paupière. Comme les larmes contiennent des jirincipes salins , savoir : de la soude pure , beaucoup de niuriate de soude, très-peu de i)hosphale calcaire , avec du mucilage et beaucoup d'eau , il est possible que ces h'Is se cristallisent et donnent naissance i» une pierre.

VOIES DRlIÏAinES, 95

On a trouvé dans l'œil des concrétions pierreuses, une pierre grosse comme un grain de millet [Journ. des Snf., 1701). Pallas a vu le crislailin pétrifié (C/nr.,p. 144). Haller, disséquant le cadavre d'un voleur, remarqua une cicatrice à la cornée et une dureté au globe d'un œil de ce sujet. 11 trouva sous la membrane choroïde , en place de la rétine, une lame pierreuse , sans aucune apparence de fibres ; elle adhérait à la choroïde , lui était concentrique , et formait un hémisphère creux , dont le centre était percé d'un trou rond par lequel passait le nerf optique. Il n'y avait point d'humeur vitrée. Le nerf optique, sorti du trou de la lame pierreuse , s'unissait à un corps osseux qu'on pouvait regarder comme le cristallin dégénéré.

Haller pense que dans ce cas la rétine s'était endurcie et pétrifiée ( Opusc.

palhulog. obi. G5). lilegny dit qu'une dame avait de grandes douleurs de tête avec fièvre; elle devint aveugle et mourut. On trouva une pierre de la grosseur d'une fève dans ie crâne, à l'union même des nerfs optiques ( Zodiac, gallic.

obs. 14., p. 8i). Chesneau rapporte qu'une fille, après une douleur de tète, devint aveugle. Son corps ayant été ouvert, on trouva une concrétion gypseuse autour des nerfs optiques [Obs. lib, 1, p. 14).

Le cérumen amassé dans le conduit auditif peut s'endurcir et former une concrétion pierreuse qui, fermant le passage aux rayons sonores , rend l'ouïe dure ou cause la surdité. Ces concrétions approchent de la nature des calculs biliaires. Elles sont souvent inflammables, légères, relativement à leur volume ; elles n'excitent iias de douleurs , et on les porte quelquefois long temps sans qu'on leur attribue la cause de la surdité. J'en ai extrait une de l'oreille d'ua homme qui depuis dix ans était privé de l'audition de ce côté , et qui recouvra cette faculté après l'extraction de ce corps étranger. Ayant senti dans la conque, avec une sonde, la présence d'un corps dur , j'ai tâché de le ramollir en versant dans le conduit, à l'aide d'une cuiller à café, une eau légèrement savonneuse et tiède; et, au moyen d'un cure-oreille , l'extraction a clé prompte et facile. La concrétion était de la forme d'une noisetle, noirâtre en dehors, d'ua brun jaunâlrc en dedans ; elle brûla et s'enflamma in décrépitant. Duverney a observé que la matière cérumineuse se

TRAITÉ

convertit soiivfinl en une espèce de plâtre qui remplit tout le conduit iuidiliP. M. Leschevin a vu une assez grande quantité de cette subslancc plâtreuse , quia été extraite en différentes fois de l'oreille d'une l'emnie qui devenait sourde de temps en temps par cette cause. (Prix de l'Acad. de chir., t. ix, p. 152.)

Il se forme des pierres dans les glandes et les conduits salivaires. Morgagni a trouvé des concrétions pierreuses dans la parotide d'une vieille femme morte d'apoplexie [De sed. et caus-, Ep. Il , art. 16). Hannes a reconnu des ])ierres dans la glande maxillaire {Nova net.

acad. nal. car. t. 6, p. 107). Eller a vu deux personnes se débarrasser chacune d'une pierre salivaire de la grosseur d'un noyau d'olive, qu'elles avaient portée pendant plusieurs années sous la Innguti [Co/lcc t. acad. t. ix , psig. 87). M. Leotand, cliirurs^ien à Arles, a tiré , par une incision , de dessous la langue d'un homme de trente- sept ans une pierre de la grosseur d'un œuf de pigeon, grisâtre en dehors , blanche en dedans , et friable. Celte concrétion avait causé des douleurs vives , avec salivation , fièvre ardente et dureté sous la langue (Journ. me'd. de Paris, lom. v, p. G8). Les éditeurs du même journal ont vu une pierre qui a été extraite d'une grenouillelte qu'une femme âgée de quarante-trois ans portait depuis six ans sous la langue : celte pierre était blanchâtre et de la forme d'une ain.mile (lom. lvi, pag. 51-4). On n'a pas encore analysé les pierres salivaires. Sont-elles formées par les principes salins que donne la salive? Ces principes sont: la soude pure, un peu de muriate de soude et beaucoup de phosphate calcaire. Ils se déposent quelquefois en si grande abondance sur les dents qu'ils les encroûtent, les unissent, les cachent, et semblent rendre l'arcade dentaire formée d'nn seul os. On a été obligé d'employer le ciseau et le maillet pour enlever des couihes épaisses et denses de la matière tartareuse ou saline qui encroûtaient les dents.

On trouve assez fréquemment des concrétions pierreuses dans les amygdales. M. B.iilheron , chirurgien à Heziers, en a extrait une de l'amygdale gauche d'une demoiselle de vingt et un ans. Celte pierre était du volinne d'un gros noyau d'olive, un peu inégulière et blanchâtre. Un jeune homme de ■vingt-lrois ans, dont les amygdales Ircs-

tuinéfiées furent ouvertes avec un bistouri par ce chirurgien , cracha , après la sortie de beaucouj) de pus, une pierre du volume d'une fève de haricot, Irèslisse et friable. M. Bailheron rapporte un troisième exemple de concrétions pierreuses des amygdales ; les plus grosses étaient comme des lentilles; les unes étaient friables, les autres résistaient nonseulement à la pression des doigts , mais quelques-unes ne cédaient point aux coups réitérés d'un petit marteau. M.

Souque, membre de l'Académie de chirurgie , a extrait avec des pinces à pansement une pierre qui se manifestait par un point blanc à L'amygdale gauche d'une dame de trente- huit ans. Celte concrétion calculeuse avait le volume d'un noyau d'olivej sa couleur était d'un jaune clair. Il s'en présenta ensuite une plus petite , semblable à un grain de blé , que M. Souque tira pareillement.

Quelques années auparavant la malade avait rendu une pierre semblable a la suite d'un mal de gorge. [Mém. de l'Acad. de chiiurg , t. x, p. 3-2C.)

Widler a vu des concrétions pierreuses dans 1.1 gjlande thyioide. (OOs. anal ., p. 53). Chez tous les malades attaqués de goitre dont Morg.igni a examiné le corps , il a toujours trouvé que le vice était dans la glande thyroïde, même lorsque la tumeur éfait semblable à un anévrisme ou remplie de sang. Il a vu tantôt sa substance dure et squirrheuse, tantôt une humeur jaune enfermée au milieu de la glande , dans une tunique blanche et épaisse, tantôt une dureté comme osseuse , ou des vésicules rondes remplies de mucus {De sed. Ep. SO, nrl. 31).

Une femme avait la glande thyroïde grosse comme les deux poings : on sentait de la fluctuation. On l'ouvrit , il en sortit près de cinq ancesde sang exlravasé , et ensuite une matière dure , calcaire et comme pierreuse. Des <leui côtés l'artère thyroïdienne était très distendue ; le r.imeau de la g.iuche était rompu et avait fourni le siiig dans la tumeur. La malade mourut ensuite d'apoplexie. {Comment. Lcipsitk, (.x\i, p. 257). — Ilaller dit que Kunius a tiré d'un abcès de la mamelle d'une lïHe un calcul arrondi, tourné en spirale, de la forme d'un conduit laiteux, iuégd , d'un jaune blanchâtre et de la nature des subslances calcaires {Op. pat/ioi'og.,

obf. 92). ,

Les cartilages des bronches s os ;i fient r.iremcnt en lolalito. On y voit assiz fré-

DES MALADIES DI

qiiemraenl des points osseux , et niAine des gonflements ou renflements dans leur tissu. On a trouvé dans les bronches d'un lapidaire de la poussière des pierres qu'il avait travaillées dans son atelier. Les tailleurs de pierre ont quelquefois dans les bronches de peiites concrétions graveleuses. Les perruquiers sont souvent incommodés ])ar l'irritation que produit dans les poumons la poudre qu'ils ne cessent d'aspirer avec l'air. Les glandes bronchiques deviennent dures et calcaires. Il en ré.uillc de petits calculs, qui se détachent quelquefois et qui sortent par la voie de l'expectoration ; et alors il n'est pas rare qu'il coule un jieu de sang en même temps. Les scrofuleux, les asibmatiques, les goutteux y sont sujets. Fal)rice de Hilden a trouvé dans la substance du poumon d'un asthmatique une pierre dure, inégale, de la grosseur d'une noix, et enveloppée d'une membrane ■ trèsferme. Il vit aussi autour des bronches plusieurs tubercules concrets. Il a de même observé dans le poumon d'une femme un grand nombre de calculs dont les uns étaient blancs et les aulres noirâtres {Cent., 2, obs. 29 , p. 107). A l'ouverture du corps de Smilh , Tyson a vu dans l'un des lobes du poumon une pierre de la grosseur d'un noyau de cerise [Transact. philos., ann. 16S7, n» 187). Tumeur enkystée au lobe droit du poumon chez un homme de soixantedix ans attaqué depuis long temps d'une difliculté de respirer. Il y avait un noyau ossilié dans le centre ( Mercure de. France, 176G, octobre, p. 167). Un voiturier qui avait une toux sèche consulta Morgagni. Il lui montra une pierre, du volume d'un petit noyau de pêclie, qu'il avait expectorée après de grands efforts ; il lui montra aussi deux autres pierres plus petites , de la grosseur de grains de vesce, qu'il disait avoir sentie.-, monter du poumon droit vers la gorge ( De sed. Ep. 15, art. 20). Les calculs bronchiques ou pulmonaires varient depuis la grosseur de gr.iins de millet jusqu'à celîe de riz , de pois, d'aveline et d'œuf de pigeon. iKs sont oriiinairemcnt blanchâtres et lisses. Zaculus et Wedelius eu ont vu qui étaient â|)rrs et anguleux. Il y en a de très-durs; d'autres sont friables, crétacés, le plus souvent tophacés, et à peu près de la même nature que les nodus des goutteux. Ils peuvent avoir l'apparence d'un os. Morgagni a vu un os concave qu'un médecin cachectique avait Chopot'l,

rejeté l'ar la toux. Des ignorants prétendaient que c'était un morceau de l'os hyoïde ou une portion de la trachée artère. Ce n'était ni l'un ni l'autre, mais une concrétion bronchique détachée par une expectoration violente {De sed.

Ep. 2V, art. 24). Une toux opiniâtre et sèche, l'orlhopuée sont souvent provoquées ])ar ces calculs. Les malades les rejettent en toussant. Une femme attaquée depuis long temps d'une difficulté de res|)irer , avec une toux sèche et courte haleine, était traitée comme asthmatique; un jour, comme elle était occupée à quelques travaux domestiques qui exigeaient assezde mouvement, il lui prit tout il coup une toux violente qui lui fit cracher une pierre de couleur cendrée et de la grosseur de la première phalange du pouce : dès lors elle fut délivrée entièrement de la toux et de sa courte haleine ( Act. de Copenh. , année 1G72, obs. 98). Quoique ces concrétions soient en général d'un fâcheux pronostic , on voit assez souvent des personnes qui ont rendu de ces sortes de pierres jouir d'une bonne santé. On défend dans ce cas la diète lactée, comme trop incrassante.

Nous avons parlé des pierres du péricarde et du cœur. — C'est dans les viscères du ventre qu'on observe le plus communément des concrétions albumineiises , cartilagineuses ou pierreuses.

L'épiploon en est quelquefois le siège.

Cette membrane , graisseuse dans l'état naturel , est mollasse , souple ; elle pèse depuis trois onces jusqu'à six. J'ai ouvert le cadavre d'un homme extrêmement gras, dont les parois de l'abdomen avaient trois pouces d'épaisseur; l'épiploon, trèsvolumineux , contenait plusieurs concrétions lymphatiques tojihacées : il pesait près de cinq livres, l es Mémoires de l'Académie des sciences de Paris , aiin. 1733 , pag. 34 , fournissent un cas de concrétion singulière de l'épiploon.

Une fille de soixante - treize ans avait senii , dès l'âge de trente quatre ans , un poids et une tumeur au dessous de l'cslomac. Cette tumeur augmenta graduellement jusqu'à l'âge de soixante-dix ans; alors son volume fut énorme. Cette fille fit une chute sur le ventre à soixantedouze ans et demi : elle devint hydropiqiic. On lui fit la ponction ; elle mourut au bout de six mois. On trouva l'épiploon du poids de treize livres neuf onces. Il était si endurci qu'il fallut cmployer la scie pour l'ouvrir dans sa lou-

rjiieur cl sa i.ro'oiuleiu' ; encore ne futce (|ii'avcc peine qu'on en vint ;i bout. Il él;iit ossilié , ni;iis non pas unifoi mcmenl : il y paraissait une infinilé de feuillets membraneux , minces el fortement ailliércnts à i)lusieiirs pelolons osseux. L'Académie a vu celte masse épiploïiiue, qui ressemblait , par sa forme et son volume, ii un gi'os melon Reisel fait menlion d'une femme qui avait depuis lonR-temps le ventre très gros. On lui sentait a l'ouibilic une tumeur que l'on prit pour un squirrhe de la malrice ou pour un fœlus mort. Elle périt après avoir éprouvé les douleurs les plus vives. On lui trouva l'épiploon comme ramassé en rond et rempli ite concrétions très dures; il pesHÏt vingt-six livres.

Ruiscli , Rivière , Deli.ien , ont vu dans répii)loon des amas de matières tophacées, qui le rendaient solide, d'une dureté carlihifjineuse ou osseuse. Il se forme ([uelquefois de semblables concrétions dans les lipomes anciens. J'ai déjà eu occasion de parler d'un lipome qu'une femme porlait depuis vingt-six ans à l'épaule gauche: il avait à sa base deux ])ieds dé circonférence ; son sommet , ou sa jiartie moyenne extérieure , était ulcéré. Il pes.iil un peu plus de quatre livres et demie. Il conlenait , près de -l'ulccralion culanée , une concrétion calciileuse grisâtre, de la grosseur et de la forme d'une aveline. Celte concrétion était inégale, entourée de grains pierreux; elle pesait un gros : elle était composée de pliosphnle calcaire , suivant l'aji:ilyse qu'en a faite IM. 'Vauquelin.

