TRAI
il pensa qu'elle ëlait formée par l'ui ine épanchée de la vessie percée du coup.
Il y fit la ponction avec un Iruis-quarts, de laquelle il sortit une grande quantité d'urine sanguinolente; et, sur la canule de cet instrument , il incisa jusqu'à la vessie, ce qui procura l'issue de plusieurs caillots de sang, de la balle, d'un morceau de la chemise et d'une urine fort épaisse. Le malade fut saigné neuf fois; il observa le régime, et les accidents se calmèrent. Peu après l'urine prit sa route naturelle, et la guérison fut parfaite en peu de temps {Âcncl. de chir., t. VI, p. 228). Au lieu de la ponction, il vaut mieux , dans ces sortes de cas , faire sur-le champ une ample incision à la tumeur du périnée, et s'il est nécessaire on l'étendra jusqu'à la vessie , au moyen d'un long bislouri ou couteau à lame lise , conduit à l'aide du doigt ou d'un cathéter porté par l'urètre dans ce viscère. Lorsqu'on a ôlé les corps étrangers, et procuré une libre issue à l'urine, ces plaies se guérissent ordinairement en prévenant ou en combattant la violence des symptômes inflammatoires , par les saignées, les embrocalions , les boissons adoucissantes, et les auti-es remèdes généraux , et en continuant l'usage de la sonde , surtout si l'urine sort par l'anus.
De tous les cas de plaies pénétrant dans la vessie et dont la cuie ait été heureuse, il n'en est guère de plus graves que celui dont l'histoire est rapportée dans le Recueil des observations de la Société d'Edimbourg (t. iv , art. 15). En mars 1735 , un forgeron poussa avec tant de violence un fer rouge dans le derrière d'un jeune homme âgé de vingt ans , que l'instrument, qui entra à environ un pouce et demi de l'anus, pénétra dans le bassin , et sortit par la ligne blanche un peu au-dessus du pubis. M. Willison vit ce jeune homme quelques heures après ; il avait le pouls faible et intermittent ; il rejetait de temps à autre une matière bilieuse, et il souffrait de vives douleurs dans le bas-ventre. Elles furent bientôt suivies de soif, d'insomnie , de sueurs froides et de syncopes. M. Willison fit tirer au blessé quatorze onces de sang; on lui donna un lavement émollient animé avec la térébenthine, qui produisit tout l'effet qu'on m attendait. Les douleurs du ventre diminuèrent un peu, mais la nuit ne fut pas tranquille , et les accidents continuèrent de même le lendemain matin. "YinKl-q"at'''i lieures écou-
lées depuis la blessure, le malade n'avait pas rendu une goutte d'urine , malgré la grande r|uantité de boisson qu'il avait l)ri.se. Son pouls était alors plus dur et plus agité. On tira encore douze onces de sang; et, après avoir fait des fomentalions émpllientes sur le ventre, on le frotta avPb l'huile de scorpions : à l'aide decesremèdes, les douleurs se calmèrent.
Le malade rendit un peu d'urine trente heures après sa blessure ; elle était chargée d'une grande quantité de glaires , comme l'est celle des personnes qui ont une pierre dans la vessie. Le lavement fut réitéré le soir; il procura la sortie de quantité de matières glaireuses. Le blessé buvait d'une émulsion nitrée , et on lui donna un julep cordial qui modéra beaucoup le vomissement. On continua le troisième jour l'usage des fomentations , des lavemens et des émulsions. Il rendit alors les urines et les gros excréments par la plaie inférieure , et il ne passa presque rien par les voies naturelles, ex« ceplée un peu d'urine épaisse qui ne sortit qu'avec de vives douleurs. On injecta par la plaie un digestif mêlé avec le miel rosal. Les accidents continuèrent environ dix jours, pendant lesquels l'usage des remèdes énoncés ci-dessus fut continué. Alors les urines prirent leur cours ordinaire. Après dix autres jours, les excréments sortirent par l'anus, et le malade fut guéri au bout de six semaines. Pendant le cours de sa maladie, il ne fut nourri que d'aliments végétaux, il ne prit que des boissons légères , et on lui donnait tous les soirs un calmant. Sur la fin de la cure on le mit à l'usage du lait, qui lui rendit son premier embonpoint , et le guérit d'un rhume opiniâtre dont il était tourmenté.
De Ln uplure de la vessie. — La vessie pleine d'urine peut se lompre dans le cas de chute ou de coup violent sur le ventre, et dans celui d'une inflammation gangréneuse ou avec eschare à une de ses parties. Celte rupture suivie d'épanchement d'urine est toujours mortelle. Bonnet rapporte un exemple du premier cas d'après Charles Spon. Un marchand âgé de trente ans, sortant de table pour satisfaire un besoin pressant d'uriner auquel il avait résisté, tomba d'environ quinze pieds de haut à terre. On le trouva sans connaissance; transporté sur un lit, il la recouvra : il se plaignit seulement d'une vive douleur au vculre , principalement vers l'hypochondre droit et le cartih'ge siphoïde. 11 ht des efforts pour
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uriner et ne rendit que quelques gouiles de sang ou d'urine très sanguinolente.
On le saigna, on lui donna un lavement et on lui couvrit le ventre d'une pe;iude inoulon qu'on venait de tuer. Le lendemain n'ayant point uriné , on le sonda , et l'on donna issue à une grande quantité d'urine sanguinolente. La tension et la douleur de l'abdomen étaient toujours très-fortes, avec fièvre, oppression de poitrine. On réitéra la saignée ; on continua les lavements, les boissons et l'usage de la sonde à différents intervalles. Malgré ces secours les symptômes augmentèrent d'intensité; il ne sortit de la sonde qu'un peu de sang ; le malade eut le hoquet, une soif ardente, une plus grande difficulté de respirer et des défaillances. Ayant reconnu qu'il y avait un liquide épanché dans la partie inférieure du ventre , on se détermina à y faire la paracentèse à quatre travers de doigt de l'ombilic dans la région iliaque droite. Il s'écoula de celle ouverture environ six onces de sang. Le malade parut d'abord un peu tranquille; ensuite il s'affaiblit , sa vue s'obscurcit et il mourut quarante - deux heures après sa chute. A l'ouverture de son corps , on trouva beaucou[i de sang épanché dans le venlre , la vessie rompue vers son fond du colé du reclura ; celle crevasse était assez large pour y recevoir aisément un œuf do poule : on trouva aussi le rein droit enflammé , les régions lombaire et iliaque ecchyraosées, ainsi que le péricarde. {Sepulc. anal., lib. 3, sect. 24, obs. 12.)
De tous les faits de la rupture gangréneuse du corps de la vessie à la suite de la rétention d'urine , nous ne rapportons que celui-ci qui a été communiqué par Guillaunie Hunier à la Société des médecins de Londres. Une pauvre femme âgée de quarante ans, mère de plusieurs enfants , et grosse de trois mois et demi , eut une rélroversi )n de la matrice en glanant du blé. Hienlôl après elle ne put rendre son u'ine ni ses cxcrémens ; elle avait du lénesme , des nausées, et elle souft'rait beaucoup. On lui prescrivit différents remèdes qui n'turent aucun bon effet. On tenta en vain do la sonder. On introduisait bien la sonde à un ou deux pouces dans l'urètre ; mais sans aller au delà , et sans donner issue à aucune goutte d'urine. Assuré de l'existence de la rétroversion de la nmlrice , et ne pouvant la réduire, on fil de nouvelles tentatives pour passer la sonde Cliopart.
jusque dans la vessie , et l'on tira une ou deux cuillerées d'urine très-colorée , eu mettant la malade, tantôt dans une position , tantôt dans une autre. Enfin on jugea qu'il était nécessaire de faire la ponction de la vessie au-dessus du pubis. Mais cette femme se refusa à cette opération ; elle devint plus faible , eut de fréquentes nausées elle hoquet. Le même jour elle dit qu'elle sentait quelque chose se crever dans le venlre ; elle éprouva sur-le-champ une diminution de douleurs, et annonça qu'elle allait faire une fausse couche. Elle la fit en effet promplement, et presque sans douleurs; les membranes des eaux étant rompues, l'enfant et le placenta sortirent par les seuls efforts de la nature : mais elle n'urinait point. On la sonda avec la plus grande facilité ; il ne sortit point d'urine quoique la sonde fût dans la vessie , ce qui confirma l'opinion qu'on avait de la ruj)lure de ce viscère. Celle femme mourut le lendemain matin, quatrième jour de la rétroversion de la n)alrice. On ouvrit son corps, et l'on trouva neuf ou dix pintes d'urine épanchées dans le venlre, la vessie vide , flasque et rom])«e près» de son fond , de manière qu'on pouvait passer le bouldu doigt par celte crevasse, dont les bords étaient gangrenés. Tout le corps de la matrice était encore tellemenl porté en arrière, qu'on vit aisément que son fond s'était placé entre le vagin et le rectum , et que son col appuyait sur les pubis.
Du catarrhe de la vessie. — Le catarrhe de la vessie est une fluxion d'humeur muqueuse avec engorgement ou phlogose des tuniques de ce viscère, a peu près semblable à celle qu'éprouve la membrane piluitaire dans le corysa ou rhume de cerveau. Ilolfman a décrit celte mnhidie {Consul i. de me'd., t. 2, p. 660) sous le nom d'alleclion rare de la vessie : il paraît qu'on ne la connaissait point de son temps; consulté pour un malade qui était dans le marasme, et qui rendait avec douleur, et depuis longtemps, des urines chargées de glaires, il établit le siège du mal dans la vessie sans en déterminer la nature. Linné(Ge«, tnorb., 199) a nommé glaire de la vessie ce que nmis appelions catarrhe, parce qu'il couhisle dans un écoiilcmeut d'humeur visqueuse el filandreusequi suinte de la paroi interne de ce viscère. La dénomination de catarrhe ou de fluxion catarrliale de la vessie a été donnée par Lieutaud [Prcc de mûL, t. i, p. 590) :
o C'est ainsi , dil-il , qu'on peut nommer une maladie singulière de la vessie , que j'ai vue à un jeune liommc de seize à dix liuil ans. Elle fut piéccdée par une fièvre rhumatismale goutteuse qui dura quatorze jours. Dans la rechute , qui arriva le septième jour de la convalescence, le malade se plaignit d'une douleur à la vessie et de l'ardeur des urines qui commencèrent alors à être épaisses, et à déposer un sédiment blanchâtre et glaireux , qui devint dans la suite si abondant , malgré la cessation entière des douleurs, qu'on le jugea pouvoir former la quatrième partie au moins du volume des urines. Cette seconde lièvre dura douze jours avec assez de violence, et finit, après ce temps, sans produire le moindre changement du côté des urines, ((ui ne furent naturelles qu'après cinquante jours de la cessation de la fièvre. Le malade n'eut pendant ce dernier temps d'autre incommodité que la faiblesse ordinaire aux convalescents ; mais sa maigreur approchait du marasme et le fais.iit craindre. Les saignées ménagées , les délayants , les tempérants , les sédatifs et les laxatifs furent mis en usage pendant la fièvre. On crut qu'on pouvait abandonner au temps et à la nature secondés par le régime, le rétablissement de la vessie, et l'événement fit voir qu'on ne s'était point trompé. »
La fluxion catarrhale de la vessie n'est point aussi rare qu'on l'a pensé. Elle peut se distinguer en aiguë et chronique. La première espèce est avec phlogose des tuniques de la vessie, avec douleur, fièvre, etc. Elle dépend d'une métastase d'humeur acrimonieuse, rhumatismale, ou d'une autre nature sur ce viscère; elle peut aussi provenir de suppression de la transpiration, qui, étant arrêtée ou diminuée, se détourne ordinairement par la voie des urines. Elle est moins rare chez les adultes et les vieillards é'un tempérament phlegmatique; et on l'a observée principalement dans les variations des saisons , lorsque l'air est humide et froid, pendant l'automne et l'hiver. J'en ai vu un exemple au commencement de l'hiver de 1776, où il régnait une maladie catarrhale qu'on nommail la grippe. — Un homme d'environ trente-six ans, et d'un tempérament pituitLux, eut un violent accès de fièvre avec toux , mal de gorge et embarras de poitrine. Cette fièvre se termina par une sueur abondante, qu'il soutint en buvant du vin chaud el sucré. Le lende-
main il eut un accès moins fort, et prit la même boisson. Se trouvant mieux, il vaqua à ses affaires ; sa transpiration s'arrêta , et il sentit un frisson par tout le corps, llenlré chez lui, il fut pris d'un accès de fièvre aussi vif que le premier; mais, au lieu d'avoir mal à la gorge et à la poitrine , il se plaignit de douletirs à la région des reins et de la vessie. Il urina fréquemment, presque involontairement, et en petite quantité à la fois. On remarqua que son urine était claire comme de l'eau, tandis qu'elle était habituellement d'un jaune foncé plus ou moins trouble. Yers la fin de l'accès, pendant la sueur qui fut médiocre, il but abondamment d'une infusion légère de bourrache et de sureau, et n'eut point une transpiration plus forte; ses urines furent moins séreuses. Pendant la nuit il eut de la peine à les rendre; la fièvre continua, la douleur à la vessie augmenta. On me pria de voir le malade. La région hypogaslrique était lendue, le pouls dur et fréquent, la langue sèche; les urines ne sortaient qu'après beaucoup d'efi'orls, avec cuisson et ardeur; elles étaient rouges el troubles. Il fut saigné deux fois dans la matinée ; il prit des demi-lavements de décoction émolliente en y ajoutant la tête de pavot ; on lui fit des embrocations sur le ventre , et il but une infusion de flcursde mauve avec du sirop de gomme-adragant. Le soir, le redoublement de fièvre fut encore violent; on le resaigna; ses urines coulèrent avec moins de peine et d'ardeur.
