‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 2)Chapitre 180 sur 226 · ARMENIE · texte numérisé non relu

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crime de son père Anak en y prêchant le christianisme. C'était alors Biridatc qui occupait le trône. Ce prince, qui s'était d'abord montré très-cruel à Tégard de Grégoire, fut gagné à la foi chrétienne par la constance du saint et Faida puissamment dans la fondation du monastère d'Edchmiadzin (c'est-à-dire descente du Fils unique), qui est encore aujourd'hui le chef-lieu de l'Eglise arménienne; c'est là que depuis l'an 301 ou 302 se trouve le siège patriarcal du caiholicos ou chef de celte Eglise. Grégoire avait d'ailleurs fondé aussi un grand nombre d'évéchés en Arménie et avait appelé à leur tête plusieurs évêques et prêtres grecs. Il mourut peu de temps après la réunion du concile de Nicée, en 325, où il avait envoyé son lils Aristacès qui adopta, au nom des Eglises d'Arménie, la discipline et les cérémonies décrétées par ce concile, ainsi que son symbole de foi. Les décrets des deuxième et troisième conciles œcuméniques furent également acceptés sans difficulté par ces Eglises; mais il n'en fut pas de même pour le concile de Chalcédoine en 451, qui fut l'occasion d'un schisme. Ce concile avait été réuni, comme on le sait, pour combattre la docti'ine d'Eutychès connue sous le nom de monophysisme. L'Arménie, alors en guerre avec les Perses, n'avait pu être représentée à cette assemblée ; lorsque les décisions lui en furent connues, elle les discuta longuement, et en 482, quelques évêques grecs et syriens, réunis à Edcsse, les rejetèrent solennellement. En 491, le patriarche Papguên se déclara contre le concile de Chalcédoine et ainsi fut consommée la séparation des Eglises grecque et arménienne. Depuis lors, l'Eglise d'Arménie a conservé son org-anisation particulière et son autonomie ecclésiastique. Au moyen âge, un certain nombre d'Arméniens, chassés de leur pays par les incursions des TurcSk et des Mongols, émigrèrent en différents pays, dans l'Anatolie, en Egypte, dans l'Inde, à Constantinople, dans quelques villes du midi de la Russie et jusqu'en Pologne. Le pape Innocent XIL sur la lin du dix-septième siècle, essaya de les faire rentrer dans le giron de l'Eglise catholique, mais ses missionnaires n'eurent de succès qu'auprès d'une partie des habitants de Trébizonde, Erzeroum, Alep, et de quelcjues villages dans les environs de ces villes. On trouve cependant eu Pologne quelques Arméniens «unis », sans parler de ceux (|ui sont établis à Venise dans le couvent fondé en 1717 par le célèbre Mechilliar (voir cet article), et qui, sous le nom de mf/chathiristes, ont eu quelque renom dans Thistoire littéraire. On compte aujourd'hui environ 100,0(K) Arméniens (( unis». — Il nous reste à dire quelques mots de la doctrine et de l'organisation ecclésiastique de l'Eglise arménienne. La doctrine arménienne se trouve formulée tout au long dans un « Exfx^st* de la foi de l'Eglise arménienne » que rédigea le patriarche iVorsès, dit Schnorhali (le graciewc), sur l'ordre de l'empereur Manuel Comuène, en llOO. Le Credo est à peu près celui de Nicée, avec une tendance plus ou moins monophysite en cliristologic ; on y fait proc^ler le S^ÎTTfP Esprit du Père seul et non du Père et du Fils, comme» dans rF].:^Ii>:(^ d'Occident. Le péché originel est affirmé; on déclare que le Christ snil peut nous sauver et que le salut est acquis à l'homme au moy^ii du baptême. Les sacrements d'ailleurs sont tous considérés connue des

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moyens essentiels de salut; on en reconnaît sept, ainsi que dans les Efçlises grecque et romaine. Les saints, Marie à leur tête, sont honorés et considérés comme des médiateurs entre Dieu et l'homme. On prie pour les morts et pour le pardon de leurs péchc'S, maison n'admet pas de purgatoire et on repousse les indulgences. 1/ organisation ecclésiasticfuo de TEglisc d'Arménie repose sur une hiérarchie à trois degrés: l'épiscopat, le sacerdoce et le diaconat. L'épiscopat lui-même se subdivise en trois degrés : archevêque, évê(îue et archimandrite ou varlo/jed (docteur). Les vm^tobeds sont des espèces de moines théologiens qui se vouent en général à la prédication. Ce n'est qu'un archevêque (jui peut être élu catholicos, c'est-à-dire chef suprême de l'Eglise arménienne. Les prêtres et les diacres, avant leur ordination, devront avoir contratîté mariage ; mais une fois veufs, ils n'ont plus la liberté de se remarier. S'ils veulent parvenir à un rang plus élevé, il faut qu'ils embrassent la vie monastique. Le clergé, dans son ensemble, se partage en deux classes distinctes: le clergé noir et le clergé blanc. Les évêïjues et les archimandrites constituent le clergé noir; les prêtres ci les diacTcs appartiennent au clergé blanc. Les églises arménieinies rappcîllent à peu près les églises grecques, dans leurs dispositions intérieures. L'autel, tourné toujours vers l'orient, est placé sm* une estrade élevée, nommée Pêne, le Bfhna des Grecs. L'iconostase ou cloison à la(|uelle sont attachées les saintes images, n'est pas avancée connue chez Grecs, mais elle est sur la même ligne que l'autel. Les églises sont surmontées de la croix, cjui est toujours tournée vers l'orient. L'Eglise d'Arménie possède une littérature assez riche; sa version de la Bible est remarquable par la fidélité et l'élégante simplicité du style ; elle fut faite, en 403, par l'inventeur même de l'alphabet arménien, le pieux et savant Mesrob, aveê- le cx)ncours du patriarche saint Saliag. — Voyez : Histoire, rlogmes, t7*aditions et liturgie de l'Eglise arménienne orientale, etc., ouvrage traduit du russe et de l'arménien, par Dulaurier, Paris, 1839. A. Gary.

