‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 2)Chapitre 197 sur 226 · ATHANASE — ATHÉISME · texte numérisé non relu

ATHANASE — ATHÉISME

Muratori, Anecdota iatina, 1698, t. II, ^. 222; Speroni, De Symb. ndgo S. Athan, diss. I et II, 1750-51; Waterlancl, A Crùical History of the Athanasian Creed, Camb., 1724; Sœrgel, Paralipomena de Symb. Ath. ex Wateriand excerpta^ Gœtt., 1763; Ffoulkes The Athanasian Creed, followed by the appendix : The Athanasian Creed reconsidered; Swainson, The Nicene and Apostles' Creeds, toqether irith an Account of the Grmvth and Réception of the Sei^mon on the Faith commonly called the Creed of St Athanasius, London, 1875.

F. Chaponnièbe.

ATHÉISME (de à pravitif et de Ôec;, Dieu). I. Diverses espèces d'àthéisme. Dans Tacception la plus large du mot, être athée signifie être sans Dieu. En ce sens, il y a plusieurs manières d'être athée: 1** On peut être athée dans sa conduite. C'est cet athéisme pratique^ qu'on pourrait aussi appeler l'athéisme par oubli, que Bossuet caractérise en ces termes : « 11 y a un athéisme caché dans tous les cœurs, qui se répand dans toutes les actions; on compte Dieu pour rien: «n croit que, quand on a recours à Dieu, c'est que les choses sont désespérées et qu'il n'y a plus rien à faire» (Pensées détachées). 2° Certains savants et certains philosophes admettent qu'il y a des hommes et des peuples athées, en ce sens que l'idée de Dieu serait absente de leur intelligence. Cet athéisme pourrait se nommer athéisme d'ignorance. La réalité n'en paraît pas bien démontrée. La question n'est pas, bien entendu, de savoir si toutes les intelligences sont capables de s'élever d'elles-mêmes à l'idée du vrai Dieu ; à ce compte, les trois quarts des hommes, peut-être même tous les hommes seraient athées d'ignorance ; mais on se demande seulement s'il est possible que certains hommes, jouissant d'ailleurs des facultés ordinaires, ne se forment aucune conception d'agents doués d'attributs analogues en nature, mais supérieurs par le degré à ceux de l'humanité, distribuant des biens et des maux, châtiant l'injustice et récompensant la vertu, tels, en un mot, qu'il importe de s'attirer leur bienveillance et de ne pas encourir leur haine. Or, d'une part, l'analyse psychologicfue montre que l'homme ignorant primitivement la nature des forces qui agissent dans le monde, h*s conçx)it et ne peut pas ne pas les concevoir sur le type de la seule force <ïu' il connaisse, à savoir lui-même. L'homme est donc spontanément [»olythéiste, et la Loi des trois états, l'un des principes fondamentaux du positivisme, est, sur ce point, incontestablement vraie: la première période du développement intellectuel de l'humanité est bien une période théologique. Au contraire, l'attribution des phénomènes à des riiuses purement physiques ne peut être qu'une explication tardive, savante, accessible seulement à quelques esprits cultivés. D'autre ï)art, l'histoire, la géographie, l'anthropologie préhistorique témoignent dans le même sens (|ue la psychologie. Quoi qu'en aient pu dirf^ certains historiens ou certains voyageurs, on ne connaît, ni dans le présent ni dans le passé, aucun peuple, aucune tribu, absolument dépourvus de toute notion de la divinité. Les sauvages de la Terre de Feu, regardés généralement comme occupant le dernier degré de l'hu- T. 44

manité, « semblent, dit Î^Sirwm (Voyage autour dumondé), considérer les éléments comme des agents vengeurs ; » c'est-à-dire les déifient. C'est donc, semble-t-il, à juste titre qu'un éminent anthropologiste, M. de Quatrefages, après avoir recueilli les témoignages de toute provenance, propose de définir l'homme « un animal moral et religieux ». Rien n'est moins établi, par conséquent, que la réalité de l'athéisme d'ignorance. 3** On peut être athée par principe. C'est de cet athéisme spécti-latîf que nous devons ici nous occuper. Nous n'en ferons pas l'histoire, car l'athéisme n'est pas un système philosophique, mais une opinion particulière qui, bien que liée logiquement à un système déterminé, peut être cependant adoptée par des partisans de systèmes très-divers. L'athéisme n'a donc pas eu, dans le cours des âges, un développement régulier comme le spiritualisme, par exemple. Les spiritualistes se font suite les uns aux autres, chacun reprenant les questions au point où les ont laissées ses devanciers, poursuivant, corrigeant et développant leur œuvre. Les athées arrivent à l'athéisme par des chemins trèsdivers. Ils n'ont souvent entre eux qu'un point commun, la négation de l'existence de Dieu : ils diffèrent par tout le reste, même par les raisons de leur négation. L'histoire de l'athéisme se réduirait donc à une série de notices sur les athées. Nous nous bornerons ici à indiquer ce qu'il faut entendre avec précision par athéisme, quelles sont les doctrines que l'on peut, à juste titre, appeler athées et enfm, sur quels arguments principaux les athées appuient leur négation.