Le lendemain se plaignant d'amertume, ayant la langue chargée et moins sèche, il prit un scrupule d'ipécucuanha , qui lui procura , par haut et par bas , une évacuation abondante de matières bilieuses. La fièvre diminua, il n'eut point de redoublement, les urines commencèrent à déposer un sédiment muqueux et jaunâtre. On continua la même boisson , les embrocations et les lavements, qu'on rendit par intervalle purgatifs ; tous les symptômes se calmèrent , mais le sédiment des urines augmenta , et devint blanchâtre; tantôt les urines coulèrent facilement , et d'autres fois elles ne sortirent qu'avec peine, suivant qu'elles furent plus ou moins chargées. Je fis ajouter à sa tisane le chiendent et du niire; je le purgeai plusieurs fois. Vers le vingtième jour, le dépôt muqueux de l'urine diminua. Cet homme, devenu très-maigre par la perte abondante de la mucosité, reprit do la force el de
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l'embonpoint en le nourrissant avec des faiiueux et des viandes blanches. Son urine ne cessa d'être glaireuse et de déposer du mucus que le quarante-cinquième jour de la maladie. Depuis cet accident, malg:ré les soins qu'il prit pour entretenir la transpiration cutanée au moyen de vêlements de flanelle, et pour soutenir le cours libre de l'urine par la boisson d'une seconde eau de chiendent, il fut sujet dans les temps de pluie et de froid, à rendre des urines chargées, et qui fournissaient un sédiment muqueux, (nais sans accidents.
La cause et les symptômes du catarrhe aigu de la vessie sont assez marqués dans cette observation pour en reconnaître la nature. C'est une véritable excrétion muqueuse critique qui, abandonnée à la nature, peut se terminer heureusement.
Il faut combattre dans les premiers temps les symptômes inflammatoires par les saignées, les délayants, les fomentations émollientes , les demi-bains; favoriser ensuite l'évacuation de l'humeur morbifique par de légers apéritifs, en diminuer l'afQux à la vessie par des exutoires , par 4es diaphorétiques , des purgatifs , lorsqu'elle se portera eu abondance et longtemps à ce viscère, comme dans le catarrhe chronique, — Cette seconde espèce de catarrhe est la plus fréquente.
EUe diffère du catarrhe aigu en ce qu'elle dure long-teu)ps, quelquefois toute la vie, ^ans fièvre slationnaire, sans symptômes inflammatoires permanents. Différentes causes d'irritation peuvent entretenir le catarrhe chronique de la vessie. Les plus fréquentes sont des pierres ou autres corps étrangers situés dans ce viscère, la sonde laissée pendant long temps, des bougies introduites trop avant dans sa cavité. Mais celte espèce de flu xion humorale attaque principale-^ ment les dartveux, les vieillards sujets au rhumatisme, à la goutte, à la néphrite, à la dysurie qui provient des vices de la prostate, de l'urètre, à la suite de la goiiOirhée, etc.; elle attaque encore ceux dont 1» vessie est paralysée en totalité ou en partie ; enfin elle peut succéder au catarrhe aigu, et elle se fait connaître, après la cessation des symptômes inflammatoires, par la durée et la persévérance de la matière muqueuse que l'urine dépose.
Le catarrhe chronique est souvent ftvec douleurs à la vessie et au bout de l'urètre , avant d'uriner et en urir.
VOIES tJRINAIRESJ 211
nant (1). L'éjection de l'urine est plus ou moins difiicile, suivant l'action de ce viscère et la liberté du canal de l'urètre. La couleur de l'urine varie chez différents sujets; elle est blanchâtre, rougeâtre ou d'une couleur fauve ; elle est trouble et très rarement acide. Je lui ai presque toujours trouvé les caractères alcalescents , même lorsqu'elle venait d'être rendue, qu'elle avait sa température naturelle. Elle exhale une odeur d'ammoniaque qui devient plus sensible peu de temps après qu'elle est refroidie. Pendant son refroidissement, elle dépose une matière muqueuse qui augmente par degrés, et qui présente des caractères différents dans plusieurs circonslances.
Quand l'humeur muqueuse est mêlée de pus qui provient d'ulcération des reins , de la vessie , elle est peu abondante ; elle est grisâtre, jaunâtre, quelquefois avec des filets sanguinolents ; elle se dépose lentement, se mêle et se délaye facilement dans l'urine et dans l'eauj elle est ténue, peu visqueuse, facile à diviser, fétide ; elle fournit peu de flocons dans l'eau chaude , et ne se coagule presque point à l'cbullilion ; elle approche des qualités du pus séreux, putride, et n'en diffère que par une visco-^ silé plus apparente. D'ailleurs les sym.ptômes qui accompagnent celte excrétion, comme la fièvre, les douleurs, l'amaigrissement et même le marasme, annoncent la purulence de cette matière.
^ L'humeur muqueuse qui suinte de la tunique interne de la vessie, qui se mêle et s'écoule avec l'urine, a d'autres ca.ractères quand il n'y a ni fièvre, ni dou^ leurs aiguës , ni tension à l'hypogaslre , ni mélange de pus. Dès que l'urine se refroidit, celte mucosité forme des glaires, des filaments qui restent suspendus dans le milieu du liquide urineux ; bienlôt il se dépose au fond du vase une matière glaireuse, tenace, collante, grisâtre et blanchâtre , sans odeur bien félide, et plus ou moins abondante. Chez quelques sujets sa quantité égale la quatrième et même la troisième partie de l'urine. Je l'ai vue si abondante chez un vieillard , qu'elle formait plus de la moitié du total de l'urine qu'il rendait. Lorsqu'il lui
(1) Presque toujours, en ce cas, il est causé ou du moins entretenu parla prôsenc« d'une pierre.
survenait de la fièvre, la riuanlilé de fcetle humeur était moindre ; elfe était inoirjs visqueuse; elle se séparait plus facilement du vase oîi elle se déposait, et elle avait une forte odeur alcaline. vT'ai soumis celte liumcur à diiYérenles épreuves, à des mélanges avec l'eau, soit Troide, soit chaude, à l'ébullilion, à des réactifs, et les résultats ont été U's mômes que ceux qui sont exposés ii l'article des vices de l'urine, au commencement de cet ouvrage. C'est un mélange de gélatine et d'.ilbumine plus ou moins aqueux, qui paraît contenir plus d'ammoniaque que le mucus qui sort du nez ott de la trachée-artère dans les catari hes Ûes voies nasales ou des bronches , et que celui qui coule des lacunes de l'urètre dans les gonorrhées. Sa couleur grisâtre ou blancliâtre, sa viscosité, sa qualité glulineuse, son écoulement par l'urètre, ont quelquefois induit en erreur des malades qui ont regardé cette matière mu|ueuse comme du sperme mêlé dans leur urine. Le fait suivant m'a porté à faire l'examen comparatif de la nature de ces deux humeurs.
Un homme âgé d'environ cinquante ans, mélancolique, dont les urines déposaient une humeur Manchàtre, visqueuse, tenace au fond du vase, et qui tombait en masse ou en filant, comme du mucilage , me consulta sur celle incommodité. 11 avait eu de fréquentes liaisons avec les femmes s^ins avoir été atteint d'aucune maladie vénérienne; seulement il avait été sujet à des boutons dartreux au scrotum, à la partie supérieure et interne des cuisses, avec des cuissons si fortes , qu'en se grattant il s'était souvent excorié la peau. Des bains , des boissons adoucissantes et quelques purgatifs avaient calmé ces accidents. Mais la récidive des dartres aux parties génitales le porta à se frotter avec une pommade dessiccalive qui fit disparaître les boutons et les cuissons. Six mois après, il eut de la difficulté à uriner, des douleurs à la vessie : il rendit des urines troubles, rougeâtres, et qui déposèrent une matière épaisse et glaireuse. On calma les symptômes inflammatoires par les remèdes généraux. L'éjection des urines ne fut plus douloureuse, m;iis leur sédiment resta presque toujours le même. Dans les temps humides, la quantité était plus grande que dans les temps secs ; elle augmentait aussi quand ce malade n'observait point de régime, quand il prenait des aliments
acres, etc. J'examinai ses urines; elles étaient rougeâtres, alcalines; leur sédmient était abondant, et me parut d'une nature muqueuse. Comme le cours de l'urine pendant son éjection était quelquefois gêné et interrompu, j'engageai ce malade à se laisser souder pour connaître l'état de la vessie , et savoir si elle ne contenait point de pierres. L'urètre était sain , la prostate plus grosse qu'elle ne l'est ordinairement. Des hémorrh^oïdes chroniques bordaient l'anus et rendaient quelquefois du sang, et d'autres fois une humeur puriforme. JNe sentant point de pierre dans la vessie, je pensai que le sédiment muqueux de l'urine dépendait d'une irritation de ce viscère produite par l'humeur darlreuse qui s'y était fixée. Je conseillai des bains , des bouillons de veau avec des plantes araères, l'application de sangsues à l'anus, des pilules de Bellosté à petite dose , un vésicatoire et un cautère au bras, et l'usage d'aliments doux, de végétaux, etc. Le malade suivit ces conseils; il éluda seulement le vésicatoire et le cautère. Il éprouva beaucoup de soulagement par ces remèdes.
Mais voyant, au bout de deux mois, que le sédiment des urines subsistait toujours , il me fit part de ses inquiétudes et me dit qu'il ne guérirait jamais, parce que ce sédiment que je regardais comme une humeur muqueuse qui suintait de la vessie était du sperme, une liqueur parfaitement semblable à celle qu'il rendait autrefois dans l'éjaculation ; il pensait qu'il y avait un vice d'organisation qui faisait porter cette liqueur dans la vessie. Comme il n'avait aucun vice dans l'urètre qui pût altérer l'éjaculation , et qu'il n'avait éprouvé depuis sa maladie aucune impression qui annonçât cette excrétion, je tâchai de le dissuader et de le détourner de son opinion par des raisons fondées sur des connaissances anatomiques et sur la nature différente du sperme et du mucus vésical.
Quelques mois se passèrent sans que je revisse ce malade. Il me rappela; je le trouvai dans un état fâcheux d'amaigrissement, de spasme et d'irritation.
Toujours préoccupé de la même idée sur la nature du sédiment que donnaient ses urines , il s'était procuré du sperme et y avait vu tant de ressemblance avec ce sédiment qu'il se croyait encore plus fondé dans sou sentiment. Cependant il accepta l'otTre que je lui fis d'examiner comparativement ces deux humeurs.
DES MALADIES DES VOIES UUINAlnÊS, 213
Après ces deux expériences (1 ), je lui entre ces humeurs, qu'il n'insista plus montrai une telle différence de nature sur son opinion. Il reprit des bains,
(1) Voici le résultat de ces expériences comparatives^ auquel je joindrai celles que M. Vauquelin a failcs et m'a communiquées sur le sperme (uimain.— 1" Le sédiment muqueux de l'urine, lorsqu'il est pur, sans mélange de sang, de pus, de substances salines, paraît homogène et uniformément blanchâtre, grisâire ou légèrement jaunâire. Il forme une masse visqueuse, épaisse, et tenace au fond du vase. Le sperme d'un ho.mme sain , qui n'a point d'éjaculation fréquente et qui ne force point la nature, se présente, en sortant de l'urètre, sous deux formes, l'une liquide, laiteuse, et semblable à celle qui se répand dans le vagin et à la vulve des femmes pendant le coït; l'autre, épaisse, mucilagineusc, qui constitue la plus grande partie des principes solides du sperme et dans laquelle on voit des fdaments blancs, satinés et plus apparents quand on l'agile dans l'eau froide. La couleur du sperme est blanchâtre ou d'un gris sale. Quelquefois elle a une teinte jaune; dans quelques états pathologiques le sperme est mcié de sang, et je l'ai vu noirâtre chez un sujet mélancolique. — 2° Le sédiment muqueux a une odeur d'ammoniaque qui se développe par le temps, par l'addition du calorique et par la putréfaction. L'odeur du sperme humain est fade, particulière, difficile à déterminer; celle du sperme des animaux est forle et si pénétrante qu'elle infecte toute leur chair. — 5° La saveur du mucus vésical est âcre comme celle du sperme, qui est irritante, qui pince et échauffe l'organe du goût. — 4» La consistance et la pesanteur du mucus vésical et du sperme varient suivant leur liquidité, la quantité de leur mucilage, la ténacité de leurs parties.