ARMINIANISME. La Réforme calviniste, qui prévalut en France, dans les Pays-Bas, en Angleterre et dans une partie de l'Allemagne, fut profondément religieuse, en (?e sens qu'elle ne recula devant rien pour aftirmer les thèses les plus absolues du sentiment religieux, la souveraineté sans partage de Dieu, sa toute-puissance, sa prescience, la libre dispensation de sa grâce. Tout ce (jui semblait subordonner la souveraineté divine à un arbitraire humain quelconque, lui faisait l'effet d'une impiété. Klle aimait à enseigner aux iidèles que leur salut ne dépendait ni de leur volonté vacillante, ni du pouvoir usurpé d'un sacerdoce <juelconque, mais de la volonté toute-puissante et imnuiable de Dieu qui, de toute éternité, avait élu dans sa bonté souveraine ceux ([u'il voulait • rendre participants de ses gracies et du salut éternel. La dogmatique calviniste ressemble ainsi très-souvent à une prière iigée sous forme de doctrine» tliéologiciue. On peut remarquer, en eiïet, que les idées ou les senl timents (ju'elle formule avec tant de rudesse sont aussi naturels dans 1 la bouche de l'homme qui adore et qui prie qu'ils choquent aisément s le bon sens vulgaire et la raison pratique. Le besoin de fonder l'assu-

rance du sahit sur une base <iui fut hoys de la portée de tout arbitraire humain fut la véritable origine du dogme calviniste de la prédestination. Nous le trouvons formulé en ces termes dans l'article 10 de la Confessio Belgica, (jui, d'ailleurs, a ses correspondants dans la plupart des symboles réformés {Conf. de la Rochelle, art. 12) : « Nous croyons (juc Dieu, après (|ue toute la postérité d'Adam se fut ainsi précipitée dans la perdition et la ruine par la faute du premier homme, se montra tel qu'il est, savoir miséricordieux et juste : miséricordieux, en délivrant et en sauvant de cette perdition ceux que, dans son conseil éternel et immuable, il a élus et mis à part selon sa bonté gratuite en Jésus-Christ, sans aucun égard à leurs œuvres ; juste, en laissant les autres dans la chute et la perdition dans laquelle ils s'étaient précipités eux-mêmes. » Ce dogme de la prédestination avait donc pour prémisses : 1° la chute et la corruption de riiumanité solidaire de la faute commise par son premier ancêtre; 2? la corruption fatale de la postérité d'Adam, de sorte que, devant Dieu, il n'y avait aucune différence de mérite entre un homme et un autre ; S^l'idée qu'en Adam nous nous étions tous individuellement rendus coupables de la transgression originelle. Dieu donc, qui aurait pu en toute justice, ces prémisses une fois admises, laisser tout le genre humain dans sa corruption et dans son malheur éternel, n'avait manifesté que de la bonté en retirant ceux qu'il avait élus de toute éternité, pour des motifs de lui seul connus, du gouffre de la perdition et en y laissant les autres. Cette exposition du dogme calviniste primitif était nécessaire p)our bien cx3mprendre l'origine et le développement de l'arminianisme. On saisit tout de suite les objections (ju'une fois la première ferveur refroidie, la réilexion venant à s'attaifuer à ce dogme majestueux et terrible, le sens commun ne pouvait manquer d'alléguer contre une doctrine qui reportait sur Dieu lui-même l'arbitraire qu'on prétendait avoir enlevé aux pouvoirs humains. N'en résultait-il pas immédiatement que la grâce de Dieu était offerte et même imposée à un certain nombre d'hommes sans qu'on put cx)ncevoir le motif de cet immense privilège, tandis ((u'elle demeurait étrangère et même refusée à tous les autres, et cela en vertu d'un décret immuable de la volonté divine? — Arminius (Jacques) ou Harmensen naquit, vei*s 1560, à.Oudewater {Vieille-Eau^ d'où le surnom qu'on lui a parfois donné de Veteraquinas). Il était le iils d'un simple coutelier. 11 perdit son père de bonne heure, mais ses heureuses dispositions intéressèrent en sa faveur quelques personnes riches qui le tirent étudier. C'est ainsi qu'il fut successivement étudiant à Utrecht, à Marbourg, à Rotterdam et à Ley de, où il profita des leçons du savant Dantenus, et à Genève, où il entendit Théodore de Bcze. Il visita aussi Tltalie et Rome, d'où il revint profondément scandalisé. A Bàle, où il séjourna à l'âge de vingt-deux ans, on voulait déjà lui conférer le doctorat en reconnaissance de son mérite transcendant, mais il refusa par modestie. En 1588, il fut nommé pasteur à Amsterdam, et ne tarda pas à s'y faire une grande réputation comme prédicateur. Dans cette ville, un laïque, Dirick Kornhert, avait déjà attaqué, non sans succès, le dogme calviniste de la prédestination. Le consistoire rliargea Arminius de le réfuter. En mé*no temp5, il y avait

