G APHEK — APOCALYPSE
de Vénus et d'Adonis. Suivant Reland (Palxsl., p. 872) , l'Apliaoa des auteurs classiques est beaucoup trop au nord pour être rAphekdu livre de Josué. Mais il se trompe. Aphek est nommée expressémeu' (Jos. XIIl, 4) à côté de la grotte de Sidon, du territoire de Byblo^ du Liban et de Baal Gad.On la retrouve en outre (Jug. I, 31), sous le nom d' Af îg, parmi les villes dont les Hébreux, ne purent s'emparer. Elle est donc du nombre de celles ([ui sont toujours restées en dehors des frontières réelles de la Palestine. — Il faut en distinguer : 2. La ville d'Aphek près de laquelle Ben Hadadfut battu par Achab (1 Rois XX, 26). Gesenius (7%es., s. v. Aphek) place cette dernière à Test de la mer de Tibériade, sur remplacement du cliàteau-fort d'Aplieca cité par Eusèbe, F!q ou Afiq chez les historiens arabes. Afîq était au milieu de défilés célèbres, sur la route (|ui mène de Damas à Naplouse et à Jérusalem. Winer n'admet pas cette identification, qui parait pouitant à peu près certaine. — 3. Un ou deux endroits connus par des combats entre les Hébreux et les Philistins. L'un deux, mentionné dans Thistoire de la mort de Saûl (1 Sam XXVllI, 4; XXIX, 1), semble avoir été^ dans la vallée de Jézréel ; l'autre, célèbre par la mort des filsd'Hélietbb prise (le l'arche (1 Sam., IV,- 1), était près d'Ebenézer. U est possible- (|ue ces deux endroits ne fassent qu'un en réalité. — Le livre de- Josué (XII, 18) mentionne enfin un roi d'Apliek dans la liste des rois^ vaincus par Josué. — Il y avait aussi, dans la montagne de Juda une ville nommée Afêcià, mais elle s'écrivait difieremment des autrei- (Jos. XV, o3). Th. Bkbokb.
APHTHARTODOCÉTES. Une scission se produisit, vers l'an 335, parmi les évéques monopliysites que Justin I''' avait déposés et dont h plupart s'étaient réfugiés à Alexandrie. Tandis que Sévérus, patria^ che d'Antioclie, enseignait, avec l'Eglise orthodoxe, <jue le Fils, en s'incarnant, avait revêtu un corps semblable au nôtre, Julien, évèque d'IIalicarnasse, soutenait au contraire que ce corps, doué à la fois d'impassibilité et d'incorruptibilité, n'avait été assujetti à aucun besoiu, pas même à celui de la faim <^t de la soif ; qu'il avait été incapable de ressentir la douleur; qu'il était identi(}ue en tous points avec celui que le Christ avait porté après la résurrection. Protégée sous le règne de Justinien , la secte, dos aphthartodocètes fiçOapOs;, csy.io)), connue aussi sons le nom de julianistes. ou de phantasiastes (le corps du Cbrisl un oxn27[j.x, un fantôm<»), s'éteignit rapidement après sa chute (voy. Severns, Lif/er nfJJidiaH. Epiar, Jlalicarn., dans \eSpicileg. n/m.,X, 169; (îieselei*, dnmin. qua MnnuphyMiarum varix de C/n'is/i jtersona opinioiies iflusfranfm\ Gotting., \HX}).
APION, célèbre grannnairien et rhéteur d'Alexandrie, député par te Alexandrins à Caligula pour se f plaindre des Juifs, il ne reste de ses écrits que (lesfrdgmeiits,en particulier ceux qu'on trouve chez Josèphe, roufra ApioHem, (|ui a <-lierché à le réfut<?r (voy. Ahwaiidrie^ hnk dV
APOCALYPSE ou /(rcrhfiim do snûif Jvan. Cf livre, le derniei* du recueil <lu Nouveau Testament, est le clief-d'oMivre d'un genre littéraire, né au s(Mu <lu peuple juif dc^ ses espérances messiani([ues etquia particulièremejit fleuri, ai>rès l'exil, aux époipies de grande perse-
•cution (voy. Apocalt/pses juives). Après les Juifs ou pamllèlement avec * -«ux, les premiers chrétiens, (|ui attendaient eux aussi à bref délai le retour visible et triompliant de leur Maître, ne Tont pas cultivé avec moins de succès et d'ardeur, se servant des mêmes calculs, dos mêmes procédés de composition et des mêmes symboles. Aussi les trois premiers siècles virent-ils paraître un grand nombre d'apocalypses chrétiennes. Une seule, celle de Jean, a été admise dans le canon du Nouveau Testament non sans opposition et sans contro- ^'erse. — Longtemps on s'est trompé sur la nature et la signification de ce livre en voulant y découvrir Thistoire anticipée du monde et •<le TEglisc depuis Jésus-Christ jus(prà la lin des temps. De nos joui*s, la méthode historique, qui a résolu sans peine tant de problèmes, a retrouvé la clef de ce livre mystérieux. Chose singulière, cet ouvrage, <|ui passait pour le plus obscur de la Bible, est peut-être celui sur lequel règne la plus grande unanimité d'explication parmi les théologiens modernes. On est généralement d'accord en ettet sur le lieu ^t la dat4; précise de sa composition, sur sa signification générale, sur les idées qui l'ont inspiré et le but qui y est poursuivi. Le nom <ie l'auteur même ne ferait pas de difficulté, si celle question n'était liée à celle de l'authenticitédu 4° Evangile, énigme non encore résolue. Pour bien comprendre ce livre, il ne faut pas le séparer des autres apocalypses ni du genre spécial aucpiel il appartient. Ces apocalypses, avons-nous dit, apparaissai(»nt surtout aux moments de crise et de per- Sfk'ution. Plus l'épreuve était terrible, plus les croyants persécutés se persuadaient (|ue la délivrance promise et attendue était proche. Le triomphe de l'impiété réclamait la vengeance de Jéhova. Le livre de Daniel avait paru au milieu <les persécutions (exercées par Antiochus Êpiphanes, l'apocalypse d'Hénoch aux temps troublés de JeauHyrcan; <lc même l'apoiîalypse de Jean est sortie des convulsions (|ui agitèrent la Judée de Tan 07 à l'an 70 et amenèrent la destruction de Jérusalem. Cependant rien ne serait plus erroné que de se représenter un tel livre comme le produit spontané et désordonné de l'état de vision et ''i extase. (Jue l'auteur ait été un voyant^ il \ViM\ faut pas douter. Mais à <'ôté de l'illumination, il faut faire très-grande la part de la réflexion, ^le la subtilité d'esprit, de l'étude et même de l'imitation littéraire. Il ^t évident, par exemple, «pie Jean a beaucoup lu Daniel et le met à profit. Notons que les auteurs d'apocalypses sont- les contemporains des ''abbins, non des anciens prophètes. Ceux-ci obéissaient à une inspi- *'ation autrem^'ut libre et puissante. Mais, <|uand cette grande source jaillissante d'élociuence et de poésie tarit après l'exil, on vit aloi's la ^•«'flexion théologiciue succéder à l'inspiration prophétiijue.On se mit à *'-tudier minutieusement 1<îs anciens oracles, à calculer U»s jours (?t les lioures qui devaient s'écouler avant la délivrance promise, à manjuer l^îs phases successives de cet avenir glorieux, à interroger les événe- . 'n^nts, à observer les signes précurseurs, à combiner les nombres ^crés. Ainsi se forma peu à peu toute une science particulière, avec <les procédés mystérieux, une rhétoricjue étrange, un symbolisme; 'bizarre que l'imagination <Mif1animée par les persécutions mit en œuvre
dans les apocalypses, créations étranges où i 'exaltation de la foi et Fattento tiévreuse se joignent aux combinaisons les plus étudiées, à la symétrie la plus savante, aux allégories les plus ingénieuses. Tellt? est en particulier notre Apocalypse ; le ton lyrique de certains morceaux ne doit pas faire oublier le plan très-réfléchi et très-i';tudié de rensemble. Ou n'en saurait donner une meilleure idée qu'en la comparant à ces vieilles cathédrales gothicjues, contemporaines elles aussi d'une théologie scolasti([ue rafhnée, œuvre d'une inspiration religieuse très-puissante, mais où, malgré la multiplicité des colonnes, des chapelles et des sculptures, malgré la bizarrerie des formes symbolicjues qui se détachent de toutes parts, monstrueuses et mêlées comme dans un chaos, r^ne au fond cependant l'architecture la plus savante et la symétrie la plus soutenue, La cathédrale et l'apocalypse sont les pj'oduits d'épo<jaes analogues et d'un même génie religieux. Si l'image de la croix est à la base de l'architecture gothique, le nombre sept est à la base de la cxuistruction <le l'Apocalypse de Jean. Ce chiflrèou ses éléments reviennent partout. La révélation entière se compose de sept grandes visions; elle est dédiée aux sept Eglises d'Asie;. le livre qui reiTferme les secrets de l'avenir est fermé de sept s(;eaux, auxquels su(*cèdent les sept trompettes, puis les sept coupes. Jérusalem sera livrée aux Gentils pendant trois ans et demi, ce qui est la moitié de .sept. La grande prostituée est assise sur sept collines. La bete a sept têtes, etc., et(!. Il faut se rappeler toutes ces ingénieuses combinaisons pour ne pas se méprendre sur le caractère du livre. — Quant à soji (;onteiui, on n'en |)eut donner ici qu'une analyse sommaire. Le titre indi(|ue fort bien la nature et l'intention de l'ouvrage : « Révélation de Jésus-Christ (génitif subj.), que Dieu lui a donnée pour qu'il montrât à ses serviteurs ce qui dok arrive?' h^h-prochainemenl. » 11 est étrange (lue ces <lerniers mots n'aieut pas mis en garde les exégètes qui ont voulu chercher dans l'Apocalypse l'histoire d'un long avenir. Après une première vision, qui n'est <iu'une préface à la révélation elle-même et les sept lettres adressées aux Eglises d'Asie Mineure, le Voyant est ravi au ciel (IV, 1). £d face du trônt^ de Dieu, entouré des quatre cliérubins représentant la création entière et de vingt-(|uatre vieillards jeprésentant l'Eglise, est apporté un livre fermé d(î sept sceaux qui renferme les secrets de l'histoire. A mesure que chaque sceau est brisé, une partie de cette histoire apparaît. Le sixième sceau nous mène probablement au moment où vit et écrit l'auteur. L'avenir commence avec le septième. Nous sommes dans l'attente: ([u'apportera-t-il ? A ce point du drame, lauteur s'arrête. Une pause intervient. C'est un temp)S de préparation pendant lequel un ange va par le moiid(^ manpier au front les serviteurs de Dieu pour (ju'ils soient épargnés dans les suprêmes catastrophes (Vll-Vlll). Le septième sceau ù son tour est ouvert, mais 'il n'amène pas le dénoùment; il introduit sept anges armés chacun d'une trompette. Les sept trompettes sonnent tour à tour et dénoncent les châtiments (pii doivent précéder la lin suprême. Ici se pose une délic^itc question : La révéhition des troinpettes fait-elle suite aux révélations des sept sceaux, ou n'est-elle qu'un nouveau développement du même
Ihèiiie qui sera repris encore une fois dans Tirnage des sept coupes? En d'autres termes, avons-nous une succession ou bien une récapitu/ation? Cette dernière opinion nous parait la plus probable. L'auteur développe dans Timage des trompettes et des coupes les mêmes sifjfnes, les mêmes douleurs qui doivent amener la fin. Ce sont comme des reprises de plus en plus menaçantes. Après la sixième trompette, un nouveau moment d'arrêt intervient. De même que les élus, après le sixième sceau, ont été mar(|uês au front poui: être épargnés, de même maintenant le Voyant reçoit Tordre de mesurer le temple et le parvis qui doivent être sauvés, tandis que Jérusalem pendant trois ans et demi sera abandonnée aux païens (VllI-XI). La septième trompette, parallèle au septième sceau, ne fait <|u'introduire un nouvel acte du grand drame. Une femme parait qui a le soleil pour vêtement, la lune à ses pieds et un diadème de douze étoiles sur la tête. Elle met au monde un enfant que poursuit la bête aux sept têtes et aux dix cornes. L'enfant est sauvé dans le ciel; la femme se cache au désert (XI-Xll). Le prophète revoit la bête aux sept têtes et aux dix cornes montant de la mer. Une des sept têtes est blessée à mort. Mais elle est guérie, à la stupéfaction de la terre entière. Suit un autre monstre nommé le faux prophète, qui a la forme de Tagneau et le langage du serpent, séduit les hommes et leur fait adorer la première bête. Le chiffre de celle-ci est)r5ç = 666. « Oiie celui qui a de Tintelligence, ajoute l'auteur, calcule le nombre de la luHe, car c'est le nombre d'un homme, le nombre de son nom » (XllI, 17-18). Le Messie apparaît une première fois comme un fils d'homme, assis sur un nuage blanc, ayant une couronne d'or sur la tête et, dans la main, une faucille tranchante, signe que la moisson est prête (XVI). Les anges, tenant les sept derniers fiéaux, expression suprême de la colère divine, apparaissent. Ces fiéaux sont représentés par sept coupes de colère (|ue les anges viennent tour à tour verser sur la terre. Les cinq premières sont une série de formidables bouleversements dans la nature. A la sixième, l'Euphrate est desséché et les rois de l'Orient envahissent l'empire; ligués avec la bête blessée et guérie et avec les dix cornes, qui représentent les dix proconsuls, ils marchent <îontre Rome et rangent leur armée en bataille a Harmagedôn (nom mystérieux, ville de Ncggido ou Ilmne la grande), La stîptième coupe versée sur la terre consommera la ruine de Rome, la grande Babylone. Le prophète voit une femme assise sur sept collines, c'est la grande ville qui domine sur tous les rois de la terre. Elle est enfin détruite et pillée par les rois armés contre elle; dans le ciel retentit un terrible chant de triomphe sur la chute de cette ville, la grande prostituée qui s'est enivrée du sang des martyrs (XVll-XIX). La bête, blessée et guérie, a triomphé et règne. Mais la porte du ciel s'ouvre encore une fois et, sur un cheval blanc, le Messie fait son entrée dans le monde. 11 anéantit la puissance de la bête et la jette dans la fournaise ardente. Satan, l'ancien serpent, est lié pour mille ans. Le Messie ressuscite alors ses élus qui régneront avec lui sur la terre pendant cette période millénaire (le millenium) au terme de laquelle Satan sera de nouveau dé- 4;liainé. 11 poussera encore une fois le monde païen, Gog et Magog,
contre Jérusalem. Mais il sera vaincu à son tour et précipité avec la bête dans le {:;outt*re de Tenfer. Viennent enfin la résurrection générale, le jugement dernier, le renouvellement des cieux et de la terre, la description de la nouvelle Jérusalem où les élus goûteront les joies de réternité. Des avertissements solennels, analogues à ceux qui ouvraient le livre, lui servent de conclusion.