Ils sont toujours plus pesants que l'eau pure ou distillée. Ils tombent promptement au fond de ce liquide; mais il s'en élève des lilaments suspendus à des bulles d'air et qui se précipitent; puis l'eau devient trouble, pleine de poiiis (locons blanchâtres.— 5° Le mucus vésical agiié dans un morlier de verre semble acquérir plus de liquidité, surtout s il n'a pas été parfaitement séparé de l'urine. Le sperme, agité de la même manière, devient écumcux et épais comme de la pommade, phénomène produit par l'intervention et le mélange de l'air qui écarte les molécules de celle liqueur.— G" Le mucus vésical et le sperme sont alcalins. Immédiatement après que le sperme csl éjaçulé, il verdit forlomont lo
papier teint avec des fleurs de mauves ou de violeltes, il précipiic les sels calcaires, les sels métalliques; ce qui indique la présence d'un alcali à nu. Presque loules les humeurs, le s.uig, la bile, le lait, les larmes, le mucus des narines, la liqueur qui se répand dans le vagin des femmes pendant le coït , l'humeur qui coule dans les gonorrhées, onl celle qualité. — 7° Le sédiment muqueux de l'urine se manifcsie pendant et après le refroidissement de ce liquide. Kn perdant une portion de son calorique, qui se met en équilibre <\vec celui de l'atmosphère, cette matière muqueuse acquiert de la consistance , s'épaissit et reste dans cet état. Cet effet atteint tous lescorpsquipassent d'un degré de température supérieur à un degré Inférieur. La partie la plus épaisse du sperme humain éprouve aussi ce changemenl ; elle prend de la transparence, et une consistance plus grande que celle qu'elle a en sortant de l'urètre. Mais ce qui n'arrive point au sédiment muqueux, c'est que le sperme redevient liquide après le refroidissement, environ une heure après qu'il est sorti du corps. Ce phénomène singulier n'est pas dû à l'absorption de l'humidité de l'air parcelle humeur, car, an lieu d'augmenter de poids, sa pesanteur diminue dans la proportion de la perle du calorique. L'air ou les substances qu'il tient en dissolution ne sont pas mieux la cause de la liquéfaction de la matière séminale, puisqu'elle devient presque aussi liquide et transparente que de l'eau, quelques minutes après en avoir rempli une petite bouteille qu'on aura aussitôt hermétiquement bouchée. Ce changement de consistance s'opère en moins de vingt minutes, quelle que soit la masse de la liqueur spermatique; il a toujours lieu dans le même temps et de la même manière, quel que soit aussi l'état de l'atmosphère, chaude ou froide, humide ou sèche : par conséquent, l'étaî. de l'atmosphère ne paraît apporter aucune modilicaiion dans cet oH'et. lînlin, comme le sperme n'augmenle point de volume pendant la liquéfaciion, elle no provient point de la (ixal ion du calorique. La cause île celle liquéfaction est inconnue. — 8° lîxaminé au microscope , le mucus vésical, rapproché ou privé de la sérosité urinairc, olfre des molécules rondes, des stries ou lilaments. Une grosse goutte de sperme humain récent et chaud, vue au même microscope, a présenté des globules allongés en forme
TRAITÉ
«Vautres remëdes convenables h son élit. Kiifin il se déterinina ù se luire appli-
do queue, qui se mouvaient, et dont lo niouveuieni se perdait peu de lempsaprès. Suivant Lcwenlioeck , ces petits corps en mouvement sont des animalcules qui ont une lêie ronde et une queue petite et torse. Ilalier dit qu'ils sont mille l'ois plus minces qu'un cheveu, qu'ils existent dans le. sperme de tous les animaux, et qu'on n'en trouve point dans les autres iiumeurs. On ne connaît pas l'action de la lumière sur le mucus et sur le sperme. — 9° Le mucus vésical , soumis au feu, au calorique raréfié, devient d'abord liquide, puis une partie se coagule, et le reste nage en petits flocons dans la sérosité de l'urine. Le calorique accélère la liquéfaction du sperme au sortir du corps. Lorsque cette humeur est liquéfiée, il ne la coagule point, tandis qu'il coagule beaucoup d'autres matières animales. Une ciialeur plus forte , ou une grande quantité de calorique mise à la fois en contact avec le sperme, sépare les principes de cette humeur en détruisant l'équilibre qui existe entre eux; d'abord l'humidité se sépare, la matière noircit, se boursoufle et répand des fumées jaunes, empyreumatiques et ammoniacales; il reste dans le vase où le sperme a été distillé, un charbon fort léger qui hriile facilement et laisse une cendre trôs-blancitc. — iO" Exposés à l'air, le mucus vésical et le sperme se dessèchent; versés sur un linge, ils le salissent, le tachent en s'évaporant, et le durcissent à peu près de la même manière. Mais le sperme abandonné à l'air d'une température de douze degrés au thermomètre français, se couvre d'une pellicule transparente. Au bout de trois ou quatre jours, il dépose des cristaux transparents, longs d'environ une ligne, très-minces, et qui se croisent souvent de manière à représenter les rayons d'une roue. Ces cristaux isolés, vus à la loupe, ont la forme d'un solide à quatre pans, terminés par des pyramides très-allongées à quatre faces.
Ils n'ont ni odeur ni saveur; ils sont durs cl croquent sous les dents. Us se fondent au chalumeau en un globule blanc opaque, qui s'entoure d'une flamme jaunfitre pendant qu'il est fondu sur le charbon, L'eau ne les attaque point. Ils ne s'altèrent point par les alcalis et les substances salino-terreuscs. Les acides minéraux les dissolvent sans produire d'eirervescence, L'eau de chaux et les alcalis produisent un précipité dans les dissolutions de ces cristaux par les acides. L'acide oxalique y fait aussi lui précipité. L'alcool , mis
quer un Inrrje vdsicaloire au bras, dont l'ulcération fut creusée par la suite au
dans la dissolution muriaiique épaissie de cette matière, en dissout une portion qui présente tous les caractères du muriale de chaux. Il reste une autre substance qui se fond au chalumeau en un verre transparent, laquelle se dissout dans l'eau, précipite l'eau de chaux et rougit les coulciu's bleues végétales. Ces expériences démontrent que la nature de ces cristaux est analogue à celle du phosphate calcaire ou de la base des os. Quelques jours après la formation de ces cristaux, la pellicule formée sur le sperme s'épaissit et se remplit de petits corps blancs, opaques et de figure ronde. Ces corps sont de la même nature que los cristaux, et n'en diffèrent que par l'opacité. Enfin la liqueur spermalique prend de la consistance , et à son odeur fade succède celle de la frangipane. Si, à cette température de douze degrés, il survient dans l'air plus d'humidité qu'il n'en peut dissoudre, et par conséquent si le sperme ne se dessèche que lentement, il s'y forme encore d'autres cristaux dont la forme varie beaucoup ; ce sont des lames rhomboïdales , ou des prismes à six faces, ou des octaèdres. A la température de douze degrés, le sperme ne se dessèche point parfaitement ; il reste mou et ductile : mais à la température de dix-huit à vingt degrés, lorsque l'air est bien sec , le sperme perd la plus grande partie de son humidité , il devient demi-transparent comme do la corne, il se casse en produisant un bruit sec, il perd par cette dessiccation les 0,9 de son poids. Lorsque le sperme est exposé en grande masse à l'air chaud ei humide , comme à vingt degrés du thermomètre de Réaumur, et soixante-quinze de l'hygromètre de Saussure, il s'altère avant de se dessiicher; ses principes réagissent les uns sur les autres ; la masse prend une couleur analogue à celle du jaune d'cBuf, et elle devient acide, soit eu absorbant l'oxygène de l'atmosphère, soit par un partage inégal du sien propre entre ses principes. Le sperme dans cette circonstance répand une odeur de poisson pourri, et se couvre d'une grande quantité do moisissure, de miicor ou de bijasiis septica de Linné. —Il» L'eau froide condense le mucus vésical : l'eau chaude lo liquéfie, et devient blanche ou laiteuse, opaque, avec des flocons qui se précipitent. Le sperme, avant d'être liquéfié, n'est pas dissoluble par l'eau froide, même agité fortement. 11 s'y divise seulement en petits morceaux et lui corn-
DES MALADIES DES
moyen de deux pois pour un cautère.
Deux mois aiuès, il reprit tic l'embonpoint, ses urines fournirent peu de sédiment muqueux . et commencèrent à redevenir acides. Sa santé s'est soutenue
V0IE5 URINAIBES.
dans cet étal pendant nn an. Se portant mieux pendant Tété, je l'engageai à vivre dans un pays clviud; il s'est retire en Provence. . ,
L'excrétion abondante de la mucosité
numique une légère opacité. Dans l'eau chaude , il ne se dissout, pas davantage , il est au contraire opaque et se relire sur lui-même en s'allachanl h la baguette qui l'agite; celle eau prend aussi une couleur opaline ou blanchâtre. Lorsque le sperme est devenu liquide à l'air, il se combine tr^'S-l'acilement à l'eau froide et à l'eau chaude. Quand il est desséché, après avoir subi la liquéfaction, il est également clissoluble dans l'eau. — 12" L'alcool épaissit le sédiment muqueux de l'urine, et lui donne plus de consistance. Il coagule le sperme en flocons blancs; et si le sperme esi combiné à l'eau, il le sépare de ce liquide sous la forme de flocons. — 15° La solution de la potasse dans l'eau doune au sédiment muqueux do la liquidité, de la transparence, et développe beaucoup d'ammoniaque. L'eau de chaux rend celle matière lloconneuse, et lui donne une couleur laiteuse. Tous les alcalis qui ont un ceriain degré de conccnlralioii, facilitent la combinaison du sperme avec l'eau. La chaux vive ne dégage point d'ammoniaque du sperme récent ou frais : mais lorsqu'il a rosiô quelque temps à l'air chaud et humide, elle en dégage une grande quantité. 11 se forme donc do l'ammoniaque pendant l'exposition du sperme h l'air. — L'acide sulfurique versé sur le sédiment muqueux de l'urine y dégage du calorique, de l'air, il produit une cfi'ervescence , quelquefois des flocons condensés; d'autres fois il le coagule en une niasse de la consistance d'un blanc d'œuf cuit. Les acides dissolvent le sperme avec beaucoup de facilité, et celte dissolution n'est p^s plus décomposée par les alcalis que la dissolution alcaline du sperme ne l'est par les acides. Le vin, le cidre, l'urine, dissolvent aussi le sperme en raison de l'acide que ces liqueurs contiennent; car quand l'urine, le vin, ont élé privés de leur acide libre par quelque cause que ce soit, ces liqueurs ne dissolvent plus le sperme.
C'est pourquoi l'eau rendue aussi acide que l'urine par l'acide sulfurique a la propriété de dissoudre le sperme. Mais l'acide muriatique oxygéné, au lieu de dissoudre cette humeur comme les aulros acides, la coagule en flocons blancs qui ne sont point dissolubles dans l'eau, ni même dans les acides qui auraient dis-
sous le sperme auparavant. Cet acide le coagule aussi lorsqu'il s'est liquéfié à l'air. Si l'on verse une grande quantité de cet acide sur l'iuimeur séminale, il lui donne une couleur jaune. Coite différence d'action de l'acide muriatique oxyg6né d'avec celle des autres acides , tient sans doute à la fixation de l'oxygène de cet acide dans l'humeur séminale, puisqu'il perd son odeur dans cette circonstance. — i5° Les sels bary tiques no sont décomposés par le sperme que lorsqu'il a resté quelque temps à l'air, et qu'il s'y est formé des cristaux rliomboïdaux. Les sels calcaires et les sels métalliques sont décomposés par le sperme frappé du contact de l'air et par celui qui n'y a pas été exposé. Ces (ails démontrent que le sperme contient nno substance alcaline pure et non combinée avec les acides, et que cet alcali enlève peu à peu à l'air atmosphéiique l'acidè carbonique : aussi devient-il, après un temps déterminé, susceptible de déconi-»
poser les sels de barylc. — 10° La nalurft intime du sédiment muqueux de l'urine n'est pas encore exactement connue.
D'après l'analyse du sperme humain faite par M. Vauquelin, les principes de celto humeur sont dans la proportion suivante: eau, 0,90; mucilage animal, 00,6 ; soude, 00,1; phosphate calcaire, 00,5. Cet habile ' cliimiste pc,nse que l'alcalescencç constanle du sperm ; est due à la souda qu'il contient dans la proportion d'un centième. — Il résulte de tous ces phénomènes que le sédiment muqueux de l'urine a quelque analogie avec le sperme, par sa viscosité, par son alcalescence, et peut-être par les substances qui le com^' posent : mais le sperme en dilfèro essentiellement par sa couleur, par son odeur, par la propriété qu'il a de se liquéfier, par son indissolubilité dans l'eau avant de s'être liquéfié, par sa dissolubilitô dans ce liquide après avoir subi ce chant gement, et par sa cristallisation après cette légère évaporaiion (a).(JV. de Vaut.)