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conflit entre les pasteurs de Delft, infralapsaires (affirmant (|ue la prédestination divine n'avait eu lieu qu'après la chute) elles supralapsaires (voulant (|ue la chute elle-même rentrât dans le plan divin). Arminius st^ prononça en faveur des premiers, et c'est pendant qu'il se livrait à (!et examen (|u*il sentit naître en lui des doutes sur la légitimité du do^^mt^ lui-même de la prédestination. Il inclina depuis lors vers l'idée (|ue la frràcede Dieu était oflerle a tous les hommes, et que, par consé- (|uent, le motif déterminant de son acceptation ou de son rejet devait être cherché dans riiomme lui-même. Son savant ami Junius, profes* seur à Leyde, partageait son opinion, ainsi que le pasteur de La Haye, Uytenbogaert. On le voit aussi s'opposer a une exigence du parti calviniste rigide qui voulait obtenir des Etats une décision qui eût astreint tous les pasteurs à renouveler chaque année leur serment d'adhésion à la Confession de foi. Enl()03, il fut nommé professeur à Leyde, en remplacement de Junius qui venait de mourir. Là, il se rencontra avec son collègue Gomarqui tenait pour le calvinisme rigide et (|ui ne tarda pas à l'attaquer comme pélagien. Arminius riposta qu'il fallait se garder du pélagianisme, mais aussi du manichéisme qui sépare l'humanité en deux parts sans rapport commun, l'une appartenant à Dieu, l'autre au diable, et (juil était impie de faire de Dieu l'auteur du péché. Un synode en ItKK), une conférence en IGOB ne purent mettre un terme au débat (|ui s'envenimait toujours plus, lorsqu'Arminius mourut en 1609. Ses écrits furent réunis et publiés ù Leyde en 1629; sa Biographie fut rédigée par Gaspard Brandt, lils de l'historien (1724). Les germes d'indépendance vis-à-vis du calvinisme rigide (ju'il avait semés firent que son nom resta à la tendance qui se dégagea après lui et sous son impulsion au sein de l'Eglise réformée des Pays-Bas. Le trait caractéristi(|ue de cette tendance fut l'opposition au dogme de la prédestination, et, par conséquent, une opposition de plus en plus systématique à l'autorité de la Confession de foi, ainsi qu'une grande liberté dans r interprétation des livres saints. La controverse pour et contre la prédestination avait déjà, ([uand Arminius mourut, dépassé l'enceinte des écoles pour se propager dans la population néerlandaise. Si Ton veut en bien comprendre l'importance etla vivacité, il faut se rappeler que, dans la masse du peuple, trois choses étaient solidaires et inséparables : l'indépendance nationale, le calvinisme et l'orangisme ; l'oligarchie bourgeoise et républicaine, au contraire, tout en tenant beaucoup à cette indépendance nationale ((u'elle avait tant contribué à faire triompher, était anti-orangiste et médiocrement attachée au calvinisme pur. On voit d'ici comment, dans les Pays-Bas, la controverse théologique se compliqua très-vite d'une lutte politique. — Pour se justifier des accusations outrageantes dont il était l'objet dans les chaires et les pamphlets du temps, le parti arminien adressa aux Etats de Hollande et d'Ouest-Frise, en 1010, une liemomtrance (de là le nom de Jtemonsfranfs) dans laquelle, tout en se tenant au plus près des doctrines calvinistes en général, il stipulait (fue Dieu avait prédestiné au salut «ceux qui croient en son Fils Jésus-Christ et qui persévèrent jus<(u'à la fin dans cette foi et dans l'obéissance qu'elle commande; que Jésus-Christ J. 39

était mort pour tous ceux qui s'approprient ses mérites par la foi ; que la grâce n'était pas irrésistible, bien qu'elle fût absolument indispensable et qu'il fallait décider uniquement, diaprés l'Ecriture, si cette grâce était ou non amissible ». Ce dernier point fut, toutefois, modifié en 1611, en ce sens que la perte de la grâce, une fois obtenue, fut déclarée possible. L'esprit de ces articles était évidemment de faire dépendre de l'acceptation volontaire de l'homme le salut offert à tous, et, par conséquent, il était directement opposé au dogme calviniste qui déclare que le salut dépend purement et uniquement de la volonté divine. Les adversaires du parti arminien opposèrent à ce manifeste une contre-remomtrance conçue en termes très-vifs. Les Etats, où dominait encore l'influence de Barneveld et du parti républicain, défendirent, en 1614, qu'on discutâtcesquestions irritantes et voulurent imposer la tolérance. Le célèbre Grotius, sympathique aux idées arminiennes, les appuya de toute son influence. Mais le parti populaire et orangiste refusa de se soumettre; bientôt l'influence du prince Maurice, déjà illustre par ses victoires, devint prépondérante, et il fut décidé qu'un synode général, où seraient invités des représentants de toutes les Eglises réformées, serait tenu à Dordrecht pour trancher définitivement la question. A la tête du parti arminien on . remarquait Episcopius (Simon Biscop), né à Amsterdam en 1583, professeur à Leyde, où il avait remplacé Gomar fixé désormais à Middelbourg; c'est lui qui, assisté de douze autres théologiens remonslranlSj dut défendre devant le synode les opinions anti-prédestinatiennes. Le synode lui-même se composait de cinq professeurs en théologie, trente-six pasteurs et vinj^t anciens. On y remarquait les députés des Eglises réformées du Palatinat, de la Hesse, de Suisse, de Genève, de Nassau, de Brème, d'Angleterre et d'Ecosse. Les Eglises de Brandebourg et d'Anhalt (celle-ci ne jouissait pas d'une réputation d'orthodoxie suffisante) ne furent pas représentées; le gouvernement de Louis XIU n'autorisa pas l'Eglise de France à y envoyer ses députés. — Le synode se constitua le 13 novembre 1618. Jean Bogerman, pasteur à Leuwarde, calviniste zélé, fut élu président, et les remonstrants furent rites à comparaître. C'est ainsi que fut résolue la (juestion préalable de savoir s'ils conféreraient avec le synode sur le pied de l'égalité ou si d'avance ils seraient traduits à la barre comme des accusés tenus à se défendre. Ce dernier avis prévalut. Après quelques hésitations, Episcopius et ses amis consentirent a comparaître; mais leur langage hardi, la fierté de leur attitude irritèrent la Imute assemblée. Dans la cinquante-septième séance (14 janvier 1019), ils furent expulsés du synode comme menteurs et trompeurs. Les divergences de vues qui se manifestèrent ensuite parmi les membres du synode sur les questions de l'élection, du supralapsarisme et du fondement du salut ne les empêchèrent pas de s'unir dans une réprobation unanime de l'arminianisme. Les catwnes «yno^/ia confirmèrent et développèrent le dogme de la prédestination absolue, de manière à ne pas laisser la plus mince ouverture à la participation de l'homme àl'œuvre de Ron «dut (voy. surtout cap. 1, art. 7 et 10). Les remonstrants, qui faisîiient dépendre l'eflicaci té de la vocation divine adressée à tous les

