‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 2)Chapitre 155 sur 226 · APOLLONIUS — APOLLOS · texte numérisé non relu

APOLLONIUS — APOLLOS

possédions sur lui. Il avait , dit-on, laissé des mémoires qui furent remis à Timpératrice Julie Domna, femme de Septime Sévère, en 194. Celle-ci confia ces mémoires à Philostrate qui écrivit la vie d'Appollonius. Cette biographie n'a aucune valeur historique. Philostrate fait de son héros un thaumaturge accompli dont la vie est remplie de prodiges, en même temps qu'il nous offre en lui le type idéal du pythagoricien paiiait. Ascète austère,* il connaît toutes les sciences et toute la sagesse humaine et il passe sa vie à prêcher cette sagesse ; toute la grandeur et toute la puissance du monde antique se concentrent dans sa personne et sont résumées dans ses prédications. Il se présente aux hommes en véritable réformateur du paganisme et il veut cette réformation par le syncrétisme. On s'explique aisément le but de Philostrate ; il voulut montrer, sans doute, à Finstigation de Julie Domna, que le paganisme était capable de produire des hommes aussi remarquables, soit par leur vie morale, soit par les prodiges qu'ils accomplissaient, que le fondateur du christianisme lui-même. 11 voulait montrer aussi (ju'en réunissant ce que l'antiquité a offert de plus parfait on obtient une doctrine qui n'est pas inférieure à celle de l'fiivangile. Il y a, dans cet essai du sophiste, une preuve curieuse de l'influence immense (ju'exerçait sur les masses, à cette époque, la personne du Christ. Philostrate voulait précisément combattre cette influence croissante et arrêter la décadence du paganisme. 11 se proposait donc un but prati(iue, et cette forme prise par l'opposition aux progrès de la foi chrétienne nous montre bien quelle puissance morale celle-ci possédait alors. Les eflbrts de Philostrate furent en partie couronnés de succès. 11 n'arrêta pas les progrès du christianisme, mais il créa à Appollonius de Thyanes une véritable divinité. Hiéroclès qui, cent ans plus tard, fut l'auteur de la persécution des chrétiens sous Dioclétien, compara ouvertement, dans un de ses ouvrages, Apollonius avec le Christ, et Eusèbe, en le réfutant, admet, d'une manière générale, b vérité du récit de Philostrate. Les habitants de Thvanes dédièrent un temple à Apollonius ; ceux d'Ephèsc lui élevèrent une statue, et Alexandre Sévère plaça son image à côté de celle de Jésus-Christ.

Edm. Stapfer.

APOLLONIUS, savant écrivain, qui vivait en Asie Mineure au commencement du troisième siècle, est connu par un ouvrage (ùm'f/ne et longtim vofutnen, dit Jérôme dans son Catal, de script, ercl. , c. XL) contre les montauistes dont il ne reste qu'un fragment conservé par Eusèbe (ffi'st. rrrl., V, 18). Il leur reproche les vices les plus graves et tourne en ridicule leurs prophéties. Nicéphore l'a confondu avec Apollonius, sénateur romain, dont Eusèbe (V, 21) nous raconte qu'il fut dénoncé connue chrétien par son esclave sous l'empereur (.ommode, et qu'après avoir prononcé devant le Sénat une défense éloquente (XcYswOaOr^v xKc\c^;zxf)^ il eut la tête tranchée, en même temps que son dénonciateur, conformément aux lois romaines qui réglaient les rapports des maîtres et des esclaves, fut condamné à avoir les cuisses brisées, ce qui était le sui>plice le plus ignominieux.

APOLLOS ( AzcXXaiç, abréviation du nom grec 'AttoXXwv.cç). Il est spé-

cialement question de cet ami et collaborateur de saint Paul à Corînlhe et à Ephèse, dans deux passages du Nouveau Testament (i Cor. I-llI et Act. XVIII, 24 ; XIX, 1) d'où se dégageune Irès-belle et très-intéressante ligure. Apollos était un juif originaire d'Alexandrie où il n'avait pu rester étranger à Tinfluence de la philosophie religieuse de Philon. Il était, nous disent \cs Actes, éloquent , très-versé dans lesEcritures, puissant dans les controverses, d'une originalité dépensée et d'une indépendance de caractère qu'il sut défendre et garder même à côté de l'irrésistible influencé de la pensée du grand apôtre. 11 ne devint jamais entièrement son disciple. Il travailla à côté de lui et même il semble à Corinthe avoir conquis momentanément une autorité presque égale. Nous ne savons point comment il avait été amené à l'Evangile ; mais, en tout cas, ce ne fui pas comme Paul, par une conversion subito. D'après le récit des Actes, il ne connaissait , quand il vint à Ephèse, que le baptême de Jean. A(|uilas et Priscillc achevèrent son éducation chrétienne, c'est-à-dire, sans doule, l'initièrent à ce que Paul appelait un E\angile entièrement fondé sur la croix et la résurrection du Christ et indépendant de toute tradition et de toute attache juives. Néanmoins l'enseignement d'ApoIos ne se confondit jamais avec celui de Paul. D'un côté, il parait s'être moins sépai*é du judaïsme, et de l'aulre avoir fait dans sa théologie inie part plus grande à la philosophie alexandrine. C'est ce que Paul fait entendre quand il blàmo dans son épître aux Corinthiens (1 Cor. I, 17; II, 1-3) cette sagesse mondaine, ces discours pathétiques, cette rhétorique savante qui semblent vouloir ajouter quelque chose d'humain à la puissance de la croix du Christ toute nue. Dans tous ces passages, il est évident que l'apôtre fait allusion à Apollos et au parti qui, dans l'Eglise de Corinthe, se groupait autour de son nom. Cependant ces légères difl'érences n'allèrent jamais jusqu'à des froissements. Apollos, dont l'humilité semble avoir égalé laferveur et le talent, fut sans doute le premier à donner raison aux avertissements sévères de Paul. Dans la seconde lettre aux Corinthiens, le parti d 'Apollos disparait entièrement ri l'apôtre ne se trouve plus qu'en face des judaïsants, ses irréconciliables adversaires. Paul le nomme son frère (1 Cor. XVI, 12) ; il aurait voulu l'envoyer à Corinthe , mais il ne put le décider. Apollos passa les années o7 et TW à Flplièse ou dans les environs. Son nom revient encore une fois à la fin de ré[)ltre à Tite ; puis nous perdons entièrement ses traces. Luther a voulu lui attribuer l'épitre aux Hébreux. Ce n'est ((u'une conjecture. Mais autant (pi'on peut se représenter la théologie <l Apollos, elle ne devait pas différer beaucoup de celle de cette épitrc.

A. Sabatikr.

APOLOGÉTIQUE, APOLOGIE. — 1. Principes. L'apologétique est la science qui établit les principes d'après lesquels la vérité de la religion .chrétienne doit être démontrée et défendue contre les attaques de si'S adversaires. Elle se distingue de l'apologie, qui est cette démonstration et cette défense elles-mêmes. On a contesté l'utilité de raix>lc)gétiqae. non moins que son caractère scientifique. Longtemps ignorée ou dédaignée, cettt? branche de la théologie est cultivée avec prédilection aujoiir- <rimi; pour ce qui concerne les apologies, elles encombrent le marclié

