ARABES — ARABIE
la religion, et cela parce que le modèle sur lequel elle se régla, la philosophie grecque, dans son antagonisme vis-à-vis de la religion du pays, n'avait songé à constituer une telle science. Le Calam non plus n'a posé les bases d'une philosophie de la religion, parce que le Ck)ran ne le comporte pas. Si la philosophie de la religion doit tenir compte des aspirations de la pensée chez tous les peuples, elle ne recueille cependant que des enseignements négatifs chez les Arabes; ce n'est pas là qu'elle trouve les principes et les jalons essentiels dont elle a besoin pour devenir une vraie science. — Voir Ritter, Gescli, der Philosophie, tomes 7 et 8 ; les articles de M. S. Munk, dans le Dictionnaire des sciences philosophiques ; Dieteria) die Philosophie der Araber^ im
2? Jah'h, nach den Schriften der iautem Brûdery 8 volumes, 1858-1876.
A. Matteb.
ARABIE (Religion de l'ancienne). — I. Origines. Le mot arabe est assez récent. Pendant longtemps, les Hébreux ne l'ont pas connu ; ils appelaient <( enfants du Levant )> Benê Qedem, les Bédouins qu erraient dans le désert compris entre la mer Morte et l'Euphrate (Job I, 3; Jug. VI, 3,33; VII, 1 ; VIII, 10; 1 Rois IV, 30), et leur pays « le Levant », Q e d e m (Gen. X, 30 ; Nombr. XXII, 7), « la terre du Levant », Ereç Qedem (Gen. XXV, 6) ou « la terre des enfants du Levant », Ereç benê-Qedem (Gen. XXIX, 1). Les voisins immédiats des Hébreux avaient chacun leur nom particulier. Le mot arabe n'apparaît guère qu'à l'époque de la captivité et avec un sens très-différent de celui que nous lui donnons aujourd'hui. On le rencontre pour la première fois dans Esaïe XXI, 13 ; M. Reuss pourtant (les P7*ophètes, I, p. 294) lit en cet endroit : Be ê r eb, et traduit ; oracle au soir (comp. Jér. XXV, 24; Ezéch. XXVII, 21; 2 Chron. IX, 14); il est synonyme de « désert i ; sa forme ethnique, 'Ar âb î, désigne les habitants de la contrée située au sud-ouest de la Palestine, et que les auteurs plus anciens assignent aux descendants d'Ismaêl. De là vient qu'on le trouve associé au nom d'autres tribus de la péninsule arabique, à Dedan, Thema, Buz (Jér. XXV, 23), à Cédar (Ezéch. XXVll, 21) et même aux Philistins. Dans un seul passage (2 Chron. XXI, 16) il semble désigner les habitants de l'Arabie méridionale (voy. Gesenius: les., vol. I, p. 673, et Thésaurus^ p. 1066, a). Les renseignements des auteurs anciens nous amènent aux mêmes résultats. Les Egyptiens n'emploient pas le nom d'Arabes ; mais ils distinguent très-nettement les Arabes du Nord de ceux du Sud ; ils appellent le sud de l'Arabie, le pays de Pount (Pœm\ Puni), l'Arabie Pétrée, au contraire, le pays des Shasous, c'estrà-dire des « pillards », (Hyq-Shous m le roi des Shous » ; liïaspero, Hist. anc. des peuples de l'Orient, p. 171 ss.). Sur les inscriptions cunéiformes, lorsque l'Arabie apparaît, c'est avec le même sens trèslimité (Schrader : Keilinschr. u. das A. T., p. S6). Ce sont également les Arabes du Nord qu'Hérodote (111,4-7, 107 ss.) semble désigner sous ce nom. Au contraire, à partir de Ptolémée, l'Arabie désigne toute la péninsule qui a gardé ce nom jusqu'aujourd'hui. — Ptolémée divise l'Arabie en trois parties : Arabie Heureuse, Arabie Déserte et Arabie Pétrée. Cette division n'est pas connue de la plupart des auteurs I. 32
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anciens ; mais clic est fondée jnsqn'à un certain point dans la nature du sol, et on la retrouve déjà dans le livre de b Genèse, quoiqu'il n'emploie nulle part ces trois dénominations. L'Arabie Pétrée, ainsi nommée de sa capitale Petra, en hébreu Se la, « la Roche », forme cx)mme un seuil à l'entrée du désert. Petra est à 892 mètres au*dcssus du niveau de la mer. Par la configuration de son sol aussi bien que par les mœurs et la langue de ses habitants, elle tient le milieu entre la Syrie et l'Arabie ; à Touest elle embrasse la presqu'île de Sinai et va rejoindre l'Egypte. A Test de l'Arabie Pétrée, entre le golfe Elanttique et FEuphrate, s'étend à perte de vue le désert, ei Badieh. Tout ce qui est au sud s'appelait autrefois Yaman, « la droite »; le même mot signifiant en arabe droit et heureux, on en a fait l'Arabie Heureuse. Les géographes arabes modernes ont repris cette division, mais en limitant l'Yémen au sud de l'Arabie. L'Arabie Heureuse comprend eu effet plusieurs parties. Le centre est un immense plateau (Nedjed),oti\ts déserts alternent avec les pâturages ; c'est la patrie du cham^u et du cheval arabe. La côte T^t'A^ma est stérile et rocailleuse jusqu'à THed^ (alHigaz, «le milieu») ; THedjaz lui-même est une mer de sable. Mais, plus au sud, le paj's est riche et bien arrosé et teit comprendre le nom d'Yémen qu'on lui a donné par une sorte de jeu de mots géographique; l'Yémen étend ses châteaux-forts jusque sur le plateau qui s'abaisse en cet endroit. Sur la mer des Indes, « la côte de l'encens» court depuis l'Hadramaut jusqu'à l'Oman; enfin les-bordsdu golfe Persiqueformeift le district d'Èl Bahreyn, presque inconnu des auteurs anciens, et'qai n'est guère fréquenté, maintenant encore, que par des pècheiii^ d'huîtres; la connaissance de cette région sériait pourtant d'une grande utilité pour l'intelligence des origines de la civilisation arabe. ^-^ On ne peut faire aucun fondement sur tout ce que les Arabes racontent too^ chant leurs origines. Pendant longtemps on a cru que leurs généalogies et leurs traditions relatives aux patriaréhes remontaient à une haute antiffuité; aujourd'hui il est a^éré qu'elles sont empruntées directement aux récits des Juifs; les Arabes ont pris aux traditions juives sur les patriarches tout ce qui les concernait de près ou de loin et ont comblé rintorvalle qui les en séparait par des histoires et des généalogies fictives. La Genèse est notre source à peu près unique pour la connaissance des origines du peuple arabe. Les principairx passages à consulter sont: Ch. XXI, histoire d'Agar et d'israaël; XXV, Généalogie des enfants d'Agar et de Céthura; X, liste généalogique des enfants de Noé. D'après le Ch. XXI, les Arabes sont les frères aînés des Hébreux; l'histoire d'isaac et d'ismaël exprime très-clairement cette idée. Ismaêl n'est pas l'enfant de la promesse, il est le fils de l'étrangère, Agar, mais il est te premier-né d'Abraham, qui le reconnaît pour son fils, et Dieu le prend sous sa protection. Le nom même d'ismaël rappelle par sa forme celui d'Israël. Les Arabes sont donc aussi grands qu'on peut l'être sans être les héritiers légitimes ; on sent au ton du récit que ce sont des frères : (( Et Dieu fut avec l'enfant, et il grandit, et il demeura dans le désert, et il devint adulte, et il fut tireur d'arc. » Cette description ne s'applique pas à toutes les tribus indistinctement. Les enfants d'ismaël formaient
douze tribus, comme les enfimis dlsraël, ayant leurs Nassù et leurs campements : Cédar, Duma, Kedma, Nebayot, etc., ce sont les Arabes du désert ; le chapitre XXV, v. i2*, ss. nous dît e^preséément leurs noms, et il ajoute : C'est à TOrient de tous leurs frères qu'ils s'établirent. Le même chapitre énumère encore d'autres tribus arabes qui sont parentes au même degré des Hébreux, mais sans leur tenir d'aussi près. Ce sont les enfants d'Abraham et de Céthura. Le plus connu est Hadian (Midiân). Si l'on s'obstine à cherdier dans ces généalogies des noms d'hommes, on se trouve en présence de difficultés inesUricables, car, quelques années plus tard, on trofove des caravanes de Madianites parcourant le désert ; au contraire si on y voit, comme les noms mêmes l'indiquent, des tribus rattacbéespardes tiens de parenté plus ou moins étroits, les généalogies de la Genèse sont de la plus haute valeur. Les autres enfants de Céthura portent les noms de peu-> plades qui habitent pour la plupart entre THedjaz et l'Arabie Pétvée ; l'un d'eux même, Jocsçan, y fignre comme père de Saba et Dedan. Peut-être faut-il confondre ces derniers avec deux tribusdu même nom, les plus célèbres de l'Arabie du Sud, que la table génédogique du ch. X rattache à loctan, petit^ls de Sem, et à Cousdi* U est vrai que divers passages (1er. XXY, 23; XLIX, 8; Exédi. XXV, 13) où Dedan est cité à côté d^'Edom, feraient croire qu'une session s'était opérée parmi les enfants de Saba et de Dedan, une partie d'entre eux étant restés au Nord, ràutre ayant émigré au Sud ; le même fait se retiiouve chez les Amorrhéens, les Retiens et chez presque toutes les populations cananéennes de la Palestine; mais si c'étaient des tribus difiérenies^ elles avaient la même origine, qu'exprime leur descendance commune de Jocsçan ou Joctan, les deux noms se confondent. Nous avons donc affaire, en tous cas, à deux traditions différentes, dont l'une rattache les Jbctanides à Céthura, l'autre en fait des descendants immédiats de Sem. Les Arabes du Nord ne sont pas les seuls que connaisse la Genèse. Longtemps avant Abraham , dans l'histoire des fik de Noé, on trouve la mention de peuplades fixées au sud de l'Arabie et qui doivent représenter la population primitive de la péninsule. La table généalogique du ch. X leur assigne deux origines différentes. Au verset 7, elle les fait descendre directement de Sem, par Joctan (Yoqtàn), aux versets 26-30, elle les rattache à Cousch, fils de Cham. Saba (Chebâ'), le grand royaume qui occupait le centre de l'Yémen, se retrouve sur les deux généalogies ; pourtant, ces deux généalogies ne coïncident pas dans toute leur étendue ; la première, qui fait des Sabéens des descendants de Cousch, cite à côté de Saba, d'autres noms sur lesquels on a beaucoup discuté (voyez C{pAtr, Sawla), mais qui appartiennent tous au Sud ; elle suit une ligne qui va du golfe Persique, et peut-être de l'Inde, à l'Ethiopie en passant par Saba.; l'autre, quirattache les Sabéens à Sem par Joctan, part du centre de l'ÂraJiie'pour aboutira la limite extrême de l'Yémen, à Zafari ; la géographie de cette dernière région est encore sémitique; le nom même que Ptoléméodomie à toute cette côte, Sachantes sinusj n'est, suivant une: conjecture ingénieuse de M. Renan, que le mot arabe pour désigner le rivage, c'estle
Sahel. Il semble donc que ces deux généalogies nous mettent en présence de deux courants dépopulations différents, Tun couschite, Tautre sémitique, qui se sont rencontrés au sud de TArabie. — Les auteurs arabes ne connaissent pas cette distinction ; ils rapportent tout ce qui est dit dans la Genèse de Cousch et de Joctan à un seul ancêtre qu'ils appellent Khaktan; mais ce nom semble n'être qu'une déformation . du nom de Joctan. On peut s'étonner de voir appeler Couschite un peuple de langue sémitique ; mais la civilisation des Sabéens et leur organisation sociale lesrattachçntàBabylone beaucoup plutôt qu'à l'Arabie propre. Peut-être d'ailleurs n'est-ce pas le seul exemple d'un peuple couschite ayant adopté une langue sémitique: l'Ethiopie et, à l'extrémité opposée de la péninsule arabique, les Phéniciens semblent présenter le même phénomène. La Mecque est isolée au centre de l'Arabie. Jusqu'à Diodorede Sicile, les auteurs anciens l'ignorent; la Genèse ellemême parle très-peu des habitants de l'Hedjaz. On a voulu en conclure que le sanctuaire de La Mecque était de date récente et qu'il n'avait été fondé qu'un siècle à peine avant l'ère chrétienne. M. Dozy (Die Israëiùen zu Mekka, Leipzig, 1864 , in-8) est arrivé à un résultat tout opposé; suivant lui, le culte de La Mecque n'est pas arabe , mais juif; La Mecque a été fondée par les siméonites. De bonne heure, la tribu de Siméon disparait entièrement de l'histoire du peuple juif; elle parait avoir émigré, en partie du moins, vers le sud (i Ghron. IV, 24-43). M. Dozy croit que c'est elle qui, sous le nom de Djoiiioum, a battu les Minécns et conquis l'Hedjaz. Le nom même de La Mecque, Macoraba, «la grande bataille», aurait perpétué le souvenir de cette conquête. Ce fait nous parait hors de proportion avec la cause qu'on lui assigne, n nous paraît aussi étrange de dire que la tribu de Siméon a conquis le centre de l'Arabie, que d'attribuer la conquête de l'Egypte aux Hébreux ou de confondre les lils de Jacob avec les Hyksos. L'étymologie même qu'on donne du nom de La Mecque est très-contestable. Néanmoins, deux faits importants subsistent : 1** la disparition subite de la tribu de Siméon (voyez Israël), 2° les traces profondes d'une influence juive au centre de l'Arabie; on les retrouve dans les noms propres, dans les pratiques religieuses et jusque dans les traditions relatives aux deux Djorhoum et en général aux populations successives qui se sont disputé La Mecque. L'émigration juive avait déjà commencé lors de la conquête de Jérusalem par Nébucadnezar (Jér. XL, ii), depuis elle n'a fait qu'augmenter; à l'époque de Mahomet, l'Arabie était pénétrée d'éléments juifs; il faut même en tenir grand compte dans la recherche des origines de l'islamisme. •
II. Religion. 1. Sabéens. On appelle en général royaume himyarile le puissant royaume qui occupait le sud-ouest de l'Arabie, et la langue qu'on y parlait , la langue himyarite : cette expression est abusive. Ce nom est celui d'une dynastie qui est arrivée au pouvoir à une époque trèsrécente. Le nom national, le seul connu avant l'ère chrétienne, est Saba. Les Sabéens occupaient le détroit de Bab-el-Mandeb, et se trouvaient ainsi en relation directe avec l'Egypte, et en possession du commerce de la mer Rouge. Ils avaient pour capitales dans les temps anciens,
