‹ Encyclopédie des sciences médicales, ou, Traité général, méthodique et complet des diverses branches de l'art de guérirChapitre 6 sur 29 · TRA · texte numérisé non relu

TRA

1;> qiinnliu; In plus ordinnirc d'urine qui Sort par la sonde csl d'une pinle el demie ou deux pinles. 11 est rare qu'elle e.xcèdc celle de tleux pinles et deinie ou de cinq livres. Ccpcndanl les observaleurs fournissent des f.iils qui niontienl (ine celte quanlité peutêire |ilus considérable.

Moriîagni dit qu'un liomme à^é d'environ soix:;i:Ie ans, qui rendait naUirel- Jenieiit cl l'^ équcmment beaucoup d'urine, eut une iseh-iric qui exigea l'usage de la fon.le ; c.liaqne fois tiu'oti le sondait on lir.iil presque sept livres d'ui ine, quoiqu'il la'îtpeu de boissons (iPe .çer//i., eiiisi.A\, art., 12). Dariholin {Hisl. 33, cent. 3} et 'J'lnl)ault {Ac. des se. de J'ar., lutii. 1718) donnent un exemple de huit li\ris d'urine rendue par la sonde. Lamotle a sondé une femme qui avait une rétention d'urine el de matières fécales causée par des hémorroïdes. «'Quand » celle femme aurait été grosse de plu- » sieurs enfants, dit cet observateur, » elle n'aurait pas eu le ventre plus » grand. Elle rendit par la sonde neuf 11 fois plein une ccuelle d'urine qui le- >i nait près d'une chopine, mesure de » Paris. Cct'c femme se sentit si soulagée » ((ue se lournanl sur le côlé, la tôle en 11 bas et le cul en haut, elle leva sa che- )i mise, et me dil tranquillement : Mon- 11 sieur , vous qui voyez tout et à qui )) rien n'est caché, puisque vous m'avez «bien fait vider de ce côté-ci, failes- )) moi aussi vider de celui-là. A quoi je « consentis volontiers; je lui donnai un » lavement dont l'effet lui fut aussi fa- )i vorable que celui de i,i sonde » [Trailé des nccouch., obs. 44).— 11 est aussi des exemples d'une plus grande quantité d'urine retenue dans la vessie. On voit dans l'observation de M. Maigrot que ce réservoir en contenait six pinles ou douze livres. Suivant Valisneri, on l'a trouvée d'une capacité de huit pintes ; el lialler dit que chez un ivrogne la vessie avait une capacité propre a contenir vingt livres de liqueurs [Elem. phys. lib. 2G).

Ces cas sonl extraordinaires; et il serait diflicile d'y ajouter foi, s'ils n'étaient point rapportés par des hommes si recominandables (l).

(1) Il n'est pas d'observation plus extraordinaire dans ce genre que celle qui ;i été consignée pjr W. Brunaud, chirurgien à Argonlan, dans l. s IJullelins de la Société médicale d'émulation de Paris (t. VI, p. 109), et dont le sujel est une

Quand il .«orl beaucoup d'urine par la son le , ce liquide ne vient pas loujours de la vessie sen'c. Les uretères el les bass n.-ls des reins en fournissent une partie , celle qui s'est amassée dans leur cavité après la réph'tiou contre nature de ce réservoir. Car l'urine ne peut être longtemps retenue d:ins la vessie, qu'elle ne le soit successivement dans ces conduits ; ils lui sont cimlinus el reroivent celle qui se filtre toujours par les reins malgré l'excès de sa rétention dans les voies urinaires. Or l'urine déposée dans les b.issinels ne pouvant couler le long des uretères à cause de la résistance de cclle(|ui distend la vessie, s'arrête dans ces conduils, s'y anias.'^e, les dilate, détruit l'obliquité de leur pas.s;ige entre les tuniquesvésicales, et augmente le diamètre de leur orifice, de manière qu'ils ne font [)lus qu'un réservoir commun avec celui de la vessie. Alors, si l'on évacue l'urine de ce viscère, celle qui remplit les uretères el les bassinets doit couler dans la vessie à proportion de la moindre résistance qu'elle éprouve. Que cet écoulement se fasse pendant ou après l'issue, de l'uriiie de la vessie, il augmente nécessairement la quantité du liquide qui s'échappe par la sonde. Ainsi l'on conçoit comment on peut tirer ])ar cette voie jusqu'à huit pintes d'urine. Il m'est arrivé, après avoir évacué l'urine retenue dans la vessie, d'avoir été obligé de resonder encore le malade une heure après, pour donner issue à un nouvel amas de ce liquide dans celle poche musculeuse,

femme de trente-deux ans, qui éprouvait depuis quinze jours une rétention complète d'urine , pour laquelle on avait conseillé une boisson abondante de diurétiques. Lorsque M. Brunaud vil celte malade , elle était dans un état desutîocaiion continuelle, le bas-ventre lendu, ballonné, el son volume augmenlé comme dans riiydropisie aseiie, avec œdi^-me des membres inférieurs el de l'abdomen, qui élaii très-sensible au toucher. ElleolTrait d'ailleurs tous les symptômes de la lièvre urineuse, et exhalai! u)ie odeur ammoniacale. L'on pratiqua l'opération de la sonde le 20 août 1803. el l'on lira, par ce moyen, trcnleei une /i/ rw d'u: ine. Le 2-2 il en son il dix-mntf livres, cl les 25 cl 24 douze /ir)'t'6' chaque jour. La malade a recouvré une santé parl'aile après un Irailenienl d'environ irois semaines, pendant lequel elle a rendu un faux germe. * F. P.

qui se trouvait di-teiulue presque iiu même degré, et crllc denuère urliic venait sans doute en Rraiule pa; lie de c die qui avilit séjourné dans les uretères et dans les reins.

