ARGOVIE — ARIANISME
d'Etat, sur la proposition de la paroisse. Quelques paroisses seules choisisseut directement leur pasteur, faisant en cela usage d'un droit antique. Les traitements des pasteurs varient entre 1714 et 2857 fr. Le catéchisme de Heidelbcrg, revisé en I8^il, est encore généralement suivi, quoique Tesprit actuel ait bien changé. L'ancienne liturgie bernoise a servi de base à la litui'gie argovienne. Les principales sociétés sont les sociétés bibli(iues, de stfcours parmi les protestants, pastorales, de bienfaisance. 11 existe aussi une caisse des veuves de |>asteurs. Les moraves sont assez nombreux, mais sans organisation; les baptistesont ({uelques adhérents. Mentionnons encore les israélites au nombre de 1541 avec deux synagogues, à Kndingen et Lengnau. — BMiofjrnpfiie : Annuaires et almanachs officiels, textes de lois; G. Finsler, Kirchl, Statisttk der reform. Schweiz, E. Vaucher.
ARIANISME, hérésie relative à la divinité de Jésus-Christ. Elle naquit en Egypte» au commencement du ({uatrième siècle, se répandit surtout en Orient où elle se maintint pendant (juatre-vingts ans environ, et du cinquième au septième siè<'le fut importée en Occident par les invasions des barbares. Son histoire comprend quatre phases principales.
1. Arius, originaire de Lyliie, eut pour maitre le presbytre Lucien, fondateur de Ui célèbre école dWntioche et |)artisan de Paul de Samosate. d'après une lettre d'Alexandre, évé<|ue d'Alexandrie. Il était Irèsversé dans la dialecti(|ue et d'unc^ tendance d'esprit éminemment intellectualiste. Dans les premières années du <i uatrième siècle, il devint diacre de l'Eglise d'Alexandrie; mais lorsqu'éclata le schisme de Mélétius (30(5), il fut excommunié par Tévêque Pierre d'Alexandrie pour s'être rangé du côté des dissidents. Après la mort de Pierre ( 311 ), il se réconcilia avec son successeur Achillas, et obtint de lui la dignité de presbytre. Plus tard, sous l'épiscopat d'Alexandre, successeur d'Achillas , il marcha . d'après Athanase , sur les traces du presbytre €olluthus, son contemporain. Celui->ci s'opposait aux empiétements de Tautoiité épiscopale sur celle des presbytres, comme Mélétius, évoque de Lycopolis avait résisté au pouvoir croissant du métropolitain d'Alexandrie sur les évêïjues provinciaux ; et il avait consacré des presbytres, entre autres un nommé Ischyzas , comme Mélétius avait consacré des évéques. Nous ne savons jusqu'à quel point Arius poussa dans le domaine ecclésiastique son hostiUté envers Alexandre ; l'opposition qu'il manifesta contre lui vers la même épo<iue sur le terrain dogmatique eut un retentissement bien auU'ement considérable. L'évéque Alexandre soutint un jour, dans une assemblée de son clergé, que la doctrine de la Trinité n'exclut pas celle de l'unité de Dieu. Arius e-xprima un avis contraire : « Si le Père a engendré le Fils , le Fils a commencé à exister; il y avait donc un temps où le Fils n'existait pas; le Fils tire son existence du néant. » Alexandre , tout en admettant la subordination du Fils au Père (d'après Jean XIV, 28), parce que, disait-il, le Père seul existe par lui-même, tandis (|ue le Fils tire, son être du Père; et, tout en reconnaissant que la nature du Fils engendré occupe une place intermédiaire entre le Père non engendré et les créatures, n'en enseignait pas moins l'éternité et la divinité du Fils. Il
écrivit à Arius de revenir à la foi catholique; et comme Arius s'efforçait de répandre ses vues dans les rangs du clergé et du peuple, il réunit à Alexandrie un synode, qui l'excommunia (321). Arius avait gagné à sa cause un certain nombre d'évêques étrangers, entre autres Eusèbe de Xicomédie, Ëusèbe de Césarée, Paulin de Tyr, etc. Après que sa rupture avec Alexandre fut devenue définitive , il constitua le parti quMI avait en Egypte en une Eglise particulière. En 322 il fut obligé de quitter la ville, chassé par Tévéque Alexandre, comme il le racîonte lui-même dans la lettre qu'il écrivit de Palestine à Eusèbe de Nicomédie, tant pour se plaindre des violences dont il avait été l'objet, que pour déterminer à sa façon le sens des propositions qu'il avait énoncées à Alexandrie. Eusèbe invita Paulin de Tyr et plusieurs autres évéques à écrire à Alexandre, ainsi qu'il l'avait fait lui-même en 321, pour le prier de réadmettre Arius dans l'Eglise. Alexandre resta Inflexible. Pour être plus près de son protecteur, Arius se rendit à Nicomédie; c'est là sans doute qu'il écrivit son ouvrage intitulé rAa/fa (6 aXsia, banquet) dont Athanase a conservé quelrpies fragments, et qui parait avoir contenu , entremêlées à l'exposition dogmatique , des poésies en style populaire sur les différents points de sadoctrine. L'on raconte, en effet, que les ariens se servaient de ce livre comme d'un recueil de chants pendant leurs repas. Pour mieux répandre ses idées parmi le peuple, Arius ne dédaignait pas de recourir à ce genre littéraire , témoin les chansons qu'il composa pour les pêcheurs, les batehers, les meuniers et les voyageurs. De Nicomédie, il essaya de se réconcilier avec Alexandre; dans la lettre (\nï\ lui écrivit à cet eflet, il ne renonçait à aucune de ses doctrines , mais il s'efforçait de les présenter sous les apparences les plus orthodoxes possible. Ce fut peine perdue. Alors les évêques de son parti réunirent en Bithynie, sans doute à Nicomédie même, un syno(le dont ils opposèrent l'autorité à celle du synode d'Alexandrie. Ils y rédigèrent une circulaire, pour prier les évêciuesde continuer à entretenir la communion ecclésiastique avec Arius et ses partisans, et d'intercéder en leur faveur auprès d'Alexandre. Peu de temps après un synode, réuni en Palestine, permit aux ariens de recommencer à célébrer publiquement le culte, mais leur recommanda en même temps de redoubler d'instances auprès d'Alexandre pour obtenir de lui leur réadmission dans l'Eglise. La querelle gagnait peu à peu tout l'Orient. Le peuple même commençait à se passionner jxnir ces questions de métaphysi(]ue; déjà les païens tournaient en ridicule, dans leurs théâtres, la doctrine de la Trinité. Plus tard, la confusion était devenue si générale, que l'on a pu dire qu'il n'y avait plus de localité 011 l'on n'entendit les discussions les plus animées sur les rapports (lu Père et du Fils, jusque dans les boutiques des marchands. — C'est vers cette époque que Constantin, devenu seul maître de l'empire, se déclara ouvertement pour le christianisme. L'Evangile lui pai'aissait offrir une base autrement solide à sa domination que le paganisme vieilli et battu en brèche. La religion n'était pour lui qu'un moyen de gouvernement. Comme en sa ({ualité d'empereur il était le pond'fex maxmits de la religion de l'Etat, il résolut d'étendre sur la religion
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nouvelle rautorité souveraine que ce titre lui conférait sur le paganisme. Le but constant de ses efforts fut désormais de sauvegarder Tunité de TEglise dans sa doctrine et dans son organisation, caria paix religieuse lui paraissait être la condition indispensable de la tranquillité politique. Craignant donc de voir les ariens lui susciter en Orient les mêmes difficultés que lui causaient les donatistes dans la province d'Afrique, il ne prit conseil que de la raison d'Etat (\u\ lui prescrivait d'étouffer cette querelle aussi vite que possible, sans se soucier de l'intérêt que pouvait avoir l'Eglise à ce qu'une discussion de cette importance suivit son cours libre et régulier. 11 écrivit donc à Alexandre et à Arius, qui était revenu à Alexandrie, «de lui rendre des jours tranquilles et des nuits sans soucis )>, et puisqu'il ne pouvait les forcer de penser de même sur (( une question (|ui ne méritait pas tant de discussions», de «contenir du moins leui: bavardage vis-à-vis du peuple», afin de ne pas l'amener, par le spectacle de leur querelle, «soit à des blasphèmes, soit à des divisions». L'évoque Hosius, de Cordoue, qui, depuis de longues années, vivait à la cour et jouissait de la confiance de r<»nipereur , fut chargé de porter cette lettre en Egypte et en même temps d'apaiser, si possible, le différend. 11 réunit dans ce but un concile h Alexandrie. Son contact avec Athanase, diacre de l'Eglise d'Alexandrie et conseiller d'Alexandre, parait avoir exercé une certaine inilnence sur lui et précisé ses idées sur la Trinité dans un sens défavorable à Arius , car nous le rencontrons désormais parmi les adversaires de celui-<M. Voyant que ni sa lettre, ni la mission conciliatrice d'Hosius n'avaient eu le résultat désiré, Constantin résolutde terminer la (juerelle en la soumettant au jugement de TEglise entière. 11 professait, extérieurement du moins, un si grand respect pour l'autorité des conciles, qu'il allait jus(]u'à reconnaître la voix de Dieu même dans les décisions d'une nombreuse assemblée d'évêciues. Cela ne devait pas l'empêcher d'intenenir dans le débat en faveur de la doctrine dont le triomphe lui paraissait répondre le mieux à ses intérêts; et, dans le cas 011 la discussion n'aboutirait pas à une entente complète, c'était un prétexte pour imposer aux dissidents l'opinion de la majorité et rétablir par la force l'unité de l'Eglise. Il convo(|ua donc le premier concile œcuménique à Nicée. Alexandre, de même qu'Arius, n'y comptait qu'un nombre assez restreint de partisans; la grande majorité des évê(iues n'avait pas apporté d'opinions bien arrêtées sur les divers points du débat et occupait une position mal définie entre les deux minorités hostiles. Elle représentait assez exactement l'état des esprits avant la naissance de la querelle arienne. Dans le fonds commun des opinions émises pendant les deux siècles précédents, chacun des évêques de cette majorité avait choisi celles <]ui lui paraissaient traduire le plus fidèlement l'enseignement de l'Ecriture. Il en était résulté dans ce parti, dont les tendances étaient à la fois moins positives que celles d' Athanase et moins négatives que celles d'Arius, une <îertaine variété d'opinions , assez bizarres parfois, et destinées en vertu même de leur peu de profondeur, à s'effacer devant Tune des deux grandes doctrines ([ui allaient se trouver en présence. Le temps et la libre
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discussion eussent seuls pu rendre ce dénoiiment vraiment durable et fécond pour l'Eglise : mallieureusemeut , Fempereur venait de placer la majorité du concile dans la nécessité de se prononcer immédiatement sur une question aussi grave et aussi peu mûre encore. Aussi il'est-il pas étonnant ({ue c«tte majorité ne soit pas restée fidèle plus tard à sa décision première, qu'elle ait obéi pendant de longues années à rinflueuce cliangeante des circonstances, et qu'elle ne se soit approprié que lentement cette même doctrine qu'elle avait contribué à établii: à Nicée , surtout si Ton songe qu'eli l'établissant elle a cédé tout autant à la pression qui lui venait des régions officielles, qu'à l'éloquence d'Âtlianase. — Le concile s'ouvrit le 19 juin 325. Anus, secondé par les deux Eusèbe, exposa et défendit sa doctrine dans des conférences privées, puis dans plusieurs séances publiques; il trouva un adversaire infatigable en la personne d'Athanase , qu'Alexandre avait amené à Nicée, et qui était appuyé dans la discussion par Marcel d'Ancyre et Hosius. Pour clore le débat, on proposa de s'en tenir à la simple déclaration que « le Fils est issu du Père». C'était une tentative de cx)nciliation : mais Athanase et ses amis combattirent cette formule comme trop vague, car «on peut également dire des créatures iju'elles sont issues de Dieu, en tant qu'elles n'ont pas en elles-mêmes le principe de leur existence)), et ils réussirent à faire adopter parle concile la rédaction suivante : (( le Fils est issu de la substance du Père » . Gomme les ariens se montraient disposés à signer également cette formule, ce pui:yqu'on peut dire dans un certain sens que toutes les créatures sont issues de la substance divine», Athanase et ses partisans proposèrent de dire: «le Fils est comubstantiel (b[ksoj7ioq) au Père », afin de couper court aux interprétations tortueuses des ariens par une expression qui ouvrait un abime entre la nature unique du Fils et celle des créatures. Cette expression devait devenir le mot d'ordre de l'orthodoxie. Les ariens la rejetèrent comme étrangère à TEcriture, comme entachée de sabeliianisme et comme ayant été condamnée pour œ dernier motif par le cx)ncile d'Antioche de l'année 269. Athanase et ses amis répondirent que sans doute le terme même ne se trouve pas dans l'Ecriture, mais que le sens est paiiaitement biblique; et qu'en le condamnant, les Pères du concile d'Antioche n'en avaient pas voulu interdire en général l'usage, mais n'avaient fait que flétrir l'interprétation erronée qu'en avait donnée Paul de Samosate, alors qu'il avait présenté ce mot comme la vraie formule du sabellianisme. Depuis lors , ce terme avait été employé, notamment par Denis d'Alexandrie, pour désigner l'unité de la substance divine, sans préjudice pour la distinction des personnes; c'est dans ce sens qu'Athanase venait d'en recommander l'adoption aux membres du concile. Tout dépendait de la manière dont se prononcerait le parti qui formait le centre de l'assemblée. Les deux minorités s'efforcèrent de l'attirer chacune de son côté. Eusèbe de Césarée proposa dans ce but une confession de foi , conçue en termes parfaitement ortliodoxes, d'une signification assez vaste cependant pour que les hommes de toutes les opinions, depuis Anus jusquâ Athanase, pussent s'en accommoder. Christ y était appelé « le