Ssâna et Mareb, la Mariaba des auteurs classiques qui est appelée Saba dans la Bible. A Test, la limite au pays était marquée par un port important, Sefârâ, aujourd'hui Zafari, non loin deMirbàt. Une autre ville du même nom se trouvait dans l'intérieur des terres, aux environs de Ssâna. L'une d'elles, le port, suiyautYresnel (Lettres suri' histotre des Arabes, IV, p. i7 et ss.), fut pendant assez longtemps la capitale des rois himyarites. Le royaume de Saba était très-riche. La relation du. voyage de la reine de Saba (i Rois X, 1, 12) et le tableau du commerce de Tyr (Ezéch. XXVII) en font venir l'or, les pierres précieuses, les parfums (comp. Ps. LXXll, i5 et Es. VI, 20; LX, 6). Une partie de ces trésors provenaient du sol de l'Arabie ; la plupart des auteurs anciens font du Hadramaut la patrie de l'encens, qui était l'objet du commerce peut-être le plus important de l'antiquité; l'encens était le luxe des rois et les dieux en vivaient (Hérod. III, 107; Strabon, XVI, 768, 778, 782; Plin., H. iV., XII, 30 s.; Diod. Sic, III, 45, 46). Mais la richesse de l'Yémen devait tenir en partie aussi à son commerce extérieur. En quelque endroit que l'on place Ophir et Havila, il est certain que l'on trouve cités, parmi les objets que la flotte du roi Hiram en rapportait à Salomon, des produits de l'Inde : des dents d'éléphant, des paons, des singes. Les mêmes détails se retrouvent sur les bas-reliefs du temple de Deir-el-Bahari, qui retracent la conquête du pays de Pount par les Egyptiens. Saba était, en effet, l'entrepôt de rOrient, et elle tenait, dans l'antiquité, la clef de la route de Suez. A côté des Sabéens, Pline et Ptolémée citent une foule d'autres peuplades constituées en royaumes indépendants, mais toutes avaient le même caractère ; les bas-reliefs de Deir el Bahari représentent les habitants du pays de Pount comme une race brune dont les traits ressemblent à ceux de la population d'Egypte. Le peu que nous savons des mœurs des Sabéens les distingue non moins nettement des Arabes du Nord. Suivant Strabon (VI, 708), le régime des castes était en vigueur chez eux ; il régnait dans le sein de la famille une sorte de communisme. La monogamie sémitique leur était entièrement inconnue; au contraire, on retrouve chez eux des traces de polyandrie. Peut-être faut-il attribuer à la même conception du rôle de la femme la présence de reines sur le trône (bas-reliefs de Deir-el-Bahari, 1 Rois X). On trouve également chez les Sabéens la circoncision établie de toute antiquité (Comp. Knobel, Vœlkerlafely p. 234 et ss.). Leur organisation politique était celle d'un peuple sédentaire. Un roi entouré de grands vassaux ou cayls\ ceux-ci étaient^ les chefs des tribus et formaient une féodalité redoutable; ils vivaient dans des chàteaux-forts dont on voit encore les ruines. Ces ruines témoignent d'une architecture puissante et qui ressemble à celle de Babylone. Le caractère même des inscriptions est monumental; les lettres sont hautes et carrées. La langue qu'elles nous ont révélée commence à être connue, grâce aux travaux de Fresnel, Arnaud et, dans ces derniers temps, de MM. Osiander, Halévy et Prsetorius. Le sabéen forme, avec l'éthiopien ou ghez, qui en dérive, une des branches de la famille sémitique, la plus éloignée peut-être. L'alphabet se rattache au phénicien, quoique de très-loin. LÀ granmiaire est sémiti-
que, mais avec des particularités qui la rapprochent de Tégyptien ancien et du copte; par d'autres côtés, au contraire, elle ressemble au phéni* cien (Renan, Histoire des langues sémitiques, Uvr. IV, cb. I, p. 305 ss.)* Vekhili et les autres dialectes parlés actuellement au sud de TArabie s'écartent encore beaucoup plus des langues sémitiques proprement dites; toutefois, on ne doit se servir, en ces matières, des dialectes modernes qu'avec une grande réserve. — La religion des Sabéens est pleine d'obscurités. Tout ce que nous en savons nous la représente comme une religion sidérale ; les noms qui reviennent constamment sur les inscriptions sont: Almaqah, Attar, Hùbas^ Chamsy Sin. On reconnaît à première vue Vénus (Istar), le soleil (Chemech), la lune {Sin), mais avec des particularités qui rattachent la religion des Sabéens à celle des Babyloniens et qu'il importe de noter. Attar est la forme assyrienne de la divinité qui s'appelait Astarté chez les Phéniciens. Le fait est encore plus frappant pourCAamjetSw. Le soleil est, pour les Sabéens, une divinité femelle; la lune, au contraire, un dieu mâle. D'autres noms, comme Almagah, Hobas, sontencoreàeipliquer. Peut-être quelques-uns de ces noms divins sont-ils de simples titres honoriiiques. Ces dieux n 'étaient pas adorés partout indifféremment, ils avaient chacun leurs sanctuaires dont ils portaient le nom précédé d'une particule nobiliaire. On disait Almaqah dou Harun (Almaqah de Harân) ; souvent la diversité des sanctuaires opérait une scission dans la personne divine ; on adorait Almaqah dou Naaman à côté d' Almaqah dou Harân, €es attributs semblent même avoir été assez puissants pour faire oublier parfois le nom propre de la divinité; il est une déesse qui ne porte jamais d'autre nom que celui deDatBaadnam (la dame du Sanctuaire?). Ce titre rappelle singulièrement des noms comme celui de la ce dame de Byblos», Baalat Gebel, usités dans la religion phénicienne, et plus encore celui de cette déesse retrouvée récemment à Carthage et qui s'appelle Baalat Hahedrat, « la déesse du Sanctuaire ». Voilà ce que les inscriptions nous apprennent de cette religion qui est devenue célèbre sous le nom de sabéisme et que les anciens historiens arabes nous dépeignent comme le type des religions sidérales; elle était encore en vigueur au temps de Mahomet et l'islamisme ne Ta jamais entièrement détrônée (Palgrave, Nas'rative of a year's joumey trougk Central and Eastern Afrika, t. II, p. 258). A côté du soleil et de la lune, les Sabéens adoraient les planètes; certaines tribus les adoraient toutes, d'autres une seule. Ils adoraient aussi certaines constellations ou certaines étoiles, les Pléiades et Sirius (voy. Ki^ebly p. 7,ss.). Tous ces cultes particuliers variaient beaucoup d'une tribu i l'autre'; chacune avait ses astres protecteurs et ses idoles. Cc^ idoles n'étaient pas des statues,^ niais des pierres dressées, le plus souvent noires, dans lesquelles se personnifiaient les puissances sidérales; elles portaient des noms dont le sens nous échappe et qui étaient peutrêtre déjà incompréliensibles pour leurs adorateurs; quelques-unes avaient une grande célébrité: telles étaient celles de Lahm et de Gudàm, de Saïd, d'Ouka'isir et de Fuis. La plupart des exemples d'ua culte auftloguô cités par Krebl se rapportent à des tribus bûaayarites; néa»-
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moins on peut en suivre les traces jusqu'à La Mecque où nous retrouverons quelques-unes des idoles les plus célèbi'es. Est-on en droit pour cela d'identifier la religion des Mecquois et celle des Sabéens? La question a été résolue dans des sens difiérents. Il est certain qu'il y avait entre elles des rapports constants. Mareb, Amràn, Tebàla, etc. avaient leurs pèlerinages où Ton se rendait de très-loin, et d'autre part les Sabéens allaient en masse à celui de La Mecque. Enfin, le culte des acbi*es , quoicfue moins répandu, se retrouve aussi chez les Sabéens, accompagné de devins, de magiciens et de toutes les supei*stitions qui s'y rattachent d'habitude.
2. Arabes. C'est dans le désert qu'il faut chercher les Arabes proprement dits. L'Ancien Testament les appelle successivement Benê- Çedem^ Kedar, Arab, Nebayot, mais tous ces noms éveillaient la même idée dans l'esprit des Hébreux, celle de la vie pastorale et nomade, et désignaient la même race; Jérémie définit les Arabes « tous ceux qui se i*asent les tempes ; » le même trait de mœurs est rapporté par HCrodote (III, 8). Les Arabes vivaient groupés par familles et par tribus; les familles avaient à leur tête des Cheïks (anciens), les tribus des Emirs (chefs) ou des « princes «dans le langage de l'Ancien Testament. Leurs richesses consistaient dans leurs chameaux, et dans leurs troupeaux d'agneaux, de béliers et de boucs (ju'ils vendaient aux Tyriens (Es. XXVII, 21; Jér. XLIX, 284). Les Ai'abes se divisaient en nomades et sédentaires. Les sédentaires avaient des villes et menaient une vie plus douce, mais ils ont toujours été tenus en un certain dédain par les tribus bédouines. L'Arabe véritable, c'est le Bédouin, qui vit sous la tente (Ps. LXXII, 8; Gant. I, 5), est bon tireur d'arc et ^un peu pillaixl (Es. XXI, 16, 17; Job I, 15). — C'est au sein de c^lte population que s'est développée la littérature admirable de fraîcheur et de jeunesse des Moallakât^ du Kilab^l-Ykd^ du Kitab-el-Agôni et des divans. Ces récits d'aventures ne datent que despremiei*s siècles de notre ère, mais ils dépeignent un état social qui, par bien des côtés, rappelle celui des Hébreux au temps des Juges. Ce sont des guerres de tribu à tribu, illustrées par des exploits individuels; on se bat pour un cheval, un couple de chameaux, un palmier. On retrouve partout, dans ces combats, à côté de beaucoup de barbarie, la noblesse des Arabes, leur générosité et le respect de la femme. Souvent le vainqueur chante une complainte sur l'ennemi qui vient de mourir, comme David sur Abner. En général, dans ces petits poèmes les vers alternent avec la prose; l'ancienne littérature hébraïque nous offre le même mélange: de petits discours exprimant en quehfues vers la situation de l'auteur et se rattachant à un récit. Les vers doivent être antérieurs à la prose. C'est au même genre qu'appartiennent les discours sentencieux et l'antique sagesse de Themàn, célèbre déjà du temps de Job. Le livre de Job n'est pas arabe, mais il est certainement le témoin le plus ancien que nous ayons de la vie du désert. — La langue des Moallakât et du Kitab-el-Agàni est arabe. Sans doute elle contient bien des tours et des mots qu'on ne retrouve pas dans l'arabe actuel, mais le mécanisme grammatical est celui de l'arabe littéral. Il ne faut pas en tirer
de conséquences exagérées relativement à la langue que parlaient* les nciens Aarabes ; l'altération insensible qui transforme peu à peu les langues se poursuit aussi dans les monuments écrits; néanmoins, on peut dire qu'il n'existait, entre l'arabe ancien et l'arabe classique, d'autre différence que celle qui résulte d'un degré plus ou moins grand d'arcliaïsme. Nous en avons mi indice dans les inscriptions nabathéennes gravées sur les rochers du Sinaï; ce sont des graffiti tracés par des pèlerins tant païens que chrétiens des premiers siècles du christianisme ; or cette langue, où l'on sent du reste une certaine influence araméenne, s'explique sans autres ressources que l'arabe; les noms propres sont formés par les mêmes procédés et les radicaux eux-mêmes présentent une grande analogie avec ceux de l'arabe. Nos connaissances sur la religion des anciens Arabes ont quatre sources différentes : les auteurs classiques, les anciens auteurs arabes, la tradition et l'épigraphie. Les sources arabes présentent une grande cause d'obscurité : l'arabe n'a pas de mythologie; les historiens ne donnent guère que des noms divins, presque partout les légendes ont disparu. Les auteurs grecs suppléent en quelque mesure à cette lacune. Le passage classique sur cette matière se trouve dans Hérodote 111, 8. Les Arabes, dit-il, croient qu'il n'y a qu'un seul Dieu, Dionysos, et Ourania. Ils appellent Dionysos (h'otal et Ourania AlilaL Ailleurs (1, 131), parlant du même sujet, il dit: les Arabes appellent Aphrodite Alilta. Ces renseignements sont confirmés par Arrien (Exp. Alex., Vil, 20), Strabon (p. 741), et Origène {contra Cels, V, 37) ; ces auteurs s'accordent à reconnaître aux Arabes deux divinités seulement, la première qu'ils appellent Ouranos, Zeus ou bien Ourania, la seconde qui est Dionysos, 11 ressort de ces différents passages que les Arabes adoraient Uranie, la grande déesse céleste qu'on retrouve avec des noms différents dans toutes les reUgions de l'Asie occidentale, et un Dieu qui correspondait au Dionysos des Grecs. Un autre fait important, c'est que, sauf chez Hérodote, Uranie est toujours placée en premier et parfois mise aumasculin.il est plus difficile de dire à quels noms arabes correspondent les deux mots, sans doute assez défigurés, d'Orotal et Alilat. Pour le second, la difficulté peut être résolue. La forme parallèle Alitta, citée par Hérodote, nous prouve qu'il s'agit de la déesse Allât bien connue par les anciens auteurs arabes (Osiander, Zeitschr, der D, Morg.Ges,, VII, p. 482). Le premier est plus obscur; on croit pourtant bien y voir la racine Or « lumière » qui sert parfois à désigner le soleil. Une parole de Job, à laquelle on n'a pas fait attention, nous paraît presque décisive; dans sa justification il s'écrie (XXXI, 26): « Si jamais j'ai regardé le soleil (Or) qui brillait, ou lalune (Yaréakh) dans sa marche resplendissante ! » Les pratiques auxquelles Job fait allusion doivent être celles qui régnaient autour de lui.La lune (Y a r ê a k h) est Ourania, peut-être Or est-il l'Owro^a/ d'Hérodote? La théologie des inscriptions nabathéennes est,;en apparence, beaucoup plus variée; on y trouve, soit seuls, soitencomposition,desnoms comme A'Aara^i4/-SoAa/'«, Yarê akh, A liât, mais, en les regardant de près, on voit que ce sont des noms différentsqui désignent les mêmes divinités. A%ara< est un des noms dusoleil connu en hébreu sous la forme Kheres: Al-Sohari, Far^aA:^ désignent la
luneetse confondent par conséquent avec Allât. On trouve encore d'autres noms divins, mais qu'il faut prendrecomme des désignations locales ou des titres honorifiques plutôt que comme des noms propres désignant des divinités distinctes. Peut-être faut-il en dire autant d'un Dieu connu dès longtemps des Grecs et des Arabes, mais dont on n'a pas encore trouvé l'explication, Dusarh; par sa forme, il rappelle les titres divins tek que Dou Harân, que Ton rencontre dans l'Yémen. Enfin, on trouve encore en composition dans des noms d'hommes le nom du Dieu EL Etait-il réellement différent des dieux que nous avons examinés, et ceux qui le portaient étaient-ils les adeptes d'une religion strictement monothéiste? ou bien n'était-ce pas la forme arabe de Dionysos, le nom propred'Ourotal?Si cela était, la religion des Arabes se ramènerait tout entière, comme l'ont affirmé les anciens, à deux divinités, El ou Allah et Allât? En tous cas, elle était excessivement simple et la multiplicité des noms locaux seule put faire croire à une richesse mythologique qui n'était pas dans l'esprit des Arabes. Les Arabes du Nord paraissent avoir eu des bétyles, \c'est-à-dire des pierres et des arbres sacrés, comme leurs voisins, mais la plupart des renseignements des anciens sur ce culte se rapportent aux Arabes du Sud ou à La Mecque. La Mecque était le centre du pèlerinage peut-être le plus célèbre dans l'antiquité. On y adorait une pierre noire qui était placée au centre delaKaaba et représentait Saturne , suivant certains auteurs. Ce n'était pourtant pas la seule idole de La Mecque. Dans le mur même de la Kaaba, était encastrée une autre pierre qui avait une figure humaine (?) et qu'on appelait Hobal. Enfin, autour du temple et de la ville se dressaient des cippes ([ui avaient chacun leur nom. Telles étaient les idoles de Monât, d'Al-Làt, les sept pierres de la vallée de Mina qui représentaient les sept planètes, et les statues d'Isaf et de Naïla, peut-être Adonis et Aphrodite. A chacune de ces pierres se rattachaient une série d'explications mythologiques, mais le sens véritable de la plupart d'entre elles et leur rapport avec la religion arabe restent une énigme. Peut-être ont-elles, en partie du moins, une origine étrangère.