Des vices de la vessie rclnlifs à l'e'paisseur de ses parois. — L'épai-seur naturelle des p.irois de la vessie des adultes, est depuis une ligue et ilcrnie jusqu'à deux et demie , d'après la mesure prise sur huit sujels sains. i\iais eetle épaisseur augmente ordinairemeni dans la vieillesse, dans les lislules vésiciles, dans les rétentions clironir|iies d'urine, et lorsqu'il y a des pierres on di s corps élranf;ers contenus d.inj la eavilé de ce viscère. — La jduparl des vieillards ont la vcss'e petite, épaisse, dure et (pielquefois racornie. M. Portai a fréqueuinient observé ([ue la vessie des sujeis avancés en âge avait les parois beaucoup plus cp lisses qu'elles n'ont coutume d'être; que la cavité de ce viscère élait beaucoup diminuée, et l'ouverture de l'urètre très-rélrécie. Il a trouvé les parois de la vessie d'un vieillard de l'épaisseur de huit il neuf lignes {^icnd. d(s scie/i., ann. I770j. Je les ai vues épaisses de six lignes chez un sujet dont la vessie élait si rapeli scc qu'elle n'était pas plus grosse qu'une pelile pomme. Ou ne pouvait y distinguer la tunique musculeuse; on n'y voyait qu'un tissu fibreux, grisâtre, et plus épais à la face interne de ce viscère (jue du côté externe. La . vessie des adultes mon're (juelquefois le même phénomène. On a trouvé ses parois d'une épaisseur si considérable que ce viscère ressemblait h une masse charnue, de hi grosseur de deux [)oings. Camerarius cile l'exemple d'une vessie qui avait celte ressemblance, dont les parois avaient deux pouces d'épaisseur, el dint la cavité n'élait truère plus grande ((ue celle d'une noix [Epli. air. nal., cent. 3, obs. 40 ). Mais voici un cas plus extraordinaire . rapporté parlludolphZuinger [Acl. Hel\>ctica, tom. i, pag. 13). — Un homme iîgé de cinquante ans, d'un tempérament sasiguin et mélancolique, urinait avec difiiculté. Sjuvenl son urine était sanguinolente. 11 n'aviiil jamais renilu ni sables ni graviers, et n'avait poinl ressenti de douleurs dans la région (les reins. Jl n'avait point de pierre dans la vessie, ni d'héniorrhoïdes au rccluni. On pensa que le s.iog qu'il rendait plus ou moins avec les urines venait des vai;seaux variqueux du col ou du corps de la vessie. On lui administra sans succès beau-

VOnS DRlN.vinES. iol coup de remèdes. Lu dysurie augmenta; le sommeil devint plus iutcirompu par (le fréquentes envies d'uriner. Quelquefois des caillots de sang s'engageaient dans l'urètre, el n'en étaient expul-sés qu'après beaucoup d'etlbrls , de conlorsions , de pression sur l'abdomen. Après un usage du quinquina, l'urine devint flaire eld'un rouge très-pàle; elle fut môme quelque temps sans être sanguinolen le. Cet état dura pUisipUiS mois. On remariua ens;iite à 1 hypogaslrc au-dessus du pubis une tumeur siuiée sous les parois de l'abJonien. dure, indolente et qui s'étendait profonilénient dans le l)assin. Le malade eut la i'ièvie, tomba dans le marasme le plus caractérisé et mourut.

Après l'ouverture du ventre, on reconnut que la tumeur de l'Iiypogastrc élait uniquement formée par le corjis de la vessie devenu calleux. Elle occupait tout le bassin, el s'élevait de quel(|ues travers de doi^t au dessus du pubis; elle était dure, blanchâtre, d'une forme globuleuse, et il peu près du volume de la tête d'un enfant. Elle n'avait pas d'adhérence contre nature. Tout le corps de ce viscère s'était épaissi , tuoiéfié et d irci ; sa cavité élait pelile, aurait à peine contenu une noix et se continuai^dans l'urètre, il n'y avait ni sang ni pus; on n'y trouva (|u'une pelile quantité d'urine. Sa face interne n'élait ulcérée en aucun point. Les uretères étaient dilatés et pleins d'urine; ils avaient le diamètre d'un doigt, ne contenaient ni sables , ni ca'culs, r.on plus que les reins.

Celle observation prouve que les parois de la vessie sont susceptibles d'acquérir une épaisseur très-considérable par le développement de sa propre substance, el par l'amas des sucs lymphatiques ([ui, s'eudurcissant avec ses libres, lui donnent une consistante calleuse.

i\lais la tuméfaction de la vessie, dans celle circonstance, pourrait eu imposer l)our un stéatome, pour nue tumeur S(|uirrheusc , particulièrement chez Us femmes. On évitera cette méprise en examinant avec soin la nature de la tumeur située au-dessus du pubis, sa position et celle de la vessie dans l'état de tuméfaction, en considérant les vices de l'excrétion de l'urine, leurs causes, et les accidents qui les accompagnent. Bonnet cile un fuit ulile à cet égard dans son Anatomie pratique. — Un cardinal était alla(iué de rétention d'urine avec fièvre. L'urine ne sortait qu'au moyen de la sonde, et on en tirait souvent deux

