‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 2)Chapitre 169 sur 226 · ARCHEVÊQUE — ARCHIPPE · texte numérisé non relu

ARCHEVÊQUE — ARCHIPPE

dans le temps prescrit par les canons, de nommer les grands vicaires pour les diocèses vacants, si huit jours après la vacance les chapitres des cathédrales n'y auraient pas pourvu, de convoquer et de présider les conciles provinciaux, de publier leurs décrets, de veiller à ce que les évéques résident dans leur diocèse , de corriger et de réformer leur jugement par la voie de Tappel. De plus, la*forme de leur consécration différait: ils recevaient seuls le palltum; seuls ils avaient le droit de faire poiler la croix haute devant eux, sauf en la présence du Souverain Pontife ou de ses légats ; seuls enfin ils pouvaient officier pontiticalement dans toute l'étendue de leur ressort. Mais à mesure que le pouvoir des papes et celui des princes grandit, les évéques cherchèrent à s'affranchir d'un contrôle d'autant plus gênant qu'il s'exerçait à une distance moins grande. Cette tentative se produisit déjà au concile de Trente, qui fit dépendre l'exercice de quelques-uns des droits archiépiscopaux de l'assentiment du concile provincial (Trident. Conc, sess, XXIV, cap. i eii de refonn.). Aujourd'hui, comme à l'origine, dans la plupart des pays, l'archevêque, dans la hiérarchie, soit catholique soit protestante (Angleterre, Danemark, Suède), n'a plus qu'un droit de préséance purement honorifique sur les évéques, ses ressortissants. (Voyez Thomassin, Velus ac nova Ecclesix disciplina^ p. I, lib. I, c. 3; p. Il, lib. I, c. 5; p. II, lib. II, c. 55; Mast, Dogmat. histor. Abhandl. ûb. die rechlL Stellg der Erzbischôfe in der cathoL Kirche, Freib., 1847.)

ÂRGHIBIAGRE , d'abord le premier des diacres, puis l'aide et le suppléant de l'évêque, délégué par lui à des fonctions toujours plus nombreuses et plus impoitantes, telle que l'éducation et l'instruction du clergé, le soin des pauvres, l'administration des biens et ledroitde juridiction sur le diocèse. C'est à partir du quatrième siècle que le pouvoir des archidiacres commence à grandir ; il atteint son apogée au treizième siècle, où ces fonctionnaires, entourés de subordonnés indépendants de l'autorité épiscopale [officiales)^ se gèrent en véritables maires du palais, ambitieux et parfois tout-puissants. Depuis lors, une réaction se produit. Evéques et synodes à l'envi réunissent leurs efforts pour restreindre les droits des archidiacres et les contenir dans de justes limites. Aujourd'hui, le titre même a disparu, à peu près partout, pour faire place à celui de vicaire général. (Voyez Thomassin, Vetvs et nova EccL disciplina^ p. 1, l' ib. II, c. 20; Pertsch, Abhandl. von dem Ursprange der Dinkonen, Hildesh., 1743*.

ARCHIMANDRITE (iV/'*^v rr^ç [ixKpxç, pj^œfectus cœ7iobii), proprement le chef du bercail (;/.avBpa) des brebis du Christ.Ce nom a été donné, à partir du cinquième siècle, en Orient, aux supérieurs des couvents, et f^arfois aussi, mais plus rarement, aux prélats que l'on voulait honorer d'un titre particulièrement recherché. L'Eglise grecque l'a conservé jusqu'à ce jour. Dans l'Eglise latine, les archevêques et les abbés préposés à plusieurs couvents l'ont porté parfois.

^" ARCHIPPE ("Apx'z-sç), disciple de saint Paul, et, à ce qu'il paraît, l'un des directeurs de l'Eglise de Colosses, en rapport intime avec Philéraon (Col. IV, 17; Phil. 2). Les Pères de l'Eglise en ont fait le premier

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•ëvèque de cette ville. D'après une lép^ende sans fondement, il aurait été Tun des soixante-dix disciples de Jésus et serait mort martyr.

ARCHIPRÊTRE, le premier des prêtres. Ses fonctions regardent la célébration de Toffice drvin et l'administration des sacrements. On distingue deux sortes d'archiprêtres, ceux de la ville, qui remplacent révêque absent, et ceux de la campagne, qui sont délégués par l'évoque pour veiller à l'administration d'un certain nombre de paroisses rurales. Ces derniers étaient absolument subordonnés aux archidiacres, ^t même les premiers n'étaient indépendants d'eux que pour l'exercice de leurs fonctions intérieures.

ARCHITECTURE RELIGIEUSE des peuples de l'antiquité. L'histoire •constate que, chez tous les peuples, l'architecture religieuse est la première à se développer. Elle a pour tâche, non-seulement d'élever des monuments destinés à servir de demeure à la Divinité, à renfermer son image et les objets nécessaires à son culte et à réunir, pendant certaines heures et pour certaines cérémonies, ses serviteurs et ses fidèles, mais encore de donner une forme tangible, concrète aux aspirations morales de ceux qui élèvent le temple, de traduire leurs idées religieuses, de les affirmer, de les gloriiior, d'attester leur puissance et leur sincérité. Egalement en honneur chez tous les peuples, elle variera selon leur origine, selon le climat et la nature du sol, selon les habitudes sociales, selon le caractère particulier de chaque religion, selon les relations enfin qui existent entre les trois facteurs principaux de toute religion : la divinité, les prêtres et les fidèles. Elle produira ainsi tour à tour le temple, la pagode, la' synagogue, la basilique, la mosquée, l'église. L'influence de l'origine se fera sentir dans certains traits caractéristiques de l'architecture, selon que les peuples auront été primitivement pasteurs, chasseurs ou nomades, et qu'ils auront habité en premier lieu la tente, la cabane, ou la caverne creusée dans le roc, selon les relations aussi qui se seront établies entre eux et les peuples voisins ; le climat influera sur la grandeur et la disposition des ouvertures et principalement sur la forme des toits ; la nature du sol déterminera celle des matériaux, marbre, pierre, brique ou bois, qui entreront dans la composition de l'édifice sacré et contribueront à sa décoration ; les habitudes sociales modifieront certaines de ses parties, s'il doit servir de lieu de conservation pour les trésors et les archives de la nation, de lieu d'asile et de refuge pour les criminels, de lieu de réunion pour d'autres buts encore que le culte proprement dit, s'il doit enfin marquer au loin le centre de la cité ; le caractère particulier de chaque religion s'y traduira par la forme et la nature des détails architectoni(iues et des symboles qui s'y trouveront reproduits, par la prédominance accordée aux dimensions en longueur, en largeur et en hauteur, prédominance qui corccspond à des sentiments et à des états de Tàme divers; les relations enfin qui existent dans toute religion entre la divinité, les prêtres et les fidèles seront marquée* dans le plan même de l'édifice, dans ses dispositions générales, dans les moyens de communication entre les diverses parties dont il se compose, dans la plac^ assignée dans l'ensemble à chacun de ces trois facteurs essentiels*

Les monuments religieux de chaque peuple sont donc de véritables livres, et Tarchitecture qui les a élevés une écriture où celui qui sait la déchiffrer retrouvera les pensées, les croyances, les aspirations, les habitudes physiques et morales, Tétat politique même des peuples qui Tout formée. Chaque fois que pendant une suite d'années ou de siècles une civilisation aura produit une série de monuments présentant les mêmes dispositions intérieures et les mêmes caractères extérieurs, elle «>ura formé un style nouveau et ce style sera accusé principalement dans les édifices religieux, parce qu'ils donnent satisfaction aux besoins les plus pressants, les plus intimes et en même temps les plus élevés de tous les peuples. Chaque fois que Ton verra changer les formes de Tarchitecture, la civilisation aura été renouvelée ; dans les époques de transition Tarchitecture sera flottante, hésitante, et lorsque les monuments d'un peuple ou d'une époque manqueront d'originalité, l'on peut être assuré que ses Idées religieuses sont dépourvues de caractère et de vitalité.

I. Hindous et Egyptiens. Les monuments religieux de l'Inde, le berceau de l'humanité, et ceux de l'Egypte, l'un des plus puissants foyers de civilisation antique, sont les plus anciens parmi ceux qui présentent un style bien déterminé. Différents par les détails, ils ont dans leurs dispositions principales la plus grande analogie. Elle s'explique par la similitude du climat, de la nature du sol, de certaines traditions communes, sans que l'on soit amené à conclure à une influence directe de l'une des architectures sur l'autre. La latitude, et par suite la température, sont à peu près les mêmes; ce que le Nil est pour l'Egypte, Tlndus, le Gange, le Brahmapoutra le sont pour l'Inde ; la fertilité du sol est également prodigieuse ; le lotus et le palmier sont abondants dans les deux pays el forment ici comme là l'un des motifs de sculpture les plus caractéristiques; les habitants de l'une et de l'autre contrée avaient commencé par habiter des cavernes et par se creuser dos demeures dans le roc, puis par se construire dans la plaine des habitations légères faites en terre et en roseaux. Aussi leurs premiers temples sont-ils des excavations gigantesques pratiquées dans la roche vive, et lorsque plus tard ils ont élevé en rase campagne leurs édifi04^s religieux, ils leur ont conservé des formes rappelant la disposition première. Les Egyptiens comme les Hindous croyaient à la métempsycliose, à un retour des hommes sur la terre, après leur mort; ils étaient gouvernés les uns et les autres par une théocratie, fondée sur la suprématie absolue de la caste des prêtres sur celle des soldats et des laboureurs. L'architecture portera donc de part et d'autre le même caractère de force, de sévérité, de domination et de stabilité. — La religion des Hindous est un paiitliéisme mystique, mêlé à un sens profond pour les énergies de la nature; la divinité est dans tout et partout et se manifeste aux hommes en d'innombrables incarnations. Les prêtres qui Teuseignaient au peuple étaient les seuls dépositaires de la science et leur pouvoir était sans limites; les règles de l'architecture étaient rédigées en sanscrit et ignorées de la masse du peuple qui, sous la direction des prêtres, élevaient les tem])les gigantesques consacrés à la

divinité. Ces temples ou pagodes devaient donner au peuple l'impression de rimmensité iniinie en même temps que celle du mystère impénétrable ; aussi leur dimension en longueur est-elle plus accusée que toutes les autres. Leur plan, peu régulier en général, comprenait de vastes salles, peu élevées, dont le plaifond massif repose sur des piliers courts et trapus, dont les lignes parallèles s'étendent indétiniment ; ces salles principales, dont les murs extérieurs et intérieurs portent partout les images incrustées des nombreuses incarnations de Brahm, sont accompagnées de sanctuaires particuliers, de galeries, de bassins pour les ablutions, de temples des reliques, de salles pour les pèlerins, d'habitations étendues pour les prêtres et précédées de portes monumentales. Toutes ces parties de Tédilice sont surchargées de sculptures fantastiques, de ligures de dieux aux bras multiples, d'éléphants et d'autres animaux sacrés, et cette répétition continuelle des mêmes motifs prescrits par une tradition immuable» engendre la monotonie. Les plus remarquables de ces temples, comme ceux de l'ile de Ceylan, de Bénarès, d'EIéphanta et d'Ellora, sont des excavations creusées dans le roc, gigantes(jues travaux de patience, où l'industrie et l'art n'ont que peu de part et dont lexécution a dû coûter un nombre considérable d'années, peut-être des siècles. D'autres, comme ceux de Jagernaut et de Tiruvalur, s'élèvent librement, sous forme pyramidale, ad moyen de pierres immenses apportées de loin et assemblées avec soin. On trouve également dans l'Inde un grand nombre d'édifices à coupoles et à minarets; ils ont été construits par les musulmans, et leur style n'a rien de commun avec celui des constructions primitives des Hindous (voy. L. Langlès, Mon. anc. et mod. de VHindoustan^ 2 vol., Paris, 1821 ; J. Fergusson, Handbook of archit,, vol. I, London, 1855). — La religion des Egyptiens était un polythéisme des plus Ci>mpliqués ; tandis ([ue les prêtres, qui gouvernaient le peuple d'une manière absolue, adoraient un grand nombre de dieux, auxquels ils donnaient allégoriquement des ligures d'animaux, le ))euple en vint à adorer les animaux eux-mêmes. Peuple et prêtres avaient d'ailleurs au plus haut degré le culte des morts et le mépris de la vie ; les habitations terrestres étaient construites avec économie, les temples et les tombeaux, au contraire, d'une manière somptueuse et durable. Leur position géographi(]ue au milieu des déserts, et les dogmes de leur religion, interdisaient également aux Egyptiens toute relation, tout commerce avec les peuples étrangers. De là un art plus fermé, plus original, plus traditionnel encore que celui des Hindous ; la dimension prédominante est celle (le la largeur, (jui donne l'impression de la durée. Les temples égyptiens sont élevés sur une terrasse dominant la plaine et tournés vers le Nil; leurs lignes générales sont simples et majestueuses; les murs épais sont disposés en talus et n'ont point d'ouvertures. Une porte gigantesque, flanquée de deux pylônes, mar(|ue l'entrée de l'édifice sacré, auquel conduisent des avenues de sphynx, d'animaux fantasti(|ues accroupis dans l'attitude du repos; le temple lui-même conir prend plusieurs cours entourées de portiques et des salles dont les toits plats sont supportés par des colonnes serrées, courtes et robustes. Tandis

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que le soldes cours et des salles qui se succèdent monte par degr4« W plafond s'abaisse et T image du dieu se dresse dans le plus reoalé dessaHetuflires, sombre et bas, plein de mystère et inaccessible au peuple. De colossales iigures symboliques en gardent rentrée et les murs inté» rieurs et extérieurs du temple, ainsi que les colonnes et les frises, sont recouverts de séries innombrables de caractères sacrés ou d'hiéroglyphes, entaillés dans la pierre et coloriés des couleurs les plus vives, racontant r histoire de la nation égyptienne et de ses dynasties royales. Ces constructions sont laites en matériaux énormes, transportés à de grandes distances par des armées d'ouvriers, mis en place et taillés avec le plus grand soin, sous la direction des prêtres. Ils témoignent d'un art développé et original ; ils frappent et imposent ; ce qui leur manque, c'est le sentiment individuel, ce souille de liberté qui anime la pierre et la fait parler. Les plus beaux temples de l'Egypte sont ceux de Karnak, de Louqsor, de l'ile de Philae et de Dandour eu Nubie; ceux de Thèbes et d'Ipsamboul sont des excavations dans le genre des grands temples hindous (voy. Desmpiion de V Egypte^ publ. par ordre du gouvernement, Paris, 1804^1810; Gau, Antiq, de la Nubie, Paris, 1823, Stuttgart, 1822 ; C. R. Lepsius, Denkni. von Aegyp. mdFthiop., Berlin, 1849).