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Veri)e de Dieu, Dieu issu de Dieu, Lumière issue de la Lumière, Vie issue de la Vie, le Premier né de toute la création , engendré par le Père avant tous les temps». Le sabellianisme seul y était expressément condamné; la doctrine de la consubstantialité s'y trouvait passée sous silence. Comme la sentence du synode d'Antioche avait rendu cette doctrine plus ou moins suspecte, la confession d'Eusèbe avait des chances sérieuses de succès. C'est par l'opposition ée l'empereur que c^tte suprême tentative de conciliation devait échouer. Constantin, en effet, intervint à ce moment dans la discussion. Il déclara ([u'il ne trouvait rien à reprocher à la confession d'Eusèbe, sinon qu'il y manquait la chose capitale, le mot « consubstantiel. » Hosius et ses amis, à la prière desquels il venait Sims doute de prendre part aux débats, lui avaient mémesuggéré, parait-il, l'argument théologique suivant, qui, tombant de la bouche du maître de l'empire, nt^ pouvait man((uer de produire son effet sur la majorité des évêrpies : « Par ce terme il n'est nullement question d'attribuer à la substanc4^ divine des affections corporelles, car une nature spirituelle, immatérielle, ne peut éprouver des souffrances physiques. Cette expression est seulement destinée à bannir de la notion du Fils toute idée de ressemblance avec les créatures » : c'est-à-dire que pour comprendre laconsubstanlialitéduPèreetdu Fils, il n'est pas nécessaire d'admettre une division de la substance divine en deux parties, d'après l'analogie des êtres matériels qui ne participent à la même substance qu'en vertu <le la divisibilité de la matière. En outre, Constantin, pour se donner le plaisir de faire à sa manière une leçon de théologie aux évéques assemblés, ajouta à cette argumentation purement négative une explication positive des rapports du Fils et du Père : « Le Fils a existé avant tous les temps, car avant d'avoir été engendré il a déjà existé virtuellement dans le Père ; le Père a donc toujours été Père, comme le Fils a toujours été virtuellement Roi et Sauveur. » Nous doutons que Hosius et ses partisans aient été fort satisfaits d'une théorie qui réduisait Vv^ ternité du Fils à une simple possibilité d'existence, sans réalité concrète : cette. manière de voir, inspirée à l'empereur par la culture néoplatonicienne de son esprit, se rapprochait de très-près de l'arianisme; elle passa inaperçue. Le résultat de ces longues discussions fut le rej<^t de la confession d'Eusèbe comme trop vague, et l'adoption du symbole dit de Nicée, rédigé, d'après Athanase, par Hosius lui-même : « Nous croyons en un seul Seigneur, Jésus-Christ, le Fils de Dieu, le Fils unique engendré du Père, c'est-à-dire de la substance du Père, Dieu issu de Dieu et Lumière issue de la Lumière, vrai Dieu issu du vrai Dieu, engendré et non fait, consubstantiel au Père, etc. y> La formule se terminait par la condamnation des principales propositions d'Arius. Eusèbe de Césarée eut la faiblesse de signer ce symbole. Dans la lettre qu'il adressa peu de temps après à son Eglise, il eut recours à des sous-entendus pleins d'équivoque et à des interprétations sophistiques des expressions du symbole pour justifier une conduite qui lui avait été dictée, assurait-il, par le désir de rendre la paix à l'Eglise. A l'entendre, les mots(( consubstantiel au Père » signifiaient seulement que le
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Fils ne ressemble en rien aux créatures, mais est semblable en tout point (xxri xavTa Tpc-ov 'cjAsto;) au Père seul, de la substance duquel il a été engendré et non d'une substance étrangère ; de plus, il est vrai de dire, selon lui, que le Fils n'a pas été « fait » par le Père, car ce n'est que des autres créatures, de celles qui ont été faites par le Fils, qu'on peut dire qu'elles ont été faites ; enfin, s'il a condamné les propositions d'Arius : « le Fils est créé du néant ; il y a eu un temps où le Fils n'était pas ; le Fils n'a pas existé avant d'avoir été engendré, » c'est parce qu'elles ne sont pas scripturaires, et parce que le Fils a existé « avant son incarnation ». L'exemple d'Eusèbe trouva de nombreux imitateurs, si bien qu'à la lin il ne resta plus du côté d'Arius que cinq évêques, dont plusieurs avaient été ses condicisples à l'école d'Antioche : Eusèbe de Nicoraédie, Tbéognis de Nicée, Maris de Chalcédoine, Théonas de Marmarica et Seeundus de Ptolémaïs. Lorsque Constantin eut déclaré qu'il punirait de l'exil ceux des évêques qui refuseraient de signer le symbole, les^rois premiers se soumirent ; les deux autres furent destitués et bannis. Arius lui-même fut exilé en Illyrie. Ses écrits durent être livrés aux autorités et brûlés ; l'empereur détendit sous peine de mort de posséder en cacbette de ses livres. Leur adhésion tardive à la formule de Nicée ne sauva cependant pas Eusèbe de Nicomédie et Tbéognis de la colère de Constantin. Avant la fin de l'année 325, l'empereur les lit destituer par un synode convoqué à cet effet, et les exila en Gaule, parce qu'ils avaient reçu chez eux quelques délégués des mélétiens, qui traversaient la Bitbynie pour se rendre à Constantinople. Ces délégués étaient venus pour exposer à Constantin les griefs que nourrissaient contre le parti de Tévéque Alexandre ceux des mélétiens ciui n'avaient pas voulu accepter les propositions conciliatrices que le concile de Nicée avait faites à Mélétius et ses adhérents, pour faire cesser leur schisme. Les évêques de cette fraction extrême voulaient bien, il est vrai, conserver leurs charges, comme le concile le leur avait accordé, mais refusaient d'ouvrir leurs églises à révê([ue d'Alexandrie. Leurs envoyés furent mal reçus à la cour ; l'empereur leur enjoignit de se conformer strictement aux volontés du concile de Nicée. La victoire de l'orthodoxie était complète ; malheureusement elle était ternie non-seulement par la part qui revenait à l'influence personnelle de l'empereur dans cette défaite de l'hérésie, mais encore par les mesures de répression que Constantin avait prises contre Arius et ses amis. Déjà riiérésie était déclarée crime public. — D'après les sources mentionnées plus haut, la doctrine d'Arius a été la suivante : « Il existe un seul Dieu, non-engendré, éternel. Ce Dieu n'a pas toujours été Père; il y a eu un temps où il ne l'était pas. Il a engendré un Fils, c'est-à-dire il Ta créé du néant (è; ojy. cvtwv). Le Fils n'est pas égal au Père ; il ne participe pas à son essence et à son éternité, car, à moins de cesser d'être Fils, il ne peut posséder une essence non-engendrée, ce qui introduirait en Dieu deux essences non-engendrées. Il n'est pas même semblable au Père, car il est engendré dé nature et né dans le temps; il est une créature, une œuvre du Père, et comme tel il a commencé à
exister: il y a eu un temps ou il n'était pas. 11 est de nature complètement étrangère au Père et d'une substance différente de la sienne (èTEccjj'.o;). C'est par la libre volonté du Père que le Fils a été engendré et non de la substance du Père, car la substance divine ne pourrait engendrer qu'une substance égale à elle-même, c'est-à dire nonengendrée. Le Père est incompréhensible au Fils, ainsi qu'à toutes les créatures ; ce qui a commencé à être ne saurait comprendre ce qui est sans commencement. Le Fils ne connaît le Père que dans une certaine mesure, autant qu'une créature peut le connaître ; il ne connaît même pas sa propre substance. Ce n'est pas en vue de lui-même, mais en vue de nous que le Fils a été créé ; son existence est subordonnée à celle des autres créatures. Quand Dieu a voulu nous créer, il a d'abord créé un être qu'il a appelé la Parole, la Sagesse, aiin de nous former par lui. Si Dieu n'avait pas voulu nous créer, le Fils n'aurait pas été créé. Le Fils participe aussi peu à la perfection morale de Dieu qu'à ses attributs métaphysiques; en tant que créature, il possède une nature susceptible de changements; il est libre de rester bon ou de se tourner vers le mal, comme Ta fait le diable. Aussi est-il improprement appelé la Parole et la Sagesse de Dieu, car il a été fait lui-même par la Sagesse qui se trouve en Dieu et par la Parole avec laquelle Dieu a fait toutes choses. Il faut distinguer en Dieu deux Sagesses et deux Paroles ; le Fils a été appelé par gi'àce la Parole et la Sagesse de Dieu, parce qu'il a obtenu en partage la Parole et la Sagesse que Dieu possède en lui. En lui-même il n'est pas vrai Dieu; il n'a été appelé ainsi que par grâce: il ne possède même de nature rien de divin, et n'a aucun avantage sur les autres lils de Dieu ou créatures; c'est par pure grâce que le Père l'a adopté pour son Fils. D'où lui est venue cette distinction? Dieu l'a choisi parmi toutes les créatures à cause de la pureté morale de sa vie: ou plutôt prévoyant que par sa libre détermination le Fils resterait dans la voie du bien, Dieu n'a pas attendu qu'il eût réellement vaincu le mal pour lui communi(iuer la gloire divine, mais il la lui a donnée d'avance, au mo« ment de sa création. C'est par la libre volonté de Dieu, et non en vertu de sa propre nature, que le Fils est ce qu'il est : par la volonté sage de Dieu il est devenu la Sagesse du Dieu sage. » Après avoir ainsi abaissé le Fils, Arius le relève jusqu'à la similitude avec le Père; il essaye de concilier les intérêts de la religion avec les nécessités de la dialectique en rendant au Fils, à titre de dons gratuits de Dieu, quelques-unes des perfections qu'il lui a refusées tantôt. Il l'appelle une créature parfaite et immuable. Fils unique. Dieu parfait; il affirme que si le Fils n'a pas existé avant d'avoir été créé, il a du moins existé avant tous les temps, car le temps n'a commencé qu'avec la création du monde ; et il pousse réquivo(|ue et la subtilité jusqu'à prétendre que la formule « le Fils est créé du néant » signifie seulement que le Fils n'est pas une partie de Dieu, et qu'il ne tire pas son existence d'une matière déjà existante. Sa conclusion est que s'il existe actuellement une Trinité, il n'y avait primitivement qu'unité en Dieu, et que les personnes de la Trinité sont infiniment séparées les unes des autres par le rang qu'elles occu-
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)>eiit et par la nature de la substauce dout elles sont coiujiost^s : le Père règne sur le Fils comme son Dieu ; le Saint-Esprit n'est que lapn^ mièi*e créature du Fils, comme le Fils est la première créature du Père. Otte doctrine a pour base le vieux dualisme païen entre Tiniini ei le lini : le Père demeure renfermé dans Tabsoluité de son être, sans se (*^nnuuni(|uer à personne, pas même au Fils. Ce dualisme n'existe pas seulement dans la Trinité entre le Père et le Fils, mais jusque dans la nature même du Père entre sa substance, organe de sa manifestation iiitinie, et sa volonté, instrument de sa manifestation relative. Les coostM|uences religieuses et morales de cette manière de voir sont F impossibilité d'une révélation de Dieu et d'une rédemption de l'humanité dans le christianisme, et en dernière analyse Talfranchissement comf)let de l'homme vis-à-vis d'un Dieu qu'il ne connaît pas, et, puisque ce Dieu refuse de descendre justfu'à lui, sa propre déification par la voie de la liberté morale absolue (Baur).