La clef de cette révélation se trouve dans les chapitres XIII et XVII qu'il suffit de comparer, et de lire avec attention pour être transporté dans le milieu historique et au moment précis où écrivait l'auteur. Luimême a pris soin d'attirer notre attention sur ce point par des avertissements répétés (X11I,18, XVII, 7, 9). Ilprendlapcino'desoulcver un instant le voile de ces figures symboli(|ues et de les faire connaître par dos explications trè&-claires. « Voici, lui dit Tangequilui montre la vision de la grande prostituée, je vais te révéler le mystère de la femme et de la l)ète qui la porte, ayant sept têtes et dix cornes » (XVII, 7). D'ailleurs certaines de ces figures sont si nettes et si transparentes, (ju'il est impossible de s'y méprendre. La femme revêtuede la lumièredu soleil (XII), qui a un diadème de douze étoiles et enfante le Messie, c'est évidemment l'Israël croyant d'où le Messie est sorti et qui se continue dans l'Eglise persécutée. Dans la prostituée dont le nom mystique est la grande Babylone (XVII, 9), qui rè^ne sur la terre et sur la mer, et est assise sur la bête aux sept têtes et aux dix cornes, ijui s'est enivrée du sang des martjTS, et reste la mère de toutes les abominations païennes et de toutes les irapuretés, il est aisé de reconnaître la ville de Rome. La bête, c'est l'empire romain. Les sept têtes sont les sept collines sur lesquelles la capitale de l'empire est assise. Mais, ajoute l'auteur, ce sont aussi sept rois (xai gar.XeTç èxra £'.7tv, XVII, 9 et 10), c'est-à-dire sept empereurs, l'empereur étant vraiment la tête de l'empire. Si les sept têtes représentent l'empire dans sa durée, les dix cornes le représentent dans son étendue; c^s dix cornes sont les dix proconsuls, ipii n'ont qu'une seule pensée, celle de la tête et gouvernent avec elle. Des sept emiuTcurs, cinq sont déjà tombés, c'est-à-dire sont morts; le sixième règne à l'heure présente, le septième n'est pas encore venu, mais ne régnera pas longtemps. Ces indications sont si claires (|u'on ne comprend guère qu'elles aient été jamais mécoinnies. Les cinq empereurs tombés sont : 1" Auguste, ^' Tibère, 3° Galigula, 4<> Claude, 5° Néron. Le sixième, régnant à l'heure où écrit l'auteur, c'est donc Galba qui occupa le trône de juillet (58 à janvier 69. On prévoyait déjà (prOthon le remplacerait et ne régnerait pas longtemps ; car chaque jour grandit la rumeur populaire qui annonce le retour de Néron. L'Apocalypse a donc été écrite dans les derniers mois de (58. Il est vrai qu'on peut se demander si Jean a considéré comme de véritables empereurs Othourt Vitellius, qui disparurent sans avoir eu le temps de faire pailoul recoDnaitre leur autorité. Faisons la part à cette incertitude et contentonsnous de dire qu'en tout état de cause l'Apocalypse a été écrite apns la mort de Néron (juin 68), et avant la prise de Jérusalem par Titus i70). Si nous reprenons les indications de l'auteur, on verra comment se vérifie dans le détail l'exactitude de ce premier résultat. L'empire se
personnifiant dans l'empereur, il ne faut pas s'étonner que le huitième empereur, TAntechrist attendu, soit à son tour représenté comme la bête elle-même. « Et la bête, dit notre auteur, qui était, qui n'est plus, sera le huitième » (XVll, 11). Mais, ajoute-t-il, ce huitième empereur, a été déjà Tun des sept premiers. C'est la tête qui avait été blessée à mort, et dont la blessure a été guérie (XIII, 3). Le monstre, jeté dans l'abîme, va reparaître au grand étonnemeut du monde entier et réunira bientôt une armée dp partisans. Avec les rois de l'autre côté de l'Euphrate et les dix proconsuls de l'empire qui se prononceront en sa faveur, il marchera contre Rome et se vengera d'elle en la détruisant. Est-il possible de s'y méprendre et de ne pas reconnaître Néron? Mais, dira-t-on, comment un homme de sens rassis a-t-il pu annoncer le retour de Néron comme huitième César, alors qu'il était du nombre des cinq premiers disparus? Que veut-il dire en le représentant comme la bête qui est blessée et qui est guérie, qui était et qui n'est plus, et va bientôt remonter de l'abîme? A cette question les historiens romains nous donnent une claire réponse. Tacite et Suétone nous racontent en eti'et que le bruit se répandit surtout en Orient, sous le règne de ses successeurs, <iue Néron vivait encore. On disait tout bas que ses meurtriers ne l'avaient pas tué, mais seulement grièvement blessé, qu'il s'était réfugié chez les Parthes, d'où il allait bientôt revenir, suivant une antique prophétie, pour régner sur TOrient ^ détruire Rome. Au moment même où Jean écrivait à Patmos, un aventurier ressemblant de visage à Néron se faisait passer pour lui en Asie Mineure et dans les îles de l'Archipel et y causait la plus grande agitation (Suétone, Nero, 57 et 38; Tacite, Hht., I, 2; II, 8-9; Dion Chrysostôme, 0;•a^, XXI; Livres sibyllins, V, v. 33; VIII, v. 71; Sulpice Sévère, Hist., II. Ce dernier écrivain, en rapportant cette légende, la met précisément en rapport avec Apocal. XIU, 3). — L'auteur de l'Apocalypse partagea celte croyance générale en l'appropriant à ses espérances de chrétien. L'Eglise, en effet, avant le retour du Messie, attendait la venue de l' Anti-Messie (2 Thess., Il, 3). Quoi de plus naturel pour les chrétiens, tremblant encore de l'horrible persécution de l'année 6'i, que de voir cet Antéchrist dans le prince qui semblait avoir résumé en sa personne tous les vices et toutes les cruautés, dans cet incendiaire de Rome, ce meurtrier de sa mère, ce roi de la populace, que l'enfer même n'avait pu retenir et qui ne pouvait reparaître d'une façon si prodigieuse que pour accomplir son grand rôle d'ennemi de Dieu et de l'Eglise? La dernière épreuve à laquelle cette explication reste soumise achève de la conlirmer. L'auteur n'a pas donné le nom propre de l'Antéchrist; mais il l'a indiqué par un nombre, selon les procédés cabalistiques du temps. Le nombre de ce nofn est 666. A la lin du second siècle, la signification de ce chiffre n'était pas encore tout à fait oubliée. Quelques-uns y savaient encore lire le nom de Néron. Mais plus tard, le sens dece passage se perdit en même temps que celui du livre tout entier. La polémique acheva d'égarer l'exégèse. Les protestants se sont rattachés à une interprétation qui date d'Irénée et, dans le nombre 666, ont trouvé le mot Lateinos, c'est-à-dire le pape. Les catholiques y ont
lu par contre Lutheranos et présenté le docteur iMartin Luiher comine la bête de r Apocalypse. Les piétistes anglais, allemands et suisses ont su y découvrir le nom de Buonaparte, etc. etc. Plusieurs savants à la fois, en 1835, parmi lesquels MM. Reuss à Strasbourg, Hitzig à Heidelberg, Benory à Berlin, Fritzsche à Halle, ont retrouvé la véritable interprétation. En écrivant en lettres hébraïques le nom de Néron César, on obtient exactement le nombre 666. d = 50 ; i = 200 ; i = 6 ; d = 50 ; p = iOO; D = 60; 1=200: total 666. Et si on écrit Nero, forme latine, en supprimant le noun final, on obtient encore 616, chiffre qui correspond à la variante de quelques manuscrits occidentaux. Nous ne pouvons poursuivre cette explication historique des symboles de TApocalypsc. Quelques-uns ne sont pas moins clairs que ceux que nous venons d'indiquer, d'autres restent plus obcurs, soit parce que les allusions de Fauteur nous échappent, soit parce qu'ils sont la libre création de son imagination poétique. Il ne faut pas en effet méconnaître le côté idéal de TApocalypse. Vouloir, commecertainsexégètesronttenté, trouverla désignation d'un événement local et particulier, dans chaque image des sept sceaux, des sept trompettes, des sept coupes, c'est tenter une entreprise irréalisable où la place est laissée trop grande à l'arbitraire et à la subtilité. D'ailleurs ce que nous avons dit suffit pour déterminer le sens général et la portée du livre. On se demandera plutôt comment, en l'an 68, notre auteur a pu arriver à croire que la fin du monde était imminente. On le comprendra sans peine en se rappelant, d'un côté, les discours cschatologiques mis danslabouclie de Jésus par nos trois premiers évangiles et en particulier le chapitre XXIV de Matthieu, et de l'autre, l'état de la Judée et du monde romain en général à cette époque. Jésus a certainement prédit à ses disciples la destruction de Jérusalem et son retour glorieux. Il a pu ne pas joindre ces deux événements; plusieurs indices permettent de le supposer; mais il n'est pas moins certain que ses disciples les ont considérés comme devant être simultanés. Cette confusion caractérise môme les discours cschatologiques qu'ils nous ont rapportés. Toute la primitive Eglise (et Jean, Paul, Pierre ne font pas d'exception) a cru à un prochain retour du Maître crucifié. Est-il donc étonnant que le prophète de Palmos, en voyant Jérusalem perdue, ait attenduàbref délai la réalisation des promesses de Jésus ? Que l'on songe à la situation dans laquelle on se trouvait. L'Eglise avait déjà terriblement souffert; elle ressentait ces douleurs de l'enfantement (coB'.ve;), cette affliction suprême (^y.o'.q) que Jésus avait données comme les signes précu^ seurs de son avènement. La ville sainte était serrée de? près par les armées romaines et la communauté chrétienne de Jérusalem a vailfui de l'autre côté du Jourdain, à Pella. En même temps toutes sortes de fléaux, depuis quehiues années, sévissaient sur les peuples: des famines, des pestes, des guerres atroces, des tremblements de terre; des phénomènes effrayants dans le ciel et sur la terre se succédaient sans relâche (voy. Renan, Antéchrist, pages .*{2I-3*JÎ)). Tout ce qu'avait préilit Jésus-Christ se réalisait d'une manière terrible. Le spectacle qu'offrait l'empire romain n'était pas moins extraordinaire. Néron est tombé,
mais personne ne croit à sa mort. L^^npire semble rester vacant ; et de toiites parts éclatent des symptômes d'une conflagration universelle. Les deux Flaviens sont menaçants en Palestine; Mucianus s*agite en Syrie, Vitellius en Germanie ; Othon s'élève à Rome. Ces signes de dissolution n'échappent pas au Voyant de Patmos et il ne croit pas hasarder beaucoup en annonçant que les cornes de la béte vont bientôt se tourner contre la béte elle-même pour la détruire. À toutes ces circonstances ajoutez maintenant la rumeur grandissante du retour imminent de Néron à la tète des Partlies. Quelle contre-partie du rôle du Christ, que cette résurrection de l'homme de péché! Quelle antithèse diabolique! L'Antéchrist a paru une première fois et , comme le Christ luimême, il a été frappé a mort, il est descendu dans l'abime ; comme lui il revient pour achever son rôle, réaliser son idéal, grouper autour de lui toutes les forces de l'idolâtrie et du péché, et livrer au peuple de Dieu et ù son clief lu suprême bataille dans laquelle il sera vaincu. Quel devait être l'effet d'une telle vision sur une imagination aussi ardente que celle de l'auteur de TApocalypse? Sans doute, Jean s'est trompé; le Christ n'est pas revenu; le monde a suivi son cours. Mais ajoutons que Jean ne s'i^t trompé ni plus ni moins ({ue Paul au chapitre XV de sa première épitre aux Corinthiens, (juelesrédacteui*s de nos évangiles et toute» la première génération des chrétiens. Son erreur a été celle de son épocjuc, et il y aurait injustice à la lui reprocher plus qu'à ses contemporains. — Il resterait à déterminer la tendance dogmati<|ue et la valeur religieusiî et morale de l'Apocalypse. Nous avons en elle, sans contredit, un produit de ce <jue Ton a appelé le judéo-christianisme primitif par opposition à la tendance plus Hbérale de Paul. Mais on est allé trop loin quand, après Baur, M. Voliîmar {Commentarzur Offenlmrung Ju/tannis, i8G2)^ M.Hilgenfeld(//w/onfA-AV//isc^e Eùikiiung in das N. Testament, 1875) et d'autres exégètes de la même école y ont découvert une violente polémique contre Paul et sesdisciples. Le faux proi)hètc du chapitre XIII, 1 i-i^, <|ui ressemble à un agneau et parle connue le dragon, qui séduit les honnnes et les pousse à adorer la bête, ne serait pas autre que Tauteur de Tépitrc aux Romains, déclarant (|ue toute autorité vient de Dieu et prêchant l'obéissance aux pouvoirs établis (Rom. XllI, 1-0). De même, ce serait encore la tradition de Paul et ses adhérents (jue l'auteur poui*suivrait sous le nom des Nicolaïtes, des |)artisans de Jézabel, dans les lettres aux Eglises (FAsie (Apoc. II, 0, 9, l'i, 20, etc.). Ces rapprochements ne paraitronl cpie spécieux à des esprits libres. Ces mêmes savants S(î s<mt également trompés sur le vrai caractère de l'Apocîalypse en parlant, comme ils l'ont fait, du matérialisme religieux, du fanatisme juif, des conceptions étroites et grossières de son auteur. Ils ont eu le tort de prendre à la lettre les descrij)tions et les symboles a|>ocalyptiques. Ils ont oublié «pie c'est là un langage ((u'il faut comprendre et traduire, une rliétori(tue dont le propre est de cacher les idées abstraites sous des images matérielles. Si l'on veut tenir compte de cette» sorte d*expressio]i plasti(|ue et creuser sous les symboles, on trouvera chez notre auteur une dogmatique et un genre de [piété d'un spiritualisme aussi élevé (fue celui de la plupart des