TRAITÉ

onces, quelquefois quatre; clic tHait épîiisse, d'une couleur foncée, cl d'une mauvaise quaiil»5. Non-seulcrncul il ne pouvait la rendre, m;iis il avait très -peu de désirs d'uriner quoiqu'il sentît un poids considérable à la vessie. Il avait une tumeur à l'iiypoprastic qui n'était pas plus dure que tendue; elle occupait la région moyenne et inférieure du ventre, s'étenjdait sous le pubis , et s'inclinait un ])eu vers la région ilia(|ue gauche. Cette tumeur était d'une telle granilcur qu'au loucher elle représentait le volume de la vessie très-remplie d'urine, ou égalait à peu pics celui de la tête d'un enfant de cinq ans; sa forme était celle de la vessie : sa partie la plus étroite se portait sons le ])ubis , et y adhérait avec fermeté ; niais son sommet ou sa partie la plus ample ne paraissait point adhérente. On la sentait mobile, et facile à incliner laléralementjsous les parois de l'abdomen : en la comprimant, elle n'était point douloureuse ; la compression excitait seulement l'envie d'uriner, et un prurit au gland. Il y avait un an que ce malade s'était apetçu de cette tumeur, et depuis ce temps elle avait toujours augmenté. Un cardinal, qui avait été médecin, vint voir son collègue, et assura que la tumeur n'élait pas formée jiar la vessie, et que ce n'était qu'une ancienne tumeur concrète située dans les muscles : illui lit prendre un cxtr.iit de canlharides ; et le même jour le malade mourut après avoir rendu un peu d'urine de mauvaise nature.

L'ouverture de son corps apprit que la tumeur était formée par la vessie. Les muscles de l'abdomen, le foie, l'estomac, les intestins et le rein droit étaient sains; le rein gauche était enflammé, son uretère rempli de matière sanguinolente : la vessie contenait aussi une humeur semblable ; mais ses tuniques en étaient tellement imbibées qu'elles a valent il peu près l'épaisseur du doigt du milieu. Il ne parut aucune affection au col de ce viscère; son orifice permettait l'introduction du doigt, et avait sa couleur naturelle {Sepulcli. lib. 3, sect. 25, obseiv. 3.)

On ne devait pas se méprendre sur la nature et le siège de la tumeur de ce malade. Cette tumeur exprimait suflisammenl la situation et la figure de la vessie : sa profondeur, sa mobilité latérale à sa partie supérieure, son élroitesse, son enfoncement, et son adhérence sous le pubis, n'annonçaient point une tumé-

faction dans les parois de l'abdomen ; et les vices de l'excrétion de l'urine devaient l'aire attribuer ii la vessie le véritable siège de la tumeur. — Lxaminons maintenant les autres cas où l'on remarque que les parois de la vessie ont une épaisseur contre nature. Lorsqu'il y a fistule uri[iaire vésicalc, l'urine ne s'amasse qu'en petite quantité dans .son réservoir; elle s'écoule continuellement ou fréquemment par la fistule; la cavité de la ve-sie diminue, ses parois deviennent plus ou moins épaisses. .)'ai observé celte épaisseur contre nature en disséquant le cadavre d'une femme dont le bas-fond de la vessie était percé, et communiqu.iit dans le vagin. La cavité de ce viscère était petite, ses parois trèsépaisses, et d'une dureté comme squirrheuse; l'ouverture de lafistule était entourée de bourrelets calleux et incrustés de matières calculeuses. — Les calculeux ont communément la vessie épaisse, surtout quand la pierre est volumineuse, l'éjection de l'urine fréquente et laborieuse. Ruisch en donne des exemples.

Il a vu les parois de la vessie de l'épaisseur d'un travers de doigt sur des sujets dont la pierre était grosse et remplissait presque toute la cavité de ce viscère (Obs. niialoin. chir. 89). Rivière les a trouvées de l'épaisseur du ])Ouce dans quelques cadavres calculeux ( Prax.

medic. lib. 14, cap. 21 ), Presque tous les lithotomistes ont parlé de cet épaississement de la vessie, produit par des calculs. Morgagui cite aussi deux cas de corps étrangers introduits dans ce réservoir, dont les parois avaient une grande épaisseur. L'un concerne une jeune fille qui s'était iniroiluit une aiguille à cheveux par l'urètre dans la vis-ie; l'autre cas est celui d'un paysan qui s'était enfoncé une longue épingle dans ce même canal (i^e sedib., ep. 42, arl. 20, 28).— Chez les sujets aiïectés de rétention chronique d'urine ou de ditliculté habituelle d'uriner, les parois de la vessie s'épaississent. Mais cette é|<aisseur est plus fréquente et plus grande lorsque ce viscère a peu de volume ou que sa cavité est petite. Entre plusieurs faits que je pourrais citer, je rapporterai celui-ci.

Un homme de soixante - dix ans, qui depuis plusieurs années urinait fréquemment, en petite quantité et avec efforts, eut, il la suite d'un excès de boisson de vin, une rétention d'urine pendant vingtquatre heures. Ensuite l'urine coula

DES MALADIES DES

poulie h goiille, et involonlaircnient.

On jugea d'abord qu'il n'y avait point d'urine retenue dans la vessie, parce que ce viscère n'était point élevé audessus du pubis, et n'y formait point la tumeur que l'on voit communément lorsque sa cavité est ample et contient beaucoup d'urine. D'ailleurs le ventre était souple; le malade se plaignait de douleurs plus fortes dans la région des lombes que dans celle de la vessie. On lui donna les boissons convenables pour favoriser la sécrétion de l'urine , que l'on croyait supprimée. La sortie conlinue de l'urine, quoique lonle et involontaire, loin de porter à la regarder comme l'effet d'un regorgement , servit à favoriser l'opinion oii l'on était de la suppression ou d'une diminulion dans la sécrétion de ce liquide. Mais les douleurs des lombes persévérant, et le malade ne pouvant uriner, on me pria de le voir avec la personne qui le soignait. Quoiqu'il n'y eût au-dessus du pubis aucune apparence de luraéfaciion de la vessie, les symptômes et la tension de ce viscère , que je reconnus au moyen du doigl introduit dans le rectum, me firent penser qu'il y avait rétention d'urine , et qu'il fallait employer la sonde J'en pris une de moyenne g'i'andenr à raison de la petitesse de la vessie, je n'eus point de dirticullé à l'introduire ; le canal de l'urètre était libre , je n'éprouvai de la résistance qu'au col de la vessie. Il sortit d'abord deux grands verres d'urine rougeâtre ; un quart d'heure après, il en sortit encore presque autant, mais moins colorée. Le malade se trouva soulagé, et ne pouvant soutenir la sonde, quoiqu'elle fût peu longue, on la relira. Le soir il urina sans sonde , mais avec difliculté. Le lendemain il fillut le sonder deux fois ; l'urine était trouble et chaigée de mucus. Elle continua de couler avec moins de dilBcultc , et de déposer une matière muqueuse. La fièvre devint plus vive et avec redoublement; le ventre se tendit, les déjections stercorales furent putrides, elle vingt et unième jour cet homme mourut.