Vcs pierres dans Vcstoinac et dans les intcsliiis.—^X5n homme de cinquante ans, adonné au vin , sujet à la goutte, avait lait un usage inconsidéré de subslaiices terreuses , comme des yeux d'écrevisses, pour remédier à une cardialgie. Après sa mort on trouva dans l'estomac un grand nombre de pierres blanches , dont la plus grosse avait une forme irrégulière et pesait deux onces el demie. Ces pierres éuient enduites de uniière glulineuse ( 'A-rt^vctr <. phiîos. de Londres). Garnierdit qu'un ancien soldat ressentit de vives douleurs à l'esiomac, lesquelles devenaient plus violemes lorsnu'il avait pris des aliments. Il ne se soutint pendant deux ans qu'en buvant du vin. On ouvrit son corp^. L'estomac était petit et plein de rugosités; on trouva ilans sa cavité une | ierre trèsdur!! , un peu ;i|M-,- , Mancbàlre, et (|ui pc.>ai' quatre onces. Uu relig eux , ilil

Bilger, âgé de soi.xan!e et dix ans, se plaignait souvent d'une douleur aiguë et poignante à la région du cartilage xiphoïde , comme si on y enfonçait un dard. Son estomac contenait plus de trente pierres de dilTérente grosseur et qui étaient très adhérentes à son fond. Suivant Borel , on aperçut une pierre de la grosseur d'un œuf de" poule dans l'estomac d'un homme qui , pendant sa vie , avait eu des douleurs intolérables à ce viscère. Langelot dit que dans l'estomac d'une femme hydropique et sujette à des douleurs continues à la région épigastrique il se trouva une pierre dure, grisâtre et de l'épaisseur d'un pouce. D'après les Mélanges des curieux de la nature, une femme tourmentée depuis long-temps de douleurs à l'esiomac avait dans ce viscère neuf pierres couvertes d'une humeur muqueuse et épaisse. Ces pierreç. pesaient quatre ouces ; la plus grosse avait la forme d'un trigone , les autres étaient rondes ou ovales. Dans le cailavre d'une autre femme , on vit que l'estomac contenait dix pierres dont la plus gro-^^se pesait une oncé. Ces faits sont tirés de l'Anatoraie pathologique de Lieuland, tom. i, pag 17. Lés observateurs n'ont pas fait connaître la nature de ces pierres. Il peut s'en trouver de biliaires. Une femme de quarante ans avait fréquemment des douleurs à l'estomac , des nausées , du dégoût. Son ventre grossit au point que les uns jugèrent qu'elle était enceinte , d'autres pensèrent que c'était une tympanite.

Elle mourut. On trouva dans le fond de l'estomac environ une poignée de petites pierres rassemblées comme des grains de grenade, et qui n'étaient retenues par aucun lien. Hœl'er, en racontant ce fait, dit qu'il était facile de voir que ces pierres étaient formées de bile épaissie et concrète.

Les observateurs ont fourni beaucoup d'exemples de squirrhosilé et de callosité du pylore. Blegni rapporte qu'un mélancolique âgé de trente ans mourut de langueur à la suite de vomissements de tout ce qu'il prenait. Le pylore était incrusté d'une matière dure, gypseuse, de répaisseur d'un travers de doigt, et qui s'étendait jusqu'à la partie moyenne du duodénum : son ouverture était si rétrécie (|u'à prine un stylet tin put y pas-er. S!ar> k a remarqué la même ctroilesse au pylore d'une femme «le trtntcduux ans, qui était t:è>-épais cl cartilagineux. [Igiinel, Sulmulh, Willis, Die-

DES MALADIES DES

merLrock, Dîonis, ont observé ce phénomène sur plusieurs sujets. On a trouvé le pvlore cartilagineux et en partie osseux chez une femme de quarante cinq ans suiette aux vomissements et à des douleurs d'estomac {Jour. de. med. de Far.

tom. 60, paff. 584.)

Meckel a parle de concrétions calculeuses situées entre les membranes des intestins, du colon ( Coll. acad.

tom. 9, pag. 13). On en a trouvé quelquefois dans le centre des sqnirrhosilés dont les lames internes du tube intestinal étaient le siège. Ces concrétions sont assez rares. Elles se rencontrent plutôt dans la cavité des intestins , et elles se nomment pierres intestinales. Ces pierres sont de deux espèces: les unes, produites par la bilé, sont connues sous le nom de biliaires; les autres sé forment, dans les intestins même, de la matière fécale excessivement durcie , et s'appellent pierres stercorales. La première espèce est plus fréquente. Les pierres biliaires prennent ordinairement naissance dans le foie ou dans la vésicule du fiel, et de là passent dans les intestins où elles peuvent s'accroître et causer des accidents très-fâcheux. On conserve au cabinet du roi une concrétion biliaire du volume d'un gros œuf, trouvé dans le conduit intestinal. Son poids est de sept gros dix grains. Elle est composée de deux pièces comme articulées. Elle est aussi remarquable par l'épaisseur et le grand nombre de couches qui la forment. La substance en est inflammable : on reconnaîtla bile dans le centre. "Venette a fait mention d'une pierre biliaire, grosse comme un œuf de poule, qui fut rendue par les selles ( Traité des pierres , pag. 70). Moreau a trouvé, dans le canal intestinal, dès pierres biliaires grosses comme des noix, et qui remplissaient si exactement l'intestin jéjunum qu'il n'y pouvait rien passer [Me'm. de l'Ac. de chir. tom. 7, p. 315). Meckel a vu une pierre de cette nature qui bouchait le jéjunum. Une femme avait fait pendant sa vie de si grands excès d'eau-de-vie de grain qu'elle en buvait toutes les vingt-qualic heures jusqu'à trois mesures pesant six livres; sans compter une grande quantité de bière, dont la soif ardente qui la dévorait l'obligeait à se soûler. Elle mourut le troisième jour d'une chute sur la lÈte. Long-temps avant sa mort, elle s'était plainte d'une ardeur continuelle et d'une douleur dans les régions ombilicale et iliaque droite : mais, quelques

VOIES tJRINAÏRES. 99 mois avant de mourir, éllé avait eu de fréquents vomissements d'une matière' liquide bilieuse et fétide ; elle en rendit encore une grande abondance par la bouche après la chute. En ouvrant l'atdomen, il s'exbala une puanteur insigne. L'estomac était extraordinairement distendu par une liqueur putride et jaunâtre ; sa tunique cellulaire élalt gonflée d'air ou de fluide élastique. Dès que là membrane externe fut entamée, le liquidé jaunâtre contenu dans ce viscère s'échappa. Il n'y avait ni vésicule du fiél ni canal cystique : à la place de ces parties on ne trouva qu'une substance solide, dure, calleuse, attachée au lobfe droit du foie et au duodénum, qui était déplacé et adhérent au cartilage dés neuvième et dixième côtes. Le conduit hépatique était fort élargi et rempli d'une bile jaune; il se terminait dans la partie descendante du duodénum, qui était épaisse et d'une dureté squirrheu'sé. L'intestin jéjunum était dilate jusqu'à sa partie moyenne, où l'on sentait un corps rOnd et dur; piiis était Irè.s-rctréci, noir et gangrené vers l'iléon. L'ayant ouvert, on vit que ce corps était une pierre un peu ovale, de la grosseur d'un petit oeuf de poule, d'une couleur biun-jaunâlre, et qui bouchait toute là cavité de cet intestin. Cette pierre brisée présenta , dans le centre, un noyau, oval , blanc, composé de fibres radiées et brillantes qui aboutissaient à un centre commtin ; la substance de ce noyau était ihflamihable, insoluble dans l'eau et plus légère que ce liquide. Jetée dans l'alcool , elle tomba au fond ; elle y augmenta un peu de volume sans rien perdre dé sa dureté. L'huile de térébenthine rendit cette substance plus liiolle sans la dissoudre entièrement, et changea sa couleur blanche en uiie coulèiir jauhàiré.

Mise dans l'acide nitrique, elle né se pbrtà point au fond. L'écorce qui entourait lé noyau était brune : devenue fragile après le dessèchement, clleéclata par morceaux de l'épaisseur d'un demi-poucé environ dans les endroits les plus épais. Elle était composée de plus de vingt couches posées concentriquement , collées l'une à l'autre, d'une couleur jaunâtre , verdâlre , ou brune , mais la plupart d'uii vert éclatant, et au milieu elle formait' un creux pour recevoir le noyau. Cette substance corticale ne se laissait dissoudre , ni par l'eau , ni pur l'alcool , liî par l'huile de térébenthine , ni par les alcalis: mise dans l'acide nitrique, elle

fit effervescence au bout de six heures et fut (lissoule en une pulpe rouge : brûlée au feu, elle laissa beaucoup de résidu charbonneux. Ainsi celle écorce était d'une nature alcaline; elle contenait une grande quantité de nialières salines et terreuses. Le noyau n'était ni acide ni alcalin; il a paru composé de substances inflammables ou de la matière de la bile. Cette matière est devenue concrèle dans le conduit cliolédoquc, et a passé dans le duodénum ; ou bien , rassemblée insensiblement dans une partie de ce tube, elle s'est réunie avec le mucus intestinal en une masse dense par l'nclion de l'eau-de-vie bue en une quantité excessive : il s'est formé un noyau ; des humeurs intestinales épaissies s'y sont attachées, et ont produit l'écorce qui s'est arrangée successivement par couches.

[Col. ne. t. IX.)

Il est impossible que les concrétions biliaires volumineuses sortent des conduits cystique et cholédoque sans qu'ils aient éprouvé une grande distension.

M. Vicq-d'Azyr a trouvé une fois le conduit cholédoque assez dilaté pour recevoir facilement un des doigts, et lui permettre de remonter jusqu'au parenchyme du foie et jusqu'au col de la vésicule. De ces concrétions que l'on rend par les selles, il en a vu qui étaient cristallines, formées intérieurement de filets brillants, et demi transparentes dans plusieurs de leurs points. Quelques-unes sont recouvertes d'une espèce d'enduit blanchâtre, comme plâtreux : avant de sortir parle fondement, elles occasionnent souvent des douleurs fixes dans les intestins, oii elles se rendent même sensibles en dehors par le toucher. — La seconde espèce de pierres intestinales est produite par des matières siercoralcs endurcies au point de former des concrétions d'une solidité assez grande pour être appelées pierres. Ces concrétions se trouvent quelquefois dans uneenlérocèle ancienne et d'un grand volume , dans l'intestin réduit et qui a perdu son action, au-dessus d'une portion intestinale rélrécie, et ordinairement dans les fi os intestins, surtout dans les courbures du colon et dans le rectum des personnes sujettes à la constipation, tels que les mélancoliques, les hommes de cabinet, les gens sédentaires, ceux dont la bile ne coule pas facilement dans le tube intestinal, ceux qui sont à la diète blanche, qui vivent de farineux , d'aliments échauffants, qui font usage d'opium,

dont raction intestinale est affaiblie,

enftn ceux qui ont dans le ventre une tumeur dont la pression sur les intestins retarde le passage des excréraens. Le volume de ces concrétions peut s'étendre jusqu'à celui d'une grosse pomme de reinette. Leur figure est ronde, elliptique et aplatie. Elles ont une couleur cendrée, grisâtre ou brune. Souvent elles sont lisses en dehors et enduites de mucosités intestinales. Légères proportionnément à leur volume, elles pèsent quelquefois deux à trois onces. Elles sont fétides , même plusieurs jours après leur extraction. La plupart sont friables et se rompent facilement. Quelques-unes ne montrent qu'un amas irrégulier de matières endurcies; d'autres ont un noyau stercoral plus dur que les couches uniformes qui le recouvrent et qui sont composées de la même matière. Il s'en trouve qui ont pour noyau des corps solides avalés, des fragments d'os, des noyaux de fruit. White rapporte qu'on a trouvé dans le colon d'une fille de quatorze ans, qui mourut après avoir éprouvé les accidents d'une constipation opiniâtre et d'une tuméfaction considérable du ventre par un amas d'excréments dans le canal intestinal, une concrétion uniquement formée de fèces slercorales, qui pesait huit onces et qui interceptait le passage des excréments {Cases in surgery, pag. 1 4). Il cite aussi plusieurs cas de concrétions slercorales dont les unes avaient, dans le centre, des noyaux de prunes (pag. 17), et d'autres des noyaux de cerises (pag. 23). Les concrétions slercorales étant desséchées ont l'odeur de savon échauffé ; mises sur le feu, elles se fondent en partie, se boursouflent, donnent une fumée félide, s'enflamment , et le résidu se calcine : soumises à la distillation, elles fournissent une eau acre, ou un phlegme empyreumalique, et beaucoup d'huile rouge, claire, félide, et qui, refroidie, prend une consistance bulireuse; le résidu est une matière charbonneuse, dont la calcination ne laisse qu'une substance terreuse. Si l'on mêle cinq gros d'alun avec quatre gros de la concrétion, en suivant le procédé décrit par Womherl { Mc'm.

de l'Acad. des se. de Pur., an. 1711), on obtient un phosphore qui prend feu facilement, (itii enflanimo même les matières combustibles sur lesquelles on le jette, et qui répand en brûfint une odeur de soufre.

Les concrétions siercoralcs, fixées dans

DES MALADIES DES

une portion d'inlestin , arrêtent les excréments, ou n'en laissent pnsser qu'une petite partie; elles causent Jes accidents de l'engouement par l'amas de ces matières. Ces accidenis sont des douleurs aiguës, des coliques violentes, la tension elle météorisme du ventre, le dc-goru, les nausées, le vomissement, la fièvre, rinilammation et la gangrène. Si la concrétion se fixe quelque temps îi la fin de l'arc du colon, ou dans la portion lombaire gauche de cet intestin, elle peut former au-dessous des fanssi s côtes une tumeur dure, rénitente. Celui qui n'aurait point égard à la consli|)ation liabiluelle du malade, aux accidents de l'engouement, pourrait se méprendre sur la nature de cette tumeur, et la regarder comme uosquirrhe de la rate, si elle ne diminuait pas , ou ne se dissipait [loint par les évacuations. Lorsque la concrétion n'est pas encore d'un grand volume, elle descend dans la portion iliaque du colon : arrêtée dans cette partie, elle est difficile à connaître ; et il est impossible de l'extraire par l'anus. Ordinairement elle est poussée dans le milieu ou vers la fin du rectum; et elle peut y rester long-temps, et même quelques années.

Trop dure pour se mouler à l'ouverture de l'anus, et pour y passer, elle y cause un poids incommode, dont le malade lâche de se débarrasser en se présentant souvent à la garde-robe, et en faisant de grands efforts qui sont infructueux : il lie rend que des matières détrempées, liijuides ou très-molles, et sent une espèce de bouchon qu'il ne peut faire sortir. Dans quelques cas ce bouchon, comprimant le col de la vessie, cause la rétention de l'urine. Goock en donne un exemple dans ses Observations de chirurgie. Il fut appelé chez un homme qui avait une rétention d'urine dans la vessie. En mettant le doigt dans le rectum, il y sentit un amas d'excréments endurcis, qui en pressaient fortement les parois : quoiqu'il s'écbajqiàt fréquemment par l'anus quelqui-s matières fécales, limpides, qui passaient sur les côtés de celte masse, il pensa qu'elle était la cause de la rétention de l'urine ; la vessie était tuméfiée jusqu'auprès du nombril, on y sentait aisément l'ondulation d'un liquide. Ce chirurgien , en y porlant une sonde, n'éprouva qu'une légère difficulté, malgré hi résistance et la pression des excréments sur le col de la vessie : il s'évacua plusieurs pintes d'urine; ensuite, à l'aide d'injections d'huile d'olive

VOÏES UniNAlRES. 101

portée par un long canon de seringue, qu'il enfonça très-avant dans la niasse d'excréments retenue dans le rectum, il procura l'évacuation d'une très grande quantité de matières fécales endurcies , ce qui soulagea complètement le malade {Ca'ici and remarks in siirgery, vol. 2, pag. 160).

Les concrétions slercorales se trouvent souvent chez des personnes affectées d'iiémorrhoïdes Externes , gonflées et douloureuses , les hémorrhoïdes pourraient Iromper ceux qui ne porteraient pas le doigt dans le rectum, pour reconnaître la i)résence du corps étranger.