écrits du Nouveau Testament. Tout le monde connaît, par e-vemple, la description fastueuse de la nouvelle Jérusalem descendant du ciel, représentée comme une grande ville carrée, ayant 12,000 stades de tour, 3,000 stades de chaque côté et 144 coudées de hauteur, avec 12 portes glorieuses. Prendra-t-on cette description et ces chiffrer à la lettre? Ne voit-on pas que ces nombres en particulier sont des nudtipies de douze et expriment simplement la plénitude, la perfection atteinte de Tlsraël de Dieu? Au même endroit, la Jérusalem céleste est représentée comme une femme, comme la fiancée de l'agneau (Apoc. XXI, 9.), et Tauteur se rencontre ici avec saint Paul (cf. Eph. V, 32 et 2 Cor. XI, 2). De même, au chapitre IV, il compare la vision <le Dieu sur son trône à la vision éblouissante d'une pierre de jaspe et de sardoine. Allons-nous dire qu'il se représente Dieu c^mme une grande pierre brillante? Trouverez-vous ailleurs une notion du Dieu suprême plus sévèrement spiritualiste (cf. IV, 9)? Même observation sur son prétendu particularisme juif. Il doime à l'Eglise le nom d'Israël; il précise le chiffre des élus à 144,000 (12,000 de chacune des douze tribus). Mais immédiatement il ajoute i\\ie cette foule est recrutée de toute race, de toute tribu, de toute nation et de toute langue (VII, 9). En <lonnant à ce nouveau peuple de Dieu le cadre théocratique et le nom d'Israël, il se rencontre encore avec Paul (Koni. I, 1(5; Gai. IV, 28; Phil. III, 3), et avec l'auteur de Tépitre aux Hébreux. Sans doute, il considère le monde païen comme le royaume du démon ; mais Paul n'en parle pas autrement (2Ck)r. VI, 14; 1 Cor. VI, 6; Gai. II, 15, etc.). La christologie de l'Apocalypse et la doctrine de la rédemption qui s'y appuie sont bien plus rapprochées des doctrines analogues de Paul que de celles de l'épître de Jacques. Le Christ y est appelé l'Alpha et l'Oméga, le premier-né des morts, le Logos de Dieu. Il est l'Agneau immolé dont le sang a effacé les péchés et blanchi les robes des élus, etc. (Apocal. I, 5, 17; V, 9-14; VII, 14; XIX, 11, 13, etc., etc. Gomp. avec fiom. VIII, 29; Col. I, 15; ICor. V,7; Rom. III, 25, etc., etc.). Enfin, nous trouvons dans tout le cours de l'Apocalypse une série d'images familières où s'exprime une piété intime et douce, un mysticisme clirétien qui rapproche beaucoup cet ouvrage de la première épître de Jean et du quatrième Évangile (II, 7, 17; Gomp. Év. de Jean VL 3-35; Apoc. III, 17-20; VI, 1-14; Gomp. 1 Jean I, 7; Apoc. XXI, G; Gomp., Év. de Jean VII, 37). Citons, pour terminer, ce seul passage qui donne le vrai ton de la piété de l'auteur : « Voici l'habitation de Dieu avec les hommes : il plantera sa tente avec eux. Ils seront son peuple, et Dieu lui-même habitera avec eux comme leur Dieu. Il séchera toute larme de leurs yeux. La mort ne sera plus, ni l'affliction, ni les lamentations, ni la fatigue. Les choses anciennes sont passées. Voici, je fais toutes choses nouvelles (Gomp. 2 Cor. V, 17;. Je suis l'alpha et l'oméga, le commencement et la fin. A celui qui a soif, je donnerai gratuitement de l'eau de la vie; celui qui vaincra héritera de ces choses. Je si»rai son Dieu; il sera mon fils (XXI, 3-7) ». Trouvera-t-on une plus tendre et plus belle page dans les épîtres de Paul ou dans l'Evangile de Jean? — Sans doute, c'est une difficile question de savoir si cet Evangile et
l'Apocalypse peuvent avoir été écrits par le même auteur; mais il est certain que ces deux ouvrages, nés dans la même région de TAsie Mineure, malgré les différences qui les séparent, restent unis par un mystérieux lien de parenté. Quoi qu'il en soit, l'auteur de TApocalypsc se nomme lui-même Jean, esclave de Jésus-Christ (1, 1), frère de» autres chrétiens, leur compagnon d'épreuve, qui, ravi en esprit un dimanche dans l'ile de Patmos, a reçu la révélation qu'il adresse aux Eglises (I, 9-il). Patmos est une île à l'ouest d'Ephèse, à six heures de navigation environ, la première escale pour les vaisseaux allant de cette ville à Rome (voy. Patmos). On a tort de se la représenter comme un désert. Elle était, au contraire, à cette époque fort peuplée et trèscommerçante. Quelles circonstances avaient amené Jean dans ce lient Xous l'ignorons. Les mots dont il se sert (I, 9), 5ti tsv acy-v tsj Oscu xal TT/; jjLaprjptov 'IyjîcO, sont malheureusement trop vagues. En tout cas, il faut écarter la légende d'une déportation, car l'ile de Patmos n'a jamais été un lieu d'exil ou une prison. Peut-être le disciple de Jésus fuyait-il quehfucs menaces des Juifs ou des autorités romaines d'Ephèse; peutêtre y était-il venu simplement pour prêcher l'Evangile. Bien qu'il no résulte pas du passage cité plus haut (jue l'Apocalypse ait été nécessairement écrite à Patmos, elle a vu le jour dans ces parages. On est frappé, en la lisant, du grand nombre d'images empruntées par l'auteur à la mer, à la vie maritime et au commerce d'un port de mer. Il parle souvent des marchands et des gens qm naviguent sur les grandes eaux. II entend leurs chants, il énumère leurs marchandises (XVÏII, 13). Il ne décrit pas directement la chute de Rome, mais il rend l'émotion que la ruine de cette ville a causée parmi les marins et les gens de trafic. (( Les marchands pleurent sur elle et sont dans le deuil, les marins poussent (k^ cris en voyant monter la fumée de l'incendie (|ui la dévore » (XVIII, lo-iW). Mais en même temps on ne peut douter que Tautcur ne soit un Palestinien d'origine, un Juif de mceurs et d'idées (|ue le sp(M*tarle du monde païen révolte. Tout ce i\u'i\ voit, tout ce qu'il entend. Tidolàtrie universelle, les statues <les dieux et des princes, les noms blasphématoires dWngusfus, de Divus donnés aux empereurs, jus(|u\i Tefligie <]ui est sur les monnaies romaines, excitent son indignation et appellent ses anathèmes. Cette caractéristique semble bien convenir à celui (jue Jésus un jour a surnommé « le fils du tonnerre», à l'apôtre Jean. La plusancienne tradition ecclésiasti(|ue, représentée par Papias (craprèsun Comment. d'André, évê(jue<leCésarée, (lu'ontrouvc dans (pu'lcpies éditions des œuvres de Chrysostome, édit. de F'rancfort, tome II, page 175), par Justin martyr (Dial.c. Tryph.r. 81),parMéIitoij, qui avait écrit un livre sur l'Apocalypse (Eusèb., //. £*., iV, 20; par Jérôme, />H rir. iiliisfr., c. 2i), par Irénée (ILrres., 1\ , 20, 11), et ïertullien (/)t*j)riesrripf.^ C. 33; Contra Mny^cinnem, III, l't, et<*.), témoigne en faveur de cette origine apostolique. Il est vrai (pie plus tard nous rencontrons des opinions contraires. L'Apocalypse devint suspecte à un grand nombre de docteurs de l'Eglise grec(|ne, à cause d(?s espérances millénaires qu'elle entretenait. Les aloges l'attribuaient à Cérinlhe comme aussi le quatrième Kvangile; Denys d'Alexandrie, àJe^n le [uvsbytre; Eusèbe
semble incliner à cette opinion {H. E,^ III, 39). Mais les motifs dogmatiques quiTont suscitée sont trop apparents pour qu'elle puisse contrebalancer les témoignages cités plus liaut. Cetie question ne peut se résoudre isolément : elle tient à celle de Torigine du quatrième Evangile. L'apôtre Jean peut-il avoir, même à des époques éloignées, écrit les deux ouvrages? Nous devons renvoyer la discussion de ce prol>lème littéraire à Tarticle Jean. — Quanta la fortune du livre au sein do TKglise chrétienne, elle a été fort diverse avec les temps, les lieux et les hommes. L'intelligence, nous l'avons dit, s'en perdit de très-bonne heure. Si quelques écrivains comme Sulpice Sévère, l'évêque Viclorin de Petau (mort en 303) la commentent encore avec un sentiment assez juste, le plus grand nombre, à partir d'Irénée, cessent d'y rien comprendre et restent dans l'embarras. En Orient, le livre fut considéré par quelquesuns comme apocryphe. La Peschito ne l'avait pas accueilli; Origène hésite; Denys d'Alexandrie le repousse; Eusèbe le classe parmi les antilégomenes (H. E,^ VII, 25). Chrysostôme n'a pas d'homélies sur l'Apocalypse. Auprès de l'Eglise latine, elle ne rencontre pas la même défaveur. Elle avait déjà pris dans le canon une position trop forte pour qu'il fût possible de l'en expulser. Après Jérôme et Augustin, elle est tenue pour canonique, et l'on eut recours aux tours de force de l'exégèse la plus vertigineuse pour résoudre les objections et trouver un sens au livre. Avec Joachim de Flore (douzième siècle), nous entrons dans l'océan des imaginations et des interprétations arbitraires (Exposùio iïi Apocalyp,). Elles n'ont plus cessé jusqu'à nos jours. A l'époque de la Réformation, l'Apocalypse redevint embarrassante, parce qu'elle restait inintelligible. Luther s'est exprimé très-librement sur l'Apocalypse dans la préface qu'il a mise à sa traduction (voy. surtout la première édition ; dans les suivantes, les expressions ont été adoucies). Calvin a été moins audacieux, mais il n'a pas conmienté le livre de Jean. Ce n'est que de nos jours, et grâce à la critique historique, que l'Apocalypse, en s'expliquant, a repris la place élevée qui lui appartient parmi les livres sacrés. Autant elle était obscure et rebutante quand on la considérait comme un recueil d'oracles abstraits où chacun pouvait trouver le reflet de ses rêves , autant elle devient lumineuse et belle à qui sait comprendre le temps où elle a paru et la foi qui l'a produite. Sans doute les calculs de l'auteur se sont trouvés erronnés. Mais les pensées religieuses (pii sont à la base du livre sont éternelles. L'Apocalypse a été précieuse à tous les persécutés, parce que c'est un livre de consolation et d'espérance ; c'est la protestation triomphante des martyrs contre les bourreaux, du bien et de la vérité contre le mensonge, de la foi contre k*s peines de la vie présente et contre la mort. Voilà pourquoi tant de paroles de l'Apocalypse sont restées chères à l'Eglise : avertissements solennels qui la réveillent, effusions tendres qui la consolent et la relèvent, promesses (pii l'encouragent. Aussi a-t-elle eu raison de garder ce beau livre, le dernier mot de l'antique prophétie d'Israël, dans le recueil du Nouveau Testament. — lithliograjt/iic. La littérature exégétique et critique suscitée par l'Apocalypse est à peu près infinie. Pour riiistoire des interprétations apocalyptiques,
