‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 2)Chapitre 113 sur 226 · AMYOT · texte numérisé non relu

AMYOT

princesses de la maison de France, entourées de leurs gouvernantes et filles d'honneur, s'édifiaient grandement aux beaux dits des Grecs et des Romains, remémoriés par le doux Plutarchus. » Le doux Plutarchus, ne Test que dans Amyot, car, comme le dit fort bien Montaigne, qui avait pu lire des traductions latines plus fidèles, c'est un « auteur épineux et ferré. » On pourrait multiplier les témoignages, mais à quoi bon? Sans Amyot, Plutarque fût resté peut-être aussi inconnu du public que Diodore de Sicile ou Athénée. La première édition de la traduction d 'Amyot parut chez Vascosan, en 1559; la seconde, fort améliorée, en 1565; la troisième, en 1567. A dater de cette époque, il en parut une édition nouvelle presque tous les ans, jusqu'en 1620, sans parler des cx>ntrefaçons faites à l'étranger, notamment en Hollande, ou des traductions faites sur cette traduction. Il n'y a peut-être pas d'ouvrage au seizième siècle , qui ait eu vogue pareille. — Il serait puéril de reprocher à Amyot les anachronismes, les fausses couleurs dont sa traduction est pleine. Cette constante appropriation de l'antiquité aux mœurs et aux habitudes des contemporains ne choquait p<Hnt alors; on peut même assurer qu'elle était indispensable. Elle ménageait, pour ainsi dire, la transition ; elle comblait à moitié Tabtme qui sépare le monde antique du monde moderne, les sociétés païennes des sociétés chrétiennes. On sait avec quelle ardeur on se portait alors vers les trésors de l'art et de la sagesse antiques, si récemment mis au jour. Dans leur impatience de les communiquer aux lecteurs, les érudits publiaient souvent la traduction avant le texte même. Quand te Plu-* tarque d'Amyot parut, les lacunes, si nombreuses encore, furent comme comblées;- on put croire que l'on possédait enfin la substance même et l'âme du monde gréco-romain, antérieur au christianisme. Plutarque n'est ni un penseur, ni un écrivain de génie, ni même un artiste remarquable. C'est un érudit d'une mémoire mer\'eilleuse, mais un érudit qui rapporte tout à l'enseignement moral. Bon érudition, allongée encore, poiu* ainsi dire, par la traduction complaisante et traînante d'Amyot, fournit à toutes les classes de lecteurs des matériaux d'une incroyable variété. Politiques, capitaines, courtisans, princes, savanui, historiens, philosophes, hommes et femmes, chacun y trouva pâture à son goût. Mais c'est surtout l'influence du moraliste qui fut décisive. D n'y avait alors ni théâtre, ni littérature courante et populaire qui pût donner quelque aliment aux esprits. L'enseignement moral qui résultait de la prédication était présenté sous une forme barbare, et que de questions il laissait de côté I La traduction d'Amyot mit conmcie en circulation une morale simple, familière, pratique, accessible à tous. Ce fut une nouveauté d'une bien efficace séduction. £n même temps que les réformés, en répandant TEvangile, renouvelaient et agrandissaient l'horizon de la conscience humaine, Plutarque, présenté par Amyot, révélait les enseignements d'une sagesse que les derniers et les meilleurs esprits du monde ancien avaient pour ainsi dire mûrie et comme rendue digne d'un voisinage avec TËvangile. L'imagination de Plutarque, naturellement religieuse et empreinte d'un certain platonisme, ouvrit des perspectives brillantes ou consolantes aux âmes qui, sans se

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