n. De Tathéisme spéculatif. On a singulièrement abusé de la qualification d'athée. Pour être accusé d'athéisme, il a suffi souvent de s'écarter des croyances reçues sur la divinité, fussent-elles les plus erronées et les plus grossières. Ânaxagore passa pour athée, lui qui, le premier parmi les philosophes grecs, reconnaissant la nécessité d'une Intelligence ordonnatrice, « sembla, dit Aristote, avoir seul conservé sa raison parmi les folies de ses devanciers. » Socrate passa pour athée, lui qui enseignait cju'une Providence veille sans cesse sur les mortels et connaît leurs plus secrètes pensées. Dans les temps modernes, le P. Mersenne comptait dans Paris cinquante raille athées. Le P. Hardouin range Jansénius, Descartes, Arnaud, Pascal, Nicole, Malebranche, etc., parmi les athées. Que d'outmges n'a pas valus à Spinoza son prétendu athéisme! Et pourtant ce noble penseur voit dans l'effort de l'homme pour s'unir à Dieu le principe et la fin de toutes les vertus, et c'est avec raison qu'on a dit de lui qu'il était (( ivre de l'infini». De nos jours encore, dans les entraînements de la polémique, on jette souvent ce nom d'athée à des savants, à des philosophes qui le repoussent comme une calomnie. Pour se préser\*er de ces injustices, il est d'abord nécessaire de séparer les hommes des doctrines. Qui est athée? Celui-là seul qui croit l'être et qui veut l'être. Quelle doctrine est athée ? Toute doctrine qui mène logiquement à la négation de la divinité. Mais les hommes ne sont pas toujours logiques : souvent ils n'aperçoivent pas les conséquences de leurs principes; d'autres fois ils les reconnaissent et les avouent, mais

ils y échappent par la croyance ou la religion. Il ne suffit donc pas toujours, pour être athée, d'adopter une doctrine athée. Gassendi, par exemple, est tout à la fois épicurien décidé et chrétien sincère. Si un homme est de bonne foi, on n'a pas le droit de le dire athée, tant qu'il ne convient pas de Tétre. Quant aux doctrines, plusieurs sont compatibles avec Tathéisme, mais celle-là seulement sera une doctrine athée qui conduira nécessairement à nier Texistence de Dieu. D'après ce critérium, à (|uclle doctrine cette qualification d'athée pourrait-elle justement s'appliquer? Le scepticisme est-il une doctrine athée ? Non, car le doute n'est pas une négation. Le scepticisme <]ui passe à la négation se renie soi-même. Tout vrai scepticisme s'abstient de se prononcer et autorise par conséquent la croyance, la foi, l'espérance. Or, une doctrine n'est pas athée qui permet d'espérer en Dieu. — Le positivisme est-il une doctrine athée ? Pas davantage. Le positivisme affirme que la science humaine ne peut dépasser les faits et les lois. Il va même jusqu'à refuser d'admettre que la question de la cause première soit une question ouverte; car il est déjà anti-scientifique de poser des questions que la science ne peut résoudre. Mais cette question, le positivisme lui-même la poserait, et, qui plus est, en donnerait une solution, s'il niait l'existence de Dieu. Sans doute il est malaisé de se tenir dans cette réserve ; sans doute les positivistes dépassent sans cesse les limites par eux assignées à la connaissance, pour nier l'existence de cette cause dont ils ont déclaré qu'on ne pouvait rien savoir. Mais il serait injuste de mettre à la charge d'une doctrine les inadvertances, les maladresses, les contradictions de tel ou tel de ses partisans. Or, c'est une contradiction manifeste de poser en principe que, hors les faits et les lois, nous ne pouvons rien connaître, et de prétendre ensuite savoir que Dieu n'existe pas. — Le sensualisme est-il une doctrine athée? Pas plus que les précédentes. Le sensualisme aflirme ([ue toute idée vient des sens, et, par suite, que tout ce que l'homme connaît est matériel ou sensible. 3Iais, pour être une doctrine athée, il faudrait qu'à cette première affirmation, le sensuahsme ajoutât celle-ci trop manifestement téméraire : la connaissance humaine est la mesure de la réalité. — Le panthéisme est-il une doctrine athée ? Non encore, s'il s'agit du vrai panthéisme, du seul qui ait droit de porter ce nom. De même, en effet, qu'il ne faut pas appeler panthéisme cet idéalisme radical ou théisme absolu, (jui supprime le fini, il ne faut pas non plus que cette qualification soit usurpée par ce naturalisme pour qui l'infini est non pas le principe éternel dont tous les êtres périssables sont les modes ou les émanations, mais l'ensemble de ces êtres même. Cette doctrine est bien véritablement athée, mais son \Tai nom c'est celui de matérialisme. Le panthéisme est la doctrine qui, reconnaissant à la fois l'existence du fini attesté par l'expérience, et l'existence de l'infini affirmé par la raison, prétend résoudre les difficultés qui résultent de leur coexistence, en faisant de ces deux termes les deux faces, les deux états, les deux moments d'une seule et même réalité. Par là, à coup sûr, la notion de Dieu est singulièrement altérée. Tantôt c'est la liberté divine qui est supprimée; tantôt c'est la personnalité qui se trouve

