‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 2)Chapitre 12 sur 226 · ABEL — ABÉLARD · texte numérisé non relu

ABEL — ABÉLARD

^Abél-Chitthim, ou hachchitthim (voyez Chitihim). 'Abél- Miçrayim (voyez Atad),

ABEL [Hèbèl, "Kôù], nom du second fils d'Adam tué par son frère Caïn (Gen. IV, 1-16). Abel, dont le nom signifie en hébreu « un souffle, » ce une chose sans consistance, » était berger, c'est-à-dire nomade, pendant que son frère cultivait la terre et par conséquent avait une demeure fixe. Le sacrifice du premier ayant été agréé par Jéhova, el celui du second n'ayant pas été accepté, Gain le laboureur entra dans une violente colère et tua Abel le berger , introduisant ainsi le meurtre sur la t«rre. Pour le sens du récit biblique, voyez Tarticle Histoire pri* mittve de Vhumanité d après la Bible, — Le sort tragique d'Abel a provoqué la naissance de nombreuses traditions chez les Juifs (Ëisenmenger, Enidecktes Judentkum, ï, 462, 832; Ersch et Gruber, Encychp,, s. V. Abel), les musulmans [Korân^ sour.V; Hottinger, Hist, orient, y 24) et les chrétiens (Chrysostôme,/^om.tViGen.,XlX; Gedrenus, jffî«torttz,8). On montra à Pococke, à quelque distance de Damas, Tendroit où Gain tua son frère et Tenterra; d'après la tradition rapportée par le voyageur anglais et qui se trouve déjà dans le Koràn et le Thargoum de Jonathan, « il le porta quelque temps sur son dos, en pleurant, sans savoir qu'en faire ; mais voyant un corbeau qui creusait un trou dans la terre pour enterrer son camarade, il suivit son exemple et enterra son frère )> (Pococke, Voyages^ éd. de Neuchâtel, t. lll, p. 347). L'Eglise primitive, d'après une parole de Jésus (Matth. XXIII, 35), honora Abel comme le premier des martjTS. Il fut transformé en éon dans quelques sectes gnostiques, et les abélites au temps d'Augustin, prétendant qu'Abel avait vécu dans la continence, suivaient son exemple pour ne pas contribuer à perpétuer le péché originel.

ABÉLARD naquit en 1079 au bourg du Pallet, près de Glisson (Loire- Inférieure). 11 reçut le nom de Pierre ; Abélard est un surnom qui ne lui fut donné que plus tard, et dont le sens n'est pas encore bien expliqué. Son père, Déranger, était un noble qui aimait les lettres ; il voulut que ses fils reçussent toute nnstruction qu'on pouvait donner alors. Pierre montra de bonne heure une grande ardeur pour l'étude, beaucoup d'ambition, et un esprit subtil porté à la contradiclion. Vei's Tûge de vingt ans il se rendit à Paris, où Guillaume de Champeaux enseignait dans l'école épiscopale le réalisme le plus absolu. Abélard suivit ses leçons, et bientôt ouvrit lui-môme une école, d'abord à Melun, puis à Corbeil, enfin en 1108 à Paris même. C'est de cette année que date son influence. Il ne professa d'abord que la philosophie ; combattant à la fois le nominalisme et le réalisme, il disait que les universaux ne sont ni des choses ni des mots, mais des conceptions de notre esprit, qu'il n'existe que des individus dont nul n'est en soi ni espèce ni genre, que les genres et les espèces sont des produits de notre intelligence, des conceptions. Ce système ontologique, auquel on a donné le nom de conceptualisme, n'est au fond qu'une modification du nominalisme et a dû favoriser, comme ce dernier, une critique plus indépendante. Se voyant admiré pour son talent dialectique, Abélard voulut aussi se faire un nom dans la théologie. Pour jouir du droit d'enseigner cette science, il fallait avoir suivi les

U\ ABËLARD

leçons d'un maitre; il partit donc pour Laon, où Anselme, doyen du chapitre de cette ville, tenait une école théologique. Revenu à Paris, il annonça des cours, qui bientôt attirèrent de nombreux élèves. Ce fut à cette époque de ses plus grands succès qu'il apprit à connaître Héloîse, la nièce d'un chanoine de Notre-Dame, nommé Foulques. Nous ne nous arrêterons pas à cet épisode romanesque, qui a popularisé les noms des deux amants ; il suffira de dire que leurs relations ayant été violemment rompues, Héloîse entra au couvent d'Argenteuil, et qu'Abélard se fil moine dans Fabbaye de Saint-Denis. 11 n'y resta fus longtemps; il rouvrit une école au prieuré de Maisoncelle en Champagne. A la demande (le ses élèves, il rédigea ses leçons sous le titre d'Jntroduciio ad tkeologiam. Dans cet ouvrage, qui traite principalement de la Trinité, Abélard démontre que celle-ci n'est pas fondée nécessairement dans l'essence même de Dieu, mais que néanmoins elle n est pas contraire à la raison. Ces principes le rendirent suspect d'hérésie. Gté devant un concile i^uni à Soissons en H 21, il n'obtint pas la permission de se défendre.; il eut la faiblesse de jeter lui-même son Introduction au feu et de réciter devant l'assemblée le symbole dit d'Athanase. Il fut remis à la garde de l'abbé de Saint-Médard près de Soissons, mais le légat du pape l'autorisa à retourner à Saint-Denis. Là il excita la colère des moines, en soutenant que le saint Denis, auquel on attribuait la fondation de l'abbaye, n'était pas Denis, le membre de l'Aréopage, converti par l'apôtre Paul. Il dut s'enfuii% se retira dans un couvent à Provins, puis se bâtit, non loin de Nogent-sur-Seine, un petit oraloh*e qu'il dédia à la Trinité: il s'y cacha seul avec un clerc. Bientôt toutefois les écoliers y accoururent en foule ; la maison dut être reconstruite et agrandie, elle devint un couvent auquel Abélard donna le nom de Paraclet. Menacé de nouveau de persécution, il chercha un asile en Bretagne, au couvent de Saint -Gildas. Ayant été informé que les religieuses d'Argenteuil venaient d'être expulsées, il leur donna sa maison du Paraclet ; Héloîse en devint abbesse, lui-même fut élu abbé de Saint-Gildas. Il voulut réformer les mœurs de ses moines bretons, lutta vainement contre leur opposition, et dut s'enfuir encore une fois. Caché quelque part en Bretagne, il écrivit cette Historia calamitatum suarum^ qui donna lieu à la correspondance avec Héloîse. Il se rapprocha de Paris et vint peut-être à Paris même ; dans cette période de sa vie il composa plusieurs traités \\o\xv son ancienne amante, qui s'occupait d'études philosophiques et théologiques ; en même temps il retoucha ceux qu'il avait rédigés dans les années précédentes. Vers il36, il reprit une dernière fois à Paris son enseignement théologique. Le malheur et l'expérience n'aviiient refroidi ni sa hardiesse ni sa passion pour la dispute. Son habitude de soulever sui* chaque question le pour et le contre, donnait à ses leçoils un caractère raisonneur, qui leur ôtait cette autorité dogmatique que réclamait l'Eglise. Il se livrait en outre à des invectives contre les moines et contre quelques prélats. Un moine cistercien, Guillaume, tira de ses ouvrages une série de propositions qui lui paraissaient scandaleuses, et les communiqua à l'évêque de Chartres et à saint Bernard; on ignore ce que répondit l'évêque, mais l'abbé de Clairvaux dénonça

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