Lorsqu'il existe, on sent un corps arrondi, dur, en forme de bouchon, mobile ou fixe et rénitent. Sa présence indique son extraction. On y procédera de cette manière. Le malade appuyé contre le bord d'un lit, les jambes en bas, se couchera sur le ventre , et sera fixé par des aides. Le chirurgien, après avoir injecté de l'huile dans le rectum, enfoncera le doigt indicateur et celui du milieu oints de beurre, d'huile ou de blanc d'œuf, entre la piiroi antérieure de cet intestin et la concrétion stercorale: il la ti\era contre le coccyx ou le sacrum, il la divisera peu à peu, à l'aide de ses ongles, et eu tirera les portions au dehors. S'il ne jieut la fixer ni la diviser, il y portera une tcnelte ointe et conduite sur le doigt indicateur , ou sur le bouton usité dans l'opération de la taille ; il lâchera de saisir la concrétion et de la tirer à lui , en serrant avec force la tenette. Moreau a extrait, par ce procédé, une pierre stercorale que portait une dame, depuis quatre années, dans le rectum; et dont la pesanteur au fondement la fatiguait beaucoup, par les efforts qu'elle faisait en se présentant à la garde-robe. Il saisit cette pierre avec des tenettes introduites, par le moyen du bouton, dans cet intestin ; mais, en serrant avec force, elle se cassa en plusieurs morceaux , dont la grosseur obligea de recourir à une curette pour les extraire avec moins de difficulté (Mc'm. de i ylcnd. de dur., tom. VII, pag. 319). Mareschal s'est aussi servi d'une tenette jjour saisir une pierre stercorale fixée, de|)uis dix ans, dans le rectum d'une femme âgée de quarantccin([ ans. Cette concréliou se trouvant trop grosse pour sortir par l'anus , ce chirurgien incisa en plusieurs endroits les bords de cet orifice et tira une pierre ellipti(iue dont le grand diamètre avait deux pouces huit lignes, le petit un pouce

102 laAixÉ

sept ligne?, la circoni'tirence huit pouces, et qui pesait deux onces deux gros et 4emi. Lii malade fut guérie dans l'espace d'un mois, sans qu'il lui restât aucune incommodité. Ainsi, lorsque le cercle de l'anus s'oppose à la sortie de la concrétion stercorale , après avoir tenté en vain de la rompre avec les lenettes on dilatera cet orifice avec un spéculum, ou l'on en incisera un côté, et même les deux s'il est nécessaire, pendant qu'un aide tiendra la tenetle ; puis on la tirera en pressant du côlé du périnée. Enfin , s'il est impossible de saisir la concrétion avec des tenetles , parce qu'elle est trop haute ou trop grosse; ou si les matières cndiurcies sont amassées dans une grande éleodue du rectum, on les brisera peu à peu, et on les attirera à soi avec une curette ou le manche d'une grande cuiller porté avec précaution entre l'intestin et les matières : lorsque les plus dures sont séparées , les efforts du malade font prompteraent sortir celles qui sont retenues depuis plusieurs jours; et on les empêchera de jaillir en couvrant le fondement d'une serviette. Celte extraction, fatigante pour le malade el le chirurgien, difficile et irès-laborieuse , surtout s'il y a des hémorrhoïdes tendues et qui ne se vident point par la pression des doigts, est souvent suivie d'effusion de sang et de cuissons au fondement.

Une dame d'environ cinquante ans s'est trouvée dans le cas de subir celte opération , et a éprouvé ces accidents. Elle était d'une constitution bilieuse , sujette à la constipation; elle n'allait à Ja garde -robe que tous les douze ou quinze jours, et rendait des excréments durs et en forme de crottes de chien.

Après avoir été trois semaines sans pouvoir rendre aucune matière fécale , elle fut tourmentée de coliques, de météorisme du ventre, de maux de tête, avec chaleur, fièvre. N'éprouvant aucun soulagement de différentes potions iaxalives, de lavements, de bains, de suppositoires, elle me fit prier de la voir. D'après son récit, je n'eus pas de peine à connaître la cause de ses maux; l'anus était bordé d'hémorrhoïdes gonflées et douloureuses:

cependant j'introduisis le doigt dans le recUim et j'y sentis à près de deux pouces de l'anus un corps très-dur, immobile et serré par les parois de l'intestin ; après y avoir injecté de l'huile, je lâchai de briser ce corps avec l'ongle , puis avec une spatule. Ces tentatives furent infructueuses ; la malade en ^tait fatiguée; il

sortait du sang par l'anus. Après deux heures dç,repos, l'usage d'un demi-bain, des injeçlions huileuses , je l'engageai à souffrir une nouvelle tentative. J'iiilroduisis dans le rectum, entre sa paroi antérieure et la masse concrète, le manche d'une grande cuiller d'argent enduite de suif et de beurre : en appuyant avec plus ou moins de force et en différents sens sur celte masse, je parvins à la briser et à en tirer quelques portions. De nouvelles injections d'huile facilitèrent le ramollissement d'autres grumeaux que j'ôtai de la même manière : en même temps la malade redoublait d'efforts pour pousser au dehors la concrétion. Enfin, après un travail d'environ une heure, je tirai par morceaux le bouchon principal, et tout à coup la malade expulsa une grande quantité de matières fécales qui jaillirent sur mes vêtements. Cette expulsion subite des matières situées au-dessus du tampon fécal me fit juger de l'utilité de se tenir de côté et de couvrir le fondement d'une serviette lorsqu'on a retiré une partie de la concrétion stercorale.

Pour calmer los douleurs qui résultaient de la contusion et du déchirement des parties, j'ai injecté une décoction de pavot avec du lait ; j'ai mis un suppositoire de beurre de cacao , j'ai réitéré la saignée du bras : la malade a bu du petitlait, de l'eau de veau; elle a pris des lavements émollienls, des bains, et elle est sortie le douzième jour. Pour prévenir le retour de celte maladie , j'ai engagé cette dame à se tenir le ventre libre au moyen de lavements acidulés avec un peu de vinaigre; à prendre, le soir, deut bols d'une masse composée de savoa deux gros, d'acidulé tarlareux ou crème de tartre un gros, d'aloès un scrupule, et partagée en quarante pilules; à se nourrir de viandes blanches, de légumes el de fruits aqueux; à éviter les farineux, les aliments trop échauffants et tout ce qui peut constiper. On peut aussi entretenir la liberté du ventre en prenant le soir ou le matin une demi-once d'extrait de casse ou deux cuillerées d'une marmelade de casse, de manne et d'une petite quantité d'huile d'amandes douces; ou bien en buvant des eauxdcPassy, soit pures, soit aiguisées avec un sel neutre comme le sulfate de soude ou sel deGlaubcrt, le sulfate de magnésie ou seld'Epsom.

Les concrétions pierreuses du mésentère se forment principalement chez les scrofulcux. On lit dans le Journal des

DEâ MALADIES DES

Savant», année 1690, que Drouin, chirurgien de i'Hôpilal-Général, ouvrit le cadavre d'un enfant de six à sept ans, qui, dans une maladie longue, tomba dans une si grande maigreur, qu'on l'aurait pris pour un squelette vivant. Il trouva le mésenlère parsemé de glandes de la grosseur d'œufs de poule : chaque glande contenait trois sortes de substances, une matière claire et tninsparenle comme de l'eau, une autre qui enduisait les parois de la glande et qui ressemblait à du plaire; la troisième était de petites pierres, grosses comme des pois, rangées les unes auprès des autres. La tunique intérieure des intestins présentait des tubercules comme glanduleux et de la grosseur de ces pierres. Les intestins et le mésentère pesaient neuf livres et demie. Toutes les glandes du corps étaient extraordinairement tuméfiées. Il est aussi ■ rapporté dans le même journal , année 1697, que Soye, chirurgien, ayant ouvert le corps d'une fille morte des écrouelles, remarqua que les glandes du mésentère étaient pétrifiées. La plupart étaient de la grosseur d'une noix, et les autres de celle d'une noisette. Il trouva dans quelques-unes environ une douzaine de pierres. Eller a été frappé des concrétions graveleuses qu'il a rencontrées plusieurs fois dans le mésenlère. Il vit avec surprise chez un enfant de trois ans, mort de consomption ou de phlhisie abdominale, que le cenlre du mésenlère était parsemé de tous côtés de tubercules blancs qui ressemblaient à de petites fèves sèches. Il trouva dans les plus gros une matière desséchée et semblable à du plâlre {Collect. acad., t. i\ , p. 87).

La rate peut s'endurcir , s'ossifier et contenir des pierres. Sa tunique s'est trouvée plusieurs fois cartilagineuse et parsemée de lames osseuses. Coluuibus a vu une raie humaine du poids de vingt livres; elle était couverte d'une enveloppe dure et cartilagineuse. Chez les adultes sains, les dimensions de la rate sont de 4 à 7 pouces de longueur avec 2 pouces de largeur et 1 pouce d'épaisseur: elle pèse de 4 à 7 onces. Dans l'état contre nature, le volume et le poids de ce viscère peuvent cire considérables.

Schenkius rapporte qu'à l'ouverture du corps d'un homme de Irinle-neuf ans on trouva la raie d'un volume énorme; elle occupait une grande partie de l'abdomen, elle couvrait l'eslomac et les intestins : elle pesait vingt-trois livres (Obs. me'd. lib, 3, Obs. 0 p. 408}. Duverncy a vu

une femme de tuçple-cinq ans chez laquelle la rate prit un tel accroissement qu'elle occup:iit l'hypochondre gauche, la région lorabaiic et une purlie de l'iiypogaslre. Il survint une hydropisie ascilc dont elle mourut. L'ouverture du corps apprit que la tumeur du ventre, qu'on avait prise pendant plusieurs mois pour un squirrhe, était formée par la rate excessivement gonflée ; elle pesait plus de dix-huit livres [OEuvr. anal. tora. ii , p. 249). Voyez d'autres exemples d'erreur semblable , (|ue nous avons déjà rapportés. Liltre a montré à l'Académie des sciences de Paris, ann. 1700, la raie d'un homme de soixante ans, qui était si dure et si solide qu'elle paraissait pétrifiée. Un oclogénaire, qui avait joui d'une bonne santé el qui mourut d'une chute, avait la membrane de ce viscère ossifiée. Bartholin a trouvé la rate si dure à une femme, qu'à peine pul-il l'inciser; et sa section produisait un bruit sembhililc à celui que donne le bois tendre lorsqu'on le coupe. Il n'est pas rare de trouver des concrétions pierreuses dans la mlc.

Bonnet dit que celle d'une femme jeune el belle contenait un c:ilcul blanchâtre de la grosseur d'une cbàlaig-ne et qui pesait deux onces et demie (Sep. lib. 3, Secl \ T, Obs. 10). Morgagnirapporle une observalion de Yalsalvii sur une concrétion calculeusc de la grosseur d'une noix et située profondément dans la rate d'un jeune homme de vingt ans. On est plus sujet à ces concrétions dans la vieillesse que dans les autres périodes de la vie. Le docteur Israël a montré à Lentilius, en 1G72 , deux pierres assez grosses, de couleur brune, qu'il avait trouvées avec plusieurs autres dans la raie d'une vieille femme (Ephein. car. iiat. Dec. 2., awi. IG88. Obu 135). Quelques-unes de ces pierres sont blanches, suivant les observationsrappurîées par bonnet ("Se;?. lib.Z, Sect. J8, Obs. 22 et 23).

Panarol, Paw, Spon, Morgagni, elc, ont vu le pancréas d'une dureté cartilagineuse , et qui approchait de celle de la pierre. Galeatus a trouvé ce viscère remplide graviers (Comment. ùono. t.iv, p. 3»). Gra.if a observé sept à huit pierres de la grosseur d'un pois dans la partie droite du pancréas d'un homme de trente ans mélancolique et sujet à des fluxions catarrhalcs. liller a vu un ])ancréas squirrheux et dont le canal excréteur, près de son insertion dans le duodénum, était bouché par une pierre nssez considérable , et un peu friable [C^ltcct.

Acnd. 4. t. II

susceptible d'endurcissement et

TRAITÉ

p. 87). — Le foie est Dec. 2. ann

de

pe-

trilication. Sa consistance, la lenteur du cours de ses humeurs, peuvent le rendre plus exposé à ces affections. Comb en de faits de squirrhosilé et de dureté pierreuse du foie ne pourrions-nous pas rapporter ! Starck l'a trouvé endurci par des graviers jaunâtres cbez un homme de trente-quatre ans dont la vésicule du fiel contenait une humeur semblable à <lu blanc d'œuf. Benivenius, Dodonœus, Bartholiu, Morgagni, ont vu ce viscère d'une dureté qui approchait de celle du bois. Bonnet (5e/;. lib. 3, Sect. 17, Obs. l'i,p. 304) rapporte diverses observations données par Ileneii , Kentjnann , Scaligcr , Mathiol, Léon , Trincavella , Blasius, etc., sur des pierres trouvées dans la substance du foie. Forestier y a rencontré des pierres de la grosseur d'une fève. Le foie d'un homme de quarante ans pesait quatorze livres ; il était si dur et si remjdi de petites pierres qu'à peine pouvait-on le couper. Les pierres situées dans la substance du foie sont rarement formées ])ar la bile, c'est la matière parenchymateuse de ce viscère, laquelle a beaucoup de rii[)port avec le blanc de baleine, qui se cristallise ou se charge de parties salines , terreuses ou caldttres. La nature de ces concrétions est eucoi e peu connue. La plupart des observateurs n'eu ont pas fait l'analyse , et quelques-uns peuvent avoir confondu les pierres du foie avec celles de la vésicule du fiel. Nous parlerons sprcialement des calculs biliaires, après avoir traité des concrétions pierreuses qui peuvent se former dans les parties génitales.

Les sarcocèles anciens contiennent quelquefois une substance concrèlo, cravcleuse et semblable à du plâtre. Wnlter a observé que le testicule droit d'un homme de cinquante ans était changé en une concrétion dure et d'une nature terreuse. Il a trouvé dans l'épidiiljme d'un homme adulte une concrétion terreuse de la forme et de la grosseur d'un pois {Obs. anal. cap. 3, p. 63). Oes observateurs parlent de pierres dans les vésicules séminales. Yalentini rapporte qu'en disséquant le cadavre d'un Ani^la s qui avait été décapité on trouva de i)etitus pierres parsemées dans les lobes du poumon, et datis chaque vésicule séminale une grosse pierre qui ressemblait à un pois par sa couleur, sa foriïic et sa grosseur. {Ephcm. cur. nul.

1G87. O^if. C8). Meckeldil qu'on rencontre communément dans les vésicules séminales des vieillards, et de ceux qui on t eu des maladies chroniques, des concrétions picM i euscs, cylindriques, qui remplissent une partie de ces vésicules. Ces pierres sont blanches, moins dures que celles qui se trouvent dans les poumons , et ne sont pas inflammables comme elles [Collect.acacl. t. ix, p. W). La prostate n'est pas exempte de concrétion pierreuse. IMorgagni donne l'histoire d'un homme âgé de plus de soixante ans, sujet à (les difficu'tés d'uriner, au(|uel on trouva dans la vessie trois pierres, et dans la prostate un sinus qui contenait une matière semblable à du tartre et j)rtsqiie calculeuse ( Ue scd. Ep. 42, avL. 13;.

