‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 2)Chapitre 144 sur 226 · ANTHROPOMORPHISME · texte numérisé non relu

ANTHROPOMORPHISME

de la vérité. Or, le premier terme de comparaison qui s'offre à Fesprit, ce que nous connaissons encore le mieux, c'est nous-mêmes. Un tel recours à l'analogie est surtout légitime en ce qui concerne notre notion de la divinité, puisqu*un des premiers enseignements de rEcrituro sur Dieu et sur Thomme, c'est que Dieu créa Thomme à son image; quelle que soit la distance qui sépare la créature de son créateur, et la distance plus grande qui sépare Thomme pécheur du Dieu trois fois saint, tant que Thomme n'est pas devenu un être d'une autre espèce, il nous faut reconnaître que la pensée divine subsiste et qu'il y a dans l'homme une ressemblance de Dieu. Cette conviction est contirmée par un fait solennel : quand Dieu voulut se révéler dans une manifestation suprême, il apparut sous une forme humaine, en Jésus qui a dit: (( Celui qui m'a vu a vu mon Père. » Dès lors, la nature et la vie humaines nous font comprendre la nature et Tactivité divines ; mieux nous nous connaîtrons, mieux nous connaîtrons notre Dieu; il y a dans notre science de Dieu un élément profondément humain, un inévitable anthropomorphisme, ce mot étant pris non plus dans un sens matériel et symboli([ue, mais dans un sens spirituel et doctrinal. La légitimité d'un tel anthropomorphisme a été contestée ; on a cru mieux rendre hommage à la grandeur de Dieu en revenant au principe des Ëleatcs : «L'Etre est si grand que nous n'en pouvons rien dire qui soit digne de lui ; nous ne pouvons ni le connaître, ni le concevoir, ni le nonmier. » Spinoza ne voulait pas qu'on supposât en Dieu un entendement ni une volonté, même infinis (voir Ethique^ part. I, prop. 17 et 32). L'idée de la personnalité de Dieu fut déclarée un anthropomorphisme, c'est-àdire un abaissement <le la majesté divine. Comment ne pas s'apeirevoir que c'est là un hommage dérisoire? qu'un tel Etre indétermiué ne diffère pas du non-être? Et si notre intelligence ne l'avait pas discerné, notre piété ne nous en avertirait-elle pas? Car elle ne peut soutenir de rapports réels et vivants avec une» abstraction logique. L'expérience est donc d'accord avec la révélation pour attester la vérité de l'anthropomorphisme doctrinal ; d'accord aussi pour en marquer |p rôle et par conséquent les limites. On peut objecter l'inconvénient, le danger d'un pareil rapprochement. Mais on ne saurait faire ce même reproche aux anthropomorphismes symbolicpies des Ecritures ; le but des expressions iigurées ([u'elles emploient est évident : c'est do rendre plus saisissable à notre esprit l'activité de Dieu, ses pensées, sa sollicitude, de rapprocher le Père de ses enfants, pour que ses enfants se rapprochent de lui. Tels sont aussi les anthromorphisnies de râmt^ croyante; ils varient sc>lon les degrés de la piété; dans la mesure où l'àme se détache du monde, se sanctifie, elle a une intuition plus vive et plus vraie de Dieu, intuition cependant imparfaite encore (1 Cor. XIH, 12), et ([uine fera place à la vue directe qu'au jour où nous serons tninsligurés (2 Cor. V, 7; IJean 111, 2). Malebranche cédait à une illusion de métaphysicien quand, parlant de V anthropologie (terme qui alors désignait rautlïroponiorphisme), il disait: « Comme l'Ecriturv est faite pour les simples comme pour les savants, elle est pleine d'aiithropologios »; indifiuant par là qu'à ses yeux les savants pourraieut

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