nous renvoyons simplement le lecteur à Touvrage capital de Lûcke : Versuch einer vollst. Einleilung in die OffenbcrungJoh, und in die gesammte apocalypt . Litterafur, i^ édit., Bonn, 1832 ; ï^édit., 18o2. 11 y faut ajouter les introductions générales au Nouveau Testament depuis lÛchard Simon jusqu'à Hilgenfeld. Pour les ouvrages spéciaux modernes, nous les rangeons eu deux classes : Ck)mmentaires de Técole prophétique traditionnelle, et commentaires de Técole historique. Les principaux de la première sont : Hoifmann, Weissagung und Erfûllung, 1844 ; Hengstenberg, Die Offenbarung des heiligen Johannesy 2 vol., Berlin, 1849-1851 ; Ëbrard, Die O/fenbcu'ung Jokannis erklœrty 1853, (dernier volume du commentaire d'Olshausen sur le Nouveau Testament) ; Auberlen, Der Prophel Daniel und die Offenbarung JoAannis, 2^* édit., 1857; Rougemont, la Révélation de St Jean expliquant l'histoire, 1866 ; Gaussen, Daniel le p?*ophète, 1850. Nous tenons pour condamné déilnitivement le système d'interprétation de ces divers auteurs. On peut plus utilement consulter parmi les ouvrages de la seconde classe : De Wette, Kurzgefasste Erklœrung der Offenbarung Johannisj 1848 (dernier volume de son commentaire sur le Nouveau Testament) ; Ewald, Die Johanneischen Schriften ûbersetzt und erklxrt, 2 vol., 1862; Bleek, Vorlesungen ûber die Apokalypse, 1862; Diisterdiek, Kritisch-exegetisches Handbuch ûber die Offenbarung Johannis (dernier volume du commentaire de Meyer sur le Nouveau Testa- .meut, 2*' édit., 1865) ; Reuss, /^/s/f>^>'e de la théoL apostolique^ 3*" édit., 1864 ; du même, article Joh. Apocalypse dans TEncyclopédie d'Ersch et Gruber, tom. 22 ; Kienlen, Commentaire historique et critique sur t Apocalypse de Jean^ Paris, 1870 ; Volkmar, Commentar zur Offenbarung Johannis^ 1862; Renan, V Antéchrist ^ 1873. A. Sabatier.
APOCALYPSES JUIVES. Parmi lesnombreux livres apocr^-phcs de T Ancien Testament, qui ont joui d'une autorité canonique auprès d'une ou plusieurs Eglises chrétiennes, on en distingue, sous le nom d'apocalypses (révélations) y un certain nombre qui présentent ces trois caractères principaux: l'^Ces livres se donnent comme le produit d'une communication céleste adressée à l'écrivain dont ils portent le nom; 2" ces livres sont supposés ou. pseudépigraphes, c'est-à-dire (jue la révélation qu'ils contiennent s'abrite du nom et de l'autorité d'un personnage considérable appartenant au passé et que l'auteur réel se dissimule sous le patronage de ce nom vénéré; 3^ ces livres sont principalement consacrés à l'exposition de l'avenir du peuple juif, ou, eji d'autres termes, leur contenu est essentiellement messianicpie et eschatologique. Le livre canonique de Daniel, remontant, suivant l'opinion généralement admise aujourd'hui, au temps de la persécution d'Antiochus Epiphancs (aux environs de l'an 166 avant J.-C.), offre, surtout dans sa seconde partie (ehap. Vll-Xll), le modèle du genre : il présente, en efîet, au plus haut degré le triple caractère, apocalyptique, pseudépigraphe et eschatologiciue, ([ue nous avons marqué (voyez Daniel). Les apocaplyses, ainsi définies, constituent donc une branche de la littérature pseudépigraphe juive, qui prit un développement extraordinaire aux environs de l'ère chrétienne. Nous renvoyons à l'article Pseudépigraphes de
t Ancien Testament^ pour l'appréciation générale et Torigine de cette œuvre considérable, Tarticle Apocryphes de l'Ancien Testament traitant de ces livres seuls, que la Vulgate a joints au canon, à Texemple des Septante, qui ne setrouventpas dans le texte hébreu, et auxquels Tusage a réservé de préférence le nom d'apocryphes ou de deutéro-canoniques. — Les lignes suivantes feront mieux saisir la nature toute particulière des écrits dont nous nous occupons dans le présent article. <( L'écrivain apocalyptique couvre ses écrits du nom d'un personnage ancien , tel que Daniel , Hénocli , Noé , Adam , Esdras , et met dans la bouche de son prête -nom le tableau des destinées futures de son peuple, à partir, bien entendu, du moment où celui-ci a vécu. L'auteur du livre dit de Daniel déroulera l'histoire à venir d'Israël à partir de l'exil, l'auteur du livre d'Hénoch remontera au-delà du déluge, etc. Il est en général très-facile de retrouver la date où ont été composés ces livres pseudépigraphicpies , soit par les préoccupations particulières à l'auteur et qui trahissent son époque , soit — et c'est là un procédé d'un emploi parfaitement sûr, — par la manière dont sont présentés les événements historicpies , selon qu'ils appartiennent, — pour l'auteur réel, — au passé, au présent ou à l'avenir. La description du passé (lequel est déjà un futur pour l'auteur supposé, pour le grand personnage du passé, Daniel, Moïse ou tel autre) se conforme à ce que nous savons de l'histoire; celle du présent se distingue en général par ses détails et par l'exactitude des renseignements; celle de l'avenir ne consiste qu'en vagues généralités. Il ne planerait donc jamais aucun doute sur la date de composition des apocalypses, si l'auteur, pour compléter l'illusion introduite par le pseudonymat, ne déguisait la clarté de ses récits du passé (qui sont, encx)re une fois , censés des prédictions) par l'adoption d'une typologie parfois assez compliquée, quelque claire qu'elle dût être aux contemporains. Tel roi sera désigné par un lion, telle dynastie par un ours, tel empire par un aigle, etc. Sauf des cas exceptionnels, la connaissance que nous avons de l'histoire nous permet de soulever ces voiles plus ,ou moins transparents )» (Maurice Vernes, Histoire des idées messianiques y Paris, 1874, p. 26, note 2). Consultez, outre cet ouvrage, Michel Nicolas, Des doctrines reUf/ieuses des Juifs, Paris, 1800, chap. V; et en allemand, Lûcke, Versueh eineriK Einleifung in die Offenbammg des Joliannes^'i'' édit., Bonn, 1848, vol. I.; et Hilgenfeld, Die jtidische Apocalyptik , léna, 1837. — Nous traiterons ci-dessous des trois livres suivants : 1" L'Apocalypse (ou livre) d'Hénoch , 2° L'Apocalypse (ou /F*' livre) d'Esdras , 3" L'Apocalypse de Baruch , renvoyant à WïHvXii Pseudépigraphes pour les écrits qui appartiennent moins <lirectement au type ci-dessus délini, ou no ne nous sont parvenus que sous une forme incomplète. Plusieurs poëmes d'origine juive, contenus dans le recueil des oracles sihyllins. torment une division à part de l'apocalyptique juive; il en sera traité (1 a n s 1 ' ar ti (^le Sibyllins ( Livres ) .
1. Apocalypse (ou Livre) d'Hrnoch. Ci*t ouvragtî, après avoir joui d'une grande autorité auprès des Eglis(^s orientales, comme l'attesU* une citation dans Tépitre canoni(|ue de Jude (v. 14 et 13), et iloi
fragments recueillis par des écrivains ecclésiasti(fues , avait complètement disparu , quand on Ta retrouvé , ^ la fin du siècle dernier, dans la Bible abyssinienne en une traduction étliiopienne. La langue originale semble avoir été Tliébreu ou araméen , au moins pour la plus grande partie du livre, et le lieu d'origine la Palestine. M. Dillmann en a publié une édition critique en 1851 {Liber Uenorh , ^thiopice)^ bientôt suivie (1853) d'une traduction en allemand, avec introduction et commentaires (Dos Buch Henoch ûbersetzt nnd erkinrf). Cette œuvre considérable, — elle ne comprend pas moins do 81 pages in-8" d'une impression compacte dans la traduction de Dillmann, — est divisée en cinq livres, plus une introduction et pne conclusion, et cent dix chapitres. Elle jse donne dès Tabord pour une révélation du Voyant Henoch sur le jugement à venir du monde. Le livre I (chap. 6 à 36) raconte la chute des anges, leur commerce avec les lilles des hommes et prédit le châtiment qu'ils encourront avec la i-ace humaine corrompue. Suit la description de deux voyages accomplis par Hénoch, sous la conduite d'anges , au travers du ciel et de la terre , avec explication des mystères du monde tant visible qu'invisible, qui lui furent dévoilés. Le livre 11 (chap. 37 à 71) se compose de trois paraboles sur les choses du royaume céleste et l'avenir messianique , dont la nature et le ton tranchent complètement sur le reste du livre , sauf des fragments appartenant vraisemblablement à une Apocalypse de Noé, aujourd'hui perdue, (jui s'y trouvent mal à propos intercalés. Le livre 111 (chap. 72 à 82,) est consacré à des notions astronomiques et physiques. Le livre IV (chap. 83 à 91) se compose de deux visions qui donnent un aperçu général de l'histoire juive jusqu'à l'inauguration de l'ère messianique. (La principale de ces visions (chap. 85 à 90), qui offre un haut intérêt, est traduite in extenso d'après l'allemand de Dillmann dans mon Histoire des idées, p. 79-108). Le livre V et dernier contient principalement des exhortations morales. M. Dillmann a soutenu l'unité d'origine du livre entier dans son ouvrage ci-dessus mentionné; cependant, après les travaux d'Ewald, de Kôstlin et d'autres savants, il s'est rangé à l'opinion, généralement admise aujourd'hui, qui distingue les livres 1, 111 -V du livre 11. Toutefois, àl'encontre de Lûcke, Kôstlin, Hilgenfeld, etc., et à l'exemple d'Ewald, il donne la priorité au livre 11, dont il place, avec ce dernier savant, la composition dans les premiers temps des Asmonéens; un peu plus tard, sous le règne d'Hyrcan, viendraient se placer les livres I, Ill-V. Les fi*agments noarkiqtiesj intercalés dans le livre 11 , seraient seuls postérieurs, ainsi que le remaniement qui a donné au livre sa forme actuelle. Ces résultats sont adoptés par la plupart des critiques en ce (jui touche les livres f, Ill-V, ([ue l'on assigne avec une sûreté suffisante aux environs de Fan MO avant l'ère chrétienne, d'après des allusions très-précises contenues dans la vision des chapitres 85-90. L'accord est loin de s'être fait sur la date du livre II que Lucke et Kôstlin , entre autres, rapportent au temps d'ilérode le Grand , et dont le caractère général semble, en eflet , trahir une époque postérieure à celle assignée au corps de l'ouvrage. M. Hilg<'nfeld, allant plus loin, a revendiqué pour le livre U
une origine purement chrétienne. Cette manière de voir, contre laquelle il n'a pas été produit d'arguments externes décisifs, a été défendue par ce savant avec une grande vigueur dans sa ywrf/5cAeA/>ocalyptik. M51. Colaiii (Jésus-Chrisf elles croyances messianiques y 2*" édit., Strasbourg, 18(54) et Vernes (ouvrage cité), l'ont reproduite après lui. D'après ces critiques, les allusions au Messie, désigné o^)uramment sous le nom de « fils de l'homme », sont trop précises pour pouvoir <5tre mises sur le compte d'une prévision prophétique. Sa personne est introduite directement comme familière au lecteur, et sous une forme <\u\ rappelle les préoccupations de la seconde ou troisième génération •de l'Eglise chrétienne , se consumant dans l'attente impatiente du retour de Jésus-Christ, actuellement au ciel, d'où il va venir exercer ses jugements sur les persécuteurs du troupeau fidèle. 11 résulte de cela que le livre d'Hénoch doit être considéré comme une compilation , à la base de laquelle se trouvent deux ouvrages distincts , sans parlai* d'additions secondaires, et que l'origine juive du moindre de ces deux ouvrages est fortement contestée.