ir H. La doctrine d 'Anus ne formait pas un tout homogène ; elle réunissait sans les concilier deux notions contradictoires, celle de la différence substantielle du Père et du Fils et celle de leurressemblance. Aussi les esprits auxquels elle était offerte, ont-ils retenu de préférence Tune ou l'autre manière devoir,suivant leurs dispositions particulières. Déjà avant 325, £usèbe de Nicomédio, dans sa lettre à Paulin de Ty r, et, peu après le concile de Nicée, Eusèbe de Césarée avaient énoncé l'opinion que le Fils est semblable au Père. Cette idée fut présentée plus tard sous la forme plus scientifique de la ressemblance substantielle du Père et du Fils (5^'.s*icrio;). On peut donc dire que les partisans d'Arius se divisèrent dès l'origine en deux groupes : les ariens stricts, chez les<|uels la doctrine de la ressemblance du Fils et du Père n'était qu'une concession faite à l'intérêt de la religion et une inconséquence destinée à disparaître bientôt; et les ariens modérés, qui professaient précisément cette doctrine et qui la conservèrent après 3!25,touten se soumettant extérieurement à la formule de Nicée. Ces derniers reçurent plus tard le nom de tuemiariens. Les ariens stricts jugèrent prudent, après leur condamnation, de cacher leurs doctrines extrêmes et de s'allier aux ariens roo- 4lérés contre leur ennemi commun, Athanase. L'unité du parti arien se trouva ainsi constituée pour quelque temps. Dirigé par d'habiles pcditi<|ues, le parti issu de la fusion de c^s deux tendances, et désigné comumnément sous le nom d'etisébiens, d'après ses deux principaux chefs, oubliera ses propres divisions pour ne plus songer qu'à gagner à force d'intrigues la faveur impériale, et à dominer à son tour dans TKglise. Plus tard, quand la victoire sur l'orthodoxie aura rendu cette alliance moins nécessaire, la tendance extrême renaîtra de son efiacement momentané ; les deux fractions, restées seules dans la lice, s'y combattront à leur tour avec des chances diverses, jusqu'à ce que, 4^))uisées toutes deux par cette lutte intestine, elles soient contraintes 4le céder définitivement la place à la doctrine de Nicée. — En 328 mourut Alexandre. Athanase, quoique simple diacre, fut désigné comme son suc(;esseur par les évéques d'Egypte et de Lybie réunis en synode, et sur les instances tumultueuses du peuple. Il notifia son élection à
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Constantin, qui la confirma. Au dire des ariens, il n*aurait été nommé (jue par une minorité de sept évéques, qui faillirent au serment qu'ils avaient prêté, ainsi <jue leurs collègues, de ne choisir qu'un évêque qui convint à tous les partis. La même année, un nouveau changement se produisit dans la politique ecclésiastique de Constantin. La sœur de l'empereur, Constantia, lui avait recommandé à son lit de mort d'écouter les avis d'un presbytrc à qui elle avait accordé sa confiance, et qui était dévoué à l'arianisme. Ce presbytre n'eut sans doute pas de peine à démontrer à Constantin que le concile de Nicée n'avait pas rendu la paix à l'Eglise, et que ce résultat ne serait pas atteint aussi longtemps qu'un parti jouirait exclusivement de la faveur impériale: que d'ailleurs l'opinion d'Arius n'était pas bien éloignée au fond de celle que l'empereur lui-même avait énoncée au concile. Anus fut rappelé de l'exil (328), et reçu avec bienveillance par Constantin. Il lui remit une confession de foi rédigée presque entièrement en termes scripturaires qu'ariens et orthodoxes pou^'aient. indifféremment signer. L'expression « consubstantiel au Père » y man<]uait ; Christ était simplement appelé « le Fils engendré avant tous les temps ». Arius y exprimait le vœu d'être réadmis dans la communion de l'Eglise par les « pieux efforts » de Constantin, et engageait l'empereur à mettre un terme à ces « oiseuses discussions ». Quand les deux évéques exilés apprirent le retour d'Arius, ils écrivirent une lettre à leurs collègues, qui se trouvaient sans doute assemblés à ce moment en synode, pour les prier d'intercéder en leur faveur auprès de l'empereur, disant qu'ils ne s'étaient jamais rendus coupables d'aucune liérésie, qu'à Nicée ils avaient signé le symbole parce qu'ils avaient « bien pesé et bien compris la signification du mot consubstantiel », et que s'ils n'avaient pas signé l'appendice renfermant la condamnation d'Arius, c'est parce qu'ils avaient été persuadés par la lecture de ses écrits et par ses déclarations verbales qu' Arius au fond n'admettait pas lui-même les propositions qu'on lui attribuait. Ces explications ambiguës parurent suffisantes à l'empereur et aux évéques : Eusèbe de Nicomédie et Théognis de Nicée furent rappelés (328). Aussitôt k^ hostilités commencèrent. A peine revenu dans son diocèse, Eusèbe de Nicomédie demanda à Athanase de recevoir Arius dans l'Eglise. Sur son refus, il obtint de Constantin une lettre enjoignant à l'évêque d'Alexandrie de lever l'excopimunication qui pesait sur Arius, sous peine de déposition et il'exil. Athanase demeura inflexible : oc L'Eglise, répondit-ii, ne peut recevoir dans sa communion un hérétique qui combat le Christ. » L'empereur, quelque irrité qu'il pût être de cette désobéissance, ne donna pas suite à ses menaces. Les ariens avaient compris que tout progrès de leur part se heurterait infailliblement à l'opposition d'Athanase ; ils résolurent de l'éloigner à tout prix du siège d'Alexandrie. Ils pouvaient provoquer sa destitution par l'empereur, en le chargeant d'un crime politique, ou même d'un crime de droit commun ; ou bien ijs pouvaient le faire déposer par un synode en l'accusant d'un délit ecclésiastique ; ils employèrent l'un et l'autre moyen, et, pour être plus sûrs du succès, ils s'allièrent à ceux des mélétiens qui avaient perse-
véré dans le schisme, et ils les chargèrent d'attaquer à découvert la position de leur ennemi commun, en se réservant prudemment de les appuyer auprès de Tempereur. Les évêques Ëustache d'Antioche, Asclepas de Gaza, Ëutrope d'Andrinople, comptaient parmi les adversaires les plus déterminés d'Arius : pour priver Athanase de leur appui, Eusèbe de Nicomédie et Théognis de Nicée élevèrent contre eux, au concile d'Antioche, entre autres accusations, celle de sabellianisme, et les tirent destituer et remplacer par les ariens. Ce fut le prélude du combat. En 330, les mélétiens accusèrent Athanase auprès de Tempereur d'avoir imposé aux Egyptiens un impôt de toile, destinée à la confection d'habits sacerdotaux. Deux presbytres d'Alexandrie, Apis et Macarius, qui se trouvaient par hasard à la cour, n'eurent pas de peine à démontrer la fausseté de cette allégation. Les ennemis d' Athanase formulèrent aussitôt de nouvelles accusations contre lui : il avait envoyé, disaientils, une caisse pleine d'argent à un rebelle du nom de Philumenos, et dans l'une de ses tournées de visite il avait laissé son presbytre Macarius briser la coupe sacrée, renverser l'autel et brûler les livres saints dans le lieu de culte qu'Ischyras avait ouvert dans un petit village de la province de Maréotis, et dans lequel celui-ci avait continué à accomplir des actes sacerdotaux, quoique le synode tenu en 324 par Hosius à Alexandrie eût invalidé les ordinations faites par Colluthus. Athanase fut mandé à Nicomédie ; il y resta de 331 à 332, dans une situation assez pénible. A la lin cependant il réussit à établir si bien son innocence, que l'empereur lui donna à son départ une lettre pour le clergé et le peuple d'Alexandrie, dans laquelle il l'appelait un évéque vraiment digne de ce nom. Pour réparer ce double échec, les mélétiens aggravèrent encore leurs accusations : ils allèrent jusqu'à prétendre qu' Athanase avait tué un de leurs évêques, Arsenius, qu'il lui avait coupé la main droite pour s'en servir à des actes de sorcellerie , et comme preuve de ce qu'ils avançaient, ils montraient cette main enfermée dans une boite. Quanta Arsenius lui-même, ils l'avaient caché dans un de leurs couvents de la Thébaïde. Bientôt cependant, apprenant qu'Athanase avait envoyé un diacre à sa recherche, ils lui liront quitter l'Egypte ; Arsenius vint à Tyr, où il tut reconnu par l'évêque de cette ville et obligé d'avouer son identité. Constantin avait chargé un de ses officiers de faire une enciuôte sur ce meurtre, et avait signifié à Athanase de se tenir prêt à comparaître devant son tribunal. Quand il apprit qu'Arsénius avait été découvert à Tyr, sa colère se tourna contre^les mélétiens ; il écrivit à Athanase une lettre très-flatteuse, dans laquelle il lui promettait que si ses ennemis renouvelaient leurs calomnies, il entendait présider lui-même le procès qui leur serait intenté, et qu'il les punirait non suivant les lois de l'Ëghsc, mais suivant celles de l'Etat. Au moment où la faveur impériale paraissait se tourner définitivement du côté d'Athanase, Ischyras et Arsenius écrivirent à l'évêque d'Alexandrie pour implorer son pardon et obtenir de lui leur réadmission dans l'Eglise? l'évêque Jean, le successeur de Mélétius à Lycopolis, qui dirigeait le parti des mélétiens depuis la mort de ce dernier, écrivit une semblable lettre, en l'adressant, non à Athanase, mais directement à
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Constantin, ce qui caractérise bien le but dans lequel ces personnages avaient jugé à propos de faire acte de pénitence. Sur le refus d'Athanase de les recevoir dans TEglise avant la fin de leur vie et sans doute aussi à la nouvelle d'un nouveau changement dans les dispositions de Tempereur à l'égard d'Athanase, ils retirèrent leur rétractation et revinrent à leur ligne de conduite antérieure. £n effet, les eusébiens avaient si bien réussi dans l'intervalle à circonvenir (Constantin, que les mélétiens purent non-seulement élever contre Athanase de nouvelles accusations, telles que d'avoir été irrégulièrement élu, de s'être rendu coupable d'actes de violence dans son diocèse, et même d'avoir mené une conduite immorale, mais qu'ils osèrent encore renouveler leurs anciennes accusations, et l'histoire d'Ischyras et celle d'Arsénius, dont l'examen, disaient-ils, avait été très-superliciel, témoin le faux Arsénius qu' Athanase avait fait paraître à Tyr. Se déliant de la clairvoyance de l'empereur, ils obtinrent même que ce nouveau procès serait jugé non pas devant lui mais devant un synode. Grâce à l'habileté avec laquelle ils s'étaient jusqu'à présent efiacés dans la lutte, les eusébiens allaient devenir les arbitres entre Athanase et les mélétiens. Mais Athanase, devinant leurs menées, refusa de comparaître devant le synode de Césarée (33'i), où a ses accusateurs devaient être ses juges ». Cette conduite indisposa fort Tempereur contre lui, et donna une singulière force aux insinuations des eusébiens, qui le représentaient comme un évêque indocile, orgueilleux et obstiné, dont la présence dans l'Eglise était incompatible avec la tranquillité publique. Par décret de l'empereur, un nouveau synode se réunit à Tyr (333). Il était composé à l'origine d'environ soixante évêques, presque tous orientaux; les eusébiens y formaient la majorité, et dans leur nombre se trouvaient Ursacius de Singidunum, en Pannonie, et Valens de Mursa, en Mœsie, dont la conduite ultérieure devait donner le spectacle de la plus scandaleuse versatilité. Les deux Eusèbe y dominaient. L'empereur s'y lit représenter par un de ses officiers, appelé Denis. Athanase refusa le nom de synode à une assemblée (( dirigée par un officier impérial, et dans laquelle les évêques sont introduits par le notaire de l'empereur et non par un diacre de l'Eglise »; et il ne se rendit à Tyr que sur un ordre formel de Constantin. Il s'y lit accompagner par quarante-neuf évêques égyptiens de son parti, dans l'espoir de contrebalancer ainsi la puissance de ses adversaires. L'identité d'Arsénius fut reconnue d'une manière définitive par le synode; de plus la femme de mauvaise vie, avec laquelle Athanase devait avoir entretenu des relations, introduite dans l'assemblée des évêques et invitée à désigner Athanase, se trompa et désigna unpresbytredunomdeTimothée.Résolusà ne pas laisser échapper la dernière arme redoutable qu'ils eussent entre leurs mains, les eusébiens décidèrent d'envoyer en Egypte une commission chargée de s'enquérir des actes de violence qu 'Athanase devait avoir commis dans radministi*ation de son diocèse. Cette commission se composait des adversaires les plus décidés d'Athanase. Ischyras devait la guider dans ses recherches; Athanase et Harcarius, au contraire, durent rester à Tyr. Des évêques égyptiens du synode remirent à leurs I. 37
