‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 2)Chapitre 140 sur 226 · ANNONAY — ANNONCIADES · texte numérisé non relu

ANNONAY — ANNONCIADES

suivante (mai) le culte catholique est suspendu, deux piisteurs sont appelés, Pierre Raillet, ancien maître d'école de Sanci, près Genève, et Pierre Bellot (ou Boullod), et la garde de la ville confiée à Sarras, capitaine du ti'op célèbre baron des Adrets. — La première guerre de reli- ^on ayant commenvAÎ peu après, le duc de Nemours, qui venait de s'emparer de Vienne, envoya contre Annonay le féroce SaintrChamond, qui sacoxigea la ville et passa au fil de Tépée tous ceux qui l'avaient défendue (.oct. Io02). Le comte de Crussol, ({ui était le chef des religion iiaires en Languedoc, la reprit bientôt après (18 déc.) ; mais Saint- Chamond, s'en étant de nouveau emparé, l'incendia en partie, rasa ses murailles, mit à moil un grand nombre de ses habitants et laissa commettre à ses soldats une foule d'excès au mépris de la capitulation, :ni Imis de laquelle il avait apposé sa propre signature. A la paix, Annonay ayant été choisi connue lieu d'exercice pour la sénéchaussée de Beaucaire et de Nimes, les protestants de la ville célébrèrent leur culte daus la maison de Gonnc^t-Merle, au faubourg delà Récluserie, sous ladirer tien du pasteur Raillet, revenu de son exil (20 août i5G4). Pendant l<is sept autres guerres de religion qui suivirent, la ville d'Annonay fut de nouveau prise et reprise par lescatholi([ues et les protestants, maiseL^ demeura finalement au pouvoir de ces derniers (17 juil. 1574). Les réformés annonéens jouissaient eji paix de l'exercice de leur religion, soi ■■> le régime de l'éditdeNajites, ([uand le seigneur de Boulieu leur défendit de s'assembler. Sans s'arrêter à cette interdiction, rF4^1ise députa un de ses membres à Louis XIU qui, reconnaissant la justice de la cause des réformés, les maintint dans leur droit d'exercice. Les deux pasteurs ks plus distingués d'Annonay pendant cette période furent Le Faucher.' et de Vinay. Le premier était un des orateurs sacrés les plus remarquables de son temps et fut appelé à desservir l'Eglise de Paris; ..î second, un controversiste habile ([ui, après avoir exercé son ministè!'i*î en Dauphiné, fut placé à la tète de TEglise d'Annonay, où il eut nu:". dispute théologicjue célèbre, qui dura trois mois, avec le jésuite Mail' necourt. Les actes en ont été publiés à Genève par de Vinay, en Ki-J, — Lia révocation de l'édit de Nantes porta ini rude coup à l'Eglise d'Annonay, qui ne fut visitée désormais «ju'à de rares intervalles, par ! '^ pasteurs du désert du Vivarais. Elle fut pourtant assez luMireuse po- .• avoir un pasteur en propre, en 1773, Abraham Chiron, né à Genève dj descendants de réfugiés dauphinois. Zélé, capable, laborieux, Chiron mit l'Eglist^ sur le meilleur pied; mais, vu de très-mauvais (eil par !'»s catholiques, à causcî de sa nationalité, et perpétuellement en butte à leurs injures, il passa au service de l'Eglise de Heaumonl [wès Valen », en 1787. A l'époque delà réorganisation des cultes, Annonay, 4jnifai'-:nl partie du synode du Vivarais aux dix-septième vt dix-huitième; siècl's^ fut rattaché au consistoire de Lamastre, puis à celui de Saint-Péra\ . En 1870, l'Eglise comptait 2,200 âmes. — Voyez : Bèze, Ifist. ecdr. Achille (îanion. Mémoires y Jfàt. vemarf/itaô, des pcrsérut. de riujUae rcr'. de la ville d'Annunay advenues en l'an IGîJo; E. Arnaud, Notice sur /'. conlror, relig. en Dauphiné. E. Arnaud.

