APOSTASIE
de résistance et de révolte. Le ternie apostafare ou npostare, que Toïi rencontre dans la langue de la basse latinité, signifie mépriser ou violer n'importe quoi. V Encyclopédie de Diderot et le Dictionnaire dt* la Conversation citent à ce propos celte loi d'Edouard le Confesseur : Qui ieges apostatabit terne siar, reus sit apud regem^ quiconque viole les lois de son pays est coupable de lèse-majesté. En général, on entend par apostasie tout changement de religion et particulièrement Tal^andon de la foi clirétieime : c'est dire (fu^on attache à ce mot une idée de blâme et même d'infamie. Quand on veut flétrir quelqu'un qui a modifié ses croyances, on le traite d'apostat, et cependant l'apostasie est quelquefois un devoir de conscience. Quitter une opinion que l'on croit fausse pour une autre que l'on croit vraie n'a rien que de légitime; le mal consiste à renier, par intérêt ou par peur, une opinion ou une cause dont on ne peut s'empêcher de reconnaître la justesse au fond de son cœur. C'est à tort, d'ailleurs, qu'on a qualifié d'apostats certains personnages historiques, tels que l'empereur Julien, par exemple. Julien dit V Apostat ne fut point un apostat; il avait reçu une éducation pour le moins aussi païenne (|ue chrétienne; il n'avait été chrétien que de nom et uniquement par la volonté de son oncle Constantin,(|ui désirait en faire un moine; la religion qu'il préférait et qu'il entendait pratiquer, c'était la religion païenne; il n'avait donc pas eu à changer de sentiments et ne mérite pas l'accusation d'apostasie. — L'Eglise a réglementé avec soin tout ce qui concerne l'apostasie; elle distingue : 1° Vnposfnsia a monachatUy c'est-à-dire l'acte qui consiste à déserter un ordre religieux dans lequel on avait fait profession et que l'on quitte sans une dispense légitime; 2° Vapostasia a clericatu^ commise par un prêtre (|ui renonce à son caractère sacerdotal ; 3** Vapvs' tasia peî'fidiiVj c'est-à-dire la défection totale de celui qui abandonne la foi chrétienne. Chacun de ces cas d'apostasie est l'objet de nombreux commentaires dans le droit ecclésiaticiue et donne lieu à des pénahlés diverses. Le concile de Chalcédoine frappe déjà d'anathème les deux premières sortes d'apostasie; plus tard, on les fait tomber sous le coup de l'excommunication, et c<îux qui s'en rendent coupables sont privés de tous les privilèges (jui s'attachaient à leur état. II est enjoint aux évêques de mettre la main sur les apostats qui se trouvent dans leur diocèse et de leur infliger un(î amende et même la prison, jusqu'à ce qu'ils reviennent à résipiscence. Le dernier cas d'apostasie est le plus grave de tous; aussi l'Eglise lui a-t-elle réservé toutes les rigueurs, et même, les trouvant insuffisantes, a-t-elle fait appel aux lois civiK^s. Tous les édits conceniant les héréticpies et les schismatiques sont diri-" gés contre cette classe d'apostats. Aujourd'hui, (|ue l'on tend de plus en plus à la séparation du temporel et du spirituel, il est rare (jue l'apostasie soit considérée comme un délit civil; mais, il n'y a pas cent ans encore, un catholuiue (|ui, en France, abandonnait sa religion pour embrasser le protestautisnie, pouvait être puni par l'amende honorable, le bannissement perpétuel et la confiscation de ses biens, en vertu de plusieurs édits du temps du règne de Louis XIV. Le protestantisme a eu, lui aussi, à s'occuper de l'apostasie. Ileûtété bien extraordinaire
APOSTASIE — ÀPOStOLIQUE m
que les nombreu^s persécutions dont il [a été victime n'eussent pse» produit chez lui des apostats. Lorsqu'on parcourt la longue liste de& forçats pour la foi, on trouve cette qualification d'apostat jointe aunoia de quelques-uns d'entre eux; ceux que les tourments endurés amenèreut ainsi à abjurer sont plus à plaindre qu'à condamner ; mais on ne sarorait avoir la même indulgence pour les gentilshommes qui abandonnèrent la cause de la Réforme quand elle parut nuisible à leurs intérêts. Quoi qu'il en soit, le temps n'est plus où l'apostasie puisse être considérée comme la suprême flétrissure, et, de nos jours, la société civile ne rejette de son sein pas plus le Rév. Newmann que le P. Hyacinthe, pas plus le comte de Stolberg que lord Northcote ou le manjuis de Bute. A. Gabt.
APOSTOLIQUE (Age). On entend par âge apostolique ou siècle apostolique la période de temps qui s'est écoulée depuis la première Pentecôte (an 30) jusqu'à la mort de saint Jean, que la tradition place vers l'an 100. C'est la première période de l'histoire de l'Eglise chrétienne, celle qui fut remplie par l'œuvre des A pâtres (\oy. ce mot). Le chrislfc^nisme naissant se répandit parmi les Juifs d'abord et ensuite parmi les païens. Nous traiterons donc successivement du Judaïsme et du Pagor nisme au premier siècle de notre ère. — I. Ae Judaïsme. Les Juifs de l'uge apostolique avaient dans le monde trois grands centres religieux: Babylone, Alexandrie et la Palestine. Nous n'avons point à parler ici des Juifs de Babylone; ils ne semblent pas avoir eu de rapport avec les premiers chrétiens, et, du reste, leurs doctrines religieuses ne différaient pas de celles de leurs compatriotes de Jérusalem. Quant aux Juifs d'Alexandrie, leurs idées exercèrent, au contraire, une influence immense sur la religion chrétienne, et nous renvoyons le lecteur, pour tout ce qui les concerne, à l'article spécial qui leur est consacré. Nous ne traiterons donc que du judaïsme de Palestine. Hérodt le Grand, qui était mort au moment de la naissance de Jésus-Christ,, avait laissé son royaume à ses trois lils, sortes de lieutenants d» Romains, qui se l'étaient partagé: Antipas eut la Galilée et la Pérée; Philippe , la Gaulonite et la Batannée ; Archelaus régna à Jérusalem. Jésus-Christ n'avait encore qu'une dizaine d'années lorsque Archelaus fut déposé par Auguste, et la Judée fut réunie à la Sainarie et à ridumée, déjà annexées à la Syrie, où Quirinius (Publius Sulpîcius), personnage bien connu, était légat impérial. C'est alors que commença à Jérusalem cette suite de procurateurs dont la résidence officielle était Césarée, mais qui venaient passer à la ville sainte tout le •temps des grandes fêtes : Coponius, Marcus Ambivius, Annius Rufus, Valérius Gratus, Ponlius Pilatus. Après lui (3i),Hérode Agrippa parvint, à reconstituer le royaume de son aïeul; mais à sa mort (\\)^ la Judfie retomba de nouveau au pouvoir des procurateurs : Cuspius Fadus, Tilxn'e Alexandre, Cumanus, Félix, Festus, etc. — La religion professée par les habitants de la Palestine était l'antique religion de Moïse, restaurée par Ësdras, transformée par la Synagogue et plus ou moins modifiée par l'hellénisme. Depuis l'exil, le Juif difféniii totalement de l'ancien Hébreu. Le monothéisme était accepté par le