A l'ouverture du cadavre, nous avons trouvé l'estomac Irès-gonQé, les intestins météorisés, les reins tuméfiés, leur.s bassinets très-amples , les uretères épais cl du volume du pouce, surtout près des reins, qui étaient , comme ces conduits, pleins d'urine fétide. La vessie avait la grosseur d'une moyenne pomme, et était rénilcnle au toucher. Ses parois avaient

VOIES DIIINAIRES.

sept lignes d'épaisseur à son bas-fond, et un peu moins dans le reste de son corps. Sa capacité pouvait contenir une noix. Sa face interne présentait çà et Ik des rides, ou colonnes tournées comme de grosses cordes, dont les intervalles formaient des espaces celluleux remplis de matière muqueuse. Wous avons distingué quelques vai.sseaux dilatés vers le col de la vessie, qui était dur, et presque aussi racorni que le corps de ce viscère. La glande prostate avait plus d'épaisseur et de consistance que dans l'état ordinaire. J'ai mis macérer celle vessie pendant plusieurs jours dans l'eau : ses parois et ses colonnes se sont réduiles en tissu cellulaire filamenteux. — C'est une remarque faite depuis long-temps que les vessies urinaircs d'une petite capacité ont les parois très-épaisses. Mais des sujets ont naturellement la vessie petite sans aucune épaisseur accrue dans ses parois. Morgagni en donne la preuve par une observation sur un homme âgé d'environ soixante ans qui avait depuis quinzè jours une inflammation de poitrine avec suppuration. La vessie, quoique gonflée d'air, était petite respectivement à la stature de cet homme, et au volume des autres viscères; étant ouverte, on vit que SCS parois avaient peu d'épaisseur.

Il y avait à la partie postérieure de son col une excroissance de la grosseur et de la forme d'une petite cerise. Celle excroissance s'amincissait en s'élendant dans l'urètre; elle était d'un tissu blanchâtre, et semblable à celui de la glande prostate, laquelle lui était continue [De sccL, cpist. G6, art. Cj.

Un phénomène singulier et digne de remarque , c'est l'épaisseur considérable des parois de la ves,-ie lorsqu'elle est excessivement distendue jiar un amas d'urine. Plusieurs faits consignes dans les écrits des observateurs attestent cette augmentation d'épaisseur. On en trouve des exemples dans l'immorlel ouvrage de Morjjagni (Z?e sei{.,e[nst. 4, nri. 1!); ep. 39, art. ,3.3; ep. 40, art. 22; ep. 4l, art. 13; rp. 42, ar. 39; rp. 49, art ISj. Quelques uns de ces exeni[)les montrent que la vessie était distendue jusqu'à l'ombilic , et adhérente à la paroi antérieure de l'abdomen. A ces faits je joindrai celui que M. Lafli/e a communiqué h l'Académie royale de chirurgie, le 24 juillet 1783. — Un médecin, âgé de soixante-six ans, soulYrait depuis trois ans h la région hypogastrique d'une tumeur à lufiucUe il n'avait pas donmj

TRAITÉ

loiis les soins fj'\V'llc aurail cxi-^cs. Eu i7Sl el 178.', il i>;issi les saisons aux «'aux (11! Spa. 11 ne vécut, jam:iis de régime, cl vii'|iia à ses aiVaires comme s'il avait joui de la meilleure saiiti'. De retour h Paris depuis un an , il eut des douleurs varjues d.ins la réjjion de la vessie , suivies d'une inconlinenee d'urine, ce qui l'obligeait de porter habiUiellement un iirinal. Son ventre auf^mentail insensihlenienl de volume .à la réipon del'liy- I)og;is!re. 11 prit le parti d'aller lous les jours à Passy, pour y prendre des eaux , cîspéranl ainsi f.iire dissiper celle fîrosscur, (]ui faisait des profjrès par les boissons dont il surchartfeail la vessie. Celle incommodité ne l'empêchait pas de voir ses malades, de boire el de manger à son ordinaire.

i.a tumeur devenant saillante, et le cours des urines n'étant plus aussi libre, ce médecin vint consulter M. Louis, qui jugea , en palpant le venlic , que la tujueur qui occuiiait les régions hypogaslrique et ombilicale élait la vessie trèspleine d'urine. ÎS'y pouvant introduire ni son .le d'argenl , ni sonde de gomme cla.sliquc, il fallut se conleriler de nieltre une bougie pour dilaler peu à peu le canal de l'urètre, et fr.iyer une issue libre aux urines. M. Louis conseilla des frictions mercurielles le long du périnée pour fondre les duretés et l'engorgement qu'où y sentait. Le mitlade élait fort altéré; on l'engagea à sucer ijuelqurs tranches de cilron pour tromper la soif, et ne pas surcharger la vcisie d'une plus grande abondance d'urine. — La première bougie a resté le malin pendant six heurts; le malade a été obligé de l ôler a|)rès ce iLinp'i, parce qu'il commençait à avoir de fréquentes envies d'uriner. A neuf heures du soir on lui fit au périnée une fridion d'onguent meri;uiiel, el on lui mit une seconde hougie qu'il a tenue jusqu'à deux heures du malin. Dans la matinée, on a tenté de le sonder et on n'a pu y réussir ; on introduisit encore une bougie, el on (it le soir nnefricMon. Le jour suivant, ce médecin alla dîner en ville malgré les douleurs el les faiblesses qu'il avait eues pendant la matinée. Le soir il se plaignit de fréquentes envies d'uriner. Le lendemain malin, le veiilre était un peu détendu; mais les douleurs étaient pliis aiguës tant au col de la vessie qu'à re\lrén)ité de la verg.', dont le prépuce, liaignanl dans l'urinai, était gonflé et irrité par le scjoiir de l'urine.