(a) Le principal signe dislinclif du sperme, celui qui est le plus facile à saisir, aujourd'hui que le microscope devient un inslrumenl d'un usage général parmi les médecins, c'est sans contredit la présence des animalcules propres à ce Iluide. s. i
TRAITÉ
pure ou simple de lu vessie par la voie des urines n'allt'rc point aulanl les forces du corps ([ue celle du iniicus purulent ou mêlé de pus. i.es miiliides supportent niieuv la i)erte de celte mucosité, quoiqu'elle soit plus (jnintît;; ils maigrissent sans avoir les accidents du marasme ; ils n'ont ni lièvre lenle ni douleurs conliiiues dans les voies urinaires; la plupart n'éprouvent d'inconiniodités que lors de l'excrétion de l'urine. Elle sort quelquefois avec tant de dillic.ulté qu'il faut avoir recours à la sourie. J'ai été forcé de son ■ der un grand nombre de fois un homme chez le(i"el cette espèce de mucosité Louchait de temps en temps le col de la vessie et l'urètre, au point qu'elle interceptait le pas-age de l'urine. Après avoir rendu un demi-verre d'urine, ce liquide s'arrêtait tout à coup ; en redoublant d'efforts pour expulser le reste , il sortait, comme par flocons, de l'urètre line matière gluante, puis il s'écoulait lin peu d'urine, mais la vessie en contenait trop encore pour que le malade fiit soulagé; il fallait le sonder, faire des injections d'eau pour délayer la mucosité qui bouchait la sonde et pour en faciliter la sortie, et par ce moyen l'écoulement de l'urine. Cet homme a vécu six ans dans cet état. Trois mois avant sa nioi t il a eu une fièvre presque continue, ses jambes se sont enflées, il y a paru des taches gangréneiises et des ulcères putrides; les urines ont été chargées de mucosité purulente et qui n'était plus visqueuse. J'ai ouvert son cadavre. Les viscères du ventre étaient sains , les reins très-volumineux et sans aucune altération morbifiquc. La vessie contenait beaucoup d'urine fclide et de mucus purulent; il n'y avait ni pierre ni fongus. Ses parois étaient fort épaisses ; en les comprimant, il en suintait une humeur il peu près semblable à la mucosité épanchée dans sa cavité. La prostate avait le double de son volume ordinaire; elle était mollasse et rougeâlre. Cet homme avait eu plusieurs gonorrhées. — Quoiqu'on puisse vivre plusieurs années et sans accidents graves avec le'calarrhe chronique de la vessie, on doit tenter la cure de celte maladie importune, qui rend l'excrétion de l'urine plus ou moins difiicile. Il faut d'abord lâcher d'en connaître la cause, et .s'assurer par la sonde si elle ne dépend point d'une pierre ou d'autres corps étrangers qu'on puisse extraire.
Après cette extraction, la vessie n'étant plus irritée devient moins glaireuse, elle
fournit peu de mucosité, et le malade guérit sans employer des remèdes particuliers. S'il n'y a point de corps étranger., dans la vessie, on recherchera si le malade n'a pas les humeurs affectées de l'un des vices dont il a été fait mention ci-dessMs, et on les combattra par les spécifique-; ; mais souvent l'âge des sujets , la f.ihlesse de leur corps , empêchent de les employer : on est forcé de se borner à un traitement palliatif, au moyen ducpiel on peut diminuer l'abondance ou l'afflux de la mucosité à la vessie. Ce traitement consiste, dans les cas d'humeur dartreuse, rhumatismale, à appliquer un vésicatoire ou à faire un cautère, à donner des boissons d'eau de gomme arabique avec la décoction de scabieuse, de sureau ou de squine, à purger le malade , enfin ;i lui faire prendre les pilules anlimoniales de Kunckel, ou celles de Bellosle. Si la mucosité continue à sortir avec abondance, on fait dans la vessie des injections propres à en réprimer l'afilux. On commence ordinairement par celles de décoction d'orge, puis d'eau de Barrèges coupée avec la précédente, ou d'eau de Bal.iruc, s'il y a paralysie de la vessie. J'en ai fait d'eau végéto-minérale pour un vieillard de soixante-quinze ans, épuisé par la perte excessive de celle mucosité. 11 n'en a éprouvé aucun accident, ses urines sont devenues moins chargées de glaires, il a repris des forces, et a vécu deux années dans cet état. La boisson qui lui réussissait le plus, était la limonade cuite. Il avait pris long temps des bols de savon, différents balsamiques, la décoction de raisin d'ours, le pariera-brava. Tous ces remèdes, loin de le soulager, semblaient irriter et aggraver sa maladie. Un objet important à considérer pendant le traitement, c'est l'état des fonctions de l'estomac et des autres viscères propres à la digestion ; il faut soutenir et même stimuler les forces digeslives qui s'afl'aiblissenl ordinairement dans ces cas. Les acidulés, l'ipécacuanha k la dose d'ua demi-gr.iin et même d'un grain plusieurs fois dans la journée, la thériaque jointe au quinquina et donnée le soir en opiat sont les remèdes les plus convenables pour remplir celle indication.
Du spasme et de l'injlainmatinn de la vessie. — La vessie est un viscère membraneux , ;ïiusculenx et très-irritable. Lorsque son irritabilité est excitée par une cause contre nature, la vessie se contracte plus ou moins vivement et
DES MALADIES DES
reste dans un tel état de resserrement ou de tendance à la contraction, qu'il lui est impossible de souffrir la distension ordinaire de ses parois par l'amas de l'urine. Cet état est accompagné de fréquentes envies d'uriner, de lénesnie , (l'cpreinles ou de douleurs aiguës en commençant à uriner , principalement vers la fin et peu de lemps après. Alors la luiiladiese nomme spasme ou affection ipasmodique de la vessie. Mais si ces symplômes augmentent d'intensité , s'il survient de la lièvre, de la diflicullé d'uriner , une chaleur ardenle en urinant, le spasme esl inflammatoire, ou c'est une inflammation de la vessie. Ces deux affections ont de si grands rapports enire elles qu'on peut les considérer sous une seule dénomination, comme celle de cystite. Elles se distinguent de la même manière , en symptomatiques et idiopathiques ; elles ont le môme siège et les mômes causes; leurs différences pour le diagnostic et la cure dépendent de leurs degrés d'intensité, et il suffit de les déterminer.
La cystite symplomatiqiie peut dépendre de l'affection des parties voisines de la vessie , d'hémorroïdes enflammées , d'un abcès au fondement ou à la prostate, d'un épanchement de sang ou de pus dans le ventre. L'irrilalion communiquée à la vessie jiar le vice de ces parties peut y déterminer le spasme ou une inflammation assez vive pour causer des douleurs aiguës, la difficulté d'uriner et la rétention d'urine. Nous citerons un seul exemple de celte cystite symplomatique produite par l'inflammation d'héniorrlioïdcs très-volumineuses. Un juif âgé de cinquante-cinq ans, d'un tempérament sec et bilieux, sujet à des hémorrhoïdes qui bordaient et rétrécissaient l'anus, n'avait jamais éprouvé de difficulté d'uriner. Ses LémorrhoïJes s'enflammèrent ; dès le troisième jour de cet accident , il eut de fréquentes envies d'urinrr; il ne put y satisfaire qu'avec douleur, et quelquefois en urinant goutte à goutte. On employa les saignées et les autres remèdes propres à comballrc les pi-ogrcs de rinflaniiiialion. La difficulté d'uriner augmenta ; la rétention de l'urine devint complète ; la vessie, remplie et distendue par ce liquide , forma une tumeur à l'hypogastre. On tâcha d'introduire une sonde dans ce viscère ; on fit une fausse route à l'urètre ; la sonde passa entre la prostate et le rectum; comme elle était mobile dans le tissu
VOIES URlNAinES. 217
cellulaire, on pensa qu'elle était portée dans la vessie et qu'il n'y avait point d'uiine. La sonde retirée , il s'écoula beaucoup de sang de l'uièlre et point d'urine. Les accidents augmentèrent : le malade eut le hoquet , des nausées , le pouls petit et serré. Le soir on vint chercher M. Tillard, mon élève. Il jugea que la maladie était une rétention d'urine rl non pas une suppression ; il s'opposa à l'usage d'une boisson dans laquelle entrait la teinture des canlharides , et que l'on était disposé à donner pour provoquer la sécrétion des urines, qu'on croyait supprimée. Il ne put réussir à introduire la sonde dans la vessie ; cet instrument se porta dans la fausse route qui était dirigée du côté droit de l'urètre, derrière la prostate; le gonflement héniorrhoïdal s'opposait à l'introduction du doigt dans l'anus. Il fit discontinuer l'usage des boissons; il conseilla de tromper la soif du malade par de petites cuillerées de petit laiton d'eauacidulée. Le lendemain matin il réussit à porter une grosse sonde en S dans la vessie, et donna issue à deux peintes et demie d'urine très-fétide et rougeàlre. Il appliqua des sangsues sur les hémorrhoïdes ; le pouls du malade se développa; le hoquet et les autres symplômes diminuèrent ; mais le malade , en se retournant dans le lit , fit sortir la sonde de la vessie : il fut impossible de l'y remettre. Les accidents recommencèrent , la vessie se remplit d'urine. Le lendemain j'allai voir ce malade; il avait le hoquet, des envies de vomir, le pouls petit, les extrémités froides, le scrotum tuméfié , le ventre méléorisé, la région liypogastrique tendue comme un ballon par la rétention de l'urine dans la vessie. ]Ne pouvant réussir à le sonder, je me déterminai, en raison de la gravité des accidents, à lui faire la ponction delà vessie au-dessus du pubis, et je me servis d'un trois-quarls droit propre à la paraccnlèse du ventre. Le malade fut soulagé après l'évacuation de l'urine. Il but de l'orangeade ; pendant la nuit il rendit par l'anus beaucoup de matières bilieuses; les urines continuèrent à s'écouler par la canule du trois-quarts, qui était fixée à l'abdomen. Trois jours après, le malade , agité et très-impatient, fit sortir cette canule de la vessie. Cependant, l'urine continua à s'écouler par la piqûre du trois-quarts pendant deux jours. Alors je fus averti que la canule était sortie ; j'introduisis assez facilement une sonde d'argent en S par l'urè-
THAITR
tre dans la vessie. Il y avuit autour ilo la piqûre, au-dessus du pubis, une iufiUratlou urineusequi so dissipa au moyen des compressas iuibibi'os d'eau et d'eau-devie. Les urines s'écoulèrent entièrenu'nt par la sonde; les accidenis causés par l'irritation intestinale cessèrent. Ou fit des injections d'eau d'orge dans la vessie. Comme une p;irlie de cette eau sortait par la piqûre de l'hypofrastre, on eut soin (le ne point en injecler une trop grande quantité. Le malade prit une décoction de tamarin dans du petit-l;iit qui l'évdcua copieusemenl. On la réitéra deux jours après. Les urines restaient troubles et rougeâlres. Des douleurs aig^uës et brûlantes se faisaient sentir dans toute l'étendue de l'urètre. Il sortit une matière purulente entre ce canal et la sonde. On retira cet instrument après avoir fait une injection dans la vessie; mais ce viscère n'avait pas encore recouvré son action. On essaya d'y introduire une sonde de gomme élastique pour évacuer et la liqueur injeclée et l'urine nouvellement amassée. Quoique celte sonde eût le môme calibre et la même courbure que celle d'argent, elle présentait moins de solidité, se déviait vers l'obstacle et se portait dans la fausse route. Il f.illut remettie la sonde d'argent, qui pénétra avec facilité dans la vessie. Les urines devinrent blanoliàtres, dépoièrcnt beaucoup de matière puriforme. Il continua a s'écouler du pus entre lii sonde et l'urètre. Le périnée, le scrotum et la verge étaient luméiicsavec dureté, tension, douleur et chaleur. Les cataplasmes émollienls calmèrent ces symptômes. Le vingt -sixième jour il s'ouvrit spontanément un abcès situé sur le trajet de l'urètre et immédiatement nu -dessus du scrotum : l'écoulement abondant du pus procura le dégorgement de ces parties. Il sortit de cet e ouverture, qui avait un pouce d'étendue, plusieurs lambeaux de lissu membraneux. Il y avait une grande perle de subslance à l'urètre. La sonde s'y voyait à nu. Les urines continuèrent ensuite à s'écouler librement par la sonde ; l'élat du malade s'améliora de jour en jour, il reprit des forces. Je fus rappelé pour substituer une sonde de gomme élastique à celle d'argent qui était depuis dixneuf jours dans la vessie, et qui incommodait par sa pression, sa pesanteur et sa solidité. Je me servis d'une grosse sonde de gomme élastique dont le mandrin de fer remplissait exactement la cv
vité j elle entra facile.uenl dans la vessie. Celle d'argent était incrustée de matières calculeuses (l). Loi'S((:ie loules les parties extérieures furent dégonflées, l'ulcère de la verge et de l'urètre se riîlrécit, mais il resta fistuleux. Cependant les forces du malade augmentèrent ; il put se lever.
On relira de temps en temps la sonde
(1) Celle sonde d\Trgcnt a présenté les phénomènes suivanis, apr(\s avoir été retirée de la vessie. La portion qui remplissait la conlinuilé de l'uièlre jusqu'à la partie membraneuse de ce canal était noircie et bleue. La portion comprise dans celle partie membraneuse n'était altérée que dans la partie convexe de sa courbure, tandis que les surfaces concave et lalérale étaient sans altération et avaient tout l'éclat métallique. L'extrémité antérieure qui se trouvait dans la vessie élail noircie comme la porlioa contenue <lans l'urètre; elle portait dans l'espace d'un pouce et vers le bout une incrustation grise, brillante, cristalline, d'environ une demi-ligne d'épaisseur.
Cette incrustation n'occupait que la partie concave du bout de la sonde, et y' formait un pelit anneau de l'éienduo d'une ligne et demie. Vers les yeux de l'iiisiruinent la même incrustation se recourbait dans leur cavité et paraissait plus épaisse dans celle partie qu'ailleurs. On ne peut douter que la couleur noire de la sonde ne soit due au gaz hydrogène sulfuré formé par la décomposition de l'urine. C'est le propre de loules les matières animales sans execpliou de donner ce gaz pendant leur pulrôfaciion, et de noircir l'argent. Ce gaz est produit par la dissolution du soulVc qui existe dans ces matières, laquelle s'opère à l'aide du gaz hydrogène qui se dégage toujours pendant leur décomposition. La partie noire de la sonde élail du sulfure d'argent. Mais il esl à observer que la partie la plus noire de cet insirument occupait l'espace large de l'urètre, et que la portion étroite de ce canal n'a pas admis une pareille coloration de l'argent, tandis qu'on la retrouve dans l'extrémité de la sonde plongée dans la vessie et nageant dans l'urine. Il parait donc que lo séjour de ce liquide sur la sonde est une condition nécessaire pour celle coloralion. M. Vanquelin a examiné la nature de la matière calculeuse incrustée^. Cette incrustai ion était manifestement formcC par l'acide uriquc qui est contenu dans loules les urines humaines, et qui se dépose sur tous les corps qui séjournent dans ce liquide.
