‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 2)Chapitre 181 sur 226 · C12 ARNAULD — ARNO · texte numérisé non relu

C12 ARNAULD — ARNO

nière (renseigner, dit-il, est fort nécessaire aujourd'hui que la foi s'est éteinte et que la charité s'est refroidie dans les hommes». Arndt a eu pour mission « de dire à ses contemporains (|ue, pour être un bon luthérien, il faut être atant tout un bon chrétien, c'est-à-dire un enfant de Dieu ayant une foi vivante (Kahnis) ». Son Vrai Chrtstianisme respire un mysticisme sain et essentiellement scripturaire. C'est un enseignement simple, calme, sans éclat, s'adressant surtout à la conscience et à la volonté et conduisant insensiblement, mais toujoui*s plus profondément, dans le mystère de la piété. La doctrine de la justiiication par la foi s'était pétriliée, chez la plupart des thv';ologiens du temps, dans des formules scolasticpies. Arndt s'appliqua à la vivifier de nouveau en accentuant la doctrine johannique delà foi qui met l'homme en communion de vie avec Dieu par Jésus-Christ. De même que Thorame a perdu l'image de Dieu en Adam, ainsi il doit être renouvelé à celle image en Jésus-Christ. Voilà la pensée fondamentale du livre. Arndt lui-même nous expose, du reste, sur la tin de sa vie, le but qu'il s'est proposé : « Voici ce que j'ai voulu, écrit-il : d'abord, détourner les étudiants et les pasteurs de cette théologie étroite et batailleuse <jui menace de nous ramener à la scolastitjue; ensuite, conduire les âmes de la foi morte à la foi vivante, de la science pure et de la théorie à une piété pratique et féconde; montrer enfin ce que c'est (jne la vraie vie chrétienne, inséparable delà vraie foi et ce (jue signifie c^^lte paroi*' de rap()tre : «Je ne vis plus moi-même, mais Christ vit en moi ! » Mo» intention n'était donc point de présenter Christ uniquement comme uu exemple, ainsi (jue font les moines, mais d'augmenter la foi en Christ et de lui faire porter des fruits, afin que nous ne fussions pas trouvt's stériles aujjour du jugement ». Le Vrai Christianisme a acquis la plus grande popularité et a exercé une infiuence durable sur la piété dos protestants de langue allemande. Spener, qui appelait Arndt a le père des croyantes », portait sur lui ce jugement entliousiaste : « Je mets Luther au premier rang, parce (jue Dieu a fait par lui une anivre plus grande et surtout plus éclatante ; mais immédiatement après lui, je plact» Jean Arndt, et encore ne sais-je pas si ses écrits ne sont pas destinés par Dieu, à accomplir une œuvre aussi considérable que celle <h» Luther même. » « Celui qui ne goûte pas ce livre, disait le surintendant Glassius, a décidément perdu tout appétit spirituel. » Dès IGlo, on le réimprimait en Suisse; en 1087, on le trouvait déjà répandu dans l'Eglise catholicjue, traduit en latin, sans nom d'auteur. Le comte de Zinzendorf en a publié une traduction française, dédiée au cardinal de Noailles, Paris, 17^0, 3 vol. in-8^ Ch. pfender.

ARNO (Aar^ Aro, Aquila), l'un des représentants les plus distingués de l'Eglise c^irlovingiennc, est originaire du diocèse de Freisingen en Bavière. Ordonné prêtre en 770, il se retira dans le couvent d'EInon, en Flandre, où il fut élu abbé eu 782; mais, trois ans après, il revint dans sa patrie et fut nonmié évê(|uede Salzbourg par le duc Tassillon. Il revint de Rome en 798 avec la dignité d'archevêque et de métropolitain de Bavière que Charlemagne avait obtenue pour lui du pape Léon 111. Diplomate habile, il fut chargé de missions importantes, tan.

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auprès du sit5ge de Rome <|ue pour la conversion des Slaves et des Avares. Il déftMidit avec zèle les droits de son arclievéclié contre les évêcliés plus anciens d\\(|uilée et de Passau. Alcuin Testiniait pour sa science, tout en re^Tcttant que la politique absorbât la majeure partie de son activité. 11 ne nous reste d'Arno, qui mourut en 821, ({u'un Cungestumon Indiculus, relevéminutieu>L des biens acijuis par TE^lisede Bavière depuis sa fondation par saint Rupert jusqu'au moment de son incorporation dans Tempire fi'ank. 11 se trouve inséré dans le Thésaurus monument, eccles. de Casinius. Les notices qu'il renferme sont un document précieux pour Thistoire des Eglises d'Allemagne (voy. Rettberg, Kù*chengeschichte Deutschlands, Geett., 1848, II, p. ^38 ss.).