peuple entier; tous étaient fidèles; plus de guerres civiles, plus' de tribus rivales, plus d'idolâtrie ni d'impiété. A un profond attachement aux traditions nationales, les Juifs joignaient une grande puissance de réflexion et d'analyse. Us avaient créé une véritable théologie qui, pendant le siècle apostolique, avait atteint le plus haut point de son développement. Le judaïsme était arrivé à sa maturité : son œuvre s'achevait. Les dernières conséquences des principes posés autrefois par l'antique hébraïsme étaient tirées, et les divers partis, alors existants, les mettaient en pratique chacun à leur manière. Précisons d'abord l'influence de l'hellénisme en Palestine : elle était réelle. Malgré la haine que le Juif orthodoxe professait pour tout ce qui était grec, Antiochus Épiphane, avait imposé les idées grecques, et il avait bien fallu les subir. Elles étaient éminemment envahissantes. Il y avait même un parti grec à Jérusalem. 11 va sans dire qu'il était détesté. Il subsistait néanmoins, et les Juifs d'Alexandrie y avaient leur synagogue (Act. VI, 9). Quant aux systèmes philosophiques de la Grèce, ils avaient fait leur apparition en Palestine deux cents ans environ avant Jésus-Christ. Mars les écoles de Jérusalem y étaient restées très-opposées. C'est des profondeurs de l'Ancien Testament que les docteurs de la loi tiraient toute leur théologie. Pour eux, la Thorah renfermait toute la science, et elle seule jouissait d'une autorité incontestée. Cette idée était bien contraire aux tendances rationalistes de l'esprit grec. Nous allons passer en revue les diverses doctrines de la théologie juive, telles qu'elles étaient exposées dans les écoles de.Jérusalem. — Vidée de Dieu était, chez les Juifs du premier siècle, d'une grandeur incomparable. La foi en un Dieu unique était dans toutes les classes de la société la base indestructible du sentiment religieux. 11 était interdit de prononcer le mot sacré Jahveh, et, dans les lectures publiques, le lecteur le remplaçait par le mot Adonaï (le Seigneur) ; chez les Samaritains, on lisait : le nom « Schimah ». Ce Dieu absolu, abstrait, esprit pur, n'en était pas moins un Dieu vivant et personnel. La théologie cherchait à concilier cette idée à h fois concrète et abstraite de la Divinité. Le Dieu-Esprit, qui est loin des choses créées et du monde où règne le mal, s'est communiqué au monde ; il a parlé aux hommes, et un grand nombre de passages bibliques lui supposent des sentiments humains et des passions humaines. Comment expliquer cette contradiction? Pour sauvegarder la foi en la spiritualité de Dieu et l'authenticité des passages de la Loi où Jahveh nous est représenté parlant à Moïse et aux prophètes, les Juifs enseignèrent que ce n'était pas Dieu lui-même qui apparaissait aux patriar^ ches, mais « sa Gloire » (Schechina) ou sa Parole (Memra). Ils ne son-* geaient point encore à un Dieu second, et ils ne distinguaient point la Memra et la Schechina de l'essence divine. Ils ne voulaient que concilier les Ecritures avec leur doctrine : Jahveh ne peut apparaître à une créature humaine. Mais peu à peu ils se trouvèrent amenés à distinguer de lui cette gloire ou cette Parole par laquelle il se communique au monde ; et de l'idée de la sainteté de Dieu, poussée à ses dernières limites, sortit la doctrine du médiateur ou de la Parole de Dieu, — Le Verbe. k\i premier siècle, les Juifs distinguaient expressément un Etre iutermé-
diairc entre TEternel et rhumanitë. C'était le dcveloppement logique de la doctrine de ia sagesse de Dieu dont l'Ancien Testament parlait déjà. Les Targoums d'Onkelos et de Jonathan renferment plusieurs passages où ridée du Verbe, telle qu'on la professait en Palestine à cette époque, est soigneusement exposée. C'est la Parole qui a créé le monde et l'a mis en ordre. Elle conserve toutes choses, règne sur le peuple et intercède auprès de Dieu pour lui. Elle sait tout ce qui se passe sur la terre. C'est par elle que Dieu a fait alliance avec les hommes. Moïse se tenait entre Elle et le peuple élu. (Targ. Onkel, sur Gen. I, 27 ; Deut. XXXIII, 27; Deut. IV, 5; Deut. V, 5, etc.; Targ. Jonath., sur Esaïe LIX, 17 et suiv.; sur Esaïe XXXVIII, 7; XL, 15, etc.). Il résulte de plusieurs passages des Targoums que la Parole reste en relation étroite avec l'essence divine. Il reste entre Dieu et son Verbe un lien indissoluble et mystérieux. Celui-ci n'est jamais placé d'une manière très-nette au-dessous du Dieu unique et vrai (voir en particulier Targ. Onkel, sur Genèse XXVIII, 13 et 21, et sur Lévit. XXVI, 30, et Targ. Jonath., sur Esaïe I, 14; XLII, 1). Ce développement d'une doctrine du Verbe qui se faisait à côté du développement des idées sur le Messie n^avait rien de commun avec elles. L'idée de l'incarnation était tout à fait étrangère à l'esprit juif; mais, plus tard, les deux courants devaient se rencontrer et contribuer, chacun pour sa part, à la formation du dogme de la divinité du Christ. — Les Anges. La théologie juive du premier siècle ne reconnaissait pas seulement un être intermédiaire entre Dieu et les hommes, mais plusieurs auxquels elle donnait le nom d'Anges. C'était là une antique croyance remontant au temps des Hébreux. Ceux-ci peuplaient les espaces célestes d'êtres supérieurs qui vivaient parfaitement heureux dans Textase et la prière. Le contact des Juifs avec les Perses, pendant la captivité de Babylone, leur donna l'occasion de préciser leur angélologie et de lui donner une forme savante et compliquée. Ils crurent, comme les Perses, à sept Esprits supérieurs qu'ils appelaient les archanges et ((ui formaient le conseil de Jahveh. Ils se tenaient devant le trône de l'Eternel ; ils étaient sa garde d'honneur et setrovaient au premier i*ang de l'armée céleste. Les noms de six d'entre eux nous ont été conservés : Gabriel, Michael, Raphaël, Uriel, Jérémiel, Sealthiel. Ils chantent jour et nuit les louanges de Jahveh et ne descendent sur la terre que dans des circonstances exceptionnelles (voir Daniel VII, XII; Tobie, passùn; Luc I, 19). Au-dessous des archanges se placent les anges inférieurs dont le nombre est indéterminé, et d'autant plus nombreux que leur di* gnilé est moindre. Ceux-là étaient les anges proprement dits (les messagers) et se trouvaient remplir auprès des hommes la fonction d'anges gardiens (Act. XII, 15; Matth. XVIII, 10). Ils étaient ministres de l'assistance divine (Hébreux 1, 14), et, à la mort, ils por* talent l'âme du juste dans le sein d'Abraham (Luc XVI, 22). Non-seulement chaque homme avait son ange, mais chaque nation avait le sien (Daniel X). Enfin, les éléments, comme le vent, le feu, l'eau, avaient aussi leurs anges (Livre d'Enoch, LX, 16 et suiv.). — Les Démons, Les démons sont mentionnés çà et là dans
TAncien Testament; mais la démonologie juive ne date que des deui siècles qui ont précédé Tore clirétienne. Les Juifs n'ont cru définitive^ ment à un prince des dénions qu'après être entrés en contact avec les Perses. Mais leur doctrine des démons est toujours restée vague et atté* nuée par l'inébranlable monothéisme inhérent à leur race. Ils sentaient parfaitement que s'ils précisaient l'idée d'un chef des mauvais esprits, ils créaient une puissance du mal, opposée à Dieu, puissance du bien, et devenaient dualistes. Le chef des démons n'est appelé Satan que dans le Nouveau Testament. Les documents juifs contemporains de l'ère chrétienne l'appellent Asmodée (Tobie III, 8; VIII, 3); Béliar (Oi'ac, sybili,, 111, 61). Le nom Beelzcbut se trouve dans plusieurs passages du Nouveau Testament. Les démons sont nés, dit le livre d'Enoch (XV, 8 et suiv.) du mariage des anges déchus avec les tilles des hommes ; (( les fils de Dieu » dont parle le chapitre VI de la Genèse étaient, d'après lui, des anges déchus. Leurs fils, les démons, habitent les airs ou les déserts et les endroits inhabités (Test., Benjamin, § 3; Tobie VIII, 3). Ils viennent de là pour tourmenter les hommes. Ils sont cause de leurs maladies, et leur pouvoir ne s'étend pas seulement sur le corps, mais sur l'âme. Ils peuvent « induire en tentation » (Matth. VI, 13). Ils exercent leur influence sur les pensées des Jiommes et sur leurdestinée (Jos., B, y., VII, 6, 3). La folie surtout était considérée comme une possession. Chasser les démons était une œuvre de bienfaisance à la((uelle se livraient les