UL Histoire. L'histoire de l'Arabie se réduit à très-peu de chose :nous passerons sous silence tout ce que les Arabes racontent du premier et du deuxième empire des Adites, ainsi que de la première et de la seconde Djorhoura. Ces récits légendaires renferment encore trop d'obscurité pour qu'on puisse en parler ici. On traitera séparément des tribus qui ont été en rapports directs avec les Hébreux (voy. Madianites, Nabathéens). Les Arabes du Nord n'eurent pendant bien longtemps que des rapports très-éloignés avec Israël ; ils ne paraissent guère que dans le deuxième livre des Chroniques ; le ch. XVII, v. 11, nous les montre tributaires de Josaphat; sous son fils Joram (XXI, 16) ils s'allièrent aux Philistins contre Israël, mais Hozias les repoussa (XXVI, 7) ; les deux derniers passages du reste sont d'une exactitude douteuse. A plusieurs reprises, les prophètes les menacent de l'épée de l'Assyrie : prophéties contre Cédar (Jér. XLIX, 28ss.;comp. XXV, 23 s.), contre Duma (Es. XXI, 11-12), contre l'Arabie (v. 13ss. ; voyez pourtant, ausujetjdes deux dernières prophéties, Reuss : les Prophètes, p .993^), En effet, pendant
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deux siècles, ils furent exposés aux invasions des Assyriens. Us ne repir i*ais8ent plus jusqu'à Tépoque des Machabées. Pendant la guerre d'indépendance et jusque sous les Hérodes, ils jouèrent un assez grand rôle, tantôt comme mercenaires des Syriens, tantôt comme alliés des luifs (1 Mac. V, IX, XI, Xfl, passim; Jos., Antiq.y XUI, 13, 3, 15, 4; XIV,1, 4. 2, 1; XV, 4. Tet 4.5, 1-3; XVUI, 5, l; BelLJud.,\, 6, î). Les Nabathéens même se constituèrent en royaume indépendant et- acquirent une assez gi'ande célébrité sous la dynastie des Ârétas (voyez : Nabsr théens). La domination impériale et le contact de TOccident donnèrent naissance en Ai-abie Péti*ée et dans le Haui*an à une civilisation araboromaine, qui jeta un vif éclat et dont les ruines et les inscriptions de f>almyre nous attestent la grandeur; c'est une architecture grecque, avec des noms en grande pailie arabes (voyez : Waddington, Inscriptions grecques et latines de la Syrie; de Vogué, Syrie centrale). Mais les Romains ne pénétrèrent pas jusqu'en Ai*abie Déserte, ou du moins leur domination n'y fut jamais que nominale. On y voit paraître, au ({uatrième et au cinquième siècle, une tribu dont le nom devait occuper, quelques siècles plus tard, une si grande place dans l'histoire d'Occident, les Saraceni. Peut-être faut-il y yoir, avec M. Renan, une dernière transformation des Bené Kedem, les premiers habitants de l'Arabie Déserte : Zérakh signifie « TOrient ». — L'Arabie du Sud a toujours vécu de sa vie propre. Sous la dix-huitième dynastie égyptienne, elle fut conquise par la princesse régente Hatsatsou, sœur de Thoutmès Jll. Mais, dès la vingtième dynastie, les Egyptiens la prirent définitivement. Depuis loi*s elle fut tout entière au commerce de la mer Rouge. A partir du huitième siècle, les Assyriens tournèrent leurs ai*mes de son côté. Les campagnes de Sennachérib lui avaient soumis le Hedjaz et le Nedjed ; son fils Assarhaddon pénédn jusqu'aux frontières du myaume sabéen (681 et 672). Méthodius nous a oonsen'é le récit de cette campagne d'après Bérose. Mais ce ne fut qu'une conquête passagère. Il en est de même de la grande expéditioD de Nabuchodonosor qui avait pour but de iniiner, au profit du golfe Permque, le commerce de la mer Rouge rétabli par Psammétique et )feko. 11 pénéti*a jusque près d'Adcn, mais ne put s'y maintenir. Gant ans après, le royaume d'Yémen était aussi florissant qu'il ne l'avait jamais été. C'est aux siècles suivants qu'il faut sans doute i*app<Hli^ les grandes constinictions dont les iniines couvrent l'Yémen, et les inscriptions qu'on y trouve. A une époque qu'on ne peut déterminer, une dynastie, qui avait pris pour capitale Himj^ar, supplanta l'ancien empire sabéen et imposa son nom à tout le pays. Ses rois s'appelaient 7M- 6aa.£lle dura jusqu'à l'invasion éthiopienne. Ladernièrepériodedelliistoire d'Arabie qui s'étend de la conquête éthiopienne à Mahomet est trèsobscure. La conquête extérieure se mêle à l' introduction du christianisnM et à l'émigration toujours plus nombreuse des Juifs du côté de Médine. — Sources : Les principaux ouvrages à consulter sont : Sources indigènes, Abulfeda, Historia Ante-Islamica^ éd. Fleischer, Lispsi», 1831, 'n*4P; Kitâb el Agâni: il n'a jamais été traduit, mais on en trouve de Tort longs extraits dans Caussin de Peroeval et Presnel (voy. plus ba^.
ABABIE 499
Sources étrangères : Pour la géographie^ nous nous bcMcnerons à indiquer Niebuhr y Betchreibung von Arab^n, Kopenhagen^ 1772, 1 vol. in-4°; le même, Jteisebe$chreiUmg naeh Arabie» itôt&., Kopenbagen, 1774, 3 vol. in-4r^ et Bitter, Erdkunde. Arabien, Berlin, 1846-7, 2 vol. în-S^; en y joignant pour la géographie ancienne : Sprenger, die alte Geoçraphie Arabienêy Bern, 1875, in-S"". Pour Tethnographie, l'ouvrage fondamental est : Caussin de Perceval, EsMat sur thi&toire des Ambes (want Fislamtsme^ Paris, 1847-1848, i vol. in-8^ ; on trouve aussi un grand nombre de renseignements sur TArabic du Sud dans Fresnel , Lettres sur l'histùire des Arabes^ I-IV, Paris, 1836-7 (les trois dernières sont des extraits du Journal A^eUique), La langue et la littérature ont été étudiées d'une iaçon générale par Ë. Benan , Histoire des langues sémitiques^ livre IV, cb. 1 et 2, 2^ édit., Paris, 1858. Pour ia religion, en dehors de Y Histoire des langues sémitiques^ voir Benan , Nouvelles Considérations sur le caractère général des peuples sémitiques et en particulier sur leur tendance au monothéisme y Journ. Asiat.,i^SQ; Sprenger, Bas Leben Mohammedsj Berlin, 18o6, in-8*'; Krebl, Ueber die Religion der vorislamischen Araber, Leipzig, 1863, in-8*'; Dozy, Die Israeliteti zu Mekka, Leipzig et Haarlem, 1864, in-8°. Les généalogies de la Genèse sont étudiées en détail dans tous les commentaires. On peut en rapprocher les travaux de Lassen, Indùche Alterthumskunde, t. I, Bonn, 1847, et t. II, p 5723S., Bonn, 1849, in-8% et du baron d'Eckstcin, Athemsum français^ 1854, p. 486 s., sur les Couschites et les Arabes primitifs. L'Yémen et les inscriptions sabéennes (himyarites) forment Tobjet de toute une bttérature. Ses périodes principales sont marquées par les mémoires suivants : Fresnel, Lettres sur fArabiCy 1837 ; le même : Pièces relatives aux insa'iptions himyarites, décote vertes par M.Arnaud, Journ. Asiat., 1845; Osiander, Zeitschr. der. D. Morgenl. Ges,, t. Vil (185Î) ; Studien ûber die Vorisl, Religion der ArOr bety ibid.y t. X (1856) ; Zur himjarischen Alterthumsu. Sprachkunde, etc. ; Halevy, Rapport sur une mission archéologique dans le Yémen. Joum^ Asiat.^ 1872; \àLemy Etudes sabéennes^ ibid.^ 1873; Prœtorius, Zeitschr. d. D. Morg,y Ges., t. XXVI (1871) et ss.Pour Palmyre, le Hauràn, les Nabathéens, les Arabes du Sinaï, voir Lepsius, jEgypt. Denkmaeler; Waddington, /nscri grecques et latines de la Syrie, Paris, 1870, in-4"; de Vogué, Syrie centrale, Paris, 1869, in-4**; Lévy, Zeitschr. der />.. Morgenl. Ges., XIV, 1860; Blau, ibidem; ^eizshdïUy Reisebericht ûber Hauràn und die Trachonen, et Benan , Sur quelques noms arabes qui figurent dans les inscriptions grecques de tAuranitide. Bulletin archéoL français, sept. 1856. L'histoire de TArabie dans son ensemble n'a été Tobjet d'aucun travail. Le seul résumé que Ton en possède se trouve dans Lenormant, Manuel d'histoire ancienne de F Orient, Paris, 1869,. tome III. Ph. Beboeb.
ARABIE (Le christianisme en). Saint Paul raconte dans Tépitre aux Galates (1, 17), qu'il se rendit après sa conversion en Arabie. Il ne peol guère y avoir de doute sur le sens des pajroles de l'apôtre ; la signihcar tion du mot Arabie dans l'antiquité et la naention de Damas qui vieni aussitôt après, nous obligent à chercher la retraite del'apôtre dans quel*
qu'une des villes des Nabathéens. Les légendes qui rattachent à saint Paul rintroduction du christianisme en Arabie n'ont d'autre source que ce passage et ne méritent aucune créance ; il faut sans doute porter le même jugement sur la légende d'Abgare; néanmoins il est certain que le christianisme se répandit de très-bonne heure dans ces contrées. La Nabathée, Edesse, Bostraont été au nombre des premiers pays conquis au christianisme. Les inscriptions grecques etlatines rapportées de la Syrie centrale par M. Waddington en fournissent la preuve éclatante. Amobe (Arfw.^en^e^, 11, 50) parledesprogrèsdu christianisme du côté du désert, et le concile de Nicée mentionne cinq évêques de la province d'Arabie, ceux de Bostra, de Philadelphie, d'Hestbon, de Dionysas et de Constantia. Plus tard, au concile de Chalcédoine, en 451,|il yen eut jusqu'à 18, sans compter ceux des villes arabes qui ne faisaient pas partie de la province romaine. Mais l'histoire du christianisme dans l'Arabie du Nord se confond presque avec celle des hérésies. Dès Tan 244, Origène ramène à la foi orthodoxe Berylle, évêque de Bostra, qui était antitrinitaire. Quelques années après (250), il revient en Arabie pour combattre des hérétiques, suivant lesquels l'àme mourait avec le corps et devait ressusciter avec lui. Les empereurs chrétiens, qui voyaient dans le christianisme une arme contre les Persans, cherchèrent à le répandreen Arabie. Vers 350, Constance y envoya un missionnaire^ AnanesThéophilus; mais le christianisme, au lieu de se développer, décrut avec la puissance romaine en Orient, et ne laissa derrière lui que des hérésies ; c'est dans ces contrées que se sont développées les sectes des nestoriens et les monophysites. Le christianisme a pénétré au sud de l'Arabie par une voie toute différente. En dehors du martyre de Ba^ thélemy, qui n'a aucune valeur historique, et des détails que rapporte Eusèbe à ce sujet, il n'est fait aucune mention de chrétiens dans l'Arabie du Sud jusqu'au règne de Constantin. C'est sous cet empereur que se place l'histoire de Frumentius, qu'on a rapportée tantôt à TAbysanie, tantôt à l'empire himyarite (voy. Abyssînié). Sous le règne de Constance, Theophilus Indus entreprit un voyage missionnaire dans TYémen, y lit de nombreuses conversions et fonda trois Eglises. Assemanni le considère comme un arien ; il est certain, en tous cas, qu'à dater de cette époque, le christianisme est implanté dans l'Arabie du Sud. Ses progrès furent arrêtés par la persécution d'un prince himyarite, Dzou-Nowas, excité par les Juifs dont il avait embrassé la religion. Mais le massacre des chrétiens à Nedjràn attira les représailles des Abyssins déjà convertis au christianisme. Ceux-ci en^•ahi^ent l'Yémen et ne laissèrent que des ruines derrière eux. Toute cette conquête de l'empire himyarite par les rois d'Abyssinie est sujette à bien des réserves, mais deux faits sont certains. Le premier, c'est que sous l'influence de ces invasions qui venaient du Sud, les populations joctanites furent refoulées vers le Nord ; l'autre, que les progrès du christianisme armé provoquèrent de la part des Juifs et des Arabes , principalement des Koréischites établis aux environs de La Mecque, une résistance pujs une réaction violentes. Les années qui suivirent pourtant furent favorables aux progrès du christianisme. Sous la direction
habile et prudente de saint Gregentius, évêque de Zafar, il se répandit rapidement ; mais une expédition imprudente du prince Abrahah contre La Mecque compromit tous les succès qu'on avait obtenus. L'armée chrétienne fut écrasée dans les défilés qui entourent La Mecque par les Koréischites, conduits par Abd-al-Motalleb, le grand-père de Mahomet. Abrahah mourut de ses blessures, et les Persans appelés par les Himyarites s'emparèrent de la domination de tout le sud de l'Arabie. L'année même de la défaite du prince Abrahah naissait Mahomet. — L'histoire du christianisme en" Arabie a été étudiée par Thomas Wright, Early Christianity in Arabia, Lond.» 1855, in-8^. Ph. Bebgeb.