liommes de la disposition soumise ou rebelle que chacun d'eux présen- •taità Faction divine {Art.RemonHr.^ I ; Confessio /temonstr,, XVII, 3, 4, .7,8), furent condamnés comme perturbateurs de l'Eglise, profanateurs et déclarés déchus de toute fonction ecclésiastique. La réaction orangiste aidant, il s'éleva contre eux une véritable persécution. Ëpiscopius dut se réfugier dans les Pays-Bas espagnols, puis en France, à Paris et à Rouen, où il y eut pendant quelques années une communauté de remonstmnts réfugiés, reconnue et protégée par le pouvoir royal. La mort de Barneveld sur l'échafaud (13 mai 1619), la condamnation de Grotius à la réclusion perpétuelle (à laquelle il échappa en s'évadant grâce au dévouement ingénieux de sa femme), bien que motivées par des raisons politi- <ïues, ne s'expliquent bien que par leur connexion avec la réaction 4>rangistc et antiarminienne qui sévit sur les adversaires du calvinisme pur. Deux Cciuts pasteurs environ furent déposés et ceux qui ne voulurent pas se soumettre, bannis. Cependant l'opinion du pays et du gouvernement revint quel(iues années après à des idées plus tolérantes. On trouva que le synode avait procédé avec trop de rigueur, et les remonstrants réa:sirent à se disculper du reproche, qui leur avait été si fatal, d'être hostiles, en tant que parti religieux, à la maison d'Orange. En 1625, la mort de Maurice et le stathoudérat de son frère Henri servirent leur i^auseence sens que, d'abord tolérés, ils obtinrent, depuis 1630, le droit de s'établir en tous lieux et d'ériger des églises et des écoles à côté de celles de l'Etat réformé-calviniste, qui seules pouvaient être visibles (de là, aux Pays-Bas, le grand nombre d'églises catholiques, mennonites, reraonstrantes, cachées dans des pâtés de maisons). Toutefois le nombre des arminiens ou remonstrants , assez considérable au premier moment, ne s'accrut pas ou plutôt il tendit toujours plus à diminuer, au point que de nos jours il ne s'élève guère à plus do liuit mille âmes réparties en 21 communautés. Mais il faut ajouter 4|ue la cause de cette diminution doit être bien moins cherchée dans la disparition graduelle des idées arminieimes que dans le fait tout opposé de leur inliltration graduelle, et aujourd'hui pour ainsi dire générale, au sein de l'Eglise réformée dans les Pays-Bas et dans les autres pays. L'Eglise réformée de France s'associa pourtant par une déclai'ation solennelle (synode national d'Alais, 1620) aux décrets et aux articles de Dordrecht, mais les mesures rigoureuses qui furent prises pour en assurer le maintien ne purent empêcher, en France plus qu'ailleurs, le levain de l'arminianisme de pénétrer nos Eglises ^t nos écoles protestantes, ainsi que le prouvèrent bientôt Vuniversalàme d'Amyraut et la tendance générale de l'école de Saumur (v. les art. Aviyraut et Saumur). Les remonstrants de Hollande furent donc essentiellement un foyer d'indépendance vis-à-vis du calvinisme pur, et l'inlluence de leurs savants théologiens fut toujours considérable. • Us usèrent de la liberté qui leur fut rendue, en 1630, pour fonder à Amsterdam un séminaire, avec deux professeurs, l'un de théologie, .l'autre de philosophie, A côté d'Episcopius (f 1643), l'auteur de la Confessio Remomlrantium en vingt-cinq chapitres et d'une JnstftuU'o Jheolofjica très-érudite en quatre livres, professeur à Amsterdam depuis

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1G34, nous distinguons son ami Uytenbogacrt (f l()ii), qui traduisit la Confessio en hollandais, composa un catéchisme et contribua beau* coup par ses écrits à procurer à son parti la liberté civile et reli^^ieuse. Il faut citer ensuite parmi les représentants les plus notables de la même tendance, outre le fameux Grotius, Curcellwus (Courcelles), iiucxîesseur d'Episcopuis dans la chaire professorale d'Amsterdam (f 1(545); Limborch ;•}• 1714), dont la T/teoiof/ia chinstimm (1686) passe pour le meilleur exposé de la théologie arménienne; Jean Le Clerc ou Clericus, d'origine française et genevoise, mort en 17ÎJG, qui se rattacha à TEglise remonstrante pour jouir d'une plus grande liberté t>cientiiique, professa aussi à Amsterdam et compta parmi les érudits les plus laborieux et les plus féconds de son temps ; Jacob Wetstein, de Bâle, éminent critique, également professeur remonstrant à Amsterdam, mort en 1754. Dans notre siècle, Farminianisme néerlandais a compté dans ses rangs plusieurs hommes remarquables, parmi lesquels nous citerons le professeur et célèbre prédicateur Abraham des Amorie van dcr Hoeven (f 1855), précédé dans la tombe par son fils, pasteur à Utrecht, éloquent prédicateur aussi, poète et théologien distingué; puis M. C.-P. Tiele, actuellement professeur remonstrant à Leyde, où la chaire de théologie remonstrante a été transférée en 1873, très-estimé comme orateur religieux, de plus et tout iîpécialemeiit par ses savants travaux sur l'histoire comparée des an- <*iennes religions. — Comme cela résultait presque nécessairement de leur position de parti persécuté et de protestants au sein même du pi-otestantisme, les arminiens, après leur rupture, se virejit amenés à étendre à d'autres dogmes qu'à celui de la prédestination et de Téleciioii leur opposition au calvinisme primitif. Ceux de la chute, de la rédemption, de la Trinité, de l'inspiration des Ecritures ne tardèrent I)as à être dans leui-s écoles l'objet de modifications notables. On peut Je voir surtout dans les écrits d'Episcopius, de Limborch et de Le Clerc. 11 y a même lieu de penser qu'une des grandes raisons qui animèrent les théologiens de Dordrecht d'un zèle si âpre contre les remonstrants, fut la prévision que la réforme dogmatique réclamée par t»ux, sur un point spécial, entraînerait des conséquences bien plus gi-aves encore. Derrière l'arminianisme, on voyait surgir le sociniaiiisme. En fait, plusieurs arminiens ne furent guère que des sociniens timides, et le parti dans son ensemble se montra de bonne heure plus tolérant que les Eglises orthodoxes pour les hommes et les vues du î^ocinianisme. Cependant les théologiens les plus accrédités de Tarmiiiianisme prirent toujoui's soin de se distinguer des sociniens. C'est plutôt l'arianisme et le semipélagianisme qui ressortent de leurs systèmes Ihéologiques. Aujourd'hui, sauf exceptions individuelles, les remonstrants des Pays-Bas se rattachent généralement au mouvement du protestantisme libéral. — Sources .• Uytenbogaert, Histoire de tEglise, de l'an 4i)0 jusqu'au sf/node de Dordrecht, en hollandais, 1619; rééditée en 1647; lÀiwhovQh^ Helatiohisto7*ica... controversia7*wn in fœde» ratct Belffin^ 1715; G. Brandt, Hi^toria re format ionisbelgivœ^ 1671-1 70i; -Uegenboog, Histoire des /lemtuistrantSj en hollandais, 1774; trad. allem.

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en 1781 ; Ypey et Derniout, Histoire de V Eglise réformée néerlandaise ^ en holl., 1819^1827. A. révillk.