de la librairie, particulièrement en Allemagne, ce qui ne laisse pas que d'être un symptôme inquiétant. Si les attaques contre le christianisme n'étaient pas si multiples et si sérieuses, la défense ne déploierait pas tant d'efforts. Quoi qu'il en soit, ni les défauts communs à beaucoup d 'apologistes, tels que la crédulité, l'inexactitude, l'exagération, la partialité, les sopliisraes, le ton déclamatoire, les invectives contre les adversaires, ni la difficulté de la tâche en elle-même, ne sauraient être invoqués contre l'apologétique, bien qu'ils expliquent les préventions dont elle est l'objet. Nous croyons que les défauts que nous venons d'énumérer peuvent être évités; quant à la difficulté, elle tient à la nature même de la foi chrétienne qui repose, en grande partie, sur des expériences intérieures et implique une certaine direction de la volonté. Per^ sonne ne réussira jamais à démontrer mathématiquement la vérité de la religion chrétienne, dont le caractère môme est l'inévidence ; seulement, cet inconvénient, l'apologétique le partage avec d'autres sciences, avec la philosophie et avec l'histoire, par exemple : elles aussi reposent sur des recherches et des observations qui ne sont possibles qu'à celui qui, par une application sérieuse et prolongée, s'y est spécialement préparé, et, dans la plupart des cas, elles lui procurent des probabilités plutôt que des certitudes. Dans le fond, la tâche de l'apologétique est de mettre en lumière les prhicipes sur lesquels la théologie repose comme science et se dislingue de la philosophie. Ces principes découlent d'une analyse rigoureuse de la foi chrétienne destinée à mettre en lumière les deux faits fondamentaux qui la constituent, l'un d'ordre psychologique, le péché ou l'impuissance de l'homme à réaliser par lui-même, sans un secours divin, sa destinée terrestre; l'autre, d'ordre historique, la manifestation de la grâce divine dans la personne de Jésus- Christ et dans le plan providentiel du salut auquel elle est liée. L'apologétique exige donc des aptitudes de réflexion philosophique, comme aussi une certaine familiarité avec les procédés de la critique historique, et pour le moins une connaissance précise de ses résultats. Elle faitfor^ cément des emprunts à toutes les autres branches de la théologie, sans pour cela se confondre avec elles. Schleiermacher, dans son Encyclopédie, la place, avec la polémique, en tête de l'enseignement théologique, sous le nom de théologie philosophique; d'autres l'identifient soit avec les prolégomènes de la dogmatique, soit avec la philosophie de la religion ; d'autres encore, la considérant comme un art plutôt que comme une science, la relèguent dans la théologie pratique. Peu importe le rang qu'on lui assigne, pourvu que l'on soit bien au clair sur la nature de son objet, sur son étendue et sur ses limites. Le contenu de l'apologétique est le témoignage rendu par la conscience chrétienne à la vérité morale et historicjue du christianisme. Le foyer sur lequel elle dirige sou attention principale est le sentiment reUgieux, tel qu'il vibre au fond de notre conscience, et qui se trouve être le produit à la fois d'un élément objectif, l'action de Dieu, et d'un élément subjectif, l'action de l'homme. La dualité de principes qu'implique cette constatation est irréductible en un certain sens, parce que jamais l'homme ici-bas n'arrivera à connaître et à posséder pleinement Dieu; mais elle tend à!

se résoudre dans une unité toujours plus harmonieuse, à mesure que la foi ou la vie religieuse devient plus parfaite, c'est-à-dire à mesure n^ rhomraeréussilà mieux comprendre et à s'assimiler d'une manièi«(ïiB complète la grâce divine : Credo ui intelligam. Nulle science plus que rapologétic^ue n'a besoin de se pénétrer de la vérité de cet adage. -De plus, Faction de Dieu dans la conscience du chrétien étant délenninée par certains faits historiques, il s'ensuit (lue l'effort de Tapologiste devra se porter sur ces faits, ainsi que sur les documents qui les rapportent, afin d'en constater l'authenticité et d'en saisir le véritable caractère. — Ce qui a surtout nui à la considération de l'apologétique comme science, c'est la difficulté de disposer et de grouper d'une manière organique les matériaux dont elle se compose. Longtemps on s'est servi de la division en preuves internes (accord du christianisme avec la raison ou avec la conscience) et en preuves externes (faits extraordinaires ou miraculeux (jui ont précédé ou accompagné le christianisme); mais cette division nuit au but même que se propose l'apologétique. Le caractère surnaturel du christianisme ne pouvant être déterminé dans la première partie, il peut paraître (|ue son essence consiste dans son accord avec la raison, d'où il s'ensuit que l'élément humain, c'est-àdire subjectif, devient non-seulement le semoinum et le criierium^ l'organe qui perçoit et apprécie l'élément divin, mais sa norme, le juge qui lui confère sa valeur et son autorité. Et, d'autre part, les faits surnaturels étant considérés comme possédant en eux-mêmes une vertu démonstrative, indépendamment de leur accord avec la raison, il pourrait sembler que l'essence du christianisme consiste dans ce caractère surnaturel, ce qui serait également inexact. En tous les cas, ces deux manières de concevoir le christianisme ne peuvent se combiner que d'une manière extérieure et artificielle et ne justifient que trop l'opposition du point de vue rationaliste et supranaturaliste que l'apologétique doit précisément prendre à tâche de vaincre par une saine exposition des principes théologiques fondamentaux. D'autres auteurs ont commencé l'apologéticpie par une analyse criticjue de l'idée de la révélation, c'est-à-dire par l'énumération des signes d'après lesquels on doit juger la vérité et la réalité d'une révélation divine; puis, dans une seconde partie, ils ont montré l'accord des idées et des faits révélés dans le christianisme avec ces signes. Cette division repose sur la pensée juste qu'il faut commencer par rattacher l'œuvre apologétique à des principes généralement admis; mais, d'une part, celte méthode est insuffisante aussi longtemps (|ue l'analyse critique de l'idée de la révélation est purement philosophique, au lieu d'être ellemême le résultat d'un accord reconnu et démontré entre le principe chrétien et la pensée scientifique, et, d'autre part, cette méthode présuppose, sans nécessité, que l'essence du christianisme est d'être une révélation, ce qui est loin d'être prouvé. D'autres encore ont divisé l'apologétique en une partie générale qui expose l'accord du christianisme avec la nature humaine, et en une partie spéciale qui montre comment les diverses idées religieuses se sont réalisées dans le christianisme; mais ces deux parties empiètent sans cesse Tune siur l'autrei

et, au fond, traitent le même sujet par les deux bouts contraires. Ce qu'il y a peut-être de préférable, c'est de suivre la méthode génétique ou organique. On commencerait par une analyse précise du sentiment religieux tel qu'il se produit dans la conscience humaine, avec les conditions particulières qui nous sont faites ici-bas, savoir les incessante» contradictions au milieu desquelles nous nous mouvons, les problèmes insolubles qu'elles imposent à notre esprit et les profonds mystères dont elles nous enveloppent. On chercherait ensuite d'où vient à la conscience la lumière qui la guide, et où le sentiment religieux, chez cei?: dans lesquels il est le plus pur et le plus ardent, puise sa force. Par un examen comparatif des diverses religions et par une étude approfondie des temps qui ont précédé le christianisme, on sera amené à s'arrêter à ce dernier, aux manifestations particulières qui l'ont précédé, préparé et introduit dans le monde, à l'histoire de sa propagation, aux causes diverses qui ont tour à tour favorisé, compromis et arrêté ses triomphes, aux fruits qu'il a produits soit chez les individus, soit dans la société, à la lumière qu'il a projetée sur les problèmes qui nous agitent, à la manière dont il entend résoudre les contradictions de notre nature, et nous expliquer ou nous faire accepter les mystères qui nous entourent de toute part. L'apologiste sera ainsi, par la force même des choses, conduit à ramener tous ces effets et cette action, naturelle dans la marche qu'elle suit, surnaturelle ou inexpliquée dans sa cause», à la personne même du fondateur de la religion qui porte son nom. Jésus-Christ, en effet, nous donne la clef du christianisme. Dans la mesure où l'analyse humaine réussira à surprendre le secret de sa nature et de cette communion exceptionnelle et unique avec Dieu qui a été la source de la sainteté de sa vie comme de la vérité et de l'autorité de son enseignement, elle pourra décrire aussi ce que c'est que l'inspiration, la révélation, le miracle, la prophétie, tous les éléments dits surnaturels qui n'accompagnent pas seulement le christianisme, mais qui, en un sens, le constituent. £t alors, par un dernier efifort, s'élevant plus haut encore, des causes secondes à la cause première, de la sphère du contingent à celle de l'absolu, l'apologiste verra briller, entouré d'une lumière incomplète sans doute, mais, à tout prendre, provisoirement suffisante, l'idée ou l'image même de Dieu, la source de toute vie et de tout salut dans le monde. Cette méthode, que l'on pourrait aussi appeler thétique, parce qu'elle développe purement et simplement l'objet de la foi chrétienne, en n'ayant égard aux objections et aux critiques qu'au fur et à mesure qu'elle les rencontre sur son chemin, est à peu de chose près celle de la dogmatique, bien que le plan et l'ordre suivi par cette dernière science soient différents, comme aussi le nombre et l'étendue des matériaux : l'apologétique laisse à la dogmatique tout ce qui est secondaire et ne prend que ce qui est fondamental, et cela moins au point de vue de l'exposition systématique de la foi qu'à celui de la défense des principes du christianisme. On pourrait également dire avec Nitzsch, que l'apologétique est la théologie des laïques : c'est une dogmatique populaire qui court au plus pressé, à savoir la recommandation du christianisme auprès de

ceux qui en doutent. Serait-il trop ti^méraire d'ajouter, eu égard à ce que nous voyons se produire autour de nous et en particulier aux méthodes que la science préconise aujourd'hui, que Fapologétique est peut-être la forme que la dogmatique revêtira dans l'avenir ?