II. Perses et Assyriens, Les peuples qui, dès l'antiquité la plus reculée, ont habité les vastes plaines situées entre l'Indus et TEuphrate, n'ont point élevé de monuments religieux durables. Babyloue, Ninive, Persépoiis offrent encore des ruines considérables, mais ces ruines sont celles de palais et de tombeaux, non de temples. Comparée à la religion des Egyptiens et des Hindous, celle des Perses était claire et simple. Basée, d'après les enseignements de Zoroastre sur le dualisme de la lumière ou du bien (Ormuzd), et des ténèbres ou du mal (Ahriman)» son culte consistait uniquement dans l'adoration de la divinité de la lumière, au moyen de grands feux allumés sur des autels dressés primitivement au sommet des montagnes, plus tard sur des pyramides élevées artificiellement. — Los Assyriens et les Babyloniens rendaient an culte aux astres et leur dieu principal était Baal ou Belus, persoimification du soleil. La tour de Babel, si célèbre dans les Livres saints, était un temple de Bélus. Elle s'élevait sous la fonne d'une pyramide à la base carrée d'un stade (environ 190 mètres) de largeur et de hauteur; elle se composait de huit étages placés en retraite les uns sur les autres et reliés au moyen d'escaliers extérieurs; sur la plate-forme supérieure, qui était le sanctuaire, on avait dressé pour la divinité un lit magnifiquement décoré et une table d'or; là aussi se trouvait l'observatoire d'où les prêtres chaldéens étudiaient les révolutions des astres. L'intérieur de la pyramide renfermait plusieurs chapelles et des chambres où étaient conservées les archives de la nation. Le temple de Bélus, comme la plupart des édifices élevés dans ces pays pauvres en matériaux de construction durables, était entièrement construit en bri(fues cuites et crues et décoré de bas-reliefs en argile, rehaussés d'un enduit coloré. Des statues et des revêtements en métaux précieux complétaient sa décoration (voy. Botta et Flandin, ^fonumenfs de Ninive^

Paris, 1849 ; Vaux, Niniveh and Persepohsj an htst, sketch of Assyria and Persia^ London, 1850).

111. Phéniciens et Hébreux. Placés géographiquement entre les civilisations égyptienne et assyrienne, les peuplades établies en Pliénicie et en Palestine ne sont pas, à en juger par les monuments qu'elles ont laissées, arrivées à un degré de culture comparable à celui de leurs voisins. 11 n'est rien resté, pour ainsi dire, des édifices religieux qu'elle ont élevés, et les descriptions de ces édifices que donne la Bible sont si confuses et si incomplètes, qu'il est dfiicile de s'en faire une représentation exacte. Essentiellement actifs et nomades, adonnés au commerce et à l'industrie, aussi portés à voyager et à trafiquer que les Egyptiens Tétaient peu, les habitants des côtes phéniciennes n'avaient pas l'esprit tourné vers les longs et patients travaux de l'architecture. — Plus industrieux et plus artistes que les Hébreux, les Phéniciens bâtissaient beaucoup et étaient renommés pour leur habileté dans certains arts constructifs et plastiques ; mais ils travaillaient de préférence les bois, les métaux, les étoffes, et n'ont rien produit de durable. Leur religion, un naturalisme grossier, ne les portait pas vers les entreprises de longue haleine. Leur divinité principale, adorée sous les noms de Baal,Moloch et Adonaï, recevait des sacrifices humains, et son culte était célébré en plein air, sur les montagnes et dans des enceintes sacrées, grossière* ment disposées au moyen de grandes pierres assemblées sans art et sans régularité. 11 est fait mention cependant de temples de Baal élevés à Tyr, à Sidon et à Gadès, en Espagne ; mais on n'a aucun renseigne-* ment précis sur leurs dispositions (voy. Movers, Dos photniz, Aiter^ thum, t vol., Berlin, 1849-50). — Les Hébreux avaient avec les Phéniciens des rapports de voisinage nombreux et constants. Quoique leur religion, un monothéisme relativement élevé, fût bien différente de celle de leurs voisins, leur architecture religieuse a dû nécessairement s'inspirer de la leur. Un peuple nomade, errant, comme l'avait été longtemps celui des Israélites, n'avait pu, en effet, se créer un style d'architecture propre. Ils n'avaiait pu songer jusque-là à élever des temples et ne connaissaient d'ailleurs qu'un sanctuaire, l'arche d'alliance renfermant les tables de la loi, qu'ils transpoi*taient avec eux dans leurs migrations et à laquelle ils construisaient des abris temporaires en bois et en étoffes (voy. l'article ArcAe). Aussi lorsque Salomon voulut bâtir dans Jérusalem un temple à Jéhova, dût-il s'adressera son voisin, le roi de Tyr, Hiram, pour obtenir de lui non-seulement des matériaux de construction, puisque la pierre de taille et les bois précieux manquaient dans le pays, mais encore des ouvriei*s capables et des architectes chargés de diriger les travaux. Le roi de Tyr lui accorda les uns et les autres, et un de ses meilleurs architectes du nom d'Hiram, ou Adoniram, eut la surveillance générale de l'entreprise. La Bible renferme plusieurs descriptions, en partie contradictoires, de ces travaux considérables ; leur étendue et leur confusion même prouvent combien peu les écrivains d'alors étaient familiarisés avec les œuvres de l'architecture (1 Roîi V-VII ; 2 Chron. II-IV ; Ezéchiel XL-XLU). Le temple ,de Salomon, après son achèvement, se composait d'une partie centrale comprenant

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le Saint des Saints et le lieu Saint, précédés d'un porche à Toccideut et entourésau*sud, àrorientet au nord, de trois otages de chambres; cette parcentrale était située au milieu de trois cours ou parvis carrés, concentriques et destinés, le premier aux prêtres, le second aux Israélites et le tie troisième aux étrangers ou Gentils. On pénétrait par trois portes dans le plus extérieur de ces parvis, celui des Gentils ; il était entouré d'un vaste portique s'étendant sur les quatre côtés du carré et s'ouvrant sur des logements divers, des chambres de gardiens, des boutiques pour les marchands de colombes et d'objets destinés au culte, de salies à manger pour les pèlerins, etc. Du parvis des Gentils, trois autres portes conduisaient dans le parvis des Israélites; là se trouvait une double colonnade desservant les habitations des prêtres, des sacrificateurs et des musiciens ; Tautel des holocaustes se dressait dans cette cour, qui communiquait par trois autres portes avec le parvis des prêtres. Celui-ci, élevé de huit marches au-dessus des autres, n'en était séparé que par un mur formé de trois assises de pierre et d'une corniche en bois de cèdre; il renfermait, en avant et à gauche du sanctuaire, dix bassins d'airain pour laver les objets destinés aux holocaustes, et la mer d'airain, chefd'œuvre d'Adoniram, vaste cuve d'airain posée sur douze taureaux, où se purifiaient les sacrificateurs. Un vestibule, précédé d'un escalier *et de deux colonnes d'airain, donnait accès au lieu Saint, qui renfermait dix chandeliers à sept branches, la table des pains de proposition et l'autel des parfums. 11 était séparé par une porte à deux battants en bois d'olivier du Saint des Saints, ((ui était plus petit et plus bas que le lieu Saint (selon le mode égyptien), et absolument obscur, « l'Eternel habitant les ténèbres » (2 Cliron. VI, 1). Ce sanctuaire, formant un cube de vingt coudées (oul0°,50 dans tous les sens), renfermait l'arche d'alliance, gardée par deux chérubins en bois d'olivier recouvert d'or, hauts de dix coudées, dont les ailes se touchaient et s'étendaient jusqu'aux deux parois du sanctuaire; celles-ci étaient décorées avec une magnificence inouïe, recouvertes d'un lambris en bois de cèdre, Tehaussé de fleurs, de palmes, de coloquintes et de chérubins en lames d'or; le parquet lui-même était en planches de cyprès lamées d'or. Les chambres, disposées en trois étages sur trois côtés du lieu Saint et du Saint des Saints recevaient les archives, le trésor public, les objets du culte, vases, coupes, plats, ustensiles, lustres, encensoirs, instruments de musique, habits sacerdotaux, etc., en nombre si considérable, qu*il est fait mention de plusieurs milliers d'objets sacrés transportés par Nabuchodonozor à Babylone et rendus plus tard aux Juifs par Cyrus (Esdras I ss.). Les murs extérieurs de toute la construction étaient en pierre de taille, les revêtements intérieurs en bois précieux, la couverture en terrasse ; quant au style de l'ensemble et des détails, il participait sans doute à la fois de celui des temples égyptiens et de celui des palais assyriens. Le peuple, on le voit, n'était pas admis dans les sanctuaires, où seuls les lévites pouvaient entrer, et' dont les dimensions, comparées à celles des temples égyptiens et hindous, sont peu considérables. Le temple de Salomon fut détruit et reconstruit à plusieurs reprises. Hérode le Grand le restaura avec la dernière magnificenc ,

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dans le style romain. Titus accomplit la prédiction du Christ et le détruisit de fond en comble (voy. Josèphe, les Aniit^uités judaïques; Hirt, der Tempel vtm Selomo, 1825 ; de Saulcy, Hùt. de F Art judaïque; .Thenius, Die Bûcher der Kcentge, Leipzig, 1849). Le temple de Salomon était autrefois le seul lieu de culte public de la Palestine; on s'y rendait de partout pour les sacrifices, les jours de grandes fêtes religieuses. Les autres prescriptions du culte s'accomplissaient dans la maison, sous l'autorité du père de famille. Après la captivité de Babylone, Esdras institua des synagogues pour la lecture et l'interprétation de la loi en public; c'étaient à la fois des lieux de prédication et de discussion, des écoles et des tribunaux. Plus tard, après la dispersion du peuple juif, ce mot désigna le local consacré à la célébration du culte. Ces temples modernes des Juifs sont généralement simples, ne renferment point d'images et sont décorés seulement par des sentences tirées de l'Ecriture sainte; les sexes y sont séparés, les femmes occupant d'habitude les galeries supérieures de l'édifice. Une arche d'alliance renfermant un ou plusieurs exemplaires de la loi, est placée du côté de l'Orient. Ces monuments religieux, par suite de l'état de dispersion de la nation juive, n'ont aucun style particulier et se rattachent, par leur architecture extérieure, au style des édifices religieux en usage dans les diiférents pays où les Israélites se sont établis. La synagogue de Francfort et celle construite tout récemment à Paris (rue de la Victoire) comptent parmi les plus belles.

IV. G7'ecs et Romains. Il était réservé aux peuplades établies sur les rives privilégiées de la Grèce et de l'Italie de faire faire à l'architecture un pas décisif et de donner à leurs monuments religieux, ce qui manquait à ceux des civilisations qui avaient précédé la leur : la beauté parfaite. Certes, les temples de la vallée du Nil étaient pleins de grandeur et de sombre majesté; ceux de l'Inde frappaient l'imagination par leur étendue, par la quantité prodigieuse de travail humain qu'ils représentaient ; le temple de Bélus, à Babylone, s'élevait dans les airs à une hauteur que jamais édifice construit par la main des hommes n'avait atteinte et n'a atteinte depuis ; celui de Salomon devait éblouir par la magnificence inouïe de sa décoration intérieure, mais une chose faisait défaut à toutes ces merveilles et les empêchait, malgré leurs dimensions prodigieuses et le luxe des matériaux employés, d'être de véritables œuvres d'art. C'est l'unité dans l'ensemble, l'harmonie dans les détails, la science des proportions justes entre les diverses parties de l'édifice. — Ces proportions justes dans Tarchitecture, les Grecs allaient les trouver. Aussi actifs, aussi industrieux que les Phéniciens, doués d'un génie clair, simple et mesuré, aimant la vie et sachant user de ses joies avec modération, d'une race forte et belle, admirablement équilibrée et propre à la fois aux entreprises guerrières et aux travaux fructueux de la paix, favorisés d'ailleurs par la nature et le climat, ainsi que par leur situation géographique, les Grecs ont atteint un degré de culture inconnu avant eux. Leur polythéisme était peu élevé, mais plein de grâce et de poésie ; leurs dieux n'étaient point des abstractions, des êtres vagues et insai-