rollègues et au représentant de Constantin une pmtestation énergique contre cette «conspiration». Arrivés à Alexandrie, les commissaire^refustîrent d'entendre les dépositions des partisans d'Atlianase; ils admirent, par contre, le témoignage d'apostats et même celui de païens, ils n^étaient, en effet, pas venus pour démêler soigneus<^ment rélément de vérité, qui, vu le caractère énergique et absolu d'Athanase, pouvait se trouver sous telle des accusations élevt^s contre lui, des exagérations et des calo^nli(^s que la malveillance y avait ajoutées. Le clergé orthodoxe d'Alexandrie et celui de la province de .Maréotis envoyèrent des lettres de protestation contre cette» manière d'agir, aux membres du s\Tiode de ïyr et au gouverneur de TEgypte, avec prière d'en communicpier le contenu à Tempereur. Sur la lecture du rapport qui lui fut présenté, le synode de Tyr prononça la destitution d'Athanase. 11 lui fut défendu méilie de séjourner à Alexandrie, de peur que sa présence n'y occasionnât des troubles. Cette sentence fut rendue publique par une circulaire dans laquelle était énumérée une série de méfaits dont Athanase devait avoir été convaincu, entre autres sa conduite envers Iscliyras, son refus de conq)araitre à Ct»sarée et de se soumettre aux décisions du synode de Tyr, les tumultes qu'il aurait f)rovoqut'»s dans cette dernière assemblée et les paroles outrageantes ([u'il y aurait adressées à certains évéques. Avant de quitter ïyr, les évé()ues du synode reçurent les mélétiens dans la communion de l'Eglise; puis ils se rendirent à Jérus;dem, ils levèrent l'excommunication prononcé*^ contre Arius et ses amis, après avoir assisté à la consécration (W l'église ((ue (Constantin avait fait bâtir dans cette ville, (y est sur l'invitation directe de l'empereur que l'assemblée de Jérusalem venait de se déclarer aussi ouvertement contre les décisions de Nicée: dans la lettre qu'il avait écrite aux évéques pour les engager à réadmettre dans TEglise Arius et ses amis, « qui en avaient été retranchés récemment par envie », il avait rendu témoignage luimême de l'orthodoxie d'Arius, (ju'il assurait avoir interrogé et dont les réponses l'avaient satisfait ; la confession de foi qu'Arius lui avait remise dans cette circonstance se trouvait jointe à sa lettre. Il n'était phis fait mention, dans ces négociations, de la doctrine de Nicée. Athanase était revenu à Alexandrie avant le retour de la commission d'enquête à Tyr. Quand il apprit sa condamnation, il se rendit à Constantinople et pria l'empereur de lui accorder en sa présence un <lébat contradictoire avec ses ennemis. La demande était trop équitable pour pouvoir être refusée : Constantin ordonna aux membres du synode de se rendre immédiatement de Jérusalem à Constantinople. Mais les eusébiens, redoutant les révélations que la minorité orthodoxe eût pu faire devant l'empereur, surent empêcher, suivant Athanase, le synode entier de se transporter dans la capitale, et tirent en sort(î ([u'il n'y vint qu'une simple délégation synodale, de laquelle ils étaient sûrs. En outre, craignant que le procès ne se rouvrît dans les conditions défavorables où il s'était trouvé autrefois, ils recoururent à une nouvelle accusation de nature essentiellement politique, qu'ils savaient devoir produire son effet sur l'esprit de l'empereur ;
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« Atlianase a empêché les blés d'K*j:ypte d'arriver à Coustaiitinople. » Constantin, dans sa colère, exila Âthanase à Trêves (335!. Les eusébiens présents à Conslantinople songèrent à poursuivre l'avantage obtenu. Us s'adjoignirent un certain nombre de leurs collègues, et tinrent un synode dans la capitale, malgré les eiforts de Tévéque de cette ville, Alexandre. Marcel d'Ancyre, qui, dans sa polémique contre Tévéque arien Astérius, s'était permis <]uelques expressions entachées de sabellianisme, et dont le procès avait été déjà commencé à Jérusalem, fut destitué et excommunié. Ordre fut donné de brûler les copies de son livre. Rien ne s'opposait plus à l'admission solennelle d'Arius dans l'Eglise. Cette c^^rémonie ne pouvant avoir lieu à Alexandrie, à cause du puissant parti qu'y possédait Athanase, les eusébiens résolurent de la célébrer dans la capitale même de l'empire. La veille du jour fixé, un samedi, l'évéque Alexandre se rendit à l'église, en compagnie de deux presbytres dont l'un était Macarius, et, s'agenouillant devant l'autel, il adressa à Dieu, au dire d'Athanase, la prière suivante : « Si Arius doit être reçu demain dans l'Eglise, enlève-moi auparavant de c« monde ; mais si tu as pitié de ton Eglise, et je sais que tu en as pitié, n'abandonne pas ton héritage à la ruine et à la honte, et ôte Arius de cette terre, afin que l'hérésie et l'impiété n'entrent pas avec lui dans l'Eglise». Le soir de ce même jour, Arius traversait la ville en compagnie d'Eusèbe de Nicomédie et de quelques amis, quand il fut obligé de se retirer dans une latrine publique où il fut trouvé mort peu d'instants après (336). Le lendemain, Alexandre célébra les louanges de Dieu, « non ({u'il se fut réjoui de la mort d'Arius, mais parce qu'il voyait dans cet événement un jugement du Seigneur même ». — Dans la lutte entre l'arianisme et l'orthodoxie, la question de principes avait si bien prévalu sur la question de personnes, qui peut-être n'eu avait pas été complètement absente à l'origine; en outre, tant d'éléments divers s'étaient ajoutés successivement au fond premier du débat, que les deux auteurs de la querelle disparurent l'un après l'autre, sans que leur mort exerçât une influence quelconque sur l'issue de la lutte. Constantin mourut le 22 mai 337, après avoir été baptisé par Eusèbe de Nicomédie. Ses trois fils se partagèrent l'empire et continuèrent la politique ecclésiastique de leur père. En Orient, Constance se prononça pour l'arianisme; en Occident, Constantin II et Constant se déclarèrent pour l'orthodoxie. Dans leur entrevue à Sirmium, en Pannonie, les trois frères décidèrent que les évé(|ues bannis seraient rappelés (338). Sans doute les deux Césars d'Occident comptaient s'attacher les orthodoxes d'Orient par une mesure dont ceux-ci devaient surtout profiter. En automne 338, Athanase revint à Alexandrie. Il avait reçu pour les habitants de cette ville (sujets de Constance) une lettre du César des Gaules, Constantin II, dans laquelle celui-ci le comblait d'éloges, et racontait que Constantin V" n'avait exilé Athanase que pour le soustraire aux mains sanguinaires de ses ennemis, et que, vers la lin de sa vie, il avait même eu l'intention de le rappeler dans son diocèse. Quoi qu'il en soit, Constantin I*^ n'avait pas désigné de
successeur à Athanase. Ce retour de fortune, dû à la pression exercée sur Constance par des princes étrangers, ne fut pas de loup^ue durée pour les orthodoxes. Les ariens s'en prirent d'abord à Tévêque Paul, de Constantinople, partisan d'Athanase, banni peu d'années auparavant pour élection vicieuse, et revenu en 338 dans son diocèse. Ils le chassèrent une seconde fois de son siège et lui donnèrent comme successeur Eusèbe de Nicomédie. Puis ils reprirent leurs intrigues contre Athanase, en plaçant à côté de lui, comme évêque des ariens d'Alexandrie, un ancien ami d'Arius, nommé Pistus. Athanase, de son côté, sentant la nécessité de repousser solennellement les accusations qui pesaient sur lui, réunit à Alexandrie un sj-node de quatrevingts évoques égyptiens, où fut rédigée, sous forme de circulaire, une apologie complète de sa conduite (340) . La même année, Constantin II fut battu et tué à Aquiiée par Constant ; l'Occident n'avait plus qu'un seul maître. L'évéque de Rome y occupait une position prédominante ; de son attitude dépendait celle de la majorité des évéques latins : aussi ariens et orthodoxes rivalisèrent-ils d'efforts pour le gagner à leur cause. Le premier acte du grand drame avait eu Nicée pour théâtre; le deuxième, Alexandrie; le troisième devait se dérouler autour de Rome, et le dernier autour de Constantinople.
III. Les envoyés des eusébiens rencontrèrent à Rome ceux d' Athanase, et comme ils eurent le dessous dans les discussions qu'ils engagèrent avec eux en présence de l'évéque Jules, ils s'écrièrent, pour sortir d'embarras, qu'ils se faisaient forts de soutenir leurs accusations devant un synode que l'on devait convoquer à Rome. Jules s'empressa d'accepter le rôle d'arbitre que les ariens venaient de lui offrir à la légère : rien ne pouvait mieux lui convenir que le droit de réviser les décisions de tous les synodes tenus par les Orientaux depuis 325. Comprenant, mais trop tard, la maladresse qu'ils avaient commise, les eusébiens tentèrent de rendre d'avance inutile l'œuvre du svnode de Rome en renouvelant au synode d'Antioche (341), la destitution d'Athanase, sous prétexte qu'il avait repris possession de son siège sans l'autorisation d'une assemblée ecclésiastique. Marcel d'Ancvre eut le même sort. Quatre confessions de foi , conçues dans l'esprit du semiarianisme , furent proposées au synode par plusieurs de ses membres et adoptées par lui. La première était rédigée en termes purement bibliques. La deuxième, qui venait du presbytre Lucien d'Antioche et fut simplement approuvée "par le synode, appelait Christ ce le Fils engendré avant tous les temps, Dieu issu de Dieu, l'indivisible issu de l'indivisible, l'unique issu de l'unique, le parfait issu du parfait, l'immuable image de là divinité, de l'essence et de la volonté du Père » ; d'après elle, les personnes trinitaires ne sont pas des noms sans réaUté, mais de vraies personnes « selon le rang et la majesté». La troisième, rédigée par Théophronius, était encore plus explicite : « Christ est Dieu parfait, engendré du Dieu parfait avant tous les temps, qui a toujours existé auprès du Père comme une hypostase réelle ». La quatrième se rapprochait assez de la formule de Nicée, mais il y manquait, comme dans les trois autres, les termes de « consubstantiel au Père» ; comme
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celles-ci, elle n'attribuait au Fils qu'une éternité relative, «avant tous les temps » et n'enseignait pas explicitement la génération du Fils de la substance du Père; comme elles, elle se terminait par la condamnation des propositions d'Arius et de Sabellius, c'est-à-dire que ces confessions s'assignaient elles-mêmes une position intermédiaire entre l'arianisme strict et l'orthodoxie nicéenne, que certains esprits considéraient comme menant inévitablement au sabellianisme. Secondé par le gouverneur d'Alexandrie, le Cappadocien Grégoire, que le synode avait désigné comme successeur à Athanase, prit violemment possession de son diocèse pendant les fêtes de Pâques (341), et contraignit Athanase à quitter la ville. Celui-ci, après un court séjour dans les environs d'Alexandrie, pendant lequel il retraça dans une éloquente circulaire les actes de sauvagerie qui avaient marqué l'arrivée de Grégoire, se rendit à Rome, accompagné de deux moines, qui furent pour l'Italie une apparition d'un genre tout nouveau. Le synode convoqué par l'évêque Jules se réunit en 342. Il se composait de cinquante évêques, tous occidentaux : Athanase, Marcel et Paul furent déclarés innocents et réconciliés avec l'Eglise. Les eusébiens s'étaient excusés de ne pas venir, en disant que les évêques occidentaux ne pouvaient rien changer aux décisions de leurs précédents synodes. Athanase resta en Italie; il mit à profit son séjour pour raffermir i'épisc'opat latin dans la foi de Nicée. La même année, mourut Ëusèbe de Constantinople, la vraie, tête du parti arien, l'âme de toutes les intrigues ourdies contre Athanase ; il avait su prendre sur Constance le même ascendant qu'il avait déjà possédé sur Constantin. Après des luttes sanglantes qui nécessitèrent l'intervention de l'empereur, les ariens réussirent à écarter Paul, qui était revenu, et à faire prévaloir leur candidat, Macédouius. Ëusèbe de Césarée, le savant historiographe, était mort quelques années auparavant, et avait été remplacé par son disciple Acacius. Malgré les efforts tentés à Autioche par les eusébiens pour se donner une apparence d'ortliodoxie aux yeux de Constant et de l'épiscopat latin qu'ils savaient encore assez peu imbu des doctrines de Nicée, aucune de leurs quatre confessions n'obtint l'assentiment du synode de Rome. Les eusébiens essayèrent de réparer cet insuccès en tenant un nouveau synode à Antioche (343). Une nouvelle confession de foi, de tendance également semiarienne et appelée la'longue confession (\LXApoT:v/Gq), y fut rédigée. «Quoique subordonné au Père, disait-elle, le Fils a cependant été engendré du Père, par la volonté du Père, avant tous les temps; il est de nature (^jaei) Dieu véritable et parfait, égal au Père en toutes choses ; et il a été tel de tout temps. » Sont rejetées les opinions suivant lesquelles il y aurait dans la Trinité trois Dieux ou bien une seule personne, et suivant lesquelles le Fils aurait existé idéalement comme Parole immanente au Père avant d'exister d'une manière réelle comme Parole manifestée, ou bien aurait été engendré nécessairement par le Père, ou bien aurait été créé du néant. Arius, qui était mort réconcilié avec l'Eglise, n'y est point nommé à côté de Sabellius, Marcel et Paul de Samosate, quoique ses doctrines y soient condamnées comme les leurs. Une députation d'évè*