ARABIE (Statistique religieuse). Les données sur la population de TArabie sont naturellement fort incertaines. H y a vingt ans, on parlait de douze à quatorze millions d'âmes. Les voyages récents ont fait considérablement réduire ce chiflre, et l'on ne peut guère évaluer aujourd'hui cette population à plus de quatre ou cinq millions d'habitants. Berceau de l'islamisme, l'Arabie est restée entièrement musulmane. Mais tous ses habitants n'appartiennent pas à la même secte, et il y a entre eux des différences considérables. Les Bédouins, descendants des anciens Arabes, forment environ les neuf dixièmes de la population. Le voyageur Burton distingue parmi eux trois races distinctes : 1'' Arab-el-Aribah, descendants des habitants primitifs du pays et resserrés dans le sud-ouest de la péninsule ; i!* Redschdi, venus de Mésopotamie, environ 2200 ans avant notre ère, et occupant la plus grande partie du pays, et enfin 3® Arab-el-Mustarrabah ou Ismaélites, établis surtout dans la presqu'île du Sinaï. A côté des Bédouins, vivent quelques Juifs, des banians de l'Inde, des nègres, des Abyssins et des Turcs. On distingue aujourd'hui sept régions principales dans le pays : 1** leBahr-el- Tor, presqu'île du Sinaï, dont les habitants appartiennent à la secte des Sunnites, qui reconnaissent la légitimité des trois khalifes, suc^ cesseurs de Mahomet ; 2** le Hedjaz, sur la côte de la mer Rouge, avec environ 60,000 habitants. C'est le berceau de l'islamisme. Là sont les deux villes saintes, La Mecque et Médine ; là ont lieu les grands pèlerinages des musulmans, et c'est de cet usage que vient le nom même de la contrée (Hedjaz, pays des pèlerinages). Les habitants sont Sunnites; quelques Juifs, Rechabites, sont établis parmi eux; S'^l'éK- 7nen à la pointe sud-ouest du pays, peuplé de 50,000 âmes; le voisinage de l'Afrique, dont l'Yémen n'est séparé que par le détroit de Bab-el-Mandeb, fait qu'il y a dans le pays passablement de nègres et d'Abyssins, ces derniers, chrétiens monophysites. La population arabe elle-même doit s'être mélangée avec ces émigrants, comme le prouve la couleur presque noire des habitants ; on rencontre encore quelques Juifs; 4*" VHadramaout forme la côte méridionale de l'Arabie; %a population, sunnite, peutêtre évaluée à 800,000 âmes; 5* l'Oman appartient en majeure partie à l'imam de Mascate, que l'on appelle aussi sultan de Zanzibar. Formant l'extrémité sud-est de l'Arabie, tourné vers l'Inde, en rapports politiques avec la côte orientale d'Afrique, l'Oman est à la fois une des parties les plus peuplées de l'Arabie (environ 1,398,000 habitants), et l'une de celles où les étran-
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gers sont tes pluB umAima,. H ^ rattKâie auK eitiçwBces nMiites; 9^ift Lahm, on J^ei'ii^ «ur lefoSfe Persique, a été oonquis en majeare par les Turcs. La poptilatmn soumise à la Povte s'élève i iMS^VTl bitanrts, de la secle ées cfaiytes, q«i TejetljeDt les trois ppeaien et considèrent lequacriènie, Ali,coiiRnefe légitime socoessemr de met ; l"" enfin le M^edj ânsTintérieiir 4fii pa^ est m immemie pbh teau où dominent presque eiftièrement les WaAabîte^, dette «ede» -fo rejette, comme ime iâolMrîe, toutes les manques d'adoniitioii à Mahiait et aux saints de ristaun, a été iomdée vers le miUeu ds di9L4railîèMe siècle. Ils s'emparèrent de presque toute T Arabie «t semldaieiit liertafti à de grandes destinées, lorsque le vioe-roi d''!Bgyple, Hébémet-Ali, les repoussa dans le Nedjed^ où ils sont restés dcfùm lors, ije veyagmr Palgrave évalneleur population à 1,133,000 âmes. Poiff lerminerinc r Arabie, il faut encore "Signaler la colonie anglaise A'Aden dansl'Iémen,peuplée de 19,389 habitants. Les mahométans y sont en flogorité, les Juifs y forment également une fraction inipoECante de la popalation. 11 y a 3 à 4,000 catiioliqiies, sous h, Arecttion d'om puéfet Jipostolique. L'Ëglise angKcsnae y entretient ^mt obapekin qui relèinB de révéqHe de BonflMry. iB. VAXicasEm.
ARAKSNS ou ARABIQ9I1S (Arabici, 6^Tck|Mx^'^^)> i^O"^ d'ime jede qui s'éleva en Arabie au eommencemcoit du troisièiBe siècle et qui fut victorieusement combatliie par Origène dans !un synode tenu eo Tan 346. Ces hérétiques enseignaient que Tftme naissait et mourait avec le corps, mais qu'elle ressuscitait en même tempe que hd (Eusèbe, Hist.fcoL, VI, 37; Augustin, De kseres^j c. 38; Nicépihere, Hist,, y, 83; Jean Damascène, Hasres.y 99 ; voy. aussi Walch, Hùt^ ier Ketzereien, Leipe^ 1764^, p. 167).
ARAD ('Arâd), rnne des villes royales des Cananéens, au nord da désert de Juda (Jos. XU, 14; Jug., I, 16). C'est certainement le nsn de cette ville que Ton retrouve. Nombres XXI, 1 et XXXIII, 40. Ëusèbe et saint Jérôme la placent à rentrée du désert de Kadès, à vingt miil« romains au sud de Hébron. D'accord avec leurs renseignements, Bobinson (II, 101, 201, 902) l'identifie avec Tell-Arâd^ une colline eoaverte de ruines, qui est située à huit lieues au sud de Hébron, sur le versant de la mer Morte.
ARÂM. Voyez Syrie.
ARAKDE (Michel d'), natif des environs de Tournay, fut, vers 1890, un des jeunes gens auxquels Lefèvre d'Etaples communiquait ses convictions, moitié mystiques, moitié réformatrices. Lorsqu'on 132i, Lefè\Te, soupçonné d'hérésie, se retira auprès de l'évêque Briçonnet de Heaux, Michel l'y suivit avec Guillaume Farel et Gérard Roosfid. L'évêque leur permit de prêcher. Michel se rendait parfois à Paris, auprès de la princesse Marguerite, chez laquelle, dans des réunions intimes, en présence du roi et de sa mère, il expliquait la Bible. En décembre 1521, Marguerite écrivit à Briçonnet que, par la bouche de maitre Michel, « l'esprit du Seigneur frappait des âmes enclines à le recevoir ». Un an après, l'évêque ayant demandé son retour, elle loi exprima, au nom de Louise de Savoie, le désir qu'il pût achever « de
AEANDE — ARAEAT 508
lui lire rEcriture; kmez Dieu qu'il ne perd pas son temps y^. On sait que œs dispositions de la cour ne durèorant point ; lors de la réaction catholique, eu 1S22, le mystique Briçonnet, intimidé, défendit de prêcher les idées nouvelles. £n lS^,.MaÊgiierite s'attacha Michel d'Arsrnde comme aumônier ; il l'accompagna à Lyon, où il prêcha, ainsi qu'à Hàoon. Impliqué dans le procès des hérétiques de MeauL, il se réfugia à Strasbourg où ^e trouvaient déjà Ldfôvre et Roussel. Après le retour de François I*', il reprit ses fonctions auprès de Marguerite, qui, en 1BS5, lui fit obtenir l'évéché de Saîn^Tanl-Troifr*Chàteaux, en Bauphiné. Dans une lettre à la reine de Navarre, 2S mai IKâS, C^iton le dépeint conune grave, éloquent, singulièrement pieux, évéque plein de zèle, mais ayant égard au temps; on ne powait pas le qualifier en de meilleurs termes; il était pieux comme la princesse ; :mais, grâce à son mysticisme, il se pliait, comme elle, aux circonstances.
A&A'BAT, montagne d'Arménie sur laquelle s'arrêta l'Arche. Dans le récit biblique, ce nom désigne une ohahie de :montagnes plutôt qu'un sommet isolé; ilest dit, Gen. VUl^ 4, que l'Arche s'amréta sur les monts Ararat; c'est dans le même sens que l'emploie le Livre des Rois (2 Rois XIX, 31.; Comp. Es. XXX VU, 38) ; Jérémie (U, 27) lui donne une acception peub-étre encore plus large; dans les inscriptions cunéiformes, c'est le nom même de l'Arménie (Ararti^ Urarti; Menant, Syllabaire OMyiieny t. I, p. 119). L' Ararat était inconnu des Grecs et des Romains ; néanmoins, son emplacement n'est pas douteux ; c'est la contrée montagneuse située au centre de l'Arménie, entre les lacs Yan et Ouroumiah et d'où sortent, à l'est, l'Araxe, au sud, le Tigre et l'Euphrate. Elle s'appelait ainsi dès une époque fort ancienne. On trouvqxe fait mentionné pour la première fois dans Moïse de Khorène (I^ i5, 16). La tradition babylonienne difière un peu de latradition biblique. D'après le récit du déluge, retrouvé par G. Smith (Chaldaean aeeount of the GenesiSj p. 270), l'Arche s'arrêta sur les monts Nizir ; on ne sait où il faut les chercher au juste; suivant Smith (II, p. 237), ce serait à l'est du Tigre; Bérose, qui doit être l'écho de la même tradition, dit expressément qne le pays où aborda Xissuthrus était TArméuie, et il igoute qu'une partie du navire resta sur les monts Gordiens, icpà^ tw Spg'. Tâv KopSuaicov; ces monts, qui ont donné leur nom au Kurdistan, ferment la vallée du Tigre et ont l'air de former une barrière infranchissable ; on conçoit que les habitants de la Mésopotamie les aient choisis pour y fixer la légende de l'Arche. Nicolas de Damas, qui raconte la même histoire, la rapporte au mont Baris , au nord du Minyas ; mais cette opinion, qu'on ne retrouve pas ailleurs, doit provenir d'une erreur; aussi, a-fc-on proposé depuis longtemps de corriger Bapt^ en Ma^iç, qui est le nom actuel de l' Ararat. En somme, 1^ tradition biblique et la tradition babylonienne sont assez voisines, car les monts du Kurdistan limitent le plateau d'Arménie du côté du sud. On a supposé que le nom de l' Ararat avait voyagé, comme celui de rOlympe, du mont Ida, etc., et qu'il avait désigné primitivement une montagne située beaucoup plus à l'est (voy. Gen. XI, 2), l'Aryâratha, dans l'Hindou-Koucli, au nord de l'Himalaya (Lenormant, Frag.
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cosmog, de BérosCy p. 302 ss.) ; mais les preuves font peut-être défaut. La plupart des anciennes versions de la fiible, Aquila, Symmaquei Théodotion, la Yulgate, ainsi que les auteurs occidentaux, Eusèbei saint Jérôme, Théodoret, traduisent le mot Ararat par F Arménie; au contraire, les versions orientales y substituent les monts Gordiens; mais elles ont dû suivre » en ce point , la tradition babylonienne , tandis que les versions occidentales se rattachent à la tradition biblique. Seule, la version samaritaine place TArarat dans Tile de Ceylan. Les Arméniens modernes ont localisé, plus encore que le récit biblique, tout ce qui a trait à Thistoire du déluge. Suivis en cela par les Européens, ils désignent plus spécialement comme étant TArarat un pic majestueux, couvert de neiges éternelles, qui s'élève de la plaine de TAÎraxe, en face d'Erivan, et qui est appelé Massis par les indigènes, Agridagh par les Turcs, Kuhi-Nuh (montagne de Noé) par les Perses. Derrière lui s'élève une montagne conique, moins élevée : c'est le petit Ararat. Parrot est le premier qui en ait fait l'ascension {Reise zum Ararat, Berlin, 1834;. L' Ararat a été depuis visité et décrit par presque tous les voyageurs. Ph. Bebgbb.