ANNONCIADES. — 1° L'ordre des religieuses de la Bienheureuse Vi.%*-i^'î

â46 ANN0N0IADE3 — ANOMÉENS

Marie, appelées de TÂnnonciadc ou des dix Vertus de Xotre-Damc, firt fondé à Bourges parla Bienheureuse Jeanne de Valois, femme répudiée de Louis XII, et fut confirmé en 1501. Elles étaient soumises à Tordre de Saint François. Saint-Âmbroise,àPopinoourt,étaità Paris Téglisedcs Annonciades de France (Hélyot, Vil, 339). — î** L'ordre des Annonciadei célestes^ ainsi appelées à cause de leur habillement bleu c/ileste, fut fondé à Gênes en 1602 par la Mère Victoire Pomari, et définitivement établi en 1605; elles ajoutaient aux quatre vœux celui do clôture perpétuelle (Hélyot, IV, 297).

ANNONCIATION, message de l'ange Gabriel à la Vierge Marie pour lui annoncer le mystère de T Incarnation (Luc I, 2<)-38). C\ist aussi le nom de la fête que TEglise catholique a instituée pour célébrer ce souvenir. Elle a lieu le 2.i mars (voir l'article Jésus),

ANOMÉENS, nom donné aux partisans de Tarianisme rigide, qui cherchèrent à profiler de la victoire momentanée du semi-arianisme^ ou eusébianisme sous Constance (337-361) et du zèle arien àe Valens^ (364-378) pour assurer à leur doctrine les avantages d'une positioi^ officielle et dominante. Le concile de Nicée (325) avait condamné l'a — . rianisme en décrétant Vhomootist'e ou l'identité d'essence du Fils e^£ du Père. Les semi-ariens ou eusébiens (ainsi nommés d'Ëusèbe de N%^ comédie, leiu* principal organe) lui opposèrent r/iomœousie, la simili^ tude ou l'analogie d'essence. Les ariens purs, sous la direction d'Aetiiis d'Antioche, d'Acacius de Césarée et d'Eunomîus de Cappadoce, insistèrent sur ridée cjue le Fils était créé et, par conséquent, d'une aulre essence que le Père. Leur parti était puissant dans l'entourage de Constance et réussit à faire décider par le deuxième concile de Sirmium (357) qu'il fallait s'abstenir de toute mention d'homoousie ou d liomœousie. L'année d'après, le concile d'Ancyre et un troisième concile (k Sirmium se prononcèrent, au contraire, en faveur du semi-arianisme. Après quoi la formule équivoque, consentie par les ariens purs, dV j près laquelle « le Fils est semblable au Père comme les saintes Ecritures le disent et renseignent » fut admise par le concile de Rimini pour l'Occident et celui de Sélcucic pour FOrient (359). Mais une définition aussi vague n'était pas de nature a apaiser les différends qais^ prolongèrent sous les successeui's de Constance. L'intolérance arienne de Valens. en rejetant les semi-ariens du côté des partisans du dogme de Nicée, hâta la victoire définitive de l'orthodoxie consacrée sous Théodose. Eunoniius, disciple et ami d'Actius, fut le plus distingué de ces derniers défenseurs de l'arianisme. Doué d'un grand talent de parole H logicien très-serré fce qui lui a valu, à tort selon Hitler, la réputation «l'un partisan déterminé d'Aristote), il s'appuyait surtout sur la notio» d'absolu pour nier toute pluralité et toute (lifïérence dans l'Etre divin. Sa réputation lit que Ton désigna son parti sous le nom d'eunomieni, ])uis, dans une intention hostile, sous ceux (Vanoméens, qui semblait impliquer rantinoinismê ou l'absence de loi, et (Vaxoukontéens (gens de rien, par allusion à la formule arienne d'après la(iuelle le Fils avait été créé de ni/tih). De la même manière on transformait le nom de son ami Aelius en celui iVat/ieos, athée. Son Exposition de la foi se trouve

ANOMÉENS — ANSOHAIRE 347

dansFabricius (Bibl. ffr.,vol. VIII), ainsi que son Apologie, — Ouvrages à consulter: outre Théodoret, Philastorgius, Sozomène et Basile, Baur, Dreieijiigkeity I ; Borner, Entwickelungsgeschichte d, Lehre v. d. Person Chrihiiy I; Rilter, Histoire de la Philosophie chrétienne^ II, traduit de rallemand par Trullard, 1844. A. réville.