Les |jarois de la matrice sont susceptibles de s'ossifier ou de se pétrifier sans qu'il y ait d< s pierres dans sa cavité. Une femme de quarante ans sujette à de violents accès de passion hystérique, en fut délivrée par la formation d'une tumeur dure et indolente qu'elle sentit dans l'abdomen au-dessus des os pubis.

A la cessation de ses règles elle eut des hémorrhoïdes dont elle fut tourmentée pendant vingt ans, au bout desquels elle mourut en consom|itioi!. A l'ouverture du corps , on vit que la matrice avait acquis le volume d'une boule à jouer aux quilles. Les parois de ce viscère étaient ossifiées sous la membrane que leur fournit le péritoine. Elles étaient épaisses de quatre lignes, et ne purent être cassées qu'il coups de mai teau. L'intérieur était rempli d'une matière purulente, Fans mauvaise odeur, et qui ressemblait à du lait épaissi [Coinmcvc. l II. JSorernbitvg. Jul. 1731). Bonnet dit que d-ins le ead.ivre d'une femme de trentesept ans on trouva la matrice pétrifiée et qui pesait sept livres. La rate était pierreuse, le foie carlil.igiiieux à une partie de sa f.icc externe, et le péritoine si dur qu'à peine pouvait-on le diviser avec le scalpel {Sep. W>. 3, Sert. 21, Obs. 40, p.ig. 4 52). i\L Louis rapporte dans son fllémoire sur les concrétions utérines {M cm. de CAcad. de chinir. toiii. v, p. 2G ) que Verdier conservait dans sou cabinet une matrice pétrifiée, pesant q.iaranle-trois onces: elle avait six liffiies d'épai.s.seur, était pleine intérieurement d'inég.ililés qui ressemblaient \ des btiilaelites; sa cavité con'enait une humeur é|)aissie et inodore. Ur>e obser- V, lion communiquée ii la même Acadé-

DBS MALADIES DES

micpar M. LaFitleofTre encore l'exeraple d'une pélrificalion de la propre substance de la matrice. Ce chirurgien fit rouveriure du cadavre d une tille d'environ soixante ans. La matrice avait trois fois plus de volume qu'elle ne devait en avoir: sa surface était raboteuse et sa substance pitrificc; mais dans la cavité de ce viscère était une pierre isolée, de la (jrosseur d'une aveline.

Les pierres utérines, à en juger par le nombre des observations recueillies par IM. Louis, et qui l'ont la base de son Mémoire, sont plus communes qu'on ne serait porté à le croire. Ces concrélions présentent plusieurs difterences : relativement à leur nombre, il ne s'y trouve le plus souvent qu'une pierre. Waller en a vu sept assez grosses dans la matrice d'une vieille femnie , et trois dans celle d'une autre ( Observât, anai. cap. 3 , p. 53). Licutaud dit que dans la matrice d'une femme morte, et qui avait ressenti pendant long-temps des douleurs violentes dans l'hjpogastre, on trouva trentedeux pierres, dont les plus grosses approchaient du volume d'une fève [llisl.

anal. t. i , p. 340. Observ. 1U7). Les pierres utérines sont libres ou isolées , d'autres sont chatonnées. J.-L. Pet t a tiré de la matrice d'une dame, après la mort, dix îi douze pierres dont les plus considérables étaient chatonnées el faisaient saillie dans la cavité. La plupart sont grisàires ou blanchâtres; elles ont l'appareure d'une substance i)làlreuie ou resseuiblant à du tuf: elles sont plus ou moins inrgales ou raboteuses , quelquefois Irès-coinpactes et d'une dureté osseuse; elles peuvent être d'un petit volume. Une lille de cinq ans mourut d'une rétention d'urine. Son cadavre fut ouvert. La vessie parut saine; niais la matrice était dilatée, et contenait une piètre blanchâtre , un peu plus gi'Osse qu'un œuf (le, pigeon [Eplieni, cur. ri'il. Vc'cad. I. Ami. 4. Obs. CS). Rinahli a trouvé une pierre du volume d'une aveline dans la matrice d'une femme qui ne s'était jamais [)laitite d'aucune indisposition dans ce viscère. Foubert a vu, à l'ouvcc ture du corps d'une dauie , une ])ierre du volume d'une grosse noix, qui remplissait exaclemciit la cavilc de la matrice. Lcvrct en a vu une de la grosseur d'un œuf (le poule. B irtholin parle d'une pierre noirâtre, raboteuse, du poids extraordinaire de qu:ilre livres, qu'on a trouvée dans la niali-ice d'une femme morte hydropique ( LieulauJ, lliU, t. i,

VOIES URINAIRES. lUO p. 340, p. 40). Les pierres utérines ont moins de masse que de volume. M. Louis a trouvé , dans la matrice d'une fille de soixante-deux ans, une pierre blanche, fort raboteuse et très-dure , du poids de neuf gros et demi , et qui un mois après n'en pesait plus que six. On conserve au cabinet du Roi une pierre qui a été tirée, après la mort, de la matrice d'une femme, en Lorraine. La forme de celle concrétion est à peu près celle du visci re qui la renfermait. Son angle s'avançait dans le col de l'utérus. Quoiqu'elle soit trèsgrosse, elle ne pèse que trois onces trois gros. Sa couche cxlerne est blancliàlrc ; son tissu est peu serré. Dans le milieu est un noyau qui est séparé du reste par un intervalle très-notable, dms lequel on ne trouve qu'un tissu spongieux dont les filets sont dans la direction du centre à la circonférence. On lit dans les Nouvelles (le la républi pie des lettres, juillet 1 G86 , qu'à l'ouverture du corps d'une femme âgée de soixanle— douze ans on trouva dans la matrice une gi osse et grande pierre qui en remplissait toute la capacité, et qui en avait considérablement dilaté les parois. La première table de cette pierre était d'une matière friable et qui se détachait aisément; l'intérieur était plus solide, mais très-poreux. Celte jiierre était fort grosse pour son poids , qui élail de quatre onces : elle aurait dii peser une livre, si, à volume égal, la matière eût été plus condensée.

La surface d'un sarcome situé dans la matrice peut s'incruster de matière osseuse. Les Transactions jihilosopltiqucs, année 1736, rajiporlent qu'une femme âgée de cinquanle-sept ans avait une masse osseuse renfermée dans la matrice, el qui était tellement unie à ce viscère qu'elle ne ]>araissait faire qu'un seul et même corps avec lui. En détachant cette mas-e, on remarqua ([u'ellc n'élail os-;ifii'e que de Tépaisscur d'une pièce de 24 sous. Immédiatement au dessous de l'ossification c'était de la chair ferme, dont la dureté diminuait à proportion qu'elle approchait du centre de cette masse. Celle femme n'avait eu (|u'un enfant dont elle était accouchée vingt-sept ans avant sa mort.lLlle s'était plainte, pend^mt quelques années, d'une fréquente difliculté tî'uriner et d'aller à la garde robe, et d'une pesanteur continuelle sur les parties de la génération. — l^es pierres utérines proviennent de l'humeur muqueuse que fournissent les parois de la matrice. Celle hiiuieur contenant plus

lUÀIïÉ

Qu moins de matières salines de la nature du phosphate calcaire, et séjournant dans la cavité de ce viscère, les y dépose, et il se forme une concrétion susceptible d'augmenter de volume par une addition successive de la matière saline ou tophacée. — On ne connaît souvent l'existence des pierres dans la matrice, qu'après la mort, par l'ouverture des cadavres. Dans quelques cas ces concrétions , surtout lorsqu'elles sont d'un petit volume, ne causent aucun accident, aucune incommodité habituelle. La femme dont parle Fouberl n'avait jamiiis souffert de la présence de sa pierre utérine. Si la matrice est squirrheuse, endurcie, ou trcs-allérce dans son organisation ; si elle est privée de sa sensibilité et de son irritabilité , il ne sera pas surprenant qu'un corpsétranger, même d'un volume considérable, ne se manifeste par aucun symptôme caractérislique. Cela arrivera principalement, s'il y a quelque oomplic^tlion de maladie dans les parties voisines, dans les voies urinaires, etc., à laquelle on puisse al- Iribuer les incommodités dont les malades se plaignent. Tel est le cas où se trouvait une dame dont la matrice était grosse comme la tête d'un homme, et contenait une concrélion du poids de 5 onces et demie. La substance de ce viscère ressemblait à du suif dur et sec. Celte dame est morte à l'âge de soixante-quinze ans, après avoir sou/fert, pendant plus d'un an , des douleurs vives dans la région des reins, et après avoir rendu des urines glaireuses, purulentes et toujours teintes de sang. On trouva, à l'ouverture du corps, le rein gauche d'un volume considérable. Il contenait une pierre triangulaire du poids d'une demi-once, quelques graviers et une humeur purulente, jaunâtre et de mauvaise odeur. On jugea que le vice e.vtraordinaire de la matrice n'avait eu aucune part à la mort de cette dame.

Les pierres utérines se forment presque à tout âge. Kous avons rapporté cidessus qu'une fille âgée de cinq ans en avait une de la grosseur d'un œuf de pigeon. M. Bromfieîd en a trouvé une trèsgrosse dans la matrice d'iuie femme de vingt quatre ans [Clnrui-gical. obsiTi>., vol. II, p. 167). C'est, ordinairenient , entre (|uaranle et cinquante ans qu'elles se produisent; on peut les porter jusqu'à un âge avancé. Quelques femmes, qui avaient une pierre utérine depuis plusieurs années, sont mortes de soixante à soixante-quinze ans. Il est peu de pierres

utérines qui ne produisent des accidents. Elles causent presque toujours des douleurs gravativcs, plus ou moins fortes , dans la région de la matrice , suivant leur volume et leur poids; les douleurs s'étendent au.>: reins et aux cuisses; la démarche est dilTicde: il survient quelquefois un prurit insupportable à la vulve, aux aines, à la partie supérieure des cuisses. Le coït est pénible et douloureux. Enfin ces pierres entraînent constamment la stérilité, sans pourtant supprimer toujours le flux menstruel. D'autres accidents se manifestent, lorsque ces concrélioris enflamment et ulcèrent la miitrice : des douleurs lancinantes , des redoublements de fièvre précèdent et accompiignenl un écoulement purulent et quelquefois putride; des épreintes douloureuses, semblables à celles de l'accouchement, souvent la dilhculté d'uriner, et même la rétention de l'urine.

Tous ces signes rationnels n'indiquent la présence d'une pierre dans la matrice, que d'une manière très-équivoque. Ils peuvent induire en erreur, surtout si on les considère séparément, parce qu'il n'y en a point qui ne puisse être causé par quelque autre affection de la matrice ou des [larties voisines. Les pierres situées dans la vessie produisent quelquefois des sym|)tômes analogues à ceux des pierres utérines, de même que celles-ci en occasionnent qui peuvent faire présumer l'existence d'une pierre dans la vessie. On ne doit donc point s'en rapporter aux signes que fou missent ces ditlerents symptômes. 11 faut en appeler au témoignage des sens ; il faut toucher les malades. Le doigt et la sonde seront des moyens plus décisifs que toutes les combinaisons rationnelles ; et on les emploiera avec plus d'avantages, si l'orifice utérin est dilaté.

Assuré de l'existence de la pierre, on tâchera d'en reconnaître les différences accidentelles, afin de déterminer si la malade ne sera pas susceptible de recevoir des secours elhcaces. Plusieurs cas sont absolument sans ressource, tels que ceux du volume considérable de la pierre, des aspérités de sa surface, de son chalonnemcnt, <le l'induration et de la pétrification des parois de la matrice , d'une affection carcinomaleuse et d'une ulcération de ce viscère. Dans ces circonstances on se bornera à l'emploi des remèdes généi aux , des bains, des injections, des calmants, des opiacés, etc.

Ces moyens pourront môme favoriser l'expulsion du corps étranger, s'il est U-

DES MALADIES DES

bre, d'un volume médiocre, en relâchant le col de la matrice. Quand la pierre utérine ne cause que des accidents supportables, les bains, les injections sont aussi les principaux remèdes qu'on doit administrer : on attendra que la matrice par ses propres forces en procure l'expulsion. Si des symptômes graves proviennent principalement de la présence de la pierre dans la matrice, et si l'on juge, au moyen d'une sonde introduite par l'ori&ce utérin et portée facilement entre le corps étranger et les parois de ce viscère, que la surface de la pierre n'est point hérissée d'aspérités engagées dans la substance utérine , on dilatera par degrés l'orifice de la matrice avec les doigts, et l'on tentera l'extraction de la pierre avec des teneltes longues ; ou, si elle est très-grosse, avec le forceps ou bien avec le crochet à curette, pour la dégager et la tirer comme on le pratique dans l'opération de la taille. Si le col utérin est trop ferme et offre trop de résistance à la dilatation de son orifice , on pourra l'inciser d'un côté avec un long couteau droit et boutonné. M. Louis a proposé d'agrandir cet orifice par deux sections latérales, faites en même temps par le moyen de ciseaux droits dont les lames longues d'un pouce ou environ seraient tranchantes extérieurement. On porterrtit , à la faveur du doigt , la pointe de ces ciseaux fermés jusque dessus la pierre; on les écarterait ensuite autant qu'on le jugerait nécessaire pour faire une ouverture suffisante en retirant les branches. Cette section permettrait l'introduction des tenettes ou du crochet.

Les exemples d'incision pratiquée avec succès au bord de l'orifice utérin dans certains accouchements où le col de la matrice trop rigide , presque calleux , résiste à la dilatation de cet orifice pour le passage de l'enfant ou pour l'introduction du forceps, du crochet propre à le retirer de la matrice, peuvent déterfliinerà faire une simple incision latérale ou une double section dans les circonstances indiquées, afin d'extraire la pierre dont ce viscère ne peut se débarrasser.— On a trouvé des concrétions ossi formes ou pierreuses dans les ovaires. Morgacni rapporte deux exemples d'ossificalmn d une partie de leur membrane. Une femme morte le dixième jour de son accouchement avait à l'un des ovaires une cellule osseuse et remplie d'humeur sanguinolenle (/^e sed. lip. /,8 , art. 44) Les ovaires d'une autre femme morte

d'une maladie de poitrine étaient blan^châtres, maigres et durs ; l'un d'eux cependant avait plusieurs petites vésicules pleines d'humeur, et deux autres plus grandes et vides : l'une de ces grosses cellules était formée d'une membrane en partie osseuse, et l'autre avait une tunique entièrement ossifiée et sillonnée comme des circonvolutions intestinales {Ep. 47, art. 28). Morgagni a trouvé une concrélion cartilagineuse dans le centre d'un ovaire d'une femme de cinquante ans mère de plusieurs enfants, et morte le onzième jour d'une chute qu'elle fit dans un fossé {Ep- 62, art, 2). Walter a vu sous la membrane externe d'un ovaire d'une femme de trente ans une concrétion dure, pierreuse, et de la grosseur d'une noix \Obs. an., cap. 3, p. 54). Ou a quelquefois observé , dans les tumeurs enkystées et sarcomateuses des ovaires, une ou plusieurs concrétions osseuses qui ne provenaient point de portions de fœtus pétrifié. Ce cas s'est présenté à l'IIôtel- Dieu de Paris , à la fin de l'année 1773, avec des circonstances relatives aux sir gnes illusoires de la grossesse.