DKS MALADIES DES
pour la nelloyci"; on conliniia les injeclioiis dans la vessie; les urines furent d'une meilleure qualité; on tint le ventre libre, soit par des lavements, soit pur des niinorntils , soil par la nature des aliments. Voyant eniin, au bout de trois mois, les urines sortir par la fislulc de l'urèlre, on retira la sonde; mais la vessie était encore sans action; on fut obligé d'y remettre cet insirunient pour évacuer l'urine retenue et amassée en grande quantité dans ce viscère. Après plusieurs jours de repos , ce juif put vaquer à ses nlVaires. Je l'ai revu au bout de sept mois ; il avait de l'embonpoint, il jouissait en apparence d'une bonne santé , mais il ne pouvait uriner sans la sonde qu'il portait constamment. La fistule de l'urètre était dans le même état ; elle présentait une ouverture ovalaire de la longueur de six lignes, de trois lignes de largeur, et dont les bords étaient amincis. Comme ce canal a subi une grande perle de substance, il est probable, d'après les faits que j'ai recueillis, qu'on n'obtiendra jamais la guérison de cette fistule.
Les suites de la cystite symplomalique sont rarement aussi graves. Ses progrès sont même ordinau-einent moins vils que ceux de la cystite idiopalbiquc. Pour la combattre, il faut calmer les douleurs parles antispasmodiques, faciliter et rendre libre le cours de l'urine par les diuréliques mucilagineux , et donner issue à ce liquide par la sonde , quand il est retenu. On est rarement obligé de sonder dans les cas de grand abcès au fondement, dont le progrès de l'inflammalion s'étend à la vessie, parce qu'on se bâle d'en faire l'ouverture; et dès que le pus est évacué de son foyer, les symptômes de la cy.'ïtite se dissipent. iMais la sonde est nécessaire dans les autres cas, et surtout lorsqu'il y a dans le bassin un épanchcment de sang ou de pus qu'on ne peut évacuer. Il esl important d'observer, pour la curalion, de ne point laisser séjourner long-temps l'urine dans la vessie, de ne point la retenir dès qu'on sent la moindre envie de l'expulser, et d'éviter les grands eli'orts qui peuvent favoriser son expulsion. La cystite idiopalbique ou propre à la vessie affecte le col, une partie ou tout le corps de ce viscère. Elle peut dépendre de causcii extérieures, de l'équitation , de conlusioiis, de la .suppression de la transpiration, de la répercussion des liumeurs rhumatismale, goutteuse, darlrcuse, pso-
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rique, vénérienne, ou de gonorrhdes, et du progrès de l'inflammation de l'urètre. Mais ses causes ordinaires sont des corps étrangers contenus dans la vessie, comme une pierre, l'urine retenue et que le malade ne peut expulser, une .sonde trop longue ou dont le bec agit constamment sur un point de ce viscère, une bougie introduite trop avant, et l'usage des can-' tharidcs. Dans ces cas, l'irrilabililé est augmentée, la vessie est dans une len-r dance continuelle à la contraction; elle éprouve une afleclion spasmodique avec les symptômes du spasme j elle devient dans un état inflammatoire; elle filtre une plus grande quantité de mucus qui se mêle à l'urine et la rend trouble et glaireuse; ses parois s'épaississent, elles sont [)lus ou moins rougeâirts ; ses vai.s-' seaux reçoivent plus de sang , et quel* quefois une partie de ceux de sa tunique interne se rompent cl laissent Iranssuder ce liquide ; enfin son action s'aftaibM, se perd, comme dans toute autre inflaniraa» tion qui attaque un muicle, un organe moteur.
Les caractères généraux de la cystite sont : une douleur vive à la vessie et qui s'étend le long de l'urètre; le té-« nestne, l'envie fréquente d'uriner avec difficulté, chaleur et cuisson ; la dureté et la fréquence du pouls; l'augmentation de la fièvre, la soif, l'insomnie, la tension du ventre, clsurtout de la région hy|)ogaslrique ; les symplôraes de la strangurie et de l'ischurie inflammatoire ou de la rétention d'urine par inflammation, tels que la sortie goutte à goutte de l'urine avec cuisson, chaleur et douleur plus forles , puis l'impossibilité de la rendre malgré les efforts du malade, la continuité et le progrès de la fièvre ; l'élévation de l'iiypogastre ou une tumeur ovalaire au-dessus du pubis et produite par l'urine accumulée et retenue dans la vessie, etc. Les caractères parti-^ culiers de la cystite varient suivant ses causes et son siège primitif. Quand elle a commencé par le col de la vessie et qu'elle vient de l'urètre, comme dans la gonorrbée inflammatoire, la marche des symplômcs est celle qui a été tracée cidessus, en ajoutant que l'homme a des érections fréquentes et douloureuses, et que les progrès de l'inflammation sont rapides s'il est vigoureux , sanguin , et s'il néglige l'usage des antiphlogistiqucs. Dans le cas de canlharides, de pierre mobile, le siège du spasme est ordinairement au col de la vessie, et il y a souvent
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pissement de sanpT ou d'urines sanguinolentes avec douleuis plus ou moins aiguës en urinant , et quelquefois après avoir uriné.
Si la cyslile dépend de la présence d'une bougie ou d'une sonde trop longue, la douleur esl locale comme le siéi;e de l'irrilation; les symptômes sont moins vifs , et ceux de l'iscliurie n'exiiient point. Mais il survient qiieltiuefois dans le point enflammé de la vessie une ulcération ou une crevasse jfangréiieuse causée par la pression conslante du bout de la sonde, et d'où suivent des accidents relatifs ;i Pinfillralion ou à l'épanclKment de l'urine, et à l'affeclion des parties voisines. Les bougies enfoncées trop avant dans la vessie y occasionneiont plutôt un spasme et une plilogose qui pourra s'étendre à la prostate et au tissu cellulaire, et donner lieu à un abcès que l'on reconnaîtra |)ar les symptômes qui lui sont propres. J'ai vu des malades se plaignant de douleurs vives à la vessie, être tourmentés d'envies fré(juentes d'uriner , de lénesme au fondement , par la présence de bougies portées au delà du col de la vessie , et ces mêmes malades supportaient sans peine le séjour d'une sonde solide : peut-être le bout de la bougie agité dans les mouvements du corps causait-il à la vessie une titillation importune qui provoquait ces accidents.
Delafaye , qui avait une grande réputation pour le traitement des maladies des voies urinaires, m'a dit avoir observé que les bougies de Daran introduites jusqu'à la vessie irritaient souvent ce viscère et les parties voisines de son col, de manière qu'il survenait quelquefois un engorgement inflammatoire dans le tissu cellulaire de la prostate, et un abcès dangereux et quelquefois mortel, lorsque la collection purulente s'étendait dans le bassin. Les caractères de la cystite provenant de la répercussion d'une humeur morbifique se tirent des signes counnémoratifs, en s'informant si le malade a eu des dartres, la g de , Li goutte, et s'il a employé des remèdes ré|)crcussifs. Alors lespiismc et rinfl;imniation occupant tout le corps de la vessie , leurs symptômes ne sont point si vifs, ni la fièvre et les douleurs aussi aiguës que lorsque la cyslile affecte le col de ce viscère ; mais l'iscliurie ou la rétention d'urine est plus prompte. Cependant ses progrès ne sont point rapides, parce que les reins étant ordinairement affectés par la même humeur en même temps que la
vessie, la sécrétion de l'urine est moins abondante, et il s'en porte une moindre quantité d:ms ce réserve r. Les observations que nous rap|)orlerons diins la cure de In cyslile feront connaître les autres signes particuliers qui peuvent la faire distinguer, et serviront aussi à établir le pronostic de celte maladie.
On remédie à la cystite par les anliphlogisliques ou par les saignées plus ou moins répétées, suivant l'état du pouls ; par les boissons rafraîchissantes, comme le petil-hiit , l'eau do poulet simple ou éiuulsionnée, l'eau d'orgeat et de gomme arabique; par les bains ou les demibains, les catiiplasmes ou les vessies pleines d'eau tiède et appliquées à l'hypogaslre et nu périnée; par les lavements, par les anlispasmodi(|ues opiacés ; enfin par les saignées, par les sangsues au fondement, an périnée, et quelquefois ])nr les vésicaloires à cette région, au pubis ou aux lombes. Tel est le traitement générai ; mais il y en a un particulier qui est relatif à la cause de la cystite et à l'intensité des accidents. Si la gonorrhéc inflammaloire cause la cystite du col, et même du corps de la vessie, les anliphlogisliques désignés ci-dessus sont nécessaires ; si les symptômes ne cèdent point après deux saignées du bras faites dans l'espace de quinze à vingt heures, il faut appliquer des sangsues au périnée, à l'anus, ou bien ouvrir la veine dorsale de la verge , et insister sur les lavements émollients et narcotiques, sur les boissons adoucissantes, sur les bains, elc. 11 est alors très-rare que la rétention d'urine soit complète ou qu'elle le devienne. Si elle avait lieu dès le premier temps, il faudrait tenter l'efl'et des saignées avant de recourir à la sonde, il faudrait exposer le périnée à la vapeur de l'eau ou d'une décoction d'herbes cmollientes , plutôt que de baigner le malade. J'ai vu, en pareil cas, que les bains augmentaient les symjitômes de la rétention d'urine, loin de soulager et de favoriser l'écoulenicnl de ce liquide. Si , après avoir employé ces moyens, le malade nepeul uriner, il faut promptement le souder, et après l'évacuation de l'urine, laisser la sonde quelque temps, faire prendre un demi-bain ou un bain, et continuer l'usage des boissons adoucissantes. M.ilgré l'écoulement de l'urine, qui est d'abord brûlante, rouge, trouble, puis qui dépose un mucus blanchâtre et entraîne quelquefois des flocons glaireux , comme membraneux, la persévérance des dou-
leurs diins le bassin esige encurc la saienoe chez les sujets robustes et sanivuins. S'ils sont très-sensibles ou très-irrilables, on préférera les calmants; et ce qui m'a paru le mieux réussir, c'est un mélange de p-omme adragante, d'une once de sirop^diacode , d'un gros d'acide nitrique alcoolisé ou esprit de nitre dulcifié , dont on met une cuillerée à bouche dans un verre d'eau pour prendre toutes les deux heures. Lorsqu'on ne peut introduire la sonde dans la vessie, et que l'usage de la bougie pendant quebiues heures dans l'utèlre jusqu'à l'obstacle ne procure point la sortie de l'urine, on y donne issue en pratiquant la pondion.
Pendant le traitement de la gonorrhée cordée, dont les symptômes inflammatoires sont dissipés, mais qui est encore avec cuisson en urinant, et douleur pendant l'érection de la verge, quelques malades éprouvent des épreintes vésicales, surtout après avoir fini d'uriner. Ces épreintes annoncent une aftection spasmodique de la vessie, dont il faut prévenir la durée et les progrès. On la combat par les calmants, par les prépar.itions d'opium données en lavement et en boisson. Si l'irritation de la vessie subsiste après la disparition de la gonorrhée, on s'assurera par le récit du malade s'il n'était pas sujet' à cette affection vésicale avant l'écoulement; on jugera par la sonde ou la bougie s'il n'y a point de rétrécissement dans l'urèlre ou d'autres obstacles au passage de l'urine ; enfin , on examinera par le toucher l'état de la glande prostate. L'irritation vésicale élant idiopatlùque ou indépendante de maladies des parties voisines, on pourra y remédier par des lavements opiacés, par l'usage des pilules de ciguë. Des praticiens recommandent le quinquina et les bains de mer lorsque cette irritation spasmodique résiste aux autres moyens.
Ces épreintes vésicales ont quelquefois lieu dans les gonorrhées chroniques ou habituelles: elles subsistent après avoir uriné, et quoiqu'il n'yait])lus d'urine à expulser. Elles sont occasionnées par l'irritation de la vessie, dont la tunique musculaire continue sa contraction après l'expulsion de l'urine. La cure est la même que dans les deux cas précédents.
La cystite qui provient d'un corps étranger contenu dans la vessie exige l'extraction de ce corps. Si c'est une pierre, on taillera le malade ; si c'est une bougie introduite trop avant dans la vessie, on la retirera ; si c'çst une soude
VOIES UKINAIRES. 221
courbe et à long bec, on l'ôlera et on eii substituera une flexible. En 1772, j'ai assisté à l'ouverture du bas-ventre d'un homme mort des suites d'une rétention d'urine causée par un fongus du col de la vessie avec gonflement de la prostate. On n'avait pu le sonder qu'avec une sonde à long bec. On fut obligé de la fixer à la verge. Pendant six semaines qu'il la porta, il se plaignit de douleurs au-dessus du pubis, dont il n'était soulagé que qtiaiid on la retirait pourla netloyer. Deux jours avant sa mort, on la lui avait ôlée, et on n'avait pu la réintroduire. IS'ous avons trouvé la vessie trèsample et distendue par beaucoup d'urine. Ses parois étaient épaisses, excepté la partie moyenne de sa paroi antérieure qui était allongée, amincie, et oii il y avait une lâche livide, noirâtre, comme une eschare gangréncuse, et qui se rompit facilement. Les vaisseaux sanguins étaient très-apparents dans la circonférence de celle partie, qui était enflammée. Ajant vu que le bout de la même sonde placée dans la vessie répondait à cet endroit , nous avons pensé qu'elle était la cause des douleurs et de l'inflammation gangréneuse de cette partie. Les malades ne sont plus exposés à cet accident depuis l'heureuse invention des sondes de gomme élast'que.