II. Apocalypse cTEsâras, Phis heureux que la masse de ses congénères pseudépigraphes, ce livre, généralement connu sous le nom de IV" d'Esdrasy nous a été conservé de tout temps dans une traduction latine défectueuse, il est vrai, à la fois tronquée et surchargée, que reproduisent beaucoup d'éditions de la Vulgate. Le texte latin, traduit du grec, dans lequel l'ouvrage a été écrit et dont il ne s'est conservé que deux fragments, a été établi critiquement d'après plusieurs manuscrits et la comparaison des versions syriaque, éthiopienDe, arabe et arménienne par Volkmar {Das vierte Buch Esra etc. Tûbiogen, 1863) , Hilgenfeld (Messias Judœorum etc. Lipsiœ, 1869} et Fritzsche (Libri V, T. pseudepi y raphi sélectif Lipsise, 1871). M. Beosly .a récemment découvert dans un manuscrit de la bibliothèque d'Ar miens, provenant de Corbie, le texte latin d'un fragment important qui avait été retranché partout ailleurs et (|ue les derniers éditeurs •avaient reproduit d'après les traductions orientales (The missm§ frayment of the latin translation of the fourth book of Ezra, discoverei and edited,., by R. L. Bensly, Cambridge, 1875). Les chapitres 1-JI et. XV-XVldelaVulgaten'appartiennent pas à l'ouvrage primitif. — L'apocalypse d'Esdras comprend sept visions que le scribe de ce nom, restaurateur du canon sacré d'après la tradition juive, est censé recevoir It trentième année de la destruction de Jérusalem (par Nébucadnetzar) dans la ville de Babylone. On y reconnaît d'emblée les préoccupations des cercles juifs après la destruction de Jérusalem par Titus, à la fin du premier siècle. La révélation divine déroule aux yeux du Voyant tous les secrets de l'avenir, la destruction de l'empire romain et la fondation définitive du royaume messianique sous des symboles assez transparents. Les allusions contenues dans ces visions (particulièrement la cinquième) font assigner à cet ouvrage la date du dernier quart du premier siècle, que confirme le caractère général du livre, et même des dernières années de ce siècle. Le livre est remarquable par ia science de la composition et l'élévation de la pensée. On peut le
APOCALYPSES JUIVES — APOCRISAIRE 4li
considérer comme le pendant juif de l'apocalypse canonique. Le dédain de la chronologie (Esdras, placé au sixième siècle avant J.-C.) prouve combien peu d'importance on attachait, même dans les cercles les plus instruits, à une exactitude rigoureuse, tandis que le choix de ce nom indique un milieu de scribes et de lettrés en même temps que la date fictive établit une étroite corrélation avec les circonstances du moment.
III. Apocalypse de Baruch. Cette œuvre importante, dont on connaissait depuis deux siècles la dernière partie, à savoir une lettre de Baruch adressée aux neuf tribus et demie, a été récxîmment décour verte par Ceriani en une traduction syriaque, dont ce savant a donné une édition latine (Milan, ISBB); elle a été, depuis, étudiée par Langen (Bonn, 1867) et rééditée en latin par Fritzsche dans ses Libri V. T. pseudepigraphi (p. 8(5-131). Elle offre de grandes analogies avec l'apocalypse d'Esdras. De môme que Baruch, après la destruction chaldéenne de Jérusalem, avait pleuré les maux de son peuple, Pseudo- Baruch déplore la destruction de Jérusalem par les Romains. Mais une voix céleste le console et ranime en lui Tespérance. Le Messie viendra bientôt et établira son empire sur les ruines de celui de Rome. Suivra le jugement général où chacun recevra selon ses œuvres. Le livre trahit la plume d'un juif, qui a vécu peu de temps après la prise dt; Jérusalem par Titus, sans qu'on puisse préciser la date. La langue originale a été le grec; le livre ne manque pas de mérite littéraire et est un document important de Tétat des esprits au sein des communautés juives à la fin du premier siècle de Tère chrétienne. (Pour les les autres œuvres apocryphes, placées sous le nom de Baruch, voyez Pseufléj)if/raphes, etc.). Le livre d'Hénoch doit être consulté dans la tradu(!tion allemande de Dillmann; Tapoc^lypse d'Esdras et de Baruch le seront avec commodité dans l'édition de Fritzsche. La traduction française de ces deux premiers ouvrages, donnée par Tabbé Migne dans son Dictionnaire des apocryphes (i8r>()-58), est trop défectueuse pour qu'il soit permis d'y recourir. Maurice Vernes.
APOCRISAIRE (de a7:o/.p'.vo;ji.a'., je réponds) ou responsalis. On appelait ainsi les ambassadeurs que les patriarches ou même les évêques et les monastères entretenaient à Constantinople pour y traiter les affaires courantes avec la cour impériale. Justinien (Novell., L, c. 2) rendit un décret pour défendre aux évè(iues de faire des absences prolongées de leur diocèse, sans un ordre exprès de sa part; il ajoute qu"'ils doivent se faire représenter auprès de lui par leurs apocrisaires, qui répondent ainsi aux nonces que la cour do Rome entrelient auprès des princes catholiques. Aussi longtemps que le patriarchat de Rome dépendait dî*. l'empire d'Orient, il avait son aporrisaire à Constantinople. Ces fonctionnaires, versés dans les questions de droit ecclésiastique, étaient d'ordinaire choisis parmi les diacres. Us avaient aussi la charge d'introduire les métropolitains et les évêques qui se présentaient devant l'empereur. Ce titre fut également donné au grand aumônier ou chapelain de la cour des rois francs, qui devait prendre connaissance de toutes les aflaires ecclésiastiques (Hincmar : De ordine palatii^
412 APOOEISAIEE — APOCRYPHES
XV, 14). Voyez Bingliam : Origines eccles. or the antiq. of the chri$i. churchy Loiïd., 1708, 1. III, c. 13, § 6.
APOCRYPHES DE L'ANCIEN TESTAMENT. La traduction grecque de rAncien Testament, connue sous le nom de version des Septante, contient un certain nombre de livres qui ne font pas partie de la Bible hébraïque, et, de plus, Daniel et Esther ont, dans cette traduction, plusieurs passages qui ne sont pas dans le texte hébreu. (Il en est de même de la Vulgate). Ces livres et ces additions forment c« qu'on appelle les apocryphes de TAncien Testament, dénomination qui leur a été donnée pour les distinguer des écrits qui composent la Bible hébraïque, et qui sont désignés sous le nom de: Livres canoniques de TAncien Testament. Dans les traductions de la Bible en langues modernes, faites sur les textes originaux (rhébreu pour T Ancien Testament et le grec pour le Nouveau), les livres apocryphes, quand ils y sont contenus, sont réunis ensemble et occupent une place à part, soit à la fin de TAncien Testament, soit à la lin du Nouveau. Il en est autrement dans les manuscrits et dans les éditions de la version des Septante (et de la Vulgate). Ils y sont placés indistinctement parmi les livres canoniques. Par exemple, dans l'édition stéréotype de Leipzig, 1824, in-8**, TEsdras apocryphe se trouve après le deuxième livre des Chroniques et avant TEsdras canonique; Tobie et Judith, entre Néhémie et Esther; la Sapience et TEcclésiastique après le Cantique des Cantiques et avant les douze petits prophètes ; Baruch, après Jérémie et avant les Lamentations; la Lettre de Jérémie, après les Lamentations et avant Ezécbiel; enfui les livres des Machabées viennent après Daniel qui, lui-même, suit Ezéchiel. Rien ne les distingue, par conséquent, des livres canoniques; les uns et les autres sont mis sur la même ligne. De ces livres apocryphes, les uns ont été écrits en grec et les autres en hébreu, ou plus probablement en araméen, langue mêlée qu'on parlait en Judée depuis le retour de la captivité de Babylone. On n a ceux-ci ([ue dans une traduction grec(jue; les textes originaux ont, à ce qu'il semble, dispani depuis longtemps. Sauf pour TEcclésiastique, on ne sait ni à quelle date ni par qm ont été composés ceux dont le texte original était en liébreuou en araméen, ni par qui ni à quelle date ils ont été traduits en grec. On ignore également les dates do la composition et les noms des auteurs de ceux dont le grec est la langue originale. Tout ce qu'on j)eut assurer, c'est (pf ils sont tous (aussi bien les hébreux que les grecs) postérieurs à répocpie d'Antiochus Epiphanes, et antérieurs à l'ère chrétienne ; ce dernier point a été cependant contesté, entreautres pour la Sapience, mais, à vrai dire, sans des raisons valables. A qudle époque, pour quels motifs et de quelle manière ces livres ont-ils été introduits dans la version des Septante ? On manque entièrement de données historiques sur ces difi'érents points; on en est ré<luit à des conjectures; et cependant il serait du plus grand intérêt de savoir à quoi s'en tenir là dessus, ne fût-ce que pour pouvoir se représenter avec (pielque exactitude l'idée que les Juifs alexandrins se faisaient de leurs livres saints. Malgré ces obscurités, les apocryphes de l'Ancien Testament ont encore une valeur considérable au point de vue histo-
rîque. Comme ils ont été composés, les uns dans la Judée, et les autres à Alexandrie, et que chacune de ces deux catégories porte naturellement .l'empreinte du milieu dans le()uel elle a pris naissance, ces livres fournissent à T historien des renseignements précieux sur les tendances intellectuelles et les croyances religieuses et morales, aussi bien des Juifs palestiniens que des Juifs alexandrins, pendant les deux ou trois siècles antérieurs à Tère chrétienne. — I. Apocryphes de TAncien Testament, écrits originairement en hébreu ou en araméen : 1' Le premier livre des Machabées est un récit des événements accomplis dans la Judée de 175 à 135 avant Jésus-Christ. Malgré quelques erreurs et des exagérations qu'explique le sentiment patriotique, il l'emporte en exactitude sur toutes les autres productions historiques de cette époque. Josèphe paraît en avoir fait usage dans ses Antiquités hébraïques, XII et Xlll. Luther le jugeait digne de prendre place dans le Canon. Ce livre fut probablement écrit après la mort de Hyrcan (XVI, 23). T La Sagesse de Jésus, lils de Sirac (l'Ecclésiastique, nom sous lequel ce livre fut désigné de l>onne heure parmi les chrétiens, parce qu'on en faisait fréquemment la lecture dans leurs assemblées), est un recueil de préceptes moraux, fait à l'imitation du Livre des proverbes. Ces conseils ne sont pas tous d'une morale bien élevée; il en est même dans lesquels l'intérêt bien t»ntendu tient un peu trop de place; mais en somme, les intentions de l'auteur sont droites et pures; son âme s\»nirut au spectacle des misères humaines; il éprouve un touchant sentiment de pitié pour le pauvre, le faible, le délaissé (IV, 1-11 ; VII, 20, iii, 35, 30; Xlll, 25-27, etc.); il est sur le seuil du christianisme, en recommandant le pardon des ofl'enses (XXVlll, 2; XVIII, 13, etc.). Ce recueil est l'œuvre d'un juif de Jérusalem, versé dans la connaissance des écrits de sa nation. Il vivait du temps du souverain sacrilicateur, Simon lils d'Onias. Cette indication ne suffit pas cependant pour nous donner une date précise; il y a eu, en eftet, deux souverains sacrificateurs (pii ont porté le nom de Simon lils d'Onias, l'un qui mourut en 292 avant Jésus-Christ, et l'autre qui vivait en 217 avant Jésus-Christ. Duquel des deux est-il ici question? probablement du second ; on ne 'saurait cependant l'affirmer positivement. Ce recueil fut traduit en grec ])ar le pelit-lils de l'auteur, pendant un séjour qu'il fit à Alexandrie sous le règne de Ptolémée Evergète. Nous rencontrons encore ici la même difiiculté; il y a eu aussi deux Ever- Rètes, Tun 2i7-;^2 avant Jésus-Christ, et l'autre 17(>-1()G avant Jésus- Christ. Duquel des deux parle le traducteur ? Si l'on admet que le Simon, fils d'Onias, dont Jésus fils de Sirac fut le contemporain, est relui qui vivait en 217 avant Tère chrétienne, il faudra aussi admettre que c'est sous le règne d'Evergète II que le traducteur grec se trouvait à Alexandrie. 3" Tobie n'est qu'une fiction dans laquelle on a voulu imiter, mais sans grand succès, le poème de Job. L'unique intérêt qu'il ait pour nous, c'est de nous donner quelque idée des superstitions des Juifs de la Palestine à cette époque, et probablement aussi de ceux de la Babylonie, touchant les anges et les démons. 4** Le livre de Judith a été inspiré par le sentiment patiûotique. L'héroïne (Judith,