II. Histoire, L'histoire de Tapologétique peut se diviser en cinq périodes, d'une richesse et d'une valeur scientifique inégales. En en énumérant, par ordre et dans leur lien organique, les productions les plus marquantes, nous prévenons le lecteur que la plupart d'entre elles seront l'objet d'articles spéciaux dans le cours de cette publication.

Prnnihc Prn'ode, 1. Orient. La première opposition faite contre le christianisme fut celle des Juifs. Jésus-Christ, défendant sa mission divine et repoussant les reproches qui lui étaient adressés par les scribes et les pharisiens, fut son propre apologiste (Jean V, 16 ss.; Vil, 16 ss., etc.). Toute la prédication des apôtres porte essentiellement un caractère apologétique (voy. entre autres Actes XVII, 2i ss. ; XXII, 1, ss., etc.); ils recommandent d'ailleurs aux chrétiens d'être prêts à rendre compte <le leur foi avec douceur et respect vis-ù-vis de tout le monde (I Pierre III, 15). Dans la suite, ceux d'entre eux qui se montrèrent plus particulièrement qualifiés furent chargés de porter cette défense; soit sous forme juridique devant les tribunaux , soit sous forme scientifique à l'adresse de la société cultivée, soit sous forme populaire en présence de la foule. Les défenses juridiques précèdent les apologies savantes. Il s'agissait de repousser les attaques d'athéisme, d'nnmoralité, de superstition, d'hostilité ou d'indiflérence politique qui se reproduisaient sans cesse avec les exagérations les plus incroyables. La plupart du temps, les -apologistes se bornent à les réfuter par le simple exposé des faits, en insistant sur les vertus des chrétiens, l'héroïsme des martyrs et la propagation rapide du christianisme. La lutte devint plus difficile, lorsque du terrain des faits elle fut portée sur celui des idées et que Ton se trouva en présence d'adversaires philosophiques. Les écrivains chrétiensétaient peu habitués à manier l'arme de la dialecticiue ; ils avaient des conceptions étroites ou erronnées qui tenaient à leur éducation et à leur culture première, soit juive, soit païenne ; ils n'employaient pas toujours les meilleurs arguments et se livraient souvent à une polémique passionnée. Vis-à-vis des Juifs, ils se bornaient à montrer l'accomplissement des prophéties de l'Ancien Testament dans le Nouveau, mais se livraient à des interprétations allégoriques hasardées et obéissaient aux règles d'une exégèse arbitraire. Us découvraient, dans la nature, des symboles des doctrines révélées et ne dédaignaient pas •d'invoquer, en face des païens, les enseignements de leurs sages oa les oracles de leurs devins. Tous les écrits de cette première période portent plus ou moins le caractère apologétique : de là, l'absence de rigueur scientifique et de distinction tranchée entre les diverses branches de la théologie, compensée, il est vrai , par l'unité et la puissance de vie religieuse qui manjuc la plupart des produits littéraires de ce temps. Il faut distinguer, dans les écrits consacrés à la défense du christianisme pendant les trois premiers siècles, ceux que l'on peut considérer comme des pétitions adressées aux empereurs romains, qui

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sont de siniplcs'plaicloycrs, et ceux qui présentent une apologie raisonnée et approfondie de la vérité chrétienne. Dans la première catégorie viennent se ranger les apologies adressées parTévêque Quadratus dWthùnes et le philosophe Aristide à Tempereur Adrien (120), et que nous ne possédons plus ; celles de Miltiade, de Méliton de Sardes, de Claude Apollinaire, évéque d'Hiérapolis, adressées à Marc-Aurèle; les deux apologies de Justin Martyr dédiées à Antonin et à Maro-Aurèle (138-131); 1(jO-1G()), dont la seconde renferme des digressions philosophi<|ues complètement étrangères aux débats du prétoire; celle d'Athénagore à Marc-Aurèle (177) ; celles de Tatien le Syrien et de Théophile, évéque d'Antioche. Pour ce qui concerne les apologies savantes, M. de Pressensé {Hist. des frais pre?n. siècles de l'E(jL chr,, vol. IV : Les Apoio^ gistes) croit pouvoir les diviser en trois classes ; 1*" Les apologistes qui, admettant une affinité profonde entre le christianisme et la conscience humaine, cherchent des témoignages et des preuves de cette affinité dans le développement historique de Thumanité; 2" les aj)ologistes qui n'en appellent (Qu'aux instincts naturels du cœur humain ; 3" ceux qui accablent d'outrages Tàme humaine, Tanéantissent et Tavifissent, pour ramener, par le dégoût et le désespoir, à recomûr au divin rédempteur. Les brillants écrivains de Fécole d'Alexandrie se rattachent à la première classe. Clément, dans son Fxhorfaf ion aiw Gentils (Xg-^o^tz^zxptTziiY.z^ T.poç EXXiQva^), dans son traité de morale intitulé ^rr-Soy^Ys; et dans ses mélanges de philosophie religieuse ( ç:più\xx:iiz) établit victorieusom(înt le néant du paganisme, Timmoralilé de ses mythes et le rùltî pédagogique de sa philosophie, en tous points semblable à ci3lui que la loi mosaïque a joué chez les Juifs. Il mar(|ue en traits heureux les limites de la raison, la part des facultés intuitives et des déterminations morales dans nos connaissances religieuses et la manière vraimont organique dont la f/cosi; se développe de la ^'.mç. Par contre, Clément néglige complètement la preuve historique, se bornant à faire comparaître la personne vivante du Christ devant la conscience éclairée par la foi et qui ne larde pas à percevoir en lui Ui Verbe ou Tlntelligence parfaite dont rintelligence humaine n'est (|u'un pâle reflet. Origène, dans son livre Contre Celse (vers 2'i5), complète Tœuvre de son maitre, en répondant à la fois aux attaques des juifs et à celles des païens. Il défend contre les premiers la loyauté des chrétiens accusés d'avoir falsifié leui's livres sacrés, la grandeur morale du Christ, qui éclate surtout dans son humiliation et son abaissement, et la réalité de sa résurrwtion, attestée par la publicité même de son supplice. Il justifie contre les païens l'abandon des coutumes nationales contraires à la morale éternelle, les innovations du culte qui réalisent un progrès dans la spiritualité, l'obéissance des chrétiens aux lois de l'Etat, si diflerenle de la servilité, la légitimité des diversités dans l'Eglise, dérivées du respect de l'individualité, l'obscurité et la basse condition de la plupart des chrétiens qui attestent la sollicitude de la religion nouvelle pour les déshérités de la terre, la simplicité de la doctrine chrétienne qui constitue sa supériorité sur la philosophie et qui est le secret de sa puissance, l'assurance enfin que donne la foi ({ui, loin d'inter-

