AMORRHÉENS
racine 'Amar « être élevé » et désigne les habitants de la montagne par opposition aux Cananéens ou habitants de la plaine. A quelle race appartenaient les Amorrhéens? Amos en fait des géants (II, 9, corap. Deut. I, 28). D'après la généalogie de la Genèse (X, 16), c'étaient des Cananéens, frères des Hétiens (Kliétas) et des Jébusites à côté desquels ils sont constamment nommés dans TAncien Testament. Ils devaient être unis aux Hébreux par des liens fort anciens, dont Ezéchiel nous a . conservé le souvenir (XVI, 3, 4-5) ; mais dans la bouche d'Ezéchiel cette parenté était un reproche à l'adresse d'Israël, et les Hébreux n'ont jamais cessé d'insister sur la difiTérence qu'il y avait entre eux et les Amorrhéens (2 Sam. XXI, 2). Nous ne croyons donc pas qu'on soit en droite avec Knobel {Vœlkertaf. de?' Gen,, p. 201 ss.), de considérer les Amorrhéens comme une tribu purement sémitique. On ne peut pas davantage n'y voir qu'une désignation locale (Smith, Dict, of the B,, s. v.) ne s'appliquant à aucune tribu en particulier. La vérité est que les Hébreux, leur étant plus directement opposés, ont pu souvent en exagérer l'importance et étendre ce nom à tous les Cananéens qu'ils avaient en face d'eux. Si haut que l'on remonte , on trouve les Amorrhéens établis au sud de la Palestine, dans ce qui fut plus tard la montagne de Juda; Hatsatson Thamar leur appartient (Gen. XIV, 7); Mamré l'Amorrhéen dresse sa tente auprès de Hébron (XIII, 18). Le rapport des premiers espions hébreux nous montre les Amorrhéens occupant la montagne avec les Jébusites (Nomb. XIII, 29) ; elle a continué longtemps à s'appeler de leur nom (Deut. I, 7; XIX, 20). De l'autre côté du Jourdain, les Amorrhéens refoulèrent les Ammonites, et s'emparèrent de tout le territoire compris entre le Jabboq et l'Ai*non (Deut. IV, 4f6-49). Ils y avaient deux royaumes : au nord celui de Basan, la terre des géants, avec Edréi et Salca (Deut. III, 11), dont le roi légendaire, Og, avait un lit de fer de neuf coudées (comp. Josué XIlï, 12) ; au sud, celui de Galàad qui avait pour capitale Hesbon. Les Amorrhéens du sud s'étendirent même, sous leur roi Sihon, aux dépens de Moab et lui prirent les villes de Dibon, Nofak et Medeba (Nomb. XXI, 26 ss.). Ces guerres nous sont racontées dans un vieux chant que nous a consené le livre des Nombres (XXI, 27- 30). Lors de l'invasion des Juifs, les Amorrhéens du sud les arrêtèrent et les défirent à Horma(Nomb.XIV,39; Deut. 1, 4-1 ss.). Ceux de l'est leur fermèrent aussi le passage ; mais Moïse battit Sihon à Jahaç (Nomb. XXI, i3-24; Deut. H, 26 ss. ; Juges XI, 13), puis Og à Edréi (Deut. III, H ss.; Nomb. XXÏ, 33), et donna leur pays aux tribus de Gad, de Ruben et à Une partie de celle de Manassé. Josué à son tour battit les Amorrhéens de Palestine ligués contre lui (ch. X) , mais sans réussir à leur enlever leurs villes (Juges I, 34, 33; III, 5; 1 Sam. Vil, U). Voilà ce que nous apprenaient le Pentateuque, Josué et le livre des Juges. Il faut croire que, une ^ois les Hébreux établis en Palestine, les Amorrhéens se confondirent »'ec les autres peuplades cananéennes, car on n'en rencontre plus que rares débris (2 Sam. XXI, 2; Josué IX, 15-19) et il n'en est plus question que comme d'un souvenir du passé (1 Rois IX, 20; 2 Ghron. VIII, 7). 11 n'est nullement fait mention des mœurs ni de la religion des Amor- X'héens; on a voulu en conclure qu'ils n'avaient pas une existence
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jMTopre, mais à tort. Nous n'en savons pas davantage sur les Retiens, dont Fimportance comme peuple nous est attestée par les documents égyptiens. Si la poésie que nous avons rapportée est bien amorrhéenne, leur langue était presque identique à Thébreu. En dehors de là, nous ne possédons qu'un seul mot de leur langue : On lit, Deut. RI, 8 : « Les Sidoniens appellent l'Rermon Sirion, et les Amorrhéens Sénir. » Comparez Deut. IV, 4f8. Ph. Berger.