sissables ; c'étaient moins encore des monstres difformes et hideux : ils n'avaient rien d'effrayant ni de terrible. Personnifications de toutes les forces de la nature, ils avaient la figure humaine dans sa perfection idéale, étaient doués de passions tout humaines et se mêlaient yoIod* tiers à la vie des hommes ; ils habitaient d'ailleurs le sommet d'une montagne voisine, entre la Thessalie et la Macédonie, sur les frontières mêmes de la Grèce. Comme ils étaient doués néanmoins de facultés supérieures à celles des hommes et qu'ils pouvaient leur nuire ou leur être utiles, il convenait de leur rendre un culte, d'implorer leur assistance, et de s'appliquer à gagner leur faveur. On leur bâtissait donc des temples dans lesquels on plaçait l'image du dieu et devant cette image, on brûlait des parfums, on apportait des sacrifices, on récitait des invocations : culte simple et familier, qui se passait pour ainsi dire d'intermédiaires. Jamais programme aussi favorable ne s'était présenté à l'architecte chargé d'élever un monument à la divinité ril réunissait les trois conditions essentielles d'un bon programme: clarté, simplicité, liberté. Il s'agissait d'élever au dieu une demeure digne de lui, belle intérieurement et extérieurement, de grandeur moyenne, proportionnée qu'elle devait être à ses dimensions tout humaines; à l'ombre du sanctuaire destiné à la divinité, il fallait disposer une pièce où l'on plaçait le trésor public et les archives de la cité, confiés à la garde des dieux ; tout autour, une enceinte sacrée, découverte, fermée de murs et parfois précédée d'un portique, recevait la foule des fidèles. Les architectes grecs ont admirablement rempli ce programme. Le sanctuaire (5 vas;) destiné à abriter la statue du dieu est ordinairement un rectangle allongé, rarement carré on rond ; il communique par une large porte avec le vestibule (6 xpcvas;) ouvert du côté de l'extérieur; derrière le sanctuaire, est le dépôt de* trésors et archives (5 ort jOc5c[jlcç) . Autour de l'édifice, plus encore pour la beauté que pour l'utilité, s'étend un simple ou double portique (o Tcep'.cTuXoç). L'ensemble du monument s'élève sur un soubassement formé de trois gradins ou marches en retraite les unes sur les autres. Devant ces marches, dans l'enceinte sacrée (to TéjjLsvoç) est placé l'autel des sacrifices. C'est dans la disposition des portiques que se révèle tout l'art des Grecs. Leurs temples et leurs maisons avaient été construits primitivement en bois, et se composaient, comme toutes les constructions faites au moyen du bois, de poteaux dressés verticalement et reliés par des poutres horizontales ; leur architecture, tout en se développant et en employant des matériaux plus beaux et plus résistants, conserva les traditions de cet art primitif. Comme les troncs d'arbre, les colonnes de leurs portiques étaient moins larges au sommet qu'à la base; elles étaient munies dans le haut, d'une tablette carrée ((jui forma le chapiteau) destinée à recevoir les poutres ou architraves qui les reliaient ensemble horizontalement; sur ce^ architraves, vinrent apparaître (sous forme de triglyphes) les têtes des poutres transversales qui unissaient la colonnade au mur de l'édifice; l'espace, vide d'abord, entre les triglyphes, fut fermé par la suite par une dalle (métope) ornée de sculptures en bas-relief et de peintures,

et rensemble des triglyphes et des métopes forma la frise ; enfin unecorniche saillante couronna le tout et reçut Textrémité des poutres de la charpente du toit. Celui-ci, doucement incliné, à deux vei'sants, était accusé sur la face principale et sur la face postérieure par des frontons, dont le tympan était encore orné de statues et bas-reliefs. L'ensemble de cette dtïcoration, résultant de la construction même, constitue ce qu'on appelle un ordre d'architecture et des proportions fixes, non certes rigoureuses, mais cependant constantes, furent établies entre les dimensions en hauteur et en largeur des colonnes et celles des entablements qui les couronnent. C'est dans ne juste rappoil de tous les membres de la construction entre eux et de chacun d'eux avec le tout, de manière à les ramener aux harmonieuses proportions de la beauté humaine, <iue réside la supériorité de l'art grec sur tous les autres. Les Grecs employaient d'ailleurs trois ordres ditterents: Tordre dorique, mâle et robuste, sobre d'ornements, employé de préférence pour les temples de Jupiter, de Junon, de Neptune, d'Hercule, etc. ; Tordre ionique, dont la colonne plus svelte est surmontée d'un chapiteau aux angles arrondis en forme de cornes de bélier ou de volutes, et dont la frise sans triglyphes supporte ime corniche plus légère, était réservé d'ordinaire aux temples d'Apollon, de Diane et de Cérès; Tordre corinthien enfui, plus gracieux et plus riche encore, avec son chapiteau compliqué, orné de feuilles d'acanthe mêlées à des feuilles d'eau et couronnées par des enroulements et de petites volutes d'angle, était consacré à Vénus et à Bacchus. Les moulures de ces dernière ordres étaient couvertes d'ornements en forme d'oves, de rangées de perles, de raies de cœur, de palmettes. Non-seulement les temples étaient construits en matériaux précieux, en marbres magnifi(]ues, mais ils brillaient encore (les couleurs les plus éclatantes, réparidues à profusion sur les arêtes des colonnes, sur les moulures des entablements, dans les fonds derrière les bas-reliefs des métopes et des frises et derrière les statues des frontons; l'or, l'argent et le bwnze entraient également dans leur décoration, sous la forme de clous saillants, de boucliere fixés sur les architraves, de vases, de trépieds disposés aux angles et au sommet des frontons. La statue du dieu elle-même était en marbre, en ivoire ou en un métal précieux, et le sanctuaire était orné à prof usicm de trophées, de tables d'or, d'autels et de tableaux. C'était en quelque sorte un musée; national, le sanctuaire des arts et des illustrations de la cité. Aussi Tamour des Grecs pour leurs temples étaitr-il passionné, et partout où s'établissaient leurs colonies, ils élevaient des édifices sacrés semblables à ceux de la mère-patrie. Les principaux tenjples doriques dont les ruines sont encore debout, sont : le Parthénon, sur l'Acropole d'Athènes, le temple de Thésée, dans la même ville, celui de Jupiter Panhéllénien dans Tile d'Egine, les temples de Sélinonte et de Syracuse, en Sicile, et ceux de Paestum, dans la Grande-Grèce; parmi les temples ioniques, les plus célèbres sont ceux de TAsie- Mineure, le temple de Diane à Ephèse, celui d'Apollon à Didyme et les temples de iMinerve PoUade à Priene et à Athènes. Le temple de

Jupiter Olympien^ à Athènes, est le seul d'ordre corinthien grec dont des restes soient conservés. II date du deuxième siècle avant Jésus- Christ, tandis que les plus anciens temples doriques remontent au sixième siècle avant notre ère (voy. Sluart et Revett, Zes antiq. d'Atkmes, traduit de Tanglais, 4 vol., Paris, 1808; Beulé, VArchit, au siècle ck Pisislrate {Revue (Tarchit.^ 15*' et 16* année, Paris). — Les fiomainSj qui ont emprunté aux Grecs leur religion et qui n'avaient ni le goût ni le loisir d'inventer des formes nouvelles pour la célébrer, leur ont emprunté de même leur architecture religieuse et leurs ordres. Ils ont fait subir néanmoins quelques modifications à la disposition générale des temples. Les portiques latéraux et postérieurs sont d'habitude supprimés et un seul portique (porticus) profond s'élève sur la fac« principale, en avant du sanctuaire (cella). L'ordre corinthien, plus riche que les autres, est employé de préférence, et la pente du fronton et du toit devient plus sensible que chez les Grecs. Les temples perdent en grâce et gagnent en magnificence. Situés ordinairement sur le forum, auquel ils servent de décor, ils sont exhaussés sur un soubassement élevé formant piédestal tout à l'entour de l'édifice, auquel on accède par un grand escalier occupant toute la largeur de la façade. Du reste, les temples ne sont plus chez les Romains, l'édilicc unique comme chez les Egyptiens, ou principal comme chez les Grecs. Les besoins religieux diminuent chez eux, en même temps qu'augmentent c^ux de la vie civile et militaire. Tout absorbés par la œnquête du monde, par l'administration de leur vaste empire, par les soucis journaliers de la politique, leur activité sur le terrain de l'architecture se manifeste surtout par la construction d'aqueducs gigantesques, de basiliques, d'amphithéâtres, de thermes ot d'autres édifices d'utilité publique ou de récréation. Moins artistes que les Grecs, moins riches qu'eux aussi en matériaux de prix, leur esprit pratique a fait faire néanmoins un pas considérable à l'architecture. Les premiers, ils ont donné à la voûte et à l'arcade, un emploi judicieux, presque prédominant, dans leui*s constructions. Ayant besoin d'espaces couverts d'une grande étendue, et n'ayant pas à leur disposition des pierres suffisamment longues pour pouvoir porter horizontalement d'un mur ou d'un pilier à l'autre, ils imaginèrent les premiers de se servir de pierres plus petites, taillées en forme de coins et disposées en claveaux ou voussoirs sur un demi-cintre, de façon à se maintenir réciproquement et à pouvoir porter des charges considérables, sans se disjoindre. Grâce à cet emploi ingénieux de la pierre et de la brique, ils purent couvrir de larges ouvertures au moyen d'arcades reposant sur des piliers carrés ou piédroits, et de grandes surfaces rectangulaires ou circulaires, au moyen de voûtes en berceau continu ou en coupole, s'appuyant sur des murs épais s'opposant à leur poussée. Mais, tout en faisant le plus grand usage de l'arc plein-cintre, les Romains n'ont pas su lui donner une expression artistique; ils le considéraient comme une nécessité fâcheuse, un artifice de construction, et n'eurent pas l'idée d'en faire un motif de décoration. Ils s'en servaient, comme d'un esclave, dans les substruc-

lions des amphithéâtres, dans la construction des aqueducs immenses, dans la couverture de leurs grandes salles des thermes, mais chaque fois qu'ils voulaient décorer un édifice, ils faisaient appel aux ordres grecs, et lorsqu'ils ne pouvaient éviter d 'accuser Tarcade à l'extérieur, ils la combinaient avec les colonnes et les entablements grecs, d'une façon souvent peu harmonieuse et contraire aux principes des deux systèmes do construction. Dans les temples, l'arcade et la voûte ne trouvèrent que peu d'emploi ; elle n'apparurent jamais au dehors, et leur rôle se borna à couvrir intérieurement les porticïues et parfois la cella, Rome présente encore les ruines d'une grande quantité de temples romains, mais un plus grand nombre d'entre eux a disparu, et leurs matériaux ont servi à édifier les premières basiliques chrétiennes. Parmi ceux qui ont conservé quelques restes de leur ancienne splendeur, nous nommerons ceux de Vespasien, de Jupiter Stator, d'Antonin et de Faustine, de Vénus, ainsi que le Panthéon d'Agrippa, si toutefois cet édifice a été un temple, et non une salle de thermes, comme le croient plusieurs auteurs. L'Italie possède un grand nombre d'autres temples romains, et partout où les légions romaines ont pénétré, des temples se sont élevés à côté des amphithéâtres et des basiliques. En Espagne, en Afrique, en Istrie, jusqu'à Palmyre et à Balbeck, on retrouve des colonnes corinthiennes ayant fait partie de temples considérables. En France, la Maison-Carrée de Nimes offre l'un des exemples les mieux conservés de ce genre d'édifices. C'était un temple consacré à Auguste. On le voit, grisés par leur puissance, les empereurs romains en étaient venus à se croire les égaux des dieux et leurs peuples leur élevaient des temples et les adoraient. Les dieux s'en allaient, et, tandis que disparaissait toute croyance, l'empire romain, et avec lui la civilisation et l'architecture romaines marchaient à une égale décadence. Les temps étaient propices pour i'érlosion d'une religion, d'une civihsation et d'une architecture nouvelles (voy. Canina, Gli edifizi di Roma anfica, 1840).

Emile Lichtenbeboer.

ARCHITECTURE CHRÉTIENNE. Le christianisme est la plus grande . révolution morale que l'humanité ait traversée. Issu de la religion des Hébreux à une époque où la société antique, plongée dans le matérialisme, s'éloignait de ses dieux, il fut une protestation énergique du sentiment religieux contre le formalisme et le scepticisme qui régnaient partout et se partageaient le monde alors. Aux divinités mystérieuses des peuples de l'Asie et de l'Egypte, aux dieux trop familiers des Grecs et des Romains, au redoutable Jéhova des Juifs, il opposa un Dieu unique. Dieu de bonté, de pardon et d'amour. A côté du précepte de Tamour de Dieu il plaça celui de l'amour du prochain, proclamant ainsi l'égalité la plus complète de tous les hommes devant la justice de Dieu. Entre Dieu et les hommes il n'admit qu'un seul intermédiaire: le Christ, fondateur de la religion nouvelle, fils de Dieu, sauveur de riiumanité. Ses prêtres furent les disciples, les fidèles, tous ceux qu avaient la foi ; son culte était la prière, et, dans l'esprit du Christ, la prière individuelle et solitaire plutôt que la prière collective récitée en