ARNOBE , rhéteur à Sicca en Afrlifue, écrivit au commencement du quatrième siècle, sous le titre de Disputationes od versus gentei, une • ajiologle du christianisme, <|u'il avait d'abord combattu. Cet ouvrage, dont le style est déclamatoire et souvent obscur, renferme des renseignements précieux sur la décadence du paganisme ; il est important, en outre, comme étant un des premiers où l'on montre la faiblesse des eilbrts que faisaient les philosophes pour justifier la religion populaire par une interprétation soit histori(]ue, soit allégorique des mythes. Mais la polémicjue d'Arnobe est trop violente et ses propres conceptions religieuses manquent de profondeur. La théologie africaine était si réaliste qu'elle ne pouvait pas se figurer un esprit sans corps; on trouve cette tendance chez Tertullien ; on la retrouve chez Arnoluî et (;li(»z Lactance, (jui passe pour avoir appris chez lui la rhétoricpie. La première édition de son apologie parut à Rome en 1343 ; la meilleure est celle de Rei/fers/teid^Menne, 187o; voy. de Pressensé, histoire des trois premiers siècles de l'Eglise, IV p. 487ss. — Un autre Arnoàe que, pour le distinguer de l'apologiste, on appelle le Jeune, a vécu au neuvième siècle en Gaule; il est l'auteur d'un commentaire allégorique des psaumes, écrit dans le sens du semipélagianisme. (Diùl. PP. Max, ,\lll^ p. 238 ss.)

ARNOLD (Geoffroy), né en 1666, dans une petite ville de la Saxe, étudia la théologie à \Vittemberg, où régnait un luthéranisme qui, sous la roideur des formes scolastiques, avait perdu sa force vitale. Arnold, qui avait de profonds besoins religieux, se sentit peu attiré par l'enseignement universitaire ; il se mit à lire des auteurs mystiques et à étudier Thistoire de l'Eglise. Venu à Dresde en 1689, il entra pn rapport avec Spener. Deux de ses premiers écrits consacrés, l'un, à l'histoire des martyrs (Erstes AIa7'terthum^ Halle, 169o, in-12"), l'autre- û la vie des chrétiens primitifs (Erste Liehe, Francf., 1696, in-f), lui valurent un appel comme professeur d'histoire ccclésiasticiue à l'université de Giessen. Il n'y resta qu'un an, se sentant incapable de lutter efficacement contre une corruption qui lui semblait irrémédiable ; toutes ses tendances le poussaient vers le séparatisme. Rentré dans la vie privée, à (Juedlinbourg, il publia un Uvre sur le mystère de la sagesse divine {Das Gehtimniss der gôttlichen Sophia, 1700), où il exposa quel- «jues idées au moins fort singulières. Il acheva aussi son ouvrage principal : l'npartliet/ische Airrli'n-vîid Ketzerkistorie von Anfang dts neutn

Testaments bis aufs Jahr 1688, 2 vol. iri-^, 1698 et 1700, A cause de ses opinions il fut entraîné dans des controverses violentes; pour s\ soustraire, il accepta une place de prédicateur que lui offrait une princesse de Saxe-Eisenach ; (lès 1704, sur son refus de signer la Formule de concorde, il fut banni comme hérétique et fauteur de troubles. Le roi de Prusse, Frédéric I", auquel il avait dédié sa grande histoire et qui, en récompense, lui avait donné le titre d'historiographe royal, l'appela comme pasteur et inspecteur à Werbcn dans le Brandebourg; en 1707 il vint dans la même qualité à Terleberg, où il mourut en 171i. A ses ouvrages déjà cités il faut ajouter une Ilistoria et deso'iptio theologùv mysticœ^ Francf., 1702, quelques recueils de sermons, ([uelques traités soit de polémique, soit d'édification, quelques cantiques, parmi lesquels il y en a de très-beaux. C'est à ses travaux historiques qu'il doit avant tout sa réputation. Ceux sur les martyrs et sur les mœurs • des anciens chrétiens sont surannés ; mais sa Unpartheyische Kirchen-und Ketzerhisto7'ie garde encore un certain intérêt. Le mot impartial ajouté au titre ne doit pas être pris à la lettre ; personne n'était moins fait pour être impartial que G. Arnold; il ne veut l'être qu'envers ceux que l'orthodoxie condamnait comme hérétiques ou fanatiques; ses sympathies sont toutes pour les séparatistes. 11 juge, avec une sévérité souvent méritée, l'intolérance des catlioliques et des protestants ; mais, de son côté, il n'est pas moins exclusif ; il prend trop passionnément la défense de quiconque avait fait opposition à une Eglise établie, il n'est pas piétiste comme Spener, il est mystique et considère le mysticisme comme la seule vraie théologie ; c'est cette théologie qu'il s'applique à découvrir dans l'histoire de l'Eglise; indifférent aux dogmes, il veut prouver que, dès le commencement, l'élaboration dogmatique a été la cause principale de la décadence ; la Réformation, qui aurait dû être un retour pur et simple au christianisme primitif, n'a pas rempli complètement son but ; les sectaires Jet les mystiques sont des représentants plus fidèles de la piété que les orthodoxes ; aussi développe-t-il avec prédilection leurs doctrines, au point (lue dans son grand ouvraj^e le seizième et le dix-septième siècle prennent à eux seuls plus de place que les quinze autres; cette partie est aussi celle qui est encore aujourd'hui la plus importante, car Arnold y a réuni des extraits de livres, dont les uns sont devenus très-rares et dont d'autres sont tout à fait introuvables. — Voy. G, A?molds (jedoppelter Lebenslaufj ivuvon dtr eine von ikm selbst projektirt tind auff/esezt wo7*den, 1716, 4**; Colerey, HisUtria G. Arnoldi, Wittemb, 1718 (aussi en alleman(l); Knapp, Biographie von G. A., comme préface d'une nouvelle édition de la Erste Liebe^ Stutlg., 1849 (le même a aussi publié les Geistliche LiederdW.y Stutlg., 1844); Ad. Riff, G. A., l'historien de l'Eghse, Su-asb., 1817.