La tumeur du ventre augmentait beaucoup en longueur, el rendait la respiration biboi ;euse. Cela n'empôcha pas cet houiine d'aller dîner chez un de ses amis. 11 ôla la bougie qu'il conservait depuis le malin. De retour chez lui il soulVrait beaucoup de la poitrine, par rapport à la plénitude de la vessie qui gênait l'action du diaphragme. Le jour suivant on lui mit une bougie qu'il ne tint pas plus de trois heures , iiarce (pi'il voulait s'habiller pour SOI tir. Cependant il resta chez lui . et prit une chopine de lait froid avec du pain. Iluil à dix minutes après , il eut des sueurs froides et des spasmes qui le fatiguèrent beaucoup. Il ne pouvait trouver une bonne place ; il faisa t ouvrir les portes el les fenêtres pour res pirer plus facilement. Le bon efl'et qu'il avait éprouvé de la l.queur minérale d'Hoffmann engagea à lui en donner encore quelques goulles. Un instant après, il sorlil de son lit pour se promener; car c'était l'altitude qu'il supportait le mieux. Il eut des suffocations fréquentes; on le fit remettre dans le lit où des spasmes violents le firent succomber vers la fin du jour.

L'ouverture du cadavre confirma le diagnostic (jne M. Louis avait porlé sur la maladie. Les reins étaient luberciileut et absoluuicnl dosorguiisés, les hnssinets extraordinaiivment dislemlus, les uretères cinq fois plus gros que dans l'étal naturel. Les tuniques de la vessie, quoique très distendues,avaientaci]uis l'épaisseur de huit lignes. Ce viscère, qui contenait près de quatre pintes d'urine , avait onze pouces de longueur sur cinq de largeur, dans la partie la plus étendue. La glande prostate, dure comme de la pierre , élait du volume d'un œuf de canard. Le siège de l'obslacle au passage de l'urine dans l'urètre était environ à un pouce du col de la vessie , et avait tellement rétréci ce canal, qu'on ne pouvait pas y introduire le stylet le plus lin, de sorte que l'uiine y passait comme à travers un liltre. — 11 n'y a guère d'exemples de rélention d'urme aussi ancienne que celle de ce malade, avec une dilatation aussi piodigieuse de la vessie sans accidents fâcheux, puisqu'il se croyait en état de sortir quatre heures avant sa mort. Mais le phénomène le iilus digne de remarque pour l'objet présent, c'est l'épaisseur des parois île celte ves sic, malgré leur extension considérable.

L'examen des faits cités aiiprcnd que celte épaisseur est plus grande à la lu-

DES MALADIES DES

nique iiilei'iie de la vessie qu'à ses Inniques inusctileuse et externe. M. Portai, en examinant la vessie d'un viuillurd, dont les parois avaient l'épaisseur de huit à neuf lignes, a vu la tunique interne de ce viscère ressemblante à un cartilage, et être la seule qui eût acquis du volume; la tunique extérieure fournie par le péritoine était dans son ét^it naturel; les trousseaux niusculeux étaient peu apparents , cl si inlimement collés à la membrane externe, qu'on pouvait à peine les séparer. J'ai fait la même remarque sur la vessie d'un adulte. D'ailleurs, les rugosités , les colonnes qu'on remarque quelquefois à la face inlerne de la vessie, et qui iieuvent ressembler , par leur grosseur et leur forme, aux colonnes charnues du cœur, comme l'a ol)servé Rlorptagni à la vessie d'un homuie âgé de soixante-dix ans qui avait une dilliculté habituelle d'uriner ( De sed., ep. 41, a/7. G) ; ces rugosités, dis-je , annoncent que celle tunique interne, qu'on peut reg.irder comme une vraie peau, est le siège de l'accroissement de l'épaisseur des pa-'ois de la v( ssie , ou que cet accroissement commence par la tunique inlerne. La manière dont il s'opère se conçoit en considérant qu'un aiguillon presipie continuel détermine le sang et la lymphe à y affluer et à augmenter i'épai.sseur des parois de la vessie.

Quels sont les effets de celle épaisseur contre nature? C'est de diminuer la sensibililé et la force contraclile île la vessie. Aussi la rétenlion de l'urine, l'ischurie produite par le racornissement de ce viscère, n'est jias rare chez les vieillards, chez les ivrognes , chez ceux qui ont fait un fréquent usage des boissons spirilueuses ; leur vessie est moins sensible aux impressions de l'urine ou des litiueurs qu'on y iujecle; les parois de ce réservoir étant épaissies, durcies, presque calleuses, sont moins flexibles et résistent à la contraction; alors les malades lonl de vains eiVorls pour expulser l'urine, sur out si le col de la vessie est racorni, presque oblitéré, comme l'a observé IVI. Portai.— On peut prévenir ou relarder les progrès de ce racornissement par le moyen des boissons mucilagineuses, des bains et de la sonde pour empêcher le trop long séjour de l'urine et en rendre le cours plus libre par l'urètre.

D' S tumeur.'; de la vessie.— La vessie peut former une tumeur, lorsque sa meinbiane inlerne fait hern c à travers

VOIES UniNAlRES. 185

sa luiiique musculeuse , lorsqu'une portion de ce viscère .sort de la cavité abdominale, lorsque l'urine est retenue et amassée avec excès dans ce viscère, lorsqu'il s'y trouve une pierre d'un grand volume; enfin, lorsque ses parois sont Irès-épaisses et que son sommet est fort élevé au-dessus du pubis. Nous avons traité de ce dernier cas à l'article des vices de la vessie relatifs à l'épaisseur de ses parois. Quant aux deux cas précédents, nous en parlerons en Irailantdes pierres et de la rétention de l'urine.