la juive) est la personnification de la race d'Israël. L'auteur de cette fiction n'a su éviter ni les invrai5eml)lances, ni les eiTeurs historiques et géographiques. 5** Enfin les cinq cliapitrcs qui forment le livre de Baruch ne sont qu'une assez pauvre imitation des écrits des anciens prophètes et phis particulièrement de ceux de Jérémie. — II. Apocryphes de l'Ancien Testament, composés en grec : 1° La Sagesse de Salomon (dans la Vulgate Liber Sapientia', et dans les traductions françaises, La Sapience) est un livre qui, par lui-même, a une certaine valeur littéraire et qui nous fait connaître l'influence que le platonisme avait exercée sur les Juifs alexandrins (voy. ce qui a été dit sur ce sujet dans V Ecole juive d'Alexandrie). Il fut peut-être écrit pour servir de réfutation aux doctrines sceptiques et matérialistes de l'Ecclésiaste. Il faut en placer la composition entre l'io et 117 avant Jésus-Christ, dans tous les cas avant le règne de Ptolémée Phiscon. 2^ L'Esdras apocryphe, appelé tantôt le 1''' Esdras et tantôt le IIP, est tout simplement une traduction grecque de l'Esdras canonique, dans laquelle on a inséré, sans doute dans l'intention de compléter ce livre, deux chapitres du st^cond livre des Chroniques (XXXV, et XXXVI, i-2i), (jui forment le cJiapitre P'de l'Esdras apocrvphe, un passage de Néhémie (MI, 73 et Vlll, 1-12) placé à la fin de l'Esdras apocryphe (IX, 37-55), et le récit des sentences des trois jeunes hommes qui veillaient à la garde du roi Darius {Esdras apoanjphe, III et IV), récit qui est vraisemblablement un conte populaire répandu parmi les Juifs. Ce livre n'a pas été admis dans la Vulgate ; mais il y est d'ordinaire imprimé, avec la prière de Manassé et le IV" Esdras {i\\x\ est considéré, non comme un apocryphe, mais comme un pseudépigraphe de l'Ancien Testament), sous forme de supplément, après le Nouveau Testament, avec cette remarque «lu'il ne me semble pas inutile de rapporter ici : « OrafioManasscVy necnon lilmduOy qui suif liàri ferfii et quarli Esdrœ nomine circumferunttfr.hnci» locn, extra scilicet seriinn canon icorum Hhrorum, quos sancla Tridentinatfnodus snscepity etp7*o canonicissnscipiendos dec7*evit, sepositisunt, neprffrsM interirenf, quippe qui a nonnullis sanctis Patribus interdum rifantiir, et « aliquiùus Bibliis latinis tam manusnyjtis quavi impressis reperiuntur^i 3" Le second livre des Machabéos, bien inférieur au premier, se donne lui-même pour un abrégé des écrits de Jason de Cyrène sur les Juifs (11, 20). Les diverses lettres, contenues dans XI, 16-38, sont probablement authentiques ; tout le reste n'est qu'un tissu de déclamations, de récits, d'aventures sans la moindre vraisemblance, et d'e^ reurs histori((ues et chronologiques, 't" La Lettre de Jérémie forme d'ordinaire le chapitre VI du livre de Baruch ; dans (juclques manuscrits et (jueîques éditions des Septante, ainsi que dans la Vulgate, elle est placée après les Lamentations, dont elle forme alors le chapitre V. 5" Faut-il placer la Prière de Manassé au nombre des apocryphes de l'Ancien Testament? Certainement non, si on n'entend par apocryphes de l'Ancien Testament que les pièces propres à la version des Septante. L'auteur des Constitutions apostoliques, qui vivait vers la lin do troisième siècle, parait l'avoir traduite du latin en grec ; et depuis, elle a été parfois insérée dans les Septante, après le verset 13 du XXXIII* cha-
pitre du second livre des Chroniques. Cette prière fut, à ce qu'il semble, composée par un chrétien, probablement en latin, et pour compléter ce qui est dit 2 Chron., XXXIII, 13, et surtout 18. 5" Les passages ajoutés au livre de Daniel dans les Septante, sont : a. la cantique des trois jeunes gens dans la fournaise, qui y a été mis après le 23*' verset du chapitre 111 ; b, Thistoire de fiel et du Dragon, qui en forme le chapitre XIV, et c. Thistoire de Suzanne, (jui en est lechapitre V% dans quelques éditions, et le XUP dans d'autres et dans la Vulgate* G** Les additions au livre d'Esthor, dans les Septante, sont répandues en diflérents endroits de la traduction grecque. De Wette, dans son Einlcit. in dos allé Testament (6*' édit., p. 298), a donné le tableau de la place qu'elles occupent dans les Septante et la Vulgale. Jérôme les réunit et les mit à la fin de ce livre dans sa traduction. Ils sont également réunis et placés parmi les apocryphes de rAncieii Testament , sous le titre d 'Additions au livre d 'Esther, dans les éditions des . Bibles protestantes qui contiennent ces livres. — Voyez les Introduct. do Berthold, de De Wette, de Jahn; Eichhorn, Kinleit. m die apaknjph. Schriften des A. T., 1795, in-8*'; Kiirzgnf, exeget. Handhuch zu den Apohryph, des A. 7', par G. F. Fritzche et W. Grimm, Leipz., 18oi-i8()0, 6 vol. in.-8®, ainsi que les articles Canon, Propagation de la liihlt*, Aporalf/psns juives et Ppeudépigraphes de l'Ancien Testamerit.
Michel Nicolas.
APOCRYPHES DU NOUVEAU TESTAMENT. On comprend, sous ce nom, toute une littérature d'écrits en partie perdus, en partie conservés^ d'évangih^s, d'actes d'apôtres, d'épitres, d'apocalypses qui, par leur mervcîilleux kî plus souvent fantastique, leurs tendances hérétiques ou sectaires et leur origine postérieure, se distinguent nettement des ouvrages accueillis dans le recueil du Nouveau Testament. Ce terme d'apocryphe se trouve délijii par la notion contraire de canonique (voy. art. Canon). Le sens étymologique du mot n'est pas douteux (i::c/.puç5;, caché). Ce qui est plus discuté, c'est la raison qui a fait applifjuer cette désignation à une telle littérature. Dans l'antiquité classi(iue, 1(î terme x::zy.pfsç désignait des livres tenus secrets à cause de leur contenu (ju'il fallait dérober au vulgaire, ou bien des livres d'une origine occulte, la plupart du temps attribués faussement à des auteurs anciens; ce qui a fait (|ue ce terme a, de bonne heure, emporté une nuance de blâme et de discrédit. Irénée l'applique déjà à des écrit» héréli(|ues qui prétendaient usurper la place et l'autorité des ciinoniques. Les Pères de l'Eglise des troisième et ([uatrième siècles sont loin de le prendre toujours en un sens si rigoureux. Origène donne ce nom à des écrits privés, ayant cours seulement chez quelques sectes ou lus dans les maisons, par opposition aux livres officiels de l'Eglise lus dans le culte public (Lettre à Africanns sur l'histoire de Suzanyie, Comm, sitr Maithien, au ch. XIII). Entre les écrits homologoumènes du Nouveau Testament qui, dès le second siècle, formèrent le premier noyau d'un recueil canonique et les livres hérétiques condamnés comme oeuvres d'imposteurs, se trouve jusqu'au temps de Jérôme et d' Augustin une classe moyenne et flottante de livres diversement appréciés et
acceptés dans certaines régions de TEglise universelle : antilégomèneSt livres ecclésiastiques, pseudépigraphes, d'usage plus ou moins général et fort goûtés du peuple. Dans cette classe, il se fit peu à peu un travail de séparation, un triage, à la suite du([uel les uns furent places dans le canon sacré, et les autres rejetés parmi les apocryphes. En s'étendant ainsi, la notion des livres apocryphes s'adoucit et s'appliqua en général aux écrits d'origine ou d'autorité simplement douteuses. Cette notion est déjà arrêtée dans saint Augustin. « Otnittamm igitur^ dit ce Père, earum sanpturarum fabulas, qux apocryphsi nuncupanlur, eo quod eorwn
occulta oriyo non claruit Pab'ibus suntmuUa sub nominibus et alio'
rum prophetarum et recentiora sub nominibus aitostolorwn ab hœreticispro' fei'untur quœ omnia nomine apoanjphorum ab auctoritate canonica diligenli examinatione remota sunt » (Civit, J)ei, XV, 23). Nous traiterons ici de tous les livres apocryphes qui sont en rapport quelconque avec l'histoire évangélique et le contenu du Nouveau Testament. Nous écartons les livres attribués à des personnages de l'ancienne alliance, lesquels, bien que d'origine chrétienne, comme le Testament des douze patriarchesy l'Ascension d'Jsai, etc., affectent la forme prophétique et appartiennent aux pseudépigraphes de l'Ancien Testament. Cette littérature apocryphe a été trop longtemps dédaignée. Si elle ne nous apprend à peu près rien sur les choses primitives qu'elle prétend raconter, en revanche elle est une source inappréciable de renseignements sur les mœurs, les goûts, les idées régnantes des époques où elle s'est formée. Son influence d'ailleurs, pour être plus cachée, n'a guère été moins profonde que celle des écrits canoniques sur Timagination populaire. Elle a été la nourriture du peuple chrétien' pendant 1400 ans. Elle a laissé des traces nombreuses dans la liturgie, dans le culte et les dogmes de l'Eglise cathoii(]ue. C'est là qu'il faut aller chercher les sources de l'art chrétien au moyen âge. Elle a donné les types qu'ont illustrés la sculpture et la peinture religieuse, et qu'on a vu représentés sur la scène dans les mystères. Aussi ne faut-il pas s'étonner du zèle avec lequel la science historique les a recueillis. La première collection qui a été faite 'est celle de Michel Néandre au seizième siècle : Apocryphay hoc estmrrafionesde Christ o, i\fatia, Joseph cof/natione et familia Christ i extra Bibliam apud veteres tamen Grœcos sa^iptores, patres histo7*icos et philolof/os reperta, descripta^ fxpnsita et édita grœco-latine a M, Neandro Sorasiensi, Bàle lo6't etlo67. Elle fut réimprimée sans grand changement par Grynœûs (1509) et par Glaser (1614). Mais l'étude critiquedes apocryphes n'a commencé en réalité qu'avec J. A. Fabricius, dont le Codex A})ocryph us Novi Jestamentiporui d'abord à Hambourg en 1703, et s'enrichit à chaque édition suivante, 1719 et 1743. Le théologien anglais Jérémias Jones ne fit que reproduire le travail dv Fabricius dans son livre, Anew and fuit }fethod of the canoniral authnrity of the netv Testament, London, 1726 et 1798. Plus tard un évêque danois, André Birch, entreprit de continuer l'œuvre de Fabricius; il ne parvint qu'à publier quelques fragments sous ce titre: Auctuarium Codicis apocryp/ii Novi Testamenti Fabriciani, Copenhague, 1804. On peut signaler encore pour mémoire les essais plus ou moins heureux de Ifenke, Kleuker et
APOCEYPHES 417
I. Schmidt. En France, en 1769, sous la rubrique de Londres, parut une Collection d'anciens évangiles ou monuments des jj7'emiers siècles du christ ianismef tirés de Fabricius, Grabius et autres savants parTabbé B. (l'abbé Bigex, Tun des secrétaires de Voltaire). Elle se retrouve dans les œuvres complètes de ce dernier. Mais le vrai continuateur de Fabricius fut Thilo, professeur à Halle, dont le Codex Apocrf/^j/tus parut en 1832. Les textes avaient été revus avec soin'sur les manuscrits. Desintroductions et des notes étendues les accompagnent. Malheureusement Fœuvre de Thilo est restée incomplète. Le premier volume devait être suivi d'un second que la mort Ta empêché de doimer. G. Tischendorf, à son tour, s'est appliquée la même lâche et a publié trois recueils: Acta apostolorum apociijpha (l8^i),*Àpocri/pha Evangelia (1853, 2*" édit. 1876) et Apocalypses (1866) . Une traduction française des évangiles apocryphes a paru à Paris en 1849 et 1863, due à M. Gustave Brunet. Mentionnons enfin le savant Dictionnaire des apocrifphes de Tabbé Migne, 2 vol., Paris, 18o6.