compromise; parfois même, c'est Texistence actuelle de Dieu qui est méconnue : car, si, dans la plupart des systèmes panthéistes, le monde découle de Dieu par voie d'émanation, selon d'autres doctrines panthéistes, c'est au contraire Dieu qui se trouve en puissance; dans le monde, et c'est la réalisation graduelle de Dieu qui s'opère par los progrès nécessaires et continus de l'univers. Mais quelque graves que soient ces conséquences, on ne peut dire cependant que Dieu soit complètement absent de ces systèmes, puisque c'est son action partout présente qui fait Tliistoire du monde, puisque c'est par lui ou pour lui que tout s'accomplit, puis([ue c'est lui qui, comme principe ou comme but, comme cause efficiente ou comme cause finale, est le moteur universel.— A vrai dire, il n'y a qu'un système essentiellement athée. C'est celui qui, affirmant l'existence du monde, affirme en même temps que, pour expliquer le monde, il est inutile de recourir à Dieu : c'est le matérialisme. 11 est vrai que les épicuriens admettaient des dieux. Mais ces dieux, relégués hors du monde dans une éternelle inaction, qui ne voit que leur unique raison d'être dans le système, c'était de protéger les épicuriens contre les haines de la foule ? Quant au matérialisme moderne, n'ayant plus à redouter l'intolérance, il n'a plus besoin de ces précautions ; il tire donc hardiment les conséquences de •ses principes et déclare sans détours que, Dieu étant inutile, il est inutile d'admettre un Dieu. A la rigueur, cependant, on pourrait contester au matérialisme même le droit de se dire athée. Le matérialisme prt*tcud expliquer les choses en se passant de Dieu ; mais ces explications supposent prescjue toujours la nécessité, l'éternité, l'infinité du monde. Or, ce monde ainsi conçu difi'ère-t-il beaucoup de la substance absolue des théistes? et n'a-t-on pas eu raison de dire ([ue les atomes d 'Epicure sont autant d'absolus distincts et indépendants, autant de dieux aux()uels on ôte seulement la pensée ? Ainsi, de même que le matérialisme, tout en niant l'àme au profit de la matière, se trouve réduit ce])endant pour donner de cette matière une notion positive à emprunter à l'àme quelqu'un de ses états, quehiu'un de ses attributs, attendu que nous ne connaissons pas 1r matière en elle-même, mais seulement par nos propres modifications: de même, le matérialisme, tout en niant Dieu au profit du monde, ne peut cependant concevoir l'existcnce de ce monde qu'en lui aqcordant certains attributs, certaines perfections qui semblent le propre de l'être absolument parfait. Mais de même (ju'il ne faut pas accuser d'êlre athée celui qui ne veut fias l'être, de même on doit laisser à ceux qui veulent l'être le droit de se dire athées.

m. Causes de Vathéisme. Quelles sont maintenant les causes dt* l'athéisme? Ces causes sont de deux sortes : ce sont ou des raisons morales, ou des raisons de l'ordre intellectuel ; des sentiments ou des arguments. Le plus souvent ces deux causes agissent ensemble, car il y a du sensible: et de l'intellectuel dans toutes nos croyances; et, d'une part, le sentfment cherche toujours à se fonder sur quelque raison, comme aussi, d'autre part, nos raisonnements et nos preuves nous sont le plus souvent suggérés parle sentiment. — Parmi les causes morales, voici celles

qu'on a le plus souvent signalées: l**la corruption des mœurs: «Ncmo I)eos non esse crédit^ dit Bacon, nisi eut Deos non esse expedit, » L'imputation ainsi généralisée est injuste, mais elle est certainement applicable à plus d'un athée; 2** Torgueil et le désir immodéré d'indépendance ; 3** Taccablement et le désespoir engendrés par l'adversité ; 4*" les révoltes delà conscience en présence des maux de toute sorte et particulièrement de Tinjustice impunie; 5° Torgueil scientifique qui prétend tout comprendre et tout expliquer sans recourir à Dieu ; G° l'esprit d'hostilité suscité contre les croyances religieuses par la superstition, le fanatisme, Tintolérance qui y sont trop souvent associés. C'est cet esprit qui anime Epicure et ses disciples dans l'antiquité, et, plus près de nous, la plupart des athées du dix-huitième siècle. — Quant aux raisons scientifiques de l'athéisme, elles sont, comme on va le voir, de deux sortes : elles tendent à prouver, les unes que Dieu est inutile et qu'on peut s'en passer; les autres, que Dieu est impossible, soit parce (ju'il n'y aurait aucun moyen de concevoir ses rapports avec le monde, soit parce que des contradictions sont impliquées dans son essenœ. Voici les principales de ces raisons : 1** C'est une règle essentielle de méthode de s'en tenir autant que possible aux explications les plus simples, « les moins onéreuses », et de ne jamais supposer d'autres (•auses ([ue celles ([ui sont nécessaires et suffisantes pour rendre compte <Ies effets. Or, aucune des choses que nous connaissons ne nécessite [)Our être expliquée une cause surnaturelle. En effet, s'agit-il d'abord <Ie Vexisience du monde? Rien ne venant de rien, on est, à la vérité, obligé d'admettre que, si quelque chose est, quehiue chose a été do touU; éternité; mais pourquoi ce quelque chose ne serait-il pas le monde lui-même, ou du moins les éléments, atomes ou forces, dans lesquels le monde se résout. S'agit-il du mode d'existence de l'univers? La combinaison d'éléments d'où résulte le monde actuel était possible puisqu'elle a eu lieu. Et quel que soit le nombre total des combinai- -sons possibles, et si faibles que, par suite, les chances aient été en faveur de la combinaison actuelle, cette combinaison a pu cependant se réaliser tout comme une autre. Il n'est même pas étonnant qu'elle se soit une fois réalisée si on songe que, dans l'éternité qui a précédé, une infinité d'autres combinaisons ont pu se réaliser avant elle. D'ailleurs, qu'on prenne les choses par le détail, on verra que les causes Jiaturelles suffisent à rendre compte de tout. Harmonie du ciel, révolutions régulières des astres, mouvements et forme de la terre, distribulion de l'air et des eaux, etc., tout ce qu'on avait attribué d'abord à im art divin s'expli(jue par le jeu naturel des forces mécaniques. 11 n'y a j>as même d'exception à faire pour les êtres organisés. La vie n'est qu'une succession de mouvements qui se déterminent les uns les autres. Les diverses espèces sont le produit nécessaire de causes aveugles comme le milieu, l'habitude, le besoin, k concurrence vitale, Thérédité. L'organisme en général n'est qu'un groupement de cellules unissant leurs actions. Enfin, la cellule organisée se forme sans doute, spontanément, par une combinaison d'éléments inorganiques, sous l'influence de certaines causes encore mal connues, il est vrai, mais qa