ques fut chargée de porter ce document en Italie : il leur fut répond» qu'on n'entreprendrait pas un nouvel examen des questions déjà tranchées par le concile de Nicée, à la formule duquel on devait s'en tenir. Les évêques latins résolurent de porter remède à une situation aussi déplorable. Comme les lettres que Constant avait écrites sur leurs instances à son frère, pour demander le rappel des évêques exilés, étaient restées sans effet, ils prièrent Constant de s'entendre avec Constance en vue de la convocation d'une assemblée générale des évêques de l'empire, chargée de mettre lin à toutes les querelles pendantes. Les deux souverains convoquèrent en 347 ce concile à Sardica, en Illyrie. Il y vint environ 170 évêques, dont 70 Orientaux. Pendant que ces derniers traversaient la Thrace, ils apprirent que leurs collègues déjà présents à Sardica avaient admis Athanase, Paul et Marcel, sur la conduite ou la doctrine desquels le synode devait se prononcer, à siéger dans l'assemblée avec voix délibérative. Ils envoyèrent de Philippople des députés pour demander que les évêques en question quittassent le synode jusqu'après l'examen de leur affaire ; puis ils continuèrent leur voyage. Sous cette question de formalité judiciaire se cachait la question bien autrement grave de savoir si les décisions des précédents synodes orientaux seraient prises ou non en considération par les évêques occidentaux, si l'Eglise d'Orient allait subir ou non la prédominance de l'Eglise d'Occident. A Sardica les Orientaux renouvelèrent leur demande, et, pour gagner du temps, proposèrent d'ordonner de nouvelles enquêtes dans les diocèses des évêques incriminés. Mais les Occidentaux leur déclarèrent qu'ils ne pouvaient exclure de l'assemblée des évêques dont plusieurs synodes, notamment celui de Rome, avaient constaté l'innocence ; cjue d'ailleurs ils considéraient tous les synodes tenus depuis 325 comme nuls et non avenus, et regardaient le concile de Sardica comme le continuateur de celui de Nicée. De même ils jugèrent de nouvelles enquêtes inutiles, puisque les accusés étaient présents. Sur ce refus, les Orientaux quittèrent Sardica à l'exception de deux d'entre eux, qui tenaient pour Athanase, et revinrent à Philippople où ils se constituèrent en synode particulier. Ils commencèrent par signer la quatrième confession d'Antioche pour prévenir toute accusation d'hérésie; puis ils renouvelèrent l'excommunication d Athanase, de Marcel et de Paul, et frappèrent de la même sentence les principaux membres du synode de Sardica, entre autres Jules et Hosius. Pendant ce temps le synode de Sardica, sous la présidence de Hosius, déclara qu'il s'en tiendrait strictement à la formule do Nicée, sans addition ni commentaires, proclama l'innocence d'Athanase et»de ses deux amis et excommunia les chefs du parti arien, entre autres Acacius, Ursacius et Valens. En outre il adopta plusieurs canons qui ont une haute importance dans l'histoire du droit ecclésiastique. Une grande effervescence s'était emparée des esprits. A Andrinople, l'évêque Lucius, accusé d'avoir jeté aux chiens les hosties consacrées par les ariens, fut exilé, tandis que dix de ses partisans furent décapités. Les deux évêques orientaux restés à Sardica, furent é^'alement exilés. A Alexandrie, le gouverneur reçut de l'empereur l'ordre de surveiller les ports, pour saisir
Athanasc et le mener au supplice, s'il se présentait; bientôt après, Tévêque Grégoire, qui avait essayé depuis son arrivée d'extirper l'orthodoxie de son diocèse, fut assassiné dans une émeute populaire. — Pailie d'une communauté d'E^^ypte, la division religieuse s'était étendue sur tout l'empire. La rupture était consommée entre Rome et Constantinople. Une tentative de conciliation n'eût pu venir que de l'autorité impériale; malheureusement les deux Césars étaient aussi divisés parla religion que par la politiifue. Tout dépendait de savoir qui des deux frères parviendrait à imposer à l'autre ses préférences théologiques. Constance étant alors en guerre avec les Perses, son frère crut l'occasion favorable, et lui écrivit de reconnaître les décisions de Sardica et de rappeler les évê(|ues bannis, le menaçant, s'il refusait, de l'amener lui-même Atlianase à Alexandrie. Constance crut prudent de céder sur le second point. Atlianase se défiait sans doute de cette faveur inatten> due, car il fallut trois lettres de Constance pour le décider à quitter Aquilée et à venir à Constantinople où l'empereur le reçut avec tous les dehors de la bienveillance. En passant par la Palestine, il décida Maxime de Jérusalem à réunir dans c^tte ville un synode, qui, réglant son attitude sur celle de l'empereur, proclama l'innocence d'Athanase. Ursacius et Valens, qui avaient été exilés à leur retour en Oc(;ident, pour le rôle qu'ils avaient joué à Sardica, jugèrent prudent de se réconcilier avec lui. Dans une lettre à l'évèque Jules, ils reconnurent la fausseté de toutes les accusations élevées contre son protégé; en outre ils s'adressèrent directement à Atlianase pour lui demander son pardon. Celui-ci, pendant ce temps, était rentré en triomphe à Alexandrie (348). L'enthousiasme du peuple s'était manifesté d'une bien singulière manière : beaucoup de jeunes gens et de jeunes lilles s'étaient voués à la vie monacale, qu'Atlianâse estimait très-haut; d'autres avaient fêté le retour de leur évêque par des actes de charité extraordinaires. En 350 Constant fut assassiné par Magnenc^. Cet usurpateur disputa pendant trois ans l'Occident à Constance. Celui-ci, occupé en outre par la gueiTe contre les Perses, crut nécessaire de ménager pendant ce temps Athanasc et les orthodoxes. Cependant au synode de Sirmium(351) les évoques orientaux préludèrent aux hostilités qui ne devaient pas tarder à se rouvrir, en condamnant un disciple de Marcel, Photin de Sirmiuro, pour crime de sabellianisme. La cx)nfession adoptée par ce synode reproduit les doctrines de la « longue formule. » L'année suivante mourut l'évèque Jules; son successeur, Libérius, n'avait pas sa force de caractère. Atlianase venait de perdre en deux ans ses deux plus puissants soutiens. Les ariens tirent un nouvel essai pour gagner l'évèque de Rome. Depuis son retour, Athanase s'était eftbrcé de détruire l'œuvre de l'évèque George, et de rendre à des orthodoxes la direction des Eglises d'Egypte. Il fut accusé auprès de Libérius d'avoir outrepassé ses droits dans c^tte circonstance. Cité à Rome pour se justifier en vertu du droit d'arbitrage dans les querelles entre évéijues (|ue le synode de Sardica avait reconnu à l'évèque Jules, il refusa d'y comparaître, et Libérius l'excommunia. Cependant, quand il eut reçu la lettre de justification qu 'Athanase avait fait rédiger par un synode d'évèques égyp-
tiens convoqué à cet effet, et suitout quand il eut vu combien d'évéques latins prenaient fait et cause pour l'évéque d'Alexandrie, Libériusse réconcilia avec Athanase. — Par la défaite et la mort deMagnence, Tarien Constance devint seul maître de Tempire (353). Aussitôt il jeta le masque. Par son ordre, uiT synode d'évéques occidentaux et orientaux se réunit la même année à Arles. Les Occidentaux, pour détourner le coup dont Athanase était menacé, proposèrent de s'occuper d'abord des questions dogmatiques, pensant gagner ainsi du temps et jeter la division dans les rangs de leurs ennemis. Mais les Orientaux, qui tenaient la haute main dans l'assemblée, grâce à l'appui de l'empereur, déclarèrent qu'ils n'étaient pas venus pour se livrer à des discussions théologiques; Constance, de son côté, publia un décret dans lequel il menaçait de l'exil tous ceux qui ne consentiraient pas à la condamnation d'Athanase. Tous les évêques, y compris les deux délégués de Libérius, se soumirent, à l'exception de Paulin de Trêves, qui fut banni en Phrygie. L'Orient venait de conquérir la suprématie sur l'Occident. Espérant que leurs affaires se rétabliraient dans une autre assemblée, les évéques latins, à leur tête Libérius, prièrent l'empereur de convoquer un nouveau synode général. Cette assemblée se réunit à Milan (3ao). Les Occidentaux y étaient en grande majorité. Eusèbe de Vercelli, chef du parti orthodoxe, renouvela la proposition de commencer par la question de dogme, et comme elle fut acceptée, il mit aux voix radoption pure et simple de la formule de Nicée. L'évéque Denis de Milan s'apprêtait à la signer, quand Yalens, qui s'était hâté ainsi qu*Ursacius de retirer sa réti*actation après la mort de Constant, lui arracha la plume de la main. Il s'ensuivit un grand tumulte auquel le peuple prit part, ce qui nécessita la translation du synode dans le palais même de l'empereur. Ln, les Orientaux produisirent, par ordre de Constance, une formule qui enseignait que le Fils est subordonné au Père et qu'il ne lui est pas co-éternel, n'étant pas non-engendré comme lui. Malgré les représentations de l'empereur, les Occidentaux, appuyés par le peuple, rejetèrent cette formule comme arienne. Alors on coupa court aux discussions dogmatiques pour s'occuper des nouvelles accusations qui avaient été élevées contre Athanase, entre autres celle d'avoir favorisé Magnence, ce qui constituait un crime de haute trahison. Athanase proteste dans ses écrits avec la plus grande énergie contre cette imputation. Les évêques latins eurent beau représenter à l'empereur i\ue les nouvelles accusations n'avaient pas été convenablemenls examinées, et que les anciennes étaient suffisamment réfutées par la rétractation d'Ursacius et de Yalens, Constance déclara qu'il se portait lui-même pour accusateur contre Athanase, et que sa volonté valait bien un canon de lEgiise; et il ajouta que les membres du synode avaient à excommunier Athanase, ou bien à se rendre eux-mêmes en exil. Tous les évêques obéirent, excepter Lucifer de Cagliari, Eusèbe de Vercelli, Denis de Milan et les délégués de l'évéque de Rome, qui furent bannis en Orient. Hosius et Libérius, qui étaient restés dans leurs diocèses, refusèrent également de se soumettre; ils furent amenés devant l'empereur, qui essaya vainement de les gagner; Hosius dut rester à Sirmiuiii, et
Libérius fut conduit à Bérée, en Syrie. La victoire de TOrient sur l'Occident était complète. Athanase n'avait pas quitté TËgypte depuis 349. Il essaya d'apaiser l'empereur par une députation chargée de réfuter les accusations produites à Milan; ce fut en vain. Craignant de provoquer des troubles, Constance n'osa cependant exécuter immédiatement la sentence du dernier synode; il préféra user de ruse et envoya à Athanase l'ordre de se rendre à Constantinople. Athanase, après avoir consulté son Eglise sur ce qu'il devait faire, resta à Alexandrie. Constance se décida alors à joindre la violence à la ruse : sur son ordre, le commandant des légions d'Egypte, Syrianus, entra dans la ville avee des troupes. Le peuple aussitôt, devinant ses projets, se souleva contre lui. Syrianus, pour l'apaiser, déclara solennellement qu'Athauase n'avait rien à craindre; mais quelques semaines plus tard, il attaqua brusquement, pendant la nuit, à la tête de 5,000 hommes, l'église dans laquelle Athanase présidait au culte. Un combat s'engagea dans l'intérieur du temple : Athanase demeura sur son siège, refusant de fuir au milieu du danger commun, et s'il ne périt pas dans le tumulte, c'est qu'il fut enlevé de sa place et emporté hors de l'église par quelques moines. D'odieux excès suivirent cet acte de violence. Un misérable du nom de Grégoire, originaire de Cappadoce comme l'évéque arien précédent, avait été désigné comme successeur d' Athanase; il fit peu de temps après son entrée dans la ville, entouré d'une escorte de soldats. Le peuple demeura tranquille. Une persécution systématique fut organisée dans toute l'Egypte contre les partisans d'Athanase. La peine du fouet, le bannissement et le travail des mines attendaient les ecclésiastiques qui restaient fidèles à leur foi etàleur évéque ; en même temps parut un décret de Constance, enjoignant à tous les évêques de l'empire de rompre la communion ecclésiastique avec Athanase. Celui-ci, après s'être caché pendant quelques jours dans une maison d'Alexandrie, se rendit chez les ermites de la haute Egypte, ses zélés partisans. Un jour, pris du désir d'aller se justifier devant l'empereur, il se rapprocha d'Alexandrie; mais, apprenantqu'on continuait à le chercher très-activement, il rentra dans le désert. Là il déploya une activité littéraire remarquable ; ses principaux ouvrages virent le jour pendant son troisiènie exil ; il continua à combattre l'arianisme avec la plume, la seule arme qui lui restât encore.