commun. Une seule cérémonie était, non pas prescrite par le Christ, mais instituée par ses premiers disciples : celle de la Saintes-Gène qui, par un repas symbolique, devait rappeler aux tidèles leur Sauveur et son sacrifice, et les raffermir dans leur communion avec Dieu le père et le lîls. A une religion aussi pure, aussi spirituelle, il ne fallait point de temples, dans le sens antique. Le sanctuaire ne pouvait plus être une image plus ou moins grossière de Dieu ou une arche d'alliance en bois ou en métal précieux: c'était le cœur de Thomme régénéré, porilié par la foi. C'est là qu'habitait Dieu désormais; c'est là que l'homme devait se mettre en relation avec lui. Le temple, c'était l'homme luimême. La comparaison de l'homme à un édifice sacré est fréquente chez les apôtres (1 Pierre II, 5; Kphés.ll, 20>, et Origène répond i Celse, qui lui reproche que les clirétiens n'ont point de temples: « Ils n'ont point de temples en pierres, mais des temples vivants. » Tout, d'ailleurs, était bon pour les lieux de réunion des premières communautés chrétiennes, car « où il y a deux ou trois personnes assemblées en mon nom, j'y suis au milieu d'elles », avait dit le Christ (Mattli. XVIII, 20). Une salle quelconque, assez vaste pour renfermer la communauté, assez bien disposée pour que chacun de ses membres pût entendre les lectures faites, devait suffire aux besoins de ce culte simple et fraternel. Lorsque vinrent les persécutions, par une réaction naturelle, les chrétiens attachèrent d^autant plus de prix à ces réunions, qu'elles devenaient plus difficiles, plus périlleuses. On dut faire choix d'une maison se distinguant aussi peu que possible, à l'extérieur, des maisons voisines et s'y rendre en secret ; là où la conformation du sol le permettait, comme à Rome et à Naples, on se réunit dans des lieux souterrains, les catacombes ; on y portait les corps des martyrs tombés pour la foi, et la cérémonie de h Sainte-Cène était célébrée sur le tombeau même du martyr, qui devint ainsi le premier autel chrétien. Du jour enfin où Constantin, par sou édit de Milan en 313, permit au christianisme de sortir des catacombes, de célébrer librement son culte et de faire ouvertement de la propa- .gande, une ère nouvelle commença pour la religion du Christ et l'architecture chrétienne prit naissance. 11 s'agissait maintenant, après de longues années de luttes, de souffrances, de persécutions, d'afiirmer hautement sa foi, de lutter à ciel ouvert avec le paganisme qui n'était pas vaincu encore, d'achever, par un prosélytisme ardent, la victoire complète de la religion nouvelle, et, pour aider à tout cela, d'élever à côté des temples païens des édifices consacrés au culte du vrai Dieu. Mais déjà, pour disposer ces édifices, les conditions n'étaient plus les mêmes que deux siècles auparavant. Les communautés étaient devenues plus nombreuses; une sorte d'hiérarchie s'était établie parmi les lidèles : chaque communauté choisissait ses diacres et ses sous-diacres, spécialement chargés de la célébration du culte, et toutes les communautés d'un même diocèse nommaient à l'élection un évêque, successeur des apôtres. Le concile de Nic^e organisa l'Eglise catholique et jeta les bases d'un système qui devait enlever de plus en plus aux fidèles l'administration de l'Eglise, pour la

mettre tout entière entre les mains du clergé. L'éditice destiné à abriter la communauté chrétienne ne devait pas d'ailleurs servir à la seule célébration du culte ; il devait être en même temps un lieu de réunion pour la discussion, de toutes les affaires communes intéressant les fidèles; on s'y occupait d'élections, d'œuvres de charité, d'instruction et de discipline ; c'était en un mot, réunis dans une seule enceinte, le temple des païens et la synagogue des Hébreux. La disposition des temples grecs et romains, au sanctuaire sombre et de petite dimension, ne pouvait convenir à une pareille destination ; les chrétiens, à peine sortis des catacombes, ne pouvaient d'ailleurs improviser pour leurs édifices religieux des formes nouvelles. Avec le temps, le dogme nouveau devait amener nécessairement une rénovation de l'art; mais une pareille transformation exige le. travail de plusieurs siècles, et il s'agissait de donner satisfaction à des besoins pressants. Les architectes chrétiens durent donc se résoudre à emprunter aux Romains celui des édifices de la vie civile, dont la disposition convenait le mieux aux besoins de leur culte et à s'approprier de même les éléments constructifs et décoratifs de leur architecture. La basilique romaine fut reconnue comme l'édifice le plus propre à se prêter à la célébration du culte chrétien. Elle n'était, chez les Romains, qu'une sorte de prolongement du forum, destiné à la réunion des commerçants, à la discussion et aux jugements des affaires ; elle se composait d'ordinaire d'une grande salle rectangulaire, presque toujours à ciel ouvert, entourée de portiques couverts à une ou deux rangées de colonnes sur les quatre côtés, et accompagné sur Tun des petits côtés d'un vestibule ou portique extérieur en communication avec la voie publique, et sur l'autre d'un tribunal de forme carrée ou, plus souvent, semi-circulaire, élevé de plusieurs degrés au-dessus du sol de la basilique et d'où les juges rendaient leurs arrêts. Cette distribution put, sans grandes modifications, être conservée pour les basiliques chrétiennes ; l'espace central et ses portiques furent assignés à la communauté, les pénitents et les catéchumènes trouvèrent place dans le vestibule ou portique extérieur, et le clergé s'installa dans le tribunal ou l'abside. La difficulté était de couvrir ce grand édifice, car si chez les païens le peuple pouvait être laissé à découvert en dehors du sanctuaire, il n'en était plus de même chez les chrétiens ((ui, étant temples eux-mêmes, devaient entrer dans le lieu saint et y être abrités. A Rome, on couvrit tout l'espace central, ainsi que les portiques latéraux, d'une charpente en bois, après avoir élevé sur les colonnes des portiques des murs percés de fenêtres, donnant des jours directs à la salle centrale. A Byzance, au contraire, où Constantin avait transporté le siège de l'empire, on pi'éféra la voûte et on chercha de bonne heure les meilleures combinaisons pour voûter, le plus solidement et le plus économiquement possible, les grands espaces destinés à la réunion des fidèles. A Rome, où l'on avait sous les yeux et sous la main, de nombreux édifices de style romain, on se servit de ces matériaux et l'on continua à bâtir dans ce même style. A Byzance, où l'on n'avait ni cette ressource, ni ces exemples, l'architecture n'emprunta aux Romains que

leur principe constructif de la voûte et de l'arcade et trouva promptement des formes décoratives nouvelles. C'est ainsi que dès les premiers siècles de Tère chrétienne se manifesta, dans Tarchitecture religieuse, ce contraste entre l'Orient et l'Occident, antérieur à l'Eglise et qui devait sous peu, sur le terrain religieux, amener un schisme dans l'Eglise. Le développement de l'architecture chrétienne fut absolument différent en Orient et en Occident et il convient de diviser dès l'abord l'étude de cette architecture, en deux parties distinctes.

A. Architecture chrétienne de l'Orieîit. La translation du siège de l'empire à Byzance, dans une ville relativement petite et d'origine nouvelle, doit être considérée comme un fait favorable à la prompte cclosion d'un style nouveau pour l'architecture religieuse des chrétiens. Dès le principe, ils furent à Byzance plus nombreux que les païens et on y construisit plus d'églises que de temples. Ne subissant pas l'influence des chefs-d'œuvre de l'architecture antique, les chrétiens d'Orient purent s'affranchir plus rapidement des formes païennes et chercher avec plus de liberté les dispositions convenant le mieux à leurs édifices reUgieux. On se trouvait d'ailleurs sur ce sol grec, où, malgré la conquête, le sentiment de l'art était demeuré plus pur et plus vivace qu'à Rome. N'ayant pas sous la main les innombrables colonnes des porticjues et péristyles païens qui, à Rome, étaient enlevées aux édifices qu'elles décoraient primitivement, pour être replacées et combinées à nouveau pour la construction des églises, les architectes de Constantinople durent renoncer bientôt au système des colonnes et recourir à celui de la voûte qui, tout en employant des matériaux de dimensions restreintes, avait l'avantage de leur permettre de couvrir de plus vastes espaces. La disposition principale de la basilique romaine, qui s'adaptait si bien aux exigences du culte nouveau, fut appliquée à Byzance tomme à Rome, et, ici comme là, l'édilice religieux se composa d'une grande salle centrale, destinée à la communauté, précédée à l'occident d'un vestibule ou narlhex pour les catéchumènes et terminé à l'orient par une abside semi-circulaire pour le clergé. L'autel fut placé en avant de l'abside, sur la limite da sanctuaire, ou 3r;îxa et de l'espace occupé par la communauté. Seulement, tandis qu'en Occident ce dernier espace prit dès le commencement une forme rectangulaire oblongue et fut divisé en plusieurs alU'es par de longues rangées de colonnes, comme dans la basilique romaine, on s'attacha de préférence en Orient, à donner à cette partie principale de l'édilice une disposition concentrique autour d'un point central, c'est-à-dire une forme carrée, octogonale ou ronde, et à la recouvrir d'une voûte en coupole extradossée, s'élevant librement dans les airs. Cette forme avait le grand avantage de mieux réunir la communauté, de la rapprocher du clergé, et de lui assigner dans l'édilice la place qui lui revenait, la place d'honneur, accusée au loin par la coupole. Au quatrième et cinquième siècle, la forme de la basilique romaine fut, il est vrai, employée fréquemment en Orient: la plupart des églises élevées par Constantin à Byzance, à Betbléhera, à Jérusalem, présentaient la disposition oblongue de c^s édifices. Mais

cette forme ne prévalut pas, et dès le cinquième siècle on préféra la forme ronde ou polygonale, employée pour ceilains temples romains, comme ceux de Vénus, à Rome et à Tivoli. Mais, à moins d'élever des coupoles gigantesques, comme celles du Panthéon, il fallut, pour gagner de la place, percer le mur circulaire et le faire porter par des colonnes simples ou doubles, placées en cercle au nombre de huit ou douze et reliées par des arcades; on obtenait de la sorte, outre l'espace centi*al, des bas-côtés, où la communauté pouvait s'étendre. Bientôt on établit deux étages superposés de ces colonnes, afin d'avoir des galériens supérieures, réservées aux femmes. Puis ou s'effor^ui de diminuer de plus en plus le nombre des colonnes ou piliers, qui gênaient la vue, et l'on créa enlin ce type de l'église greaiue, qui trouva sa réalisation complète dans l'église de Sainte-Sophie, élevée au sixième siècle par Justinien à Constantinople. Quatre piliers massifs furent établis aux angles d'un vaste carré et réunis par de puissants arcs en plein-cintre; dos arêtes intérieures de ces piliers s'élancèrent, en encorbellement sur le vide, des voûtes triangulaires appelées pendentifs, (jn! iirent la transition entre la forme carrée du plan et uu grand cercle horizontal qui devint la base de la coupole. Des demicoupoles vinrent contre-buter ce dôme central et fermer les arcs sur lesquels il s'appuyait; elles couvrirent ([uatre nefs ou bras d'une croix grccfiue formée par les prolongements des quatre arcades principales. L'une (le ces nefs, à l'occident, reçut l'entrée principale précédée d'un porti({ue ou narthex, la nef opposée renferma le sanctuaire, et les nefs lat(n*ales furent coupées, dans leur hauteur, par des galeries réservées aux femmes ; enlin des couronnes de petites fenêtres cintrées furent percées à la base de la coupole centrale et des petites coupoles latérales. A cette forme nouvelle, on adapta des détails d'architecturtî nouveaux : des colonnes à chapiteaux cubiques ou en forme de pyramide tron<juée, reliées par des arcades, des fenêtres cintrées, souvent géminées, c'est-à-dire réunies deux à deux sous un grand arc commun, enfin une ornementation s'inspirant des arts de l'Orient, des sculptures peu saillantes formées d'entrelacs, de galons, de rangées de perles, de feuillages fantastiques, et un goût très-prononcé pour les mosaï(iues brillantes à fond d'or et les incrustations de métaux précieux. Un style nouveau était né, qu'on appelle le style byzantin^ dont les traits caractéristiques sofit la coupole sur pendentifs placée au centre d'une croix grecque, à quatre branches à peu près égales, et l'emploi de coupoles multiples. Ce style fut définitivement adopté par l'Eglise grecque lors de sa séparation d'avec l'Eglise latine, et ne subit que de légères modifications depuis le sixième siècle jusqu'à l'époque contemporaine. A l'extérieur , se manifesta une tendance de plus en plus prononcée à élever et à multiplier' les coupoles. A la coupole centrale, on avait adjoint d'abord quatre coupoles plus petites disposées sur les quatre branches de la croix grecque; on en ajouta d'autres encore, par la suite, sur les angles formés entre les extrémités de ces branches et sur le narthex. Ces coupoles, au li u de reposer directement sur les pendentifs, furent sur- I. 35

haussées et élevées sur des murs ou tambours cylindriques percés de gi-andes fenêtres. La Russie, en s'appropriant le style byzantin, changea la forme des coupoles pour les approprier à son climat, et leur donna les courbes les plus diverses en les recouvrant de lames d'or à Textérieur. Un changement assez important se fit également à T intérieur vers le dixième siècle. Tandis que, dans TËglise latine, la cérémonie de la consécration de riiostie se faisait toujours en présence de tous les fidèles, FEglise grecque la déroba à leurs yeux et ne permit plus qu'aux seuls prêtres d'être les témoins du miracle sans cesse renouvelé de la transformation du pain et du vin en chair et en sang du Christ. Le sanctuaire fut donc fermé par une cloison richement décorée, qui s'appela iconostasis, d'après les images des saints dont on eut coutume de l'orner ; plusieurs portes mettaient le sanctuaire en communication avec le reste de l'église. Les arts plastiques subirent, en Orient, une décadence complète ; l'immobilité dans la doctrine engendra la monotonie dans l'ornementation, dans la reproduction des symboles et des figures des saints; on se liorna à copier et à répéter servilement les types prescrits par la tradition, et l'art du dessin s'éloigna déplus en plus de ta nature, pour se complaire dans le conventionnel. Le type de l'architecture byzantine resta toujours Sainte-Sophie de Constantinople; un grand nombre d'édifices en Grèce et en Russie furent élevés d'après le même principe ; l'un des plus x-astes d'entre eux est la cathédrale de Salonique. Saint-Marc à Venise et Saint-Front à Périgueux furent construits sur un plan identique, presque copié sur celui de Saint*^ Sophie, mais les détails de ces deux édifices n'appartiennent pas an style byzantin proprement dit (voy. Salzenberg, Altchrist. Buudcnk. von Constantinopel, Berlin, 185't; Alb. Lenoir, De Varchitect. byzantine, Revue d'archtt., i^ année, p. 7 et 65, Paris, 1840). L'architure des chrétiens d'Orient exerça une influence prépondérante sur celle desmu^ subnmut. Mahomet était né peu d'années après la mort de Justinien, et la religion qu'il avait fondée vers le milieu du septième siècle, se propagea au moment même où Farchitecture byzantine venait d'atteindre son complet développement. Le cuhe qu'elle prescrivit consiste essentiellement en des prières répétées cincj fois par jour, dans la lecture du Coran, soiure de toute loi et de toute science, code à la fois religieux, civil, moral et politi(|ue, dans le pèlerinage obligatoire de La Mecque enfin, que chacjue musulman dut faire une fois au moins dans sa vie. Les parties indispensables à tout édifice religieux consacré à ce culte étaient donc : une grande cour destinée aux ablutions qui, selon le Coran, devaient précéder tout acte de foi, un grand espace couvert (mihrab) pour les prières, un simctuaire (maksourah) où l'on renfermait le (bran, une chaire (mimbar) d'où les prêtres (ulémas) faisaient aux fidèles la lecture et les commentaires du livre sacré, enfin une on plusieurs tours élevées (minarets), d'où le muezzin annonçait aux fidèles J'heure de la prière. Les Arabes, peuple nomade et peu av-ancé dans les arts construclifs, étaient moins capables encore que les chrétiens d'improviser un style nouveau pour leur religion nouvelle; ils s'inspirèrent donc, pour leurs mosquées, des édifices religieux des