ANOMIENS. Voyez Antinomisme,

ANSGHAIRE (Saint) [Ansgarius]^ d'origine franque, surnommé l'apôtre du Nord, et digne de ce nom. Il naquit en 801 en Picardie ; encore enfant il fut admis au monastère de Corbic. Quand ce couvent établit, en 822, sa colonie de Corvey, sur le Weser, pour la conversion des Saxons, Anschsuro y devint le directeur de Técole. Humble et courageux, il était prêt à tous les sacrifices. Déjà Charlemagne avait conçu Tidée de fonder sur les frontières de son empire des évêchés, d'où le christianisme pourrait être apporté aux nations étrangères encore païennes. C'est ainsi qu'en 787 il avait appelé comme évêque à Brème l'Anglo-Saxon Willehad, qui pendant quelque temps avait été missionnaire en Frise et en Saxe. Hambourg devait être le centre de cette Eglise du Nord. Louis le Débonnaire, dans les commencements de son règne, perdit de vue ces projets de son père; il n'y fut ramené que par une occasion en apparence accideulelie, après qu'en 822 l'archevêque Ebbon de Reims eût fait, sans résultat, une tentative de prédication chrétienne en Danemark. Le roi danois Harald, détrôné, étant venu demander l'appui i rempereu]: et s'étant fait baptiser à Mayenceen 826, Louis résolut de le faire accompagner par un missionnaire. L'abbé de Corvey lui désigna Anschaire. Celui-ci, âgé de vingt-cinq ans, accepta la charge périlleuse; avec le frère Autbert il suivit le roi qui, tout baptisé qu'il était, les maltraita brutalement pendant le voyage. Dans le Jutland ils instruisirent quelques jeunes gens, qui devaient les assister ; mais ainsi que Harald lui-même, ils furent obligés de quitter la «montrée. Louis le Débonnaire, auquel on avait rapporté qu'en Suède on désirait connaître l'Evangile, chargea, vers 830, Anschaire et le frère Wittmar de partir pour ce pays ; ils y trouvèrent des chrétiens réduits en esclavage par les pirates; A nscliaire convertit quelques indigènes, dont Tun fit même bâtir une église. Après dix-huit mois de séjour il revint à Aix-la-Chapelle. C'est alors que Louis, reprenant le projet de Charlemagne, érigea pour Anschaire l'archevêché de Hambourg ; Tacte de fondation est daté d'Aix-la-Cliapelle, le 15 mai 834 ; il fut confirmé par une bulle de Grégoire IV. Mais les chrétiens y étaient rares et le diocèse trèsétendu ; il devait comprendre tout le pays au nord de l'Elbe, le Danemark et la Suède; dans toute. cette contrée si vaste il n'v avait encore que quatre églises. Pour assurer à Anschaire les moyens de vivre et d'entretenir les prêtres, Tempereur lui accorda le couvent de Thurholt en Flandre. Il en fut privé de nouveau lors du partage de l'empire^ Thurholt appartenant à la portion de Lothaire. En outre, la ville db Hanil)Ourg fut saccagée en 837 par les Normands; l'église, les livres d'Aiischaire et tout son avoir devinrent la proie des flammes; pour rester dans le voisinage il construisit le couvent de Thamelsloh, où il