dire rexamcn, le provoque. Origène, lui aussi, n'accorde qu'une importance secondaire à la preuve du miracle qui, d'après lui, ne tire sa valeur que de son caract<îre moral : il s'attache de préférence aux arguments tirés des conquêtes rapides du christianisme et de ses effets sur la société, ainsi qu'à la preuve interne, à savoir la réponse satfefaisante donnée à tous les véritables besoins del'àme. — 2. En Occident^ nous trouvons d'abord VOcfave de Minutius Félix (vers 190), dialogue spirituel et élociuenl, dans lequel l'auteur combat avec succès le scepticisme frivole de son temps, en insistant plutôt sur les principes généraux du théisme (pie sur les doctrines particulières de l'Evangile; puis, VApologeticus (200) de Tertullien, adressé aux magistrats de l'empire pendant la persécution des chrétiens sous Septime Sévère, au sujet de l'illégalité de leur condamnation, rendue plus odieuse par l'impunité qui couvre les crimes de leurs accusateurs. Le puissant rhéteur de Carthage écrivit, en outre, un ouvrage apologétique plus considérable Adverses fj/en(es, et surtout un remarquable traité De testùnom'o amnur îiaturah'ter chrisfianœ, dans lequel il établit (]ue la religion de Jésus- Christ répond aux aspirations les plus vrai(îs de notre être moral, en protestant contre le paganisme qu'il accuse de dégrader la nature humaine et d'obscurcir le témoignage de la conscienoiî par ses vices grossiers non moins que par sa culture raffinée et corrompue. Tertullien n'invoque l'autorité des Ecritures qu'en seconde ligne. Dieu, pour nous rendre capable de pénétrer d'une manière plus complète et plus sensible ses pensées et ses volontés, a ajouté au témoignage de l'àme celui des lettres saintes. Les Dhputationum advei*stis genfes li'bin VU d'Arnobe (vers 303) dénotent une connaissance superficielle du christianisme et ne se distinguent que par une polémicpie violente contre le ï>aganisme, dont ils dévoilent les hontes cachées avec une incomparable richesse d'informations. Le traité de Cyprien De idolorum vanitate est empmnté en grande partie à VOctave de Minutius Félix; dans ses JJbri II f testhnoniortnn ndversus Jud<ros, il établit par de nombreuses citations qu(» la réjection des Juifs, comme le mystère de la personne et de l'œuvre du Christ, a été prédite par leurs propres livrer sacrés. Lactance, dans son traité De vwrlibus perseculorum, invoque en faveur du christianisme la mort violente de ses ennemis les plus fameux. Saint Augustin, dans les dix pi'emiers livres de son ouvrage De cwifate Def\ réfute les accusations des païens (lui reprochent au christianisme de favoriser la décadence extérieure et la dissolution intérieure de l'empire romain ; dans les douze derniers, il démontre, en regard de l'inutilité des solutions qu'offre le paganisme pour cette vie et pour la vie future, la valeur des doctrines chrétiennes, tant pour le salut des individus que pour le bonheur de la société. Dans ses LibriVlI hisloriarwH adve7'sîfs paganos, Orose tourne contre la religion païenne les reproches adressés aux chrétiens. (Voyez pour toute cette première période, outre l'ouvrage déjà cité de M. de Pressensé, Tzschiriier, (leschichte dei\ Apoiogefik, Leipz., 1805, dont le premier volume seul a paru, et le livre de l'abbé Freppel, Les Apologistes du It siècle, Paris, 1800). Deuxième Période. Lorsque le christianisme, devenu religion de

FEtat, se vit en possession du pouvoir et de persécuté se fit persécuteur, Teffort de la lutte se tourna contre les hérésies, et Tapologétique fit place à là polémique. Restaient, il est vrai, indépendamment des sectaires et des libres-penseurs qui se cachaient dans leurs rangs, les juifs et les mahométans : mais TEglise préféra, pour les combattre, Fappuî du bras temporel aux armes de Tesprit. On trouve bien encore de temps à autre des œuvres apologétiques, telles que la Sum?na catholicas fidei amira genliles de Thomas d'Aquin, qui contient une théorie curieuse des rapports entre la raison et la révélation empruntée à la philosophie scolastique, mais ces œuvres, en général, font preuve d'une grande faiblesse dans T argumentation et d'une profonde ignorance en matière philologiciue et historique. La seule exception à cette règle qui puisse être signalée est la Puyio fidei adversus Mauros et Judœos de Raymond Martini (1278). A la suite du discrédit dans lequel la scolastique ne tarda pas à tomber, grâce à la renaissance des études classiques, Tabîme qui commençait déjà à séparer la philosophie et la théologie s'agrandit chaque jour. Au milieu de ce réveil de Ubre pensée, qui eut pour premier théâtre Tltalie, d'autant plus hostile à la foi chrétienne qu'elle souffrait davantage des abus que Rome commettait en son nom, nous voyons se produire plusieurs apologistes de la religion méconnue et travestie. Parmi eux, nous citerons Marsile Ficinqui, dans son traité De i^eligùme christiaua (1475), cherche à concilier la doctrine du Christ avec celle de Platon ; Jérôme Savonarole qui, dans son Triumphus crucis seu de veritafe fidei (1497) , relève surtout les effets moraux et les applications pratiques du christianisme ; Louis Vives qui, dans son livre De veritate religionis chrù/ianœ (1543), essaie de démontrer qu'une foi sincère n'exclut pas des recherches spéculatives indépendantes.

Troisième Période. Survint la Réformation; mais, s'attachant à signaler l'altération plus encore que la négation de la vérité chrétienne dans le cours des siècles, elle s'occupa, elle aussi, de polémique plus que d'apologétique ; elle combattit les erreurs dans l'Eglise et non celles du dehors. L'Kglise réformée do France eut pourtant l'honneur de produire deux œuvres marquantes : c'est d'abord le traité De la vérité de la religion chrestiemte contre les athées^ épicuriens, païens , juifs, mahumédistes et autres infidèles (1579-81) de Duplessis-Mornay, écrit au sortir d'une longue et terrible maladie causée par une tentative d'assassinat, publié d'abord en français à Anvers, puis traduit en latin et dédié à Henri IV. L'auteur ne se livre à aucune attaque contre ses adversaires, mais il expose la vérité d'une manière calme et sereine, bien (ju'avec un peu de lenteur et de lourdeur. Il déclan» vouloir se servir d'arguments et de témoins, par où il entend, d'une part, des raisonnements assez subtils, puisés dans la scolasti([ue, sur des principes premiers indémontrables et que chacun trouv(î en soi-même, et, d'autre part, le témoignage emprunté à la conscience et à Thistoire, c'est-à-dire à l'antiquité et au consentement universel. Mornay trouve trois marques principales de la vraie religion : 1" le vrai Dieu connu et adoré en Israël, tandis que les païens adorent

les démons ; T lo service de Dieu et ses commandements positivement enseignés dans la Parole de Dieu, et « les choses les plus admirables en nos ÉdMtures y) confirmées par les païens ; 3" le moyen de réconciliation et le principe de vie pour accomplir ces commandements manifestés on Israël, principalement dans le Messie promis et venu en Jésus-Christ, dont TEvangile contient Thistoire et la doctrine. On doit de même citer avec éloge Touvrage d'Amyraut, Traité des religions contre cciu qui les estiment indifférentes (1G31), dirigé à la fois contre les épicuriens qui nient la Providence, contre les philosophes qui nient la révélation et contre les adversaires d'une religion « certaine et déterminée. » A côté des preuves secondaires tirées de l'antiquité de la religion révélée, de Tharmonie qui existe dans la Bible et des faits extraordinaires qui ont marqué rétablissement du christianisme, Amyraut signale la marque capitale de la divinité de notre religion, qui est d'être une source de paix et de sanctification, et d'ofl'rir à l'homme le moven assuré de se réconcilier avec Dieu. Comme Duplessis-Mornay et conformément au courant le plus généreux des doctrines réformées , Tillitstre professeur de Saumur assigne ainsi à la preuve interne ou expérimentale la place d'honneur dans son apologétique. (Voyez Viguié, Histoire de l'apologétique dans l'Eglise réformée^ 1838). A partir du milieu du dix-septième siècle , notre science se développe avec une vigueur nouvelle , grâce au nombre et à la valeur croissante des adversaires , en profitant d'ailleurs du progrès marqué des études philosophiques et historicjues. C^est Hugo Grotius qui ouvre la série des apolo^ gistes modernes , avec son traité De veritate religionis christianx (1627), traduit bientôt dans toutes les langues de l'Europe et de l'Asie. Il l'avait primitivement écrit dans le but de fournir aux navigateurs parmi les peuples mahométans et païens une arme pour se défendre conti'e les attaques de leur foi ; mais l'ouvrage trouva plus de lecteurs dans les cercles des lettrés et des savants. Dans six livres, l'auteur montre successivement avec phis de clarté dans la forme que de profondeur dans les idées : 1° l'existence de Dieu et l'immortalité de Tàme établie par les miracles ; â** Jésus-Christ, la divinité de sa vie, la réahté de'ses miracles, ainsi <pie la supériorité de sa religion, prouvées par la vérité de sa doctrine, la pureté de sa morale, la spiritualité do son culte, sa propagation rapide, sou extension et sa durée; 3° l'authenticité du Nouveau Testament et la véracité de ses auteurs, attestées par l'accord de ses diverses parties, les miracles, les prophéties, ainsi que les témoignages contemporains et postérieurs qui plaident en leur faveur; 4" la réfutation des religions païennes; T)** celle du judaïsme; 0** celle du mahométisme. Les rensc^ignements utiles, les aperçus ingénieux, les considérations sagaces abondent dans ce livre (|ui fut pendant longtemps l'arsenal où les défenseurs du christianisme puisaient de préférence leurs armes, mais le plan est dilîus, les véritables difficultés sont à peine entrevues et rargumentation est absolument vieillie. Nous en dirons autant de rouvmge érudit publié par Huet, évêque xl'Avranches, sous le titre de Demonstratio evangelica (1(579) et dédié ad