écoles de la Palestine. Josèphe nous explique en détail com* ment on s'y prenait (Jos., Ant, Jud,, VIII, 2, 5; ^. •/., VII, 6, 3). On prononçait certaines formules magiques, on se servait d'une racine appelée baa7*as^ que l'on approchait du nez du possédé. Le grave Josèphe affirme avoir été témoin d'une guérison de ce genre. Il ne faut pas confondre les démons avec les anges déchus. Ceux-ci, qui sont, nous l'avons dit plus haut, leurs pères, ne vivent pas en liberté dans les airs. Ils expient leur crime dans les tourments, chargés de lourdes chaînes et de pierres énormes et sont sous les montagnes, dans une vallée de feu dont les éruptions volcaniques nous révèlent l'existence (Livre d'Enoch, X, 4, 12; LXVII, 7). Cette loi aux démons avait au premier siècle une grande puissance. Un découvrait partout de mauvais esprits; le uionde invisible trahissait chaque jour leur présence; sans cesse ou croyait voir arriver la catastrophe finale qui annoncerait le Messie; rien d'étonnant ([ue cette épocjue ait été fertile en visions et en apparitions surnaturelles. Tout ce qui sortait tant soit peu de l'ordinaire était attribué à des puissances occultes. — L'Homme. L'anthropologie juive est toujours restée pauvre, et les questions de la liberté humaine, de la prescience diviue, de l'immortalité de Tàme et de la-résurrection du corps n'ont jamais été officiellement et définitivement résolues. La haute idée que le Juif se faisait de la dignité humaine reposait sur son invincible orgueil national. Il refusait de croire que le péché originel ait eu pour lui la moindre conséquence. Les pécheurs, c'étaient les païens. Le livre d'Enoch (voir cli. CVIII) nie formellement la doctrine du péché originel. Le IV« livre d'Esdras est seul à l'enseigner, et il en parle sous l'influence des idées qui fermentaient alors dans la jeune
société chrétienne. La gravité du péché étant méconnue, la question du* salut, au sens tragique de ce mot, ne se posait même pas. On était justifié par les œuvres de la Loi (Rom. III, 20]. L'essentiel était de pratiquer exactement toutes les abstinences, d'observer les jeûnes, de célébrer les fêtes. La pauvreté avait une valeur morale. Les basses classes passaient pour être seules composées de vrais patriotes aimés de Dieu, et les riches, que Ton appelait volontiers de «mauvais riches», ne se faisaient pardonner leur opulence qu'en faisant largement Faumône; celle-ci était un mérite important; elle expiait les péchés (Tobie XII, 9). La foi en la résurrection à venir était de formation récente et n'était défendue que par l'école pharisicnne. L'Ancien Testament, qui plaçait la récompense du juste sur la terre, n'avait point eu l'occasion de parler de vie future, et lorsque le matérialisme eut fait invasion en Palestine, la piété s'affaiblit. Le paili sadducéen refusa de^croire en la spiritualité et en l'immortalité de l'âme ; une réaction provoquée par Ifspliarisions, se produisit contre cette tendance. Une vie future où les hommes de bien sellaient récompensés fut énergiquement afiirmée(Eccl. XLVlll,Sj.On ne pensait pas d'abord «aux méchants», et on crut pendant longtemps qu'il n'y aurait pas d'avenir pour eux. Plus tard, on cliangea d'avis ; ils auraient aussi leur vie future et y subiraient le châtiment de Ieui*s fautes. L'ancienne opinion subsista néanmoins, et toutes deux étaient enseignées pendant le siècle apostolique. Les Evangiles parlent de la résurrection des « justes » (Luc XIV, 14 ; Josèphe aussi, Ant, Jud.,\y\\\, 1, 3; B. 7., H, 8, l'i; Saint Paul affirme celle de tous, « tant des justes que des injustes » (Act., XXIV, 15). Remarquons, de plus, que, pour les Juifs palestiniens, le corps et l'âme étaient étroitement unis. Pour ceux qui croyaient à la vie future, l'homme, après la mort, entrait dans un état provisoire sur lequel on n'avait point de données. La mort, disait l'Ancien Testament, n'a pas été voulue de Dieu ; elle n'est que le châtiment du péché, (jui a eu pour conséquence de corrompre l'homme et de séparer ce (|ue Dieu a fait pour être unis, l'âme et le corps. Cette séparation est un châtiment : l'âme ne vivra donc plus tard (jue si elle a un corps, et on ne distinguait pas la question de l'immortalité de l'âme de celle de la résurrection du corps. Nous n'insisterons pas davantage sur une question que le lecteur trouvera traitée à l'article de l'eschatologie juive. Il en est de même des espérances messianique^ la plus importante des doctrines juives de l'âge apostoli<|ue et qui est traitée dans un article spécial. Nous ne par- Ions pas non plus de la Bible des Juifs de Palestine au premier siècle. — L'ensemble des doctrines que nous venons d'exposer formait à Jérusalem l'objet d'dn d'un enseignement religieux. Cette ville possédait des écoles de pharisiens ou écoles des docteurs de la Loi. En face des pharisiens s'élevait le parti des sadducéens. Enfin, la tendance ascétique, puissante alors en Palestine, avait produit diverses manifestations de la pensée religieuse, dont les ésséniens, d'une part, et Jean-Baptiste, de l'autre, étaient les divers représentants. L'autorité religieuse était représentée par le Sanhédrin (voy. ces mots). L'histoire du judaïsme du premier siècle nous fait assister au spectacle
de la décadence d'une religion nationale. Le judaïsme est usé, vieilli, il marche à sa ruine. Avant la fin de Tàge apostolique, en 70, il succombe, et on peut dire qu'il s'est détruit lui-même. Cette nation est arrivée à un tel degré d'exaltation en toutes choses que son existence est devenue impossible. L'égoïsme du Juif, sa haine du genre humain, son orgueil sont à leur comble ; comme peuple, il ne peut subsister, et nous prévoyons déjà, dans ses doctrines exagérées et dans les partis qui le divisent, l'explosion de rage et d'impuissance qui aboutira à la destruction de Jérusalem et à la dispersion des enfants d'Israël. Avec saint Paul, le christianisme franchit les limites que voulaient lui imposer les Douze ; il sort de la Palestine et d'Antioche, où ceux-ci l'avaient prêclié, et il se répand dans l'empire. Il s'y trouve d'abord en présence des Juifs dissémùiés (Tijç BtaTrspx;), car c'est dans leurs synagogues que les missionnaires chrétiens prêchaient d'abord la foi nouvelle. Les Juifs disséminés étaient trèsnombreux et exerçaient dans certains centres une grande influence. Les Romains leur laissaient le libre exercice de leur religion et ils jouissaient de plus de liberté que les autres sectateurs de religions étrangères dont le culte n'était que toléré. La loi romaine donnait aux Juifs le droit de tenir partout leurs assemblées religieuses, et, dans toutes les grandes villes, il y avait une synagogue ou maison de prières où la Loi et les Prophètes étaient lus et expliqués chaque jour de sabbat, le plus souvent en grec. Quand la communauté juive ne possédait pas de synagogue, elle se réunissait hors de la ville, à portée d'un cours d'eau pour les ablutions (Act. XVI, 13). Ces réunions n'étaient point interdites aux païens et les femmes les fréquentaient volontiers. En général, les Juifs disséminés étaient très-ardents à la propagande, et ils obtenaient un certain nombre de conversions. Parmi les païens convertis, les uns s'appelaient prosélytes de la Porte et les autres prosélytes de la Justice (voy. ces mots). Ceux-ci, <^ui étaient aussi connus sous le nom de 6£C7c6c'.ç ou çcccjîJLevci t6v 6£cv, restaient toujours inférieurs aux Juifs de naissance ({ui , à l'apparition du royaume de Dieu, devaient être les premiers à jouir des bénédictions promises.