-chrétiens, (juMls reiicx)ntraient au fur et à mesure que leurs conquêtes s'étendaient plus loin. Les premières mosquées qu'ils construisirent rappellent les dispositions principales des basili([ues chrétiennes. Elles •comprennent, dans une vaste enceinte rectangulaire, une ou plusieurs cours dont la dernière renferme la fontaine des ablutions, et est entourée d'ordinaire d'une double rangée de portiques sur trois de ses faces. Sur la quatrième, celle regardant TOrient, ces portiques se prolongent en une série d'allées ou de nefs parallèles, de hauteur égale, séparées par des piliers ou des colonnes, empruntées parfois à d'anciens monuments romains et chrétiens, et couvertes au moyen d'un plafond en charpente formant terrasse; des minarets élances sont placés aux angles de la cour ou de Tenceinte extérieure dont la muraille élevée isole la mosquée du reste du monde. C'est la disposition que présentent plusieurs des grandes mosquées du Caire, celles d'EI- Touloun, d'El-Moyed, celle d'Amrou (fondée en 640 par le lieutenant d'Omar), ainsi que la célèbre mosquée de Cordoue (fondée en 780) aux dix-neuf grandes nefs séparées par des rangées de trente-quatre colonnes chacune. Mais cette disposition primitive fut bientôt abandonnée, lorscjue les Arabes se trouvèrent en contact avec l'architecture byzantine, si conforme à leur génie et à leurs goûts orientaux. Dès lors, la plupart de leurs mosquées furent construites sur le modèle de Sainte-Sophie de Constantinople, (ïu'ils venaient de convertir ellemême en moscfuée. Les mosquées d'Hassan, au Caire (1356), de Soliman (1556), et d'Achmet (1610), à Constantinople, sont des imitations de l'église deJustinien. Cependant, pour les détails, leur architecture s'était séparée de celle des chrétiens et avait donné naissance à un style caractéristicjue que l'on désigna sous le nom de style arabe et dont les traits principaux sont : des murs, extérieurs à peu près nus, percés de rares ouvertures et souvent couronnés de créneaux ; des toits en terrasse, dominés par des coupoles aux formes renflées et allongées et par des minarets à plusieurs étages ornés de balcons ; l'emploi presque exclusif de l'arc outre-passé ou en fer à cheval, dont le cintre est plus élevé que la moitié du diamètre et (fui se présente tantôt sous la forme pleincintre, tantôt sous la forme ogivale ; des arcades découpées et des tympans ajourés ; des colonnes sveltes et fréquemment accouplées, couronnées par des chapitaux cubiques ornés d'entrelacs ; des voûtes en pendentifs d'une disposition particulière, composées de petits fragments de plâtre affectant la forme de segments de coupole, de petits triangles sphéri(iues, de niches ou cellules d'abeilles en miniature, agencées et combinées de manière à faire ressembler le dessous des voûtes aux stalactites d'une grotte; une ornementation fine et serrée, recouvrant toutes les surfaces et se composant uni([uement d'arabesques, c'est-àdire de dessins peu saillants, de fleurons et d'entrelacs ingénieusement combinés, se répétant géométriquement et rehaussés de couleurs brillantes et de dorures ; l'absence de toute reproduction de la ligure humaine ou d'une ligure animale; enfin, l'introduction dans rorne* mentation de longues inscriptions en caractères couliques, tirées du Coran et disposées dans les encadrements des portes d'entrée. Le style

arabe, lui aussi, ifa subi que peu de modilications, surtout depuis le (quinzième siècle. (Voy. Pascal Cosle, Architecture arabe ou monuments du Caire, Paris, 1837 ; Girault de Prangey, Essai sur l'architecture des Arabes en Espagne, en Sicile et en Barbarie, Paris, 1811). • B. Architecture chrétienne de l'Occident. Tandis qu'en Orient Tarchitecture chrétienne, n'empruntant aux Romains que leur principe constructif de la voûte, lit de <;e principe des applications nouvelles et s'atimnchit prpmptement des formes décoratives de l'art grec et romain, pour constituer, dès le sixième siècle, un style nouveau, les chrétiens de TOccident conservèrent plus longtemps, dans leurs monuments religieux, les traits caractéristiques de Tarchitecture romaine. Toutefois, pour être plus lent, le développement de l'art chrétien en Occident n'en suivit pas moins une marche progressive constante ; pratiqué par des populations plus actives, plus libres, plus mobiles, plus avides de perfectionnement, occupant d'ailleurs des pays divers de latitude et de civilisation , il arriva à des résultats inconnus à Tart oriental et le dépassa en variété. Tandis qu'en Orient on avait trouvé rapidement un style caractéristique que l'on conserva presque intact jusqu'au siècle présent , l'on marcha en Occident de progrès en progrès, en plusieurs étapes successives, formant autant de périodes distinctes.

I. Style latin. Jusqu'au neuvième siècle, les édifices religieux chrétiens de l'Occident présentèrent ce mélange des deux principes constructifs de la voûte et de la plate-bande posant sur colonnes, propre à rarchitecture romaine ; plusieurs de ces édilices sont même composés prescjue entièrement de fragments de colonnes, de chapiteaux et d'architraves enlevés à des monuments païens. Un seul changement important s'opère dans l'emploi des matériaux. Les pierres de grande dimension devenant de plus en plus rares et leur mise en place de plus -en plus dispendieuse et difficile, l'on remplaça les longues arciiiti^aves qui réunissaient les colonnes horizontalement par des arc^ plein-cintre, posant directement sur les chapiteaux des colonnes. C'était Taliranchissement de l'arcade traitée en esclave par les Romains, et un premier pas dans la voie où les Byzantins s'étaient engagés résolument dès le cinquième siècle. Mais là s'arrête l'innovation; poui* l'exécution, pour la science de la construction, pour la finesse dans les détails, les architectes de l'Occident restèrent bien en arrière de leurs prédécesseurs romains et de leurs voisins byzantins. Du (juatrième au neuvième siècle , la forme des édifices consacrés au culte, tout en conservant les dispositions générales de la basili(jue romaine, subit plusieurs modifications importantes. Les chrétiens avaient besoin d'une place en avant de l'édifice, destinée aux pénitents et aux catéchumènes toujours plus nombreux, qui n'avaient pas le droit de pénétrer dans Téglise elle-même pendant les offices. On établit donc en avant de la façade principale une cour, atymim, narthex, prenant d'ordinaire toute la largeur de l'édifice et entourée de portiques sur les quatre côtés. Au centre de cette cour on plaça un bassin pour les ablutions. Plus tai-d, lorsque lesloi? romaines qui défendaient l'ensevelissement des morts dans

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Tenceinte de la cité furent lonibiîes en désuétude, Tatrium devint le cimetière des membres delà communauté; le commun des lidèles fut enterré dans lu cour, les tombeaux des évêques furent placés sous les portiques. De cet atrium on pénétrait par plusieurs portes dans la partie prin<;ipale de Tédilice, ayant la forme d'un rectangle allongé et composé d'im espace central couvert, entouré de galeries basses sur les quatre côtés. Mais dès les pi*emières années déjà Ton supprima les deux galeries qui, dans la basilique romaine, s'étendaient sur les petits côtés du rectangle et dont les colonnes cachaient, depuis rentrée, la vue du fond de Tédilice. Or ce fond de la basili([ue en était précisément Tune des parties les plus importantes, celle où siégait le clergé, où était placé Tautel, celle qu'il importait de voir distinctement de toutes les parties de réglise. A la place de la rangée de colonnes (pie Ton enleva devant le sanctuaire on disposa un grand arc plein-cintre reliant les deux murs des colonnades latt»rales, (|ue Ton appela arc triomphal, n^rus triomphalis. De bonne heure aussi, on établit sur les portiques latéraux des galeries supérieures, ([ui furent destinées aux femmes et (jui s'ouvraient sur res{)a<;e central par un second étage de colonnes placîé sur celles du rez-tle-chaussée et supportant le mur percé de fenêtres qui recevait la toiture en charpente apparente qui couvrait la salle principale. Cette partie essentielle de l'édifice, destinée à la communauté, est désignée par Eusèbe du nom de votdç, nrf, vaisseau, et ce nom est demeuré à toutes les partiels de l'église accessibles aux lidèles. Dans le fond se trouvait le tribunal, 3r^:i.a, saci^arium^ sanctuarùim , commuiiénient désigné sous le nom d'absifie, de forme semi-circulaire, exhaussé de plusieurs marches au-rlessus du sol de la nef, et voûté en demi-coupole; on y pla^ni, dans l'axe, le trône de Tévêque, et des deux côtés, sur un gradin si»ini-circulaire, l(»s sièges des prêtres et des diacres. Des deux côtés de l'abside on ménagea de petites piècesous/2C77s/«V?s,iK)ur le (léj)ôt des livres sacrés et des archives et la garde des ustensiles nécessaires au culte. En avant du sanctuaire était placé Vautel, <lisposé le plus souvtuit sur une crypte souterraine renfermant les reliques d'un s;iint niartyr vl surmonté d'un petit édicule en forme de temple ouvert, le ciborium. Dans la partie de la nef, enlin,([ui s'étendait devant l'autel, on disposa une enceinte destin€»e aux sous-diacres et au chœur des chantres (d'où lui vint le nom de chœur, appliqué aussi plus tard à toute la partie postérieure de l'église), entourée d'une balustrade, ou chancel, cancdli, et renfermant deux pupitres ou ambons pour la lecture de l'Kvangile .et des Epitres. En dehors de la basilique, soit dans Tatrium, soit sur l'un des côtés, s'élevait un petit édifice, de forme carrée, octogonale ou ronde, (jui servait à la célébration du baptême : c'était le baptistère. A mesure <jue les communautés augmentèrent, U» besoin de nouvelles modifications se fit sentir. Des changements ayant été introduits dans le système des pénitents, et le nombre des catéchumènes allant en diminuant, à mesure <jue celui des fidèles admis dans l'Eglise allait en croissant, l'atrium ou narthex fut supprimé et l'on n'(;n conserva (jue le porti((ue placé en avant de la façade et occupant toute sa largeur. Le nombre des nefs augmenta et fut porté à cinq.

pour les grandes basiliques, au moyen de deux nouvelles rangées decolonnes disposées pai*allèlcment aux autres. Enfin l'espace réservé au clergé et aux desservants étant devenu insuffisant, il fallut songer à agrandir le chœur situé en avant du sanctuaire ; on y établit, entre* Tare triomphai et le mur du fond, une nef transversale, qui enibi*a$sa toute la largeur de Tédifice et fut Torigine des transept s. On était arrivé de la sorte à donner au plan de la basilique la forme d'une croix latine; cette disposition n'avait pas été recherchée dans le principe et elle n'apparut bien franchement que plus tard, dans la période romane, lorsque les transepts iirent saillie sur les murs latéraux de la nef et lorsque l'abside s'allongea. Mais dès lors on s'attaclia à développer cette forme symbolique de la croix latine et à l'accuser, non-seulement dans le plan de l'édifice, mais à Textérieur. au troisième et au (juatrième siècle enfin , lors<{ue l'usage des cloches pour appeler les fidèles à la prière se fut répandu, on disposa des clochers en forme de tours carrées, percées de plusieurs étages de fenêtres cintrées, soit en avant, soit au côté de la basilique, soit dans une position complètement isolée de l'église. Grâce à ces modiiications successives, on était arrivé, tout en conservant les formes anciennes, à édifier des monuments importants, nouveaux par leui^ dispositions et susceptibles (fune riche décoration. Celle-ci ne manqua point. Le marbre, le porphyre rouge, le granit rose et gris, la serpentine verte, furent employés pour les colonnes et les pavements ; les murs du sanctuaire et la voûte de l'abside furent revêtus de mosaï(|ues brillantes présentant sur un fond d'or les images du Christ et des saints; la charpente elle-même des plafonds reçut des peintures et une décoration où l'or jouait uu rôle important; les matériaux les plus précieux enfin servirent à la confection du mobilier installé dans le chœur et dans le sanctuaire. La plupai't des édifices religieux de TOccident de cette époque furent élevés d'après ce type latin ; les plus importants et les mieux conservés sont ceux de Rome même ; l'ancienne église de Saint-Pierre fut démolie au sixième siècle, mais les basili<|ues de Saint-PauUhors-les-murs, de Sainte-Agnès, de Saint-Clément et un grand nombre d'autres, sont debout encore. Les basili(jues de Torcello et de Parenzo ott'rent des dispositions analogues. Les édifices de ttavenne forment la transition <;ntre les basiliques latines et les églises byzantines. Des exceptions, en Occident, sont Saint-Etienne-le-Rond , à Rome, qui a une nef circulaire entourtH3 de plusieurs bas-côtés, et le dôme d'Aix-la-Chapelle, construit beaucoup plus tard parCharlemagne et où déjà riniluence byzantine se fait sentir dans la forme octogonale du plan et dans les détails de l'architecture. Mais si, [)ar la suite, l'architecture d'Orient s'ap- ])ropria certains détails du style byzantin, elle i*esta fidèle, en général, à la forme de la basilique latine, et le plan polygonal ou circulaire, avec une coupole centrale sur pendentifs, y resta toujours l'exception ivoy. Bunsen, Die Basil, des christl, Roriis, Rome, 1843; Hfibsch, Die oUchinstL Kircherif etc., Carlsruhe, 1863 ; F. A. Quast, Die altehristL Dauiverke zu liavenna, Berhn,184â; A.Lenoir, Archii. ckréf. de l'Occident, Revue d'archit., l'« année, p. 257, Paris, 1840).