On emploiera pareillement les remèdes généraux pour la cystite récente , et qui dépend d'une humeur répercutée ou transportée sur la vessie. Mais s'ils ne procurent point un prompt soulagement, si l'urine est retenue , il faut lui donner une libre issue par la sonde. Plus on ap» portera de délai , plus la vessie s'affaiblira par l'amas de l'urine , et par l'impression continue de l'humeur morbifique sur ses tuniques, qui perdront leur faculté conlractivc et expulsive. L'urine étant évacuée, on appliquera aux pieds, aux jambes, des sinapismes, des vésicaloires ou d'autres remèdes irritants ; on donnera des boissons diaphorétiques , deslavemenis purgatifs pour détourner l'humeur portée sur la vessie. Ces moyens doivent être employés, avant de sonder, quand la vessie n'est pas beaucoup distendue par l'urine , ou que la rétention de ce liquide est incomplète.
On les a même vus réussir lorsqu'il convenait de sonder, et qu'on ne pouvait y parvenir. On s'est servi par préférence du vésicatoire avec les cantharides lorsqu'il y avait métastase d'humeur rhumatismale sur la vessie. On l'applique
TRAITJÎ
communément aux jambes, ou à la paitie qui a ëté le plus souvent fnippée de rhumatisme, ou ([ui en était primitivement affectée avant qu'il se poilàt sur les voies urinaires. L'expérience a appris que ce vésicaloire appliqué à Thypogastre en pareille circouslance avait fait recouvrer à la vessie son action, et rétablir le cours de l'urine, sans produire aucun accident.
Un homme fut transporté à l'hôpilal de la Charité pour une rétention d'urine qui parut causée par une humeur rhumatismale. On avait tenté de le sonder, et l'on n'avait pu y réussir. La région bypogastrique était tendue par la vessie pleine d'urine; cependant ce malade urinait de temps en temps, peu à la fois et par regorgement. Feu M. Desbois^ médecin de cet hôpital, ayant pris connaissance du tempérament du malade sujet au rhumatisme, et trouvant qu'il était sanK fièvre , qu'il n'éprouvait point de douleurs pour uriner, conseilla d'appliquer sur l'hypogaslre un large em^ plâtre vésicatoire saupoudré de canlhapides. On l'y laissa vingt-quatre heures. Le malade n'éprouva aucun accident. Il commença à uriner en plus grande quantité et volontairement vers la dix-huitième heure de l'apijlication de cet emplâtre; et il continua de rendre beaucoup d'urine , de sorte que le lendemain l'hypogaslre ne parut plus tuméfié. L'action de la vessie s'est parfaitement rétablie, ainsi que le cours des urines. On a entretenu pendant quinze jouis la sup^ puration causée par le vésicatoire, et ensuite on a employé les dessiccalifs. — Ce Biédecin m'a dit avoir obtenu le même succès en pareille occurrence sur un autre malade plus âgé, et dont il fit couvrir également l'hypogastre d'un large emplâtre vésicatoire. 11 pensait que les par-r ticules de cautharides résorbées pendant l'application de l'emplâtre aux jambes ou aux cuisses, se portaient et agissaient plutôt sur le col de la vessie, que sur son çorps , et qu'elles ne provoquaient point aussi eflicacement l'action de ce viscère, que le topique lui-même sur l'hypogaatre. D'ailleurs il espérait qu'en irritant k peau la plus voisine du mal, l'humeur rhumatismale se détournerait plus facilement de la vessie, se mêlerait plus promplement à la suppuration culanée , ce qui hâterait la cessation des accidents. Quoique l'événement ait justifié son opinion , il ne faut point appliquer le vésicatoire en cet endroit, sans avoir era-> ployé los remèdes propres à comballre
les symptômes inflammatoires , cl tâché d'évacuer l'urine par la sonde. L'observation suivante prouve qu'on peut aussi donni-r avec avantage des purgatifs pour rappeler sur les intestins un levain morbilique qui s'en est déplacé , et qui s'est porlé sur la vessie. — Un peintre vint à l'hôpital de la Charité pour être traité de la colique de Poitou. Après avoir rendu un lavement purgatif , ses douleurs de ventre cessèrent , il se trouva soulagé et comme dans un état de sauté. Le lendemain il se plaignit de douleurs à la vessie et de diQiculté d'uriner : bientôt il eut une rélenlion complète d'urine avec douleurs plus aiguës , des nausées et des mouvements convulsifs. On le saigna et on lui donna des boissons propres à calmer ces accidents. La rétention d'urine subsistant, on lâcha de le sonder, mais l'on ne put y réussir. Alors on se détermina à taire boire à ce malade l'eau bénite, qui est un purgatif violent dont on fait usage avec succès pour la guérison de la colique des peintres. Pendant l'eflet de ce remède, ce peintre eut des coliques, quelques envies d'aller à la selle; les douleurs diminuèrent , l'urine commença à couler et sortit le lendemain avec liberté, et à plein canal. On continua le irailemenl de la colique, et il guérit parfaitement.
Il est bien constaté que les canlharides en poudre et appliquées sur la peau à une dose un peu forte affectent les voies urinaires et les parties génitales , et qu'elles causent la diflicullé d'uriner, le pissement de sang, le priapisme, l'ar^ deur et le prurit aux parties de la vulve. J'ai vu des malades attaqués de fièvre maligne pisser le sang après l'action des vésicatoires appliqués aux jambes ; j'en ai vu d'autres avoir la strangurie et uu écoulement glaireux par l'urètre. Les obr servations de Piiré sur les effets et les accidents des canlharides appliquées au visage , méritent d'être rapportées. — M Vne damoiselle vint à Paris fort couperosée au visage , y ayaut de gros sa-» phirs ou boutons auec grande rougeur, ensorte que plusieurs qui la voyoient, l'estimoient estre lépreuse jusques à luy interdire de non plus entrer en l'église , de peur qu'elle ne gaslast les saints. Icelle apitella auec moy plusieurs médecins et chirurgiens , pour donner aide à son mal. Après l'avoir exactement examinée, fut conclu et accordé qu'elle n'estoit aucunement lépreuse ; par quoy pour guarir sa couperose, on lui appliqueroit
DES MALADIES DE
un vesiccaloil-e fait de canlharides sur toule lu face, afin d'allii er la matière des boutons et l'humeur svipeiflue qni esloit pareillement imbu en loul son visage; ce que je feis : et trois ou (|uatre heures après que le vesiccaloire fut réduit de puissance en cffecl, elle eut vne chaleur merveilleuse à la vessie, et grande tumeur au col (le la matrice avec i^randes espreintes; et vomissoit , pissoit et asselloit incessamment, se jetiant çà et là comme si elleeust esté dans un feu, et estoit comme toute insensée et febricitante : dont je fus alors csmcrveillé de telle chose. Partant je rappellay tant les médecins que chirurg^iens. Et voyant que tels accidens venoient à raison des cantharides qu'on luy auoit appliquées pour frtire le vesiccaloire, fut aduisé qu'on luy donneroit du laict à boire en grande quantité ; aussi , qu'on luy en bailleroit en clystères et injections tant au col de la vessie que de la matrice. SemblablemenI elle fut baignée en eau émollienle, et s'y tint assez long-temps à cause qu'en iceluy elle perdoil sa douleur. Par ces moyens les autres accidens furent cessez. Et quant à son visage , il fut entièrement vessie, et jelta grande quantité de sanie purulente ; et par ce moyen perdit cette déformité de la face qu'elle avoit auparauant. Et guarie , lost après estant retournée en sa maison fut mariée, et a eu depuis de beaux enfans, et vit encore sans qu'on l'apperçoive auoir eu la face escorchée. »
Si les canlharides appliquées sur la peau produisent quelquefois ces accidenls, on voit combien leur usage intérieur doit être dangereux. Elles ont tant de pouvoir sur la vessie et sur les parties génitales que si l'on en prend deux ou trois grains, elles y causent bientôt des ardeurs suivies de dysurie, de priapisme et d'autres symptômes fâcheux.
Mais voici des faits sur les accidents graves et funestes produits par les canlharides prises intiM ientemeut et à une dose plus lorte que la précédente.— Une personne pour a voir pris du lahac dans lequel on avait mêlé de.la poudre de canlharides, fut sur-le-chanip allaquée d'un mal de tête violent et eut ensuile un pisscraent de sang dangereux. Une autre ayant pris pour s'excitera l'amour une légère infusion de canlharides dans du chocolat, eut une dysurie redoutable et une grande ardeur dans la verge. Un homme, dit Boerhaave {Insiil. jne'd., 11 '(4), à qui un charlatan donna des canlharides,
sentit les parties de son corps depuis la bouche jusqu'à la vessie comme corrodées : son haleine avait l'odeur de la résine de cèdre, ou de telle autre substance semblable. Il rendit son urine avec peine et mêlée de temps en temps avec du sang ; et par les selles , des matières pareilles à celles que jettent ceux qui ont la dysenterie. Il tomba dans des syncopes fréquentes, et fut à la lin saisi d'un vertige violent qui lui fit presque entièrement perdre l'usage de la raison. — Paré rapporte, liv. xxi , chap. 35, « qu'vn abbé de moyen aage estant en cette ville ( Paris ) pour solliciler vn procès, sollicita pareillement vne femme lionesle de son meslier, pour deuiser une nuict avec elle j si bien que marché fait, il arriua en sa maison. Elle recueillit monsieur l'abbé aniiablement , et le voulant gratifier, luy donna pour sa collation quelque confiture, en laquelle y entroitdes cantharides pour mieux l'inciter au déduit venerique. Or, quelque temps après, à sauoir le lendemain, les accidents que i'ay par cy-devant déclarez , comme inflammation , excoriation et ulcère auec une extrême douleur, érection de la verge, advinrenl à monsieur l'abbé, et encore plus grands , parce qu'il pissoit et ieltoit le sang tout pur par le s ege et par la verge. Les médecins estant appelez, voyans l'abbé auoir tels accidens avec érection de verge, cogneurent à le voir qu'il auoit pris des cantharides. Ils luy ordonnèrent des vomiloires et clysleres faits d'orge mondé , de riz , et de decoclion de plantes émolientes, et puis après vn peu de theriaque pour faire sortir la poison de dehors. Pareillement on luy donna à boire du laict , et on luy en fil aussi des injections en la verge et aux intestins. D'avantage il fut baigné pour cuider donner issue au venin par les pores du cuir : mais pour tous ces remèdes faicls selon l'art, monsieur l'abbé ne laissa de mourir avec gangrené de la verge. Et partant ie conseille à telles dames ne prendre de telles confitures , et moins encore en donner à homme viuant, pour les accidents qui en aduiennent. » Ce conseil convient aussi aux libertins qui , affaiblis par la débauche , ont recours à ce remède irritant pour se donner les signes apparents de l'amour : souvent ils trouvent la mort dans eê qu'ils croyaient devoir les conduire à une nouvelle existence.
Les remèdes capables de réprimer la violence des accidents causés par les caa-.
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tharides , lorsqu'on a eu le malheur d'en prendre inlérieurenient, ou que leur applic.ition a des suites fâcheuses, sont les éinulsions avec les .iinandL's douces cl le sirop de diacode, une tisane de {jrainc de Un et de gomme arabique, la boisson d'oxymel ; de lait en grande abondance, les injections adoucissantes dans la vessie, dans le rectum et le bain. On tâchera de provoquer le vomissement chez ceux qui auront pris depuis peu de temps des canlharides en opiat ou en pilules. L'usage intérieur (!u camphre n'est point aussi utile pour combattre ces accidents, que les narcotiques, i\in conviennent d'autant mieux que l'afïection des parties urinaires et génitales est d'abord plus souvent spasmodique qu'inflammatoire.