De la hernie de la membrane inlerne de la vessie. — La membrane inlerne de la vessie fait hernie ou forme une poche herniaire, lorsqu'elle a été dilatée et poussée en partie à travers un écartemenl de la tunique musculeuse qui la recouvre. Cette maladie peut se nommer cyslocèle interne, et diflère de la cyslocèle exlérne ou de la hernie proprement dite de la vessie , en ce que celle-ci est une tumeur formée par une portion de toutes les tuniques de ce viscère, sortie de la cavité abdominale. — Plusieurs auteurs ont donné le nom d'appendice vésical à la hernie de la membrane inlerne de la vessie (voyez la Dissertalion de M. Brokc, Strasbourg, 17à4, sur les a|ipcndices de la vessie urinaire; voyez aussi les Observations analomiques et patliologiqu; s de M. Satidiforl). Mais les appendices de la vissie sont formés par des prolongements ou des dilaiations contre nature de toutes ses membranes.

Elles se remarquent (|uel(|uelois à la suite des rétentions anciennes de l'urine, ou lorsqu'une pierre a séjourné long-temps sur un di'S côtés du ba:-fond de la vessie et s'y est formé une es()èce de loge par l'exlen-ion graduelle de toutes les tuniques de ce viscère. Morgagni en donne quelques exemples. Nous ne citerons que celui d'un paysan qui, deux ans avant sa mort , s'était introduit dans l'urètre une longue aiguille à cheveux. Ce corps étranger avait glissé dans la vessie, s'y était placé dans une direction presque transvers ale , de manière que sa pointe se ficha dans la substance et au côlé gauche du bas-fond de ce réservoir, et que sa tête tourna vers le côté droit et supérieur. Cette tète s'incrusta de matières calciileuses; il s'y forma une pierre de la grosseur d'une petite noix ; elle se trouva renfermée dans un sac d'une forme carrée et produit par l'extension de toutes les tuni,|uos de la vessie. Ce sac ou aj>pendice communiquait dans la ca-

186 TRAITÉ

vite de ce viscère par une ouverture presque aussi large que sa propre cavité {De sed., ep. 4?, arl. 18).

Oii doit aussi distinguer la poche herniaire (le la membrane interne de la vessie d'avec les kysit s que l'on voit quelquefois entre les tuniques de ce réservoir, principalement dans l'épaisseur de sa membrane interne , et qui contiennent ordinairement des pier.es. Ces kystes proviennent de l'éraillement et de l'épaississement de cette membrane; l'urine peut y séjourner et former des concrétions pierreuses. — Les poches herniaires de la membrane interne de la vessie peuvent se former dans presque tous les points de la surface de ce viscère. Pleister a donné la figure de la vessie d'un adulte, qui avait différentes poches apparentes à l'cxlérieur de ce réservoir.

La plus grande se remarquait au côté droit et postérieur, une de moyenne grosseur était au côté gauche ; une autre au sommet près de l'ouraque; enfin, plusieurs petites , et qui commençaient à se former, se voyaient en différents points de la partie postérieure de celte vessie qu'on avait remplie d'air {Instil. ch. tab. 32). Morgagni en a vu de la même niilure à la vessie d'un homme qui s'était adonné à la boisson de liqueurs spiritueuses. Il y avait au côté droit du sommet de ce viscère deux cellules rondes , chacune du volume d'une grosse cerise, et qui communiquaient avec la vessie par une ouverture du diamètre de la graine de lupin; leurs parois semblaient être de la même structure que celles de la vessie. D'autres cellules se remarquèrent aussi vers le fond de ce viscère; elles parurent formées depuis peu de temps. Morgagni regarda ces cellules, ou dilatations vésicales, comme des hernies de la membrane interne de la vessie , et avertit de s'assurer de leur existence avant d'y souffler de l'air ; car en disséquant, ou en séparant avec le scalpel la vessie des parties voisines, on fait quelquefois à ses tuniques extérieures des ouvertures , à travers lesquelles sa membrane interne peut être poussée en dehors par l'air dont on la distend, et peut former des sacs extérieurs qui en imposeraient à des personnes inatlentives et ignorantes qui les prendraient pour des sacs qu'elles croiraient avoir existé pendant la vie [Advers. anat. 3, p. 7 4).

Les poches contre nature de la vessie se trouvent plus ordinairement à ses parties latérales ou h son sommet vers

l'insertion de l'ouraque. Si la poche est unique, elle rend la vessie dDiihle; quand il y en a deux , la vessie est triple. Bussière a coinniuniqué à la Société royale de Londres un exemple de ce dernier cas. A l'ouverture du corps d'un homme mort il la suite d'une mahulie de vessie, dont les principaux symptômes étaient d'uriner en petite quantité et avec de grands efforts, il Irouv.i que la ve.ssie était triple ou qu'il y avait trois poches urinaires d'une capacité différente : celle du milieu , qui fut regardée comme la vraie vessie, était plus grande que la poche latérale gauche, et moindre que la droite. Ces deux poches latérales communiijuaient avec celle du milieu près de son col. La grandeur de ces fausses vessies n'est pas toujours la même. Il y en a du volume d'un œ'if de poule , et d'autres de la grosseur du poing d'un homme, et qui forment une tumeur apparente à l'hypogastre. Dans quelquesunes il se trouve des pierres ; d'autres sont remplies de matii'res purulentes.

Lapeyronie a trouvé quatre poches pleijies de pus dans la vessie d'un homme qu'il avait traité d'un abcès urineux.