IV. L'arianisme avait atteint son apogée. La persécution sévissait en Orient contre les défenseurs de la foi de Nicée. Athanase et son parti paraissaient définitivement vaincus. Alors éclatèrent dans le parti arien les divergences dogmatiques, dont le besoin d'une action commune œntre un même adversaire avait seul retardé jusqu'alors Tapparition. En 36o, était arrivé à Alexandrie un certain Aëtius, autrefois diacre aAntioche, et qui avait été obligé de renoncer à ces fonctions et de quitter la ville à cause des dissensions que sa présence aui*ait produites dans cette communauté, si elle s'était prolongée. Cet Aëtius avait eu au synode de Sirmium (351) une discussion avec Basile d'AncyreetEustache de Sébaste, dans laquelle l'avantage lui était resté gi*àce à sa connaissance de la philosophie d'Aristote. A Alexandrie, où l'évêiiue
George lui rendit ses fonctions de diacre, il provoqua avec son disciple Ëunomius la renaissance de Tarianisnie strict. Cette tendance à laquelle s'adjoig:nirent principalement Acacius de Césarée, Eûdoxiusd'Antioche, Ursacius et Valens, ne fut cependant jamais représentée dans le parti arien que par une minorité assez petite, à cause des conséquences irréligieuses auxquelles elle aboutissait. Les ariens stricts reçurent d'après leur doctrine les noms (ïanoméens et d'exoiikontiem (àvd|jLS'.sç, è; eux 5vTCi)v), et d'après leurs principaux chefs c^ux d'eutioîniem, d'acaciens. Arius avait défini Dieu, dans le sens platonicien, comme Tètre en soi, incompréhensible même au Fils, mais il avait ajouté que le Fils arrive cependant à connaître Dieu dans une certaine mesure, c^r le Père se révèle à lui par grâce. Cette dernière thèse fait défaut chez Aëtius : il s'est plu à élargir encore Tabime qu'Arius avait ouvert entre Fétre absolu du Père et Têtre relatif du Fils. D'après lui, le Dieu non engendré ne peut pas engendrer, car ce serait communiquer sa substance non engendrée à un être engendré, et faire naître dans Iv temps ce qui existe déjà de toute éternité; d'ailleurs, l'idée de génération éveille des idées trop grossières pour (lu'on puisse l'appliquer à Dieu. Le Fils a donc été créé par la volonté du Père; il n'a pas existé avant d'avoir été créé; sa substance est différente (éTspoujisç, i^fi[xziz;) de celle du Père. Le Fils ne ressemble au Père que par son activité (par la volonté, suivant Acacius), c'est-à-dire |)ar la puissance de créer qu'il partages avec le Père et (lui constitue sa divinité, car elle l'élève au-dessus du niveau ordinaire des créatures. 11 n'existe donc en DiiMi ni Père, ni Fils; le Verbe est en lui-mnme tellement différent de Dieu, qu'il ne le connaît même pas : plus il s'efforce de connaître Dieu, plus ' Dieu se cache devant lui. Après avoir ainsi abaissé le Fils bien plus que ne l'avait fait Arius, et au point de s'attirer le surnom d'athée, Aëtius élève Thomme et ses facultés jusqu'à la similitude avec Dieu, sans se préoccuper de la contradiction qu'il peut y avoir entre cette thèse et la précédente. Dans son rationalisme outré, il proclame, d'après la méthode philosophique d' Aristotcl'intelligibilité absolue de Dieu : a Je connais Dieu aussi bien que moi-même; la faute en est à l'honmie, si son intelligence obscurcie» par de mauvaises pensées n'est plus capable de comprendre Dieu. » Suivant Euncmiius, « Dieu ne connaît pas mieux son essence que nous ne la connaissons ». Pour Aëtius et son disciple la compréhension parfaite de la substance divine consistait, en eftet, dans la notion même de l'être en soi (x^e^^TfZix) que le Père seul possède. Quant au Saint-Esprit, il n'était pour eux, comme pour Arius, que la première créature du Fils. Les eunomiens n'administi*aient le baptême (pie par une seule immersion. La majorité du parti arien, à sa tête Basile d'Ancyre, Eustache de Sébaste, Euzojus, Auxentius de Milan, continua à représenter la tendance plus modérée qui s'était exprimée dans les formules d'Antioche de 341 et 343. Ces semiaricm ('HiJL'.aps'.oi, ariens à demi) rejetaient comme sabellienne la doctrine de l'unité substantielle du Père et du Fils (^5;xsoj(J'.cç =txjtcoùjicç), et comme irréligieuse c^lle de leur différence substantielle (èTspsufftcç). D'après eux. le Fils, engendré du Père avant tous les temps et par la volonté du Père,
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«t non créé du néant, possède une substance semblable à celle du Père (ô|JLO'.o^ xxr * oujiav, c[xoioj7'.oç), mais qui ne lui est pas é^ale, car elle n'est pas non-engendrée (ûr/éwTjTo?) comme elle. Le Fils occupe de cette manière une position intermédiaire entre Dieu et les créatures : de même qu'il a été homme sans être identique aux hommes par rapport au péché, de même il est Dieu sans être identique à Dieu(fuantà Têtre en soi ' xys vvr^Tia) et Téternité absolue. L'nicohérencc et le peu de profondeur de ces opinions dogmatiques, qu'Athanase a fort bien relevées (juand il a comparé ironiquement la ressemblance du Père et du Fils dans ce système à la ressemblance de Tardent et de Tétain, résultaient do la fausse position qu'ocxîupait ce parti entre les exigences de la philosophie et celles du sentiment religieux. Les semiariens se payaient de mots en pensant éviter de la sorte le principe de la diflérence substantielle du Père et du Fils, qui restait à leur insu la base dt; leur doctrine. Cette cause intérieure de faiblesse amènera la défaite et la dissolution de leur parti. Trompés et vaincus, après quehjues succès passagers, par la minorité turbulente des ariens, ils tenteront de st» rapprocher des orthodoxes, et comme c^ux-ci leur demanderont de reconnaître le symbole de Nicée, le moment de la crise sera arrivé : les uns seront amenés par le sentiment chrétien ou par l'intérêt à a(oe|)ter la foi orthodoxe ; les autres accentueront davantage leur hostilité contre la doctrine de Nicée et s'adjoindront au parti de Tariaïiisme pur. Ce furent les ariens (fui provoquèrent cette scission. Sous prétexte de rétablir la paix dans l'Eglise, ils réussirent, grâce à la faveur dont Ursacius et Valens jouissaient auprès de l'empereur, àfaire adopter par le deuxième synode de Sirmium (357) la déclaration suivante : (( Comme les termes de substance, consubstantialité, similitude de substance chocfuent beaucoup de fidèles, il n'en doit plus être fait mention, d'autant plus qu'ils ne sont pas scripturaires. Le mode de la génération du Fils dépasse l'intelligence humaine ; seuls, le Père et le Fils le connaissent. Cependant, il est hors de doute ([ue le Père est plus graïid que le Fils, car le Fils l'a dit lui-même. » Hosius, âgé de plus de cent ans, et Libérius, dont deux ans d'exil avaient lassé la patience, signèrent cette formule et la condamnation d'Athanase, pour pouvoir rentrer dans leurs diocèses. Hosius mourut l'année suivante en regrettant amèrement cet acte de faiblesse. Quant à Libérius, il informa lui-même l'empereur du changement de ses dispositions, et comme la lettre de rappel tardait à venir, il pria les évêques orientaux et même Ursacius et Valens d'intercéder pour lui auprès de Constance : il leur <léclara ([u'il n'avait protégé Athanase que par égard pour son prédécesseur Jules, que, depuis lors, Dieu lui avait fait comprendre la légitimité de lu condamnation d'Athanase, qu'il avait rompu toute communion avec lui et signé de grand cœur la (( formule catholicjue de Sirmium ». Pendant cette capitulation de ses principaux chefs, l'épiscopat latin, réuni à Agen, protestait de son dévouement à la doctrine de Nicée. Enhardis par le succès, les ariens placèrent par ruse un des leurs, Eudoxius, sur le siège d'Antioche, chassèrent leurs adversaires de cette ville, et, s'y étant réunis en synode (358), envoyèrent à Ursa-
dus et à Valens une lettre de félicitations pour Thabileté avec laquelle il avait amené rOccident à la vraie foi. Irrités de ces menées audacieuses, les semiariens se réunirent à Ancyre (358) et condamnèrent à la fois Thomœousie orthodoxe et Thétérousie arienne, après avoir affirmé leur doctrine propre de Thomœousie. Puis ils envoyèrent trois délégués à Sirmium pour informer Tempereur des décisions qu'ils venaient de prendre. Ces délégués réussirent si bien à gagner Constance à leur manière de voir, qu'ils obtinrent qu'un nouveau synode (le troisième) serait tenu à Sirmium (358) par les évêques encore présents dans cette ville. Telle était alors la versatilité des esprits, que, pour plaire à l'empereur , les ariens rejetèrent la confession qu'ils avaient faite à Sirmium l'année précédente, et en adoptèrent une autre qui proclamait l'homœousie du Père et du Fils. Ui*sacius et Valens la signèrent, ainsi que Libérius, qui devint aussi aisément semiarien, qu'il était devenu arien strict. Les semiariens abusèrent de leur victoire : ils i-eprésentèrent leurs adversaires auprès de Constance non-seulement comme des hérétiques, mais encore comme des gens dangereux au point de vue politique, qui devaient avoir entretenu des intelligences avec le neveu de l'empereur, Gallus, exécuté peu auparavant par ordre de Constance. Âëtius avait, en effet, joui pendant quelque temps de la faveur de Gallus. Dans une lettre à TEglise d'Antioche, l'empereur se prononça en faveur du semiarianisme et ordonna à l'évêque Eudoxius de quitter la ville. Il bannit de même les autres chefs de l'arianisme strict, au nombre de dix-sept. Mais le triomphe des semiariens fut de courte durée. Le parti vaincu avait à la cour des défenseurs trop habiles pour quil dût rester longtemps en disgrâce. Ursacius et Valens réussirent à démontrer à l'empereur que sa politique de persécution religieuse nuisait à la sécurité de l'empire, et ils lui inspirèrent le dessein de rendre la paix à l'Eglise par le moyen d'un nouveau synode et d'une nouvelle fonnule. Les évêques bannis furent rappelés, et le synode fut convoqué à Nicée. Mais les ariens , pour ne pas avoir à combattre tous leurs adversaires à la fois, insinuèrent qu'il serait trop difficile et trop coûteux de réunir tous les évêques dans une seule ville et firent ainsi échouer le plan d'un synode unique. Constance décréta que les Occidentaux se réuniraient à Rimini, et les Orientaux à Séleucie, en Isaurie. Une quatrième formule, adoptée à Sirmium, par les évêques encore présents dans cette ville, devait servir de base aux délibérations des deux assemblées. Il y était dit que le terme de substance (et par conséquent aussi tous ses composés) ne devait plus être employé à proposde Dieu comme n'étant pas scripturaire, et que « le Fils est semblable au Père en toutes choses, comme le disent les Saintes Ecritures ». Cette dernière proposition, ajoutée sur l'ordre exprès de l'empereur, semblait donner gain de cause aux semiariens, qui n'avaient consenti assurément à la suppression du mot substance, ousia, que pour atteindre par là le mot d'ordre de l'orthodoxie et celui de l'arianisme, tout en maintenant debout leur propre doctrine, puisque la similitude de substance fait évidemment partie de la similitude «en toutes choses». Les ariens, de leur côté, s'applaudissaient de l'interdiction de ce terme, car ils y