seront un jour mieux déterminées. Que si on persiste, malgré tout, à voir dans l'appropriation des organes aux fonctions, dans l'adaptation des organes aux milieux, et dans la corrélation des organes entre eux, non pas de simples effets, mais des lins poursuivies et des buts atteints, pourquoi n'accorderait-on pas à la matière même a la propriété de s'ajuster à des fins (Littré) ». Ainsi partout l'explication scientiiique remplace l'hypothèse religieuse, et la science peut « reconduire Dieu Bux frontières, en le remerciant de ses services provisoires (Aug, Comte). » Tels sont, en résumé, les arguments ordinaires des matérialistes. La forme seule varie, le fond est resté le même, depuis Démocrite usqu'à nos jours (voyez l'article matérialisme). — 2** Non seulement rien dans l'univers ne prouve que Dieu est, mais, au contraire, il y a dans l'univers des choses (jui* prouvent que Dieu n'est pas : ce sont les maux de toute sorte. Si Deus est wnrfema/wm? Admettre que le monde est l'œuvre de Dieu, c'est reconnaître ou qu'il n'a pas su, ou qu'il n'a pas pu, ou qu'il n'a pas voulu empêcher le mal; c'est avouer un défaut ou de sa sagesse, ou de sa puissance, ou de sa bonté; c'est nier sa perfection ; c'est dire que Dieu est et qu'il n'est pas Dieu (voy. les articles Mal et Providence). — 3® Non seulement ce qu'il y ade bien dans le monde ne prouve pas que Dieu est, non seulement c^ qu'il y a de mal dans le monde prouve au contraire que Dieu n'est pas, mais encore l'impossibilité de concevoir sans contradiction un rapport quelconque entre Dieu et le monde, prouve que Dieu ne peut pas être. En effet. Dieu et le monde sont-ils, comme l'admet le dualisme, deux principes indépendants? C'est admettre deux infinis, deux existences absolument nécessaires, et dont l'une cependant est un obstacle à l'autre. Dieu et le monde ne sont-ils qu'une seule et même réalité? C'est l'hypothèse panthéiste qui se présente sous deux formes opposées, tantôt le monde étant conçu comme une émanation ou un modo de Dieu, tantôt, an contraire. Dieu étant conçu comme engendré par le progrès du monde. Mais, dans le premier cas, comment expliquer que la substance iniinie et parfaite se développe par des modes iinis et imparfaits; et dans le second cas, comment expliquer que le fini et l'imparfait se fasse soi-même infini et parfait. Dieu est-il enfin une cause libre qui donne au monde, tout ensemble, l'être et la manière d'être ? C'est la doctrine de la création. Mais comment comprendre qu'une chose soit produite de rien? Peu importe d'ailleurs la toute-puissance de la cause productrice. L'axiome ex nihilo niliil vaut pour une puissance infinie, il n'y a (pie ces trois hypothèses possibles sur les rapports de Dieu et du monde. Aucunen'est soutenable, par conséquent Dieu ne peut pas exister. — 4''Noji seulement Texistence du monde est comme unobstacle à l'existence de Dieu, maisTessenccmêmede Dieu est aussi un obstacle à son existence. Par Dieu, en effet, on entend un être parfait. Or la piM'fection» loin d'être, comme le pensait Bossu«t, une raison d'être, est un empêchement à l'être. En effet, «il n'y a d'être que daps l'individualité. Or, l'expérience, soit externe, soit interne, nous atteste cpie l'individualité est essentiellement accidentelle, variable^ éphémère. H n'y a rien d'invariable^ d'éternel, que le genre, V espèce, le rapport, toutes choses abstraites qut