Lorsque ces poches se vidaient , le ma>lade rendait beaucoup de pus avec ses urines; il était ensuite long temps sans en rendre, ou le pus ne recommençait à sortir avec l'urine que quand ces poches en étaient remplies (/V/ cm. de l'Ac. roy. de ch., tom. ii, in- 12, p. 278),

Les causes qui favorisent la formation de ces poches vésicales sont tout ce qui s'oppose à la sortie de l'urine par l'urètre , et ce qui peut alTaihlir une iiorlion de la tunique musculaire de la vessie.

Alors l'urine s'amasse dans ce viscère, elle en distend les parois, elle applique fortement la membrane interne contre la tunique musculaire qui la recouvre ; et si quelque point de celte tunique est plus faible, elle offre moins de résistance à l'urine ; la membrane interne, forcée de s'étendre par ce liquide qui s'y amasse, agira avec plus de facilité sur ce point affaibli , écartera les faisceaux de la tunique musculeuse, se fera jour à travers, et n'aura plus qu'à soulever et à distendre la membrane externe de la vessie.

Celte poche ainsi formée prendra par degrés plus d'expansion suivant la durée de la résistance du col de la vessie ou de l'urètre à l'éjection de l'urine. Beaucoup d'observations appuient cette théorie , puisque ceux qui ont eu de semblables poches vésicules étaient sujets à la difli-

DES MALADIES Dï

ciilltî d'iii incr, jinr des vices du col de la vessie, de l'uièlre ou de la proslate. — On connaît aisément, après la mort, celle affection de la vessie ; el l'on dislingue la véritable vessie de celle qui est clrangère ou contre nature, en ce que la vessie naturelle a ses parois plus épaisses , qu'on y trouve des fibres musculaires, que sa cavité présente les oritices des uretères et répond d'un côté à l'urètre et de l'autre à la cavité de la poche contre nature, qui en est séparée par une cloison" perci'e dans le milieu, et dont l'ouverture résulte de l'écarteraent des libres de la tunique niusculeuse. Li vessie ou poche contre nature n'a aucun de ces caractères. Ses parois sont moins épaisses, membraneuses, ou avec trèspeu (le fibres musculaires; elles sonlprinoip ilcmenl formées par la membrane externe de la vessie et par sa tunique interne. Les uretères ne s'y insèrent point; elle ne reçoit l'urine que de la vessie naturelle avec laquelle elle communique par l'ouverture de l.i cloison dont nous venons de parler. Cette communicalion des deux cavités préservera de prendre ])our une seconde vessie urinaire, ou pour une double vessie, une g'rosse hydiitidc ou une tumeur enliystée pleine de sérosité, et adhérente à la f.ice externe de la vessie ou d'une parlie voisine et unie à ce viscère.

Ce cas s'est présenté à Coiter; et plusieurs auteurs, eoumie Thomas Barlholin [Anal. lih. i, ca/j. 20}, Riolan [An- Ihrop'^grqph. lib. ii, cap. 2G), l'ont cité mal à propos pour un exemple de double vessie. Coilcr dit à la vérité que , dans le cadavre d'une fille de vingt-cinq îins, il a trouvé deux vessies urinaires: l'une, naturelle, était placée dans le lieu qu'elle occupe ordinairement; l'autre, située du eôlé droit, et adhérente au col de la matrice, avait deux fois plus dcgrandeurquelavessienaturcllc. Celleci était remplie d'une eau qui avait l'apparence d'urine, et composée de deux tuniques; mais elle n'avait aucune ouverture par laquelle l'eau juit entrer et sortir. Coiter ne dit pas, comme Riolan , que les uretères ne s'inséraient que dans une de ces vessies, de laquelle l'urine passait dans l'autre. Il demande comment cette seconde vessie s'est formée, par qnel'c route l'eau y est parvenue. On le concevra, apule-t-il, si l'on sait que celte fille avait la matrice malade, était mal réglée, avait de l'eau de même nature épanchée dans les mem-

VOIES UniNAIRES. 187

brancs du ventre; cl l'on jugei"» que cette seconde vessie s'était formée suite col de la matrice par l'expansion des membranes qui s'y ti'ouvent , comme il s'en forme dans d'autres parties du corps ( Obs. anat. el'chir., 8). Ce n'était donc point une poche urinaire, une double vessie, puisqu'elle ne communiquait point avec la vessie naturelle ; mais c'était une Rrosse hydatide ou tumeur séreuse enkystée, développée par la force de la maladie cacliectii|ue dont celte fille était affectée depuis long-temps. — Ou ne peut reconnaître pendant la vie ces poches vésicales, quand elles sont petites ou naissantes. Les signes de leur existence ne sont sensibles que lorsqu'elles ont acquis un peu de volume, ou qu'elles font tumeur au-dessus du pubis par l'amas de l'urine qui distend leurs parois, et qui soulève en môme temps celles de l'abdouieu. Et celle tumeur a des caractères qui empêchent de la confondre avec des tumeurs enkystées ou d'une autre nature. Je les rapporterai d'après le fait le plus intéressant que les auleurs aient cité sur les doubles vessies par état contre nature, 11 est relatif au savant Isaac Cazaubon. Voici l'histoii e de sa maladie et le rapport de l'ouverture de son cadavre par Bonne!. [Sepu'cli. anat. lib. 3, scct. 26 , obs. 3 , p. G4'i.)

Cazaubon était d'un tempérament bilieux , sec, peu sujet aux maladies et môme aux incommodités qui accompagnent la vie sédentaire. Quelquefois seulement il urinait avec douleur, et son urine était graveleuse. Mais un an avant sa mort ses douleurs el ses ardeurs d'urine furent moins rares, surtout pendant la nuit ; cependant elles interrompaient son sommeil el l'obligeaient de se présenter souvent jiour uriner. On pensa que l'abondance des graviers rougeàlres qu'il rendait était la cause de celte irritation. Ensuite il ne put uriner qu'en faisant beaucoup d'efforts et ayant Je cor))s et la tête penchés en avant. Il sentait alors une douleur poignante, un poids vers l'anus avec téncsme et désir d'aller à la selle. Cette douleur en urinant s'étcndail bien sur tout le canal de l'urètre; mais elle était plus vive au gland , où il lui semblait que plusieurs pointes le piquaient en même temps.