^eremssimtwi Delphinum (le fils de Louis XIV), dont il était précepteur, de concert avec Bossuet. L'auteur prétend démontrer les quatre axiomes suivants : i° Est authentique tout livre qui est regardé comme tel par les contemporains et les générations suivantes ; 2° Est vraie toute histoire qui expose les faits tels qu'ils sont racontés dans les livres contemporains ; 3" Est vraie toute prophétie qui annonce des faits confirmés par les événements ; 4° Tout don prophétique vient de Dieu. Huet en conclut précipitamment que tout ce que TEcriture dit de Jésus eomme étant le Christ doit être vrai, et que toutes les religions païennes sont issues des écrits mosaïques dont elles empruntent jusqu'aux noms propres pour désigner leurs dieux. Les Pensées de Pascal (éditées avec de graves altérations par les docteurs de Port-Royal, en 1669, et publiées pour la premières fois d'après le manuscrit original en 1844, par M. Faugère, sur les indications de M. Cousin) ouvrirent à l'apologétique une voie nouvelle. Sans parler de l'incomparable beauté du style et de l'émotion continue qui anime ces fragments, dont il n'est pas difficile de découvrir le lien et de recomposer le plan, l'effet produit par cette démonstration de la vérité de la religion chrétienne résulte de la méthode que Pascal seproposaitd'employer. Au lieu de prouver d'abord ou Texistence de Dieu, comme Grotius, ou l'authenticité de la Bible, comme Huet, pour de là déduire la divinité de Jésus-CJirist et la conformité de son enseignement avec le témoignage de notre raison et de notre conscience, l'auteur des Pensées suit la voie inverse : il va de l'homme à J<?sus-Ghrist et de Jésus-Christ à la Bible et à Dieu, cédant à la preuve intcu'ne le pas sur la preuve externe et la démonstration spéculative. Il trace un tableau d'une sombre magnificence de la nature humaine, de ses contradi(îtions, de cet inconcevable mélange de grandeur et de misère qui, selon lui, ne s'explique ([ue par le fait de la chute et ne se résout que par l'union avec Jésus-Christ, en qui tous les éléments contraires viennent se fondre en une unité harmonieuse. Pascal, toutefois, n'entendait pas sacrifier la preuve Jiistorique : seulement ce qui nous reste de cette seconde partie de son œuvre est beaucoup phis faible que la première, et serait complètement à refaire aujourd'hui. Ajoutons aussi que les PepséesdePascsA n'eurent presque pas de retentissement au dix-septième et au dix-huitiéme siècle, tant l'esprit et la méthode qui caractérisent cette ébauche de génie leur étaient étrangers: ce n'est que dans le nôtre (pie nous retrouverons leur infiuence. Le protestantisme français produisit, vers le déclin du grand siècle , l'apologie remarquable de Jacques Abbudie ( Traité de la vérité de la religion chrétienne , 1684), qui, dans une forme achevée mais d'après un plan trop compliqué pour être heureux, s'élève d'abord de l'idée de Dieu à la nécessité d'une révélation et à sa réalité historiciue; puis, dans une seconde partie, part de ce fait qu'il y a aujourd'hui des chrétiens dans le monde, pour examiner leur foi, remonter à son origine, constaterqu'elle repose sur une histoire, «la plus simple et la plus admirable du monde, » qui est rapportée par un livre dont l'autorité découle principalement de la personne de son héros. La preuve interne est bien abordée, car Abaddie se propose de nous montrer les divers rapports

(|ui existent entre la religion chrétienne et la conscience; mais ce caractère, fortement accusé au point de départ, la corruption naturelle de rijomme, et au point d'arrivée, sa sanctification, Test beaucoup moins dans le chemin qui conduit de Tun à Tautre. L'auteur s'échappe à tout instant hors du terrain de la conscience dans le domaine de la pensée pure ou dans celui des considérations historiques générales.

Quafrihiw Périnde. Jusqu'au dix-huitième siècle, le règne de l'autorité en matière religieuse avait été à peu près incontesté. L'Eglise, aux yeux du catholique, la Bible, pour le protestant, garantissaient souverainement la vérité des doctrines qu'elles enseignaient et la néce^ité des pratiques ([u'elles prescrivaient: l'Etat prétait d'ailleurs à l'établissement ecclésiastique un appui intéressé, et Tabsence de liberté dans les lois, de tolérance dans les mœurs était un frein, à tout prendre considérable, à la révolte du moins extérieure. Pourtant bien avant l'heure 011 les attaques contre le christianisme allaient pouvoir se produire au grand jour de la publicité, les doutes et les défections intérieures avaient détaché des croyances officiellement reçues un nombre toujours grandissant d'esprits. Le progrès lent mais continu des sciences naturelles et de Thistoire des religions comparées, bien qu'elles fussent encore^à l'étxit d'enfance, hâtèrent ce mouvement (jue la philosophie, assez superficielle mais très-entreprenante, du dix-huitième siècle précipita. Sa forme religieuse est le déisme, puissamment favorisé par l'affaiblissement général de la piété et la décadence marquée des études théologiques. Il prétendait être une religion, tout en méconnaissant le caractère propre du sentiment religieux et en professant une haine amère contre le christianisme. Né en Angleterre, il trouva de nombreux adhérents en France et étendit également son influence sur T Allemagne. A côté du déisme se développa, dans un esprit d'opposition encore l)lus décidé, le matérialisme. Pour être équitable envers ses représentants, il faut tenir compte du milieu dans lequel ils vivaient. L'ortliodoxie officielle, grâce aux violences dont elle s'était rendue comphce et aux hypocrisies qu'elle encourageait et couvrait de son manteau, avait perdu tout prestige : elle était impuissante à arrêter le flot montant de l'incrédulité, souvent plus honnête et plus vertueuse que ce qui se produisait sous le nom de foi ; de son côté le sensualisme était une réaction naturelle contre Tidéalisme exagéré dans leciuel, à ses débuts, était tombée la philosophie spiritualiste. Il ne faut pas oublier enfin que les déistes et les libres-penseurs de ce temps défendaient Tidécî de la tolérance, tandis que, dans la plupart des pays, les représentants de l'Eglise y étaient radicalement opposés. La faiblesse des ouvrages apologétiques du dix-huitième siècle explique également la rapide propagation des doctrines contraires. Presque aucun d'entre ses défenseurs n'a saisi le christianisme dans son essence : tantôt ils font des concessions et même des emprunts regrettables à leurs adversaires; tantôt ils s'obstinent à se maintenir dans des positions absolument intenables. — 1. Ce qui distingue les apologistes du christianisme en -4 «<7/^/e;r^, cette patrie du déisme, c'est le common-seme qui, comme on l'a dit, garde des grandes chutes, mais ne préserve pas toujours de la médiocrité, delà confianceaveugle

à accepter, sans les contrôler, les prémisses d'un l'aisonnenient, et du manque de vigueur dans la critique. Nous nommerons parmi eux : John Locke (Reasormhleness of chn'stianity, 1693), cjui cherche à prouver la divinité du christianisme par les effets produits par sa doctrine, en niant la preuve du miracle comme inutile et attacpjable par la critique; Leiand ( The advantage and necessi'ty of the Christian révélation from the State of religion in the ancient heathen world, 1764), (jui montre, par rinsuffisance des doctrines philosophiques et religieuses du paganisme, la nécessité ou du moins la grande probabilité d'une révélation, qu'il trouve dans le christianisme, qui contient tout ce qui manquait aux anciens; Joseph Butler (The analogy of religion national and revealed to the constitution and course of nature, 1734), qui relève avec bonheur la preuve interne, en établissant contre les déistes que si, par la forme, le christianisme est une religion révélée, il est identique par le fond avec la religion naturelle, c'est-à-dire absolument conforme à la saine raison et sympathique à tous ses progrès; Jenyns (A view of the internai évidence of the Christian révélation^ 1776), qui, avec une grande force de raisonnement, tire de la prétendue imperfection de la morale chrétienne une preuve de son excellence et de sa divinité; L^rdner {The a^edibility of the Gospel history , 1741-69,19 vol.), qui déploie une érudition prodigieuse dans Texposition des preuves externes, en particulier des témoignages des auteurs contemporains rapportés dans le Nouveau Testament, ainsi que de ceux des Pères des quatre premiers siècles et des écrivains erc^lésiastiques des siècles postérieurs ; William Paley (A view o/* the évidences of chinstianity , 1794, 2 vol.)? qui s'applique à déterminer les caractères auxquels on peut reconnaître les prophéties et les miracles, et les raisons qu'on peut alléguer en leur faveur, en montrant que le surnaturel n'est pas plus invraisemblable (ju'une révélation divine elle-même, et en fonne le complément obligé. — En France, la défense fut beaucoup plus faible qu'en Angleterre. Les études, au sein du catholicisme, avaient singulièrement dégénéré; Port -Royal n'était plus, et la révocation de l'édit de Nantes avait rejeté hors des frontières ceux des théologiens, protestants cjui auraient pu soutenir avec quelque succès le choc du déisme et de l'incrédulité. Pourtant, l'un de ses plus grands écrivains, J.-J. Rousseau, défendit les droits du sentiment religieux contre les sarcasmes des encyclopédistes et le lin persifflage de Voltaire; la Profession de foi du Vicaire savoyard, qui valut à V Emile sa condamnation, fournit en somme plus d'arguments aux défenseurs qu'aux adversaires du christianisme. L'abbé Guénée (Lettres de quelques Juifs portugais], allemands et polonais à M. de Voltaire, 1769) releva les nombreuses inexactitudes et les impardonnables légèretés de la critique dirigée contrel'Ecriture sainte par Voltaire qui, par une contradiction significative, avait exclu les Juifs de la tolérance qu'il prêchait. Genève, ce foyer ardent de lumières et de vie religieuse, qui, au commencement du dix-huitième siècle, avait échangé l'ancienne orthodoxie calviniste contre un christianisme plus rationnel, fournit plusieurs apologistes distingués ; nous ne citerons que Jacob