n'existent pas dans tindividu. » L'homme parfait, Tanimal parfait, sont des notions abstraites, sans objet extérieur ; et telle est aussi Tldée suprême. (( Jlnf/ apas plus de raison de réaliser cette abstraction que les autres, t^ L'être parfait n'est donc et ne peut être qu'un idéal (voy, Vacherot, La Métaphysique et la Science, t. II, p. 187 ; t. III, p. 234 ss.)« Pour la criti(iue de cette théorie voy. P. Janet, la Crise philosophique^ p. 136, ss.; Fouillée, La Philosophie de Platon^ t. II. p. 637 ss. — 5** L'essence de Dieu est un obstacle à l'être non seulement parce qu'il y a incompatibilité entre la perfection et l'existence, mais encore parce que cette essence implique en elle-même des contradictions. Dieu, c'est Têtre infini. Or, l'idée d'un infini actuel est contradictoire. L'infini, en eft'et, c'est ce qui est plus grand que toute quantité donnée. Il suit de là qu'aucune quantité donnée ne peut être infinie. Or, que seraient par exemple l'Eternité et la Toute-Science? L'Eternité, possédée actuellement par Dieu, serait une quantité infmie de temps ou de moments, actuellement donnée et réalisée ; et la Toute- Science serait une quantité infinie de connaissance (tant des choses possibles que des choses réelles) actuellement donnée et réalisée; ce qui est contradictoire. Il ne peut donc y avoir d'être^ infini. — 6° L'idée d'un être absolu, à son tour, est ou bien contradictoire, ou tout au moins irrationnelle. En effet, lorsqu'on dit que Dieu est l'absolu, l'être par soi, on veut dire ou bi«n qu'il est sa propre cause, ou bien qu'il existe sans avoir besoin de cause. Si l'on entend que Dieu est la propre cause de son être, comme ce qui est cause, est, il s'ensuit que Dieu est sans être, qu'il existe sans exister. Si l'on entend que Dieupourêtre n'a pas besoin de cause, on renverse un des principes fondamentaux de la raison. 11 ne peut donc y avoir un être absolu. — 7** Dieu est impossible encore parce que, outre que les caractères métaphysiques d'infini et d'absolu implicfuent contradiction, les divers attributs moraux de Têtre parfait se contredisent entre eux et s'entre- détruisent. (( Comment, par exemple, la puissance infinie peut-elle toute chose tandis que la bonté infinie est incapable de faire le mal ? Comment là justice infinie infiige-t-elle les derniers châtiments à tout péché, tandis ([ue la miséricorde infinie pardonne au coupable ? Comment la sagesse infinie coiniaît-elle tout l'avenir, tandis que la liberté infinie peut tout faire et tout. éviter, etc.?» — 8° Enfin Dieu est impossible parce que si ses attributs métaphysiques impliquent contradiction, si ses attributs moraux se contredisent entre eux, il n'est pas moins vrai que ses attributs moraux sont en contradiction avçc ses attributs métaphysiques. En effet, les attributs moraux se résument tous dans la personnalité. Or, 1° une personne n'est telle, que par une pluralité d'attributs: que devient alors la simplicité de Dieu? .2° J^a personnalité suppose la conscience, et la conscience suppose elle-même ([ue l'être conscient se distingue d'un être étranger, car le moi ne se posequ'en s'opposant au non-moi. Dieu, pour prendre conscience de soi, est donc soumis à une condition; par suite, s'il est conscient, il n'est pas absolu, *A^ Enfin les attributs moraux sont autant de déterminations positives, car déterminer c'est limiter. Par exemple, déterminer une figure dans l'espace,

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c'est enclore une portion de Tespace dans des limites. Donc pour être infini, Dieu devrait être indéterminé ; s'il est déterminé, il n'est pas infini ( voy . pour le développement de ces arguments et d'autres du même genre, W. Hamillon, Fragments^ trad. L. Peisse; Mansel, The limiu of Religiom Thought; H. Spencer, Les premiers principes , trad. Gazelles, ch. 11; Renouvier, Essais de critique générale^ Essai I, part. IV; Année philosophique, 2^' année, L'Infini, la Substance et la Liberté),^ Principaux athées: Protagoras, Hippon (se rattachant à l'école ionienne), Démoçrite, Diagoras de Mélos, Epicure, Lucrèce (école atomistique) , Théodore, Evhémire (école de Cyrène), Strabon (école péripatéticienne), Lucien (école sceptique). Dans les temps modernes: Hobl)es, Lamettrie, d'Holbach, Naigeon, etc. — Conséquences de l'athéisme (voy. l'article Morale indépendante), — L'athéisme est-il une erreur plus grande que l'idolâtrie? Une société d'athées est- elle possible*? (voy. Diderot, Encyclopédie, art. Athée, Athéisme; Voltaire, Dictionnaire philosophique, art. Athée, Athéisme.— Il existe sur l'athéisme plusieurs traités spéciaux : Théoph. Spizehi, Scrutinium Atheismi historico-theologicum, in-8% Augs., 1<><)3; Buddeus, Thés, de Athéisme et Superstitione, in-8°, léna, 1717 ; Lei'lerc, dans la Bibliothèque choisie. Histoire des systnîmes des anciens athées. Voyez aussi F. Bacon, Opéra moralia,X\l; Meditationes sacrue, X; />^ Augm., livr. I, § 5; Leibniz, Confessio naturx contra atheistas, éd. Erdman, p. 44). E. Rabieb.