ARBALESTE (Charlotte), fille de Guy Arbaleste, seigneur de La Borde, vicomte de Melun, président à la Cour des comptes, et de Madeleine Chevalier. Mariée à dix-sept ans, en 1567, à Jean de Par, seigneur de Feuquères, officier distingué, elle le perdit en 1669. La jeune veuve, lors de la Saint-Barthélémy, s'échappa de Paris, à travers mille dangers, et se réfugia à Sedan, où bientôt vint résider Duplessis- Mornay. Charlotte « consolait son exil en honorable réputation entre toutes personnes, en la crainte de Dieu, lecture de sa parole et autres louables exercices, fort eslonguée des pensées de mariage ». Cependant Momay ayant recherché la main de Charlotte, dans la comiction (( qu'ez adversités qu'il avoit à traverser en la profession qu'il faisoit, il ne pouvoit être plus dignement assisté que d'elle, » et une affection profonde s'étant établie entre les deux jeunes gens, ils furent, d'accord avec leurs plus proches parents, fiancés l'un à l'autre. Engagé, loin de Sedan, dans une expédition militaire, au cours de laquelle il fut fait prisonnier, Mornay eut la joie de se voir tiré de captivité, moyennant rançon, par la chaleureuse intervention de sa fiancée. Ce fut alors qu'à la demande de celle-ci, il composa le Traité de la vie et de la mort. Le 3 janvier 1576, Mornay épousa Charlotte. Basée sur des sentiments dont la sainteté n'apparut jamais mieux que sous le coup d'austères épreuves, leur union devint l'un des plus purs modèles du mariage vraiment chrétien. — Non moins bonne mère qu'épouse fidèle, Charlotte Arbileste n'avait cessé d'entourer de sa sollicitude éclairée et de sa tendresse les enfants que Dieu lui avait donnés; ayant honorablement marié ses filles, elle voyait s'ouvrir, pour le seul des quatre fils qui lui eût été conservé, un noble avenir, lorsque cet excellent jeune homme, pieux, tendre, vaillant, périt, à l'âge de vingt-six ans, le 25 octobre 1605, à l'assaut de la ville de Gueldre. De quelle indicible émotion n'est-on pas saisi à l'ouïe de ces paroles d'une mère angoissée? « Un jeudi, 24 novembre, sur le soir, M. Duplessis, sachant bien qu'il ne pouvait
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déguiser son visage, se résolut qu'il fallait mêler nos douleurs ensemble, et d'entrée : « Ma mie, me dit-il, c'est aujourd'hui que Dieu nous « appelle à l'épreuve de sa foi et de son obéissance ; puisqu'il Ta fait, « c'est à nous à nous taire; » auxquels propos, douteuse déjà quej'étois et alangourie de longue maladie, j'entrai en pâmoison et convulsions ; et je perdis longtemps la parole, non sans apparence d'y succomber, et la première qui me revint fut : La volonté de Dieu soit faite !.,. Nous sentîmes arracher nos entrailles, retrancher nos espérances, tarir nos desseins et nos désirs ; nous ne trouvions, un long temps, que dire l'un à fautre, que penser en nous-mêmes, parce qu'il était seul, après Dieu, notre discours, notre pensée... Nous voyions qu'en lui. Dieu nous arrachait tout, sans doute pour nous arracher ensemble du monde, pour n'y tenir plusà rien, à quelque heure qu'il nous appelle, et, entre ci et là, estimer son Eglise notre maison, notre famille propre, convertir tout notre soin vers elle. » A peu de temps de là, madame de Mornay terminait ainsi ses Mémoires^ admirable monument d'amour conjugal et de tendresse maternelle : « Le 21 d'avril 1606, arriva le corps de nostrc pauvre iils, qui fut porté au temple de l'Eglise réformée et là mis en son repos, au lieu destiné par nous à cest effet; ordonnant, selon (juc Dieu nous appellera, d'y estre posés après et auprès de lui, puisqu'il a voulu qu'il y soit pour prémices, alin qu'en le grand jour, tous ensemble, par la grâce de Dieu en Jésus-Christ, son bien-aimé, nous ressuscitions en sa gloire. Et icy est-il raisonnable que ce même livre finisse par lui, qui ne fut entrepris ([ue pour lui décrire notre pérégrination en ceste vie, et puisqu'il a plu à Dieu, il a eu plus tôt et plus doucement fini la sienne ; aussi bien, si je ne craignais l'affliction de M. Dnplessis, qui, à mesure que la mienne croît, me fait sentir son affection, il m'ennuierait extrêmement à le survivre. » Au moment où, sur cette terre, leur union touchait à son terme, les deux époux, tenant leurs regards haut élevés vers les célestes régions du revoir éternel, consignèrent dans le préambule d'un testament, fait en commun, ces touchantes paroles : « Nous devons à Dieu grâces infinies de c« qu'ayant à passer une vie pleine d'amertumes, pour la profession de sa sainte vérité, il hiy a plue, pour les adoucir, nous donner l'un à l'autre; à nioy, Philippes, une très-clière Charlotte, douée abondamment de sa connaissance et craincte, à laquelle je dois ce tesmoignage, si je ne veux estre ingrat à Dieu, qu'en mes travaux, traverses, souffrances, nés pour sa sainte cause, jamais elle ne m'a esté en surcharge, toujours au contraire en consolation, et de parole et d'effect, se résolvant contre l'affliction, nonobstant ses maladies ordinaires, pour m'appuier, à mesure qu'elle croissoit ; à moy, réciproquement, Charlotte, mon très-honoré Philippes, duquel j'ay reçue tant d'instructions au salut de mon ame, de consolations d'esprit en mes maux, de soulagement en mes douleurs, de douceurs en mes amertumes, ne se lassant ny ennuyant jamais de porter et supporter avec moy les croix que Dieu avoit chargées sur moy, et me les rendre, en tant qu'il pouvoit, supportables, par son ressentiment et secours assidu, que je dois protester que toutes autres bénédictions temporelles ne m'ont rien esté à l'égal
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de cclle-cy, et qu'après la connoissancc que Dieu m'a miséricordieusemeut douuée de mon salut en son seul fils, de rien je ne Tay tant loué, ny de tout le reste ensemble, que de m'avoir si heureusement adressée, en la [)éré^rinalion que j'avois à passer en ceste vie. » Pieusement résignée, mais brisée par la douleur, la mère chrétienne suivit de pivs, au tombeau, le iils bien-aimé dont la mort avait arraché à Philippe de Mornay cette exclamation déchirante : « Je n'ai plus de fils, je n'ai <lonc'plus de femme. » Rien de plus touchant que le récit authentique dos derniers moments de madame de Mornay ; il se termine par ces mots : (( En toute ceste agonie, M. Duplessis ne Tabandonna point, et quand, ou pour prier Dieu pour elle, ou crever de douleur, il s'en retiroit en (juelque coin de la chambre, elle le demandoit et aussitosi luy tendoit la main, tesmoignant par ({uelque mot que la douleur qu'il senloit pour elle lui estoit plus sensible <fue la sienne propre; particuhèrement, la recommandante Dieu avec très-ardentes paroles ; il la pria aussy de le prier pour luy en ses dernières heures, puisqu'il estoit réduit à la survivre, sans toutesfois la laisser jusqu'au dernier soupir».— (Voir sur Charlotte Arbaleste : 1° Vie de Philippe de Mornay, 1 vol. ui4, Levde, Wû ; i'* Mémoires de inadame de Mornay , publiés par la Société de'rilistoire de France, 2 vol. in-8% Paris, fô68-()9; 3" Mémoires et Correspondances de Duplessis-Moimay y 12 vol. in-8®; Paris, 1824-25; 4" Etudes historiques sur madame Duplessis^Momay et sur Philippe de Mornay (Bulletin de la Société d'Histoire du Protestantisme franvais,
t. 11, p. OW à OGG et t. XVII, p. 232 à 246 et p. 2o7 à 279).
J. Delaborde.
ARBRISSELou Arbrisselles (Robert d') (1047-1117), originaire du village de ce nom (Arbre sec), dans le diocèse de Rennes,' d'une famille obscure, après avoir assisté son évoque en qualité d'administrateur et enseigné la théologie à Angers, se retira dans la foret de Craoïi k'X mena une vie de solitaire et de p/'nilent. Sa prédication puissante et incisive réunit bientôt autour de lui une multitude d'hommes et de IVMumes. Il éleva deux monastères, celui de la Roc (de rota) en 109G et celui de Foutevrault ifonsËbraldi) en IIOG, qui devint même le s\é*^. d'un ordre i)articulier, confirmé [>ar une bulle du pape Calixte II, en 1119 (voy. Mabillon : Annales Ord. S. Bened., V, p. 314 ss., 424 s>. ainsi (|ue l'article Fontevrault).
ARBUSSY ou Arbussi. Quatre pasteurs, de la même famille , ODt poilé le même nom. Deux d'entre eux, Théophile et Joseph, étaient Iils de Pierre Arbussi, bourgeois de Montauban, et de Suzanne, fille de Théoiïhile Bérauld , qui était fils du célèbre Michel Bérauld. — 1** Théophile Arbussi, né à Montauban le 8 juillet 1614, fut pasteur successivement àSorèze, 1037; à Milhau, 1644;etàReveI, 1663. Nonniit' profess(iur de théologie à l'Académie dePuylaurens, en 1673, il mourut dans cette ville, en 1681. On a de lui un sermon sur Genèse XLIX, 10. préciié à Loudun pendant le temps du synode national (Saumur, IWW. in-8"), et sa thèse inaugurale De Ubcro arhitrioy Podiolauri, 1674, in-l* de 39 pag. — 2" Joseph Arbussi, scm frère, né à Montauban le 27 avril 1624, fut pasteur à Sorèze en 164o et l'année suivante à Montauban.
ARBUSSY — ARCHE 607
En 1653 il fut nommé professeur d'hébreu à rAcadémic de cette ville. L'inconsistance et la légèreté de son caractère soulevèrent contre lui une très-vive opposition (Aymon, Syn. na^.,XXI, 754-758). Après avoir été pasteur pendant quelques années à fiergerac, et de 1G64 à 1666 à Ninies, il fut obligé de quitter cette Eglise où il avait mis le désordre. Il alla alors ù Paris et se fit catliolique. En 1675 il retourna à Montauban, et, en 1689, il fut nommé avocat-général à la Cour des aides de cette ville. 11 mourut le 5 avril 1694. On a de lui : Lettre à tous les fidèles des Eglises réfof^tées de France, Montaub., 1657, in-4**; Sermon pour l'ouverture du Synode des Eglises réformées de la Basse-Guienne, Bergerac, 1663, in-8° ; Déclaration contenant les moyens de réunir les protestants dans F Eglise cathoLy Paris, 1670, in-8°. — 3* Les deux suivants sont lils de Théophile Arbussi. L'alné, appelé Théophile, comme son père, naquit à Milhau vers 1685. 11 fut pasteur à Calmon, 1680, et à Puylaureiis, dès la lin de 1681 à 1674. 11 se réfugia alors en Suisse et ensuite en Hollande. 11 fut pasteur des nobles à la Haye, où il resta jus- ([u'à la fui de ses jours. — 4® Antoine Arbussi, frère puiné du précédent, faisait ses études de théologie à Puylaurens au moment de la révocation de redit de Nantes. Réfugié en Hollande, il fut pasteur à Franecker, 1703, à Utrecht, 1707, et à Amsterdam, 1713. Il enseignait la théologie dans cette ville en 1718. On a de lui Juste idée de la grâce immédiate^ ou Réponse à la antique de la doctrine de Jurieu, la Haye, lf>89, in-12, contre les Essais de théologie sur la Providence et la grâce^ d'Isaac Papin. Michel Nicolas.
ARCHE DE L'ALLIANCE [Arôn haberith, xi gwTiç Tijç StaO^x?;; ou Tsj [/.aoTJcbu, firca /<'s//woM«*],coftret sacré dans lequel étaient enfermées le tables de la Loi (Exode XXV, 10 ss. ; XXXVH 1 ss. ; Deut. X, 1 ss. ; Josèphe, Ant,^ III, 6). D'après Hébr. IX,4, l'arche renfermait également une corbeille remplie de manne (Exode XVI, 33) et la verge fleurie d'Aaron (Nomb. XVII, 10), mais ce fait est positivement contredit par 1 Rois VIII, 9, et par Josèphe, qui ignore l'existence même d'une pareille tradition. L'arche, longue de deux toises et demie sur une toise et demie de large etde haut, était en bois d'acacia, recouverte à l'intérieur et à l'extérieur de lames d'or fin et le bord supérieur entouré d'une guirlande d'or. Sur le couvercle (kaporèth, de kaphar, couvrir, qui sans doute a été confondu avec kiphèr, expier, d'où la traduction delà Septante lAaTnip'.sv, et celle de la Vulgate, propitiatorium), qui était également en or et, d'après une tradition rabbinicfue, en or massif , étaient représentés deux chérubins en or, les ailes étendues, la face tournée l'un contre l'autre : c'est à cet endroit <iue les Israélites se figuraient Jéhova présent et rendant des oracles (Exode XXV, 22 ; Nomb. XII, 89; Ps. XCIX, 1, etc). Aux deux côtés du coffret étaient fixés quatre anneaux en or, par lescpiels passaient les perches en acacia destinées à porter l'arche et qui devaient y rester en permanence (Exode XXV, 15), afin que les porteurs n'eussent pas à la toucher (2 Sam. VI, 6). L'arche était habituellement déposée dans la partie la plus sainte du tabernacle ou du temple ; parfois poui*tant on l'emportait dans les expéditions militaires, comme un gage sensible de la protection divine (i Sam. l\\
3 ss.; cf. XIV, 18), et de cette manière elle fut prise un jour par les Philistins (1 Sam. V, 6), qui la restituèrent <|uelque temps après (1 Sam. VI, 19). Nul ne pouvait ni la voir ni la toucher : c'est pour ce motif qu'elle était enveloppée d'une housse pendant la marche à travers le désert (Nomb. Xll, 17-20), et que Huza, qui y porta la main, mourut subitement (2 Sam . VI, 6) . Vraisemblablement Tarche périt lors de la destruction du temple de Salomon. D'après une tradition, reproduite 2 Machab. II, 4 ss., le prophète Jérémic, sur Tordre de Jéhova, aurait caché l'arche dans une grotte de la montagne de Pisga, avant la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor, mais le prêtre, témoin du fait, u'auplus pu retrouver Tendroit (voy. Ambroise, de Offic,^ III, 17; Wernsdorf, defide Maccab. p. 183 ss.). De récents commentateurs ont affirmé, sans preuves, que l'arche se serait trouvée au nombre des objets sacrées emportés par Nabuchodonosor à Babylone (2 Chrou. XXXVI, 10^, et que Cyrus Taurait restituée au\ Israélites (voy. Buxtorf, de Arca fœda-. c. 22; Carpzov, Disput, academ.^ p. 48 ss.). Quoi qu'il en soit, dans le temple recontruit après Texil, le sanctuaire était absolument vide (Josèphe, de Bdlo jud.y V, 5). Les rabbins parlent d'une nuée qui enveloppait constamment Tarche, comme le symbole de la présence de Jéhova (voy. Othon, Lexic. rabb.^p. 078 ss.). Cette fable s'appuie sur un passage du Lévitique(XVI,2)où il est (luestion du nuage d'encens produit par le prêtre ([ui officiait. Les Juifs modernes ont dans leurs synagogues une espèce d'arche qu'ils regardent comme une représentation de celle de Moïse : c'est un coffre ou une armoire dans laquelle ils renferment leurs livres sacrés. D'autres peuples de l'antiquité, notamment les Egyptiens, avaient des coffrets semblables dans lesquels ils renfermaient leurs idoles et d'autres objets sacrés. — Voyez : Keland, Antiq, sac7\, I., c. o, p. 19 ss. ;V\uiiirc\nc, de hide et Osir., VII, p. ii6; Buxtorf, I^xicon chald.; Winer, BihL Reahvœrferb., etc.