II. Style roman, La basilicfue latine, malgré les grands espaces qu'elle offrait à la communauté chrétienne et la richesse de la décoration qu'elle était susceptible de recevoir, avait un grave inconvénient : sa couverture au moyen d'une charpente apparente mettait, en cas d'incendie, toutes ces splendeui-s à la merci des flammes. La plupart des basiliques élevées par Constantin et ses successeurs furent à plusieurs reprises la proie du feu et nécessitèrent des restaurations continuelles. On dut donc chercher un moyen d'écarter complètement le bois de la couverture des édifices destinés au culte ; la voûte seule pouvait le remplacer. Mais les traditions romaines de la construction au moyen de voûtes s'étaient prescjue complètement perdues en Occident, et il fallut de longs tâtonnements pour les retrouver et les adapter aux dispositions nouvelles des basili(|ues. Du cinquième au dixième siècle , les invasions des barbares avaient couvert de ruines le sol de l'Italie; les Gaules, la Germanie, plongées encore dans la barbarie, commençaient néanmoins à embrasser la religion nouvelle. Partout on voulut élever des églises, et après avoir commencé par imiter les formes de la basilique latine en les appropriant aux habitudes locales et aux matériaux dont on pouvait disposer, on s'ingénia, par des moyens divers, à remplacer la couverture en bois par des voûtes solides mettant l'édifice sacré à l'abri du feu du ciel et des incendies. Les premiers essais furent malheureux ; dans le courant du dixième siècle d'ailleurs, cette ardeur de construction fut enrayée et paralysée par la frayeur qui, à rapproche de l'an 1000, s'empara des populations et leur fit attendre la lin du monde. Lors(|ue cette échéance redoutée lut heureusement franchie, la construction des églises prit partout un essor nouveau, et le onzième et le douzième siècle virent s'élever dans tout l'Occident, depuis les rives d'Espagne et de Sicile jusqu'en Ecosse et sur les côtes de la Norwége, des édifices religieux en grand nombre. Un fait considérable favorisa leur érection et l'éclosion d'un style nouveaiy ce fut l'établissement de couvents nombreux et de nouveaux ordres religieux. Ces couvents furent le refuge des hommes de science et de paix, et pendant plusieurs siècles l'architecture redevint un art tout religieux, pratiqué presque exclusivement par les moines et sous leui's ordres directs. Le style nouveau qui résulta de ces efforts, et qui prit naissance vers le «lixième siècle, pres(|u'en même temps, sur un grand nombre de points fort éloignés les uns des autres, présente dans les différents pays où il fut apph({ué, des caractères bien divers, mais aussi cei^tains traits communs ([ui le distinguent du style latin qui venait de finir et du style ^otliique qui allait commencer. Ces traits communs sont: l'affranchissement complet des ordres romains avec leurs colonnes à proportions fixes et leurs entablements à trois divisions; une tendance prononcée à remplacer partout la toiture apparente par des voûtes; l'emploi à peu près exclusif de l'arc plein-cintre pour les portes, les fenêtres, les arcades et les voûtes; des colonnes soit isolées, soit plus fréquemment réunies en piliers, aux bases munies de pattes ou gi'iffes à leurs angles, aux fûts sans proportions déterminées, tantôt trapus, tantôt élancés, aux chapiteaux, non plus uniformes, mais variés de disposition et his-

tories de figures diverses mêlées à des entrelacs et recevant directement les retombées des arcades; des moulures robustes et une ornementation mêlée d'éléments byzantins et d'éléments locaux; la disposition Sous les corniches, à la place des frises antiques, de petites arcatures sur cx)rbeaux, consoles ou colonhettes légères, formant parfois des galeries aveugles ou destinées à la circulation; l'emploi fréquent de l'alternance dans la disposition des piliers et dans celle dos matériaux; enfin le plan en croix latine prescjne généralement adopté |>our les grandes églises. Des modifications importantes furent apportées, eu différentes contrées, au plan de la basilique latine. La nef transversale ou transept, qui avait été une exception, devint la règle à peu près partout; certaines églises en eurent même deux, l'un à l'orient et l'autre à l'occident, ou tous les deux à l'orient, ce qui donna à l'église la forme de la croix de Lormine ; de plus les transepts eurent des saillies plus ou moins accusées sur les nefs latérales et leurs murs extérieurs furent percés de portes d'entrée. La nef centrale s'éleva généralement audessus des nefs latérales, ou bas-côtés; dans certaines régions cependant les trois nefs furent tenues à la même hauteur. Les galeries sujitv rieures, destinées aux femmes, furent souvent supprimées ou enlevées au culte et remplacées par un simple trifoHum percé de jours éclairant les combles des bas-côtés. Le chœur fut prolongé au delà du transept et l'abside principale percée de fenêtres; deux autres absides, \yo\it' vues d'un autel, furent établies dans l'axe des bas-côtés; parfois aussi, surtout au douzième siècle, les basH^ôtés prolongés au delà des transepts, firent le tour de l'abside principale et reçurent une couronne «le chapelles absidales rayonnantes, ou absidiùles. Ailleurs il y eut deux absides, l'une à l'orient, l'autre à l'occident, et les transepts eux-mêmes reçurent souvent des chapelles en forme d'absides carrées ou semicirculaires. Enfin, tandis que dans certaines contrées, comme en Italie, \(is clochers §i les baptistères continuèrent à être des édifices distincte de l'église, placés à ses côtés ou devant elle, ils furent réunis ailleurs au corps de l'église et soudés de plus en plus avec l'édilice principal. Les clochers furent disposés d'ordinaire symétriquement dans les encoignures formées par les transepts et les murs prolongés des bascôtés cependant ils furent placés aussi sur la façade occidentale, dans l'axe lorsqu'il n'y en avait qu'un, sur les premières travées des hascôtés lorscju'ils étaient au nombre de deux; enfin un grand clocher central de forme carrée ou polygonale s'éleva souvent à l'iiilersiTtion de la nef principale et du transept au-dessus d'une coupole, sur jwndentifs, construite selon le mode byzantin. Quant aux systèmes employés pour voûter les différentes parties de l'édifice, ils furent nombreux et très-divers. Tandis que dans certaines contrées on rouvrit la nef principale d'une voûte en berceau continu, renforcée par des arcs- (loubleaux et contre-butée par des demi -berceaux établis sur l« nefs latérales, ailleurs on couvrit la nef unique d'une série de coupoles sur pendentifs ; cependant la forme qui prévalut prescjne pa^ tout fut celle de la voûte d'arête, d'abord sans nervures et puis avec des nervures. Plusieurs colonnes do la nef furent réunies en un

pilier et plao^^es aux (fuatre aiif^les d'un carré , avec celles qui leur faisaient face de Fautre côté de la nef; des arcs plein-cintre les réunirent parallèlement et perpendiculairement à Taxe principal, puis d'autres arcs furent bandés sur la •diagonale du carré, de manière à se couper au-dessus du centre, et Tespace compris entre ces six arcs fut rempli par des voûtes triangulaires en maçonnerie plus légère. Tout le poids de la voûte se trouva de la sorte reporté sur les portions des murs latéraux élevées au-dessus des piliers, et il fallut renforcer ces murs et les consolider au moyen de contreforts extérieurs, peu saillants encore. — Grâce à cette grande diversité dans les plans mêmes des édifices et dans les systèmes employés pour les couvrir, grâce aussi aux différences résultant du climat et des matériaux employés, les églises de style roman sont loin de présenter cette uniformité que Ton rencontre dans les édifices antiques et pême dans ceux de style byzantin et de la période latine. La variété, tout au contraire, fut extrême et certaines églises romanes du Midi sont plus éloignées des églises élevées sur les bords de la Baltique, par exemple, que les temples égyptiens ne Tétaient des temples grecs. Partout où un édifice religieux important fut construit, il servit de type aux églises de moindre importance qui s'élevèrent dans les environs, et une école particulière prit nais-, sance qui produisit un certain nombre de monuments présentant les mêmes caractères. Voici les principales de ces écoles. Eu. Italie : Vécole Ihinbarde qui a produit les dômes de Modène, de Parme, de Plaisance, les églises Saint-Ambroise, à Milan, Saint-Zénon, à Vénone et Saint-Michel, à Pavie, et (jui se distingue par ses larges façades, ses chœurs élevés au-dessus de vastes cryptes, ses porches à colonnes soutenues par des lions et ses gi'ands baptistères isolés de forme ronde ou polygonale (voy. Osten, Mon, de la Lombard ih)\V écol** /»wa/ie(ïui. outre le dôme, le baptistère et le pampanile de Pise, a élevé de nombreuses églises à Luc<jues, Pise, Pistoja, Livourne, etc., et qui se rapproche plus (|ue toute autre de la forme latine, avec la(|uelle elle s'est bornée à combiner certains éléments byzantins, tels que la coupole sur pendentifs et Talternance dans la couleur des assises (voy. Rohault de Fleury, Mon, de Pise au moyen âge, Paris, 18()6) ; Vécole sicilienne, qui, dans la cathédrale de Monréalé et la chapelle palatine de Palerme, traliit des influences arabes en mêlant, à des colonnes corinthiennes et à des mosaï(iucs byzantines, l'arc en ogive des^iosquées du Caire et les voûtes en stalactite des palais maures(|ues (voy. HittorfT et Zanth, Arch, mod.de la Siciln, Paris, 1835). En France, Vécole normande tut une des premières à se développer. et à trouver promptement des dispositions heureuses; ses églises sont voûtées en arête et ont généralement, outre les deux clochers de la façade, terminés par des flèches massives, une gi'osse tour sur la croisée, à l'intersection des nefs; les églises de l'Abbaye-aux- Hommes et de l'Abbaye-aux-Dames à Caen ont servi de types à la plupart des églises normandes (voy. Pugin, Ant, archil, de la Normandie^ Liège, 1855) ; Vécok auvergnate, (jui a élevé Notre-Dame du Port àClermont et à laifuelle se rattache la grande église de Saint-Sernin à Toulouse, se distingue par ses voûtes en berceau, ses vastes absides à

bas-côtés pourtoumants et à chapelles rayonnantes, et remploi de maté* riaux de couleurs variées dans Tornementation des façades extérieures (voy. Gailhabaud, Mon, anc. et niod,, vol. II, Paris, 1865); Yécole bow^ guignoiine a construit les églises considérables des abbayes de Cluny et de Vézelay et se fait remarquer par ses clochers nombreux, ses grands porches, ses doubles ti*ansepts et la finesse de son ornementation (voy. Viollet-le-Duc, Dict, raisomié de l'archit,^ vol. l,p. 258 ss., Paris^ 1867) ; r école provençale, dont les œuvres principales sont les cathédrales d'Avignon et de Valence et Téglise Saint-Trophime à Arles, se reconnaît aux réminiscences romaines qui s'y rencontrent et qu'expliquent les nombreuses ruines d'édifices romains dont le sol de la Provence est encore couvert (voy. Hevoil, Arch, romane du midi de la France y Paris, 1873); enfin Yécole rfw jPéri^yorrf, s'inspirant de Saint- Front de Périgueux, a élevé, outre la cathédrale d'Angoulême, un certain nombre d'églises à coupoles byzantines, et se distingue par une or* nementation fantastique répandue à profusion sur les façades (voy. Verneilh, YArchit, byzayil. en France, Paris, 185i). En Allemagne la grande école rhénane a couvertde ses dômes et de ses églises les deux rives du Rhin; les dômes de Mayence, Spire, Bonn, Worms, Bamberg, la belle .église de Tabbayc de Laach, les églises des Saints-Apôtres et de Sainte- Marie-au-Capitole de Cologne présentent, pres({ue toutes, deux absides, deux coupoles centrales, de nombreuses tours élancées, des chapiteaux cubiques et des arcatures à jour sous les corniches principales (voy. Boisset*ée, Mon, d'archtt, du septième au treizième siècle y dans les contrées du Rhin inf., Munich et Stuttgai*t, 1842); Yécole westphalienne, qui a élevé les dômes de Sœst et de Paderborn, est remarquable par ses clo chers massifs occupant toute la largeur de la façade occidentale, ses basiliques couvertes en charpente et ses églises à trois nefs de largeur et hauteur égales (voy. Liibke, die mittelalt. Kunst in Westphalen); Yécole saxonne qui a conservé plus longtemps que toutes les autres les traditions de la basilique latine, et dont les deux églises de Hildesheim sont les monuments principaux (voy. Puttrich, Denkm.der Bauk.des MitteL in Sarhsen): enfin Yécole prussienne, qui se distingue par des formes simples et l'emploi exclusif de la brique ou du granit (voy. F. V. Quast, zur Charakler, des ait, Ziegelbaues in der Mark Brandeburg , im d, Kvnstblatt, 1850). L'Angleterre se rattache directement à T école normande ; ses grandes cathédrales (Windiester, Ely, Norwich, Peterborough) ont de vastes cryptes et souvent des absides carrées (voy. Britton, Cathedral antiquities). Les Pays-Bas, la Suisse, l'Espagne se rattachent également à l'une ou Tautre des écoles françaises, et l'Autriche enfin s'inspire tantôt des écoles allemandes, et tantôt des écoles italiennes. Le nombre des édifices chrétiens élevés dans tout l'Occident pendant la période romaiie est, on le voit, considérable et il en est parmi eux qui, sous le rappoi*t de l'heureuse disposition de toutes les parties, de la majesté et de Taustérité de l'ensemble, peuvent passer pour de véritables chefs-d'œuvre de Tart chrétien. Ils avaient toutefois un défaut commun : ils étaient sombres. Les arcades plein-cintre et les lourdes voûtes de leurs nefs exigeaient des murs épais, capables de

résister à leur |)oiisstHï et percés, pour n'être point aHaiblis, d'ouvertures peu larf^'es, ne laissant entrer que peu de jour dans Tintérieur de l*église. Un nouveau progrès était donc possible et il devait être réalisé <lans la période suivante.