On ajoute communément le camphre à l'emplâtre vésicatoire, comme préservatif des impressions fàciieuses que les cantbarides peuvent faire sur ces parties : mais Texpérience a plusieurs fois appris qu'il n'a pas toujours cet avantage. Quand le traitement est méthodique, el employé avant que les accidents soient portes au plus haut degré d'intensité , on peut parvenir à une guérison parfaite, comme dans le cas suivant communiqué à l'Académie de chirurgie, par M. Rcyne. — Le 12 février 1772 , une demoiselle âgée de quinze ans, prit, après son diner, du café dans lequel des jeunes gens avaient mis, à son insu, des cantbarides en poudre. On ne sait pas positivemeut quelle en fut la dose. Les accidents qui survinrent firent conjecturer qu'elle était trèsforte. Il est constant qu'ils en avaient acheté un gros qu'ils avaient fait mettre en poudre. La demoiselle trouva son café fort amer et ne le prit qu'avec dégoût. Ne se doutant de rien, elle alla à un bal: là elle commença à ressentir des douleurs dans l'estomac et dans la région hypogaslrique; ses yeux devinrent étincelants, ses joues rouges et enflammées; elle répandit même en dansant beaucoup d'urine , sans s'en apercevoir. Les douleurs devenant de plus en plus vives, elle fut obligée de quitter le bal, et de revenir chez elle. En arrivant, elle urina beaucoup ; mais ce flux d'urine fut bientôt suivi d'une strangurie violente. On appela M. Reyne qui trouva la malade au lit, se plaignant d'une chaleur insupportable dans toujesles parties du corps, et surtout dans l'œsophage et l'estomac. Le visage était enflammé, le pouls dur et lent. Les urines ne sortaient plus, quelque effort qn'elle pût faire. Les instruc-
tions qu'elle donna sur la naissance de ces accidents, sur l'amertume du café qu elle avait bu, et que des jeunes gens lui avaient porté ; les propos de ces jeunes gens, qui étaient venus demander à M. Reyne ce qu'il faudrait faire à une personne qui aurait pris des cantharides, donnèrent lieu de croire qu'elle en avait effectivement pris et que les accidents ne dépendaient point d'autre cause. En conséquence,ce chirurgien lui filboirc du lait ; elle le vomit aussitôt avec du sang. On en continua cependant l'usage, quoiqu'elle le rendît toujours caillé et avec du sang clair. Ce ne fut qu'environ trois heures après, ou sur les dix heures du soir, qu'elle cessa de vomir el que le lait passa ; ensuite les douleurs furent moins violentes et les urines plus libres. On fit des injections émollientes dans la vessie, des fomentations sur le ventre; on lui donna des lavements ; elle prit des bains; elle continua de temps en temps le lail; elle but des potions huileuses el camphrées, de l'eau de poulet émulsionnce, du lait d'amande avec le sirop pectoral et la liqueur anodine d'Hofl'mann. Malgré ces soins, le troisième jour la malade eut une syncope avec des convulsions si fortes dan.s les membres qu'il fulimpossible de les faire plier. Ces convulsions revinrent pendant quatre jours à la même heure, et leur accès durait plusieurs heures. Comme le pouls était dur, élevé et convulsif, on la saigna; mais celte saignée ne la soulagea point. Le sixième jour on lui fit boire de l'eau de casse camphrée et de la manne ; elle la vomit une demiheure après. Le onzième jour elle vomit deux caillots de lail de la grosseur d'une muscade avec des glaires verdâtres de la couleur des cantharides. Depuis ce temps la malade n'eut plus de convulsions; elle fut purgée le lendemain avec de l'eau de casse et de manne camphrée, qui ht évacuer beaucoup de glaires semblables à celles qu'elle avait vomies la veille. Eusuite elle alla toujours de mieux en mieux, quoique peu sensiblement; car elle ressentit encore pendant deux mois de fréquentes coliques d'estomac jointes à une grande faiblesse dans tous les membres, qui la mettait hors d'état de se soutenir. Le traitement fut le même qu^au commencement de la maladie. On iijouta seulement un opiat balsamique. Eulin celle demoiselle reprit ses forces et sou embon point.
Les canlharides rcJuites en poudre grossière agissent comme un corrosif
DES MALADIES DE
sur la peau ulcérëe ou ik'nudiîe d'qiidcrme ; elles y font une espèce (reschnre et affectent moins vivement les pailles urinaires et génitales que lorsqu'elles sont en poudre impalpable, qui les rend plus faciles à être absorbées et à pénétrer dans le corps. On en a la preuve en appliquant en différents temps l'une et l'autre de ces poudres sur les ulcérations de la peau qui résultent des vésicatoires : la poudre impalpable irrite l'ulcère, sans corroder, sans désorganiser le tissu des parties , et, suivant la quantité, elle agit prompteraent sur les organes urinaires; c'est le coniraire quand on emploie celle qui n'est point passée au tamis lin. Celtt! difTérence de l'action de ces poudres contribue peut-être, lorsqu'on en a pris intérieurement, à ce que les voies alimentaires soient quelquefois plus affectées que les organes des urines et de la génération, et que d'autres fois ceux-ci le soient plus que l'œsophage et l'estomac. Quoi qu'il en soit, les canlharides prises à forte dose sont un poison Irès-redoulable , et qui presque toujours donne la mort. Elles portent avec fureur leurs effets sur les parties urinaires et génitales; elles causent l'inflammation gangréneuse de ces parties, le satyriasis mortel. Tel a été le sort de deux hommes dont Cabrol nous a conservé l'histoire dans ses observations anatomiques. [Observ. J7.)
« En 1672, nous fusines , dit-il, visiter vn pauure homme d'Orgon en Prouence, atteint du plus horrible et espouuentable satyriasis qu'on sçauroit voir ou penser. Le faict est tel: il auoit les quartes ; pour en guérir, prend conseil d'vne vieille sorcière, laquelle lui fist ^ne polion d'viîe once de s menée d'orties, de deux drachmes de cautharides , d'une draditne et demy de cyboules , el autres. Ce qui it- rendit si furieux à l'acte vénérien, que la femme nous iura son Dieu qu'il l'auoit chevauchée dans deux nuicts quatre-vingts el scpl fois, sans y comprendre plus de dix qu'il .s'esloit corrompu, et mesmes dans le temps que nous consuliasines , le pauure homme spcrmaliza trois fois à notre présence embrassant le pied du lict , el agilant contre icelui comme si c'cu.st esté sa femme. Ce .«spectacle nous eslonna , et nous hasia à lui fjiirc tous les remèdes pourabaire ceste furieuse chaleur; mais quel remèile qu'on lui sceust faire si pssat 11 le pas. Vn sembiable fait m'a Çsté recilé par monsieur Chauuel, pro^ Chopait,
VOIES CRINAIRÉS.
fe.sseur ordinaire à rvniveisilé d'Avignon. Il faisoit pour lors la médecine à Orenge en l'année 1 570, au mois d'aoust, et fust appelé à Caderousse, petite ville proche, pour visiter vn atteint de mesme satyriasis; à l'entrée de la maison Ircuuè la i'emme dudict malade, laquelle se plaipnit à luy de la furieuse lubricité de son mary, qui 1 auoit cheuauchee quarante fois pour une nuict , et auoit toutes ses parties gaslees, estant contrainte les lui montrer, afin qu'il luy ordonna des remèdes pour abalre l'inflammation et extrême douleur qui la tourmenloit : le mal du mary estoit venu du breuuage semblable à l'autre, qui luy fut donné par vne femme qui gardoit l'hospital, pour guérir la fleure tierce qui l'afiligeoit, de laquelle il tomba en telle fleure, qu'il l'alut l'attacher, comme s'il fut esté possédé du diable : le vicaire du lieu fut présent pour l'exorter à la présence mesme dudil sieur Chauuel, lesquels il prioit le laisser mourir avec ce plaisir : les femmes le plièrent dans vn linseul mouillé en eau et vinaigre, ou il fut laissé jusqu'au lendemain qu'elles aloyent le visiter : mais sa furieuse chaleur fut bien abatue el esteinle, car elles le treuuèrent rede mort, sa bouche riante, monstrant les dents, et son membre gangrené. »
De la gangrène de la vessie. — L'inflammation de la vessie est rarement suivie de gangrène. On prévient communément celte terminaison en combattant les symptômes inflammatoires , el en remédiant à leurs causes. Si elle survient , c'est principalement dans le cas de rétention complète d'urine qui subsis'e pendant plusieurs jours. I. "urine retenue excite ou entretient l'inflammation des parois de la vessie, augmente celle de la partie la plus irritée ou qui était primitivement affectée, el la rend putride et gangréneuse. Alors il s'y forme une ou plusieurs eschares, dont la crevnsse laisse infiltrer ou épancher l'urine dans les parties voisines. J'ai ouvert le corps d'un homme oii cet accident était survenu d'après une rélention d'urine causée par une tuméfaction de la proslalc. On n'avait pu le .sonder, et l'on avait négligé les autres moyens propres à donner issue <à l'urine. Une partie de ce liquide était épanchée dans le bassin, el venait de la crevasse d'une eschare gaiigri neuse située à la partie latérale gauche de la vessie el qui avait environ si.\ lignes de diamètre. La tuni-
TRAITE
que iiilcinc do ce visc^^e, qni conlonait cncorL- beaiisonp d'urine li-ès félidc, étail livide, noiiàlreen dilTcrents points, et si p'.ilriîrtée qu'elle se. détacliait f'acili;meiit avec les doif;ls. Les intestins étaient gonflés d'uir et parseni('s de (acUes rouges. Cette escharc se trouve quelquefois au sommet de la vessie et d'autres fois à son col ; il est rare que tout son corps soit frappé de gangrène. Morgaf^ni dit [De sed., ep. 41, art. 10) qu'il n'en a jamais vu de [dus considérable que dans le csdavre d'un paysan, qui avait une entérocèle dans le scrotum, où il y avait eu élrauglement suivi de gangrène. Ce paysan avait été sujet à des maux de reins et de vessie, et il n'avait pu rendre d'urine plusieurs jours nv;int sa mort, quoique sa vessie trèsdistendue en contînt une grande quantité. Tous les viscères de la partie inférieure du vcnlre , ainsi que le scrotum , étaient noirs et sphacelés. La gangrène s'étendait même jusqu'à la partie moyenne des cuisses.
La gangrène peut aussi survenir au fond et au sommet de la vessie des femmes attaquées de rctenlion d'urine. Nous en avons cité un exemple. La rctenlion d'urine avait pour cause la rétroversion de la matrice dans l'état de grossesse. Le fait suivant , communiqué par G.
Hunier à la Société des médecins de Londres, mérite autant d'attention. Il concerne une crevasse gangréneuse de la partie supérieure de la vessie après un accouchement pénible et naturel.
Une dame, âgée de trente-huit ans , et dans sa première grossesse, fut quatre jours dans le travail de l'accouchement. Dès le premier jour, les membranes des eaux s'étaient rompues, l'oriftce de la matrice paraissait Irès-dilaté, et la tête de l'enfnnl fort avancée dans le bassin , de manière que le verlex répondait à la partie inférieure du rectum, et l'une des oreilles était contiguë à la symphyse des os pubis. Mais le travail restant dans le m&mc état, la sage-femme fit appeler, le troisième jour, M. Hey, chirurgien à Léeds, pour savoir s'il fallait accoucher sur-le-champ cette dame par les secours de l'art ou attendre que la nature opér;U l'accouchement. M. Hey conseilla de prendre le dernier parti, lille accoucha le lendemain n iturellcment d'un enfant mort. A|u-ès l'avoir délivrée , on remarqua que son vcnlre restait cvtraordinaircment tumrfié. Etant debout, avant de la mctlre dans son lit, elle eut envie
d'uriner; mais cette envie ces?a iorsqu'elle fut couchée : deux heures après, elle rendit environ une pinte d'urinei Elle passa la nuit suivante et le lendemain dans un assez bon état ; elle alla deux fois à la selle , et urina en petite quantité. Le troisième jour, elle commença à se plaindre de douleurs dans le vcnlre, particulièrement à l'hypogastre et à toute la région du bassin; elle fut très-altérée , et cependant elle ne put prendre beaucoup de boisson : elle eut de fréquentes envies d'uriner et ne rendit que rarement de l'urine, et à chaque fois la valeur d'une cuillerée à café : le besoin d'uriner était si subit qu'elle était obligée de lai.sser couler l'urine dans le lit ; souvent même ce liquide s'échappait involontairement. Ses mamelles n'étaient devenues ni gonflées, ni douloureuses, et il n'en était point sorti de lait. Les lochies avaient coulé en petite quantité, et étaient séreuses dès le lendemain de l'accouchement. M. Hey fut rappelé chez cette dame le quatrième jour de la couche. Une heure avant qu'il la visitât, elle dit avoir senti quelque chose se rompre dans le ventre vers le nombril pendant qu'elle se levait, et ajouta que depuis ce temps la douleur était devenue plus vive dans cette partie. Ce chirurgien lui trouva l'abdomen excessivement tuméfié et distendu : elle avait la respiralion laborieuse; elle ne pouvait rester couchée sur le dos à cause de la douleur et de la ditTiculté de respirer; elle se plaignait d'une forte oppression à la région de l'estomac, rendait beaucoup de rots, avait une grande soif et le pouls si fréquent qu'il battait cent vingt quatre fois par minute. Après l'avoir saignée, lui avoir appliqué sur le ventre une vessie remplie d'eau chaude , et lui avoir donné un verre d'une eau minérale purgative, elle se trouva soulagée et respira assez librement pour pouvoir rester couchée. On la resaigna, on lui fit prendre un demi-bain, et pour boisson une émulsion. Enfin , comme elle n'avait point uriné depuis trente heures, on la sonda quoique avec peine, et il sortit environ six onces d'urine noirâtre et bourbeuse. Le sixième jour, son pouls battit cent quarante fois par minute; son ventre était aussi distendu et tuméfié que les jours précédents; mais elle n'en soulTrait que quanil on le pressait : cependant l'anxiété et l'oppression étaient plus fortes. Les symptômes continuèrent à peu près dans le môme état jusqu'à sa mort,
DES MALADIES DES VOIES ÈRINAinES.
qui arriva le neuvième jour de sa couche. M. Iley ouvrit le corps de cette dame. En palpant le ventre, il sentit qu'il y avait beaucoup de liquide épanché dans celte cavité. En effet, il en lira environ quatorze pintes de sérosité qui avait l'odeur de l'urine ; cet éj)anchement venait d'une crevasse gangreneuse dans la jiartie supérieure de la vessie; l'ouverture était assez large pour y introduire le doigt; ses bords élaient comme dentelés et d'une couleur noirâtre.
Du reste, la vessie était saine ; aucun des intestins n'était gonflé ; au contraire, ils parurent d'un diamètre plus petit qu'ils ne l'ont ordinairement. L'estomac était considérablement distendu par de l'air.