s'établit. En 845, Hambourg fut pillé une seconde fois. Louis le Ger*

848 ANSCHAIEE — ANSÉGISE

manique unit alors cet archevêché avec Tévéclié de Brème, qui était vacant ; il engagea Anschaire à se fixer dans cette dernière ville, moins exposée. L'archevéciue de Cologne, qui jusque-là avait été le métropolitain de Brème, souleva des difficultés; elles furent aplanies lors d'un concile tenu à Mayence en 847 ; Anschaire fut installé comme archevêque de Hambourg-Brème; en 858, Nicolas I** le confirma en exigeant de lui, pour lui et ses successeurs, le serment d'obéissance au Saint- Siège et à ses décrets; la création de Louis le Germanique fut ainsi subordonnée à la papauté. Anschaire établit le christianisme dans le Schleswig; il fit des essais pour le répandre parmi les Slaves de TEst. Il se dévoua surtout à faire cesser le trafic des esclaves ; parmi ses propres chrétiens il y en avait qui vendaient de leurs coreligionnaires à des païens ; en général Tévangélisation était encore toute extérieure. Malgré les efforts d 'Anschaire, le peuple restait païen dans ses mœurs. En 835, il avait envoyé en Suède le moine Gaubert, qui bientôt fut:::: chassé. En 848, il retourna lui-même dans ce pays, où il obtint d'un^ assemblée nationale l'autorisation de prêcher l'Evangile ; il le ût pen — . dant deux ans; quelques-uns de ses disciples continuèrent cette œuvrer ^ mais il fallut encore plus d'un siècle et demi pour faire disparaître 1^ paganisme Scandinave. Anschaire mourut le 3 février 865. Il ava\| écrit le journal de ses missions; malheureusement il parait qu^// n'existe plus. On n'a de lui qu'une courte biographie du premier évêque de Brème Willehad. La sienne fut écrite par son disciple çt successei/r le Flamand Kimbert; destinée aux moines de Corbie, elle est pleine de récits de visions et de mii*acles; néanmoins elle donne une image lidèfe du caractère et de l'activité d'Anschaire, dont la douceur, la siraplicilé, la charité, le désintéressement avaient inspiré du respect même à oeax des païens qui refusaient le christianisme. Ch. Schmidt.

ANSE (Rhône) [Ansa Paulint]. Il se tint dans cette ville en 994, 1025, 1070, 1076, 1100 des synodes peu importants. Le dernier fut réuni en 1299 ou plutôt en 1300 sous la présidence de l'archevêque Henri de Lyon, et s'occupa de la discipline (Mansi, XXIV, 1218 ; Hefele, VI, 338).

ANSÉGISE (Saint) [Ansigisusy Ansegtsus], abbé de Saint-Germer de Flay (807), de Luxcuil (817) et de Sàint-Wandrille ou Fontanella (833). 11 assista Egiuhard dans sa construction du palais d'Aix-la-Chapelle et enrichit grandement la bibliothèque des couvents qu'il dirigea. Il recueillit en <iuatre livres les Capitulaires de Charlemagne et de ses fils (789-817). Cet important ouvrage, qui fut continué avec moins d'honnêteté par Benoit, diacre de Mayence, a été publié par Baluie, , P., 1677, 2 vol. iii-f"*, et Pertz, J/on. leg,^ 1, p. 256 ss. La vie de saint* Waubert, abbé de Luxeuil, écrite par Adson, abbé de ce couvent au dixième siècle, le mentionne comme l'auteur de cette collection (AA. SS. , 2 mat\ 1, p. 280) . 11 mourut en 833. Sa vie se trouve dans les gestes des abbés de Fontanelle (Pertz, JUon. Scr., 11, p. 293 ss. ; d'Achérv, Mabillon et les Bollandistes, 20 Juil., V). Voy. Hist. litt. de la Fr,, IV, îK».

ANSÉGISE [AnsegisUuSy Amegisus]^ abbé de Saint-Michel de Beauvais, fut élu en 871 archevêque de Sens. Le pape Jean VlUle nomma, en 876,

ANSÉGISE — ANSELME 849

primat des Gaules et de Germanie et vicaire apostolique, et lui donna le droit de convoquer les synodes. Les évoques, réunis la même année au synode de Ponthion, ne se soumirent à ce décret, malgré les instances de Tempereur et des légats, « qu'en réservant les droits et les privilèges des métropolitains. » Hincmâr, l'instigateur de cette résistance, écrivit contre lui son traité de Jure Metropolitarum (éd. Sirmond, II, 719). Anségise mourut en 883; il ne jouit que sur son épitapfie du titre de secundus papa, que lui donne la chronique d'Odoranne, moine de Sens (Bibl. Hist. de l'Yonne, 1863,11, a. 883). Voy.les Annaks de saint Bertin, pdiT HincmB.T (éd. Dehaisnes, P., 1871, in-8", a. 876) ; Gallia chrisliana, XII, 25 ss.; Lettres de Jean VIII, Bouquet, Vil, 459 ss. ; Mansi, IX. s. Bebokb.