III. S(yie golhù/ue. Ce qui frappe tout d'abord lorsqu'on compare une église gothi({ue à une église romane, c'est combien la première est plus claire, plus élevée que la seconde. Plus de clarté, plus d'élévation ! tel est bien le but que semblent avoir poursuivi les constructeurs delà tin du douzième siècle, but bien conforme aux tendances d'une épo(|ue de foi puissante et agissante, d'une foi pressée du besoin de s'aflirmer, de s'étendre, de marcher àlacomjuétedumonde, d'une foi qui, avec un enthousiasme fiévreux, entreprend, les croisades (jui n'aboutirent point, et la construction d'innombrables cathédrales (jui, la plupart, demeurèrent inachevées. Mais ce besoin de clarté et d'élévation n'était pas le seul qui s'imposait aux architectes d'alors; d'autres conditions avaient surgi qui les obligèrent à perfectionner, à modifier en partie, les dispositions suivies jus(ju'à ce jour. Pour bien apprécier ces conditions nouvelles, il faut se reporter à l'état politifjue, social et religieux dans lequel se trouvait, à cette époque, le pays ((ui vil naître et se développer rapidement le style d'architecture nouveau. 11 est hors de contestation aujourd'hui que c'est l'isle-de- France (jui est le berceau du style improprement appelé gothique (les (iottis y sont absolument étrangers), <|ue les uns ont dénommé, bien à tort, germanique.^ que d'autres appellent avec plus de raison ogival (du nom de l'ogive (|ui y joue un rôle essentiel) et que l'on eût pu désigner très-justement sous le nom de style français. En effet, tandis que partout ailleurs les édifices de transition sont rares, clair-semés, et (jue le style gothi<ïue apparaît subitement, comme une importation étrangère, on peut, en France, dans cette partie du domaine royal baignée par la Seine, TOise, la Marne et leurs affluents, suivre sur de nomlireux monuments les essais, les tâtonnements divers cpii ont précédé l'éclosion du style nouveau et les phases diverses (|u'il a traversées depuis répoifue de sa constitution définitive juscpi'à celle de sa décadence. Or risle-de-France, dans la seconde moitié du douzième siècle, était travaillée par un niouvement social considérable ; la féodalité militaire et monastique était battue en brèche par la royauté et le clergé régulier, aidés dans cette œuvre par la bourgeoisie naissante ; h>s villes, en s'agrandissant, s'affranchissaient de la domination du <hàteau et de Tabbaye, la nationalité française se constituait. Profon- <lément religieuses, pénétrées d'une foi naïve et exaltée, ces populations urbaines, au fur et à mesure qu'elles se groupaient, sentirent le besoin de mettre leur cité et leurs franchises nouvelles sous la protection de Dieu et d'élever des monuments qui fussent à la fois des témoigna;^'(»s visibles de leuis croyances spirituelles et la marque de leur aflVanchissement temporel. De là cette (juantité considérable d'églises (cathédrales (jui furent fondées, à la fois, sur tous les points du domaine royal, (;t (pii, de même que les basili<jues autrefois, n'étaient pas destinées seulement à la célébration des ofiices divins, mais devaient servir

en même temps de lieux de réunion pour de grandes assemblées politiques et Judiciaires. Les évêques encouragèrent ce mouvement (jui allait enlever aux abbayes, pour la leur donner à eux, la direction spirituelle des niasses urbaines. Pour élever les édifices nouveaux, ils prirent leurs architectes non dans les confrérie? ou ordres religieux, où ils se recrutaient presque exclusivement pendant la période romane, mais parmi cette population laufue (jui se montrait si empressée à donner ses trésors et ses bras pour Tédilication de ces églises et qui. plus d'une fois, se porta tout entière sur les chantiers des catliédrales, naissantes, pour aider de ses mains à construire la maison de Dieu. Aussi, pour lajpremière fois dans Thistoirede Tarchitecture chrétienne, voit-on apparaître les noms de (juchiues-uns (le ceux (jui, sous la direction des évê(|ues, ont construit ces jifrandes églises vraiment populaires : Robert de Luzarches à Amiens, Pierre de Montereau à Paris. Erwin de Steinbach à Strasbourg, Etienne deBonneuil à Upsal, etc. La tâche de c^s artistes était considérable. Il s'agissait d'édifier des nefs de plus en plus vastes pour les fidèles, de donner plus de développement encore au chœur, afin qu'il pût contenir le clergé toujours plus nombreux, depuis les évêques juscfu'aux curés et aux desservants; outre l'autel principal, il fallait disposer des autelssecondaires pour la Vierge et pour les saints, dont le culte allait croissant à mesure que leur nombre augmentait; il était de plus nécessaire de ménager des moyens de communication faciles entre toutes les parties de l'édifice afin de permettre à la foule des fidèles de circuler partout et de s«^ porter à ses autels de prédilection; il fallait enfin éclairer d'une lumièiv abondante toutes les parties de l'église et imprimera l'ensemble du monument ce caractère d'aspiration vers le ciel, de détaclienient des choses de la terre, qui était le trait dominant de la foi de cette époque. Les architectes français de la fin du douzième siècle se montrèrent à la hauteur de leur tâche, f.a disposition en longueur de la basilique fut en général conservée, ainsi (\i\e la forme de la croix latine <iui toutefois n'apparut plus que dans le tracé des hautes nefs. La nef centrale, les transepts et le chœur eurent une largeur égale et furent élevés à b même hauteur et éclairés toujours par des jours directs; la crypte sous le chœur fut définitivement supprimée et (|uel(|ues marches seulement élevèrent le sanctuaire au-dessus du reste de l'édifice; uneou deux rangées df bas-c/)tésou nefs latérales accompagnèrent le vaisseau principal et pou rtournèrent parfois les transepts, presque toujours le chœur, qui s<* terminait par un polygone de trois , cinq ou sept côtés; sur ces bascôtés s'ouvraient des chapelles latérales et, correspondant aux travée.^ de l'abside, des chapelles rayonnantes, où trouvèrent place les autels secondaires ; une chapelle principale, placée danslegrand axe de l'édifice, derrière le maitre-autel, fut consacrée à la Vierge; des tombeaux, des épitaphes garnirent les murs latéraux de ces chapelles ; lu chaire fut placée contre l'un des piliers de la nef, sur le côté, vers les transepts ; le siège épiscopal et les stalles du (»lergé furent disposés sur les côtés du chœur, formé par le prolongement de la nef au delà des transepts, et en avant du maitre-autel ; un bufiet d'orgues pour acconipa-

{jçnor lo chant fut drossé sur une tribune disposée soit au-dessus de l'entrée principale, soit transversalement à Tentrée du chœur (et appelée dans ce csisjuhé); les cloches furent installées dans deux grandes tours, disposées sjTnétriquement sur les premières travées des bas-côtés, de manière à encadrer la façade occidentale; des tours semblables accompagnèrent parfois la façade des transepts ; la grande tour centrale (jui, dans beaucoup d'églises romanes, était placée à Tintersetîtion des nefs, fut en général supprimée et remplacée par une flèche légère en charpHite. Toutes les parties de Tédifice étaient voûtées suivant le principe que Ton avait commencé à appliquer déjà à la lin delà période romane, c'est-à-dire de façon à reporter au moyen d'arcs diagonaux tout le poids des voûtes sur les piliers et sur les points correspondants des murs latéraux, que Ton fortifia au moyen de contreforts extérieurs de plus en plus saillants. L'arc en ogive, formé de deux segments de cercle se coupant à angle aigu, servit de base à toutes ces voûtes et fut bientôt exclusivement employé. Il avait le grand avantage de permettre de poser des voûtes d'arête, non -seulement sur des espaces carrés ou à côtés sensiblement égaux , conmie pendant la pcrriode romane, mais aussi sur des travées rectangulaires à côtés inégaux ; il suffisait pour cela de rendre plus aigus les. arcs jetés sur les petits côtés de manière à ce que le point d'intersection de leur ogive arrivât sensiblement à la même hauteur (jue celui des arcs des gi*ands côtés. L'arc en ogive avait cet autre avantage de posséder, par sa construction nïème, une force de port(»e beaucoup plus considérable tout en exigeant des dimensions beaucoup plus faibles, et par suite des points d'a[)piii plus légers. Tout le poids des voûtes supérieures se trouvant ainsi, grâce à l'ogive, diminué et complètement reporté sur les piliers intérieurs et sur les contreforts extérieurs, reliés à eux par des arcsboutants, il devenait possible de réduire les dimensions des piliers et d'ouvrir largement les murs latéraux de la nef et des' bas-côtés. Les fenêtres devinrent promptement si grandes qu'il fallut les diviser par des menaux verticaux, réunis dans le haut par des ogives et des rosaces; de grandes rosaces pareillement subdivisées furent posées dans les pignons des façades, au-dessus des portails d'entrée. La lumière devint alors si vive qu'il fallut en atténuer l'éclat, et la peinture sur verre vint juste à point pour tamiser cette clarté trop abondante. Bientôt ces vitraux sur lescpiels l'art des peintres verriers retraça l'histoire du Christ et la vie des saints, devinrent l'un des ornements les plus importants de l'église. La sculpture d'ailleurs ne resta pas en arrière et seconda merveilleusement l'architecture et la peinture. Elle dressa des statues sur les montants des grands portails, sous les ogives des galeries, dans les tabernacles dont on orna les contreforts; elle couvrit de bas-reliefs symboliques les tympans et les voussures des portes, les clôtures des chapelles et du chœur; renonçant complètement aux éléments empruntés à l'ornementation antique ou byzantine, elle s'attacha à reproduire les types de la llore indigène et recouvrit de ses crochets, de ses feuilles enroulées, de ses trèfles et de ses fleurons, nonseulement les corbeilles des chapiteaux et les grandes moulures des

frises et des corniches , mais les rampants des pifoions et les gables ai^s que Ton éleva au-dessus des portes et des fenêtres et jusqu^aux pinacles et clochetons (jui terminèrent les contreforts, auxquels ils servirent à la fois de décoi'ation et d'amortissement; Il n'y eut plus bientôt une seule surface de Tédificequi ne fût refouillée, travaillée par la main de l'artiste et obligée de concourir au but commun : la glorification de la foi. — Né vers laMn du douzième siècle, le style nouveau se développa pendant le cours du treizième siècle, et au commencement du siècle suivant déjà il avait atteint son apogée ; l'art chrétien avait trouvé une expression nouvelle et complète, dépouillée cette fois de tout emprunt païen et répondant parfaitement, comme disposition et comme forme, aux besoins religieux de l'époque. Dédain du corps et aspiration de l'àme vers le ciel , telle était la devise delà foi d'alors: sacrifice des formes extérieures au bénéfice de l'effet intérieur et tendance à l'élévation donnée à toutes les parties tant extérieures qu'intérieures de rédifice,c/est à-dire prédominance des lignes verticales sur les horizontales, tel est aussi le principe fondamental de l'architecture religieusedu treizièmeau quinzième siècle. La grandeur même de l'idéal qui inspira ses œuvres fut cause de sa prompte décadence. A force de vouloir toujours subordonner la matière à l'idée et escalader le ciel, on finit par tenter l'impossible; on n'étudia les règles de la construction <jue pour les tourner ou les braver, les propriétés des matériaux que pour essayer jusqu'à quelle limite on pouvait les dompter ; on voulut avant tout frapper les imaginations, éblouir, émouvoir les âmes; on créa des difficultés pour le plaisir de les vaincre, et l'artifice remplaça l'art véritable. La sculpture, d'ascétique, devint grimaçante, rornementation, de légère, puérile; les voûtes trop audacieuses s'écroulèrent, les piliers trop réduits s'écrasèrent, les flèches trop élancées furent renversées par 1q vent ou frappées par la foudre. Dès la fin du <|uinziëm^ siècle la déciidence était générale, et dans le cours du siècle suivant le style gothicjue fut abandonné presque partout, après avoir régné en maître pendant trois siècles dans toute la chrétienté et l'avoir couverte de monuments en partie admirables, mais la plupart inachevés. — Les caractères des édifices gothiquessont sensiblement les mêmes dans les difl*érents pays où ce style a été adopta* ; aussi la distinction par écoles y est-elle beaucoup moins facile ((uepour la période romane. Au lieu de la division par régions on a adopté, pour la classification des églises gothiques, la division par épocjues correspondant aux périodes de formation, d'apogée et de décadence du style ; on distingue ainsi trois époques principales : P le gothique primaire ou à lancette (de la fin du douzième au commencement du quatorzième siècle), auquel on doit les cathédrales de Paris, Reims, Amiens, etc.; â" le gnthique secondaire ou rayonnant ((piatorzième siècle), dont les œuvres principales sont les cathédrales de Strasbourg et de Cologne; 'A'* \e gothique tertiaire ou flamboyant {{\\\\\mlm\Q siècle), qui a élevé la cathédrale et l'église Saint-Ouen à Rouen. Parti de l'Ile-de-France, le style gothique s'est répandu avec une rapidité surprenante dans toute la France (cath. de Bordeaux, de Lyon, de Narbonne, etc.), en Espagne (catli.