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voyaient implicitement renfermée celle de tous les symboles orthodoxes et semiariens qui le contenaient ; et ils se retranchaient derrrière les mots « comme le disent les Saintes Ecritures » pour pouvoir interpréter à leur façon la thèse semiarienne qui précède. Chaque parti s'imaginait avoir obtenu l'avantage sans rien céder lui-même; on avait cherché réciproquement à se tromper : la victoire devait appartenir aux plus habiles. — Le synode deRimini s'ouvrit le premier (359), sous la présidence de Tévêque orthodoxe de Carthage, Restitutus, et la surveillance d'un officier de l'empereur. Ce dernier avait ordre de ne laisser partir les évêques que lorsqu'ils se seraient entendus sur les questions qui leur seraient soumises. Sur quatre cents évêques, quatrevingts étaient ariens. Les orthodoxes, qui formaient la majorité, repoussèrent la quatrième formule de Sirmium, et condamnèrent comme hérétiques toutes les formules faites depuis 325; ils signèrent le symbole de Nicée et déclarèrent que l'expression de substance devait rester en usage. Ursacius et Valens, avec un certain nombre de leurs amis, furent excommuniés. Mais les dix délégués, qui devaient annoncer ces décisions à l'empereur, furent prévenus à la cour par les ariens, si bien que Constance leur ordonna de demeurer à Andrinople jusqu'à son retour, et il partit pour la guerre contre les Perses. Les menaces de Tenipereur, une attente de six mois, et la considération que la foi orthodoxe n'était pas réellement atteinte par le rejet d'un terme non scripturaire, amenèrent ces délégués à composition : ils signèrent à Nice, en Thrace, une formule rédigée par Ursacius et Valens, et semblable à la quatrième formule de Sirmium, si ce n'est que l'interdiction prononcée contre le terme de substance était encore étendue à celui d'hypostase, et que les mots « en touteschoses » y manquaient. Les évêques de Rimini détruisirent leur propre ouvrage et acceptèrent pres(iue tous cette formule. Us écrivirent même à l'empereur pour le remercier de leur avoir enseigné à ne plus se servir de termes étrangers à l'Ecriture et choquants pour les fidèles, et pour lui déclarer qu'ils rejetaient l'expression de consubstantielle comme indigne de Dieu, parce quelle ne se trouve pas dans la Bible. Le synode de Séleucie commença quelque mois plus tard (359). Il se composait de cent cinq semiariens, de quarante ariens et de dix orthodoxes, parmi lesquels se trouvait Hilaire, de Poitiers, que Constance avait exilé en Phrygie après le synode de Milan. Un officier impérial assistait aux séances. Les ariens ouvrirent hardiment la discussion sur la base de la quatrième formule de Sirmium, et cherchèrent à réfuter la doctrine semiarienne en déclarant que deux substances peuvent être identiques ou différentes, mais non semblables : à l'appui de cette thèse, ils lurent un sermon prononcé autrefois par Aëtius à Antioche, où il était dit qu'il n'existe à proprement parler en Dieu ni Père ni Fils, sans quoi il faudrait admettre i\ue Dieu a une femme et des organes de génération ; et que le Verbe, loin de ressembler à Dieu, ne le connaît même pas. Cette lecture provoqua un grand tumulte dans l'assemblée. Eff'rayés de ces conséquences extrêmes du principe arien, les semiariens se rapprochèrent des orthodoxes et se déclarèrent prêts à signer le symbole de Nicée si
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Ton en retranchait le mot « consubstantiel». Cette attitude des semiariens décida les ariens à quitter la séance et à envoyer le lendemain au synode une lettre, dans laquelle, cachant leurs véritables opinions de peur d'un désastre, ils se déclaraient prêts à signer la deuxième formule d'Antioche de Tan 241 ; ils continuaient, il est vrai, à rejeter comme non scripturaires les mots d'ordre de Torthodoxie et dusemiarianisme, mais ils condamnaient ce ceux qui disent que le Fils est dissemblable (àvéïxoio;) au Père », et confessaient d'une manière équivoque que le Fils est semblable ('cîjlo'.o^) au Père. Interrogé dans la séance suivante, sur ce qu'il entendait par ces deraiers mots, Acacius déclara que le Fils ressemble au Père non par l'essence, mais par la volonté. Alors le tumulte recommença et l'on dut lever la séance. Les ariens ne reparurent plus. Restés seuls, les semiariens et les orthodoxes excommunièrent les principaux chefs des ariens et s'entendirent pour signer la deuxième formule d'Antioche. Mais les délégués qulls envoyèrent à l'empereur furent également prévenus par les ariens et trouvèrent l'empereur mal disposé à leur égard. Pour lui dévoiler les vraies doctrines des ariens, ils lui présentèrent le sermoD d'Aëtius : les ariens, réduits à détourner l'orage sur une seule tête afin de sauver tout leur parti, déclinèrent toute responsabilité quant aux doctrines contenues dans cet écrit, et le présentèrent comme l'œuvre personnelle d'Aëtius, qui fut exilé en Phrygie. Rentrés en faveur auprèsde Constance, grâce à ce stratagème, ils tendirent à leur tour un piège à leurs adversaires. L'empereur, sur leurs conseils, demanda aux délégués semiariens de condamner le terme d'homœousie, et, comme ils s'y refusèrent, il s'irrita contre eux cx)mme il s'était irrité contre Aêtius et déclara qu'il exilerait tous les membres du synode qui ne rejetternienl pas cette expression. Ces menaces eurent l'effet désiré : le synode semiarien de Séleucie capitula, comme l'avait fait le synode orthodoxe de Rimini, et reconnut la quatrième formule de Sirmium. Cela n'empêcha pas Constance de bannir peu de temps après les principaux chefs des semiariens, sous divers prétextes suggérés par les ariens et de donner leiu's sièges à ceux-ci. Eudoxius remplaça Macédonius à Constantinople ; Eunomius devint évêque de Cyzique. La minorité arienne, excommuniée dans les deux assemblées, avait fini par triompher, à force d'intrigues, des deux majorités hostiles, après les avoir isolées Tune de l'autre. Cotte victoire fut encore consolidée au synode de Constantinople (360), auquel assista Ulphilas. La formule signée à Nice et à Rimini y fut adoptée, et, par ordre de Constance, expédiée dans toutes les provinces, avec obligation pour les évêques de la signer, sous peine de bannissement. Il s'ensuivit une confusion générale. Cependant, le succès des ariens n'était, au fond, qu'illusoire aussi longtemps qu'ils étaient obligés, pour le faire durer, de cacher leui*s vraies doctrines. Eunomius tenta le premier de jeter le mascjue. Il s'en suivit une sédition à Cyzique. Eudoxius, chargé par Constance de l'examen de l'affaire, fut obligé de sacrifier son ami, comme il avait sacrifié Aëtius : il le destitua. L'année suivante, l'occasion de se révéler sous leur vrai jour parut plus favorable aux ariens. Le successeur d'Eudoxius à Antioche, Mélétius, s'était subitement t-on-
vorti à l'orthodoxie et avait été exilé en Arménie, après le synode de i^onstantinople. Son successeur, Tarien Euzojus, convo^iua un synode à Antioche, dans leifuel les ariens se crurent assez sûrs du succès pour proposer la suppression des mots « semblable au Père » dans la formule de Rimini, comme on y avait supprimé déjà les mots « en toutes choses », et ils soutinrent audacieusement que le Fils est dissemblable ùdvs;jLi'.oç) au Père non-seulement (juant à Tessence, mais aussi quant à la volonté, et qu'il a été créé du néant. Sur la demande des semiariens, comment, avec de telles opinions, ils avaient pu si souvent appeler le Fils (( Dieu issu de Dieu; » ils répondirent que saint Paul avait bien dit que toutes les créatures sont issues de Dieu; que, d'ailleurs, ils n'avaient admis la ressemblance du Fils et du Père que sous la réserve « selon l'Ecriture ». Malgré leurs efforts, le synode ne consentit pas à la suppression demandée. Déjà ils avaient pris toutes leurs mesures pour nn'eux réussir dans une nouvelle assemblée convoquée à Nicée, quand Constance mourut subitement (361), après avoir été baptisé par Euzojus.— Julien rappela tous les évéques bannis. L'influence de la coursur les affairtîs de l'Eglise ayant complètement cessé, tous les partis profitèrent de la liberté religieuse qui leur avait été accordée pour formuler leurs doctrines et excommunier leurs adversaires. Une foule de svnodes furent réunis, tant en Occident qu'en Orient; la vie ecclésiasti(|ue, longtemps comprimée, se réveillait partout. Au synode de Paris (361), les «''vé(fues latins, à leur tête Hilaire de Poitiers, se constituèrent les défenseurs de la foi orthodoxe, déclarèrent nul et non avenu ce qu'ils avaient fait à Rimini et envoyèrent une lettre synodale aux semiariens d'Orient dont Hilaire parait avoir gardé un bon souvenir, pour combattre chez eux le préjugé d'après lecfuel la doctrine de l'homoousie mènerait au sabellianisme : « Nous entendons seulement exprimer, par le terme de ronsubstantiel, (jue le Fils a été réellement engendré de Dieu, (|u'il possède avec le Père une seule et même essence, et qu'il n'est ni une créature ni un fils adoptif », et pour établir une entente avec eux sur un terrain commun : « Nous pouvons bien tolérer l'expression (c semblable quant \ la substance » C6[Ào:z'j9'.oq), pourvu (ju'on entende par là que le vrai Dieu ressemble au vrai Dieu ». Athanase était rentré en trioniphe à Alexandrie {^(Yi), 11 y tint un synode, auffuel assistèrent quelques évéques occidentaux reveuant de l'exil, entre autres Lucifer de Cagliari; Ton y discuta la (fuestion de la réadmission dans l'EgUse des evé<|ues qui avaient signé 1 une des dernières confessions ariennes. Sur l'avis d' Athanase, on convint d'user d'indulgence à leur égard et de leur dcMuander seulement de confesser la doctrine de Nicée, de mapdire l'hérésie arienne et « Thérésie de ceux (jui diseiit que le Saint-Esprit est une créature et qu'il est d'une substance différente de celle du Fils. » A ces conditions, ceux des évê<jues qui n'avaient fait (jue céder par faibless(î pouvaient reprendre possession de leurs sièges; ceux, au contraire, <|ui avaient été les fauteurs de Thérésie ne pouvaient plus obtenir que la réconciliation avec l'Eglise. Le synode se proposa également de rétabhr l'union dans le parti orthodoxe d'Antioche. Mélétius, en effet, n'avait pas réussi à rallier autour de lui tous les adhérents de
rancien évêque Eustacbe; un certain nombre d'entre eux avaient formé un parti distinct, sous la direction du presbytre Paulin. Ceux-ci reprochaient à Mélétius de placer dans la Trinité trois « hypostases » •et une « substance », termes que le symbole de Nicée avaient employés comme synonymes (ûxcT7a7£ù);/y; ouTiaç) ,car « hypostase » est la traduction exacte du latin substantia (Hosius était latin). A la place d' «hypostases », ils disaient « personnes » (Trpc^wTua). Mélétius cependant, loin d'incliner par cette expression vers l'arianisme, ne faisait que se conformer à r usage de la langue orientale dans laquelle « hypostase » signifie « personne ». Au lieu de dissiper ce malentendu, Lucifer, que le synode avait envoyé à Antioche, approuva les mélétiens de s'en tenir strictement à la lettre du symbole de Nicée et nomma Paulin évêque d'Antioche. La lutte devait encore continuer pendant cinquante ans entre les partisans des deux évêques. Ce même Lucifer, trouvant trop douces les conditions imposées par le synode d'Alexandrie aux évêques qui avaient fait profession d'arianisme, se sépara de ses collègues, et, poursuivant avec ses adhérents le rêve d'une Église complètement pure, forma le parti des lucifériens qui persévéra dans le schisme jusqu'après la mort de son fondateur. La querelle arienne venait de s'enrichir d'une nouvelle question dogmatique, celle de la place du Saint-Esprit dans la Trinité. Personne n'avait encore songé à la soulever jusqu'à présent, tant la controverse sur la nature du Fils avait préoccupé les esprits. Le synode d'Alexandrie décida que la substance du Saint-Esprit est inséparable de celle du Père et du Fils, et qu'il n'y a qu'une seule divinité dans la Trinité. En 363, Julien ordonna subitement à Athanase de quitter Alexandrie. S'était-il rendu coupable d'attaques contre le paganisme, qui était la religion de l'empereur, ou bien le zèle même avec lequel il s'efforçait de consolider l'Eglise et sa doctrine au milieu de l'anarchie ecclésiastique et théologique qui régnait alors, l'avait-il rendu odieux à Julien? 11 partit pour la Thébaïde; mais, dès Tannée suivante, le successeur de Julien, Jovien, qui était orthodoxe, le rappela. Se réglant sur les dispositions de l'empereur, les semiariens se rapprochèrent des orthodoxes : le symbole de Nicée fut adopté par le synode d' Antioche (364), mais on laissa à la dérobée une porte ouverte au semiarianisme, en déclarant (fue, par le terme de consubstantiel (5{xco'jctoç), on avait voulu exprimer que le Fils est né de la substance du Père et qu'il lui est semblable d'après la substance (^jjlcicjo'.c;), et •en passant sous silence la divinité du Sahit-Esprit . — A Jovien succédèrent en Occident l'orthodoxe Valentinien,en Orient l'arien Valens (364). Le caprice théologique de ce dernier rendit aux ariens une domination qu'ils n'avaient plus exercée depuis la mort de Constance. Espérant q^e les semiariens se rendraient à ses désirs et adopteraient les doctrines ariennes, il réunit un synode à Lampsaque; mais au heu de la fusion qu'il attendait, la majorité semiarienne décida le rejet absolu de la formule de Aimini et l'adoption de la deuxième formule d'Antioche avec la déclaration que « le Fils est semblable au Père en toutes choses ». Valens, après avoir exhorté une dernière fois les semiariens à s'entendre avec Ëudoxius et ses amis, envoya les principaux d'entre eux en