Une femme âgée de trente ans , qui avait toujours joui d'une bonne santé, eut, en avril J773, des règles très-abondantes, qui durèrent plus de temps qud de coutume. Les règles ne paraissant plus aux époques suivantes, elle se crut enceinte. Son opinion prit de la force, au quatrième mois, à raison de l'augmenr tation graduelle du vol unie du ventre. Tranquille sur son état et se portant bien , elle vaquait à ses affaires. Quoique le ventre fût d'un volume plus considérable qu'à la dernière grossesse qu'elle eut à 1 âge de vingt-deux ans, il ne lui resta plus de doute dans le cinquième mois lorsqu'elle sentit des mouvements analogues à ceux d'un fœtus (mouvements doux, instantanés, qui durèrent quehiues mois sans variations et qui ne cessèren I que quinze jours a vaut sa mort). Cette femme consulta, et l'on jugea qu'elle était grosse. Sa misère l'obligea de venir à rUôlel-Dieu. La maîtresse sage-femme trouva par le loucher que la matrice était gonflée ou développée; mais elle y sentit une mollesse qui l'empêcha de porter un jugement aflirmatif sur la grossesse. Le ventre Irès-tuméfié était, tendu partout avec uniformité. On n'y sentait ni fluctuation m dureté particulière. La malade était décharnée; elle avait le pouls fébrile, la respiration pénible, et se trouvait trop faible pour

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rester hors tlu lit : d'ailleurs toutes les fonctions s'ext'ciilaient bien ; elle ne souffrait pas et satisfaisait sans inconvénient notable à une faim canine. Ensuite elle eut le (Icvoieuient, un rbume considérable, la cuisse et la jambe gauche Irèsœdématiées; ces accidenls se soulinrent pendant trois semaines, au bout desquelles elle souftVit beaucoup du ventre pour la première lois en jetant des cris perçants à raison des douleurs aiguës qu'elle y ressentait. Elle mourut le lendemain 7 décembre 1773 , neuf mois après l'apparition des dernières règles.

Le chirurgien de garde , appelé pour faire l'opération césarienne , trouva dans le ventre une tumeur qui par sa situation et sa nature lui eu imposa ; la matrice lui parut contenir un enfant.

Cette tumeur, située sous les parois abdominales , et du volume d'une matrice au neuvième mois de grossesse , s'enfonçait dans le bassin, s'appuyait sur les os des iles, s'inclinait sur le côté gauche, de sorte que les intestins étaient déjetés à droite; elle s'élevait jusqu'à la grande courbure de l'estomac, et était trèsadhérente au rein gauche. On l'ouvrit, il en sortit un peu de sérosité sanguinolente, et l'on vit une substance parenchymateuse, inodore, semblable par sa couleur et sa consistance à la pulpe d'un foie pétri entre les maius. Cette substance occupait les deux tiers supérieurs de la tumeur; l'autre tiers était rempli par une concrétion osseuse, très-dure, figurée comme le crâne d'un enfant . concave en devant, dont la convexité adhérait si intimement avec la paroi postérieure du kyste qu'il fut impossible de l'en séparer sans dissection. Cette concrétion avait plus d'un pouce d'épaisseur dans sa partie moyenne; elle était très-dense, pleine d'inégalités et d'aspérités à sa face concave, et pesait vingt une onces. Le kyste, dont le fond était fort épais et qui s'amincissait eu devant et supérieurement, avait plusieurs lames osseuses dans son épaisseur et à sa f^ice interne. Ou trouva la matrice déprimée dans le petit bassin, saine en dedans et dans sa substance, excepté qu'elle portait trois tumeurs sarcomateuses assez grosses, adhérentes par un pédicule à sa lace externe et postérieure près de sou sommet. Ce fait n a point de rapport avec les conceptions extra-utérines. C'est un osléo-sarconie enkysté de l'ovaire, qu'il était impossible de recoiin;iîire dans les i)remicrs mois de lu cessation des règles, et dillioile de

distinguer de la grossesse, relativement à l'âge de la malade, aux mouvements illusoires qu'elle disait sentir dans le ventre, à l'espèce de calme dans lequel elle a vécujusqu'ii trois semaincsavant sa mort. Quand on n'aurait pas méconnu l'existence de la maladie de l'ovaire, on ne pouvait juger de la présence de la concrétion osseuse qu'il contenait, et il n'y avait que des secours palliatifs à conseiller.

Des calculs biiiniies. — Les calculs biliaires sont des concrétions solides, formées par la bile épaissie , et par une portion de la matière concresciblc , huileuse , analogue au blanc de baleine qu'elle contient. Ils se trouvent quelquefois dans la substance du foie, à sa superficie, auprès des principaux vaisseaux. Colomu js en a vu dans le confluent de la veine porte, à l'ouverture du corps de saint Ignace (Z?e re annt., cap. 16). Ils y sont en petite quantité, d'un petit volume, très rarement de la grosseur d'un œuf de pigeon. Ces calculs naissent communément dans les conduits biliaires : ils se rencontrent quelquefois dnns le canal hépatique, ordinairement dans la vésicule du liel , moins souvent dans son col, dans son canal et dans le conduit cholédoque. Enfin on en voit hors des voies biliaires, dans les intestins, dans les fistules biliaires abdominales , causées par la crevasse ou les ulcères de ces conduits. Nous avons {)arlé des calculs biliaires des intestins ; traitons de ceux de la vésicule du fiel. — Ces calculs diffèrent: lopar leur situation et leur manière d'être dans la vésicule. Ils se trouvent dans sa cavité, à son fond, vers son col, ou dansson canal, lis y sont libres, mobiles, adhérens ou enkystés, quelquefois enduits d'une humeur muqueuse épaisse. Mekel en a trouvé deux ovales, petits, articulés ensemble, de manière que le gros bout de l'un de ces calculs était situé dans une petite concavité de celui de l'autre calcul {Col. ac. t. ix, p. 4) On conserve au cabinet du Roi un calcul biliaire cri^taUin, strié, du volume d'un gros œuf de pigeon , et qui était situé dans la vésicule du fiel , aux parois de laquelle il adhérait beaucoup. M. Mazière a envoyé à la Société de médecine de Paris une vésicule du fiel rétrécie, dure et entièrement remplie par un calcul qui pesait 141 grains(rt« 177!), p. 223). J.-L. Petit rapporte qu'il l'ouverture du corps d'une femme de trente ans, attaquée de colique hépatique depuis quelques années, on trouva la VC'

DES MALADIES DI

sicule (lu fiel si petite qu'iine-pierre de la grosseur d'une musc.ide la reniplis- SJiit exactemenl. Celte pierre était adliérenle à toutes les parois de la vésicule, sans qu'aucune goutte de bile y pùl trouver place {Mc'rn. de l'Jcad. de dur., 1. I, p. 386 ). Dans la vésicule du fiel d'une femme de soixante et un atis, morte après avoir éprouvé pendant long-temps Jcs douleurs les plus vives à la région du foie, on trouva plusieurs pierres biliaires : la plus grosse était lellement serrée par la vésicule, et si adhérente à ses parois, qu'on put h peine l'en séparer avec les doigts (Bonnet : Sep. lib. S,sect. 14, obs. 37, p. 254). La plupart de ces calculs , qu'on regarde comme adhérents, sont seulement embrassés, fixés ou serrés parles parois de la vésicule , lorsqu'il n'y coule point de bile, ou qu'il ne suinte de sa tunique interne aucune humeur muqueuse. Qiieli|ues-uns sont enkystés, ou situés entre les tuniques de la vésicule. Morgagni dit que la vésicule d'un homme de soixante-six ans contenait huit pierres libres; mais dix autres de la grosseur de grains de millet étaient entre les tuniques de celle poche (De sed.ep. G5, art. \i\ep. 37, art. 2l).— 2" Par leur quantité. Ces calculs sont au nombre d'un, de deux, ou en petite quantité dans la vésicule. On en trouve quelquefois un grand nombre. Fascli en a compté jilus de 3 .000 très-petits dans la vésicule d'un adulte ; Slarck, plus de 2,000 dans celle d'un vieillard; Grascc, 1,000; Mtntzel, 700 [voyez Morgagni :

De sed., ep. 37, nri. 19 et 29). La vésicule du fiil, dit ftlcckel, contient quelquefois plus de 500 pierres comme de gros graiiLS de sable, de différentes figures et grandeurs ; il y en a trouvé une fois 100 dé la même espèce [CuUcc. ac. t. IX, p. 5). Un homme mort d'une fièvre lente, et qui ne s'était jamais pl.iint de douleur gravalive à l'hypocondre droit, avait plus de 200 pierres dans la vésicule (Bonnet : Sep. lib. 3 , aect. 17, obs. 14 , p. 304). Leauté a trouvé (iO pierres «lans la vésicule d'un homme de quarante cinq ans. Cette vésicule avait la formed'un concoiubre: elle occupait l'hy- })ochonJre droit, le long du rebord dis fausses côtes jusqu'à la partie moyenne épigastriquc : elle contenait cinq dcmiseticrs de liquenr limi)idc , visqueuse et amère {Méru.dct Ac. de ch. 1. 1, p. 290). 3» Par leur grandeur et leur figure. Les calculs biliaires peuvent avoir le volume Cl la forme d'un grain de sable, d'un

VOIES DRINAIUES. 109

pois, d'une aveline, d'un œuf de pigeon, d'une muscade et même d'un œuf de poule. Une femme de trente-trois ans avait la vésicule remplie d'une humeur gliitineuse, noirâtre, et d'une pierre uu peu moins grosse qu'un œuf de poule.

Celte pierre était cristalline : rompue , elle brillait comme du nitre; son écorce élait plus dure que lecentre. Celle femme n'avait point ressenti de douleur ni de pesanteur dans cette partie; elle s'était seulement plainte de chaleur au foie (Bonnet: Sep lib 3, scct. 17, obs. 13, p. :i04). Vepl'er a ôié de la vésicule une pierre de la grosseur d'une muscade ( Tr. de npoplcx., j). 372). Une des plus grosses pierres trouvées dans ce réservoir est celle que i\leckil a décrite et fait dessiner. Elle remplissait toute la vésicule du fiel d'un liydrojiique , et même la dilatait. Elle était d'une forme cylindrique, un peu courbée ; elle avait cinq poucts et demi de longueur, son plus grand diamètre avait un pouce quatre lignes, et sa circonleience quatre pouces et demi. Outre celle grande pierre, qui pesait une once six gros, une antre bouclinil exaclenienl le conduit cholédoque, dont la cavité avait neuf lignes de diamètre [Coll. ne. t. ix, p. 4). Les grosses pierres sont ovalaires, oblongues; peu sont arrondies d'une manière unilorme. Les peiiles sont angulaires, cubiques, à surf.icc polie; d'autres sont inégales, raboteuses ou lulierculeuseSi — 4° Par leur couleur. La plupart des calculs biliaires sont noirâtres ou bruns à l'extérieur et jaunes intérieurement.

D'autres sont verdâtres, gris ou blanchâtres. Ou en a vu de la couleur d'un blanc mat. Il y en a de marbrés, ou mélangés de jaune, de blanc et de vert.

Elbra ouvert une vésicule qui contenait deux pierres d'un rouge blanchâtre, et une humeur séreus;', claire, sans le moindre vestige de bile : le foie était entièrement ,'quirrlieux (Coll. ne. t. ix, p. 91). Cesdeux pierres étaient-elles formées, cnmine li; dit Eller, par l'épaississcnieut deriiumcur inucpicuse qui suinte de la membrane interne de la vésicule?

Il n'a pas décrit Iciir structure, et leur analyse n'a point été faite. — 5» Par leur poids et leur eonsi.slance. Les pierres biliaires sont plus légères que les calculs nrinaires et les lymphatiques. Exposées à l'air ou desséchées, leur pesanteur diminue. Bonnet parle d'une pierre qui, récente, pesait quatre gros et demi, mais desséchée ne pesait plus que Uois gros

deux scrupules {Sep. Ub. 3, sect. 21, obs. 60, p. 522). Elles sont rarement molles comme de la pflle , quelquefois friables (Morgagni. De sed. ep. 37, arl. 29). Browu a trouvé dans la vésicule du fiel d'un hydropique âgé de vingt-cinq" ans une pierre tendre et friable ( Coll. ac. t. vin, p. 101). Morgagni rapporle qu'il a ôté de la vésicule du fiel d'un vieillard six ou sept pierres qui n'étaient point très-petites, dont la plus grosse avait le volume d'un grain de raisin. Elles étaient noires en dehors et en dedans. Leur substance avait la couleur du charbon.

Quoiqu'elles parussent légères , celles qu'on mit dans l'eau tombèrent au fond : exposées à la flamme, elles ne s'enflammèrent ni ne se fondirent ; sèches, la plupart se séparèrent en petits fragments [Ve sed. ep 37, arl. 30). Les pierres biliaires sont ordinairement dures, fermes; cependant elles s'écrasent assez facilement, on y enfonce une épingle : sciées, elles se fendent souvent par éclats dans le milieu de leur section ; exposées à l'air, elles y perdent quelquefois leur consistance et s'y ramollissent. — 6" Par leur structure. Ces calculs se divisent: l" en ceux qui ont une écorce composée de plusieurs couches, et pour noyau une concrétion jaunâtre avec ou sans filets radiés; 2° en c;ilculs cristallins, striés, lamellés, brillants, avec ou sans écorce et concrétion de bile. Les calculs de la première classe sont les moins composés. Les uns sont bruns, noirâtres, irréguliers, tuberculeux et formés comme par grumeaux ; les autres , plus durs , anguleux , cubiques, bruns, jaunâtres ou verdâtres, ont pour noyau une concrétion jaunâtre ou d'un brun noirâtre plus ou moins foncé, non cristallisée, sans filets, et recouverte de plusieurs couches. La première de ces couches forme une croûte sèche, unie, grise ou brunâtre , transparente et très-mince; la deuxième et la troisième sont plus ou moins blanches : ellesont une épaisseur plus grande, et la dernière forme une cavité remplie de bile concrète non cristallisée. D'autres calculs de cette classe ont pour noyau une concrétion jaunâtre, radiée ou cristallisée en filets concentriques : leur surface est presque toujours surmontée par di'S angles et des points saillants noirâtres. Ils ont une ( corce composée de plusieurs* couches distinctes , différentes par leur couleur, dont les unes sont transparentes comme du vernis, d'autres sont vcrdâtrcs, d'autres sont

blanches. Sous cette écorce, la bile quî leur sert de noyau est dispersée par filets plus ou moins jaunes, minces, courts, peu serrés l'un contre l'autre et dirigés vers le centre : au milieu de ces filets on observe souvent des masses informes et quelquefois des points brillants, multipliés et semblables à du talc.