Venict (Traùé de la vérité chrétienne, 1730^1788, 10 vol., tiré avec des moditications importantes des thèses latines [de Turretin et trahissant d'une édition à Tautrc, un rapprochement plus marqué vers le déisme), qui relève surtout le côté moral du christianisme et proclame « la grande utilité » d'une révélation pour dégager la religion naturelle des nuages dont Terreur et la corruption humaine l'ont enveloppée, et pour rétablir la connaissance du vrai Dieu, prescrire son vrai culte, fonder une bonne morale, éclairer la vie future , Dieu fortifiant la parole des hommes chargés de cette mission par des signes extérieurs, dans le but d'attirer sur eux l'attention des croyants; et Charles Bonnet (Recherches philosophî'qiœs sur les preuves du christianisme, 1770), qui accorde une grande valeur à la preuve des miracles rendus possibles, selon lui , par une prédétermination spéciale des lois de la nature,[et destinés à servir de lettres de créance aux envoyés de Dieu, qui n'en sont pas moins obligés de confirmer le caractère de leur mission, au xyeux de la raison humaine, par la vérité de leur doctrine.— 3. Mais, c'est V Allemagne surtout qui fut riche en apologistes depuis la publication des Fi^agments de Wolfenbûttel de Samuel Reimarus (1778), qui causèrent une profonde sensation, en révélant les doutes qu'une foule d'esprits distingués professaient sur la divinité de Jésus- Christ. Tous, sans doute, n'allaient pas aussi loin que l'auteur des Fragments, (jui représentait Jésus commeayant voulu fonder un royaume temporel par la tromperie, et s'appuyait sur la faiblesse des procédés d'harmonistique pour accuser nos évangélistes de falsification intentionnelle. Les débats sur la nécessité, la possibilité et la réalité d'une révélation que cette publication provoqua, et auxquels Lessing prit une part active, montrèrent combien il était urgent de déterminer nettement l'essencedu christianisme dans ses rapports avec le sentiment religieux en général: tâche que le rationalisme du dix-huitième siècle, avec son manque de sens historique et de sens religieux, était incapable de remplir, et que, dès lors, fl légua au nôtre. Parmi les apologistes allemands, assez faibles la plupart, nous nommerons : Jérusalem {Betrachtungen ûber die vomehmsten Wakrheiten der Religion, [1773-79), qui essaie de conciher la foi et la morale chrétiennes, dépouillées de leur caractère disthictif , avec la philosophie de Wolf ; A. von Ilaller {Briefe ûber einige Einwûrfe noch lebender Freigeister irider die Offenbarung, illk-11, 3 vol.), qui , dans un langage élevé et ému, oppose son expérience personnelle de la vérité de la religion chrétienne aux objections des libres-penseurs ; Noesselt (Vertheidiguug der Wahiieit u, G'ôttlichkeit der christlichen Religion, 1769), qui défend la vérité du christianisme contre les athées, les sceptiques, les déistes et les indifférents, en montrant que la raison ne saurait s'élever par elle-anéme à la connaissance de la vraie religion, et (pfainsi une révélation revêtue d'une vertu surnaturelle est très-vraisemblable , très-possible et très-utile ; Less {Beweis der Wain*heit ier f'hristlirhen Religion, 1768), qui réduit à trois les preuves vraiment décisives en faveur de la divinité du christianisme : celle qui se tire de ses effets intérieurs et extérieurs ; la preuve des miracles racontés dans le Nouveau Testament ; celle qui est basée sur les prophéties de

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Jés\\&-Chnsi ; K^iïihnrd (Versuch ûber den Pian Jesu, 1770), qui fonde la divinité de la religion chrétienne sur le caractère pur et sublime de son fondateur et le plan qu'il avait formé pour le bonheur du genre humain; Ro^ansmûWcv (Historischer Beweis de7' Wahrhetl der christ lichen Religion, 1771), qui relève surtout la preuve tirée des prophéties : dans des livres manifestement anciens et authenti(jues, il a été prédit un temps 011 la connaissance et le culte du vrai Dieu se répandraient chez les nations païennes, et cela par un homme signalé d'avance de telle manière que Ton ne pourrait le méconnaître lorsqu'il paraîtrait'; W'izenmann (Die Geschichte Jesu nach demMatthmis, als Selhsthetveis ihrer Znverlxssigkeity 1789), qui trouve dans Thistoire de Jésus-Christ, telle qu'elle est racontée dans les Evangiles, un tel caractère de vérité qu'il croit pouvoir démontrer par là la divinité du christianisme ; Kleuker (Neue PrUfunfju. Erklwrioiff de)* vorziif/lichsten Beweise fUr die Wahrheit V. den gôtt lichen Ursprung des Christenthums, wie der Offenbarung àberhaupl, 1787-94), qui fait reposer lui aussi la divinité du christianisme sur la vérité de TJiistoire évangélique, en établissant que le christianisme est un fait, et que, par conséquent, sa crédibilité doit être établie par des faits dont l'authenticité est à Tabri de toute contestation ; Toellner (Vei'such eines Beweises der chrisllichen Religion fur Jedermann, 1774), qui, d'après le même point de vue, essaie de démontrer que l'histoire évangélique n'est pas impossible, puisqu'elle est vraisemblable, (jne ses auteurs ont été bien informés et sont de bonne foi. 11 affirme que les miracles sont la seule preuve convaincante pour le peuple, et que c'est d'ailleurs celle à laquelle Jésus-Christ lui-même en a le plus fréquemment appelé.

Cinquième />e>iorfe. L'influence exercée par le mouvement philosophique moderne sur l'apologétique fut très-considérable. Kant,en montrant que toutes les vérités empruntées au domaine de la raison pratitjuesont fondées sur la conscience et sur la volonté, indi(iuait nettement le caractère moral de la vérité religieuse, et son siège, la conscience. C'est à lui, plus qu'à ses illustres successeurs, que Ton doit une distinction lumineuse entre le domaine de la philosophie et celui de; la religion, bien qu'il ait méc^onnu quehjues caractères essentiels de cette dernière. Grâce au réveil de la vie religieuse, bien des âmes firent une expérience plus vive et plus directe de la puissance du christianisme, tandis que, de leur côté, les progrès de la critique historique déterminèrent une révision sévère des preuves externes. L'apologétique gagna en solidité et en rigueur scientifique, à mesure que l'on se convainquit que ce ne sont ni des doctrines ni des faits isolés (lui constituent l'essence du christianisme, dont la constatation est d'ailleurs indépendante de la canonicité de tous les écrits bibliques et de leur insjïiration littérale, mais qu'elle réside dans la personne de Jésus-Christ, comprise dans sa puissante originalité. En enchaînant d'une manière organique les divers arguments destinés à établir la vérité de la religion chrétienne, on porte une lumière bien plus vive dans le sujet traité. (|u'en présentant ces preuves séparées les unes des autres, sans unité et sans lien. Deux circonstances, au surplus, concourent, en dépit du sériiMix et de l'ha-

