‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 2)Chapitre 183 sur 226 · ART · texte numérisé non relu

ART

là moins une question de principes qu'une ([uestion de faits. Placé sur ce terrain, le débat semble bien vite tranché. Seul, le moyen âpre nous révèle la présence d'un art clirétien, enfermé, il est \Tai,dans d'assez étroites limites, mais reconnaissable néanmoins à un certain nombre de signes curactérisliques. Cela étant, il paraîtrait plus juste de parler d'un art byzantin, d'un art gothique ou catholique, que d'un art chrétien. En effet, TEgliso des trois premiers siècles, comme aussi le protestantisme, <fue nous regardons. Tune dans le passé, l'autre dans le présent, comme les formes les plus élevées et les plus authentiques de Tesprit chrétien, quel art ont-ils produit, et ne sont-ils pas, en un sens, réfractaires à Tidée même de Tart? Nous trouvons bien, à en juger par les découvertes (jue nous ont ménagées les fouilles des catacombes, les embryons d'une peinture chrétienne dans les images allégoriques qui décorent les çiiveaux mortuaires; mais, sauf l'expression particulière du visage humain, qui n'est, d'ailleurs, que fort rarement représenté, toute la symbolique de l'Eglise primitive vit d'emprunts faits au paganisme, de même que, dans Térection ou dans l'appropriation de leurs premiers édifices religieux, ce sont des bâtiments païens qui ont servi de modèles aux chrétiens. De son côté, l'art protestant, partout où il triomphe de l'hostilité puritaine et des répugnances calvinistes, ne fait <pie reproduire, avec des modifications plus ou moins heureuses, les divers typesqui l'ont précédé. Il n'y a point encore, et il n'y aura vraisemblablement jamais, d'architecture, de sculpture et de peinture essentiellement protestantes. On en conclut que le christianisme, dans sa forme authentique, est trop spiritualiste pour se prêter aux incarnations de l'art : religion tout intérieure, il se distingue précisément des autres cultes en ce (lue, dans l'intérêt même de l'adoration « en esprit et en vérité », il réprouve et bannit le symbole matériel auquel, trop facilement, se rattache quelque idée superstitieuse et ([ui, sans le vouloir, provoijue l'altération du sentiment religieux. Confondre l'émotion esthéti((ue que produit la contemplation du beau et l'émotion religieuse (jui naitde la communion avec Dieu, semble à d'excellents chrétiens, fort bons juges en cette matière, chose si facile et si périlleuse, qu'ils estiment ((u'il vaut encore mieux, à tout prendre, se passer de l'art (lue de risquer quelque défaillance de la piété et une rechute certaine dans le paganisme. Et ce qui tend à confirmer leur opinion, c'est qu(île moyen âge, (\m a créé un art chrétien, n'a pas évité cet écueil : du jour où il a réussi à s'affranchir du joug que faisait peser sur lui l'ascétisme, il est retombé dans la divinisation de la matière. L'ascétisme : telle est, en effet, l'inspiration toute-puissante à laquelle le moyen âge chrétien obéit. Que l'on étudie avec attention ses édilices reliVi^ux, en particulier ceux du style ogival, que l'on analyse les statues des saints ou des personnages bibliciues, ainsi que les rares productions de la peinture religieuse de cette épo(jue, on retrouvera partout l'expression, pour ainsi dire stéréotypée d'une piété mystique, ne connaissant qu'une seule passion, celle de la mortification de la chair et du détachement du monde : c'est moins encore la spiritualisationde l'art ipie sa négation. De là, ce quelque chose de heurté, de tourmenté,

Page 1