‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 2)Chapitre 151 sur 226 · AOSTE · texte numérisé non relu

AOSTE

trouve inopinément appelée, par la plume d'un de nos écrivains de talent, à figurer dans les souvenirs <[ui s'attachent à la vie du grand réformateur français. Dans un mémoire lu d'abord à TAcadémie des sciences morales et politiques sousce titre: Calvin auvald'Aoste(\9^ï)y puis inséré dans les Récits du XVI*" siècle (1864), M. Jules Bonnet a vivement intéressé les lecteurs en racontant une tentative malheureuse que Calvin aurait faite en 1536 pour évangéliser les Valdoslains. Après avoir corrigé à Bàle la dernière épreuve de son Imlitution chrestienne, Calvin fit un voyage à Ferrare, pour saluer de loin Tltalie, disaitil, et pour présenter ses hommages pleins de reconnaissance à la duchesse de Ferrare, Renée de France, la douce protectrice des réformés français. Il resta peu de temps à Ferrare. Pourchassé par l'Inquisition italienne, il rentra en France, se rendit dans sa ville natale, à Ko von, pour régler des affaires de famille, y passa environ un mois et projetait d'aller se retirer à Strasbourg, mais obligé à de longs circuits par la présence d'armées en campagne, il se trouvait dans les premiers jours de juillet , à Genève, où les adjurations de Farel le retinrent. C'est dans ce voyage de retour, entre Ferrare et Noyon, que se placerait l'épisode d'Aoste. Calvin n'en dit pas un mot et n'y fait pas la moindre allusion dans les vingt volumes in-i** d'œuvres et de correspondances (|u'il nous a laissés. Mais comment révoquerait-on le fait en doute, quand on voit encore aujourd'hui, sur la place publique d'Aoste, une colonne monumentale qui fut élevée en 15il, cinq ans après l'événement et sur laquelle sont gravés ces mots : flanc Calvini fuga erexil anno MDXLI. Religionis constantia rcparavit anno MDCCXLI ; quand on montre encore aux abords de la ville la ferme de Calvin, le pont de Calvin, la fenêtre de Calvin, et quand un grave personnage du pays décrivit, à la fin du dix-septième siècle ou au commencement du dix-huitième, « une Chronique d'Aoste », dans laquelle il rarx)nteen détail la tentative et la déconvenue du prédicateur. L'auteur de cette Chronique décrit une assemblée du Conseil des Etats du Val d'Aoste (]ui eut lieu, en effet, le t^ février 1336 dans un moment bien critifjue pour cette partie du Piémont (fue travaillaient des prédicants venus de Genève, tandis que s'avançaient des troupes de Berne et de France qui, huit jours après (0 mars), envahissaient les terres du duc de Savoie. Le Conseil prit la résolution de soutenir énergiquement son prince et d'expulser tous les fauteurs d'hérésie. Des procès- verbaux authentiques attestent le fait, mais sans prononcer le nom de Calvin. Or, un savant critique, M. Albert Rilliet, a démontré qu'il faut rayer de l'histoire, comme étant pure fiction, tout Vépisode de Calvin au val d'Aoste. Dans une (c Lettre à M. Merle d'Aubigné» (40 p. in-S'*, Genève, mai 18()i), il à démontré (jue Calvin était encore à Bàle, occupé de l'impression de son ouvrage au moment où ces événements se passaient, et que, loin d'avoir déjà fait son voyage à Ferrare, à la date du 28 février, il ne quitta Bàle pour le faire (|ue vers le milieu de mars. Cette preuve de Terreur paraît sans réplique, bien (jue l'auteur des Récits du XVI'' sicrle ait maintenu avec beaucoup d'habileté si'S affirmations (dans le Bulletin de la Soc. de l'hist. du ifroiestanlisme y L\lllj I. 26

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p. 183). Cette erreur,vraimeiitremarquable,s'expUquesansgrand'peine. La voix populaire est singulièrement prompte à mêler le faux au vrai; des ministres genevois étaient venus en 153G prêcher FEvangile dans la vallée ; pour le peuple d'Aoste, ce fut bientôt le plus illustre qui était venu, et le clironiqueur do Tannée 1700, ou environ, recueillit de bonne foi les bruits vagues du pays qu'il enregistra comme faits authentiques. M. Rilliet pense que ce fut en 17^41 lorsqu'on réédita la colonne qu'on inventa la date de 1541 qui formait précisément le centenaire. Celte supposition nous parait inutile. Nous croirions plutôt que le monument primitif fut élevé, en effet, en 1541, et qu'il portait bien cette date, mais que ses constructeurs avaient préparé, sans le vouloir, une mystifica* tion historique et formé la base de la fausse tradition tout entière en mettant sous le nom du plus grand hérétique du moment, la défaite de riiérésie, Calvini fuga. H. Bobdieb.

APATHIE, littéralement : absence de passions. Ce mot a deux acceptions bien dififérentes. Dans le langage ordinaire, il désigne un engourdissement de Tàme, une diminution de la vie morale, impliquant FindifTérence à ce qui devrait intéresser l'esprit, et l'insensibilité à ce qui devrait émouvoir le cœur. L'apathie peut être suggérée par le tjBmpérament, mais elle est coupable, parce qu'elle s'est développée à la suite d'un refus persévérant d'agir, et si elle préserve des fautes qui exigent quelque effort, elle est cependant une des formes les plus tristes de l'égoïsme, une répudiation de ce qui constitue la dignité humaine, un abaissement vers la vie végétative. — En philosophie, la signification de ce mot est tout autre : il désigne l'absence d'émotions considérée comme une vertu. Le stoïcisme veut «[ue la raison seule nous guide dans l'accomplissement de ce qui est juste; le sentiment ne doit jamais y prendre aucune part; nous acquérons l'indépendance en étouffant la sensibilité ; non-seulement les douleurs du corps et les souffrances de l'âme ne doivent plus avoir de prise sur nous, mais il faut nous interdire les émotions de l'amour; le sage assistera les malheureux, mais il serait iudighe de lui d'éprouver de la sympatliie (Epitect., Enchir,^ 10; M. Anton., Vil, 43). Tandis que l'apathie était pour les stoïciens un moyen d'accomplir austèrement le devoir, elle était, aux yeux du pyrrhonisme, une conséquence du doute universel; puisque le vrai et le faux, le bien et le mal ne sont que des apparences, il ne nous reste ([u'à ne plus nous émouvoir de rien et à goûter une parfaite tranquillité (Cic, Ac«</., 11, 42). Le christianisme ne veut comprimer aucune des puissances de l'àme, et la vie du Sauveur, telle qup l'Evangile nous la présente, n'offre pas la plus lointaine analogie avec l'apathie philosophicjue. Toiitefois le renoncement aux joies et aux agitations du monde, (jui est inséparable de la vie chrétienne, n'a pas toujours été bien compris; Tidée (jue Clément d'Alexandrie se fait du vrai sage rappelle la morale stoïcienne; et, à diverses époques, ceux qui aspiraient aune vie supérieure professèrent une indifférence complète, qui, si elle avait été praticiuée strictement, aurait amené non une expansion, mais un amoindrissement du cœur humain (.voy. entre autres Tart. Quicfisme). A. Matter,

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