AMORTISSEMENT, terme juridique qui désigne les mesures restrictrives prises par les gouvernements, vis-à-vis des Eglises et des communautés religieuses, en ce qui concerne Tacquisition et la possession des biens temporels. L'accumulation des propriétés dans une seule main, morte pour ainsi dire {manus mortua) , parce qu'elle les retirait du domaine des transactions publiques, jetait un trouble profond dans l'économie sociale et justifiait dès lors l'intervention de l'autorité civile. L'Eglise catholique n'a jamais reconnu ce droit, les biens de mainmorte appartenant, d'après elle, à Dieu quant à la propriété, au clergé quant à la dispensation et à l'administration, à l'Eglise ou aux pauvres quant à l'usufruit. Elle n'a cessé de protester contre les lois toujours plus nombreuses édictées, à partir du treizième siècle, dans presque tous les pays, soit pour contenir le zèle des fidèles disposés à faire des legs et des donations à l'Eglise^ en limitant la valeur des biens immeubles ou la somme du capital légués ; soit pour introduire des laïques dans Tadministration des biens ecclésiastiques ou même pour détourner ces biens de leur usage primitif en les sécularisant (voyez l'article Biens ecclésiastiques),
AMOS ['Amôs, 'Aiau);], prophète hébreu du commencement du huitième siècle, du temps d'Osias, roi de Juda et de Jéroboam H, roi d'Israël, parla surtout contre le royaume des dix tribus et, à l'occasion, contre le royaume de Juda (ch.lVet V), et contre les peuples voisins, les Syriens, les Philistins, les Phéniciens, les Edomites, les Ammonites, les Moabites (ch. I et II). Il était natif de Thékoa, dans la tribu de Juda, et avait été berger. Par ses vives attaques contre l'idolâtrie et la dépravation du royaume du Nord auxquelles il rattachait de terribles menaces, il souleva contre lui les prêtres de Béthel, qui réclamèrent de Jéroboam son expulsion. Plus énergique dans son blâme et plus précis dans ses menaces que Joël auquel il se rattache, Amos prédit que le châtiment réservé au peuple de Dieu sera l'entière destruction du royaume et l'exil « au delà de Damas » (V, 25; VII, 7-9, 17). Ces malheurs auront pour résultat d'opérer un triage entre les bons et les méchants, et de préparer pour Israël une ère nouvelle de splendeur, de réconciliation entre les deux royaumes et de domination sur les peuples voisins (IX, 8-11). — Voyez Steeg : Revue de théoL, 3« série, II, p. 77 ss.
AMOUR. De tous les termes du langage religieux, celui-ci est le plus étendu et le plus caractéristique. L'amour est le contenu essentiel et le signe même de la religion cluétienne. C'est elle qui a fait entendre cette parole suprême qui domine les temps, les religions et les diverses^ théologies : « Dieu est amour » (1 Jean IV, 8). Dieu se donnant rhomme, afin que l'homme, en retour de cet amour gratuit, se donn librement à Dieu^ tel est, sous sa forme la plus concise, le fait chrétien :^
« Nous Taimons parce qu'il nous a aimés le premier t (1 Jean IV, 19) ; c'est dans ce double don que se concentre la force propre du christianisme. Qui dit amour dit un acte volontaire et conscient lequel s'exerce d'une personne sur une autre personne et qui tend à les unir, sans les confondre. En effet, Tamour suppose nécessairement deux termes : un sujet qui aime et un objet qui est aimé. 11 ne peut donc y avoir amour qu'autant qu'il y a deux êtres distincts en présence ; l'amour cesse au point précis où, de part et d'autre, s'efface la personnalité; il fait place alors à une fusion sans caractère et sans vie. Par conséquent, ni le panthéisme qui identifie Dieu et le monde, ni le déisme qui les sépare par un abîme, ne peuvent par\'enir à une notion vraie de la relation que l'amour établit entre Dieu et l'homme. Or ce n'est qu'à la condition de posséder cette notion que l'on peut comprendre la nature et Faction de l'amour. On ne le connaît qu'en remontant à sa source, c'est-à-dire jusqu'à Dieu. L'amour ne rehausse pas seulement ses autres perfections; il en est la base et la racine. Dieu est amour; l'amour est son être même ; connaître l'amour dans sa réalité puissante et sainte, c'est connaître Dieu. Là est l'explication première de toutes choses : Dieu est le Père du genre humain et de la création ; celle-ci procède de lui, c'est-à-dire de sa volonté qui n'est autre que son amour (Pft. CXXXVI, 4-9). « Dieu