bileté grandissante déployés par Tattaque, à faciliter la tâche actuelle de Tapologétique. Dans les pays oii des Eglises chrétiennes réussissent non-seulement à se maintenir, mais à prospérer et à s'étendre sans Tappui de TEtat et où, par conséquent, aucune considération d'intérêt temporel n'explique rattachement aux croyances religieuses, il s'établit tout naturellement une forte présomption en faveur de la vérité et de la puissance des doctrines sur lesquelles elles reposent. D'autre part, en présence du transformisme, cette doctrine grandiose et rigoureusementr logique née des progrès récents des sciences naturelles, la raison moderne décidera, en connaissance de cause, si la nouvelle conception du monde qui doit remplacer la conception ancienne, présente moins de contradictions ou de mystères à rintelligence, au cœur et à la conscience de l'homme ({ne le dogme chrétien qu'il aspire à détrôner. Si, malgré ces incontestables avantages, l'apologétique ne jouit pas encore, dans le domaine scientifique, de toute l'estime à laquelle elle a droit, cela tient à ce que, trop souvent, ceux qui la cultivent ne sont pas à la hauteur de leur mission. Le nombre des apologies médiocres est légion, tandis que les ouvrages de valeur sont fort rares. Or, rien ne jette plus de défaveur sur une branche du savoir humain que de la voir habituellement traitée d'une manière insuffisante, comme rien ne nuit plus au crédit du christianisme et delà religion en général, que la faiblesse des arguments ou la déloyauté des procédés par lesquels on cherche aies défendre. — 1. Parmi les nombreuses apologies du christianisme qui ont paru dans ce siècle en Anglelerrc, nous n'en citerons que quatre qui représenta: nt assez bien les divers courants que Ton peut remarquer dans la théologie anglaise. Thomas Chalmers {ITie évidence and authority of Christian 7*evelalion^ Tiédit., 1824), après avoir démontré que l'homme est incapable par lui-même de découvrir les voies de Dieu, abandonne la preuve interne et appuie la vérité du christianisme sur la force du témoignage extérieur. Dans une première partie, l'auteur établit l'authenticité des divers écrits dont se compose le Nouveau Testament ; il fait ressortir, dans la seconde, les marques internes d'honnêteté et de sincérité (pie l'on peut recueillir dans ces compositions mêmes ; dans la troisième , il présente la situation connue et l'histoire des auteurs de ces livres comme preuves suffisantes de leur véracité ; dans la quatrième, eniin, il produit des témoignages additionnels et subsé(iuents qui viennent à l'appui du récit des auteurs originaux. La crédibilité des témoins : tel est le point sur lequel se concentre tout Teflort apologétiijue de Chalmers avec une érudition qui laisse beaucoup à désirer et une absence d'esprit critique qui otc aujourd'hui presque toute valeur à son ouvrage. Toute autre est la méthode de Thomas Erskine {Hemnrhs on the interval évidence of ihe thvutk of revealed religion, 5™*' édit. , 1821). Il n'aborde pas même l'examen des preuves externes. Dans la révélation, il distingue les préceptes moraux et les dogmes; pour les premiers, il y a nécessairement accord entre la loi naturelle et b loi révélée ; quant aux dogmes, la raison nous dit elle-même qu'en face des grands mystères qu'ils nous présentent, la raison doit

abdiquer et se soumettre, vu qu'elle est incompétente pour les expliquer, comme aussi pour expliquer la vie humaine sans eux. Elle a néanmoins le droit d'examiner s'ils proclament la sainteté de Dieu et s'ils ont pour but la régénération de l'homme : ce qui est essentiellement le cas pour les dogmes chrétiens ; de plus, ces dogmes reposant tous sur des vérités morales, en rapport avec la nature de l'homme, leur acceptation exige des dispositions de l'âme qui leur soient conformes. Pour croire, il faut incliner le cœur vers les objets de la foi. De son côté, M.IsaacTayior(7%e restoration of belief^i9S^) a une Confiance inébranlable et illimitée dans la preuve tirée du surnaturel. Dans une première étude, il insiste sur l'héroïsme des martyrs, sur l'introduction dans le monde d'un principe nouveau de vie morale et sur le rapport de ce principe avec la foi des chrétiens au surnaturel; il examine, dans une seconde dissertation, l'idée du miracle dans le Nouveau Testament, en montrant que l'apostolat s'exerçait essentiellement par le miracle qui constitue, à son tour, un des éléments fondamentaux du caractère de Jésus. La troisième partie est consacrée à l'étude des effets du christianisme. L'auteur établit que Jésus-Christ a régénéré la société humaine dont il est, en conséquence, aussi devenu le bienfaiteur temporel ; il a sauvé les âmes en expiant les péchés de l'humanité sur la croix; il a triomphé' de l'enfer et de Satan. Taylor conclut que le miracle est nécessaire pour que la vérité religieuse, morale et sociale fasse son chemin dans le monde. Enfin nous nommerons Touvrage anonyme de M. Seeley (Ecce homo, A sui^vey of the life and work of JesiiS'Chrîst, 8* édit., 1867), qui a causé une immense sensation et a été traduit dans plusieurs langues. L'auteur laisse de côté la question du surnaturel qui est indépendante, selon lui, des destinées du christianisme; il néglige, de même, l'examen des témoignages, de peu de valeur, qui sont postérieurs à l'âge apostolique. Concentrant tous ses efforts sur la personne même de Jésus, c'est-àdire du Fils de l'homme, idéal de l'humanité, telle que nous la présentent les évangélistes, Seeley essaie d'expliquer tous les effets que le Christ a produits par la puissance de l'esprit d'amour dont il était animé. Le moyen employé Jut rétablissement d'une communauté librement formée de tous ceux qui se sentaient attirés vers lui, et dont tous les membres devaient être attachés par les liens les plus étroits, au fondateur lui-même d'abord, puis les uns aux autres. Jé^us donna à cette société, si imparfaitement réalisée dans l'Eglise chrétienne, le nom de royaume des cieux et s'en déclara le roi, le législateur, le juge. C'est à cette simple démonstration que l'auteur de VEcce humo réduit le rôle des défenseurs actuels du christianisme. — !i. En lêtc des apologistes contemporains, en Frame^W convient de pla- Ck'V Chateaubriand (Le Génie du chrislimiisme, 1802), dont l'œuvre, plus brillante (fue solide, a du tout son succès au moment où elle apparaissait et à la magie du style dont elle est revêtue. Chateaubriand s'applicjue à démontrer l'excellence du christianisme dans le domaine de la littérature, de l'art, de la science et de la morale : mais ce dernier f»oint (le viKî est sans cesse sacrifié aux précédents et, au lieu de saisir

c«tte religion dans son essence, il ne fait qu'en analyser les effets, en insistant même de préférence sur ceux qui tiennent à elle par des côtés purement extérieurs. Toute la doctrine chrétienne , selon Qiàteaubriand, repose sur Tidée du mystère et culmine dans celle du sacrement. Les meilleurs chapitres sont ceux dans lesquels Tauteur traite des rapports du merveilleux [avec la poésie et des harmonies de Il religion chrétienne avec les scènes de la nature. La partie consacrée au culte renferme des vues souvent bizarres sur la symbolique chrétienne. L'évéque d'Hermopolis,Frayssinous(Z>(f/(?«serfw christiatiisine ou Confé-mces sur la religion j 1825), expose d'abordles vérités de la religion naturelle, comme « une préface utile » à celles de la religion révélée ; il examine ensuite T utilité du culte et l'importance des principes religieux comme fondement de la morale et de la société. Abordant ensuite son véritable sujet d'une manière tout extérieure et sans lien organique avec la précédente partie, il étudie la valeur du témoignage et discute la possibilité et la réalité du miracle, pour établir l'autorité de Moïse et des Evangiles; puis, après avoir exposé le mystère de l'incarnation, il traite successivement, mais d'une manière assez superficielle, de la religion considérée dans ses mystères, dans sa morale et dans son culte. Une série d'objections sur des sujets particuliers sont reléguées àla fin de l'ouvrage. Le Pape (1817) et les Soiréesde St-Pétersbourg (1821), du comte J. de Maistre, ouvrent la série des apologies sorties de l'école ultramontaine dont les productions les plus caractéristiques sont, sans contredit, Y Essai sur t indifférence en matière de religion (1820, 4 vol.) de Lamennais et les Etudes philosophiques sur le christianisme (1851) de M. Aug. Nicolas. Soumise à l'examen' de la raison individuelle, toute certitude cesse. Nos sens, notre instinct, notre raison : tout nous trompe. Sur les ruines du scepticisme absolu, Lamennais édifie l'Eglise, armée de l'autorité absolue. Nous n'avons pas à juger d'après nos lumières naturelles, mais à adopter les décisions de l'autorité; Lamennais admet le fait historique de l'autorité, qu'il appelle la raison générale, sans se demander comment il s'est produit. L'autorité est parce qu'elle est ; elle n'a pas à donner des raisons de son existence. Il n'y a jamais eu qu'une seule religion sur la terre qui s'est révélée successivement sous plusieurs formes, les fausses religions n'en sont <|u'une altération. Lamennais ne s'occupe pas du contenu dogmatique de la religion, mais il prêche la soumission des individus cx)mme des Etats à TEglise, et montre que la tolérance et la liberté des cultes conduisent à l'athéisme. M. Nicolas professe, lui aussi, un dédain profond des faits historiques, bien qu'il se montre très-préoccupé des conséquences sociales de la vérité religieuse. La révélation seule indique le rapport des hommes avec Dieu et des hommes entre eux. Le christianisme surnaturel est contraire à la raison naturelle. La raison a[)pliquée au dogme chrétien en dérange l'équilibre. 11 faut que la vc'^'ité soit sousti*aite à Dexanien de la raison, qu'elle soit confiée à la garde d'une autorité, surnaturelle comme le christianisme lui-même. Toute interprétation exige la connaissance adéquate de son objet. Le surnaturel, qui est le propre de la révélation, implique donc le suma-