AR-MOAB. Voyez Moah.

ARNAUD (Henri) était un modeste pasteur du Dauphiné, d'une piété exemplaire. Il n'avait jamais fait parler de lui, et avait quitté son Eglise et son pays pour devenir pasteur dans les vallées vaudoises du Piémont, lorsque la tyrannie de Louis XIV était devenue intolérable. 11 avait déjà plus de quarante ans alors, et lui-même ne se doutait pas sans doute que dans sa mâle poitrine battait le cœur d'un héros comparable aux guerriers antiques. Louis XIV obligea le duc de Savoie à proscrire de ses Etats les religionnaires, comme il avait fait lui-même; c'était en 168(). Arnaud dut s'expatrier de nouveau avec trois mille pauvres gens des vallées, restes pitoyables d'une population de quinze mille âmes décimées par la misère et les massacres. Ils avaient trouvé refuge en Suisse et en Allemagne. L'énergie dont Arnaud avait donné mille preuves dans ce rude voyage tourna vers lui le cœur do tous ses compagnons. Tous étaient dévorés dans l'exil par un amer regret de leurs chères montagnes. 11 osa concevoir le projet de les y réintégrer de force. C'était la plus téméraire audace, mais il avait en Dieu cette foi que rien ne trouble, rien n'arrête. Durant plus de deux années il mûrit son plan, et, par une belle nuit du milieu d'août 1681), tous les Vandois valides, venus un à un des diverses parties de la Suisse, et mêm(» d'Allemagne, se trouvèrent rassemblés en silence dans la forêt de Prangins sur les bords du Léman. Ils étaient près de neuf cents. On traviM'se aussitôt le lac sur (|uel(|ues mauvaises barques, on aborde la rive savoyarde près d'Yvoire et l'on se met rapidement en marclic à trav(M's les terres du duc, enlevant des otages et des guides pour les relâcher à l'étape suivante, et sans commettre le moindre désordre. Ils passent à Sallaiiches, atteignent les hautes montagnes, cull)utent près du fort d'Exilles quelques compagnies françaises de cette frontière (jui voulai(înt leur barrer le passiige et, le 27 août, après onze jours do fatigues et de dangers inouïs, ils arrivent, demi-morts de faim, au premier village des vallées vaudoises, La Balsille. Les troup(»s piémontaises et celles du roi de France s'unirent pour leur donner la chasse; mais Arnaud déploya la valeur et les talents d'un militaire consommé; il repoussa tous les assauts, jusqu'à ce qu'un allié sur lequel il avait bien compté, Thiver, vint forcer les assaillants à le laisser en repos jus(|u'au printemps. Le 30 avril, l'ennemi reparut. 11 fut repoussé de nouveau. Voulant en finir à tout prix, le général français commença un siège en règle et fit transporter des canons sur les sommets voisins du camp vaudois, (|ui semblait inévitablement perdu. Us avaient compté sans la foi d'Arnaud, que le découragement ne pouvait atteindre. Par um^ sombre nuit, il se laissa glisser, suivi de tous les siens, au fond de précipices impraticables, et le lendemain, comme les assiégeants étcmnés cherchaient à s'assurer si la place était véritablement déserte, ils aperçurent les indomptables religionnaires postés sur les cimes lointaines. I^ politi(}ue mit fin tout à coup à cette lutte trop inégale Le duc dr Savoie passa du parti de la France au parti d'Allemagne et laissa

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la paix à ses sujets vaudois. Arnaud reprit ses pacifiques devoirs depasteur des vallées. Huit ans après (1698), un nouveau changement de la cour de Turin lui fit reprendre le chemin de Texil. On raccueillit avec respect en Allemagne et en Angleterre; il s'établit définitivement au presbytère de Téglise de Schonberg, en Wurtemberg, au centre d'un troupeau de deux mille de ses frères réfugiés; il y publia (1710) une Histoire de la glorieuse rentrée^ et il y rendit paisiblement à Dieu sou âme admirable, le 8 septembre 1721, à Tàge de quatre-vingts ans. — Voyez l'Israël des Alpes, par A. Muston (18Î51), et Biographie du Dau^ phirté, par Rochas (1856). H. Bobdier.

ARNAULD DE BRESGIA. Faute de documents suffisants, il est impossible, à riieure qu'il est, d'écrire de ce célèbre agitateur ecclésiastique et politique une biograpliie qui ne présente pas de lacunes. Plusieurs écrivains ont essayé de les combler, soit par d'anciennes relations dont rien ne garantit l'exactitude, soit par des tableaux de fantaisie; au lieu de faire l'histoire d'Amauld, on a fait ainsi son roman ; c'était inutile, car ce qu'on sait de son œuv7*e est assez précis pour en donner une idée. La date dcî sa naissance est inconnue; il se voua à la carrière ecclésiastique ; comme jeune homme il remplit à Brescia, qui était sa patrie, les fonctions de lecteur. Plus tard on le rencontre en France, parmi les disciples les plus dévoués d'Abélard. Il se fit moine comme son maitrc. Revenu dans sa ville natale, où une partie de la population était mécontente de Tévéque, il attira l'attention par son éloquence et par la simplicité de ses mceurs. Saint Bernard, quand il fut devenu son persécuteur, disait encore de lui: «Plût à Dieu que sa doctrine fut aussi pui»e que sa vie est austère ; il ne mange ni ne boit, mais a faim et soif des âmes. » Il voulut tenter une réforme morale, sans toucher aux dogmes. L'Eglise lui semblait déchue; il voyait que, par les richesses, et l'usage mondain qu'il en faisait, le clergé avait perdu son autorité sur le peuple; il en concluait que la cause de la décadence était la possession de biens temporels; pour se relever, évèques, prêtres et moines devaient revenir à la pauvreté des temps apostoliques; ce n'est qu'à des laïques qu'il fallait conférer les domaines relevant du pouvoir séculier, le clergé se contenterait des offrandes des fidèles» renoncerait au luxe et aux plaisirs, et reprendrait ainsi son influence spirituelle. Où Arnauld avait-il puisé ces doctrines? On a fait à ce sujft des suppositions diverses. Suivant les uns, il n'aurait fait que tirer i\e< consécpience pratiques de l'enseignement d'Abélard; d'autres l'ont mis en rapport avec les cathares ou avec les henriciens; d'autivs ont même découvert chez lui du gnosticisme. Aucune de ces hypothèses ne peut invo([uer en sa faveur des témoignages historiques. Cha(|ue fois (jue parait un novateur, il n'est pas nécessaire, quand on n'en a pas la preuve, de le rattacher à quelqu'un dont il aurait subi l'ascendant et dont il ne serait que le continuateur. Arnauld a pu tix)uver dans sa conscience, froissée par la situation ecclésiastique dt? l'Italie, assez de motifs pour se former sa doctrine spontanément. Cette doctrine s'offrait pour ainsi dire d'elle-même, dès qu'on faisait une comparaison entre le présent et l'Eglise primitive; il y a peu de Si»ctes