-de Burgos, de Tolè(ie, de Séville, etc.), mais surtout en Allemagne (catli. de Vienne, d'Ulm, d'Halberstadt, églises de Nuremberg, etc...), •et en Angleterre (cath. d'York, de Liclilield, d'Ely, abbaye de Westminster, etc.), L'Italie (dômes de Sienne, d'Orvieto, de Milan) n'en a adopté les formes et le principe qu'avec répugnance et y a mêlé fréquemment des réminiscences antiques ou romanes. C'est d'elle que •devait partir le mouvement qui détrôna le style gothique, pour le remplacer par une nouvelle et dernière formejde l'art chrétien (voy. Violletle-Dixc , Diction, de t architecture ^ I, p. 16(5, Paris, 1867; F. Kugler, ^esck. der gothischen Baukunstj Stuttgart, 1859; V\x%\\\^ Exemples ofgo^ ihic arc^i^, Londôn, 1838, etc.).

IV. Style de la Renaissance, L'Italie, même dans les édifices où elle semblait adopter le plus franchement le style gothique, n'avait jamais •entièrement renoncé à l'arc plein-cintre. Il apparaît avec persistance dans les monuments italiens-de la fin du quatorzième siècle, accompagné déjà de réminiscences antiques très-caractérisées ; dans le cours du (fuinzième siècle, la réaction cx)ntre l'architecture ogivale prend le dessus et l'arc brisé est définitivement écarté. Cette révolution en architecture avait été précédée et préparée par une révolution dans les lettres et dans les sciences : on s'était jeté avec un goût marqué dans l'étude de l'antiquité, de sa littérature, de sa mythologie, de ses monuments, et l'on se prenait d'enthousiasme pour les chefs-d'œuvre qu'elle avait produits ; on était las du spiritualisme exagéré du moyen-àge et on revint à apprécier les formes extérieures des choses indépendamment du beau idéal. A côté de ce retour vers le passé, on avait le sentiment très-vif que bien des choses étaient à changer dans l'état social •et religieux du présent: un esprit de rénovation et de réforme souillait aussi bien sur les artistes que sur les savants et les théologiens. La foi religieuse du grand nombre allait d'ailleurs en diminuant d'intensité, à, mesure ([ue les mœurs de la noblesse et du clergé allaient se pervertissant ; la religion devenait de plus en plus alVaire de pratiques extérieures, de cérémonies toutes matérielles que Ton s'attachait à rendre aussi imposantes, aussi pompeuses que possible. A un pareil relâchement dans les mœurs et les croyances religieuses, joint à un esprit de libre reciierche et de réaction contre les praticjues de l'ascétisme et de la superstition, devait correspondre une transformation dans l'architecture. Les dispositions générales des édifices religieux ne furent guère modifiées ; toutefois on revint avec prédile<;tion vers le plan en forme de croix grec([ue, avec une grande coupole sur la partie centrale, et on supprima, surtout en Italie, les clochers et, par suite, la tendance verticale des façades extérieures de l'édifice. Les voûtes en arête furent 'Conservées, mais on les surbaissa et on les couvrit de culs-de-lampe et de pendentifs; la voûte en berceau continu reparut et on la divisa •en compartiments réguliers ornés de rosaces et de sculptures diverses ; la voûte en coupole enfin fut perfectionnée en ce sens (pour la première fois par Brunelleschi à Florence) que pour les grands dômes, on superposa deux coupoles dont l'une terminait l'édifice intérieurement et dont Tautre, tout en abritant la première, donnait à la partie centrale une

silhouette extérieure plus belle et plus élancée. Mais c'est dans les formes générales et dans les détails de la décoration que le changement fut le plus profond. On revint franchement aux ordres anticjues, avec leurs colonnes à proportions fixes et leurs entablements, aux frontons bas, aux feuilles d'acanthe et à une ornementation toute conventionnelle. Malheureusement, au lieu de puiser l'inspiration aux sources de Tart, en Grèce, on la chercha dans les monuments de Tarchitecture romaine, que Ton avait sous les yeux et qui trop souvent étaient des œuvres de décadence et de mauvais goût; c'est ainsi que Ton emprunta à certains édifices du Bas-Empire les frontons courbes ou brisés, dont la Renaissance devait faire par la suite un si fàcheux^abus. Par contre, Tornementation fut en général d'un goût délicat et la sculpture ci>uvrit toutes les surfaces lisses des pilastres, des frises et des voûtes, d'une profusion d'arabesques où des rinceaux de Heurs, des gtn'rlande^ de fruits s'enroulent ingénieusement autour de gi'acieux candélabres ou de vases finement profilés, entremêlés d'emblèmes chrétiens et mytliologiques, de tètes humaines, de génies ailés, moitié anges, moitié amours, et d'animaux fantastiques. La peinture enfin vint couvrir de ses fres(iues éclatantes les grands pleins de l'architecture et contribuer puissamment à la rénovation du goût artistique. — Le ([uinzième et le commencement du seizième siècle virent s'élever, à Rome et dans toute l'Italie, un nombre considérable d'églises conçues dans le style nouveau (voy. LetàvomWy, Edif.de Hume moderne, Paris, 1857; J.Burckckhardt, Gesch. der Renaissance in Italim, Stuttgart, 1868). Construits avec un gi'and luxe de matériaux et d'après les dessins d'artistes tels que Bramante, Raphaël, Michel-Ange, Palladio, Serlio, etc., ces édifices purent éblouir et charmer les yeux et donner satisfaction d'ailleiu*sàla religion tout extérieure de l'époque, mais ils n'en présentent pas moins des contradictions flagrantes, provenant de combinaisons malheureuses de l'art antique et des traditions chrétiennes, et de l'absence de cet accord intime et parfait entre les nécessités constructives et la décoration extérieure, qui est une des conditions essentielles d'un art élevé et complet. Le style de la Renaissance atteignit son apogée en Italie» avec le dôme de Saint-Pierre à Rome. Il passa dans le courant du seizième siècle en France (église Saint-Eustache à Paris ; abside de Saint-Pierre à Caen), en Allemagne (église de Wolfenbùttel) et dans les autres pays de l'Europe. Il eut, en général, dans chacun de ces pays, un caractère particulier résultant de son mélange avec les formes et les détails du style ogival, ([ui l'avait préc^^dé, et subit d'ailleurs les influences locales les plus diverses. En dehors de l'Italie, on éleva en somme, avant le dix-septième siècle, peu d'églises et ce fut rarchitecture civile surtout qui s'empara et profita du style nouveau ; celui-ci créa toutefois un grand nombre d'objets mobiliers, autels, chaires, stalles, fonts baptismaux, buffets d'orgues, etc., qui sont des chefsd'œuvre de grâce et de finesse. Avec le dix-septième siècle la Renaissance italienne, strictement classicjue, s'introduisit presque en tous pays et Ton éleva partout des imitations de Saint-Pierre de Rome ; à Paris, le dôme des Invalides et l'église du Val-de-Gràce ; à Londres, l'église

Saint-Paul ; à Vienne, Téglise Saint-Charles-Borromée. En même temps une nouvelle révolution s'opérait en Italie ; Tordre des jésuites s'emparait du style de la Renaissance, le dépouillait de sa grâce et de sa richesse et le transformait en une architecture lourde, sèche, pauvre et pompeuse tout ensemble, à laquelle on donna le nom de styk des jésuites et (jui fit, à la suite de cet ordre, le tour de TEurope.

V. Le dix-neuvième siècle a inauguré dans le domaine de rarchitccture chrétienne, de même que dans celui des sciences, des lettres et de Tart en général, une ère nouvelle, ère de recherches, de critiques, de restaurations, de découvertes incessantes. Pour la première fois depuis que les hommes bâtissent, depuis qu'ils élèvent des temples à la Divinité, on a repris et l'on fait revivre, non-seulement l'une des formes de l'art employées précédemment, comme à l'époque de la Renaissance, mais toutes ces formes à la fois. On a étudié patiemment, consciencieusement, l'architecture de tous les peuples, dans tous les temps, et tandis que les uns relevaient avec un soin minutieux les temples de l'Egypte, de la Grèce et de Rome, d'autres exploraient avec passion les cathédrales du moyen âge pour découvrir les règles et les principes (jui avaient présidé à leur construction. Puis, ces études faites, l'on a construit des monuments religieux dans tous les styles connus, chrétiens et non chrétiens. C'est ainsi que Paris a vu s'élever, dans ce siècle, des églises de style gréco-romain (la Madeleine), latin (Saint- Vincent-de-Paul), byzantin (l'église russe), roman (Saint-Ambroise), gothique (Sainte-Clotilde) et de la Renaissance (la Trinité). Le caractère essentiel de l'architecture religieuse contemporaine est donc Yéckctisme. Ce caractère vraiment nouveau dans l'histoire de l'architecture est-il l'indice ([ue le cycle des inventions en matière d'architecture est épuisé, et que l'humanité ne construira plus désormais que d'après l'un des types consacrés par les traditions successives, ou n'est-il que le ti*ait précurseur d'une période de préparation, d'élaboration d'un style nouveau? L'avenir seul pourra donner une réponse à cette question. La Réformation et l'extension du protestantisme, il faut le dire en terminant cette étude, n'ont eu jusqu'à ce jour d'autre influence sur l'architecture chrétienne que d'en entraver le développement. Les premiers protestants, de même que les premiers chrétiens, furent trop absorbés par les luttes qu'ils eurent à soutenir pour leur foi, piour attacher une grande impoitance à la bonne disposition des localités dans lescjuelles ils célébrèrent leur culte. Là où ils étaient les maîtres, ils s'installèrent tant bien <ïue mal (plutôt mal que bien) dans les églises catholiques, se bornant à supprimer les ornements et emblèmes en contradiction avec leurs croyances ou qui étaient de nature à les cho(iuer; toutefois, ils déplacèrent, partout où la chose était possible, la chaire pour la mettre à l'endroit de l'église où le prédicateur fût le mieux vu et. entendu par les fidèhîs. Lorsqu'ils eurent à élever des églises nouvelles, ils les firent en général simples et sévères, s'en tenant aux dispositions en usage pour les églises catholi([ues, en se bornant à diminuer l'emplacement réservé dans celles-ci au chœur. On a reproché avec quelque raison au protestantisme de s'être emparé des formes de la religion qu'il venait

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coinlmtlre et de Tart (jue le catliolieisme avait su créer et développer à son image, et, partant de là, on a accusé le protestantisme d^impuissance ou de dédain en matière d'art. 11 n\îst que juste cependant de faire remarquer que le protestantisme, au début, n'entendait point renverser le catholicisme, mais simplement le réformer; qu'il combattait, non la tradition de l'E^^lise catholiqueen elle-même, mais les abus qui s'y étaient introduits peu à pou, et que s'il prêcha avec conviction un retour vers les croyances et les pratiques du christianisme de l'Eglise primitive, il n'a jamais entendu répudier ce que l'Eglise chrétienne a produit de gi'and et d'élevé depuis sa fondation jusf|u'à répo(|ue de la Héformation. Le temps a fajt défaut, d'ailleurs, au protestantisme pour donner la mesure de son génie créateur dans le domaine de rarchitecture religieuse; trois si('*cles, dont deux de luttes et de persécutions, sont peu de chose pour l'invention d'un style nouveau. Cen'estqu'a(Mrès <{uatre siècles de tâtonnements que les chrétiens ont élevé leurs premières basiliques, bien imparfaites encore an point de vue de l'art; les architectes des périodes romane et ogivale ont pixxHklé par le dévdoppement lent et progi'essif des formes traditionnelles; la Renaissance enfin n'a fait que reprendre et rajeunir des éléments empmntés à l'antiquité païenne. Des essais divers ont été tentés au siècle dernier, mais surtout de nos jours, pour donner aux tempUîs protestants des formes et des dispositions répondant pai*faitement au caractère et aux exigences du culte protestant. L'un des pi'emiers et des plus célèbres est celui réalisé au commencement du dix-septième sièi'le par Jac(fues de Brosse, artiste distingué et zélé protestant, dans son temple de Charenton. Ce temple devait avoir le plan des basiliques antiques et les formes de l'architecture classique la plus sévère; il a été détruit après la révocation de l'édit de Nantes, et Jacques de Brosse n'a guère trouvé, depuis, d ' imi tateurs ; les dessins i mparfaits qu i en ont été conservés ne permettent pas, d'ailleurs, de juger de la valeur artistique de son œuvre. Les gi*andes guerres de la fin du siècle dernier et des premières années du dix-neuvième siècle n'ont pas été favorables à la construction d'églises nouvelles; mais depuis le milieu de ce siècle, il se fait un travail considérable dans ce sens. Un certain nombre de temples protestants ont été élevés; la plupart, il est vrai, de dimensions restreintes. Presque tous les architectes chargés de les édifier ont adopté le style gothique ou celui de la Renaissance et la disposition, légèrement modifiée, des églises catholiques à trois nefs; on a simplement diminué ou supprimé complètement le chœur, rétabli et agrandi les tribunes et transporté la chaire à l'extrémité de la nef centrale, soit dans l'axe principal du temple, demère l'autel, soit de côté à sa proximité. Cette disposition, convenable pour des églises peu considérables, devient fâcheuse pour des temples d'une ceilahie grandeur; les fidèles, placés à l'extrémité d'une longue nef, n'entendent que très-imparfaitement la voix du prédicateur parlant à l'autre bout, et la moitié des auditeurs assis dans les bas-côtés ou sur les tribunes ne peuvent ni voir ni entendre convenablement le pasteur, caché à leurs yeux par les colonnes ou piliers qui divisent les nefs et soutiennent les tribnncïs et les voûtes hautes. Or^

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