Les calculs de la seconde classe ou les calculs cristallins sont ordinairement ovoïdes. Frais ou récemment tirés de la vésicule, ils sont verdâtres ou jaunâtres; secs , exposés à Tair, ils s'effleurissent , deviennent gris ou blanchâtres. Les uns sont cristallisés à leur surface externe ; dans d'autres, il n'y paraît point de cristaux. Ceux qui ne sont pas cristallisés en dehors, ont une écorce qui est quelquéfois plus épaisse dans certains endroits que dans d'autres et qui est formée par des filets courts et radiés. Sous celte écorce la concrétion est composée de lames cristallines , brillantes comme du talc ou du mica, diaphanes, déliées, irrégulièrement triangulaires , et dont les points se réunissent au centre du calcul, lequel est quelquefois occupé par une petite portion de bile concrète. Les calculs cristallisés extérieurement et intérieurement sont sans écorce, sans aucune enveloppe. J'ai trouvé dans la vésicule du fiel d'une femme âgée de soixante ans un calcul de celte structure. Je l'ai donné à M. Fourcroy. Cette pierre a une figure ovoïde, 2 pouces 8 lignes dé circonférence sur le grand axe, 2 pouces 4 lignes sur le petit. Récente ou fraîche , elle était verdâtre , très-brillante , toute cristallisée au dehors. Desséchée , elle est devenue d'un gris verdâtre par l'efflorescence qui s'est faite à sa surface. Elle a une demi-transparence ; elle montre des cristaux qui excèdent au dehors d'environ un tiers de ligne : ces cristaux présentent deux faces séparées par une arête; ils paraissent triangulaires , mais il est impossible de les séparer avec cette forme. La pointe d'un couteau a pénétré facilement dans sa substance, comme dans un corps gras très ferme. Sciée à moitié, elle s'est fendue inégalement : alors nous l'avons trouvée formée de lames blanches, légèrement jaunâtres et qui avaient l'aspect et le reflet du talc. Chacune de ces lames allait en divergeant du centre . h la circonférence : les ayant séparées , \ nous avons vu que c'est par leurs extrémités réunies que sont foruu's les cristaux qui font saillie à la surface. Il y avait dans le cciUrc de ce calcul quelques cris-'

DÏS MALADIES DES taux qiiadraiijjulairesisokîs et formas i>ar des lames de la môme nalure que celle du reste de l'a matière ; ces cristaux étaient terminés par une pyramide irrép-ulièrc, et entourés d'une matière noirâtre nui esl de la bile épaissie et décomposée. M. Vicq d'Azyr a décrit avec une grande exactitude plusieurs calculs biliaires, crislallins, striés et laméllés : quelnues-uns avaient une écorce opposi'e dé filets radiés (M cm. de la Soc. de méd., an 1779 , p. 221). 11 résulle de ces faits que la bile humaine peut fournir une grande quantité de ces cristaux.

70 Par leur nature. J.es calculs qui ont pour noyau une concrétion jauuâtré sont presque tous formés de la matière huifeuse et concrescible de la bile avec sa partie colorante, avec Une substance analogue à l'albumine , et un peu d'alcali. Ces calculs sont les plus légers; secs, ils surnagent souvent sur l'eau ou au milieu. Ils se dissolvent dans l'eau chaude et dans l'alcool , quelquefois ils se fondent au feu; exposés h la flamme d'une bougie , ils brûlent, comme de la cire à cacheter , en décrépitant : quelf|ues-iins s'enflamménlrapidement, brûlent et coulent comme de la poix. I5rùlés, la plupart laissent peu de matièi'e charbonneuse.

Les calculs cristallins, lamellés, ont pour base principale une substance analogue au blanc de baleine, et mêlée d'une petite portion de bile épaissie. Ils sont moins légers et moins inflammables que les précédents : en brûlant, ils élincellcnt , bouillonnent , se boursouflent , et laissent beaucoup de charbon. Leur matière cristalline ne se dissout point dans l'eau , elle s'y précipite en petites lames ; elle n'est presque pas dissoluble dans l'alcool à froid ou à la tempéralure de 10 î 12 degrés, mais à celle de GO degrés elle s'y dissout en prande partie. Elle ne se fond qu'à une chaleur de 90 degrés , et reste solide au-dt'ssus dé l'eau bouillante.

Les calculs biliaires se forment rarement chez les jeunes gens, ordinairement chez les adultes et les vieillarJs, chi z les femmes plus que chez 1rs hommes , chez les sujets bilieux, (|ui ont eu la jaunisse, qui sont mélancoliijucs , hypochoiidriaques, qui éprouvent des roiii|ncs hépatiques, dont le foie est squirrhi'ux, qui de viennent hydropiques : ils se trouvent quelquefois chez les personnes qui ont des pierres ur.nàires dans les rein.< , la vessie. Moriragni, M -rloi',Vi nfer, Vali r, ' O'n doiinei.l beaucoup d'cieiiiples Mer-

VOIES CRINAIRES. l^i catus avait , dans la vésicule du fiel, 36 calculs Ivruns, angulaires, de la grosseur d'un pois, G3 pierres dans les reins, et 2 dans les uretères. Celte complication se rencontre plus souvent chez les vieillards que chez les jeunes gens. Les calculs biliaires dépendent de la condensation de la bilé. Lorsqu'elle séjourne dans les conduits biliaires, dans la vésicule , elle s'y épaissit, elle y dépose une portion de la matière concrescible et huileuse, analogue au blanC de baleine , qu'elle paniît contenir alors en plus grande quantité que dans l'état naturel. — Les calculs contenus dans la vésicule peuvent y rester long-temps et toute la vie, sans causer d'accidents. Nous avons cité deut faits tirés de l'Anatomie pathologique dé Bonnet : Morgagni en donne aussi deui exemples ; l'un d'une vieille femme dont la vésicule contenait 10 pierres, l'autre d'une femme d'environ soixante ans qui avait la vésicule remplie au moins de 300 petites pierres. Ces femmes ne s'étaient plaintes d'aucune affection à la région du foie (De sedib. tj>. 37, art. 28 et 29). J.-L. Petit a trouvé dans la vésicule du fiel de plusieurs cadavres une grande quantité de pierres qui étaient ignorées, parce qu'elles n'avaient jamais causé le moindre accident pendant la vie. Si les calculs grossissent dans la vésicule , ou s'ils s'y multiplient, ils la soulèvent quelquefois i)rès du rebord des côtes, de sorte qu'on peut sentir les pierres chez les sujets très maigres. L'extraction dé ces pierres ne convient que lorsqu'elles occasionnent des accidents dangereux , et qu'on est assuré de l'adhérence de la vésicule au péritoine. Dans ces occurrences il y a congestion d'humeur visqueuse ou rétention de bile qui rend la tumeur plus saillante, plus facile à connaître tt à ouvrir.

Les pierres arrêtées dans le col de la vésicule ou dans le canal cysticjue et qui bouchent ces conduits, s'opjioscnt au' cours de la bile dans la vésicule : alors elle reste vide et resserrée sur elle-même; ou bien elle contient une humeur visqueuse qui transsude de ses parois , et qui s'amasse dans sa ravité an point de formrr une tumeur saillante au rebord des côtes. Cette humeur est i)resquesanS amertume et a les propriétés de l'albumine. Si ces pierres s'engagent dans le canal oholé lo pie, ellesemiièchcnl le passage (le 1 1 bile dans le duodénum , elles la reliciinent dai s le canal hépatique,dans le canal eystique (t surtout dans U

TRAITÉ

vésicule, oii la Congesllon de cette humeur se l'ail iui plus hiut di'gré.

Les pierres anf^ulaircs, inégales, fixées dans les voies biliaires, causciil ordinairement la colique hépatique, ou bien une inflammation , un spasme, avec douleur aiiiuc, constante, qui s'élcnd du rebord des côles à l'épigaslre. 11 survient des nausées, des vomissements, une pression à la région de l'estomac, la sécheresse de la bouche et de la peau, la fièvre, la constipation du ventre, quelquefois la jaunisse. Ces sysDplômes indiquent les saignées, les délayants , les bains, les calnplasnies cniollients,les antispasmodiques élliérés. M. Durande a employé, après ces premiers moyens , un mélange de trois gios d'éllier et de deux gros d'huile de térébenthine. Il en faisait prendre c!i;iqne matin un cinquième et quelquefois un quart. Après la prise de ce mélange , le malade faisait usage de petit lait ou tl'eau de veau, prenait dans la journée des l)ains, des eaux de Vichy ou de Conlrexeville , une tisane de racine de bouillon blanc. M. Durande conseillait le mélange élliérc pour fondre les calculs biliaires. Ce remède, quelque actif et quelque volatil qu'il soit, peutil parvenir dans la vésicule, peut-il même pénétrer dans le c.mal cholédoque qui s'ouvre dans le duodénum ? Et s'il y pénètre, a-t-il assez d'énergie pour dissoudre les calculs en^ngi's dans ce conduit? Il est probable qu'il agit comme antispasmodique, qu'il lait cesser le spasme. On devrai! substituer un jaune d'œuf à l'huile de térébenthine qui est trèscchauffante, et qui rend le mélange trèsdésngié.ibleau goût. Les sucs savonneux des plantes peuvent favoriser la dissolulion des calculs biliaires, ou empêcher leur accroissement. Les bouchers savent qu'on ne trouve des pierres dans la vésicule du fiel des bœufs qu'après les saisons sèches et la disette de fourrafi:es frais, ou dei)uis le mois de novembre jusqu'au mois de mars; ces calculs disparaissent au printemps et dans l'élé , lorsque ces animaux trouvent abondamment des végétaux vei ls et succulents. Il est essentiel d'attendre que les accidenis inflammatoires soient diminués, pour employer les apéritifs. Il arrive souvent que le foie conserve de la douleur après l'usage du mélange éllu'ré, et qu|il survient des coliques. Elles cèdent à quelquis bains, au lait d ànesse, aux sucs des plantes savonneuses étendus dans le petit lait, aux lavements.

Après la cessation du spasme et la dilatation du canal cholédoque, ces pierres , pressées par 1 humeur retenue ou par l'action des parties, passent dans le duodénum. Elles causent des coliques plus ou moins fortes aux différents points du ventre ; puis elles sortent par l'anus, en dilFérenls temps et en plus ou moins grand nombre. Elles sont quelquefois recouvertes d'une couche de matière calcaire et muqueuse, semblable à celle des pierres stercorales , et formée pendant leur séjour dans les intestins (voyez cidessus p. 188). La déjection des pierres biliaires par l'anus fdi.sant connaître la cause positive de la colique hépatique qui récidive de temps en temps, on peut exciter leur passage des voies biliaires dans les intestins, en employant les remèdes prescrits ci-dessus, en agitant le corps dans des voitures rudes, à cheval , en administrant avec prudence des apéritifs très-actifs. J'ai vu de bons effets de l'usage des sucs de feuilles de persil, de ciiiendent et de pissenlit , h la dose de six onces le malin , pour un homme bilieux âgé de cinquante ans , sujet à des coliques hépatiques et abdominales, produites par des calculs biliaires : il en a rendu par l'anus plus de cent de la grosseur d un pois, dans l'espace de six semaines qu'il a pris ces sucs d'herbes. II n'est point exposé h ces accidents, dans l'été , dès qu'il fait usage des fruits rouges. .

Les pierres qui restent fixées aux parois de la vésicule peuvent y causer l'in- Hammation, la supimration, et la rendre adhérente au péritoine. Elles percent quelquefois les parois de la vésicule , et glisseni dans les interstices des muscles du ventre, sous les tégumens, à une distance plus ou moins grande des voies biliaires, près du nombril, etc.; elles occasionnent dans ces endroits des dépôts purulents, bilieux, qui, ouverts spontanément ou par l'art, restent fisluloux. Ces pierres sortent par l'ouverture de la fistule, ou bien elles s'arrêtent et grossissent dans le sinus ; il s'en forme quelquefois de nouvelles dans les trajets sinueux, quand la bi'e y est retenue. Borrichius dit qu'une femme âgée de cinquante ans, assiz grasse , soulfrait depuis long temps de violentes douleurs dans riiypochondrc droit. Il se forma dans cette région un abcèsqui s'ouvrit en dehors, et qui laissa un ulcère fistuleux. Il est sorti de cet ulcère en différentes fois plus de quatre cents pierres biliaires, ua

DES MALADIES DES

lieu plaies, de diverses couleurs, grosses comme des fèves, d'une consislnnce médiocre. Celte femme vivait avec celle incommodité sans que sa santé fûl aulremeut déranijee {Act. de Copenh. an 1 G7 6, obs. 17(>). j.-L. Petit rapporte, d'après Lapeyronie , qu'une femme de soixanle- Ireize ans, d'un lenipéranient vif et sanguin, eut des accès de colique hépatique; deux mois après, il parut une tumeur vers la région de la vésicule. Celte tumeur suppura et s'ouvrit spontanément, environ six mois après avoir paru. Il s'écoula près d'une palellc de matière purulente , bigarrée de couleurs rouge , grise et vert foncé , dans laquelle surnageaient cinc[ ou six pierres biliaires de la grosseur d'un pois. L'écoulement du pus entraîna dans le cours de six mois environ sept ou huit pierres de la grosseur et de la nature des précédentes, l.'ulcère fisluleux avait une ouverture d'une ligne de diamètre. Lapeyronie y porta une sonde qui fit, sans de grandes résistances , environ qualre pouces de chemin, pour parvenir vers la vé;;icule. Cet instrument retiré, il sortit abondamment des matières purulentes et bilieuses ; elles entraînèrent une pierre : le trajet du sinus n'était couvert que par la peau ; sa longueur et sa courbure empêchaient de reconnaître la cavité d'où la pierre et les matières étaient sorties. Lapeyronie fendit ce sinus; après avoir fait une incision d'environ trois pouces de longueur, il vit sortir de la bile pure par un trou situé vers le milieu du muscle droit. Il pansa la plaie. A la levée de l'appareil, il sortit encore de la bile par le trou du muscle droit. Lapeyronie porta une sonde courbe dans la vésicule. Depuis celte opération, la bile et les autres matières n'ont plus été retenues , et la malade a joui d'une bonne santé [Me'ni. (le l'Ac. de ch. 1. 1 , p. 301).

Une autre femme âgée de soixanlequaloize ans eut une colique suivie de jaunisse. Il parut une tumeur dans l'hypoehondre droit, laquelle abcéda et lai.ssa une fistule. Lorsque celle fistule se fermait, la malade souffrait ; elle était au contraire soulagée dès que l'ulcère se rouvrait. Un an après, elle eut du côté des vertèbres une autre lumeur; un conduit fibtuleux y répondait, et avait son issue à côté et un peu au-dessous de l'ombilic. Ce conduit se ferma. On détruisit avec une sonde une pellicule qui le bouchiil; il sortit beaucoup de sérosité sanguinolente , ce qui soulagea encore celle Chnjjarl.

VOIES URINAIRESi 113

femme qui était dans de grandes souf" frances. En suivant le trajet de la fistule, on sentit avec la sonde un corps dur dans la tumeur; on le découvrit par une incision faite dans le trajet fisluleux : on détacha ce corps et on l'enleva. C'était une pierre biliaire de quatre pouces de longueur sur trois de circonférence : elle était lisse par une de ses extrémités, et garnie par l'autre de plusieurs cavités oîi logaient des mamelons charnus, ce qui formait l'adhérence de la pierre. Cette opération faite, on aperçut l'ouverture d'un autre conduit qui allait vers le côté opposé, cl qui pénétrait au delà de la ligne blanche jusqu'à l'bypochondre gauche, où il n'y avait aucune apparence de tumeur. On trouva une seconde pierre dans ce conduit; on la tira après l'avoir découverte en prolongeant l'incision. La plaie de l'Iiypochontlre droit laissa écouler pendant quelques jours un peu de matière bilieuse mêlée de pus. La suite de la cure n'eut rien de particulier, et la malade fut parf.iilenient guérie au bout de deu,t mois.