du moyen âge qui n'aient protesté contre les richesses du clergé et voulu rétablir la vie apostolique; dans un moment de détresse, le pape Pascal II, lui-môme, fut d'avis que les évéques devaient se dépouiller de leurs possessions et de leur souveraineté temporelles; les ordres mendiants, à leur origine, chercheront à leur tour à reproduire ridéal de la pauvreté du Christ et de ses disciples, pour conquérir ainsi une influence que les prêtres séculiers risquaient de perdre. A firescia, les idées d'Arnauld rencontrèrent de Téchodansle parti hostile à révé({ue. Celui-ci, Manfred, porta contre Arnauld une accusation d'hérésie devant le concile de Latran de 1139; il n'est pas dit que cette assemblée condamna formellement ses principes; la seule chose que l'on sache, c'est qu'Innocent II lui imposa silence. Il est vrai qu'Otton de Freisingen rapporte qu'il avait enseigné aussi des erreurs touchant la sainte cène et le baptême des enfants; mais aucun autre historien ne lui reproche des erreurs dogmatiques ; Otton lui a attribué des opinions qu'on imputait alors à presque tous les adversaires de TEglise; il a pu s'y croire autorisé par le fait (jue le même concile de 1139 se prononça contre les henriciens, au nombre des hérésies desquels il y en avait au sujet des deux sacrements. Arnauld revint en France; s'il en faut croire saint Bernard, il y fut rappelé par Abélard qui, en juin 1140, avait à se défendre devant le concile de Sens. On sait qu'il ne se défendit pas, mais qu'il en appela au pape. Un rescrit de ce dernier, du mois de juillet, ordonnait d'enfermer le maître et le disciple, Goliath et son écuyer, comme disait l'abbé de Clairvaux, chacun séparément dans un monastère. Arnauld put se retirer en Suisse où, pendant quelque temps, l'évêque Herrmann de Constance le pritsoussa protection. Saint Bernard écrivit à ce prélat plusieurs lettres pour lui dénoncer « ce lion rugissant, cet ennemi de la croix de Christ »; il devait le [bannir, ou mieux encore l'emprisonner. Arnauld trouva unasile auprès dulégat, Guy deCastellis, ancien disciple d' Abélard; l'abbé de Clairvaux, quand il en fut informé, avertit le légat qu'il compromettait la dignité de ses fonctions, (ju'il résistait aux commandements du pape et de Dieu, en accueillant un homme aussi dangereux, «qui a la tête de la colombe et le dard du scorpion ». Guy abandonna-t-il Arnauld 't On l'ignore ; pour plusieurs années les renseignements nous man([uent. — En 1145, Arnauld vint à Rome, où depuis deux ans le peuple était en pleine révolution contre la papauté temporelle. Il crut le moment venu de réiiliser ses idées; il ne voulut plus seulement ramener le clergé à la pauvreté, mais rétablir la liberté et l'ancienne gloire de la ville. Dans leur enthousiasme facile, les Romains acceptèrent les plans républicains du tribun réformateur: plus de pouvoir temporel du pape, gouvernement de Rome par un Sénat élu par le peuple, alliance libre avec l'empereur. En iio2, le parti modéré réussit à rappeler Eugène III, qui d'abord avait reconnu le régime populaire, mais que les troubles incessants avaient oblige de se réfugier en France. Arnauld resta dans la ville; Eugène mourut peu de mois après. Le nouveau pape Adrien IV exigea l'éloigneinent du tribun, mais le Sénat la refusa. Un cardinal ayant été été tué, Adrien frappa Rome de l'interdit. L'exécution de cette sentence

effraya le peuple; Arnauld dut quitter la ville; arrêté à Otricoli, il fut délivré par quelques barons qui lui donnèrent un refuge dans un château. Le pape, quand il fit conclure par ses délégués un traité de paix avec Frédéric Barberousse, qui marcliait sur Rome, voulut que le roi s'engageât à lui livrer Arnauld de Brescia; Frédéric donna l'ordre de se saisir d'un des nobles qui le protégeaient, sur quoi les autres Fabandonnèrent. Le préfet de Rome le lit pendre ; le cadavre fut brûlé et les cendres jetées dans le Tibre, afin d'empêcher qu'elles fussent recueillies comme celles d'un martyr. Ce fut la fin de la république romaine. Arnauld laissa quelques disciples, qui continuèrent de professer ses opinions en Italie. En 1184, Lucien III condamna au concile de Vérone des hérétiques arwo/c^w^e*, sans mentionner leur doctrines; vers 1190,. Bonacursus les mentionna dans un discoui's prononcé à Milan contre les cathares; il leur reprochait de prétendre t\iie pro malitia dericorum saa*amenta ecclenx esse vitanda. Des auteurs postérieurs leur attribuent des erreurs dogmatiques, dont l'histoire ne sait rien. On peut douter qu'ils aient formé une secte. Ils sont nommés dans la loi de Frédéric II contre les hérétiques, 1224; très-probablement le rédacteur de la loi a pris le nom dans le décret de Lucien 111, afin de ne rien oublier. De la loi le nom passa dans les bulles de queUjues papes, ainsi cjue dans le> ouvrages de (juelques écrivains allemands du treizième siècle ; rien ne prouve qu'à cette époque il y ait eu en Allemagne des arnoldistes. — Voy. Kœler, D. Arnoldo Bn'xiensi, Gœtting., 1742; Bert, Essai sur A, de /?., Genève, 1836; Guibal, A, de B. et les Hohenstnuffeiu ou la question du pmiroir temporel de la papauté au moyen âi/e^ Paris, 18()8; Clavel, A, de B, et les Romains du douzihue siècle y Paris, 18()8; Andro <li Giovanni de Castro, Arnoldo di Brescia e la revoluzione romana del douzo secoloy Livorno, 1873. Je ne cite que pour mémoire Francke A. von B. und seifie Zeit, Zurich, 1823; c'est un roman sans critique et mal écrit. Cic. Schmidt.