ARCHE DE NOÉ. Voyez Noé.
• ARCHÉLAUS. Voyez Hérodes (les).
ARCHÉOLOGIE BIBLIQUE. Il n'est pas tout à fait facile de rendre compte de la valeur de ce terme, parce qu'il a été employé dans différents sens, et que, à vrai dire, il en comporte plusieurs. Le mot archtologte signifie proprement connaissances ou science des choses anciennes, et comme la Bible est une chose ancienne, tout ce qui tient au code sacré, ou ce qui peut se dire de lui et de son contenu pourrait rentrer ^ans l'archéologie biblique. Cependant ce n'est pas dans celte signitijtion large et pour ainsi dire illimitée que ce terme est employé. On fie rapplique point à l'élément spirituel, aux idées religieuses et morales, aux croyances, à l'enseignement, qui sont la chose essentielle dans l'Ecriture. On le restreint toujours à ce (jue nous pourrions appeler l'élément matériel, les faits concrets, en général à ce qui dans les textes se rapporte à la nature physique des pays, aux institutions et à îa vie domestique et sociale des peuples et des personnes qui y sont nommés. Mais cette première restriction ne suffit pas encore pour préciser le sens dans lequel le mot d'archéologie biblique est habituellement employé de nos jours. On a coutume d'éliminer du cadre dt^
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celto science Thistoirc proprement dite , c'est-à-dire le récit des événements qui sont racontés dans F Ancien et dans le Nouveau Testament, ou auxquels i! y est fait allusion. Et pourtant il parait que les savants jçrecs qui ont créé h* terme d'archéologie ont , avant tout , songé à cet élément particulier comme convenablement représenté par lui. Ainsi deux, célèbres historiens, Denvs d'Halicarnasse et Fiavius Josyphe, Tout mis en télé de leurs grands ouvrages, dont Tun racontait Phistoire de Rome depuis Torigine de la ville, l'autre celle des Israélites depuis le commencement du monde. Le titre se justifiait par le fait que tous les deux remontaient jusqu'aux temps les plus reculés (ju'ils pouvaient embrasser, mais ils racontaient des faits suc- (îessifs, dont ils poursuivaient la série jusqu'à l'époque contemporaine. Or c'est précisément ce caractère, propre à toute histoire, de s'occuper de faits successifs, qui engagea les auteurs modernes à exclure de leurs ouvrages d'archéologie ce qui pouvait être le sujet d'une narration progressive, pour n'y faire entrer «pie ce qui avait le caractère de la stabilité. Il n'y a cjue bien peu d'écrivains qui n'aient pas tenu compte decette règle (J. Jahn, Bthlische Archièologie, Vienne, 1797 ss., 5 vol.; Munk, Palosti'fv, P., 18W). 11 est vrai cpie la condition sociale d'un gouvernement, ses mouirs, sont également variables, surtout quand il s'agit d'un espace de temps aussi considérable que celui qui s'est é(*ou1é entre répo<iue d(»s patriarches el celle des apôtres. Cependant la variabilité est moins grande dans cette sphère que dans l'autre, et en tout cas on peut dire (jue cha<|ue forme, une fois donnée, a eu une durée suffisante pour pouvoir être considérée en quelque sorte comme relativement stationnaire. L'archéologie biblicpie serait donc la science ou la connaissance des faits matéj'iels (en allemand : Reaiien), mentionnés dans la Bible, en tant qu'ils sont censés avoir été permanents pendant un certain laps de temps. Voici, cependant une autre remarque préliminaire plus importante encore. La Bible, comme chacun sait, ne (larle pas seulement des Israélites. Ceux-ci ayant toujours été en rapport avec d'autres peuples, Egyptiens, Cananéens , Assyriens, Clialdéens, Perses, (jlrecs, Romains, les auteurs sacrés sont sans cesse amenés à parler de choses qui appartiennent à une sphère autre <iue celle <iui fait l'objet principal et essentiel de leurs écrits. Qu'il s'agisse de religion, de lois, de coutumes, d'arts, ou autres choses pareilles, le lecteur de la Bible rencontre prescpie à chaque page des notices ou des allusions qui lui rappellent ou représentent une civilisation plus ou moins dillérente de celle que la nation Israélite a développée dans son propre sein et d'une manièrcî indépendante. L'archéologie biblique, si l'on veut prendre l'adjectif dans son acception rigoureuse, doit parler de tout cela, car elle doit et veut faire connaître et expli(iuer tout ce (jui dans l'Ecriture sainte, d'un bout à l'autre, n'est ni enseignement ni récit historique. Elle doit et veut être, avec la philologie bibliciue ou la connaissance des langues dont les écrivains sacrés se sont servis et avec Tisagogicpie ou l'histoire de la littérature biblique , l'une des sciences auxiliaires de l'exégèse ou de l'explication des textes. Pour comprendre, par exemple, le livre des Actes des apôtres, il ne faut pas seule-
ment savoir ce que c'était que le sanhédrin, ou une synago^^'ue, «k circoncision, ou le jeûne, ou lenasiréat, ou un pharisien, ou un felléniste, ou toute autre chose qui tient aux institutions religieuses o\ civiles des Israélites ; on y rencontre des proconsuls, des préteurs, des tribuns militaires, des centurions, des légions, des cohortes, des asiarques, dos magiciens, des stoïciens , des épicuriens , . Taréopage et la Diane d'Ephùse, toutes choses étrangères à la civilisation du peuple hébreu. On voit par ce seul exemple combien les choses à expliquer, même dans le cadre restreint que nous avons tracé plus lia\it, sont variées et disparates. Comment peut-on faire avec tous ces détails une science, c'est-à-dire un tout bien coordonné, dont les éléments soient ramenés à quelque fait fondamental et logiquement disposés ? De fait, les savants ont dû reconnaître sans hésiter qu'il n'y a pas moyen de réunir tous ces éléments en un faisceau homogène, en d'autres termes de les systématiser. On a donc dû recourir à d'autres méthodes pour atteindre le but, et pour faire servir à l'interprétation des textes les connaissances variées concernant l'antiquité et indispensables è quicompie en aborde la lecture sans instruction préalable. Quelriuefois on se contente d'enregistrer, sans aucun ordre rationnel, ce qu'il y a à dire sur chaque passage qui a besoin d'une explication archéologique, en suivant le texte pas à pas, sauf à éviter les répétitions superflues au moyen de renvois. Cette méthode n'est pas scientifique, elle est peu propre à orienter le lecteur, parce (lu'elle éparpille au plus haut point ce qui gagnerait à être combiné et exposé dans son ensemble. Aussi ne la mentionnons-nous ici que pour être complet , car elle n'arrive pas à constituer ce qui mériterait le nom d'une archéologie biblique. Comme exemple,.nous citerons l'ouvrage de E.F.C. Rosenmiiller, VOrient ancien et nouveau^ L., 1818, (5 vol. (allem.). Bien plus fréquemment on a choisi la forme du dictionnaire. Là. du çioins, on a pu éviter, dans une certaine mesure cet éparpillement que nous venons de signaler, en évitant de faire trop d'articles de détail ou plutôt en ayant soin d'en composer un grand nombre qui facilitaient les aperçus généraux, et dans lesquels on renvoyait aux spécialités qui s'y rapportaient. Cette méthode est beaucoup plus comoKKie que Tautre, mais elle n'est guère plus scientilique : elle taille des pierres, mais elle n'en fait pas un édifice, (l)om A. Calmet, Dictionnaire de la i?i^/c, P., 1730. in-fol.; Winer. BibLRealicœrterbuch, 3^éd., 18i7,2vol.; Aug. Bosi,, Dictionfiaire de la Bible^V. 1841), 2 vol.; Schenkel, Bihelkxicony L., 1809 ss., 5 vol.). Ces ouvrages comprennent toujours aussi des articles d'histoire. On a aussi essayé la forme populaire et attrayante que Barthélémy a choisie pour l'enseignement des antiquités grecques dans son Voyage d'Anacharsis : (Strauss) Hélons Wallfalirt nach Jérusalem 109 Jahre vo'^ der Geburt Ckristi, Elbf., 1820, 4 vol. Cependant il y a moyen de faire de l'archéologie une véritable science, c'est-à-dire un ensemble (.U) connaissances groupées autour d'uii fait unique et disposées dans un ordre rationnel. Mais c'est à condition qu'on n'y fasse rentrer que co ([ui regarde directement et exclusivement le peuple israélite, en d'autres termes qu'au lieu d'une archéologie bi-
bliquc on conslruistî une avchnoloqii* hébraïque. C'est de celle-ci que nous parlerons dans le reste de cet article. — Les divers auteurs qui ont traité cette science ont adopté deux cadres de ditVérentes dimensions, dans lesquels ils ont compris les matières à traiter. Les uns vont fait entrer la géographie, de sorte (juc le tableau d<î la vie nationale du peuple se composait essentiellement de deux parties, dont Tune s'occupait de ce qui tient à la nature (de la Palestine) considérée indépendamment de Taclion de riiomine. l'autre de ce qui est du fait de celui-ci. D'autres, au contraire, et c'est le plus grand nombre, exclu(4it la première p;n'tie et se bornent à la seconde. Nous accordons (jue cette dernière lormtî de la science justilîe davantage le titre sous leipiel elle est plus . généralement connue, surtout ([uand on l'applicpie à d'autres sphères ou nationalités. Kn ett'et, on yàvla à' antiquités grecciues ou romaines, et, quand on se sert de ce terme, personne ne songe à autre ciiose qu'aux formes de la vie domesti([ue et sociale de tel ou tel peuple. Cependant Taulrecadre n'est pas seulement plus riche, il est aussi plus utile pour l'ens»'ignementi)rati(|ue, par exemple, dans un cours académique; car il va hii»n des choses dans les nueurs et usages des hommes (jui ne se comprennent bien (fu'autant (|u'on connaît le milieu naturel dans lequel ils ont vécu. Voilà pourcpioi on a proposé quelquefois de réserver le titn.» tV antiquités pour le cadre étroit, et (;(»lui iï ai^chéologie pour celui quiconq)rend aussi la gé(»graphie ancienne et physique de Canaan, y <om[>ris la faune et la flore du pays, en tant qu'il en est fait mention dans la Hible (voy. Géoff rapide et Histoire natwelle de la Jiible).ho^ antiquités proprement dites peuvent être systématisées d'après différentes combinaisons, et presque chaciue auteur en a imaginé ou adopté une .autre. 11 est supertlu d'en énumérer ici un plus grand nombre. Nous nous bornerons à tracer, en «pielques lignes, un lablcîau qui aura le double avantage d'être très-simple et d'assurer à chaque élément une place convenable, sans en omettre aucun. Nous rangeons toutes les matières à traiter sous quatre rubriques générales: l** la Maison, ou les anticpiilés domestiques; "i!* r^/«/, ouïes anti(piités politi(iucs: 3"* V/s^fjlisey ou liîs anlicpiités sacrées; 4° V Ecole, ou les antiquités littéraires. La première partie comprendra les chapitres suivants : 1" la /Vi;/z//fc (naissance, mariage, funérailles) ; 2° Vhabitation (tentes, maisons, ameublemc^nt, ustensiles) ; »]*" V habillement (y conqnis tout ce (jui tient à la toilette) ; 4" la nowTiturt' (objets de consonnnation, cuisine, repas); 5" la besoguf domestique (chasse, pêche, entrt^tien du bétail, agriculture, arts mécani(jU('S). La seconde partie s'occupera de tout ce (jui concerne» les rapports mutuels des hommes dans un cercle plus étendu (juc» celui de la fannlle. Il y sera (piestion successivement : 1" de la formation de la société ])ar V agglomération de la population (hameaux, villages, villes) ; iH' des relations paisibles buiVQ. les individus (hospitalité, politesse, etc.); o'des relations hostiles (brigandage, guerre, armes, fortifications, poliorcéticpie); 4" du comme?'ce (objets et moyens; poi/ls et mesures, argent, navigation); 5^ du calendrier; (>** d(î la constitution (patriarcale, démocrati(pie, monarchi<[ue, administrative, impôts); T* dn^s lois (droit civil, droit de cité , propriété, hérédité, divorce, esclavage, lois
pénales, iiistructiou criminelle, tribunaux). Dans la troisième partie qui doit traiter de tout ce qui est relatif au culte, il conviendra de distinguer les usages antérieurs à la promulgation de la loi écrite €£ indépendants d'elle, et les institutions dites mosaïques, telles (|uVfles sont contenues dans le Pentateuque et (jumelles furent consolidées et ofliciellement mises en pratique après Texil. Dans œs deux sections, il sera question des lieux où se célébrait le culte, des personnes qui y présidaient, des époques ({uilui étaient consacrées, enfin des actes dans lesquels il consistait (sanctuaires, prêtres, fêtes, sacriiices). Sous cette dernière rubricjue. sont comprises diverses manifestations du sentiment religieux d'origine fort ancienne, mais conservées et réglées plus tard par le code, telle que la circoncision, les vœux, les oracles, etc. A la première section reviendra ce qu'il y a à dire sur le polythéisme des Israélites, sur les représentations symboli<{ues du dieu national, sur les sanctuaires locaux, bocages, hauts-lieux, sacrifices extra-légaux, fêtes astronomiques, économi(|ues etdes saisons, etc. Dans la seconde, se placera tout ce qui est relatif à la hiérarchie léviti(|ue, ses castes ou grades, le costume des prêtres,la description du temple et de son mobilier, les fêtes théocrati(iues, les dîmes et autres redevances sacrées, etc. Enfin, à la quatrième partie reviendra : l"* tout ce qui rentre dans la sphère des arts libéraux (écriture, musi((ue, poésie, sciences naturelles, astronomie, médecine); 2** ce <ïui se rapporte à ïenseigemcnt, soit populaire (synagogues), soit scientili(|ue (écoles des prophètes et des rabbins). — Nous ajouterons encore ([uehpies mots sur les sources auxcpielles on peut puiser la connaissance de ces divers éléments de Tarchéologie îiébraï([ue. Pour d'autres peuples. Egyptiens, Assyriens, Grecs, Romains, l'un des principaux moyens d'information, et même le plus direct et le plus sur, ce sont les monuments qu'ils ont légués à la postt'^ rite. Ce moyen manque à peu près complètement pour l'anticiuité hébraïque. Les plus anciennes constructions (ou plutôt ruines) qu'on trouve encore en Palestine, appartiennent à une épo([ue beaucoup trop récente pour entrer ici en ligne de compte. Il n'y a (jue la crédulité des pèlerins, exploitée par une industrie intéressée, (pii puisse se faire illusion à cet égard. Toutce ([u'on' peut citer avec certitude, cesont quelques médailles datant des derniers temps de l'histoire nationale ; puis les bas-reliefs de l'arc-de-triomphe de Tite-Vespasien à Rome, qui représentent les objets enlevés lors du sac du temple de Jérusalem: enfin, une stèle réc(»mment découverte, avec une inscription du roi moabite Mésa, remontant à 900 ans avant Jésus-Christ. 11 se pourrait <iue les fouilles entreprises de nos jours sur une plus grande échelle, et surtout à Jérusalem même, amenassent d'autres découvertes encore, mais il est peu probable qu'elles aient d'autres résultats que d'étendre nos connaissances topographiques. Les monuments étrangers, notamment ceux de Ninive, dont on vient de déchiflrer les inscriptions avec beaucoup de succès, pourront contribuer à élucider certains faits histori(]ues et à (»n préciser les dates, mais ils ne nous appr(;ndront rien relativement aux antiquités proprement dites. La principale, et à beaucoup d'égards l'unique source à consulter au sujet des anti({uités hébraïques, ce