Ch. Schmidt.

ARNOLD (Thomas), pédagogue et théologien anglais, né le 13 juin 1795 à West-Cowes dans l'Ile de Whight; orphelin de père à Tàge de six ans, il fut élevé par sa tante maternelle, miss Delafield. En 1807 on Tenvoxist à TEcole de Winchester, et en 1811 il devint élève du Corpus Christi Collège j à Oxford. C'était un jeune homme timide, réservé, doué d'une

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mémoire remarquable et d'un goût assez vif pour la poésie. Après quatre ans d'études, il fut nommé fellow au collège Oriel, et un peu plus tard il obtint le prix dit <c du chancelier ». En décembre 1818 il fut ordonné diacre et se maria le 20 août 1820. Un an auparavant il s'était établi à Laleham sur les bords de la Tamise avec sa mère, sa tante et sa sœur ; il y resta neuf ans, s'occupant de huit ou neuf jeunes gens qu'il préparait aux universités. A Laleham son caractère se forma, une singulière élévation de nature, un sens moral délicat qui n'excluait pas l'énergie de la volonté, une piété sans étalage mais se mêlant à toutes ses pensées et inspirant toute sa conduite, tels étaient les principaux ti'aits de sa personnalité ; déjà il se distinguait par ses talents pédagogiques ; en même temps il préparait son édition de Thucydide, réunissait, en étudiant Niebuhr, les premiers matériaux de V Histoire romaine , à laquelle il travailla toute sa vie, et prêchait de temps à autre dans l'église du village ; ses premiers sermons, publiés en 1828, ont été prêches à Laleham. Elu directeur (headmaster) de la célèbre école de Rugby, il se fit consacrer pasteur, obtint les deux grades de bachelier et de docteur en théologie et au mois d'août 1828 entra en fonctions. Là se passèrent ([uatorze années; comme pédagogue il fut un véritable réformateur; il voulait que Rugby fût une école chrétienne, ou comme il disait a school of Christian gentlemen; dans ce but il choisissait ses maîtres avec le plus grand soin, il développait chez les élèves les plus âgés le sentiment de leur responsabilité envers les plus jeunes, lui-même <intretcnait avec eux des rapports personnels et fréquents; aussi exerça-t-il sur ses élèves et par eux sur une portion importante de la société, anglaise une influence remarquable. Un de ses plus puissants moyens d'action était les sermons, très-courts du reste, qu'il adressait à l'Ecole réunie au service du dimanéhe. Leur collection forme 5 volumes publiés en 1828-32-34-41. 11 élargit aussi le cadre des études «n y introduisant l'histoire, les langues modernes, la philosophie et l'étude de la Bible. Malgré les travaux multiples que lui imposait la direction de son école, il ne se désintéressait pas des affaires nationales; à défaut d'un livre que sa fin prématurée ne lui a pas permis de publier, c'est dans des brochures de circonstance, dans des lettres et dans quelques fragments qu'il faut chercher les divers éléments de son système. Il part de cette idée qu'une société nationale tend à réaliser le but le plus élevé de l'homme, et comme pour les chrétiens ce but est le bien- ^tre religieux et moral, l'Etat et l'Eglise ne sont, dans un pays chrétien, qu'une seule et même société (voy. Fragment on tke church). De là découlent mie série de conséquences : tout d'abord il y a union profonde «ntre les sciences politiques et les sciences religieuses ; le christianisme ne saurait être restreint aux individus, il doit être appliqué directement aux affaires sociales et déterminer les principes d'un bon gouvernement. C'est par là que Thomas Arnold est original : placé en dehors de tout parti ecclésiastique et politique, il a toujoui*s revendiqué les droits de la conscience chrétienne (voy. sa brochure intitulée : tke ehristian duty of conceding tke daims of the roman catholic^ 1828) ; les questions sociales l'ont occupé beaucoup plus et les questions ecclé-

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