I. Evangiles. Le nombre de ces évangiles, s'il était scrupuleusement dressé, dépasserait la soixantaine. Il est vrai que l'analyse critique les réduit considérablement et les ramène à quelques types primitifs qui sont allés se développant et se diversifiant à l'infini. Leur origine tient à deux causes qui ont le plus souvent agi de concert: l'intérêt dogmatique qui poussait certaines sectes à donner par ces livres supposés une base historique à leurs doctrines particulières, et le travail spontané et naïf de l'imagination populaire qui crée partout les mythes et les légendes, et no pouvait pas ne pas se donner carrière sur les époques inconnues de la vit^* (le Jésus et les orgines de sa famille. Aucune de ces productions, même sous leur forme primitive, ne remonte au-delà du sc»cond siècle; toutes sont postérieures a nos évangiles canoniques dont elles ne sont que des développements légendaires ou des modifications arbitraires. Aucun des évangiles hérétiques adoptés par les nombreuse^s sectes des quatre premiers siècles ne nous est parvenu. Les légendes, au contraire, sur Marie, Joseph, Jésus enfant, Jésus aux enfers, etc., nées souvent dans le même milieu et enfantées par le même esprit, ont été conservées dans des rédactions postérieures expurgées de toute hérésie et appropriées à l'orthodoxie catholique. Quand on lit aujourd'hui les recueils de cette littérature apocryplie, on se trouve, comme pour les Vies des Saints, en présence d'un travail séculaire de compilation, de remaniements, d'enrichissements qui a duré juscju'au milieu du moyen âge. Chaque période de l'Eglise a laissé des traces plus ou moins distinctes dans les diverses rédactions de ces légendes primitives. Chose singulière, en les suivant jusqu'à leur origine, on rencontre un nom propre, Leucius Carimis, un hérétique du second siècle, à qui la tradition les rattache comme à leur auteur principal. Mais qu'est-ce que ce personnage? Tantôt il parait double, tantôt unique; son nom varie infi-niment. Les Pères le nomment : Leucius, Lucius, Lenlhius, Lenticius, Leontius et quelquefois Séleucus. Il est impossible d'en dire quoi que ce soit de certain (voy. Beausobre, Histoire du Manichéisme, tom. I, liv. ii, pag. 339425, édit. d'Amsterdam, 1734). Les plus anciens des
évangiles apocryphes que nous possédons encore sous des formels diverses sont : 1** L'Evangile de Nicodhne. Cet ouvrage, composé de deux parties fort distinctes, Tune et Tautre plus anciennes, ne remonte pas sous sa forme actuelle au delà du sixième siècle. La première partie n'est pas autre chose qu'un ancien apocryphe connu déjà de Justin Martyr et de Tertullien, sous le wom iV ActaPilnti et en trèsgrande faveur dans toute l'antiquité (Just., r° Apol.^ 35 et 48; Tertul., Apolog 21). Ajoutons à ce propos qu'au nomdcPilate se rattache toute un(». littérature apocryphe qu'on trouvera dans Thilo ou dans Tischendorf: Narratio Jus''pki Arimnfhie/isis, Yindida S aimions, Anaphara Filaliy Paradosis Ptlafi, KpisfuJn Fifaft\ liespomwn Tiberit ad Pilalum, Mors Pilali. Lettre de Letitulus à Tihhr avec un célèbre portrait de Jésus. La seconde partie d(» l'Evangile de Xicodème est le récit de la Descente de Jésus aux enfei>i, mis dans la bouche de Leucius et de Ctiruius deux morts ressuscites au moment de la mort de Jésus, et qui vécurent quehpie temps à Arimathée. 11 se pourrait bien que l'auteur de ce morceau fut Tliéritique Leucius Carinus dont nous avons parlé, qu'un rédacteur latin de notre Evangile aura dédoublé et dontil aura ensuite fait les deux noms des deux iils du vieillard Siméon ressuscites par Jésus. Cette descente aux enfers est, au point de vue littéraire, le plus beau morceau de tous les apocryphes. C'est une composition purement poétique dont Millon n'a pas dédaigné de s'inspirer. Pour les divers textes grecs et lathis de l'Evangile de Nicodème, voyez les belles nîcherches de Tischendorf dans ses Evongelia apocrypha, 2® Le Protvvangile de Jarques, connu de Grégoire de ^ysse, d'Epiphane et d'Origène. Peut-être mi'me Clément d'Alexandrie et Justin martyr l'ont-ils possédé sous imc forme primitive. 11 en existe encore plus de cincpiante manuscrits dans le plus grand nombre desquels manque le nom de saint Jacques, frère de bien. Le pape Innocent H l'atti'ibuait à Leucius (7/??/. ad Exup., Epistol. III, cap. 3).Lerccil commence avec la naissance de la vierge Marie et va jusqu'à l'exécution de Zacharie qui, au moment du massacre des Innocents à Bi'tliléhem, meurt plutôt que de livrer son fils Jean aux soldats d'Hérode. 3"" L' Evangile de Thomas n'est pas moins ancien, si du moins ce que nous en possédons encore appartient au même écrit qu'Origène et Irénée connaissaient sous le nom « d'Evangile de Thomas». C'était une production gnosti(pie adoptée par les marcosiens et les ophites. Elle contient l'histoire de l'enfance de Jésus, histoire fort scandaleuse par les impertinences, les violences cruelles et l'orgueil pédantesque de l'enfant Jésus. Elle s'arrête à la visite au temple de Jérusalem. De aH ouvrage grec sont issues des rédactions latines et arabes. On en trouve des traces dans le Coran. De ces deux sources premières (Protévangile et Evangile de Thomas) décoident probablement tous les suivants. 4" h" Evangile du Pseudo-Matthieu, ou livre de la naissance de la bienheureuse Marie et de l'enfance du Sauveur, publié pour la première fois en entier par Tischendorf et qu'on a (pielquefois confondu avec le Protévangile de Jacques. o° L'Evangile de la ISativiié de Marie, souvent identifié avec le précédent n'a paru qu'au sixième siècle. 6" VEvat^
APOCRYPUES 41î^
gile arabe de l'enfance dn Sauveur y qui existe aussi dans des manuscrits syriaques, était lu surtout par les nestoriens, les chrétiens de saint Thomas et TEglise copte. La relation latine (|ue nous en avons encore ne remonte pas au delà du douzième siècle, bien que Touvrage luimême soit beaucoup plus ancien. 7° L'Histoire du charpentier Joseph est une sorte de prédication composée en Egypte vers le sixième siècle avec la matière des récits précédentsetqui devait êtrelue dans les Eglises au jour de la fête de ce personnage. Elle existe encore en copte et en arabe. 8** De la mort ou du départ de Marie iOe dormitione cet timnsitu Mariœ). apocryphe mentionné dans le décret de (iélascO** Im naissance de Marie (Téwa Map'.a), apocryphe gnostlcjuc qui ne nous est connu que par Epiphane. 10'* Les grandes et petites interrogations de Marie, autre écrit gnosti(jue perdu. Nous ne pouvons compter parmi les apocryphes les histoires de Jésus non moins légendaires, qui ont eu cours parmi les Juifs au moyen âge, comme les Toledoth lesrhuah (éditées par NVagenseil, en 1081, sous le titre do J'ela ignea Sataniv)^ et les fables recueillies dans le Tahnud. — D'une tout autre nature étaient les évangiles des anciennes sectes chrétiennes, dont quelques-uns, vowwwi^V E cangile des Hébreux, pouvaient être aussi anciens que nos évangiles canoniques. C'est une seconde classe d'apocryiihes dont malheureusement il ne reste rien. L'orthodoxie catholique (jui les a condamnés U» a également fait disparaître et a privé ainsi la critique historique de précieuses ressources. {)n peut dire (jue, dans les premiers linnps, elja(jue secte avait son* Evangile; mais il ne faut pas se représenter ces évangiles comme des ouvrages toujours différents. Ce n'étaient souvent que des variantes d'un même écrit mises sous des noms divers. Les plus anciens de ces évangiles perdus sont : 1** L'Frangiie selon les Hébreux, qui nous est assez bien connu par Jérôme, Eusebe, Origène, Clément d'Alexandrie. C'était l'Evangile des nazartkîns. chez lesquels Jérôme^ le découvrit en langue araniéenne et le copia. Il le prit même un moment pour l'original de notre Matthieu grec, aucjuel il était généralemi^iit parallèle. Au dire d'Eusèbe, Papias et Hégésippe s'en seraient servis; l'auteur des lettres d'Ignace et Justin le connaissaient. Ou a plusieurs fois essayé de le reconstituer avec les citations que les Pères en ont faites. La dernière et la plus (*omplète de ces restitutions est celle de 31. llilgenfeld (.V(>lunn Testament uni extra canonem ?*eceptum., fasr, IV, Lipsin\ 186()). Plusieurs théologiens, Lessing, Baur, Hilgenfeld, l'ont regardé comme le plus ancien des évangiles et comme la source de notre Matthieu actuel. Une comparaison plus exacte des deux textes, partout où elle est possible, a démontré la fausseté de cette conjecture. Il est probable ([ue cet évangile fut rédigé au commencement du second siècle dans(|uelquc ville de la Palestine d'après une forme antérieure de notre Matthieu pour l'usage des judéo-chrétiens stricts. Voilà pourquoi la secte des nazaréens n'en voulut jamais accepter d'autres. 2* L'Evangile des Ebio^ nites n'était pas autre chosQ qu'une version de celui des Hébreux, s' éloignant encore plus de notre Evangile canonique sous l'influence d'idées dogmaticjues plus accusées. 3° L'Evangile des Douze parait n'avoir été qu'une appellation différente de ce même évangile, en tête duquel se
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trouvait la liste des douze apôtres dont le témoi^age devait garantir la vérité du récit tout entier. 4° h' Evangile de Barthélémy d'après Ëusèbe ne serait que TËvangile de Matthieu, porté dans les Indes par cet apôtre. o^^L'^'ra/i^ïfeflfe /Ve;7'e, mentionné par Origène, Eusèbe, Jérôme, Tliéodoret, ne s'écartait non plus de l'Evangile de Matthieu que par des modiiications dans le sen» d'un gnosticisme judaïsant. De nos jours on a voulu y voir la source de notre Marc actuel, à cause d'une tradition assez répandue qui fait de Marc l'interprète de Pierre. Cette conjecture est abandonnée. 0® Non moins ancien et non moins vénéré était T^vaiigile des Et/yptiens, issu d'un gnosticisme ascétique. On en trouve quelques citations dans la deuxième lettre de Clément Romain et dans les Sfromates de Clément d'Alexandrie. Chaque grande école gnostique avait aussi son Evangile, mais c'était le plus souvent un de nos Evangiles canoniques modifié. Ainsi les Evangiles de Basilide, de Gérinthe, de Carpocrate n'étaient que des versions altérées de notre Matthieu; celui d'Apelles et deMarcion dérivaient de Luc. Le Diatessaron de TBii&i était une compilation de nos quatre Evangiles remaniés peut-être sur quelques points. Les Valenfiniens se servaient de nos évangiles canoniques qu'ils savaient interpréter dans le s(îns de leurs idées. Ce qu'ils appelaient V Evangile de Vérité ou V Evangile de perfection, n'était que le recueil dogmatifjue de leurs idées. On rencontre <»ncore des Evangiles sous les noms de Philippe, deBarnabas, de Thaddée que les Pères •caractérisent comme des ouvrages hérétiques sans les faire connaître. 11 parait même avoir existé un Evangile de Judas Iscariot, en usage dans la secte des Caïnites. Les Manichéens avaient aussi un Evangile de vie (evangelium vivnm) et un autre évangile appelé V Evangile du boi»seau (evangelùm modion, Marc IV, 21). Il est question encored'un £*(?««gile d'Eve, etc., etc. Dans la même classe de ces écrits doivent être rangés Y Evangile éternel (Apoc. XIV, 16) sorti de la cellule d'un moineau treizième siècle, Y Evangile de Jarques le Majeur^ trouvé en Espagne en lo9S et condamné en 1682 par le pape Innocent XI, Y Evangile de saint Jean dont se servaient les Cathares, Y Evangile des Templiers, œuvre d'un spinoziste du 18" siècle. Ces deux derniers ont été recueillis dans le Codex apocryphns de Thilo. On voit que cette littérature apocryphe n'a jamais cessé. Car à elle appartiennent encore toutes ces lettres de Jésus ou de la Vierge Marie, apportées du ciel par des anges et dont se nourrit, jusque de nos jours, la superstition populaire.