seront toujours les livres de TAncien Testament. Il est vrai (jue ces livres ont été écrits dans un tout autre but (juc celui de transmettre à la postérité des renseignements du penre en ([uestion , mais comme ils portent à un haut point Tempreinte du temps où ils ont été composés, ils contiennent une telle masse d'informations, tantôt directes, tantôt indirectes, sur toutes les sphères de la vie nationale que nous avons énumérées plus haut, que pour un grand nombre de détails, ils suffisent pleinement et fournissent tous les traits nécesssaires pour en tracer le tableau complet. Les écrits du Nouveau Testament, les Evangiles et les Actes des apôtres contienn(>nt égah^ment des données qu'on peut mettre à profit, quoicfue dans une proportion très-médiocre. Nous accorderons une valeur comi)arativement très-inférieure ^d'autres documents littéraires ([u'on cite d'ordinaire parmi les sources de l'archéologie. L'historien Josèphe, en tant (pi'il touche au\ matières qui rentrent dans le C4idre de cette science, ne nous apprend guère (pie ce (pienous savons plus directement et aussi exacliMuent par les textes sacrés mêmes. Le philosophe Philon, dominé par le besoin de découvrir ses propres con- (u:»ptions sous la lettre du code mosaupie, en travestit plutôt l'esprit et la forme et ne saurait être un guide toujoui*s sûr dans l'exploration de Tanticiuité. Les compilateurs du Talmud, essentiellement hommes de la tradition, auraient été assez bien placés pour combler les lacunes de notre savoir archéologitiue, malgré la distance (|ui les sépare des temps bibliques, s'ils avaient eu l'esprit criti(|ue nécessaire pour bien distinguer cerjui était la règle récente ou contemporaine de ce qui revenait aux générations antérieures ; en les suivant sans précaution, on s'expose facilement à reporter à une haute antiquité ce qui ne sVst produit (|ue dans la suite des siècles, voire même à prendre pour des faits hiiîtoriques ce ([ui , chez eux, est de la pure théorie d'école. Eniin, les auteurs classique-^ ne s'occupent <[ue bien peu des Juifs, dont ils ne connaissent l'histoire ancienne que par ouï-dire et sous une forme tellement altérée, (jut? leurs récits sont pour nous un sujet d'étonnement et même de dégoût (Tacitt», liv. V des Histoires; Justin, liv. XXXYI), et quant aux mœurs et croyances du peuple hébreu, elles sont pour eux plus souvent un ol)j(?t de raillerie (jue de sérieuse investigation. Il n'y a «pie Strabon et Pline l'Ancien (|ui fournissent des renseiinents utiles sur la géographie et sur Thistoire naturelle de la Terre- Sainte ; à eux se joignent les géographes arabes. On peut encore consulter avec fruit les relations de voyage en Orient, ({uand elles sont écrites par des liommes intelligents et instruits, et non par de simples touristes ou pèlerins. Il va sans dire que dans cette classe d'ouvrages on puisera surtout des notices du genre de celles <iue nous venons de relever en dernier lieu. Cependant, comme la vie domesticpie dépend en grande partie du climat et d'autres conditions physi(|ues à peu près invariables, on comprend que bien des usages <ju'on reniar- (pie aujourd'hui dans ces contrées autorisent des conjectui'es sur ce qui peut avoir existé autrefois, et .les coïncidences avec les mœurs actuelles et celles que constatent les textes, sont (juelquefois très-frappantes. — 11 sera hors de propos d'enregistrer ici les innombrables mono-
su ARCHÉOLOGIE
graphies publiées, surtout depuis le dix-septième siècle, sur toutes les parties et sur les moindres détails qui rentrent dans le cadre de la science de Tarchéologie liébraï(|uc. Nos lecteurs les trouvent d'ailleurs indiquées dans les ouvrages généraux et notamment dans les dictionnaires mentionnés plus haut. Aujourd'hui les manuels les plus répandus sont, outre ceux déjà nommés , parmi les catlioli<jues : Scbolz , Handbuch der hibl, Archxologie^ Bonn, 1834; Gaire, dans le tome II de sou Introd. aux livres de l'Ancien et du Nouveau Testament^ Paris, I8i3 ; KaAihofï, Handb.d, hebr, Alterthfonei^Miinsier, 1840; Allioli, Handh. der bibl. Alterthumskunde^ Landsh., 1844, 2 vol. ave€ fig. Parmi les protestants : De W'elte, Lehrbuch der hebr.jùdischen Archœologiey 1814, 4* éd., 1864 ; Pareu, Antiquiias hebraîca breviter descripta^ Traj., 1832 ; Keil, Handb, der bibl, Archteologie^ Frkf., 18S8, 2 vol. Un grand nombre de dissertations et d'opuscules plus anciens ont été réunis dans le Thésaurus antiquitatum sacrarumd'{j{^o\\nï,\en.y 1764, 24 vol. in-K
Ed. Reuss.
ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE. Le terme d'archéologie est employé dans <les acceptions assez différentes. Rigoureusement parlant, il désigne la science des choses anciennes, des antiquités^ c'est-à-dire des choses qui ont existé jadis et qui, à un certain moment, ont été modiiiées ou ont <hsparu: telles sontles institutions politiques, les formes sociales, les coutumes civiles, les prati([ues judiciaires et religieuses, les beaux-arts, les moycîns employés par l'industrie ou l'agriculture, etc. Dans ce sens, il existe une archéologie des Hébreux, des Egyptiens, des Grecs, des Romains, etc. ; elle comprend tout ce <iui se rapporte à la vie de ces peuples, abstraction faite des événements historiques ; elle a j>our but défaire revivre l'image de civilisations éteintes. S'il fallait doinier au terme* cette extension, on ne pourrait pas parler d'archéologie chrétienne. Il faut exclure tout d'abord tout ce qui n'est pas (»n rapport direct avec la religion, savoir : l'industrie, le commerce, les lois politiques et civiles, etc., il resterait ainsi le culte et les institutions ecclésiasti(|ues.Eneilet,suivant(juelquesauteurs,rarchéologiedoit embrasser l'un et les autres; mais ni l'un ni les autres ne sont encore devenus desanti<|uités ; les protestants, il est vrai, en ont rejeté (pielques parties, mais comme ces parties sont encore en vigueur à côté d'eux, on n'a pas le droit de les reléguer <lans la catégorie de ce (jui a cessé d'exister. Pour cette raison, on a proposé de restreindre l'archéologie aux nrit/ines du culte et des institutions ; c'est ce (in'ont fait — pour ne citer que les auteurs principaux — l'anglais Bingham, le premier qui ait réuni dans un grand ouvrage intitulé : Orif/iitns r.crirsiasticw or the antiquitics of th^. Christian church (Londres, 1708 et ss., 8 vol.; 2'" éd., 1726,2vol. in-f**; trad. en latin par (irishow, Halle, 1724 ss., 10 vol. in-4°) les matériaux nécessaires à l'étude de celte science ; après lui surtout Augusti, dans se^ Denkwih'dif/krifcn ans der christlichen Archa^ulogic (Leipzig, 1817, ss., 10 vol.), Hheinwald, dans sa kirchliche Architohfjic (Berlin, 1830), Bœhmer, dans s:i Christlich-A^irchliche Altc?'thumswissenschaft (Breslau, 1836, 2 vol.) , Guericke, dans son Lphrbuck drr chinstlich'kirchlichen Archxlogie (Leipzig, 1847); et, parmi les catholi-
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ques, notamment Mamachi , dans ses^Orfgînum et antiquîtatum clmstianarnm libri XX, Rome, 1749. ss., 9 vol. in 4°, et Tabbé Marti^iy, dans son Dictionnaire des antiquités chrétiennes^ Paris, 1865. Tous ces ouvrages sont tivs-utikîs, mais ne s'occupent (jiie des relations sociales, <ies mœurs, des institutions religieuses et des formes liturgiques des <ljrétiens des premiers siècles, en un mot, ils ne traitent que des origines. Or, riiistoire <le ces origines est inséparable de Thistoire générale de TEgUse, elle en est même une des parties les plus importantes. Elpuisoii est lalimite des origines? Les uns la placent au commencement du (juatrième siècle, d'autres au commencement du sixième; Tune des dates est aussi arbitraire que Tautre. 11 y a des rites liturgiques qui n'ont été établis que fort tard au moyen âge , et il y a des institutions <iui sont allées continuellement en se développant. On peut détacher de riiistoire générale de TEglise une histoire spéciale du culte, et même, si Ton veut, une histoire spéciale des institutions, mais ce ne sera plus de Tarchéologie. Quelques-uns des auteurs qui viennent d'être nommés, tels que Augusti et Tabbé Martigny, ont combiné aussi avec r.étude des coutumes et des institutions celle des monuments de Tart; d'autres excluent cette dernière absolument; Rheimvald dit qu'en faisant rentrer dans l'archéologie, telle qu'il l'entend, l'histoire de Tari, on y m(>le mal à propos une matière étrangère; Guerickc pré^ tend (\\\(y cette histoire suppose des connaissances techniques et esthé»ti((ues (|u'on ne peut pas exiger d'un théologien. C'est là une erreur, dont aujoiu'd'hui on tend à revenir de plus en plus. Par la raison (jue l'exposition des mœurs et des institutions des chrétiens des premiers siècles ne doit pas être séparée de l'histoire générale de l'Eglise, on <onimenc(* à prendre le mot d'archéologie dans le sens spécial d'histoire dt^ Tait chrétien pendant la j)ériode où cet art a été sous la dév pendanci» des règles et des tiiidltions ecclésiastiques; l'archéologie chrétienne sera la description et rexplication des monuments religieux depuis les premiers temps de l'EgUse jus(iu'à la lin du moyen âge. Envisagée à ce point de vue, elle touche à l'histoire du culte, à celle <le lu vie religieiise, et même à celle des dogmes, mais elle a pourtant un caractère bien déterminé, elle s'occupe effectivement de choses qui sont devenues des anticjuités; les monuments, il est vrai, existent encore; beaucoup d'entre eux servent même encore au culte, mais l'esprit (fui les a produits n'est depuis longtemps plus le même. Dans les temps modernes, (juelques artistes, passionnés pour le romantisme, ont tenté (le revenir aux types du moyen «^ge; mais ils n'ont fait que de l'imitation, la plupart de leurs œuvres sont des anachronismes. La Renaissance d'une part et la Réformation de l'autre ont amené un changement (jui a fermé le passé et qui rend, sinon Impossibhî, du moins peu désirable un retoiu' à l'art archaïque. C'est dans ce sens d'histoire de l'art ecclésiastique jus(fu'à la lin du moyen âge, qu'il faut comprendre l'archéologie clirétienne. Pour mieux encore en fixer les limites, il convient de la restreindre aux monuments des arts qui s'adressent à l'organe de la vue, savoir de l'architecture, de la sculpture et de la peinture dans ses diverses formes. — En définissant ainsi
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le but de rarchéologie, on en fait pressentir en même temps Tintérét pour les laïques et Tutilité pour les théologiens. Pour autant que Tart a été au service de TEglise, il importe que celui qui veut connaître Thistoire de TËglise sous toutes ses faces connaisse aussi les monuments de Tart ecclésiastique, les idées dont ils sont la représentation visible et les diverses fins auxquelles ils étaient destinés. Pendant une série de siècles, les conceptions et les sentiments religieux des fidèles se reflètent dans les œuvres des architectes, des sculpteurs et des peintres. Il y a une longue période durant laquelle les arts ne sont pratiqués que par des clercs et des moines; même quand ils passent entre les mains des laïques, ils restent jusqu'à la fin du moyen âge sous Tempire d'une tradition qui détermine les formes générales et qui dicte le choix des sujets, tantôt suivant les besoins du culte, tantôt suivant des coutumes devenues de bonne heure officielles; on peut dire que, pendant tout ce temps, les arts ont été une des principales manifestations de la vie de TEglise. Dans bien des cas, ils nous révèlent, mieux que les livres des Pères et des docteurs, la conception populaire des doctrines et des faits du christianisme. D'ordinaire, on ne s'informe que des opinions des théologiens; mais n'est-il pas fort important de savoir aussi celles du peuple? C'était pour Ic.peuple surtout qu'étaient destinés les monuments de l'art; dans»les siècles où les images ont dû êti*e la Bifjfia lawontm et où l'imagination a exercé un si grand pouvoir, elles nous montrent comment on s'est figure les choses religieuses. Elles ont contribué sans doute à propager des erreurs; mais, par là même, elles nous font pénétrer davantage au fond de la vie chrétienne de cette période. Comme les œuvres de l'art n'ont pas dû servir seulement aux théologiens, elles nous donnent en quel(|ue sorte la mesure des croyances et des habitudes religieuses des masses. Bien des sujets, qui pour les savants n'étaient <|ue des symboles, étaient aux yeux des ignorants la représentation de la réalité même ; on ne distinguait pas l'idée de la forme; en voyant, par exemple, la Trinité figurée par une bête à trois visages, combien de laïques n'ont pas dû croire qu'en effet cela correspondait à la vérité! Les monuments artistiques ont donc un intérêt (fui n'est pas moindre que celui des documents écrits; ils complètent ces derniers, souvent même ils les remplacent; il y a des épocjues et des contrées pour la connaissance desquelles les documents écrits sont rares, mais il en est resté des monuments qui peuvent nous éclairer sur les idées et les tendances religieuses de ceux qui les ont exécutés. Enfln, l'art a été de tout temps au service du culte ; pour comprendre les monuments, il ne faut pas les séparer des actes et des coutumes liturgicjues. On a dit avec raison ([ue l'esprit d'une religion se révèle tout entier dans les productions ai*tistiques destinées au culte de ceux par les(juels cette religion est professée. Toute communauté religieuseja besoin de lieux spéciaux pour ses réunions; dans tout culte il y a, dans des proportions plus ou moins considérables, un élément symbolique, lequel, pour être représenté, réclame le concours des arts; pour l'accomplissement, enfin, des actes liturgiques, il faut des vases, des meubles, des objets divers qui, à leur tour, hei^unt