ANSELME (Saint) fut Tun des hommes les plus remarquables de TËglise au onzième siècle. Né en 1033 dans la petise ville d'Aoste au sein d'une noble et riche famille alliée aux comtes de Maurienne, il se fit remarquer dès son enfance par son goût pour l'étude et par la vivacité de ses sentiments religieux. La vie du cloître l'attirait ; mais son père, qui avait pour son fils de toutes autres ambitions, contraria cette vocation monastique. Toutefois, après quelques années données aux affaires et aux plaisirs du monde, le jeune Anselme sentit se réveiller en lui, avec une ardeur nouvelle, ses aspirations premières. Il résolut de quitter sa famille et sa patrie pour aller chercher au loin un asile où il pût se consacrer à Dieu. Après avoir parcour u la Bourgogne et la France, il arriva en Normandie et entra comme novice dans le monastère de Sainte-Marie du Bec, où il entendit les leçons de l'un de ses compatriotes, Lanfranc, qui en était alors le prieur. U prononça ses vœux en 1060, et devint successivement prieur en 1063 et abbé en 1078. Anselme déploya dans l'exercice de ses fonctions beaucoup de zèle et de talent. L'instruction des novices, la direction des études des moines et celle de leurs consciencxîs, la distribution des aumônes, le soin des malades, Tadminlstration générale des affaires du couvent, voilà les devoirs entre lesquels il partageait son temps. Au milieu de ces occupations si diverses, et tout en observant avec la plus rigoureuse exactitude les pratiques d'une règle monastique très-sévère, Anselme trouvait encore des loisirs pouf l'étude et les méditations solitaires, et pour la correction des manuscrits précieux, dont il faisait faire des copies destinées à enrichir la bibliothèque du couvent. Sa piété, sa douceur, l'exquise délicatesse avec laquelle il savait manier les hommes et parler aux consciences, lui gagnaient le^ cœurs de tous ceux dont il était le guide spirituel. Grâce à lui, le monastère du Bec acquit une grande réputation. Les novices et les auditeurs y aflluaient de toutes parts, et les donations pieuses venaient, d'année en année, en accroître les richesses. Les soins de l'administration des biens que possédait la communauté en Angleterre, obligèrent souvent Anselme à passer le détroit. Lanfranc, qui, après avoir été son maitre, était resté son ami, occupait alors le siège de Cantorbéry. Anselme lui fit de fréquentes visites ; il eut ainsi l'occasion de se faire connaître du roi Guillaume le Conquérant et de son fils Guillaume le

Roux, en même temps qu'il se conciliait par ses vertus Testime du <îlergé et Taffection du peuple. Aussi, lorsqu'en 1089 la mort de Lanfranc laissa vacant le premier siège d'Angleterre, Anselme fut-il désigné par l'opinion unanime du peuple et du clergé comme son suc^îesseur. Guillaume le Roux tarda longtemps à pourvoir à l'évêché vacant, dont il percevait les riches revenus. Ce n'est qu'au bout de quatre ans que le roi, malade alors et préoccupé du salut desonàme, crut devoir céder aux réclamations du clergé dont les intérêts étaient en souffrance, et appela Anselme au siège de Cantorbéry. Celui-ci, cependant, refusait répiscopat. Il se sentait plus fait pour l'étude et pour la vie solitaire que pour les devoirs d'une charge aussi lourde. La situation, d'ailleurs, était difficile, et il prévoyait des luttes dont s'eflrayait son caractère