ATHÉNAGORE, Athénien, enseigna la philosophie dans sa patrie; converti au christianisme, il en devint un des plus éloquents défenseurs. C'est à tort que Philippe de Sida, auteur peu exact, fait de lui le fondateur de l'école chrétienne d'Alexandrie. Dans la brillant»^ apologie qu'il a présenté<î aux empereurs Marc-Aurèle et Commode, et qu'il a intitulée « Supplication en faveur des chrétiens », Athénagorc parle en philosophe aux deux empereurs « amis de la sagesse ». 11 fait preuve d'une profonde intelligence des religions païennes, et son livre nous a conservé plus d'un trait intéressant de la cosmogonie antique. En élève de Justin, il rapporte la création de toutes choses « au Fils de Dieu, Verbe du Père « qui est l'idée et l'énergie de Dieu. Dieu, étant la pensée éternelle, a toujours porté le Logos en lui-même, car il est éternellement raisonnable ». Athénagore s'applique à justifier les chrétiens de trois crimes : (d'athéisme, les festins de Thyeste, les unions d'QEdipe. » 11 peint en de beaux traits les mœurs chrétiennes, et montre les prophètes inspirés par l'Esprit qui les anime, « comme une llûte reçoit le souffle des lèvres du musicien. » Athénagore a composé un traité de la résurrection des morts, étude de pure philosophie, qui

et parfait Amour, imitation assez agréable des romans grecs. — Voy. les dissertations deP. Leyser (Leipz., 1736), de Clarisse (Leyde, 1819) et «!*' Mosheira {Dissertatt/,\o\. I). Les dernières éditions de l'Apologie sont celles de L.Paul, Halle, 1856, et d'Otto, dans sa collection, 1857 (avec \ede Resurr,), S. Bebgeb.

ATHÈNES ('AOfJvaO, du nom de sa vieille déesse Athéné, capitale de TAttique et centre, durant toute rantifjuité, de la civilisation grecque. Le nom d'Athènes se rencontre pour la première fois dans la littérature biblique 2 Mach. IX, 15, et reparait Act. XVII, 15 ; XVIII, 1 et 1 Thess. III, 1 . Quand Paul la visita, vers Tan 52 ou 53, elle était bien déchue de son rang sous Técrasante domination romaine. Elle gardait encore CA?pendant, jusque dans cet esclavage, son prestige et sa splendeur exU^rieure. Ses grands monuments, le Parthénon, le temple de la Victoire, le Pœcile, TErechteum, le théâtre de Dyonisios étaient debout et intacts. Tout un peuple de statues incomparables lui donnaient l'aspect du plus riche musée de l'univers. La vie y était toujours légère, facile, élégante et joyeuse. Un grand abaissement s'était fait dans les esprits. Les écoles étaient encore pleines et bruyantes. Mais aux grands maîtres de la philosophie et de l'éloquence avaient succédé les rhéteurs. Le génie athénien s'épuisait dans une agitation stérile. Le mouvement des écoles socratifjues était lini. La renaissance qui se lit sous les Antonins n'avait pas encore commencé. A ce moment intermédiaire, nous ne rencontrons dans la ville pas un nom célèbre ou même connu. On y trouvait encore sans doute des épicuriens, des péripatéticiens, des stoïciens qui disputaient ensemble dans tous les lieux publics; mais ce n'était plus guère entre eux qu(» de vaines joutes de beau langage, amusement frivole d'une culture oisive. Le scepticisme avait rapproché et presijue confondu toutes les doctrines dans un éclectisme littéraire, dont Ammonius d'Alexandrie, le maître de Plutanpie, sera dans le siècle suivant le représentant le plus distingué. Deux choses avaient seules survécu de Tancien tempérament athénien; une curiosité avide et mobile (jui poussait tout le monde sur la place publique pour y recueillir et y colporter des nouvelles (Act. XVII, 21 ; Démosth., 7*A//^I,4;Elien, K./y.,V,L3;scoliaste de Thucydide, 111,38; scol. d'Aristophane, Plutus^ y. 338), et un zèle de dévotion extrême. Chose surprenante mais bien constatée, Athènes, la ville des pliilosophes, passait dans l'antiquité pour être également la ville la plus religieuse du monde. Le développement de la culture rationnelle s'y était fait sans nuire en aucune façon à celui du sentiment religieux. Les vieux cultes y étaient encore florissants. On raconte ({ue Néron n'osa point y entrer par crainte des Furies qui demeuraient sous l'Aréopage et (jue tous les parricides redoutaient. II n'osa pas davantage soutenir la voix du héraut qui, au début des mystères d'Eleusis, criait que les scélérats et les impies n'eussent garde d'approcher (Suétone, Néron, o6, 31). Les témoignages de cette dévotion athénienne, toujours vivante, sont fort nombreux (Act. XVII, 16; Strabon, X, 471; Puusanias, I,24,3;Elien, F.^.,V,17; Philostrate, ylyîo//., VI,3;IV, 19; Lettre de Marc Aurèle à Fronton, III, 9). C'est ce caractère religieux des Athéniens ([ui semble avoir le plus frappé l'apôtre Paul. 11 remar- ([U'à surtout des autels dédiés à des dieux inconnus. Ces autels, en eftet, paraissent avoir été assez nombreux à Athènes et dans les environs (Pausanias, 1,2,4; Philostrate, ^/îo//. VI, III, 5; Diogène Laerte,!, X, MO; OEcuménius, Jn ad, apost., Paris, 1631; saint Jérôme, Jn TU.