IL Actes des apôti^es. Ces actes^ non moins nombreux que les Evangiles, présentent les mêmes caractères. Ils forment en réalité le premier chapitre de \à Légende des Saints, d^ns laquelle d'ailleurs ils ont été généralement admis. Ils doivent leur origine aux mêmes causes que les Evangiles ; ils proviennent presque toujours d'une source hérétique. Le nom de Leucius Carinus revient encore ici cx)mme l'auteur principal. Mais , de même (jue les Evangiles , ils ont subi une série de transformations jusqu'à la fin du moyen âge. Par exemple, les Actes de saint André ont été connus d'Eusèbe, d'Epipbanes et attribués au même hérétique Leucius. Ils remonteraient donc au second siècle. Mais dans la version que nous avons aujourd'hui , nous re-
trouvons le symbole de Nicée, la messe, le dogme de la transubstantialion avec les termes et les formules officielles de Torthodoxie catholique. Tels qu'ils sont, ils ne remontent pas au-delà du neuvième siècle. 1* Les Histoires apostoliques du Pseudo^Abdias (Historiœ apostolicx Pseitdo-Abdtœ)yd'2iprès la préface, auraient été écrites en hébreu, parÂbdias, un disciple de Jésus-Christ, institué, par les apôtres, évêqu& de Babylone, ensuite traduites en grec par Eutrope, son disciple, et enfin mises [en latin par Julius Africanus. Tout cela n'est qu'un tissu de fables. 11 est probable qu'Abdias dont le nom doit couvrir toutes ces légendes est le même que Thaddée que les Syriens appellent Addée , et qui est resté le patron des Eglises de Syrie. Quant au contenu du livre, nous n'y trouvons qu'une mauvaise version d'Actes apostoliques plus anciens (de Thomas, d'André, de Jean, etc.), faite par un moine d'Occident fort ignorant vers le sixième ou septième siècle, i** Les Actes de Paul et de Théclée {Acta Pauli et Theclas) sont un roman assez intéressant par endroits, sur les voyages et les prédications de Paul et son amie «ur les côtes méridionales de l' Asie-Mineure, composé au second siècle par un prêtre d'Asie en l'honneur de Paul. Mais la fraude pieuse ne plut pas aux chefs de l'Eglise, et le prêtre fut solennellement déposé de sa charge pour se l'être permise. 3* Les Actes de Pieii*e et de Paul sont mentionnés dès le troisième siècle. De ce vieux livre est venu le récit que nous possédons encore sur le martyre des deux apôtres à Rome. Les mêmes légendes se retrouvent dans deux autres apocryphes dont l'un des deux est attribué à Marcellus , un prétendu disciple de Paul et l'autre à Linus, évêque de Rome. 4*» Les Actes de saint Jean (Acta Johannis), connus d'Eusèbe, de Clément d'Alexandrie , acceptés par les manichéens , sont un des plus anciens et des plus curieux apocryphes. Citons encore 5° les Actes d'André^ dont nous avons parlé ; 6° les Actes de Philippe et les Actes du même apôtre en Grèce qui sont un complément des premiers ; 7" les Actes de Barnabas; 8** les Actes d^ André et de Matthias dans la ville des anthropophages ; 9° les Actes et le viartyi^e de Matthieu; 10** les Actes de Thomas; 11** la Fin de Thomas {Consommatio Thomx), qui sont la principale source du Pseudo-Abdias, et paraissent fort anciens; 12** le Martyre de Barthélémy, dont Zoega a publié deux fragments; 13" les Actes de Thaddée qui racontent la mission de cet apôtre auprès du roi d'Édesse, Abgar; 14° les Actes de Pien*e et d'André récemment découverts et édités par Tischcndorf ; 15° les Actes de Paul et d'André dont un fragment a été donné par Zoëga, etc. A cette longue liste, il conviendrait peut-être d'ajouter le fameux roman des Homélies Cblmcntines ou Recognitionesy dirigé surtout contre Paul qui s'y trouve représenté et poursuivi par Pierre sous la figure de Simon le Magicien , et aussi les deux ouvrages perdus qui ont servi de source à l'auteur de ce roman. La Prédication de Pien^e (KrtprfixxlliTpo'j) et les Voyages de Pien^e (llepioooi IléTpo'j), inspirés par un judéo-christianisme fort étroit.
111. E pitiés apocryphes. Cette classe est moins nombreuse et moins intéressante (jue les deux précédentes. En premier lieu, nous rencontrons la lettre de Jésus-Christ à Abgar, roi d'Edesse, conservée par Ëusèbe et dans les Actes de Thaddée (voy. art. Abgar). Nous pas-
sons les nombreuses lettres de Marie à ses adorateurs anciens et modernes. Mentionnons deux lettres de Pierre à Jacques qui se trouvent dans Uis Homélies prétendues de Clément et appartiennent à cette littérature pseudo-clémentine. Quelques passages des épîtres de saint Paul ont donné lieu à quelques fausses lettres de cet apôtre. Ainsi dans Coloss. IV, 16, il est question d'une iMlre aux iModiccens, qui peut être notre épître actuelle aux Ëphésiens ou bien est entièrement perdue. On a essayé de la remplacer par une production apocryphe de "H) versets qui existait déjà du temps de Jérôme. De mémo, le passa^'e de 1 Cor. V,y, a donné naissance à un échanj^e de/jittres entre Paul et le$ Corinihiens, c>onservées en langue arménienne et publiées pour la première fois en 47iS. On trouve ces lettres apocryphes en franchis dans le Dictionnaire des apocryphes de Tabbé Migne. Le fragment connu sous le nom de Canon de Muratori mentionne encore une iMtre de Paul aux Alexandrins, Enfin toute cette littérature a son couronnement dans la fameuse CojTespondance de Paul et de Sénèque^ mentionnée d'abord par Jérôme et tenue pour authentique pendant le moyen âge. On compte six lettres de Paul à Sénè([ueet huit lettres deSénèque à Paul. Ces rapports entre le philosophe et Tapôtre n'ont d'autre point de départ (pie le passage des A(!tes des apôtres XVllI, 12, où est racontée la comparution de Paul devant GalHon, le frère de Sénèque. Dans rhistoire apocryphe de Prochore {NaiTatio Procliori de Sancto Johanne) , se rencontre encore une Epître de Jean à un hydropique. Enfin si, comme on le croit, Y E pitre de Barnabas n'est pas authentique, «lie trouverait ici sa vraie place.
IV. Apocalypses. Les premiers cliréti(»ns ne se sont pas servis du genre apocalyptitpie avec moins d'ardeur que les Juifs. Ils ont mis plusieurs apocalypses chrétiennes sous les noms de pat^ia^ elles ou de prophètes de l'Ancien Testament ot des Sybilles dont il sera question ailleurs (voy. art. Pseudépiyraphes), Panui celles (|ui po^ taient des noms chrétiens, les Pères, à côté de l'Apocalypse de saint Jean, parlent d'une Apocalypse de saint Pierre qui jouit dans les premiers siècles d'une grande autorité. Le Canon de Muratori la mentionne avec (juqIciuos doutes sur son authenticité. Clémen! d'Alexandrie la commentait dans ses llypotyposes. Dans certaines Eglises ilcla Palestine, elle était lue annuellement aux jours de jeûne. Nous en avons quelc^ues fragments (pii décèlent un esprit judaïsant id^ exalté. 11 existe encore en arabe une seconde Apocalypse de Pierre, L'Apocalypse de Paul, dont Kusèbe a parlé, était d'un tout autre caractère. C'est Tœuvre d'un gnostique anti-judaïsant. On la croyait perdue, lorsque dans ces derniers temps, Tischendorf l'a découverte et publiée. Elle a pour point de départ le ravissement de Saint-Paul (2 Cor. Xll, 1-8). H est probable (ju'il existait un autre écrit du même genre, issu de la même donnée, connu sous le nom d'Ascension de^aint Paul. A partir du onzième siècle, il est encore question d'une seconde Apocalypse de Jean^ publiée également par Tischendorf» ouvrage absolument sans valeur. Dans le décret du pape Gélase, il est fait mention d'Apocalypses de saint Thomas et de saint Etienne. Enfin,
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clans les manuscrits sahidiques de la Bibliotliè(|ue nationale à Paris, se trouvent une Apocalypse de Barthélémy, et, parmi les manuscrits grecs, un autre apocryphe, la Descente aux enfers de la Vierge Marie, dont rien encore n'a été publié. — On peut ranger enfin parmi les apocryphes certains livres d'un caractère dogmati(|ue ou ecclésiastique, qui, dans Fancienne Eglise, avaient une grande autorité et qu'on faisait remonter jusqu'aux apôtres. Les Conslilutiuns apostoliques, les Doctrines des apôtres (AtSa^^ai twv a-csrdXwv) dont ont parlé Eusèbe etAthanase,et dont M. Hilgenfeld a donné des fragments dans son Novum Testamentum extra canonem (fasc. IV), auxquelles il faut ajouter la Didascalia aiwstoloruniy éditée et traduite du Syria(}ue par M. de Lagarde (1855). Parmi les manuscrits découverts dans la Bibliothèque du couvent du i>aint-Sépulcre, M. Bryennius annonce qu'il a trouvé une Aicx/y; twv i::0T:cX(i)v, qui sera bientôt publiée. — Les apocryphes ont été Tobjet -d'études nombreuses dans les deux derniers siècles^ On peut cpnsulter, outre les diverses collections mentionnées plus haut, la BihUothèque ecclésiastique de Du Pin ; les Mémoires deTillcmont sur l'Histoire ecclésiastiriue ; V Histoire critique des Livres du Nouveau Testament de Richard Simon ; une très-longue et très-savante dissertation dans VHistob-e du Manichéisme de Beausobre; un Mémoire sur les ouvrages apocryphes, inséré dans le recueil de l'Académie des inscriptions, tome XXVll, de Burigny; Kleuker, Ueber die Apocrt/phen des iV. 7'., Hambourg, 1798; Nitzsch, De apocryph, Evang. in explicando canonico usa et abusu, Viteb., 1804; Tischendorf, De Ev, apocryph. origine et usa disquisitio historica critica, quam prœmio aureo dignam censuit societas Ilagana^ Hagœ, 1851 ; R, Hoffmann, Ltben Jesu nach den Apocrj/phen ; de Pressensé, dans sa Vie de Jésus, Paris, 1866 ; Michel Kicolas, Evangiles apocryphes, Paris, 1866, etc. A. Sabatieb.
APOLLINAIRE (Saint) [K/.aJc'.c; 'A7:cXivap'.cç], évéque d'Hiérapolis , présenta àMarc-Aurèleune/7/)o/o^î'e, dans laciuelle se trouve rapporté le miracle de la legio fulminea ; il écrivit aussi cin([ livres contre les Gentils, deux livres sur la vérité, et un livre (îontre l'hérésie naissante de Montanus (Eusèbe, Ilist. EccL,l\, 27; V,5; saint Jérôme, de Viris, 26; Photius, cod, 14). Rulin et Nicéphore (Jlist.EccL, IV, 23) ont cru pouvoir attribuer à Apollinaire un écrit anonyme contre le montanisme : ce livre est certainement postérieur. Sérapion, cité par Eusèbe (V, 19), a conservé quehpies mots du traité d'ApoUinaire contre Montanus. 'Nicéphore (/. /. 11) et quelques manuscrits d'Eusèbe, mais non les meilleurs, lui attribuent encore deux livres contre les Juifs. On trouve dans la préface de la Chronique Pascale (éd. Ducange, p. 6 ; éd. Dindorf, 1., p. 13), deux passages d'Apollinaire sur le jour de la mort du Christ, dont Tillemont a, à tort, contesté l'authenticité, et (jui ont joué un grand rôle dans les controverses relatives au quatrième Evangile.
APOLLINAIRE , évccfue de Laodicée, iils d'un grammairien durétien, était lui-même professeur d'éloquence (Soc, 11, 46 ; 111, 16; Sozom., V,18; VI,25). Il s'employa toutentier à combattre l'arianisme. d'est pour désarmer l'hérésie qu'il conçut le système de christologie