pacifique. C'était le temps où la question des investitures allumait la

guerre aux quatre coins de l'Europe. Les abus contre lesquels le pape^ Grégoire Vil avait protesté avec tant d'énergie étaient plus criants en — -core en Angleterre que partout ailleurs. Guillaume le Conquérant avai — \ eu pour politique de disposer des bénéfices ecclésiastiques en faveu^ des seigneurs et des prêtres normands qui l'avaient suivi en Angleterre^^ Il pensait par là affermir sa conquête et donner à son pouvoir de plu. ^g fortes racines dans le pays. Guillaume ^11, son successeur, était iv^ prince jaloux de ses prérogatives royales et^ amoureux du pouvoir absolu. Violent et débauché, il oppi'imait l'Eglise et affectait le plus profond mépris pour les remontrances que lui adressaient les prêtres. Il disposait des charges ecclésiastiques au gré de ses caprices ; il en investissait des hommes incapables ou indignes, afin de s'en faire des •créatures, ou bien il les laissait vacantes pendant de longues années pour s'en approprier les revenus. Les liens qui rattachaient l'Eglise •d'Angleterre au siège de Rome étaient d'ailleurs fort relâchés ; le denier de Saint-Pierre ne se payait pas; l'autorité des légats apostoliques était souvent méconnue. Enfin, l'Angleterre n'avait pas encore reconnu le nouveau pape Urbain II, et affectait de garder une sorte de neutralité entre l'antipape Clément et lui. Anselme avait déjà reconnu Urbain il comme seul pape légitime. Il était de ceux qui applaudissaient aux efforts de Grégoire XII et des papes formés à son école, pour l'affranchissement et la réforme de l'Eglise, et il était décidé a tout faire pour le triomphe des principes défendus par la papauté. Aussi hésitait-il à accepter ces périlleuses responsabilités de l'épiscopat. OnneputvaiDCPe ses refus que par une sorte de violence. Ses appréhensions ne furent que trop justifiées. A peine avait-il pris possession de son siège (1093) que les conflits qu'il avait prévus éclatèrent. Ce fut d'abord à l'occasion du pallium, signe de sa nouvelle dignité, qull ne voulait recevoir que des mains d'Urbain II; ce fut ensuite à propos des investitures et des revenus que le roi prétendait retenir. Guillaume, qui l'avait pris en haine, chercha vainement à le faire déposer par une assemblée d'évêques et de barons. Anselme ayant demandé l'autorisation d'aller à Rome pour consulter le pape sur les questions qui étaient un sujet de querelles entre le roi et lui, cette permission lui fut accordée, mais on ajouta que s'il quittait l'Angleterre, il cesserait d'être considéré comme

^vêifue par le roi. Anselme'parlii (1097) et il ne put rentrer en Angleterre qu'à la mort de'^Guillaunie le Roux (1100). Pendant son séjour en. Italie, il assista à deux conciles : celui de Bari et celui de Rome, où furent renouvelées les sentences d'excommunication prononcées contre les princes qui conféraient des investitures ecclésiastiques et contre les clercs qui les recevaient de leurs mains. Au concile de Bari, Anselme soutint avec éclat, contre les députés de TEglise grecque, la doctrine 4les latins touchant la procession du Saint-Esprit. Le discours prononcé au concilia devint plus tard un traité en forme qui a été conservé parmi les œuvres il'Anselnie : De processione S. Spiritus contra Grœcos liber. \je successeur de Guillaume II, Henri I"** Beauclerc, rappela Anselme et lui fit le meilleur accueil. Mais la lutte ne tarda pas à éclater de nouveau a roccasion des investitures et des réformes que rarchevêque avait décrétées dans uii synode tenu à Londres peu de temps après son. retour. Anselme dut prendre une seconde fois le chemin de Texil. Après un nouveau voyage à Rome, où il fut accueilli avec une faveur marquée par le pape l^ascal II, il vint se fixer à Lyon auprès de rarchevêque Hugues, son ami. Le roi, cédant aux instances de la reine Alathilde, consentit à un rapprochement. Une entrevue eut lieu au monastèn; du Bec. On convint de supprimer la cérémonie de Tinvestiture, occasion de la (|uer(;lle. C'était là une victoire pour Anselme et pour le Saint-Siège. Mais le roi, tout en'renonçant à conférer l'investiture, (conservait le droit de nonmier aux bénéficias vacants, ce qui laissait la porte ouverte à tous les anciens abus. Anselme rentra en Angleterre -en 1100 (;t y exerça paisiblement jusqu'à sa [mort (1109) la charge -épiscopah;. Un second synode de Londres, où fut reprise l'œuvre interrompue de la réforme, et une lutte victorieusement soutienne contre l'archevèciue d'York, qui contestait les droits du siège de Cantorbéry à la primatie, remplirent les dernières années de son épiscopat. — Anselme ne fut pas seulement un grand évé(iue,ilfut aussi un grand théologien. On peut Itî considérer comme le père de la théologie scolastique. Le premier il en a formulé le principe et tracé le programme. J\on quœro intelligere ut credam^ sed credo ut intellignm. Nam qui non crediderit, nofi €xpe7*ietur^ et qui expertus non fuerit, non inielligel (Prosl,, c. I, De fide trinit., c. 11). La foi doit précéder l'intelligence. L'expérience des <:hoses divines rend seule possible la science des choses divines. Tout l'eirort du théologien doit tendre à justifier rationnellement et à organiser d'une matière systématique les vérités enseignées par la révélation • et crues par l'Eglise. Anselme n*a rempli qu'une partie de ce vaste programme, et il n'a appliqué son principe {fides qwurens intellectum) qu'à certains points particuliers de la foi. La doctrine de Dieu et de la Trinité, celles de l'incarnation et de la rédemption furent l'objet préféré de ses méditations et la matière de ses [)nncipaux ouvrages. Dans lei)/oMo/o^///7/<, Anselme, pour répondre à un désir <{ue lui avaient souvent exprimé les moines du Bec, entreprend de démontrer par la seule force du raisonnement, et sans faire appel à l'autorité des saintes Ecritures, l'existence de Dieu et le mvstère de la Trinité. Toutes les choses, dit-il, qui ont en elles quelque bonté, quelque vérité et