Après avoir monté à cheval ou fait une longue promenade, son urine déposait une matière muqueuse avec des grains de sable ; ou bien il rendait de petites pierres rondes, dures, dont quelques-

TRAITK

unes étaient do la grosseur d'un grain de bl<^, et d'autres comme dos grains de millet. Tous CCS symplônios liront conjecturer qu'il avait la pierre. On voul it s'en assurer par la sonde; mais il ne lut jamais possible de la faire entrer dans la vessie : on sentait vors le col de ce viscère un obstacle semblable à celui ({u'apporterait un corps charnu et qui boucherait un canal. Six mois après il se manifesta une tumeur au côté gauche de l'hypogaslre, entre l'os des iles et la ligne blanche. Celte tumeur, qui élait d'abord de la grosseur d'une noix , acquit par degrés le volume du | oing. Elle s'étendait en largeur et se terminait en pointe; elle était molle, et l'on y distinguait par le toucher l'ondulation d'un liquide. La liberté du mo ivemont des muscles abdominaux, soit en rcspirani, soit en toussant, annonçail que celte matière se trouvait d:ins la cavilé du ventre, spus le péritoine : la circonscription de la tumeur marquait que le liquide n'élait point répandu vaguement dans celle capacité , et qu'il étail renfermé dans un sac, ou kysle. Mais ce qui U faisait distinguer comme tumeur urinaire, c'est qu'en la comprimant avec force, le malade ressentait de la douleur ii la vessie et urinait; alors la tumeur s'nlTaissail : peu do jours après , elle reprenait ses mêmes dimensions. Apiès avoir pissé quel(]ues mois dans ccl état déplorable, et de retour d'un voyage d'environ dix milles qu'il lit en voiture, Ciizaubon urina plus fréquemment avec des douleurs plus vives et les acci<lenls de la djsurie elde la stran;;urie. Son urine, qui fut d'abord sanguinolente, dépjsa une si grande quanlilé de m.itière mur|ueu5C, blanchâtre, filandreuse, qu'ilie égalait celle de la sérosité : colle matière ol.iit quelquefois si tenace qu'elle tombait du vaseàitcrred'un Irait continu, sans se partager. Le lénesme du fondement en urinant augmenta. Il sortit encore par l'urèlre plusieurs petits calculs; la fièvre devint continue et par accès avec frisson. On ne put calmer la violence de ces symptômes. Eulin le ma'.ade, qui était dans le marasme le jjlus grand , mourut au comraencenvjnt de juillet iGl4, âgé de ci:i(iuantc-5epl ans. — Après sa mort on ne put encore introduire la sonde dans la vessie. On senlit l'urèlre suivant sa longueur, et l'on vit un corps sarcomaleax qui en occuiiait l'enlrée; il oll'rail une forte résistance lorsqu'on le poussait de dehors en dedans, et cédait au contraire

à la pression tledcd.ins en deliors. La prostate avail quatre fois le volume qu'elle a dans son état naturel : elle soulevait le col de la vessie de manière qu'il faisait d.ins la cavité de ce viscère une tumeur saillante on forme de cul de poule, ou du museau de la matrice, et autour de laquelle était un sillon oh l'on pouvait porter le doigt. Le corps de la vessie élail resserré et ses parois d'une gr.uule épaisseur; elle avait à sa face interne beaucoup de rugosités et plusieurs cellules qui contenaient de petites pierres rondes. Du côlé gauche, elle était percée d'un trou rond qui cominunitiuail dans un grand sac né et formé de moinbranos continues avec celles de la vessie naturelle. Lorsque ce sac était rempli d'urine, il avait six fois le volume de la vessie. Sa situation étail toi^e qu'il occupait toute 11 partie gauche de I hypogastre jusqu'à l'os des iles; comme la vessie, il éîait couvert d'un repli du péritoine : sa ligure élail inégale; sa partie inférieure s'étendait beaucoup au-dessous de l'ouverture par laquelle il communiquait dans la vessie, et sa parlie supérieure, (| unique fi\ée par le péritoine, s'élevait très-haut. Le sac vésical et la véritable vessie contenaient encore beaucoup d'urine: mais dans le fond de la vcs>ie contre nature il y avait une grande quantité de matière muqueuse, putride, de mauvaise odeur, el qui était la même que le malade avait tanl de peine à rendre avec l'urine. La vessie nalurelle n'était ni enflammée ni ulcérée : il y avait plusieurs points d'érosion ii la face interne de la fausio vessie, qui élait d'ailleurs rouge, livide, noirâtre, comme dans un élal de gangrène. Les uretères étaient dilatés et pleins d'urine; le gauche rampait un pou dins les tuniques de la fausse ve.^sic, mais il s'ouvrait comme le droil dans la vessie véril.ibic près du col. Le rein droil était purulenl el le gauche parut sain.

On trouve dans ce fait une exposition claire et précise des signes qui caraclérivonl l'existence de ces poches vésicales. Ce fait m'a guidé pour répondre ;i uii mémoire à consulter (jui m'a rte adressé par M. Dumas, chirurt;icn à Viry. pour un homme âgé de soixante ans qu'il traitait depuis six mois d'une diflicullé d uriner à l.i suite de plusieurs gonorrhées.— Cet homme, d'un tempérament mél.mcolique, était sujet il la con.aipation du ventre , cl taisait beaucoup d'elYorls l»nt pour uriner que pour aller à la selle. Sou

Page 1