II. /^ paganisme. Parlons maintenant du paganisme et de l'empire romain considéré dans son ensemble, et disons ce qu'il était lorsque saint Paul le parcourut dans ses grands voyages missionnaires. Ici, il ne s'agit plus, comme pour le judaïsme, d'une théologie proprement dite; nous caractériserons l'ensemble de la situation;>o////V^we, sociale, reiigieute et philosophique du monde païen au premier siècle. — Etat politique. L'empire romain comprenait presque tout le monde connu des anciens. On l'appelait r, z\y.z'j\xiri. Il renfermait une grande partie de l'Europe, le nord de l'Afrique et toute l'Asie orientale. Cette immense étendue de territoire était entre les mains de l'empereur de Rome. Deux langues y étaient partout comprises: le grec et le latin. On conçoit immédiatement quelle prodigieuse facilité de communications créait cette unité politique et cette unité de langage. En Orient, le grec dominait; les conquêtes d'Alexandre le Gi*and l'avaient introduit en Asie Mineure. Nous avons vu que les Juifs eux-mêmes n'avaient pu, malgré d'héroïques efforts, s'op-
poser à Tintroduction de l'hellénisme en Palestine. En Occident, à Rome surtout, les classes cultivées parlaient grec et on le comprenait, nous Tarons dit, dans tout Tempire. Quant au latin, il resta toujours la langue officielle de la législation et de Tarmée. L'empire était divisé en provinces dont Tempereur se partageait le gouvernement avec le sénat. Les provinces impériales étaient, sous Auguste, au nombre de neuf: la Lusitanie (N.-O. de TEspagne), la Tarraconaise (anc. Espagne citérieure), TAquitaine, la Celtique ou Lyonnaise, la Belgique, la Dalmatie ou fllyrie, la Syrie (comprenant la Phénicie et la Judée, qui y fut annexée, nous l'avons vu, six ans après Jésus-Christ) , la Cilicie et l'Egypte. C'étaient les provinces frontières qui exigeaient une surveillance spéciale et avaient une grande importance militaire. Elles étaient administrées, sauf l'Egypte qui n'avait qu'un préfet, par des légats ou propréteurs ^ sortes de gouverneurs militaires choisis par l'empereur. Au-dessous du légat, un procurateur était chargé de percevoir les impôts. Dans les provinces importantes, le propréteur avait avec lui un sous-gouverneur qui réunissait les administrations de la guerre, de la justice et des finances. C'étaient là les fonctions que remplissait Ponce Pilate ; il n'était que procurateur, mais avait le pouvoir d'un préteur. Les vingt-cinq légions tenaient garnison dans les provinces impériales, et l'empereur les avait directement sous ses ordres. Les provinces sénatoriales étaient au nombre de onze : la Sicile, la Sardaigne et la Corse, l'Espagne Bétique, la Narbonnaise, la Numidie, la Crète, l'Achaïe, la Macédoine, l'Asie, la Bithynie et Chypre. Elles étaient administrées par des proconsuls désignés par le Sénat. Ces proconsuls, avant d'être nommés, devaient avoir rempli à Rome même d'importantes fonctions et y avoir exercé au moins la préture. Sous leurs ordres était placé un questeur qui percevait les impôts. Les fonctions de fermiers d'impôts (publicanus) étaient confiées aux chevaliers romains. Cet empire, ainsi organisé et administré, n'était en réalité qu'un vaste gouvernement militaire, et le nom d'imperator (général) donné au César de Rome se trouvait être d'une grande vérité. Voici les noms des empereurs romains qui se succédèrent de la mort d^ Auguste (14) à l'avènement de Trajan (98) : Tibère (14-37), Caligula (37-41), Claude (41-54), Néron (34-68), Galba (68-69), Othon (69, 3 mois), Vitellius (69, 8 mois), Vespasien (69-79), Titus (79-81), Domitien (81-96), Nerva (96-98). — Etat social. La population vivait dans la servitude. C'était d'abord aux peuples conquis que Rome avait imposé sa direction et ses lois. En outre, le monde était rempli d'esclaves. Pendant le siècle apostoli(|ue,le nombre des esclaves était au moins égal à celui de la population libre. On trouvait des maîtres assez riches pour en posséder cinq mille, dix mille, et jusqu'à vingt mille. Tout leur était livré, et ce n'était pas seulement le service proprement dit qui leur était demandé; l'agriculture était entre leurs mains et ils étaient chargés de l'éducation des enfants. Ils se recrutaient par la guerre, par le commerce (il en venait de toutes les parties de l'empire) et aussi par la naissance. La loi romaine était envers les esclaves d'une horrible cruauté; leur maître disposait d'eux comme ill'entcndait. 11 pouvait les mettre en croix pour le plus futile motif; s'ils devenaient vieux, s'ils
tombaient malades, il lui était permis de les abandonner dans une lie du Tibre. Le Romain n'avait, en général, nul souci de la dignité liumaine. Le propriétaire seul avait une individualité. L'esclave était sa chose, 'Ct rhomme qui ne possédait rien était sans valeur. Cependant il ne faudrait pas juger de Tétat social des esclaves au premier siècle d'après la cruelle législation qui les régissait. Il arrive souvent que Thomme vaut beaucoup mieux que les lois qu'il promulgue; et tout permet de supposer que les maîtres étaient ordinairement plus indulgents et plus doux que ne le demandait la loi. L'esclave des villes prenait parfois Une grande influence sur l'esprit de son maître. On sait le rôle que jouèrent les affranchis dans la société romaine sous l'empire. Il faut ajouter que la religion les protégeait, et ils lui rendaient cette protection en étant très-dévots. Ëniin, de Cicéron à Sénèque (et c'est précisément de cette époque que nous parlons), les recommandations des philosophes aux maîtres en faveur de leurs esclaves sont de plus en plus pressantes. Sénèque parle quelquefois comme le ferait un chrétien. Les gladiateurs, en particulier, qui étaient les plus malheureux de tous, excitaient sa compassion. Il condamnait absolument les jeux du cirque. « Homo, écrivait-il, res sacra hominî y> (Epist., 15, 33). A côté des esclaves venaient les pauvres ; c'est parmi eux que s'est recruté le christianisme naissant ; malheureusement on ne les connait qu'imparfaitement. Tout porte à croire qu'ils étaient aussi très-dévots [et tr^ttachés au culte de leurs pères. Rien d'étonnant qu'un grand nombre ait facilement accepté l'Evangile. C'est toujours parmi les personnes déjà croyantes qu'une religion nouvelle est accueillie. Elle ne réussit point avec les sceptiques et les indifférents. Voilà pourquoi l'Evangile a trouTé le plus grand nombre de ses disciples dans les basses classes, en même temps qu'il soulevait parmi elles les plus violentes liaines. Il faut ajouter qu'une religion parlant à l'âme de consolation et lui offrant une compensation aux peines de la vie devait trouver un accès facile dans les classes souffrantes. Le christianisme prêchait la Uberté spirituelle, et montrait à la conscience humaine les limites que le despotisme des Césars ne pouvait dépasser. Enfin, il ne faut pas oublier que les pauvres formaient déjà entre eux des associations ou collèges avec lesquels les premières Eglises chrétiennes n'étaient pas sans offrir quelque analogie. Ces collèges étaient nés du besoin, si naturel chez les faibles, de mettre leurs forces en commun. On s'associait quand on avait le même métier, quand on était loin de Rome et qu'on voulait remplacer b patrie absente; parfois le voisinage était seul l'occasion d'un rapprochement et de la fondation d'un collège. Le gouvernement des G^ars ne pouvait être favorable à des associations aussi indépendantes; il craignait, non sans raison, de les voir dégénérer en sociétés secrètes, et Auguste supprima tous les collèges qui lui semblaient dangereux. Il en subsista néanmoins un grand nombre, et les collèges de l'âge apostolicjue prirent une importance considérable parce qu'ils devinrent surtout des collèges funéraires. Un sénatus-consulte vint même les autoriser solennellement à prendre ce titre, et leur principal souci fut de procurer à leurs membres une sépulture honorable. On comprend ce qu'i