:,r)2 ANSELME

quelque perfection, no sont ce qu'elles sont qu'autant qu'elles participent à la honte, à la vérité et à la perfection suprêmes. De même, tout ce qui est n'existe que par le fait d'un être qui existe souverainement et par lui-même. Cet être souverain, qui est aussi la lionté, la vérité et la perfection souveraines, c'est I)i(»u. On reccmnait là les princîipes réalistes qu'Anselme avait empruntés à saint Augustin. Anselme, c/)mme d'ailleurs tous les scolastiques, se fit le défenseur du réalisme, et attaqua les principes nominalist4^s, comme conduisant logiquement a l'hérésie (De fide trinitatis et de Jncarnalione Verbi contra Uasphemias Hoscelini), — Dans le Proslogium^ Anselme ramène à des termes encore plus simples la démonstration de Texistenc^» de Dieu. C'est loujoui's lu preuve ontologique, mais elle prend pour point de départ l'idée de l'être [)arfait telle que la conçoit notre esprit. Cette idée est l'idée d'un être tel «lue l'on ne peut rien concevoir de plus grand {aliquid quo fuhil majus cogitari possit), 11 faut nécessairement que cet être existe liors de l'intelligence; autrement, on pourrait en concevoir un autre existant à la fois dans l'intelligence et dans la réalité, lequel serait plus grand que lui, ce cpii est contraire à la définition de l'être parfait. Il est donc hors de doute que l'être parfait existe à la fois dans l'intelligence et dans la réalité, et il faut être ins<»nsé pour dire <ju'il n'y a point de Dieu (A'os/., c. II). L'argumentation d'Anselme fut attaquée par un moine de Marmoutiers, nonnné Gannilon ( Liber pro ùisipienle adversus Anselmiin Proslogio 7*atioci'natwnem ),G'ànmlon accusait Anselme de confondre deux choses fort distinctes : le esse in intellectu et le esse in re. De ce que nous avons l'idée d'une chose, il ne s'ensuit pas nécessairelOït^nt que cette chose existe. Anselme répondit à son tour (Liber apoiogeticus contra Gannilonem respondentem pro insipiente). II s'attache à montrer que l'idée de Dieu est une idée nécessaire que nous ne pouvons pas ne pas concevoir comme ayant un objet réel , tandis qu'il n'en est pas ainsi des idées des choses contingentes qui peuvent indifféremment être ou n'être pas. C'est dans h Monologium ([u'Anselme expose sa thtîorie de la Trinité. Dieu, dit-il, est intelligence, mémoire et amour. Il se connaît et il se parle éternellement lui-même; il ne peut secx)nnaîlre sans se souvenir de lui ; et il ne peut se souvenir de lui et se connaître sans s'aimer. La mémoire de Dieu, c'est le Père; son intelligence et sa Parole^ c'est le Fils ; son amour, c'est le Saint-Esprit, Et le Saint-Esprit procède ù la fois du Père et du Fils parce (jue l'amour procMe à la fois de la mémoire et de l'hitelligence. — Le plus remarquable des traités d'Anselme est le Cur Deus Homo, dans lequel la nécessité de l'incarnation et de l'expiation est rationnellement démontrée. Étant donné, d'une part. Dieu avec ses éternels attributs de sainteté et d'amour, et, de l'autre, le péché de l'homme avec sa gravite» infinie , la rédemption n'était possible que par l'incarnation et la mort du Fils de Dieu. Refuser à Dieu ce qui lui est dû, voilà en quoi consiste le péché. Il constitue donc une grav(» offense à la majesté et à l'honneur de Dieu, en même temps qu'il trouble l'ordre universel que Dieu lui-même a établi. Il faut que le péché soit puni ou (ju'il soit expié, autrement l'honneur de Dieu serait (tonjpromis et l'ordre de l'univers demeurerait troublé