ARNAULD (Antoine), surnommé le grand Amauld, Pour comprendre ce surnom donné à un homme médiocre, dont les œuvres innombrables sont aujourd'hui aussi oubliées qu'illisibles, il faut se reporter aux querelles théologi(|ues du dix-septième siècle, aux puériles disputes sur la grâce. Né à Paris Je (> février 1(512, Arnauld était le vingtième et dernier enfant de l'avocat Antoine Arnauld. Dix d'entre eux seulemeut vécurent, dont neuf entrèrent en religion ; le dixième aurait sans doute fini de même s'il n'eut été tué au siège de Verdun. Antoine suivit lt»s cours de la Sorbonue et devint docteur en 1041 ; il se dépouilla alors de tous ses biens en faveur du monastère de Port-Royal, puis fut ordonne prêtre. Deux ans après, il publia son livre De la frt'ijuente Communion, écrit sous l'inspiration de M. de Saint-Cyran. Depuis Y/ntj'oduclion à la vie décote, de saint François de Sales, aucun traité de dévotion n'avait fait plus de bruit. Les deux ouvrages ne se ressemblaient cependant ni pour le fond ni pour la forme; l'évêque de Genève avait montré Fonction et les charmes du catholicisme, Arnauld en présentait le coté sévère, terrible, dans un style clair, froid, géométri(jue, mais pur et dépouillé de la fadeur, de la subtilité alambiquée qui régnaient alors

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dans le domaine théologiqiie. Les orages qui suivirent Tapparition de ce volume s'expliquent assez par son origine. La marquise de Sablé avait un directeur jésuite, la princesse de Guémené se soumettait aux conseils de M.deSainl-Cyran. La première pressa la seconde d'aller au bal unjour(|u'elle avait communié; celle-ci refusa, alléguant la défense de son directeur, et le règlement de conduite que M. de Saint-C\Tan avait remis à madame de Guémené passa ainsi entre les mains des jésuites. De là une lutte théologique à laquelle furent mêlés l'Université, le Parlement et la Sorbonne. C'élait le début de la grande (luerelle du jansénisme. En l()iO avait paru VAugustinusde Tévêque d'Ypres, Jansénius, un énorme volume écrit en latin et où des fragments extraits des œuvres de saint Augustin sont mis en ordre et disposés de manière à former un^ système théologique complet sur la grâce. Une deuxième édition fut publiée en 1(543, et Ton préluda par des escarmouches à une guerre (jui allait durer près d'un siècle. Enfin, en 1649, le syndic Cornet dénonça à la Faculté de théologie cinq propositions hétérodoxes extraites de VAugusfintts. Arnauld prit la plume et soutint que les cinq propositions n'existaient pas dans l'ouvrage de Jausénius. Les réfutations, les réponses, les manifestes, les libelles, les considérations, les factums commencèrent à pleuvoir de toutes parts. Un jésuite, Jean de Labadic, ayant passé à Port-Hoyal, puis étant devenu protestant, les jésuites écrivirent que « le jansénisme était le grand chemin (jui mène au calvinisme ». Arnauld et ses amis se défendirent avec une inépuisable fécondité. Les jésuites atta(|uaient les jansénistes sur leur foi, les jansénistes attaquèrent les jésuites sur leur morale. Tous les ouvrages publiés au cours de celte lutte sont ensevelis dans un juste et profond oubli; il est donc superflu d'en rappeler les titres; cpiant aux cinq propositions, causes de tout ce bruit, elles sont d'une conq)réhension difficile pour des esprits du dix-neuvième siècle. Figuraient-elles, d'ailleurs, réellement dans VAjuf/ttsfinus? Peut-être, mais mcogiiito^ suivazit la spirituelle expression du comte de Gramont, (jue Louis XIV, par une malice cruelle, avait chargé de lire le volume pour les y chercher. Enfin, Rome prononça; une bulle d'Innocent X condamna les cinq propositions. Cerveau « de toutes parts borné et barré en ses perspectives », dit M. Sainte-Beuve. Arnauld courba la tête. Malgré les -conseils des protestants, qui, éclairés par l'intérêt de leur cause, criaient aux jansénistes • « Bon gré, mal gré, vous voilà hérétiques tout comme nous ; on vous chasse, sortez avec nous; vous êtes bien et dûment condamnés selon les règles de Rome »; malgré les remontrances de Pascal, Arnauld se soumit, et de ce jour le jansénisme fut perdu. Ce fut justice, dit avec raison M. Sainte-Beuve. Arnauld, au reste, continua à écrire. Du fond de sa retraite, il multipliait ses attaques contre les jésuites, publiait des réflexions sur l'éloquence, une grammaire, un traité de logique, un règlement pour l'étude des belles-lettres et jusqu'à des éléments de géométrie. Il combattait Descartes et Malebranche, traduisait le Nouveau Testament, commentait saint Augustin, mettait sa ^lume infatigable au service des religieuses de Port-Royal et de tous les . mis ([ui réclamaient son appui, au besoin la tournait contre eux, con-