1,1 2.) Ces autels portaient pour inscription : 'Ay^wjtw 0£(i),ou au pluriel, àrf'wrroi; Oesi? qu'il faut traduire à un dieu ou à des dieux inconnus, soit que ce fussent d'antiques autels demeurés anonymes, qu'on ne voulait pas détruire et auxquels dans un recensement nouveau on aura mis une telle épigraphe faute de savoir à qui ils avaient d'abord été dédiés; soit que les Athéniens, dans leur zèle religieux, craignant de blesser sans le savoir ou de négliger quelque dieu puissant dont ils ignoraient encore le nom, lui aient érigé de semblables autels poiu* mériter sa faveur. Dans tous les cas, c'est à une inscription semblable que Paul naturellement et très-habilement rattacha le discours que le livre des Actes nous a conservé et qui reçoit de ce détail même un grand caractère d'authenticité. Ce discours, d'après saint Luc, aurait été prononcé à l'Aréopage (èTutXa^sjjLsvsi ts oÙTcIi e-'t tsv "Apsicv izirfz^ iÎYxpv, Act. XV11,19). Faut-il entendre ici le lieu géographique, la colline de Mars, située un peu à l'est de l'Acropole, ou Tantique tribunal athénien devant lequel le prédicateur aurait été amené pour exposer officiellement sa nouvelle doctrine? Il est difficile de le décider. L'Aréopage avait survécu à toutes les révolutions politiques. Il conservait encore sous les Romains son ancienne organisation (Valère Maxim., II, VI, 3; Tacite, ^/ma/es, II, 55; Aulu-Gelle, XII, 7; Nombreuses inscriptions dans le Corpus inscrip, gr,). Il est vrai que c'était moins un corps judiciaire qu'une sorte de sénat de notables auquel ressortissait tout ce qui concernait les mœurs, l'édilité, les cultes, l'enseignement public dans la cité (Lysias, Areopagitica oraiio pro sacra ofea;Démosth., cmi- //•(?iV(?eVe;(Eschine, contre Timarque ; Cïcer.j epist. ad fam, yXlll, 1 ; de Divin., I, 25; Athné., IV, 6i, 65; VI, 46; XIII, 21, etc.). 11 n'y a donc rien d'invraisemblable à ce qu'à l'apparition d'une doctrine nouvelle on ait invité celui qui l'apportait à venir faire en quelque sorte sa déclaration devant un tel tribunal ou du moins à l'endroit où il tenait ses séances. La scène dans les Actes ne semble pas avoir ou de caractère officiel. Le succès de la prédication de Paul dans une telle ville fut assez mince. Cette première rencontre de l'Evangile avec la philosophie païenne, malgré les habiles ménagements de l'apôtre, n'eut rien de bien encourageant. Il est très-remarquable que Paul, dans ses nombreuses courses, ne revint pas à Athènes. Quelques personnes, isolées seulement, parmi lesquelles on cite Denys l'Aréopagite et une femme nommée Damaris, se joignirent à lui. Même au second siècle, l'Bglise d'Athènes est p.eu solide (Euseb., //. E., IV. 23). Le paganisme, interprété par des professeurs éloquents, dont le plus célèbre £ut Libanius. y eut une renaissance brillante qui dura jusqu'à la lin du cinquième siècle. Les écoles de belles-lettres et de philosophie revirent de beaux jours, Ghrysostôme, Basile, les deux Grégoire y vinrent étudier. L'empereur Julien s'appuya sur elles dans sa tentative de ressusciter 1^ vieux cultes et la société païenne expirante. Elles furent brutaleraeiil fermées sous Justinien (529). A partir de ce moment, Athènes disparaît, pour de longs siècles, de la scène du monde. A. Sabatieb.

ATHÈNES (moderne). La ville d'Athènes, après avoir perdu son indépendance, passa successivement sous la domination des Romain^