)/expiaiioii vaut mieux que le châtiment, parce qu'elle est un hommage volontaire rendu au droit de Dieu que le châtiment sanctionne d'une manière toute passive. L'expiation est d'ailleurs nécessaire pour que les hommes soient sauvés, et Dieu veut qu'ils soient sauvés pour qu'ils aillent occuper dans la cité céleste les places laissées vides par les anges déchus (I, c. 16). Mais l'expiation n'est possible qu'à certaines conditions. Il faut offrir à Dieu, en réparation du péché, quelque chose qu'on ne lui doive pas déjà par simple devoir d'obéissance. Il faut ofTrir à Dieu plus qu'il ne lui a été refusé par la désobéissance, afin de réparer ainsi l'outrage que lui a infligé cette désobéissance elle-même ( I, cil). 11 faut enfin que la valeur de l'offrande soit infinie pour compenser la gravité infinie et le nombre infini des offenses commises (I,c. 20 et 21). Ces conditions, l'homme est incapable de les remphr. Il n'a à offrir à Dieu comme pécheur que ce qu'il lui doit déjà comme homme : car Thomme doit à Dieu tout ce qu'il est et tout ce qu'il a {oinne quod est, wme quodhabetj omne quod potest, débet ). Quand il aura tout donné à Dieu, il n'aura fait que son devoir, et il ne lui restera rien à offrir en compensation de son péché et en réparation de routi*age qu'il a fait à Dieu par son péché même. Il ne peut d'ailleurs offrir quelque chose d'un prix infini, quelque chose de plus précieux que tout ce qui n'est pas Dieu {aliquid quod superet omne quod non Deus est). Il n'y a rien, en effet, qui soit au-dessus de tout ce qui n'est pas Dieu, excepté Dieu lui-même. Dieu seul peut donc accomplir la satisfaction exigée. Et comme c'est riiomme qui doit cette satisfaction, il faut qu*elle soit accomplie par un Dieu fait homme (II, c. 6). Ce Dieu fait homme, c'est le Fils qui a pris la nature humaine en naissant de la Vierge Marie. Mais comment Jésus-Christ a-t-il accompli la satisfaction sans laquelle les hommes ne pouvaient être sauvés? Ce n'est pas par son obéissance, cjir il devait à Dieu cette obéissance comme homme, et il ne pouvait l'offrir en réparation des péchés des hommes. C'est par sa mort, qui a été de sa part un sacrifice volontaire. Jésus-Christ, en effet, ne devait pas mourir. La mort n'était pas pour lui une nécessité naturelle puisqu'il était le Fils de Dieu; elle n*était pas davantage le châtiment inévitable du péché, puisqu'il était parfaitement saint. Sa mort a été absolument volontaire: il a donné sa vie comme une libre offrande faite à l'homme et à la gloire de Dieu. Et cette offrande est d'un prix infini, car cette vie est une vie sainte et une vie divine; c'est là justement ce quelque chose de plus précieux (|ue tout ce qui n'est pas Dieu, exigé pour la réparation du péché, l ne telle vie, volontairement sacrifiée au milieu des soufi*ances d'une telle mort , c'est plus que l'équivalent des péchés des hommes, quels qu'en soient le nombre et la gravité. Vitam {Christi) tam sublimem^ tam prettosam apertissime probasti ut sufficere possit adsolvendum quod pro peccatts totiusmundi debelur^ et plus tn infinitum (II, c. 17). Anselme ajoute que, par sa mort volontaire, Jésus-Christ a mérité une nH^mpensc ({ue Dieu ne peut lui refuser sans injustice. Or, comme Dieu ne peut rien donner à son Fils que son Fils ne possède déjà, il lui donne le salut des hommes : c'est là son salaire et sa récompense. — Parmi les autres ouvi*ages d'Anselme, nous citerons : De casudiaboli;

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