étant bon, dit Platon, n'est point avare de ses dons; il a voulu que toutes choses fussent aussi excellentes que possible » {Timéé). Les calamités qui désolent la terre, les guerres qui l'ont ensanglantée, les inégalités choquantes que nous y rencontrons à chaque pas, bien qu elles posent devant notre intelligence les plus redoutables problèmes, n'ébranlent pas le principe fondamental que nous venons de poser, en dehors duquel il n'y a que trouble pour le cœur et incertitude pour Tesprit; il persiste sous les douleurs de l'existence, comme le soleil sous les nuages. Cette affirmation de Tamour de Dieu n'est pas non plus affaiblie par la considérai ion des rétributions divines qui atteignent les méchants, car l'indignation de Dieu contre le mal, désignée dans FEcriture sainte sous le nom de « colère de Dieu, » loin d'être un signe de sa malveillance, est encore un témoignage de son ardente et sainte charité qui poursuit le pécheur au sein de son péché, pom* lui on faire goûter l'amertume, l'y arracher et le rendre à sa vraie vocation, en le rendant à la sainteté ; « la joie n'est semée que pour ceux dont le cxeur est droit » (Ps. XGVÏI, U). — L'amour de Dieu qui a précédé toutes ses œuvres et qui, seul, est la xtiison d'être de la création, est aussi celle de ses voies providentielles, cjar Dieu n'est pas moins magnifique en moyens qu'admirable en conseil (Esaïe XXVIIÏ, 29), et l'histoire entière, à la considérer de près, est la ^alisation successive et souvent mystérieuse de ses desseins d'amour. En effet, l'histoire nous présenic, d'un côté, l'élection divine d'un peuple qui est mis à part, au sein de l'humanité, comme pf*uple de Dieu (Deut. IV, 20; Actes XV, 14), celui dont l'Eternel se déclare répoux (Esaïe LIV, 5), et qu'il soumet à une éducation spéciale parla loi, le culte et l'enseignement des prophètes, pour qu'il soit un peuple saint (Deut. XXVI, 19) ; de l'autre côté, elle nous fait assister aux desti-
nées multiples des nations païennes que Dieu laisse marcher « dans leurs propres voies » (Actes XIV, 16) et tenter toutes les expériences de la vie, à la seule lumière de leur conscience et de la nature (Rom. I, 20; II, 15), afin qu'elles aussi, fati^oiées de leurs efforts stériles, se tournent vers Celui « qui aime les peuples » (Deut. XXXIII, 3) et qui offre la paix à ceux qui sont loin, comrhe à ceux qui sont près (Esaïe LVII, 19). Enfin, quand Thomme, par son égoïsme et la révolte de sa volonté, s'est placé en dehors des conditions du bonheur, en rompant le lien filial qui Tunissait à son Dieu, alors Tamour de Dieu, loin de se lasser, persévérant à tout espé7*ej* de sa créature coupable et égarée (1 Cor. XIII, 7), s'est déployé sous la seule forme qui convienne à notre état actuel de condamnation, savoir sous forme de miséricorde, dans la rédemption. La rédemption se rattache si intimement à la création que, sans elle, le but de la création ne serait pas atteint, puisque c'est par la rédemption qu'est réahsée la pensée d'amour du Créateur à l'égard de sa créature ; c'est elle qui renoue entre Thommc coupable et le Dieu saint le lien vivant que Dieu avait établi et que le péché avait brisé. La miséricorde de Dieu n'a pas été un simple sentiment de sympathie pour l'homme tombé ; elle est apparue dans l'histoire et s'est traduite en un acte, bien plus, s'est manifestée dans une personne, savoir en Jésus- Christ : « Dieu a tant aimé le monde qu*il a donné son Fils » (Jean III, 16; Rom. V, 8). C'est en lui que l'amour de Dieu est devenu accessible à tous; en eft'et, dans la nature et dans rhistoire, les traces de cet amour ne sont point partout également visibles ; on dirait qu'il se montre et se cache tour à tour ; mais en Jésus-Christ et dans son œuvre rédemptrice, telle que l'Evangile nous ' la fait connaître, l'amour de Dieu éclate sans lacune ni obscurcissement ; à moins de résistance volontaire, le plus ignorant, mis en présence de Jésus-Christ, ne peut pas ne pas sentir qu'il est placé directer ment sous l'influence de l'amour de Dieu (1 Jean IV, 0), car Jésus- Christ c'est Dieu cherchant l'homme pécheur et le ramenant de son égarement, comme un berger cherche sa brebis perdue, ou comme un père court au-devant de son enfant rebelle et repentant (Luc XV, 4, 20). Ce témoignage de l'amour divin est tel que l'apùtre Paul y voit la garantie de