des empereurs de Byzance, des Vénitiens, des Normands et des Siciliens. Lors de la prise de constantinople par les croisés, Athènes échut en partage aux Français et fut érigée en duché par Roniface de Montferrat ; le sire Othon de la Roche en fut nommé le premier duc. Les Français perdirent cette ville en 1312. Elle passa alors sous la domination des Espagnols, puis elle échut à la famille Acciaïoli de Florence. Le huitième prince de cette maison en fut dépossédé, en 1456, par les Turcs, qui la gardèrent jusqu'en 1833. Lorsque, en 1834, Athènes fut déclarée capitale du nouveau royaume hellénique, celte ville célèbre, après avoir passé par tant de vicissitudes, n'était plus (ju'un pauvre village, qui comptait à peine 4,000 habitants. Quarante-deux années se sont écoulées depuis lors, et cette triste ruine s'est transformée en une belle ville, on peut dire, en la plus belle ville de l'Orient. Athènes a maintenant plus de 50,000 habitants. Entourée de quatre collines de hauteur inégale, elle contient de belles maisons, de nombreuses plantations, de belles plaiîos, des rues spacieuses et de larges boulevards. Elle est ornée d'antiquités, dont les plus importantes sont : l'Acropole, le temple de Thésée, le temple de Jupiter Olympien et beaucoup d'autres. On y remarque de magnifiques monuments publics, tels que l'Académie, l'Université, l'Observatoire, l'Ecole des Arts, etc. Il y a à Athènes vingt-trois églises, dont les plus remarquables sont : l'église de l'Annoni'iation, la cathédrale d'Athènes, dont on a posé la première pierre ou 1840 , l'église de Sainte-Irène, l'église de Saint-Georges, l'église de Saint-Démétrius, l'églisede Saint-Philippe, l'égUse des Saints-Théodores (une des- plus anciennes et des plus curieuses), l'tiglise de Zoodochos Pigi, et d'autres. Dans presque toutes les églises, la messe est célébrée, les dimanches et les fêtes, le matin, à neuf heures l'hiver, et à huit heures en été. On dit aussi la messe tous les samedis dans chaque église et souvent les autres jours de la semaine. Dans le rite grec on ne célèbre ([u'une messe par éghse; il faut excepter toutefois l'église de Sainte-Irène, dans la(|uelle^ outre la messe ordinaire, on en célèbre une pour l'armée à six heures du matin en été, et à sept heures l'hiver. La prédication est un peu rare, faute de prédicateurs suffisamment exercés. Cependant il y adeux prédicateurs, entretenus par le gou\'ernement j)0ur prêcher l'Avent, le Carême et les principales solennités tour à tour (lans les différentes église§. Parmi les prêtres instruits résidant à Athènes, on compte quel<[ues prédicateurs libres, qui se font entendre soit de leur propre initiative, soit sur l'invitation du Synode. Les églises sont fréquentées, les cérémonies généralement bien suivies, surtout les jours de grandes fêtes. Une messe est célébrée i)Our la reine, à onze heures du matin, dans la chapelle grecque du palais. A dix heures, un service a lieu dans la chapelle particulière du roi, qui, comme on sait, appartient à la religion luthérienne. La prédication est donnée en allemand. La colonie russe a pour église Saint-Nicodème, où la messe est <*éléi)réo en langue russe i\ dix heures du matin. Lc*s catholiques roniaijïs, au nombre de 4(X) environ, ont bâti, il y a (juehiues années, une fort belle église sous le vocable de Saint-Denis. J^ messe y est i^élébrée le dimanche à dix heures et demie. Depuis ([uelque temps le

catholiques ont à Atliènes un évêciue. L'église Saint-Paul appartient à la petite communauté protestante, qui s'y réunit les dimanches à onze heures, pour le service et la prédication en langue anglaise. On compte à Athènes plusieurs missions américaines, ainsi quedeux^ sociétés bibliques. Par contre, il n'y a pas de juifs. — Athènes est non-seulement le centre de la vie politique, mais aussi, comme dans l'antiquité, le centre de la vie intellectuelle de la grande famille hellénique. De toute la Grèce, un très-grand nombre de jeunes gens viennent à Athènes pour se perfectionner dans les lettres et dans les sciences. L'Université nationale, fondée en l'an 1837, comprend quatre facultés : théologie, droit, médecine et philosophie. La faculté de théologie est divisée en six chaires. Tous les professeurs, sans exception, ont étudié dans les universités allemandes; ils sont au courant du mouvement thé^logique dans les Eglises protestantes et autres. Ils jouissent d'une assez grande liberté scientilique dans leur enseignement, qui comprend l'encyclopédie théologiciue, la dogmatique, la théologie morale, la théologie pratique, l'interprétation de la Bible, l'hébreu, l'histoire do l'Eglise et l'éloquence sacrée. Ils ne portent pas cependant atteinte aux dogmes fondamentaux de l'Eglise grecque. Le nombre des étudiants de VUniversité est d'environ 1300. La durée des cours est de <iuatre ans, et c'est seulement après ce temps qu'on peut se présenter aux épreuves du doctorat. II n'y a pas d'examens annuels. Athènes possède quatre gymnases (collèges), cinq écoles helléniques ou préparatoires aux. études du gymnase, et six écoles primaires communales : deux pour les garçojis et quatre pour les filles. L'enseignement y est gratuit, ainsi que dans l'Université. \^ne école ecclésiastique, dite Ècok RizariSy du nom de son fondateui*, a été étaWie en l'an 18i0. Douze professeurs, dont la plupart sont attachés ù l'Université, enseignent toutes les branches qui sont nécessaires pour rendre les élèves aptes au ministère sacré qu'ils sont appelés à exercer ; mais les revenus du clergé étant très-faibles, la plupart des jeunes étudiants refusent d'embrasser le sacerdoce et se répandent comme professeurs dans les différents établissements de la Grèce et de l'Orient; ils rendent ainsi uii grand service aux intérêts helléniques. Athènes possède aussi une école de filles, dite Ay^sakion^ du nom d'un bienfaiteur de cet établissement, le plus important qui existe en Orient pour l'éducation des filles. Elle contient plus de cinq cents élèves. Enfin il y a à Athènes une école militaire, une école des beaux-arts, plusieurs écoles privées pour les deux sexes, un nombre considérable d'établissements de charité, de sociétés savantes, de sociétés pour l'encouragement des études grecques et pour l'histruction du peuple en Grèce et enOrient. — Athènes est aussi le centre du gouvernement de l'EgUse grecque. Depuis l'émancipation hellénique, l'Eglise grecque, qui jusqu'alors avait été soumise au patriarche de Constantinople, s'est constituée d'une manière indépendante (le 27 juillet 1833). Elle est gouvernée par un synode de cinq membres résidant à Athènes. Ce synode est composé du métropolitain d'Athènes, qui en est le président à vie, et de quatre autres évêques, qui sont choisis par le gouvernement et qui se renouvellent tous les

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