Il résulte de ces fails, qu'instruit, par le toucher ou la sonde, du séjour de ces pierres que les matières ou les injections ne peuvent entiaîner, on doit les extraire en incisant , au moyen d'un bistouri conduit sur une sonde cannelée, le trajet fisluleux qui s'étend sous les téguments ou les muscles superficiels. Celle incision fera découvrir l'ouverture interne de la fistule qui, pénétrant à travers les muscles profonds, répond directement dans la vésicule : alors, les matières dont l'écoulement sera plus facile au dehors, entraîneront les jjierres , si elles sont petites et libres; ou bien Ton en facilitera l'issue en dilatant par degrés celte ouverture au moyen de bougies de corde à boyau ou d'éponge préparée. Si toutes les pierres sortent , et si la bile coule librement dans le canal cholédoque, la fistule se ferme sans accidents; sinon les corps étrangers la fout subsister : mais ayant soin de la dilater de temps en temps, le malade jouit d'une bonne santé ou n'est poinl sujet aux dégoûts, aux langueurs, aux dél'ailiaiires et aux douleurs qui surviennent (juand elle se ferme ou fournit peu d'humeurs. — .

Les pierres bilhiires lixties dans le canal cholédoque peuvent occasionner la rétention de la bile dans la vésicule. Il prraîl alors sur le rrbord des premières fausses côtes une tumeur circonscrite ,

114 XR

oblongue , qui s'étend de l'hypochondre droit au milieu de l'épigaslre, à l'ombilic et rarement jusqu'à la région ili.ique droite. Cette tumeur contient quelquefois une ou deux pintes de liquide verdàtre (voyez l'observation citée p. suiv.). Gibson a trouvé la vésicule d'un enfant de douze ans si excessivement dilatée, qu'elle contenait huit livres de bile épaissie située dans ditîérenls sacs ou poches membnineuscs concentriques : le canal cholédoque, plus large que dans l'état naturel, était plein de concrétions jaunâtres [Ess. d'Edinib,, t. ii, p. 447).

Nous exposerons d'après les faits consignés dans le Mémoire de J.-L. Petit sur les tumeurs formées par la bile retenue dans la vésicule du iiel les signes, les accidents et la cure de cette maladie (Me'in. de l'Ac. de ch., t. i, p. 225). La tumeur formée par l i rétention de la bile dans la vésicule soulève et tend les téguments qui la recouvrent ; on y sent aisément et subitement une ondulation de liquide. Elle est avec douleur tensive et plus vive en toussant ou dans les eflorls de la respiration ; elle est précédée ou accompagnée des symp'ômes de la colique hépatique , ce qui empêche de la coufondre avec l'hydropisie enkystée du péritoine qui peut se former dans cet endroit. C'est peut être faute de faire attention à ces symptômes qu'unetumeur d'une étendue considérable, située à la région du foie d'une demoiselle, fut prise pour une hydropisie enkystée : la fluctuation de cette tumeur était très sensible ; on fit la ponction , et nu lieu de sérosité il en sortit deux pintes débile verte et gluante. — La matière bilieuse retenue dans la vésicule y cause ordinairement , par sa quantité, son séjour et son acrimonie, une inflammation qui rend les parois de ce sac adhérentes au péritoine ou aux parties voisines. Cette inflammation se termine quehiuefois par un abcès dont les suites sont dangereuses. Les symptômes étant alors presque semblables à ceux de l'inflammalion et de l'abcès du foie, on peut prendre la tumeur de la vésicule pour un abcès au foie, si l'on se méprend sur les signes particuliers qui la caractérisent. Petit en rapporte plusieurs exemples, pag. 2oG et suivantes. 11 fut appelé en consultation pour décider sur la nature d'uiie tumeur au foie. Les consulta Is ne doutèrent point qu'il y eut abcès cl furent d'avis d'en faire l'ouverture. A peine i'elil eut-il coupé li peau qu'il s'aperçut de l'alVaissenient et de la

diminution de la tumeur. Il n'acheva point l'ouverture; il en rapprocha les bords. Les assistants étonnés lui demandèrent pourquoi il n'avait point ouvert jusqu'au foyer de l'abcès : il leur dit ce qu'il avait aperçu, et que, s'il ne se trompait pas, le prétendu abcès n'était que la bile retenue dans la vésicule du flel. Il ajouta que la tumeur n'avait disparu pendant qu'il opérait que parce que la bile avoit continué de couler, et que le malade la rendrait bientôt par l'anus. En effet, sitôt qu'il fut pansé, il alla à la selle, il évacua quantité de bile verte et il fut guéri en quatre ou cinq jours et de la plaie et de son prétendu abcès. — Les signes qui distinguent les tumeurs de la vésicule d'avec les abcès du foie qui se forment à sa partie inférieure près du rebord des côles, sont l'accroissement rapide de la tuméfaction extérieure à l'hypochondre droit; sa circonscription, la fluctuation très-manifeste dans toute son étendue ; la mollesse et la mobilité des téguments qui la recouvrent et qui ne s'cedémalient que lors de la suppuration, mais sans dureté ni gonflement h la circonférence de la tumeur. L'abcès au foie est la suite d'une inflammation, il est lent à se former et à se manifester; la tumeur qu'il produit n'est pas circonscrite, elle s'étend aux parties voisines , elle rend les téguments œdémateux : la fluctuation du pus est tardive, difficile à juger; elle n'est d'abord apparente que dans le centre de la tumeur, puis elle s'étend à la circonférence à mesure que la suppuration augmente : sa circonférence reste dure et gonflée quel que soit le degré de suppuration. Si l'abcès au foie et la rétention de la bile se trouvent ensemble, on en juge par les signes commémoralifs, par les caractères particuliers rie cette humeur, par la marche et le progrès des accidents.

Lorsque la tumeur bilieuse de la vésicule n'abcède point , on peut la porter long temps et avoii- des accès de colique hépatique qui se dissipent par les saignées, les délayants, les bains. Quelquefois, après avoir été tendue et douloureuse, elle diminue , elle se vide d'ellemême, ou en la pressant avec les doigts, parce que l'obstacle au cours de l'humeur retenue se déplace, ou que, forçant le canal cholédoque à se dilater, cette humeur coulant alors dans le duodénum , le malade la vomit ou la rend par l'anus. D'autres fois l'inflammation qui survient à la vésicule est suivie de suppuration et

DES MALADIES DES

de sa crevasse. Si celte ouverture se fait du côté des légumeiits , ils se gonflent , rougissent; il s'y forme un nbcès qui s'ouvre quelquefois spontanément et donne issue au pus et à la bile : celte évacuation soulage le malade , il reste une fistule ordinairement compliquée de pierres biliaires, il en sort pendant longtemps beaucoup d'humeur limpide et purulente, puis de la bile ; celle fistule se ferme et s'ouvre allernalivement tant que la bile ne coule point dans le duodénum, ou qu'il y a des pierres dans le trajet fistuleux ou dans les voies biliaires : si la vésicule se crève dans une partie du colou ou du jéjunum qui lui est adhérent, l'humeur bilieuse retenue coule dans les intestins et le malade peut vivre plusieurs années après celle crevasse. Enfin la putréfaction peut affecter une grande étendue des parois de la vésicule. La dissolution putride en détruit les adhérences avec le péritoii>€ et les viscères ; elle cause l'éiianchement de la bile dans le ventre, suivi de vives douleurs, de hoquet, de vomissement, de tension de l'abdomen et de la mort. Pour prévenir ces accidents, il faut ouvrir la vésicule lorsqu'elle est extrêmement tendue, qu'on a tenté infructueusement les moyens propres à diminuer l'inflammation, que les accidents s'accroissent sans avoir l'espérance de les dissiper, et surtout quand on est assuré de Tadhérence de la tumeur au péritoine. Les signes rationnels de celte adhérence se tirent de la longue durée de la maladie, de l'inflammation qui a plusieurs fois attaqué la région de la vésicule, des douleurs aiguës el toujours constantes à cette partie dans les accès de colique , enfin de l'œdème ou de la rougeur des téguments qui a paru dans le même lieu. Les signes positifs sont : que le malade étant couché sur le côté gauche, les cuisses fléchies, on ne peut, én poussant la tumeur d'un côlé el d'un autre, l'éloigner de l'eudroit oiielle fait bosse , et il y a bouflissuire ou œdème à l'extérieur.

L'ouverture de la vésicule se pratique dans le lieu oii l'on juge qu'elle est adhérente. Elle consiste à faire avec un bistouri droit et aigu une incision oblique et longue d'environ un pouce et demi, d'abord aux téguments, puis aux parties subjacentes jusqu'à la vésicule.

On incisera ensuite celle poche près des limites de son adhérence qu'il est alors facile de connaître. Celte Incision sera

Voies urinaires. 115

d'une moindre étendue que la section extérieure, et en raison du volume de la tumeur pour faciliter l'issue de l'humeur retenue et des pierres. Cette opération est préférable à la ponction, qui peut être dangereuse et mortelle par l'épancliement de la bile dans le ventre si l'on perce dans un endroit oii la vésicule n'est point adhérente, ou si elle est dans un état de coUiquation ou de putréfaction. D'ailleurs la ponction est toujours insuffisante, puisqu'il faut ensuite inciser les parties afin d'extraire ou de donner issue aux pierres qui causent presque toujours la rétention de la bile. S'il reste une fiilule, on s'opposera au rétrécissement de son ouverture au moyen des dilatmts , jusqu'à ce que l'on soit assuré par la sonde qu'il n'y a plus île pierre à ôter. La fistule se ferme ensuite spontanément, ou l'on en bâte la giiérison par des injections dessiccatives, par la compression , lorsqu'il n'en sort qu'une humeur limpide el que le malade n'éprouve point les symptômes de la rétention de la bile. — Si la tumeur de la vésicule s'ouvre d'elle-même dans le tissu cellulaire des muscles qui la recouvrent, et si la matière du dépôt qu'elle produit sé fait jour à travers les téguments, celle ouverture est souvent trop étroite ou trop éloignée du fond du foyer pour faciliter l'issue des humeurs et des pierres. On l'agrandira par l'instrument tr.inchant dirigé avec précaution, afin de ne point détruire les adhérences au péritoine ; ou bien on fendra le tr.ijct fistuleux comme il a été prescrit.

Des pierres urinairei. — Les pierres urinaires sont des concrétions solides, salines, et qui tirent leurs éléments de l'urine. Elles se trouvent dans les reins, les uretères, la vessie et l'urètre, quelquefois hors des voies urinaires, entre le prépuce et le gland, dans le scrotum, au périnée, lorsque l'urine pénètre et séjourne dans ces parties. Il est important de connaître les différentes places que ces calculs occupent pour bien concevoir leurs effets et pour déterminer les moyens de soulager les malades : aussi nous considérons les pierres urinaires séparément dans les reins, dans les uretères et dans les autres parties qu'elle.<î peuvent occuper. Nous exposerons ici en général leurs dilTérences, leur nature leurs propriétés, leur structure, leurs causes et leur formation. — Les dinférences des pierres urinaires sont relatives à leur situation, à leur nombre, în

116 TRi

leur grandcui', à leur lornic et à leur surface, à leur couleur, à leur pesanteur, à leur densité et à leur connexion. Wous avoni piulé de la position différente des pierres dans les voies urinaires cl hors de ces voies. 11 s'en trouve une ou deux, quelquefois un plus gr.md nombre.

[f^oycz, l'article des piems rénales, et celui des pierres ve'bicales.) Leur volume varie suivant l'abondance du dépôt de la matière calculeuse, leur séjour ou leur ancienneté dans les parties qui les contiennent. Il y en a de petites, de médiocres, de gro.-ses et d'un volume considérable , ou qui ont beaucoup de circonférence et d'épaisseur. Il en est peu de rondes ou spliériques; la plupart .sont ovoïdes, ou aplaties en forme d'amandes: il y en a de cjiiiidiiqucs, de triangulaires, de rhomboïdales ; plusieurs ont une forme irrégulière et relative à la cavité qu'elles occupent. Quelques-unes ont une surface très-lisse et affectent un poli très-doux. D'autres sont un peu âpres , rudes au loucher ; plusieurs ont une surface grenue, en stalagmite, ou mamelonnée comme la supcrliicie d'une mi^ire : il y en a dont les grains sont très saillants , inégaux; il s'en trouve qui sont relevées par des tubercules, hérissées de pointes plus ou moins allongées et quelquefois formées en stalactites. Si les pierres sont composées de plusieurs pièces réunies, ou s'il existe dans le même organe deux ou trois pierres en contact, on y remarque presque toujours des faceltes polies , plus ou moins larges relativement à l'étendue de leur juxta-position. Il en est alors très -peu dont la densité de la surface s'oppose à la formation de ces facettes et à leur poli. La présence d'une facétie sur un calcul extrait par la taille , annonce qu'il n'est point unique. L'une des faceltes est ordinairement convexe et l'autre concave; quelquefois leur juxta-position est aussi exacte que l'est le contact des os du carpe ou du tarse entre eux , les pierres s'appuient l'une sur l'autre avec la même précision que si elles étaient articulées : on a vu quelquefois un enduit muqueux, tissu à peu près comme une membrane, s'étendre d'une pierre à l'autre et les réunir entre elles. Enfin il paraît à la surface de quelques pierres une petite rigole , on en a même vu qui étaient percées dans le milieu pour l'écoulement des urines.

- Il se trouve des pierres blanchâtres, qui ont une apparence plâtreuse et cré-

tacée, et qui blanchissent les corps qu'on en frotte. D'autres sont grises , jaunâtres (l), fauves, rougeàtres, jaspées, ta-

(1) La vessie urinaire du bœuf contient quelquefois des calculs dorés. Un boucher de Paris en a trouve une grande quantlKi dans celle d'un bœuf qui en avait déjà rendu beaucoup cl avec douleur en urinunl. La vessie de cet animal était racornie, rugueuse; sa face interne présentait des espèces de cordes ou des colonnes membraneuses irôs-saillanles.

Les calculs qu'elle conlenail étaient logés dans des anfracluosilés et recouverts d'un enduit glaireux qui les y fixait.

