ANJOU
tomba au pouvoir des huguenots. Ils traversèrent la province en 1568, sous la conduite de d*Andelot, qui se dirigeait vers la Rochelle, mais sans s'y arrêter et essayer de la conquérir. Elle demeura donc entièrrment livrée à Tinfluence des catholiques. Aussi ne faut-il pas s'étonner que la Saint-Barthélémy y ait fait de nombreuses victimes. Ce fut le duc d'Anjou, frère du roi, qui ordonna lui-même l'ordre des massacres à Saumur et à Angers. Dans cette dernière ville, trois pasteurs furent mis à mort : la Rivière, de Goulaine et Delauiiay. Pendant la dernière guerre de religion (1685), le prince de Condé tenta, mais inutilement, d'enlever de vive force Angers, et, après l'assassinat du duc de Guise (1588), cette cité embrassa chaudement le parti des ligueurs. Henri III eut bien vite triomphé de ces derniers par l'envoi d'un régiment aux ordres du maréchal d'Aumont, mais il n'eut pas le même succès sur les autres points du royaume. La Ligue triomphait partout et le roi n'était plus reconnu que dans cinq places. Dans cette extrémité, il s'allia avec le roi de Navarre et lui livra Saumur, dont le gouvernement fut confié au vertueux Duplessis-Mornay. De cette petite ville, jusqu'alors ignorée, ce dernier fit une puissante citadelle, un grand centre de population, un foyer de science et le siège de l'une des plus célèbres académies réformées du dix-septième siècle. Après l'assassinat d'Henri III (2 août 1589), Angers et Saumur furent les deux seules villes de TAnjou qui reconnurent le nouveau roi. Toutes les places secondaires de la province s'y refusèrent. Alors commença une lutte acharnée qui dura neuf années entières. Les troupes royalistes, conduites par la Rochepot^ lieutenant-général du roi, dans l'Anjou, et Puycharic, gouverneur du château d'Angers, furent souvent battues par les bandes ligueuses de Bois-Dauphin et des trois frères Saint- Offange, qui avaient fait du château de Rochefort un véritable repaire de brigands. La conversion d'Henri IV au catholicisme et sa marche victorieuse siir l'Anjou achevèrent de ruiner le parti ligueur dans la province, et tous ses chefs firent leur soumission les uns après les autres (1598). Ce fut à Angers, dans une des salles du couvent des Jacobins, que les articles de l'édit de Nantes furent définitivement arrêtés. Le roi les signa deux jours après dans cette dernière ville (13 avril). Les protestants de l'Anjou eurent le droit de célébrer leur culte dans une dizaine de lieux, et les plus prospères de leurs Eglises furent Angers, Saumur, Baugé, Graon, Mirebeau et Bourgueil. On doit citer comme les plus distingués de leurs pasteurs : Louis Gappel,Gomar, Amyraut, la Place et d'Huisseau, qui furent en même temps d'éminents professeurs de théologie de la savante université protestante de Saumur. Les Eglises de l'Anjou, jointes à celles du Maine et de la Touraine, formèrent au dix-septième siècle trois colloques distincts et un arrondissement synodal. La révocation de l'édit de Nantes les ruina complètement, et elles ne paraissent pas s'être relevées pendant la période du Désert. Nous n'avons retrouvé du moins aucune de leurs traces. Aujourd'hui l'Anjou, qui a servi à former, le département de Maine-et- Loire, ne renferme que deux Eglises rattachées au consistoire de Nantes, Angers et Saumur, encore sont- elles de création récente