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(les œuvres d'artistes. Dans TEglise protestante, il est vrai, réléraent symbolique occupe une moindre place que dans le catholicisme; les actes liturgiques sont moins nombreux et plus simples; mais, à Texception de (|uel(iues petites sectes qui professent un spiritualisme exa{;;ér(î, personne ne soutiendra que le culte protestant peut se passer absolument de Tart. Quand une communauté jouit de sa liberté et «pfelle est animée d'une vie religieuse intense, il ne lui suffit pas, pour ses actes d'adoration, de se réunir dans un local qui ne satisferait (fu'aux besoins les plus ordinaires de la convenance et des lois acoustiques; ce qui se rapporte au culte, à l'expression des sentiments les plus élevés qui puissent remplir Tàme humaine, ne doit pas seulement répondre tout juste ù son but le plus prochain, il convient aussi que cda représente^ ce but sous les formes les plus dignes. Pour le choix de ces formes, il n'y a pas de secours plus efficace que l'étude histori(|ue des monuments des temps passés, non pour les imiter servilement, mais tantôt pour y puiser des motifs d'inspiration nouvelle, tantôt pour apprendre à ne pas appliciuer à un culte des formes (jui sont propres à un culte diflérent. L'archéologie chrétienne a ainsi une utilité pratique directe pour les pasteurs et les administrateurs laïques des Eglises. S'agit-il, par exemple, de la reconstruction ou de la restauration d'un édiiice religieux ou du renouvellement des objets servant au culte, le pasteur surtout ne peut exercer son influence légitime rfu'en fondant son avis autant sur la connaissance des besoins liturgiques que sur l'Cîlle des rapports entre les idées artistiques et les idées religieuses; cette dernière coiniaissance ne s'acquiert pas seulement par des spéculations théori(iues, il faut (ju'elle s'éclaire par l'histoire. Si les protestants étaient un peu plus archéologues, on entreprendrait' moins souvent des restaurations faites avec aussi peu de goût que d'intelligence, on laisserait se perdre ou se détériorer moins de choses précieuses, on ne verrait pas bûtir pour notre culte des églises gothiques ou des églises (|ui n'ont pas de style du tout. — Il suit de tout ce qui vient d'être dit (jue l'archéologie chrétienne a uncaractère essentiellement théologi<jue; elle n'est pas une simple affaire de curiosité pour des anti(|uaires amateurs; elle a sa place mar(|uéc comme partie intégrante de la science. On a tort de dire qu'elle suppose des connaissances techniques ou des aptitudes artisticpies, et que sans cela l'étude en est impossible ; elle peut s'en passer sans aucun inconvénient, car son domaine est tout autre; pour juger de la convenance liturgique d'une église ou d(; la valeur religieuse d'un tableau, on n'a pas besoin de savoir par ([uels procédés architectoniques on a bâti la première ni comment on a mêlé les couleurs pour peindre le second ; on n'a pas même besoin de demander si une (cuvre répond en tout point à l'idéal du beau ; les premières questions à résoudre sont : quelles sont les idées (|ue les monuments manifestent, et (piel est le but auquel ils ont servi ? L'archéologie est donc autre chose qu'une simple branche de l'histoire de l'art en général; cette histoire s'occupe en première ligne de la fmnne, de la manière de la traiter et des moyens employés pour réaliser les idées ; elle ne peut pas négliger de parler aussi de l'art religieux et de l'influence
des croyances religieuses sur les conceptions artistiques, mais ce ne sera là pour elle qu'un point de vue secondaire; le point de vue techni([ue et esthétique, le degré de conformité entre les monuments et ridéal , tels sont les premiers objets de Thistoire de Part. Mais l'élément esthéti([ue n'épuise pas les éléments ecclésiastiques et religieux; l'intérêt du théologien est moins sollicité par la forme et par les procédés d'exécution, que par les sujets^ par les idées ou les faits (pie les œuvres sont destinées à représenter. Ce qui pour l'historien de l'art est la chose principale n'est plus pour l'archéologue (ju'une chose accessoire ; il étudie les monimients dans leurs rapports avec le culte et avec les manifestations de la vie religieuse ; quelle ([ue soit leur perfection ou leur rudesse, ils ont pour lui la même valeur. Cependant lui aussi ne pourra pas négliger de prendre en considération le côté esthéti<|ue ; il existe une relation intime entre l'état de l'art aux dittérentes époques et les tendances religieuses ou la culture intellectuelle des peuples. Il faut ajouter, du reste, que l'âge relatif de beaucoup de monuments ne peut être déterminé que par l'étude des procédés mis en œuvre ou par l'examen de certaines formes ([ui n'ont pas une signification directement religieuse ; l'archéologie chrétienne, tout en ne pas attachant à ces matières une importance prépondérante, ne peut donc pas entièrement les ignorer. Les objets (pii rentrent dans sa sphère sont indi(|ués par la nature même de son but : les lieux de culte, depuis les catacombes et les plus anciennes basiliques jusqu'aux cathédrales gothiques, les autels, les baptistères, les chaires, les sépultures, 1^ vases sacrés, les crucifix, les ornements de tout genre, les vitraux, les livres et les vêlements liturgiques, etc. A la description de ces objets s'ajoute l'iconographie, comprenant les images, sculptées ou peintes, empruntées à Thistoire bibli(|ue et à celle des saints, aux objets et aux phénomènes de la nature, à l'histoire profane, à la mythologie* ancienne et aux fables du moyen âge. Parmi les images, il y en a <|ui rappellent simplement des faits, d'autres représentent des allégorie^ ou des symboles, d'autres encore ne sont que des ornements. Dès son origine. Tari chétien a eu, dans (juehjues-unes de ses parties, un caractère symboli<fue, ([u'il a conservé pendant toute la durée iJu moyen âge. Mais ce caractère appartient-il à toutes les ligures, souvent bizarres et grotestpies, ([ue l'on rencontre sur tant d'œuvres? Il y a là un écueil que plus d'un savant n'a pas su éviter; supposant à p?uorî que toute image que Ton voit sur un monument religieux doit avoir par cela même un sens religieux, on a attribué des intentions profondes à des sujets qui ne sont (pie des ornements décoratifs ou des caprices nés de la libre fantaisie d(?s artistes. L'interprétation i(H>niv graphique est moins difficile qu'on le pense; en se servant des auteurs liturgiques du moyen âge on peut presque toujours arriver au vrai, mais (|uand il s'agit du symbolisme, il faut user d'une réserve extrême; autrement on s'expose à des aventures singulières; il n'y a pas seulenuMit des archéologues catholi(pies qui se sont laissés égarer ainsi par leur iiuiigination, il y eu a aussi de protestants. Une partie enfin qui,
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sans rentrer directement dans rarchtîologie, lui est à peu près indispensable, est répigrapliie chrétienne, Tétude des inscriptions. Elle a de r importance surtout pour les premiers siècles; les pierres portant des épitaphes ou des signes chrétiens, ne fussent-elles que des fragments, révèlent souvent Texistence do fidèles dans des lieux où ni l'histoire ni la légende ne signalent d'anciennes communautés. Depuis qu'on s'est mis à recueillir ces inscriptions, on a constaté, mieux qu'on n'a pu le faire encore, la marche et .l'extension du chrislianisnie à une époque sur la(iuelle les historiens ne répandent pas toujours une lumière suffisante. — L'archéologie chrétienne, telle cjuc nous Tavons définie, est une science relativement moderne. Dans la seconde moitié du seizième siècle, deux Italiens furent les premiers à étudier ([uelques monuments du christianisme; Onofrio.Panvinio, de Tordre des ermites de siiint Augustin, découvrit les basiliques de Rome, et le chevalier de Malte, Antoine Bosio, les catacombes. Ils donnèrent l'impulsion à une série de recherches analogues, mais qui, [)endant longtemps, restèrent bornées à l'Italie. Plus tard, les siivanls bénérlictins français de la congrégation de saint Maur, notanunent Mabillon, Montfaucon, Ruinart, s'occupèrent à leur tour, mais phitôt a(!cidentellement (\uex professa^ des monuments de Fart (M(lésiasti(iue et tâchèrent d'en démontrer l'utilité pour une connaissance approfondie de l'antiquité chrétienne. Leurs étud(»s ne furent rncore (fue préliminaires; elles furent loin d'exciter l'intérêt général. Ce n'est rjue dans notre siècle que l'art chrétien est devenu l'objet d'investigations plus sérieuses; il en est parlé dans tous les grands ouvrages sur Thistoire de l'art; il existe, sur les monuments des divers pays et sur une foule de questions de détail, des monographies^ dont plusieurs sont des travaux très-considérables; chacpie jour a[»porle son contingent nouveau. En outre, pour soustraire certaines œuvres à la destruction et pour en faciliter l'étude, on a formé des mus('»es où l'on réunit soit les originaux soit des reproductions des objets les plus intéressants; déjà, en 17o(), le pape Benoit XIV étiUjJit le musée chrétien du Vatican; en iSoi, Pie IX en lit ouvrir un second au palais fin Latran. Le musée de Cluny à Paris, le musée germanique à Nin-cîuiberg, les collections commencées à Bâle, à Berlin, à Copenhague, tous destinés à rassembler des objets d'art du moyen âge, <:ontiennent aussi une foule de pièces relatives à l'Eglise et à ses coutumes. Cependant, malgré ce mouvement imprimé aux études archc'ologiques, nous ne possédons pas encore d'ouvrage qui embrasse tout l'ensemble de la science. Les manuels les plus utiles sont celui de M. de Caumont: Abécédaire nu rudiment d'arc/téolof/ie, o^'éd., Paris, 18G7, et celui du pasteur Henri Otte, Han^bucli der kii^chlichen Kunsi" Arcliivolngie des deuhchen Mittelalters^ 4** éd., 2 vol., Leipzig, 18<)8; mais le premier n'est consacré qu'à la France, le second ne traite que de l'Allemagne. Le professeur Piper, qui en 1847 a publié les deux premiers volumes d'une Mythologie undStjmhidik der christliclien Kumt (Weimar), dont on attend encore la suite, a fait paraître aussi une Einleitvmj zur monum^ntalen Théologie, Gotha, 1868. Pour ce que
nous appelons archéologie chrétienne, il propose le nom de théologÎA monumentale ; il veut montrer comment les idées théologiques ont été exprimées et rendues populaires par le moyen des arts, ou déduire des monuments de tout genre une dogmatique, une morale, une histoire, une exégèse monumentales. Nous recommanderons encore le Manuel (Vépigraphie chrétienne d'après les mai^bres de la Gavle, par M. Edmond Le filant, Paris, 1869. — L'archéologie chrétienne doit se diviser en deux grandes périodes, dont la premi«»re s'étend depuis les origines jusque vers le commencement du dixième siècle ; elle se partage en deux épocfues : la première comprend les cin(( premiers siècles, Tàge primitif, où le génie chrétien, encore plus ou moins sous rinflueuce des traditions païennes, cherche en tâtonnant à se créer des formes nouvelles; la seconde est marquée en Orient par l'apparition du style byzantin, apparition suivie d'une décadence rapide ; en Occident, k^ progrès sont peu sensibles, mais déjà on entrevoit, à côté de «[uelques influences orientales, les premières tentatives de modifier les types légués par l'antiquité. La deuxième grande i>ériode est celle du moyen âge; c'est celle où les arts, affranchis <les règles classi<iues, mais assujettis aux coutumes de l'Eglise, arrivent comme arts catholiques au plus haut degré de leur perfection. Là aussi on distingue deux époques: celle du style roman et celle du style gothique; les particularités caractéristi(iues de ces styles ne se remarquent pas seulement dans l'architecture, elles sont également empreintes aux productions des sculpteurs et des peintres. Dans l'ùge roman on se rattache encore aux traditions latines, mais on y introduit un élément nouveau, Télément fantastique ; les arts ne sont pratiqués en général (jue par des moines ; les écoles et les ateliers sont dans les couvents ; fiome est le foyer commun, où Ton cherche les règles et les types, mais dans ces limites, il y avait une large place pour les divergences nationales et les créations individuelles; aussi Tart roman offre-t-il, malgré la connuunauté des traits principaux, une variété extrême, aussi bien dans la succession chronologique de ses œuvres, que dans les différences de peuple à peuple. L'art gothi(|ue, au contraire, témoigne d'une rupture à pou près complète avec les anciennes traditions; il* poursuit, dès sa première apparition, une idée nouvelle; les artistes cessent de s'inspirer des modèles romains; les arts sortent de l'enceinte des couvents, ils deviennent le patrimoine des laïques, et ceux-ci, tout en s'étanl afl'ranchis de certaines coutumes, créent lui style qui se reproduit partout d'une manière prescpie identique; c'est qu'ils sont dominés par l'esprit catholique du moyen âge, tel qu'il s' était développé par suite d'une foule de circonstances ecclésiasti(iues et politiques. L'art nouveau ne se contente plus, comme Tavait fait l'art roman, de la conmuinauté des caractères généraux, il s'empare de tout, il ne laisse plus de place à la variété des différences nationales ou des conceptions individuelles; il est l'art du catholicisme et en même temps celui des laï(jues, dans une période où, sous le rapport ecclésiastique, tou était ramené à l'uniformité; l'art roman avait été celui des couvents et en même temps celui des nationalités occidentales. Depuis la fin du