j avait de consolant pour le pauvre, dont la vie n'était qu'un long et douloureux esclavage, à penser qu'après sa mort il ne serait pas oublié ^ que sa tombe serait respectée. Les chrétiens s'empressèrent de profiter de cette toucliante coutume ; la toléraucx^ accordée aux collèges funéraires leur fut très-utile et ils cherchèrent à leur ressembler pour faire respecter non-seulement leurs tombes, mais aussi leurs agapes fraternelles, qu'ils instituèrent à Timage des repas pris en commun par les membres des collèges. Il va sans dire que la différence fondamental^ des deux associations était dans le sentiment religieux ({ui semble avoir ^té peu développé dans les collèges. 11 n'y a pas gi*and'chose à dire des classes élevées de la société païenne au premier siècle. Des richesses immenses y étaient accumulées. La noblesse avait perdu tout c^ qui avait fait autrefois sa force, elle n'avait plus d'initiative et ne prenait aucune pai*t au gouvernement. Le sénat ne savait plus que servir. De cette absence d'occupations sérieuses résultait une profonde immoralité. Les meilleurs étaient encore ceux dont les devoirs de société et de politesse absorbaient la vie tout entière. Les lettres restaient la conj^olation et le charme de quelques esprits rares et délicats, qui savaient s'en contenter; mais, en réalité, il régnait sur toute cette société polie un immense ennui, un profond dégoût de la vie. Tous s'adonnaient aux flatteries les plus basses et les plus viles envers le maître. La feimille était, dans la société païenne, et surtout à Rome, une institution beaucoup plus respectée qu'on ne le croit généralement. La femme n'était point une esclave, comme on Ta prétendu; elle jouissait dans son intérieur d'une réelle et légitime autorité. L'atrium, avec ses dieux lares et ses trésors, lui était confié. Elle élevait elle-même ses enfants, au moins jusqu'à un ceitain âge. Au premier siècle, les femmes prirent une grande influence, même en dehors de la famille. Elles se mêlaient souvent aux intrigues politiques et religieuses. Les superstitions trouvaient auprès d'elles l'accès qu'elles y trouvent si souvent. Quanta l'enfant, sa condition était moins do.uce; il est certain que le père avait le droit absolu do le mettre à mort s'il le trouvait trop faible ou s'il était difforme; et s'il n'usait pas souvent de ce droit odieux, toujoui*s est-il qu'il ne lui fut enlevé que sous les empereurs chrétiens. — La religion' de Tàge apostolique est avant tout la religion romaine. Elle avait pénétré dans tout l'empire et la plupart des religions étrangères s'étaient modifiées sous son influence. C'est d'elle qu'il faut presque uniquement s'occuper lorsqu'on étudie le paganisme du premier siècle. Or, à cette époque, sous les règnes d'Auguste et de ses successeurs la religion romaine était dans un état florissant. Au scepticisme des derniers temps de la Républi<{ue avait succédé un véritable réveil religieux. Le temps où Cicéron écrivait que deux augures ne pouvaient se regarder sans rire était bien passé. La foi aux vieilles doctrines avait reparu et si ou se souvenait encore des vers de Lucrèce, c'était pour en blâmer l'esprit irréligieux. Horace lui-même fait semblant de croire ; et il est permis de supposer qu'à certains moments de sa vie il a cru véritablement. Il est certain que, du vivant de Sénèque, il y avait plus de foi religieuse dans le^
cœurs que du temps de Cicéron. Ce qui caractérise ce réveil des vieines croyances, ce n'est pas seulement un retour à la foi du passé, c'est surtout la création d'un dogme nouveau qui donnait à tout Tensemble des traditions nationales une extraordinaire vitalité. Nous voulons parler du dogme de Tapothéose impériale, et, pour le dire en passant, il serait difficile d'imaginer une preuve plus éclatante de Tétat de corruption et d'avilissement où était tombé le monde antique que celle-là : décerner la divinité à un Néron et à un Caligula! Après la création de cette doctrine étrange, la religion romaine s'est arrêtée épuisée. L'apothéose des empereurs a été sa dernière création, celle qui couronnait et achevait son système. Sous Auguste, un temple fut élevé à la majesté impériale. Auguste lui-même eut assez de bon sens pour emp^her que les honneurs divins lui fussent décernés de son vivant à Rome même. Mais, aussitôt après sa mort, on lui dédia des temples, il eut ses fêtes et son collège de prêtres. Caligula fut adoré comme dieu pendant son règne ; il se ht construire un temple et appeler Optimus Maximus. Sur ses monnaies il porte une auréole. Vespasien ne toléra ni temple, ni prêtres; il disait spirituellement pendant sa dernière maladie et sentant la mort approcher : « Voilà que je deviens dieu, d Hais il fut seul parmi les empereurs à se moquer de l'apothéose impériale. Domitien, au contraire, prit son rôle tellement au sérieux qu'il conmiençait tous ses édits par la formule : Dominus et deus noster... jubet. Si ridi* cule que nous paraisse aujourd'hui cette divinité décernée à des fous furieux ou à des imbéciles, comme l'étaient quelques-uns de ces premiers empereurs, il ne faut y voir que la conséquence naturelle de la religion romaine (Horace , Odes, 4* livre , Ode 14* ; Ovide, Meiam., livre XV). C'était, comme nous l'avons dit, sa dernière création. Elle avait fait son temps et ne pouvait plus que disparaître en étant remplacée. Les Romains, en faisant [la conquête du monde, étaient entrés en contact avec des peuples qui professaient tous des religions fort différentes de la leur. Leur premier principe avait été de respecter absolument les croyances des nations qu'ils avaient conquises. C'était par esprit politique qu'ils montrèrent cette tolérance bienveillante à l'égard des adtes des provinces. Elle leur était, au reste, bien facile : pour celui qui ne croit pas à l'existence d'un'Dieu unique, il n'y a pas de faux dieux. Les Romains croyaient d'avance aux divinités des nations qu'ils soumettaient. On raconte qu'à la prise de Jérusalem les soldats furent pris (i*une sorte de crainte superstitieuse et n'osèrent pas d'abord pénétrer dans le temple, et nous savons par Josèphe (Ant,, XVllI, 3) que, a^-ant Pilate, les procurateurs n'avaient jamais permis de porter dans les rues de Jérusalem les étendards qui avaient l'image de l'empereur. Il n'y eut à cette tolérance que deux exceptions nécessitées par la pditi(]ue, l'une à Carthage, l'autre dans les Gaules. L'intolérance étant inconnue des religions antiques, le prosélytisme Tétait aussi ; et le$ cultes avaient une tendance à s'unir entre eux et à se mêler. Si le culte de Rome, s'était répandu avec les conquêtes romaines, si partout où les vétérans avaient fondé des colonies, ils avaient établi la rclifïion roniaiiu», à rinverse, les cultes des provinces avaient été
introduits à Rome; en Italie, on trouvait toutes les relij^ions pratiquées. Les Romains austères, comme Tacite {Atin., 15, 4^*), déploraient cette «onfusion. Elle n'en subsista itjpas moins et on rencontrait jusque dans la Gaule des temples de la déesse égyptienne Isis. C'est en vain qu'Auguste et Tibère avaient publié de sévères édits contre les cultes étrangers (Suél., Tibhey cli. XXX; Tac, Ann., 2, 85). La superstition croissante était très-favorable à ces religions pleines de mystères qui venaiQpt de TOrient et où la magie et l'astrologie jouaient un grand rôle, comme dans le culte] syrien. Les Romains, du reste, eurent toujours grand soin de faire perdre aux cultes locaux leur signification politique. Avec la liberté et l'indépendance politique devait disparaître le sens véritable du culte national. Au premier siècle, les oracles, celui de Delphes par exemple, n'avaient plus d'intérêt général. Ils ne parlaient plus que pour les particuliers. Celui de tous ces cultes de provinces qui était le plus répandu était certainement celui des Grecs. La foi aux douze grands dieux de la Grèce florissait, avec des modifications locales, en Asie Mineure, en Sicile, dans T Italie du Sud. Là elle avait ses oracles, ses jeux sacrés et ses mystères; mais nulle part, même en Grèce, elle n'avait gardé sa pureté primitive. En Asie Mineure, elle s'était mêlée aux croyances de l'extrême Orient. La Syrie aussi était presque entièrement hellénisée.