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turel dans Tagent 'de son interprétation. L'interprétation de la v,él*ité divine ne peutétre qu'une révélation continue dont Torgane est l'Eglise, infaillible dans son chef. Toute hérésie gravite vers le panthéisme et manifeste des tendances socialistes. Plus que dans ces œuvres d'une logique rigoureuse jusqu'à l'absurde et animées d'une défiance incurable à l'endroit de l'âme humaine et de la société moderne, l'apologétique chrétienne trouve à glaner dans les conférences du Père Lacordairc, dans les ouvrages philosophiques du Père Gititry, dans les discours et les brochures du comte de Montalembert et de toute cette brillante phalange d'écrivains aujourd'hui disparus ou,. comme le Père Hyacinthe, rejetés qui, faisant appel aux nobles instincts de l'âme humaine même déchue, demandaient que la vérité chrétienne, seule capable de les satisfaire, se fît librement acceptei; par elle. Pourtant l'école catliolique libérale n'a produit aucune œuvre apologétique complète. Nous pouvons en dire autant de notre théologie protestante de langue française. Elle compte des apologistes fort distingués, tels que Samuel Vincent {Méditatiom religieuses^ 1839), Diodati (Lassai sur le christianisme envisagé dam ses rapports avec la perfectibilité de tétre moraly 1830); F. de Rougemoni {Christ et ses témoins, 18o6); A. de Gasparin (Les Ecoles du doute et l'Ecole de la fui, 1853) ; Jalaguier {Le témoignage de Dieu y base de la foi chrétienne, 1831); Guizot {Méditations sur l'essence de la religion chrétienne, 1864-08, 4 vol.) ; MM. Ernest Na ville {La Vie éternelle^ 1861; Le Père céleste, 18(K); Le problème du- 7nal, 1868); Gh. Secrétan {Recherches sur la méthode, 1857; La raison et le christianisme, 1863) ; A. Bouvier (Ze Chrétien ou l'homme accompli) ; E. de Pressensé {Le Rédempteur, 1854 ; Discours religieux, 1859) ; Ed. Schérer {La Critique et la Foi, 1850) ; F. Pécaut {Christ et la conscience, 1859) ; A. Goquerel fils {La Conscience et la Foi, 1867), et beaucoup d'autres, mais aucun d'eux n'a réuni dans une œuvre, d'ensemble, et comme en un faisceau, les diverses preuves qui peuvent être hivoquées en faveur du christianisme, en les coordonnant d'une manière organique et d'après un procédé rigoureusement scientifique. La même remaniue s'applique au plus illustre d'entre eux, Alexandre Vinet,dont tous les ouvrages, même les plus étrangers par leur nature à ce but, ont une tendance apologéti(]ue (voy. surtout ses Discours, ses Essais de philosophie morale, ses Etudes sur Pascal, etc.), et qui a excra'î une puissante iniluence sur le développement de la théologie protestante française et déterminé son meilleur courant. Vinet plaçai hardiment la preuve interne en tête de l'apologie chrétienne : c'est iiu fond de la conscience que le débat doit se vider, et l'homme n'est séri(Misement convaincu s'il n'est vaincu. Tout d'ailleurs, malgré les apparences contraires, promet la victoire, car « l'homme est fait pour Jésus-Cihrist, comme Jésus-Christ est fait pour l'iiomme » , a une o>oiulition toutefois, c'est que leur rencontre se fasse dans la liberté. A elle de tenter, dans le domaine intérieur de l'âme comme sur le terrain extérieur de l'association ecclésiastique, ce ({ue la foi d'autorité s'est montrée impuissante à réaliser. Ajoutons que, depuis Vinet, la jprcuve histori(iue, qu'il avait trop négligée, a été reprise à nouveau.

et les travaux de l'école critique, quelque négatifs que puissent paraître leurs résultats, ont contribué puissamment à lui rendre tout son éclat et toute sa solidité. — 3. V Allemagne^ dans le champ de Tapologétique comme dans tous les autres, a fourni de beaucoup les œuvres les plus nombreuses et les plus remarquables. A la tête des défenseurs contemporains de la religion chrétienne, se place Schleiermacher {Beden ûher die Religion an die Gebildeten unter ihren Verapchternj 1799). Son but est d'expliquer aux hommes du monde quelle est Tessence de cette religion qu'ils dédaignent et qu'ils repoussent sans l'examiner. A cet effet, il la débarrasse de toutes les surcharges qui la défigurent et, pour en saisir le caractère intime, il s'applique à décrire les expériences sur lesquelles elle repose. La religion n'est ni la croyance en certains dogmes, ni la pratique de certaines maximes de morale ; elle est un sentiment, celui de notre absolue dépendance, qui provoque la réflexion et détermine l'activité de l'homme, tout en le poussant'à se réunir à ceux qui sentent cx)mme lui. En revendiquant pour la conscience religieuse la primauté sur les autres faculté de l'homme, Schleiermacher a réduit a leurs vraies limites les prétentions du rationalisme et du dogmatisme ; sur les ruines de l'ancienne apologétique, avec ses arguments aprioristiiiues, ses affirmations boiteuses et ses coups d'autorité, il a posé les Solides assises de l'apologétique moderne qui fait avant tout appel à la conscience et croit n'avoir gagné la victoire que lorsqu'elle a porté la conviction au centre même de notre individualité. Sans nous arrêter aux ouvrages moins importants de Franke {Entwurf einet Apologetik der christlichen Beligion^ J817), de Sack {Christliche Apologetik, 1829), de Steudel (Grundzûge einer Apologetik fur das Ch7*is(enthum,iS20), de Stirm (Apologie des Chrislenthums fur gebildele Léser , 1836; 2" édit., 1856), nous signalerons les deux importantes études d'Ullmann (Sfmdlosigkeil JesUj 1^'édit., 1833; Das Wesen des Christenthwns, 1" édit. ,18^45). Dans la première. De la Sainteté parfaite de Jésus, il part du fait du péché, commun à tous les hommes. 11 en montre Tabsence dans le développement moral de Jésus, discute le témoignage des apôtres et le propre témoignage du Christ sur ce point, ainsi que les objections élevées tant contre la rénilité que contre la possibilité de ce fait exceptionnel, pour montrer ensuite les conclusions que Ton peut en tirer, tant relativement à la personne de Jésus-Christ qu'en ce qui concerne la place qu'il occupe dans l'histoire de Thumanité. Dans son Essence du christianisme, Ullmanii fait voir (jue le caractère distinctif de la religion chrétienne, ce n'est ni sa doctrine, ni sa morale, ni même sa vertu rédemptrice, mais lu nature particulière et la valeur exceptionnelle de son fondateur, dans sa personnalité aussi véritablement divine qu'humaine et complètement une avec Dieu. A la base du christianisme se trouve un organisme spirituel parfait, une i)ersonne vivante (|ui met ses forces et ses dons au service de la société humaine, et (\m tend invinciblement ik st^ l'assimiler pour en imiv. un royaume de Dieu. L'orlliodoxie, dans les écrits deM.Tlioluck(6V.Yyra'r/ie ùherdie vornehmsten Glauhensfragen der Zeit, 18'i6, etc.), le rationulisine- moderne, dans ceux de M. Hanne(l n/--

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