ANTECHRIST
devint le type de toutes les autres et resta très-populaire chez les Juifs et chez les premiers chrétiens. On en retrouve les traces profondes dans les discours eschatologiques des Evangiles (Hatth. XXIV, 15 et passim), dans les épitres de Paul (2 Thess. II, 3), dans T Apocalypse de Jean (Apoc. XVI et XVII). Mais, dans ce dernier livre , la figure de l'Antéchrist s'est encore enrichie ou transformée. Néron a pris dans les imaginations chrétiennes la place d'Antiochus et a paru être la suprême personnification des puissances mauvaises, le véritable Anteclirist. Le caractère de ce prince, ses crimes et ses débauches, l'incendie de Rome, l'horrible persécution des chrétiens, tout devait porter l'Eglise primitive à voir dans les déportements de ce César les marques d'une méchanceté surnaturelle et diabolique. Comme on attendait le retour prochain du Christ, le règne de Néron ne pouvait être que cette période laissée au triomphe apparent du mal sur la terre avant l'apparition glorieuse du Messie, qui devait renverser tout cet empire dit l'Antéchrist du souffle de sa bouche. La révolte des Juifs, le siège de Jérusalem, vinrent tout à la fois exalter et confirmer cette attente et ces prévisions. Aussi quand la nouvelle se répandit que Néron détrôné, fugitif, s'était tué, les chrétiens, et avec eux presque tout l'Orient, refusèrent de croire à sa mort. On se disait qu'il avait été seulement blessé, mais qu'il avait été guéri et s'était retiré chez les Parthes d'où il allait revenir à leur tête pour châtier Rome (Suéton., Net'o, 57). Aussi plusieurs faux Nérons parurent-ils en Orient et y causèrent une grande émotion. Ces rumeurs effrayantes ont laissé des trac^^ dans l'Apocalypse où l'Antéchrist est très-clairement représenté- sous les traits de Néron (XIll, XVII), et même expressément désigné sous ce nom par le chiffre cabalistique aujourd'hui sûrement explicfué de 666, c'est-^-dire Néron César (voy. art. Apocalypse). A côté de cette image de l'Antéchrist, reflet du caractère de Néron, nous trouvons dans l'Apocalypse un second élément qui vient s'y ajouter et la compléter; nous voulons parler du faux prophète, du prophète de l'erreur qui séduit les habitants de la terre et les pousse à adorer la Bête (A]>0€ai. XIII, 14, 15). Cette prophétie menteuse est l'antithèse de l'enseignement authentique du Christ, ox)mme la puissance de la Bêle est l'antithèse du règne et de Tautorité du Messie. C'est surtout sous ce second aspect que Jésus, dans les Evangiles, a montré la puissance séductrice qui se manifestera dans les derniers temps et contre laffuelle il met ses disciples en garde. 11 parle même de plusieurs faux Christs qui feront de grands prodiges pour séduire les élus eux-mêmes. Cette même notion devient plus abstraite et plus générale encore dans les épitres de Jean. Il est question ici de plusieurs Antechrists qui ne sont pas autre chose que des docteurs hérétiques. L'idée de l'Antéchrist se confond avec celle de l'hérésie (1 Jean II, 18, 22; IV, 3; 2 Jean 7). Le type de cet enseignement d'erreur c'est Balaam, l'Anti-Moise. Aussi les faux docteurs sont-ils représentés comme les successeurs de Balaam (2 Pierre II, 15 ; Apocal. Il, 6, 14, 15 ; Targum de Jonath. à Esaïe XI, 4). — Dans la notion de l'Antéchrist conservée par la tradition ecclésiastique se retrouvent ces deux éléments : hostilité contre le Christ et