* La langue sémitique n'était plus parlée que dans les basses classes. Les cultes de Baal et de Moloch et les sacrifices iiuinains étaient depuis longtemps abolis. Cependant la grande déesse Astarté avait toujours son temple où la servaient plus de cent prêtresses. L'empereur Héliogabale sera plus tard prêtre d'Hélios et voudra introduire le culte d'Astarté dans tout l'empire. En Egypte, Tinfluence de l'hellénisme était aussi très-puissante. Dans la plupart des villes, à Alexandrie en particulier, s'élevaient des temples grecs. Les prêtres de la vieille religion égyptienne avaient perdu leur prestige et n'avaient plus le monopole de la science. Us n'étaient que de simples sacrificateurs, mais leur culte était toujours célébré. Isis, Osiris, Anubis avaient leurs temples, leurs sphinx et leurs animaux sacrés. 11 y avait encore un bœuf Apis àMcmpliis. Sile christianisme et le judaïsme étaient soigneusement exclus de c^^tte fusion générale de toutes les religions et de cette tolérance universelle, c'est (ju'il fallait pour en jouir faire des concessions et ces deux religions n'en faisaient pas; nul ne songeaità s'étonner d'entendre parler d'un Dieu nouveau ; mais on voulait (|ue les Juifs et les chrétiens reconnussent les dieux déjà adorés. Ceux-ci n'y consentirent à aucun prix, et voilà pourquoi on les accusait de « détester le genre humain » (Tacit., Aan., 15, '*'*). La fermeté de ce principe ne nuisait pas à leur propagande. Toiite croyance venue de l'Orient avait un grand charme et exerçait à Rome et sur les femmes surtout une influence énorme. Celles-ci recherchaient les émotions religieuses, et le culte juif, en particulier, avec son Dieu unicpie, ses rêves de domination universelle et son repos sabbatiijue était volontiers accueilli et pratiqué. —Il nous reste à parler de h philosophie. Elle aussi avait pris une rapide extension à la chute de la Républi(|ue. Elle apprenait à l'homnie à raisonner sa foi, à se rendre compte de ce qu'il croyait et I. 30
elle contribua puissamment à répandre la croyance en Tunité de Dieu^ en enseignant que c'était une même divinité que tous les peuples adoraient sous des noms divers. Elle achevait un grand travail préparé pendant des siècles et tirait d'admirables conséquences pratiques des doctrines spiritual istes restées jusque-là dans les livres. Cicéron, cin-, quante ans avant Jésus-Christ, proclamait déjà de grands principes auxquels Sénèque acheva dé donner leur plein développement. La philo- ■ Sophie telle qu'elle est exposée dans ses écrits enseigne Tunito de Dieu et l'immortalité de l'âme. Le corps est pour l'àme une prison "et la mort sera le commencement de la véritable vie. Les hommes, même les esclaves, sont tous semblables et peuvent arriver à la vertu. Chacun doit faire du bien à son prochain et aimer, non-seulement ses conci-loyens, mais tout le genre humain. Nous ne nous arrêterons pasàdiscu-. 1er les prétendus rapports de Sénèque et de saint Paul. Il est prouvé que Sénèque n'a point connu le christianisme, et cependant nous le voyons *dans ses écrits plaindre sincèrement les esclaves et réprouver avec énergie les combats de gladiateurs. Derrière l'insouciance superficielle du beau monde, on découvre ainsi un grand nombre d'esprits sérieux, qui, comme Virgile, le pieux Virgile, une des âmes les plus éle-^ vées de l'antiquité païenne, pressentent la religion nouvelle. Le stoïcisme était le système généraliement adopté par les philosophes ; mais c'était un stoïcisme moins farouche que celui qui l'avait précédé et auquel n'était point étranger ce sentiment de faiblesse qui saisit Tâme quand elle se connaît elle-même et lui fait chercher un point d'appui en dehors d'elle. La philosophie de l'âge apostolique préparait douce-, ment les voies à la doctrine du péché telle que le christianisme renseignera. Il faut ajouter qu'elle s'était faite populaire. Les philosoplies s'habituaient à parler, à être orateurs aussi persuasifs et aussi éloquents que possible. Sous Tibère, leurs écoles étaient pleines ; c'est là que se forma Sénèque, le plus grand orateur de son temps. Tel était le monde antique quand les apôtres commencèrent leur prédication évangélique. Il achevait son développement en toutes choses et sa vie touchait à sa fin. Suivant la profonde parole de l'Ecriture ; « Le temps était accompli. » L'antiquité était impuissante à changer elle-même de condition. Les masses restaient, par la force de l'habitude, soumises aux prêtres; mais les besoins religieux des âmes n'étaient point satisfaits. Un nouveau principe de vie allait se répandre et le monde était prêt à le recevoir. L'espèce de fermentation religieuse dans laquelle vivaient les esprits servit plus le christianisme que n'aurait pu le servir l'inditié rence de l'époque de Cicéron. — Bibliographie. Les seuls documents originaux que nous possédions pour l'histoire des Juifs au premier siècle sont les Pseudcpif/ra/jhes et les Apocalypses juives parues à cette époque, les Targoums d'Onkclos et de Jonathan, les Livna du Nouveau Testament y les écrits de Josèphe et le Talmud. Parmi les ouvrages modernes (jui traitent cette question on peut consulter :. Sclmockenburger, Vorlesungen ïib , N. T. Zeitgeschichte ;Lan^eny im Judmthum in PaUvstina -m;* Zeit Cknsti; Gfrœrer, Das Jahrhundert des fisils; Hausrath, Die Zeit Christi; Nicolas, Des doctrines religieuses rfe»
Juifs pendant les deux siècles anténeurs à l'ère chrétienne. Pour Thistoiro romaine du premier siècle, nous citerons, outre les documents originaux, Suétone, Tacite, Sénèque, etc. et les histoires générales, Ch. Sclimidt, Essai histor. sur la soc. civ, dans le monde rom, et sur sa tramfoi*in, par le Christian,, Strasb., 1853; Mœurs romaines du règne d'Au^ yuste à la fin des Antonins, par L. Friedla»nder, traduction libre de Ch. Vogel, 4 vol., in-8; La Religion romaine d'Auguste aux Antonins, par Gaston Boissier, 2 vol. in-8. Voir pour la bibliographie complète rou-.» vrage de Schneckenburger. Edm. Stapker.
APOSTOLIQUE. On donnait, dans les premiers siècles du christianisme , ce nom aux Eglises fondées par les apôtres ou censées fondées par eux ( Jérusalem , Antioche, Alexandrie, Rome, etc.); même on l 'étendait souvent à toutes les Eglises , moins à cause de la conformité de leur doctrine avec celle des Eglises qui étaient apostoliques par leur fondation que parce que les évêques se considéraient indistinctement comme les successeurs des apôtres et basaient leur autorité sur cette succession. Depuis le septième siècle, ce titre fut exclusivement réservé au siège de Rome (Greg. Magn., Ep., 37), les trois patriarchats d'Orient étant tombés entre les mains des musulmans et la suprématie de saint Pierre sur les autres apôtres étant généralement reconnue (Rupert., De divin, offic, I, 27 ). Le concile de Reims (1049) déclara que le souverain • pontife de Rome était le seul primat apostolique de TEglise universelle, be là ces expressions si usitées, siège apostolique, nonce apostolique, vicaire a|)Ostolique, notaire apostolique, bref apostolique, etc. — On réserve le nom de Pèt^es apostoliques à ceux des disciples immédiats des apôtres auxquels TEglise a attribué des écrits dont un certain nombre sont considérés aujourd'hui comme inauthentiques, ou du moins dont l'authenticité est douteuse. On les divise en deux classes, suivant qu'ils se rattachent à Paul, comme Barnabas, Clément de Rome et Hermas , ou à Jean, comme Ignace ,Polycarpe et Papias (voy. ces articles). On a cessé de comprendre Denys TAréopagite parmi les Pères apostoliques. Les meilleures éditions de ces Pères sont les suivantes: 1** 5. S. Patrum qui temporibus apostolicis floî^ei'unt opéra, éd. J. B. Cotelerius, Paris, 1672; 2" éd., Amst., 1724, 2 vol. in-f°.; 2« S. S. Patrum aposto/ic. opéra gemiinn, éd. R. Russel, Lond., 1746, 2 vol. in^^**; 3** Clemeutis Jiom., S. Ignatii, S, Polycarpiy patrum apostoL quœ supersunt, éd. Jacobson, Oxon., 1838. 2 vol. ; 4" Patrum apost. opéra, éd. G. J. Hefele, Tub., 1839 ; 3' éd. 1847; 5° Codex N. T. deuterocanonicus s. patres apnstolici, éd. Muralto, Turici, 1847, in-12. — Voyez Nickel : Die apostol. Vanter, in deutscher Uebei'setzung, Berl. 1858 ; Hilgenfeld : Die apostol. Vxter, Halle, 1B53. — Le titre de Bois apostoliques fut accordé aux rois de Hongi'ie par Sylvestre II, pour récompenser Saint-Etienne (999-1008) d'avoir conquis ce royaume à la foi chrétienne. Il fut renouvelé par Clément XIII,. en 1758, en faveur de la maison d'Autriche-Hongrie.