RI. Dcscliamps , chirurgien en chef de l'hôpital de la Charité, m'a donné plusieurs de ces calculs. Ils étaient ronds , de la grosseur de grains de millet , de cbenevis , de pois. Leur surface avait une couleur d'or assez éclalanie et qui a bruni à l'air. J'en ai scié un du volume d'une petite noisette. Une partie de l'écorce s'est détachée par petits feuillets Irès-minces. La densité de la substance et surtout du centre de ce calcul a rendu la section lente et laborieuse. La poussière de la sciure était sèche, grisâtre, un peu brillante ; elle ne s'est point attachée aux dents de la scie , comme celle des pierres urinaires de l'homme. Les deux segments ont offert un noyau jaune, trèspetit , entouré d'une couche noirâtre ; celle-ci était couverte d'une autre trèsmince et d'un jaune foncé. Plusieurs autres couches , alternativement noirâtres et jaunes, recouvraient les premières; la dernière formait une écorce composée de feuillets comme vitreux , d'un jaune d'or un peu éclatant. La poussière de la sciure mise dans l'eau s'est en partie dissoute ; la liqueur a verdi le papier teint avec les lleurs de mauves et n'a point altéré la couleur du papier bleu ou teint de tournesol. — On lit dans les Transactions philosophiques, ann, 1674, n° 101 , art. 4 , qu'un boucher trouva dans la vessie d'un bœuf environ deux cents pierres de différentes grandeurs, dont les plus grosses étaient à peu prés du diamètre de la lettre 0; les petites comme des têtes d'épingles ; d'autre?

n'étaient pas plus grosses que de la graine do moutarde. Après avoir enlevé les glaires qui les unissaient et qui en avaient fixé une partie à la face interne de la vessie, on vil qu'elles étaient lisses, sans rugosités et de couleur jaune. la plupart sphériqucs , quelques-unes un peu aplaties. Sèches, elles ressemblaient par leur couleur ù l'or bruni. On les a rompues avec peine, et l'on a remarqué

DES MALADIES DBS

rhptres de lilanc et de rouge. Il y en a de verdàlres, de brunes, de noirùlres.—

que leur écorce seule élaft brillaiile et comme doràe ; la subsiance iniérieiire avait l'apparence de sucre candi. L'acide sulfurique les a beaucoup diminuées sans fiiire perdre leur couleur ; l'acide niirique les a dissoutes avec effervescence. — Les Epliéméricles des curieux de la nature (dcc. 1, ami. à,obs. 1G8) marquent qu'on a trouvé dans la vessie d'un bœuf plusieurs pcliies pierres rondes et brillantes. Elles n'avaient point une odeur urineuse après avoir élc broyées, comme celles que IXommelius a vues dans la vessie d'un autre bœuf {cléc. 2, aini. .5, obs. liG). Leur odeur approchait de celle de!> yeux d'écrevisse lorsqu'ils ont éié réduits en poudre. Ces pierres se dissolvaient dans le vinaigre, à l'excepiion de leur écorce brillante , laquelle restait dans son entier. Elles donnaient un précipité blanc par les alcalis. La vessie du bœuf dont parle Rommelius contenait une prodigieuse quantité de petites pierres rondes , qui ressemblaient par leur éclata une matière métallique. Les unes étaient de la grosseur d'un pois ; les autres, en plus grand nombre, étaient aussi petites que la semence du pavot. Toutes, à l'extérieur, n'étaient pas de la même couleur; il y eu avait d'un jaune couleur d'or, de brunes, de la couleur de la turquoise. Klles étaient formées de couches concentriques. La couche extérieure enlevée , celles qui suivaient étaient d'une belle couleur d'or et d'autant plus brillantes qu'elles s'approchaient davantage du centre. Ce qui surprit davantage Rommelius, c'est que ce gravier, qui ressemblait à des grains métalliques, ne se trouva que dans la vessie ; il n'y en avait point dans les reins. — M. Vicqd'Azyra fait dessiner en grandeur naturelle de petits Calculs dorés trouvés dans la vessie d'un bœuf. Ces concrétions , dit-il , sont un assemblage de couches Irés minces, comme viireu!-es, et qui ont toutes jusqu'au centre la couleur d'or la plus éclatante. Cette couleur toutefois n'est pas constante. On trouve quelquefois dans la vessie des bœufs des calculs qui ont la même forme , avec une couleur argentée tres-brillanle (Mum. de lu Soc. du mdd., mm. 1779, 21G). — Les calculs urinaires qui paraissent dorés sontils particuliers au bœuf? Les bézoards occidentaux ou les concrétions qui se trouvent dans l'estomac ou les intestins des animaux de l'Amérique, et qui sont composées de couches concentriques et d'un noyau sur lequel porte leur pre-

VÔIES cniNAlRES. 117

Les pierres urinaires sont plus pesantes que les autres concrétions animales.

mière couche , ont leur surface externe d'une conleur blanchâtre , mêlée de jaune ou de noir, et le plus souvent avec des teintes brillantes qui semblent être dorées ou bronzées. Les bézoards orientaux n'ont point de ces rellets. D'où viennent ces teintes dorées? M. Daubentou a lait une observation qui peut donner lieu de présumer qu'elles dépendent des sucs d'herbes que les animaux broutent. Il a remarqué sur les dents mâclieliûres des ruminants , tels que les bœufs , les béliers , etc. , une couche de matière noirâtre et luisante , avec des teintes comme dorées. Il pense que cette matière vient des herbes que broutent ces animaux et qu'ils mâchent lorsqu'ils ruminent. Les sucs qu'ils en expriment s'attachent à leurs dents et y forment une sorte de tartre analogue aux sucs concrets dont ils se nourrissent. On ne peut guère douter que les mêmes sucs qui s'épaississent et se durcissent sur les dents des animaux ruminants, ne s'épaississent et ne se durcissent aussi sur la face extérieure des bézoards qui se trouvent dans leurs estomacs ou leurs intestins. Mais comment les calculs contenus dans les reins , dans la vessie du bœuf, où les sucs d'herbes qu'ils mâchent ne pénètrent point, peuvent-ils avoir celte teinte brillante et dorée qu'on voit à leur surface? On ne peut le concevoir qu'en admettant que les principes de ces sucs d'herbes qui donnent celte couleur, se mêlant dans le sang, se trouvent dans l'urine avec la matière pierreuse qui produit ces concrétions {'). (N. de Ch.)

(*) J'ai présenté, le 27 juin 1837, à l'Académie de médecine, trois pierres do ce genre qui m'ont été données près de Saint-Éiienno , et qui ont paru très-curieuses même aux médecins vétérinaires.

Une d'elles ressemble parfaitement au boulon doré d'un sucrier de porcelaine ; elle a été trouvée dans le rein d'un bœuf: les deux autres, de forme h-nticulaire , sont moins brillantes, on les dirait recouvertesd'une lamed'or vert mal bruni ; elles ont été recueillies dans la vessie d'une vache. — Un fait qui a frappé l'Académie et que j'ai reproduit à plusieurs reprises sous ses yeux, et un grand nombre de fois ailleurs, c'est qu'eti souhivant avec l'ongle la couche superliciellc de la première pierre, on arrive à une couche blanchâtre; et qu'en frottant colle-ci avec la pulpe du doigt, on lui rend à l'instant son aspect doré. — Soumis à l'analyse

Elles pèsent deux fois moins que les cailloux. Leur j)esanteur spécifique est à l'eau comme 5 csl à 4 ; celle des cailloux est à ce liquide comme 9 est à 4. Le poids des pierres urinaircs peut varier depuis 1 grain jusqu'à 51 onces. Les médiocres pèsent 3, 4, 8, 10 gros : celles dont le poids excède une once et demie sont de grosses pierres; elles le sont d'autant plus qu'elles augmentent de volume et de poids. Les calculs bruns , noirclires, ceux qui ont des grains trèsserrés sont les plus pesants; les roui^eàtres le sont moins: les blanchâtres, dont la substance paraît très poreuse , trèsspongieuse , sont les plus légers. Tous diminuent de poids à l'air. Les plus gros perdent proportionnément moins de leur poids que les médiocres. Une pierre de 5l onces (ju'on a trouvée, en 1690, dans la vessie d'un curé ( Trailc de lilholomie^ de Tholet, p. 37 ), et que l'on conserve à l'hôpital de la Charité de Paris, pèse, cette année (I79l), 48 onces 7 gros et demi : son poids n'a diminué, en 101 ans, que d'environ 2 onces. Une pierre de 24 onces, extraite par la taille hypogaslrique, en 17G8, ne pèse plus que 21 onces 1 gros 6 grains. Une autre de 10 onces 4 gros, tirée de la vessie après la mort, pèse 14 onces 4 gros et demi. Je conserve une pierre trouvée , en 1773, dans la vessie d'une femme : récemment extraite, elle pesait 12 onces et demie ; elle n'en pèse plus que 11. Une pierre de 2 onces 4 gros, que M. Deschamps a extraite, en avril 1787, de la vessie de M. Nicolai, évêque de Béziers, pesait, en juillet 1791,1 once 5 gros. Une pierre d'une once 7 gros, que j'ai ôtée, en 1782, de la vessie d'un adulte, a perdu, jusqu'à présent, C gros de son poids. Une pierre vésicale d'un enfant de cinq ans, que j'ai taillée en 1 786, pesait 2 gros; elle ne pèse plus, en 1791, qu'un gros 1 2 grains. Malgré la perle de leur poids , ces pierres ne diminuent point ou presque point de volume.

chimique, l'un des calculs lenticulaires nous a offert, à M. Lecanu et à moi ; du carbonate de chaux pour principal élément de sa composition. Il nous a présenté, en outre, de la matière aniaialc et des traces de carbonate de magnésie et de phosphate de chaux. L'examen comparatif d'un calcul blanc tlo bœuf nous a donné le même résultat : tous les deux contenaient ainsi les principes observés dans les calculs urinaires des espèces bovine, ovine et chevaline. S.

Les pierres noires sont , en général , plus denses que les rougeàtrci et les grises. Elles résistent plus au marteau, à la scie, que les blanchâtres ; celles-ci sont ordinairement légères, poreuses, tendres, friables ou très-fragiles : elles n'ont presque pas de consistance; leurs couches s'écrasent et s'enlèvent facilement par le moindre effort. — La plupart des pierres urinaires sont libres et niohiles dans les organes qui les renferment; d'autres n'y joui.ssent d'aucune mobilité, et sont resserrées ou embrassées par ces parties. Quelques-unes se prolongent dans les cavités ou les interstices des viscères qui les fixent. On en voit qui sont enkystées, ou contenues dans des cellules membraneuses. 11 n'y en a point d'adhérentes, même lorsque des foiigosilés vasculaires s'élèvent de la tunique interne des viscères, et s'insinuent entre les espaces grenus ou les inégalités de la surface des pierres. — Toutes les pierres urinaires sont de la même nature, ou formées par une substance animale particulière qu'on nomme acide urique, matière calculeuse, ou base du calcul (l). Elles exhalent une odeur d'urine, quand elles sont fiaîches, récemment tirées du corps, ou macérées dans l'eau. Exposées au feu , à la lumière d'une bougie, elles ne s'enflamment point, elle ne bouillonnent ni ne se boursouflent , comme les pierres biliaires. De même que les os, elles ne sont pas scintillantes; jamais elles ne font feu avec le briquet. On peut les scier, les casser, les réduire en poudre : leur rupture ou leur section fait connaître leur structure.

On dislingue trois substances dans le plus grand nombre des calculs urinaires, le noyau, les couches concentriques et l'écorce. Ceux qui ne présentent point celte texture sont formés de grains ou de cristaux polygones, adhérents les uns aux autres, et paraissent avoir été produits en peu de temps. — Ces calculs , sans couches distinctes, ne doivent point être pris pour des pierres massives, formées, pour ainsi dire, d'un seul morceau, et qui semblent avoir été une matière coagulée ou comme pélritiée en

(1) C'est là une proposition erronée, ainsi que nous l'établirons bientôt eu donnant le résultat général des princip.iles analyses do calculs urinaircs faites dans ces derniers temps. S.

DES MALADIES DES

masse. M. Fourcroy, qui a scié et analysé un grand nombre de calculs urinaires, n'en a jauiais trouvé de cette espèce ; il a vu seulement des graviers agrglulinés sans ordre. — Les calculs urinaires ont presque tous un noyau dont l'origine vient de l'intérieur ou de l'extérieur du corps. Dans la première classe on range ceux qui ont pour base un grumeau de sang, des flocons de mucosité épaissie, un gravier rénal, rarement vésical, plus ou moins gros, rénitent, uniforme, sans couches, et formé de grains uriques et Irès-rapprochés. J'ai vu deux pierres qui n'avaient dans le centre qu'une cavité petite, oblongue , remplie d'une matière pulvérulente , brunâtre. Dans le noyau d'une autre pierre que j'ai sciée, il s'est trouvé de petits intervalles occupés par des cristaux qui s'enlevaient facilement. A la seconde classe appartiennent les pierres dont les noyaux ont été reconnus pour des épingles, des épis de blé, des balles, des fragments de sonde, de bougie, de bois.

Sur ies noyaux calculeiix sont déposées des couches en nombre quelquefois considérables, régulières ou irrégulicres, d'une épaisseur très • variée , souvent même inappréciable. Les couches concentriques sont plus ou moins denses, serrées, grises, jaunes, de différentes nuances de couleur. Les premières couches internes sont formées de cristaux plais ou lamelleux, brillants, tous serrés les uns contre les autres comme des laines spalhiqnes, des incrustations ou des stalactites. Ces couches, d'apparence spathique, sont plus ou moins denses et épaisses, grises ou blanches; elles se séparent souvent les unes des autres, lorsqu'on frappe fortement un calcul ainsi formé. On trouve quelquefois entre elles de petites cavitOs, des intervalles, des vides garnis ou incrustés de cristaux prismatiques, rhomboïdaux, d'une autre nature que celle des couches , et qui se dissolvent facilement dans l'eau , dans les acides. Lor,sque la matière calculeuse est pure , les lames ou les couches qu'elle fournit sont grises; cette même matière allérée, niélanpée de quelque autre substance , rend ces couches jaunes ou brunes. A mesure que les couches conccutri.iues s'éloiiriienl du noyau, elles présenlenl plus d'épaisseur et moins de densité. La dernière, ou la couche la plus exlérieure , l'orme l'écorce. Elle se remarque sur les piorici

VOIES UniNAlRES. 119 lisses et unies: elle est plus mince, parce qu'elle est la dernière formée ; elle est aussi plus fragile que les couches suivantes. Sa surface est quelquefois rude, grenue, inégale, corrodée en divers points, surtout chez les sujets dont les urines sont fréquemment alcalines On trouve souvent cette écorce couverte d'un enduii visqueux, qui doit éluder l'action des remèdes fondants et dissolvants. C'est sans doute relativement à ce vernis que les calculs uriuaires qu'on laisse long- temps dans l'eau n'éprouvent aucune altération, tandis que ces mêmes calculs brisés et mis dans ce liquide se détruisent , en se dctach.jnl par couches , parce que l'eau pénètre entre les couches, dissout les cristaux qui s'y trouvent, et désunit les lames dont le calcul était composé.

Cette écorce et même la substance des pierres urinaires présentent bien des variétés dans celles qui sont comme murales, mamelonnées, en boulon, hérissées de pointes longues, de grains en stalactites , et interrompues par un grand nombre d'intervalles ; dans celles dont les grains sont serrés mais saillants et gros ; dans celles qui sont très-poreuses, friables, tendres, blanchâtres, ou dont la surface est en partie inégale, et parait corrodée comme dans la carie. Parmi plusieurs pierres que j'ai sciées et que je conserve, l'une brunâtre, ovalaire, couverte de gros grains en groupes plus ou moins écartés, montre une écorce épaisse, trèsdense, et de la même couleur que la surface : sous cette écorce sont plusieurs couches concentriques, grises, minces, avec quelques petits intervalles ; le noyau est jaunâtre et offre des porosités, de sorte que le segment de cette pierre présente trois subslances de couleur différente. D.ins les segments d'une autre pierre on dislingue un noyau jaunâire , un cercle de porosités ou de petites cavités blanchâtres, une couche jaune et dense comme le noyau , une substance épaisse, irrégulière, poreuse et grisâtre, plusieurs couches orhiculaires , distinctes, minces, d'une couleur variée, dont quelques-unes laissent des intervalles jileins de cristaux blanchâtres, et enfin une éx3orce assez, épaisse, poreuse, f;rise cl surmoniéc de petits cristaux brillants, de formes tt de couleurs diverses, et semblables à des grains de millet réunis et groupés. Une pierre blanche d'une apparence plâtreuse a l'extériiur, obloiijjuc, de !.leu.\ pouces de longueur,

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