tous les autres (Rom. Vlïl, 32). L'amour véritable ne s'exerce que sur des êtres capables de le sentir et d'y répondi*e ; aussi n'est-il dans l'humanité pécheresse aucun cœur assez large ni assez pur pour s'ouvrir tout entier à cette action d'en haut ; chez tous elle rencontre une résistance égoïste plus ou moins grande ; il faut donc, pour contempler l'amour dans sa perfection, considérer les rapports de Dieu non avec des pécheurs, mais avec Jésus-Christ, le type accompli de l'humanité ; ces rapports sont ceux d'une union absolue (Jean XIV, 40). L'amour éternel de Dieu pour son Fils (Jean X, 17; XVIl, 24; Matth. m, 17) auquel correspond l'amour de Jésus pour son Père (Jean XIV, 31), voilà l'idéal de l'amour. En outre, Jésus-Christ qui aime son Père d'un amour infini aime également les hommes que son Père aime; il les appelle à lui (Matth, XI, 28), meurt pour eux (Jean X, il) et leur donne la vie étemelle (Jean X, 28). Son amour pour les
hommes est Tamour de Dieu pour eux, se manifestant dans un cœur humain (Rom. VIII, 33-39). — Quiconque croit à Tamour de Dieu Taime en retour. Ce devoir déjà prescrit aux fidèles de Fancienne alliance (Deut. XI, l, 13; XXX, 16; Josué XXII, 5) a reçu sous la dispensation évangélique une sanction nouvelle et s'appuie désormais sur de nouveaux motifs. L'amour de Dieu pour Thonirae, tel est le centre et le principe de la doctrine chrétienne; l'amour réciproque de l'homme pour Dieu, tel est le centre et le principe de la morale chrétienne. Ce sentiment, en effet, exerce une influence décisive sur la direction de toute la vie : « Sans Tamour, nous ne sommes rien » (1 Cor. XIll, 2). En outre, c'est un fait confirmé par l'expérience générale, non-seulement des mystiques, mais de tous les hommes religieux, que nous ne pouvons connaître Dieu qu'à la condition de l'aimer. Dieu, l'être absolu, n'étant pas l'absolu, au sens abstrait et métaphysique, étant, avant tout, l'être absolument bon, l'intelligence seule ne suffit pas pour nous mettre en communion avec lui ; il y faut l'élan du cœur, la s^nnpathie, l'amour ; aimer c'est connaître, c'est du moins se préparer à connaître. Voilà pourquoi les païens n'ont pas connu Dieu ; ils le criilgnaient ; ils ne l'ont point aimé. On a demandé si nous devions aimer Dieu uniquement pour ce qu'il est et pour les avantages spirituels qui nous en reviennent. Ainsi posée, la question est oiseuse, puisque Dieu a voulu qu'en l'aimant nous fussions heureux, et même que nous ne le fussions réellement qu'à la condition de l'aimer; l'homme d'ailleurs ne peut jamais se désintéresser de son propre bonheur. L'amour a ce caractère particulier qu'il est le foyer vivant où se rencontrent le devoir dans ce qu'il a de plus impérieux, la liberté dans ce qu'elle a de plus noble et la félicité dans ce qu'elle a de plus parfait. De l'amour pour Dieu découle nécessairement l'amour pour le prochain. Jésus a résumé la loi et les prophètes dans ce double devoir de l'amour de Dieu et du prochain (Matth. XXII, 40), et ce qu'il a enseigné sur ce point, il l'a lui-même réalisé dans sa vie, tellement que l'amour de Dieu et l'amour du prochain en ont été le fond même et la trame constante. A son e;cemple, ses disciples doivent s'aimer entre eux, comme étant les membres d'un même corps dont Christ est le chef (1 Cor. XII, 27). D'une part, le chrétien est soumis à la loi générale qui veut qu'aucune vie sociale ne soit possible sans l'amour; l'homme solitaire est réduit à l'impuissance : ^inus nullus; tous nous avons besoin, ici-bas, les uns des autres ; d'autre f>art, le chrétien trouve dans l'amour de Dieu envers lui des motifs plus élevés et plus pressants que cet attrait mutuel et naturel pour aimer 5»es frères; aussi son amour pour eux ne souffre-l-il ni exceptions ( Luc X, 29, 37), ni limites (Matth. VI, 14), à la condition qu'il soit subordonné à l'amour pour Dieu (Luc XIV, 26). La félicité à venir cons^istera dans une communion toujours plus intime avec Celui que nous ^^timons déjà, bien que nous ne le connaissions encore que par la foi C ^ Pierre I, 8), et que nous le verrons un jour tel qu'il est (1 Jean III, 2). Ml se trouvera alore que Tamour qui a été, dès le commencement C<jen. I, 1), la raison première de l'activité divine et la seule explica- Vion de toutes les dispensations de Dieu à travers l'histoire, sera aussi