APOSTOLIQUES, nom d'une secte italienne du treizième siècle. Gérard Segarelli,un simple ouvrier d'Alzano, près de Parme, fut poussé, par la vue d'un tableau représentant les apôtres, à imiter leur vie pauvre et errante, qui formait un contraste si saisissant avec la mon-
4r>0 APOSTOLIQUE — APOTRE
danil(; du clergé. Sa prédication trouva, à partir de 1260, un écho puissant surtout parmi le peuple. Il rêva de former une société plus iiUiv que ne Tétaient les associations religieuses de son temps, notamment Tordre des franciscains, dans lequel, on ne sait pour quel motif, il n'avait pu être admis. Point de vœux, point de règle, point de loi, mais le seul lien tout spirituel de Tamour, à Tinstar des congrégations apostoliques : tel était Tidéal que Segarclli poursuivait. Pour le reste, il s'accommodait aux doctrines et aux usages de TEglise, n'ayant même pas conscience d'une opposition contre elle et s'abstenant de toute polémique. La réforme des mœurs paraît avoir été le thème habituel de ses discours. Ce n'est qu'en 1280 que la secte des apostoliques attira l'attention de Tévêque de Parme. Surveillé d'abord , puis banni , enfin emprisonné, Segarclli fut brûlé vif en 1300. Dulcin,le fils naturel d'un prêtre, lui succéda, appela le peuple aux armes et succomba dans une croisade qui fut prêchée contre lui. Il subit en 1307 le même sort que son prédécesseur (voy. l'article Dulcùi); mais la secte des apostoliques ne s'éteignit pas avec lui. De nombreux conciles et synodes en Italie , en France , en Allemagne et même en Angleterre , pendant tout le cours du quatorzième siècle , ont cru devoir s'élever contre ses doctrines et prononcer l'excommunication contre ses membres, confondus d'ailleurs souvent avec d'autres sectaires du même genre, dont les tendances étaient moins pures et les mœurs moins irréprochables que paraissent l'avoir été celles des frères apostoliques. — La biographie de Segarclli se trouve dans une chronique rédigée par Salimbeims de Adam, moine franciscain , mais qui n'a jamais été publiée. Fr. Pegna, jurisconsulte italien , en a inséré des fragments dans les notes dont il a enrichi le Directorium inquisitionis de Nicolas Eymcricus, ed . Venet. , 1595. Voyez aussi : Mosheim, Versuch einer ICelzergeschichte,{*'\ol,,ei Neander, Ki'rchengeschickte, V, 84^ et ss.
APOTRES (ÔTCOffTÔXo;, apostoius). Ce mot a un sens général qui a permis de l'appliquer aux délégués des Eglises primitives, aux missionnaires, aux fondateurs de communautés nouvelles (2 Cor. VIII, 23; 1 Cor. XVI, :»; Rom. XVI, 7. Actes XIV, 4, 14), et un sens particulier et restreint aux douze disciples que Jésus, par un acte spécial, choisit et institua apôtres pour prêcher la bonne nouvelle du Royaume dans les villes de la Palestine, et continuer son œuvre après sa mort (Matth. X et parall. XVI, 13 et parall. ; XXVIII, 18-20 et parall.). Cette mission fut précédée pour les Douze d'unassez long temps d'initiation et de préparation passé dans l'intimité et la familiarité de Jésus. Le Seigneur trouva ses premiers disciples dans son entourage de Capernaûm, probablement dans des familles amies de la sienne et qu'il connaissait et fréquentait depuis longtemps. Ce furent d'abord deux frères, fds de Jonas le pêcheur, André et Pierre; ensuite les deux fils de Zébédée, pêcheur également, mais d'une fortune et d'un rang un peu plus élevés, auxquels se joignit quelques jours plus tard un commis aux péages de la douane, Lévy-Matihieu. Ces disciples, et Philippe dans les premiers temps, formèrent la compagnie habituelle de Jésus. Le cercle ne tarda pas à s'élargir. Knfin, après avoir dans le sermon sur la montagne exposé, d'une façon
plus solennelle encore la nature et les lois du royaume de Dieu qu'il voulait inaugurer, Jésus choisit dans son entourage immédiat, parmi ceux qui l'avaient le mieux compris, douze hommes pour aller répéter partout ce qu'ils avaient entendu, en leur donnant le pouvoir de guérir les malades et de chasser les démons (Marc III, 14 et s. el paraît.). Pour la caractéristique de chacun de ces douze apôtres, nous renvoyons le lecteur aux articles spéciaux qui leur seront consacrés. Ici nous ferons simplement observer que Jésus s'arrêta à ce nombre douze, à cause du nombre oificiel des douze tribus d'Israël à ({ui leur message était d'abord destiné. Chacune d'elles devait avoir son représentant dans' le collège apostolique. C'est la même raison qui fit compléter la liste après la trahison et Texclusion de Judas (Act. I, 15-26). Pierre est toujours à la tête du groupe et semble le représenter dans les circonstances solennelles. C'était une nature passionnée, toute de premier mouvement, expansive et fervente, mais d'une volonté peu constante, et d'un esprit où l'intuition première et l'inspiration enthousiaste l'emportaient sur la réflexion et la délibération raisonnée. En un mot il avait tous les côtés attachants et tous les défauts de ces sortes de tempéraments. C'est lui qui porte la parole au nom des Douze, qui le premier et le plus rapidement trouve la réponse attendue par le Maitre (Matth. XVI, 17; Jean VI, 68). Mais c'est aussi lui qui s'attire parfois les réprimandes les plus sévères et ([iii reniera son maitre devant une servante. Ses retours et ses repentirs étaient aussi prompts (|ue ses défaillances ; aussi garda-t-il jusqu'à la iin le rôle éminent que son âge, s(m intimité avec Jésus et son caractère lui avaient spontanément donné. Quand Jésus crut le moment venu de faire entendre son appel à toute sa nation, il envoya ses apôtres deux a deux prêcher, dans les villes et les bourgades, que le règne de Dieu allait venir. Voilà pourquoi dans les listes ({ue les synoptiques nous ont laisst»es, leurs noms se présentent dans un ordre généralement le même et forment des couples <|u'il est facile de discerner. Simon Pierre était accompagné de son frère André ; les deux lils de • Zébédée marchaient ensemble ; Philippe était l'associé de Barthélémy ; Thomas celui de Matthieu ; Jac<|ues, iils d'Alphée, était avec Thaddée ; et enfin allaient de concert deux disciples venus de plus loin, Simon le Zélote et Judas, l'homme de Kerioth, petite ville de Judée. 1/ apparition de ces messagers dans les hameaux, les villages et les villes, dut avoir tout ensemble <|uelque chose de simple et de surprenant. Ils arrivaient sans bourse à la ceinture, sans souliers aux pieds, sans provisions, sans bâton à la main pour se défendre, comme chargés d'un pressant message, ils ne devaient saluer personne en chemin ^Voy. Matth. X, et paraît. ). Suivant la coutume orientale, le voyageur qui rencontrait une personne de connaissanco, s'arrêtait à la saluer cérémonieusement, en portant une main de la poitrine au front, et en plaçant l'autre dans la main droite de son ami : aussi recommandait-on aux gens chargés d'une commission pressant!.' de ne saluer ixTsonne (2 Kois IV, 29). L'effet de celle première mission fut considérable. Ces semailles devaient lever plus tard. Le nom de Jésus, renfermé jusquelà dans un étroit rayon, fut partout prononcé, sous le toit des plus
humbles demeures et jusqu'à la cour d'Hérode Antipas, qui crut à une résurrection de Jean-Baptiste (Marc VI, 14). Les apôtres revinrent heureux et enthousiasmés. Jésus partagea leur joie : « Je voyais, leur répondit-il, Satan tomber du Ciel comme un éclair. Voici, je vous ai donné le pouvoir de marcher sur les serpents et les scorpions et sur toutes les forces de Tennemi, et rien ne vous pourra nuire. Cependant ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont assujettis, mais bien de ce que vos noms sont écrits dans les cieux. » En même temps, ajoute saint Luc Jésus tressaillit de joie et remercia Dieu de ce qu'ayant caché ces choses aux sages, ils les avaient révélées aui h'umbles et aux petits (Luc X, 23). Cependant le maître n'eut pas toa- . jours avec ses disciples la même satisfaction . Si Tamour le plus pur inspire tous ses rapports avec eux, il n'a que trop souvent l'occasion de se plaindre de leur sens grossier et charnel. 