Ire Pascal et Nicole, même contre son protecteur Innocent XL L'ac* commodément appelé la paix de V Eglise (1668) fut accepté par Amauld qui promit de garder désormais le silence. Il fut alors présenté au nonce, puis au roi et accablé par eux de compliments et d'éloges. Mais sa dévorante activité, sa passion maladive pour la controverse ne lui permettaient pas le repos. Réconcilié avec le catholicisme, il se mit à combattre les protestants et publia contre eux plusieurs volumes sans valeur, parmi lesquels on peut citer : Réponse générale à M. Claude^ 1671, in-8°; Renversement de la morale de Jésus-Christ par les calvinistes, 1672, in-4**; l'Impiété de la morale des calvinistes, 1675, in-4®; Remarques sur une lettre de M. Spon, 1680, in-8'*; le Calvinisme convaincu de nouveaux dogmes impies^ 1682, in-8'*. Si Arnauld se fût borné à attaquer le protestantisme, il eût pu espérer une vieillesse à peu près tranquille ; mais son esprit inquiet en disposa autrement. L'affaire de la Régale, la mort de la duchesse de Longueville, qui lui avait donné asile dans son hôtel. Tordre de quitter le faubourg Saint-Jacques forcèrent Arnauld de se retirer à Fontenay-aux-Roses, puis de se réfugier hors de France, à Mons. Il n'y put rester, et erra, dès lors, de ville en ville, sans demeure fixe, toujours écrivant, toujours controversant jusqu'à sa mort, qui arriva le 6 août 1694. Les ouvrages d'Arnauld ont été réunis en 42 volumes in4''. Prédicateur éloquent et passionné, Arnauld n'était point écrivain : « Jamais, dit M. Sainte-Beuve, jamais peut-être une seule fois dans ses quarante-deux volumes in-quarto, jamais une expression qui attire et qui fixe, qui reluise ou se détache, qui fasse (fu'on y regarde et qu'on s'en souvienne, une expression qui puisse s'appeler de talent! S'il est lumineux, c'est d'une lumière uniforme et qui ne va pas au rayon. Il n'a pas, que je sache, rencontré un de ces hasards de plume qui n'arrivent qu'à un seul. » En somme, la vraie gloire de cet homme, dont l'activité fut le principal mérite, est d'avoir engagé Pascal à écrire les Provinciales. Ce n'est pas assez pour justifier le surnom de grand Amauld, sous lequel il est toujours désigné. Pendant tout le cours d'une vie qui dura quatre-vingt-deux ans, Arnauld s'agita, parla, prêcha, lutta, fut poursuivi, se cacha, écrivit près de cent quarante volumes, dont pas un n'est lisible aujourd'hui. Son ardeur maladive, sa déplorable fécondité lui permirent d'ébranler, de remuer son temps, et expli([ucnt un surnom que beaucoup de ses contemporains ont pu croire mérité. Alp. Franklin.

ARNDT (Jean), auteur du Vrçti christianisme, naquit à Ballenstaedt (Anhalt), le 27 décembre 1555. Dès sa jeunesse, il se nourrit des écrits des mystiques catholiques (saint Bernard, Thomas a Kempis, Tauler, la Théologie allemande]. Dans une maladie qui mit ses jours en périK il lit vœu, s'il guérissait, de renoncer à l'étude de la médecine, à laquelle il se destinait, et de se consacrer entièrement au service du Seigneur. 11 tint parole. 11 étudia la théologie aux universités d'Helmstaîdt (1576), de Wittemberg (1577), de Strasbourg et de Bàle (lo79)% Revenu en 1581 à Ballenstaîdt, il y fut prédicateur auxiliaire et institua' teur. En 1583, il devint pasteur au village de Badeborn, où son souvenir s'est perpétué jusqu'à nos jours. Mais le duc Jean-Georges d'An-

hait inclinait vers le calvinisme; voulant Timposeraussià ses sujets, il interdit Tusage des images dans les églises et de la formule de Tcxoroisme dans la liturgie du baptême. Arndt, refusa d'obéir. Il fut des* titué et expulsé, malgré les réclamations réitérées de son troupeau. Il fut appelé à Quediimbourg, où il exerça le ministère au milieu de circonstances très-difficiles, et où, pendant la peste de 1598, qui enleva plus de 3,000 personnes, il montra un dévouement héroïque et une charité infatigable; il n'en fut pas moins persécuté et abreuvé d'amertume. En 1599, il devint pasteur à Brunswick, où il publia le premier livre de son Vraî christianisme. Le succès de Touvrage fut si grand, qu'il excita la jalousie de ses collègues. Les divisions politiques vinrent encore envenimer les haines religieuses, de sorte que la vie et l'activité d'Arndt, dans cette ville, ne furent qu'un long martyre. En 1607, Arndt fut enfin délivré de cette « fournaise ardente », et ses ennemis eux-mêmes furent obligés de rendre hommage à sa piété ; le surintendant Wagner inscrivit dans les actes du ministère ce témoignage: Vir placidusy condidus, pins et doctus. Appelé à Eisleben, il y rencontra une véritable sympathie, et put enfin pubher, en 1609, les quatre livres de son Vrai Christianisme. En 1611, il alla comme prédicateur de la cour et surintendant à Celle (Lunebourg), et il y resta jusqu'à sa fin (11 mai 1621). Arndt a publié, en outre, des sermons sur les Evangiles et sur le Petit catéchisme de Luther, une explication du Livre des Psaumes, et un recueil de prières: Petit Jardin du Paradis ; i\ a aussi réédité V Imitation de Jésus-Christ et le Traité de la Théologie allemande. Ce (jui caractérise sa piété, c'est qu'elle est,' avant tout, vivante et pratique, tenant compte du sentiment et exerçant une disciplinesévère sur «r homme intérieur». Ce caractère a fait défaut à presque toutes les productions théologiciues de son siècle, et ne se trouve guère que dans les cantiques. Aussi , pendant presque toute sa vie, Arndt fut-il en butte aux persécutions et aux attaques les plus violentes : « Non, jamais je n'aurais cru, dit-il, qu'il y eût de si méchants hommes parmi les théologiens. » Sa bienfaisance et son goût pour la mystique médicale de Paracelse le firent accuiser d'avoir découvert la pierre philosophale et l'art de faire de l'or. On suspecta son orthodoxie; il fut accusé de toutes les hérésies, et sa mort même ne désarma pas ses ennemis. Un prédicateur deDantzig, Jean Corvinus, s'écria du haut de la ctiaire : « Que Satan le récompense pour ses ouvrages ; pour moi, je ne voudrais pas aller après ma mort là où est Arndt. » Le professeur de Tubingue, Lucas Osiander, découvrit dans les écrits d'Arndt des erreurs « papisti(ïues, monachiques, enthousiastes, pélagiennes, calvinistes, sehwenkfeldiennes, flaciennes et weigeliennes». Arndt a toujours voulu rester fidèle a la doctrine de son Eglise; il l'a déclaré encore sur son lit de mort. Mais dans un siècle où fleurissait le dogmatisme, il a insisté surtout sur la sanctification. Seulement, comme aux universités il avait suivi plus assidûment les cours de médecine (jue ceux de théo* logie, il a manqué parfois de précision et de clarté et a semblé accentuer la sanctification au détriment de la justification. Il déclare, du reste, lui-même qu'il a un mndus docendi mysticus. «Cette ma*

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