ABÉLARD
Abélai*d comme un emiemi de Dieu et du Christ. En 1140, on tint un concile à Sens, en présence du roi Louis Vil. Saint Bernard produisit dix-sept propositions tirées des livres d'Abélard ; celui-ci refusa de répondre et quitta l'assemblée en déclarant quïl ne reconnaissait d'autre juge que le pape. Malgré cet appel au saint-siége, saint Bernard fit condamner quatorze des thèses incriminées : elles portaient pour la plupart sur les droits de la raison en matière de foi, sur la Trinité et sur la rédemption. Innocent II confirma cette sentence, excommunia Abélard comme fabricateur de dogmes pervers et agresseur de la foi catholique, et ordonna de renfermer dans un couvent jusqu'à la fin de ses jours. Quand cet ordre arriva en France, Abélard avait trouvé un asile au monastère de Cluny, où Fabbé Pierre le Vénérable l'avait reçu avec de grands témoignages d'estime ; Pierre obtint lùéme que saint Bernard consentit à une sorte de réconciliation et que le pape, relevant le condamné de Texcommunication, lui permit de passer à Cluny le reste de sa vie. Abélard se soumit aux conditions de son existence nouvelle ; mais ses forces déclinaient de jour en jour ; pour les rétablir, Pierre l'engagea à se retirer au prieuré de Saint-Marcel, près de Châlons-sur-Saône ; il n'y vint que pour y mourir, le 21 avril llis. — Nous n'avons à apprécier Abélard que comme théologien ; nous pouvons nous dispenser de parler de ses ouvrages philosophiques. Parmi ceux qui sont consacrés à la théologie, les plus importants sont, outre Vlntroductio ad theologiam déjà citée, une Theologia christiana en cinq hvres, un traité intitulé Sic et non^ un commentaire sur l'Epitre aux Romains, et un traité de morale, Scùo te ipsum. Le Sic et non est une espèce de préparation critique à rétude de la théologie ; c'est un recueil de passages contradictoires des Pères sur cent cinquante-sept questions, précédé d'une introduction où Abélard expose des principes par lesquels il a singulièrement devancé son temps. Il commence par dire qu'il est fort difficile d'interpréter exactement la Bible, et même d'expliquer les écrits des Pères. La difficulté est double : d'd)ord la Bible n'a pas été écrite pour les savants, mais pour le peuple, ce qui fait que bien souvent les savants ne la comprennent pas ; en second lieu, il y a des textes corrompus et un grand nom* bre d'ouvrages apocryphes. Il faut donc rechercher si le passage d'un Père dont on veut s'autoriser, n'a pas été rétracté par lui; il faut admettre en outre qu'on trouve chez les anciens auteurs chrétiens bien des choses qui ne sont que des réminiscences de leur érudition profane ou qu'ils ont avancées sans y attacher beaucoup d'importance ; qu'ils parlent quelquefois selon le sens apparent ou d'après les opinions de ceux auxquels ils s'adressent ; que leurs contradictions s'expliquent souvent par la diversité des sens qu'ils attachent au même mot ; qu'en tout état de cause, il faut s'en rapporter aux témoignages les plus accrédités, et que pour ce qui regarde les passages dont on ne peut pas du tout se rendre compte, il faut les abandonner en se disant, non que l'auteur s'est trompé, mais que le texte dont on se sert est corrompu ; il faut distinguer enfin entre les écritures canoniques de la Bible et les ouvrages des Pères, ces derniers on doit les consulter, mais on n'est pas tenu de les suivre. Toutes ces règles, si hardies, sont exposées avec f. 2