11 leur reproche, à diverses reprises, leur inintelligence, leur incrédulité, leur impatience, leur , pusillanimité, leurs rivalités, leurs ambitions terrestres (Marc IX, 19 ; IV, 13, 40; VI, 52; VII, 17; VIU, 17-21 ; IX, 6, 34; X, 24, 32, 35; XIV, 40). Surtout à la lin on peut constater une divergence de plus en plus sensible entre les dispositions du Maître qui se prépare à la mort , et les espérances matérielles de ses apôtres qui attendent un éclat . imminent de sa puissance et de sa gloire messianiques Aussi la ca- . tastrophe qui met lin à la vie de Jésus, les jette-t-elle dans la consternation et la stupeur. La crainte les disperse un moment; ils laissent ;à des étrangers et à des femmes le soin d'assister Jésus "à sa dernière heure et d'ensevelir son corps. Les apparitions du Ressuscité relevèrent leur courage et leurs espérances. Un grand changement se lit en eux ; la foi inébranlable que leur Maître était vivant et allait revenir, devint le ressort de leur apostolat nouveau et la puissance qui fonda l'Eglise. Le premier soin des apôtres, en reprenant conscience de leur mission, fut de remplir la place laissée vide parmi 'eux par le traître Judas. Pierre, à ce propos, développa les conditioBs et les marques essentielles de la charge apostolique. « Il faut, dit-il, qu'entre ceux qui ont été avec nous pendant toute la vie de notre Seigneur Jésus, depuis le baptême de Jean, jusqu'au jour où le Seigneur a été enlevé, nous en choisissions un qui soit témoin avec nous de sa résurrection. » Deux disciples furent présentés remplissant ces condi- . lions, Barsabas Juste et Matthias. Puis le sort décida entre les deux can- .didats. Matthias fut désigné (Act. I, 15-26). Le miracle de la Pentecôte . n'eut pas lieu, comme on le croit communément, pour les apôtres seuls. Mais ii n'y a pas lieu de douter que les principaux d'entre eux furent les organes les plus puissants de cet esprit chrétien* qui fit alors sa première explosion et devait rester l'àme de l'Eglise. Incertains, irrésolus, timides jusque-là, les apôtres dès ce moment se montrent remplis d'en- . thousiasme et d'une indomptable énergie. Leur mission était double : diriger l'Eglise naissante de Jérusalem et faire l'œuvre missionnaire. A ce double égard, la tradition catholique a défiguré le véritable état des choses en introduisant, dans ces premiers temps de libre sponanéité, lesv idées de légalité, de hiérarchie, de déliWrations officielles
•qui ont prévalu dans la suite. Jamais nous ne voyons le Collège apostolique délibérer officiellement sous la présidence de Pierre. Dans la direction de l'Eglise, Jacques, le frère du Seigneur, qui n'était pas apôtre, exerce une influence prépondérante à côté de Pierre et de Jean, et tous les trois passaient pour les « colonnes » de FEglise (Gai. II, 1-11). Quanta Tœuvre missionnaire, Paul pourra dire justement qu'à lui seul il a plus fait que tous les autres ensemble. Malgré quelques tentatives isolées de Pierre sur le sol du paganisme, les Douze, fidèles au mandat qu'ils avaient reçu, se regardèrent longtemps comme spécialement envoyés auprès du peuple d'Israël (sj^th'*^'®'' "^^ r£p'.Tc;jLfj^Gal. II, 7). En dehors de ce cpie les Actes des apôtres ont raconté, nous ne savons à peu près rien de leurs œuvres ni de leurs destinées. La fable d'après laquelle, au moment de quitter Jérusalem, ils se seraient partagés le monde connu tît auraient, avant de se séparer, fixé l'essence de la foi chrétienne dans le Symbole dit des Apôtres^ n'a pas l'ombre d'un fondement. II en faut dire autant de toutes les autres légendes recueillies par Eusèbe et les écrivains ecclésiastiques ou développées dans l(»s Actes apocryphes qui virent le jour dans les âges suivants. Les apôlres durent rester à Jérusalem, tant que ce séjour leur tut possible. Les persécutions les dispersèrent et les jetèrent malgré eux sur des roules nouvelles et inconnues. Jacques, le Irère de Jean, périt décapité sur Tordre d'Hérode. Agrippa aux environs de l'an Vk (Act. XII, 1). Jac([nes, le frère du Seigneur, qui peut-être lui succéda en qualité d'apôtre, fut lapidé à Jérusalem «»n 62 ou 63. Pierre sortit de la Palestine. Nous le trouvons vers Tan 55 à Autioche„ d'où il put se rendre à Corintlie et à Rome. Jean quitta Jérusalem vraisemblablement au moment où éclata la guerre juive (65 ou 66), et exerça son ministère à Eplièse (»t dans l'Asie Mineure. Les autres s'évanouissent dans une impénétrable obscurité. 11 ne faut pas seulement accuser l'histoire de négligence et d'oubli. Ce silence absolu doit avoir aussi quehjue raison dans l'humble rôle qu'ils ont joué, ils n'ont eu, extérieurement du moins, qu'une assez faible part dans les destinées de l'Eglise et dans la propagation du christianisme. La tradition a certainement surfait leur activité et leur importance. Est-ce à dire que Jésus en les choisissant s'était trompé ou qu'ils n'ont pas répondu à ses espémnces? Nullement. Mais on est dans l'illusion, quand on s'imagine que Jésus les avait choisis pour faire exclusivement son œuvre. Il a su, ({uand il en a eu besoin, trouver d'autres ouvriers et d'autres missionnaires, comme Paid, ApoUos et tant d'autres. Jésus, en établissant le collège apostoUque, voulait plutôt former un noyau résistant, le germe d'où se développerait l'Eglise. Si tous ses premiers apôtres n'ont pas été individuellement des hommes de grande pensée ou de grande initiative, dans leur ensemble, ils u\m ont pas moins rempli la destination qu'il leur avait assignée. Ils représentent avant tout, dans la religion nouvelle, l'élément fixe et traditionnel. C'est par eux que l'Eglise tient au Christ historique, au Jésus des Evangiles. Ils ont d'abord défendu l'originalité de la foi chrétienne contre le judaïsme dont ils se sont lentement détacliés, (ît ensuite ils ont préservé le caractère positif, le
contenu réel de TEvan^ile contre le flot du gnosticisine et de la sagesse païenne qui menaçaient de le dissoudre et de le submerger. Ils sont le premier anneau et le plus nécessaire dey cette longue chaîne qui, sans se rompre, traverse les siècles et fait la permanence du christianisme. Voilà ce (ju'a de vrai Tidée catholique de la succession apostolique, si du monis on ne veut pas trop la presser et lui attribuer un caractère extérieur et officiel (ju^en réalité elle n'a jamais eue. Cette exposition historique permet en même t«mps de faire la critique de la notion dogmatique de Tapostolat. On a l'habitude d'attacher à l'apostolat les prérogatives de Tautorité du don des miracles et de l'inspiration. Mais ces choses ne sont pas aussi étroitement liées «pi 'on le pense. Sans doute ce titre d'apôtre dans la primitive Eglise pesait d'un grand poids; il n'y a qu'à voir avec qiielle jalousie saint Paul Tinvocpie et le défend dans presque toutes ses épîtres. Mais précisément à propos de ce dernier se pose une grave question : Paul avait-il le droit de le prendre? On a vu, dans le discours de Pierre pour l'élection du remplaçant de Judas, quelles cronditions paraissaient essentielles à remplir. Il fallait avoir suivi Jésus durant tout son ministère et avoir été témoin de sa résurrection. Il est évident que Paul ne les remplissait pas complètement. 11 en appelait au succès extraordinaire de sa prédication, à ses révélations, à ses visions. (aAsl pouvait-il suppléer ce qui lui manquait? Ne nous étonnons pas que son autorité apostolique ait été violemment niée par ses adversaires. C'était même là le point vif de cette longue controverse avec le parti judéo-chrétien. Si l'on s'en tient à une interprétation juridiipie et formaliste, il e^ difficile de ne pas donner raison aux adversaires de Paul. Mais cette conclusion inévitable prouve précisément combien ce point de vue est faux et étroit. Qui donc fut à un plus haut degré apôtre de Jésus-Christ que saint Paul? Sa personne, son rôle et son œuvre sont la preuve que ces hautes prérogatives de l'autorité et de l'inspiration demeurent indépendantes de l'apostolat matériel et du nombre douze (fui l'exprime. En fixant ce chiffre, qui lui était d'ailleurs occasionnellement indiqué par la constitution de l'ancien Israël, Jésus n'a pas voulu enchaîner la liberté de l'esprit de Dieu. Le catholicisme suivant son principe, a siirtout relevé le caractère officiel de l'apostolat réalisé dans les Douze, tandis que le protestantisme s'est particulièrement réclamé de saint Paul. En face des Douze, le treizième apôtre représente en effet la liberté de l'inspiration religieuse, l'autonomie de la foi et de la pensée. A. sabatikr.
APOTRES (Actes des). Voyez Actes des Apôtres,
APOTRES (Concile des). Par ce terme historiquement assez inexact, on désigne les conférences racontées. Actes XV, qui eurent lieu vers Tan 50 à Jérusalem entre Paul et Barnabas d'un côté, et les apôtres de l'autre, au sujet de la position dans l'Eglise des païens convertis. Ces derniers étaient devenus très-nombreux dans la communauté chrétienne d*Antioche. Des membres de celle de Jérusalem vinrent y jeter un grand trouble en voulant leur imposer la circoncision et en leur disant que sans elle ils ne pouvaient être sauvés. Paul et Baniabas s'opposèrent à leurs prétentions. La discussion fut très-vive. On résolut de