{Médical, obsetv., t, iv, p. 68.)
Il est évident qu'on a méconnu, après l'accouchement de cette dame , la cause de la tuméfaction permanente de son ventre. 11 y a bien des exemples de rétention d'urine produite sur la fin de la grossesse et pendant un accouchement long par la pression de la tête de l'enfant sur le bas-fond et le col de la vessie, soit que la tête reste long-temps retenue sur les pubis ou enclavée, serrée entre les os du bassin sans aucune mobilité , ou qu'elle soit arrêtée au passage, c'est-àdire au détroit inférieur de cette cavité. Les accoucheurs, instruits des accidents fâcheux qui peuvent résulter de cette pression, tâchent de les prévenir en sondant de bonne heure la femme, soit que l'urine sorte par regorgement ou qu'elle soit complètement retenue, et en accélérant l'accouchement par les secours de l'art. Ils se hâtent de sonder avant l'enclavement; car la tête de l'enfant étant enclavée ou fixée dans le bassin , il est impossible d'introduire la sonde dans la vessie.
Un phénomène remarquable dans le fait que nous venons de rapporter, c'est la situation de la gangrène à la partie supérieure de la vessie ; situation bien funeste à cause de l'épanchemtnt mortel de l'urine auquel elle donne lieu. Comme dans ces sortes d'accouchements cette affection gangréneuse se trouve ordinairement au bas-fond et au col de ce viscère, il est probable qu'elle est plutôt survenue à Ih malade par les effets de la rétention de l'urine que par la pression de la lête de l'enfant. En effet, la plupart des femmes accouchées qui ont eu le malheur d'avoir la vessie frappée de gangrène, n'ont presque point eu de dérangement dans le cours de leurs urines
ou ne l'ont éprouvé que pendant la durée du travail, et ce temps n'est point assez long pour que la rétention de l'urine cause la gangrène à la vessie. D'ailleurs ce viscère n'en est affecté qu'à son basfond, qui est soumis à une forte pression de la tête de l'enfant , et qu'elle écrase en quelque sorte comme les autres parties molles du cercle intérieur du bassin, qui subissent la même pression. Alors il survient dans les parties voisines une vive inflammation, les urines sortent diflicileinent et cessent de couler, la fièvre s'allume, le ventre devient tendu et météorisé ; les symptômes inflammatoires se calment, se dissipent; il se détache du vagin des eschares gangreneuses ; leur chute laisse des ulcères rebelles, et une ouverture plus ou moins large à la vessie et quelquefois au rectum ; les excréments tombent par cette ouverture dans le vagin, qui leur sert comme de cloaque. Si la femme survit , elle est tour-r mentée de cuissons et d'excoriations boutonneuses aux parties génitales et aux cuisses, quelle que soit sa propreté : ces parties répandent ^ne odeur infecte qui marque la pourriture ; le vagin se remplit de callosités et de t'ongosilés ; il peut devenir carcinomateux ; il s'en écoule une humeur sanieuse, d'une âcreté presque corrosive; et ce mal, s'élendant dans les parties voisines, termine la vie de ces malheureuses femmes. J'en ai vu deux qui , après un accouchement laborieux, ont eu une grande partie du vagin et du bas-fond de la vessie entièrement détruite par la gangrène, de sorte qu'avec le doigt porté dans le vagin je pouvais toucher toute la cavité de la vessie. Dans cette circonstance, l'ouverture vésicale se rétrécit à la vérité par l'affaissement et le rapprochement spontané des parties ; mais il y a eu une trop grande destruction par la gangrène pour parvenir à la guërison de cette ouverture urinaire, qui reste large et compliquée d'inflammation , de callosités dans le trajet de l'urètre et du vagin. On ne peut espérer de guérir cette fistule que lorsqu'il y a peu de perte de substance, et que l'ouverture fistuleuse se trouve près du col de la vessie ou de l'urètre • alors la cure consiste à détourner l'urine de la roule étrangère, et à lui donner une libre issue par sa voie naturelle.
L'observation suivante fait voir qu'on ne guérit qu'en remplissant celle indication.
Une dame, Agée de vingt-deux ans ,
TRAITÉ
d'un bon tempérament et bien conformée, accoucha d'un premier enfant le 1" septembre 1781. L'accouchement fut laborieux ; on se servit du levier pour le terminer. Peu de temps après, elle eut les accidents qui dépendent d'une inflammation de la vessie et des parties génitales : on les comballit par les antiphlogistiques , qui produisirent les eflcis désirés ; le ventre , tendu et méléorisé, se ramollit ; les urines , qui avaient été relenues pendant trois jours, s'écoulèrent ; mais la malade sentait qu'au lieu de sortir par l'urètre elles passaient par le vagin. Il se détacha de ce conduit une eschare gangréneuse de la grandeur d'un demi-pouce , et l'urine, qui sortait toujours involontairement par le vagin, eut une issue plus libre. La couche étant avancée, on reconnut, par l'inspection des parties et par des injections faites dans i'urèlre et qui sortaient par le vagin, qu'il y avait effectivement une ouverture qui communiquait l'urine de la vessie dans ce conduit. A l'aide d'un doigt placé dans cette partie et d'un gros stylet porté dans l'urètre, on jugea que cette ouverture, qui pouvait avoir trois lignes d'étendue, était située au. col de la vessie du côté de son bas-fond, et qu'elle avait une forme allongée et une direction transversale : déjà ses bords étaient épais, durs, calleux ; le vagin , les grandes lèvres et les parties environnantes étaient excoriées et douloureuses, suites de l'écoulement involontaire des urines, qui les abreuvaient continuellement.
Cette dame était en province. Elle y consulta plusieurs chirurgiens , qui furent d'avis qu'elle fît usage de pessaires de telle forme qu'ils pussent agir sur les bords de l'ouverture fisluleuse, et tendre à la fermer en les affaissant. Après avoir essayé différentes espèces de pessaires, on en mit un cylindrique qui parut remplir en partie l'objet qu'on avait en vue. Les urines ne coulèrent plus dans le vagin pendant la nuit, ni même pendant le jour, si la malade restait dans une situation horizontale ; mais lorsqu'elle était debout, elles s'échappaient toujours malgré les efforts qu'elle faisait pour les retenir. Ce pessaire ayant été employé pendant près de deux mois sans opérer d'autre effet que celui qu'il avait produit les premiers jours, on tenta l'usage des bougies, tantôt pleines, puis creuses. Elles gênèrent beaucoup la malade, et l'obligèrent de garder le lit. 11 n'en ré-
sulta guère plus d'aVanlages ; il parut seulement qu'au moment oii on les retirait les urines s'écoulaient plus librement du méat urinaire qu'elles venaient de dilater, et sortaient quelquefois même par jet; mais bienlôt après les choses revenaient dans leur premier état. On se pr&|)osait de tenter encore quelque autre moyen , lorsque cette dame , lassée de tous ceux qu'on venait de mettre en usage sans succès, prit le parti de ne plus rien faire, et de confier pendant quelque temps sa guérison aux soins de la nature. Elle en éprouva peu de bienfaits; elle put retenir son urine plus long-temps , et en plus grande quantité lorsqu'elle était couchée ou assise ; mais dès qu'elle marchait ou se tenait debout, l'urine s'échappait toujours involontairement par l'ouverture fisluleuse , principalement aux approches des règles et pendant leur durée.
L'année suivante on la détermina à consulter M. Desault. D'après le mémoire qu'il reçut, il marqua qu'on devait avoir la plus grande espérance d'obtenir la cure radicale de cette fistule, en laissant constamment dans l'urètre une sonde creuse de gomme élastique, ayant soin qu'elle dépassât d'environ un pouce l'ouverture fisluleuse, et qu'elle fût fixée pendant son séjour. 11 conseilla aussi de fréquentes injections mucilagineuses dans le vagin, le repos le plus exact, et le coucher sur le côté, autant qu'il serait possible. Cette dame prit le parti de venir à Paris , et se confia aux soins de M. Desault. Après avoir reconnu le siège delà fistule au lieu indiqué, il pensa qu'il n'y avait point d'autre traitement à faire que celui qu'il avait conseillé.
Quoiqu'il yeùibeaucoup de callosités au vagin et dans le trajet de l'urètre, il s'occupa à maintenir ce canal dilaté par des sondes de gomme élastique, dont il augmenta par degrés la grosseur ; à procurer une issue libre et constante à l'urine par celte voie , en laissant la sonde ouverte et sans bouchon , en prenant soin qu'elle restât fixée de manière que son extrémilé interne dépassât l'ouverture fisluleuse de la vessie, et enfin à remédier aux callosités par des injections fréquentes d'eau mucilagineuse, et aux excoriations et boulons érysipélateux de la peau de la vulve et des cuisses par des ablutions d'eau de mauve ou de sureau, ou d'eau végéto-minérale, et en y faisant des onctions avec du cérat de Saturne.
Celte dumc resta au lit pendant deux
DES MALADIES D£S
mois, en sè tenant coucbde très-souvent sur le côlé. Comme la sonde laissée ouverle fatiguait sa vessie et y excitait des douleurs, et que l'ccouleraent continuel de l'urine sur la peau augmentait les cuissons et entretenait les excoriations, on y mit un bouchon. Mais on eut soin de l'ôter d'abord toutes les demi-heures, puis toutes les heures, pour laisser sortir l'urine amassée dans la vessie : ce viscère n'étant point pressé par ceux du ventre, comme lorsque cette personne se tenait debout, il retenait plus de liquide dans sa cavité, ou en laissait échapper une moindre quantité dans le vagin.
Ce traitement a été suivi avec exactitude pendant trois mois : la fistule s'est presque totalement fermée ; les callosités se sont amollies et détruites; l'urine a continué de prendre son cours par l'urètre, ou il n'en est sorti quelques gouttes par le vagin que pendant la marche. Celte dame, de retour dans son pays, a continué encore quelque temps l'usage de la sonde ; elle est devenue deux lois enceinte, et est accouchée heureusement :
elle paraît parfaitement guérie de sa fistule (I).
Cette cure, qui fait honneur au jugement et au savoir du célèbre chirurgien qui l'a entreprise, montre la solidité du précepte donné pour obtenir la guérison des fistules urinaires. En vain tenlerait-
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on les compressions sur l'ouverture fistuleuse, si le canal de l'urètre par lequel l'urine doit naturellement passer n'était point libre ou suffisamment dilaté pour que la vessie n'en éprouvât pas de résistance, et qu'elle pût expulser l'urine par celte voie. Les callosités si fréquentes et si multipliées dans ces sortes de fistules ne sont qu'accidentelles ; elles se dissipent souvent d'elles-mêmes en détournant l'urine de la route contre nature; alors l'effet cesse avec la cause. La vessie peut encore être affectée de gangrène par la présence d'un corps étranger dans sa cavité. Les pierres urinaires et les corps introduits par l'urètre ont quelquefois produit cet accident en excitant une pression constante et fixe sur une partie de ce viscère, en y causant une inflammation gangréneuse suivie d'ulcère et de fistule urinaire. Mais souvent la gangrène ne survient que vers les derniers temps de la vie des malades , après un long séjour des corps étrangers, après qu'ils ont produit divers accidents qui ont affaibli et dépravé les forces vitales. Comme elle est alors précédée de suppuration putride , de fièvre lente, du marasme , elle paraît dépendre autant de la dépravation putride qui se porte à la vessie que de la présence du corps étranger qu'elle contient ; on peut du moins le présumer d'après quelques observations de Morgagni.
(1) Lesexemples de gangrène parlieîle de la vessie à la suite d'accouchements laborieux sont malheureusement fréquents; mais les faits de guérison de fistules vésico-vaginales produites par celte cause sont loin d'èlre nombreux, malgré les louables et constants efforts des chirurgiens de toutes les époques, et de la nôire en particulier, pour arriver ix ce but. Aussi crois je devoir citer le suivant chez une femme affectée d'une fistule semblable, et cliez laquelle je viens de pratiquer^ la liiliotrilie avec un plein succès; j'ai eu le bonheur d'obtenir la guérison de cette seconde maladie à l'aide d'un moyen que l'exploration du vagin m'a indiqué. Dans le but de bien connaître les conditions de la partie lésée, je m'étais servi d'un spéculum plein a quatre valves et à développement que j ai présenté il y a quelques années à 1 Académie de médecine, et j'avais remarqué que pendant l'application de cet instrument les urines ne coulaient plus elles qui jus()uc-là étaient sorties d'une manière continue, malgré la présence
d'une sonde dans la vessie. Cette observation fut pour moi une raison déterminante pour laisser en place le spéculum obturateur, et de le faire concourir au traitement avec la sonde de gomme élastique. Sous rintlucnce de ces deux instruments et de plusieurs cautérisations avec le nitrate d'argent, j'ai vu la fistule, qui avait plus d'un demi-pouce de diamètre d'abord, perdre très-vite les deux tiers de son étendue, puis se rétrécir peu à peu, enfin se fermer tout à fait, et la femme recouvrer eniiôrement la faculté de conserver et de rendre les urines à volonté. — Mon spéculum offre deux formes bien distinctes. L'une est cylindrique, l'autre est celle d'un cône Iron qué dont la base est en avant et le sommet en arrière. Le spéculum de cette dernière forme qui, quand il est fermé, pénètre facilement dans le vagin, y reste de lui-même quand une fois il est développé, cl peut sous ce rapport être assimilé ;\ un pessaire en bondon. C'est celui que j'ai mis en usage dans le cas dont i s'agit. s.