exil. Dans cette extrémité, les semiariens résolurent de chercher un appui en Occident auprès des orthodoxes. Ils envoyèrent à Valentinien et à Libérius une députation avec des lettres, dans lesquelles ils déclaraient qu'ils étaient toujours restés fidèles à la foi de Nicée et qu'ils rondamnaient les hérésies deSabellius,dePaul de Samosate et d'Arius, et surtout la formule deRimini. Comme ils avaient prudemment recommandé à leurs délégués d'éviter toute discussion dogmatique, Libérius et d'autres évêques latins furent trompés par les apparences et répondirent aux Orientaux (|u'ils les recevaient comme frères dans leur communion. Fondée en Occident sur la dissimulation, cette alliance entre le semiarianisme et l'orthodoxie ne pouvait durer en Orient que par réquivo(|ne. Au synode de Tyane (367), dans lequel les délégués rendirent compte de leur mission, l'on fut obligé, pour éviter une rupture, de recourir à une formule semblable à celle de l'année 364. Sentant la nécessité de consolider leur union avec les orthodoxes d'Orient pour s'assurer d'une manière durable les sympathies des orthodoxes d'Occident, les semiariens cx)nvoquèrent, dans ce but, un synode à Tarse; mais Valens, irrité de ces menées, lit échouer le synode en bannissant tous les évéfiues qui étaient revenus de Texil sous Julien. Athanase quitta pour la cinquième et dernière fois Alexandrie (367) et demeura <»aché plus de quatre mois, non loin de la ville, dans le tombeau de son père. Les séditions populaires qui éclatèrent à Alexandrie pendant ce temps, décidèrent Valens à laisser Athanase reprendre possession de son siège. Il n'y fut plus inquiété jusqu'à sa mort (373). Evêque pendant quarante-cinq ans, il en avait passé vingt en exil. Il a rempli visà-vis du pouvoir impérial et de l'hérésie le rôle que les papes devaient remplir dans la suite. Véritable représentant de l'unité del'EgHseà une époque où l'autorité de Rome était encore dans son enfance, il a préservé la doctrine de l'Eglise de tout alliage étranger, et il a défendu, non le principe de la liberté de conscience, mais celui de la liberté de l'Eglise catholique, acceptant déjà tacitement (jue la puissance civile se mette au service de l'Eglise, mais ne souffrant jamais qu'elle la domine. En paix avec les Goths depuis 369, Valens était entré depuis lors de plus en plus dans la voie des persécutions. Les orthodoxes avaient envoyé quatre-vingts délégués à Nicomédie pour se plaindre à l'empereur des violences commises à Constantinople parties ariens sur Evagrius, su(îcesseur d'Eudoxius ; Valens lit placer ces délégués sur un bateau (ju'on incendia à la sortie du port. Mélétius d'Antioche, Pelage de Laodicée, Cyrille de Jérusalem, Barsès d'Edesse furent exilés; un grand nombre d'évèques furent déposés, entre autres Grégoire de Nysse. A Antioche et à Edesse, des scènes de carnage suivirent le départ des évéques. Des troubles sanglants éclatèrent à Alexandrie lors do l'entrée de l'évêque arien Lucius et de l'expulsion de Pierre, qu' Athanase avait désigné comme son successeur. Enfin, un édit ordonna de rechercher les moines dans leurs solitudes et de les enrôler dans les armées. C'est en vain que Valentinien exhorta son frère à la modération. Un philosophe païen, Thémistius, lui adressa même un appel analogue, en lui citant l'exemple des païens qui ne se persécutent point
entre eux, car « ils savent que la divinité prend plaisir à la diversité des opinions ». Pendant ce temps, Tortliodoxie triomphait en Occident sous Valentinien. Damase, successeur de Libérius, tint à Rome deux synodes qui excommunièrent Ursacius, Valons et Auxentius de Milan. Un synode réuni en lllyrie destitua six évéques ariens, confessa la doctrine de Nicée, défendit d'interpréter désormais le terme de « consubstantiel » par celui de « semblable d'après la substance », et étendit au Saint-Esprit la consubstantialité du Père et du Fils. Pareille décision fut prise à Iconium, au milieu des persécutions de Valeus : « Quiconque lit avec intelligence la confession de Nicée, y trouvera un ample enseignement sur le Saint-Esprit; ce qui y est ditdu Père et du Fils s'applique aussi à TEsprit, puisqu'aucune nature étrangère ne peut être jointe à Dieu dans la Trinité. Les paroles de Jésus instituant te baptême montrent bien qu'il y a en Dieu trois hypostases et une seule divinité. No pas ranger l'Esprit sur la même ligne que le Père et le Fils, ne pas l'honorer autant qu'eux, c'est pécher contre l'Esprit. » — Valentinien avait deux fils, Gratien et Valentinien IL Le premier lui succéda en Occident (375) ; il était orthodoxe décidé. Le second demeura sous la tutelle de sa mère Justine, zélée arienne. La mort de Valens (378) fît de Gratien le seul maître de l'empire. 11 rappela tous les évê(jues bannis sous Valens et publia un édit de tolérance qui accordait la liberté religieuse à tous les partis, excepté aux manichéens, aux photiniens, aux eunomieus. Les semiariens relevèrent la tête, et, ne jugeant plus nécessaire de voiler leurs doctrines pour conserver l'alliance des orthodoxes, ils condamnèrent, au synode d'Antioche en Carie (378), le terme de consubstaiitiel et proclamèrent leurs doctrines particulières. L'année suivante. Gratien s'adjoignit Théodose, auquel il abandonna l'Orient. Lui-même se rendit en Occident, où Ambroisc de Milan venait de faire élire un évêque orthodoxe àSirmium, malgré les eflbrts de Justine. L'inllueJic^» qu'Ambroise exerça bientôt sur lui le détermina à révoquer son édit de tolérance dans ceîte partie de rempire. L'orthodoxie nicéenne fut désormais en Occident, jus(ju'à répo(|ue des invasions, la seule forme légale du christianisme. En Orient, Théodose, après une trêve momentanée nécessitée par la guerre des (lOtlis, publia en 380 un édit portant que « tout le monde est tenu d'accept(îr la foi enseignée par les évêques Damase de Rome et Pierre d'Alexandrie, et de confesser [la divinit»'^ du Père, du Fils et du Saint-iilsprit. » Ceux (jui refuseront de se soumettre seront considérés comme héréti(jues et infâmes et recevront les punitions qu'ils méritent, suivant la justice de Dieu et celle de Tempreur. L'arianisme était poursuivi comme crime public ; le dogme de Nicée était devenu la religion de TKtat. L'année suivante, une nouvelle loi défendit aux héréticmes de toutes les catégories de célébrer leur culte dans les villes; leurs églises devaient être remises aux orthodoxes. Théodose appela au siège de Constantinople Grégoire de Nazianze, qui était, avec ses deux compatriotes Basile de Césarée et Grégoire de Xvsse. le plus ferme appui de l'orthodoxie en Orient depuis la mort d'Àthanase. Pour consolider définitivement la victoire de Forthodoxic tant en Orient qu'en Occident et terminer la (pierelle sur le Saint-Esprit piir
imo décision irrévocable de TEglise, Théodose convoqua le quatrième concile œcuménique à Constantinople (381). Les seniiariens, au nombre de trente-six, que Ton invita à s\^er le symbole de Nicée, comme ils l'avaient fait dans leur lettre à Libérius, et à confesser la consubstantialité du Fils et du Saint-Esprit, quittèrent le synode en déclarant f[ue, plutôt que d'y consentir, ils deviendraient ariens. Ils reçurent le nom d'ennemis du Saint-Esprit (T:^ej\Lon:o\tJr/o'.). Le concile confirma le symbole de Nicée et décida que le Saint-Esprit procède du Père et (ju'il doit être adoré et honoré comme le Père et le Fils. Deux ans plus lard, Tliéodose fit un dernier essai de conciliation entre les ortliodoxes et les ariens des deux tendances au synode de Constantinople (383). Tous les partis furent invités à lui remettre un exposé de leurs croyances. La confession d'Eunomius a été conservée; elle dévelopi)e dans toute leur crudité les maximes de Tarianisme strict. Oute tentative échoua, et les [persécutions recommencèrent pour durer justprà l'extirpation de l'hérésie arienne. Les ariens furent privés des droits dcî citoyen, et les magistrats furent rendus pt^rsonnelhMnent responsables de l'ex/'cution des édits publiés contre eux. L'arianisme se releva une dernière fois en Occident, après la mort de Gratien. Pendant l'absence de l'usurpateur ^laxime, Justine accorda, au nom de son lils mineur, la liberté religieuse aux ariens et remit en vigueur la fornuile diî Kimini ; mais elle échoua, devant la fermeté d'Arai)roise, dans son dessein d'introduire l'hérésie dans TEglise de Milan; Tévéqui» et les lidèles préférèrent passer trois jours et trois nuits dans la principale église rie la ville, plutôt que de la laisser envahir par les soldats de l'impératrice, postés aux portes. L'arrivée de Maxime, qui était ortliodoxe. et la fuite de Justine et de son lils, mirent lin à cette résurrection éphémère de l'hérésie. En Orient, Arcadius rendit plus sévères encore les lois publiées par son père contre les ariens. Il leur défendit de tester, thî recevoir des legs, de remplir n'importe (pielles fonctions publiques ou ecclésiasti(pies; des olHciers spéciaux furent chargés d(^ rechercher les héréticpies, d'envoyer leurs prêtres en exil et de conliscpier Tes maisons où ils se réunissaient. Ces rigueurs amenèrent peu à peu la disparitirm de l'iiérésie. D'ailleurs, à la cause extérieure de sa ruine se joignit uikî cause intérieure non moins efficace : Tariaiiisme épuisé s'éuiietta en une foule (le petites fractions rivales (jui s'excommuniaient entre elles à propos (les (piesticms les plus oiseuses. A Constantinople, par exemple, on se lan(.'aranath('me sur la question de savoir s'il convient de donner à Dieu le nom de Père avant ou après la génération du Fils. La per- .^écution, loin de rendre au parti arien une partie de sa cohésion première, ne lit que hâter sa dissolution. La pensée des docteurs (chrétiens, dégoût» 'C de vvs discussions stériles, s'était tournée depuis un certain temps vers de nouveaux pVoblèmes. — Les sources de Tarianisme soiH le mieux indiquées dans Kurtz, Lchrbuch do.r A'irc/tcnf/rsch.y I, lii, Mitau, IST'i. Ouvrag(»s catholi(iues : Maimbourg, 7/^7. du l'Arian., Paris, lG7o; llefele, CnncilietKjcscli.. 1. 227 ss., Fribourg, 1800; Mochler, Alhan. d. Gr. u. s. ZqU (2'" édit.), Mayence, 18ii, trad. en français par P, Cohen, Paris, I&IO, et analysé dans la Rqduq des Deux-Mondes par
588 APJAXISME — ARISTIDE
Lhermiiiicr, juin, 18^i3. Ouvrages protestants : (Starck), Vcrsuch e. Gesch, d. Arianism,, Berlin, 1783;>\'alcli, Histo9\ d. Kelzireien, II, 385, Leipzifç, 1762; Borner, EnUrickelumjsgesch, d. I^hre v, d. Persan Ch\, I, part. 2 et 3, Stuttg., i84r5; Baur, Vo9*les, ûb. d. christ Dogmeugesch,, I, 1, 487 ss. ; 1, 2, 139 ss., Leipzig, 1866; Lehre von d. Dremm'gL., 1,320, Tubing., 1844; Rliier, Gesch, d. christl. Philos., II, 18 ss., Hanil)., 1836; Boehringer, D. Kirche Chr. u, ihreZeugcn, 1, 2, 1-121, Zurich, 1842; Athanasius u. Arias, Stuttg., 1874. A. Jundt.
ARIÂS (Francisco) na([uit à Séville en 1535. A vingt-sept ans il entrait dans la compagnie de Jésus dont il devint un des membres k»s plus zélés. Après avoir passé une dizaine d'années à Valence, il se rendit à Rome en 1593 pour y détendre, dans la congi'égation de TOrdre, les intérêts de la province d'Andalousie, puis il revint à Séville où il passa le reste de sa vie. 11 mourut le 23 mai 1()05. Par ses doctrines Arias appartient à Técole mysti(iue. François de Sales recommande la lecture des ouvrages d'Arias pour se préparer à la vie dévote. — La liste des traités d'Arias a été doimée par N. Antonio, Bibliotheca hispana nova, t. I, p. 403-404.
ARIEL, divinité des Moabites. Voyez Moaà.
ARIMATHia; ( 'Ap'.;/.aOr:a), patrie de Joseph d'Arimathée (Matth.XXVH, 57; Luc, XXIII, 51 ; Jean, XIX, 38). Suivant saint Luc, elle était située en Judée ; il est probable néamnoins (fu'elle ne fait qu'un avec la célèbre Rama, lieu de naissance de Samuel (1 Sam. 1, 1, 19), 'Ap;jLa- 6a{;x chez les LXX, 'Ap;/.aOi chez Josèphe (Ant,, V, 10. 2), et avec la place forte de Ramathem ( 'Pa;jLaO£;jt.), citée dans les guerres des^lachabées (1 Mac. XI, 34). Voyez Rama,
ARISTARQTJE, Macédonien, originaire de Thessalonique, accompagna Tapôtre siiint Paul dans ses voyages et partagea sa captivité à Césarée (Actes XIX, 2i); XX, 4; Coloss. IV, 10). Les Grecs prétendent qu'il fut évêque d'Apamée, en Syrie, et décapité en même temps que Paul, à Home, sous Néron.
ARISTÉE ('Aptrraïsç) est, d'après Josèphe, un prosélyte juif d'Alexandrie, (jui se qualilie lui-même d'oflicier des gardes de Ptolémée Philadelphe. 11 composa une histoire delà version des Septante {Aristex historia, LXXU, int. ex rec.Eld. de Parchum^ Francof., 1618, in-8", Oxon., 1692, in-8") sous la forme d'une lettre adressée à son frère Pliilocrate. Le caractère légendaire de cette histoire a été * reconnu d'abord par L. de Vives, et puis par les meilleurs criti<}ues, parmi lesquels Salméron, Scaliger, et surtout Humphrey Hody (De àibliorum texttbns on'gitmlibus, vej^sionibvs yrsecis et latina vulgata, 1. IV; Oxon., 1705). Voyez l'article Bible, Versions de l'Ancien Testament,
ARISTIDE, apologiste. Eusèbe (IV, 3) nous apprend qu'il était contemporain de Quadratus et cpril présenta à l'empereur Adrien (en 131) une apologie de la foi chrétienne. Saint Jérôme (de Viris, 2()) dit qu'il était Athénien. Son apologie, qui était fort répandue au temps d'Eusèlxs était encore en honneur à Athènes au connnencement du moyen âge. Nous lisons, on etiri, dans le \'ipux martip'olnge publié j>ar Roswev, et dauô Adon 1 1 rsiiiinl qui copient ce document (3 octobre), (fue le mar-