AUBERY
accueilli comme secrétaire par Duplessis-Mornay, près de qui il reçut, piendant quatre années consécutives, les féconds enseignements d'un pieux et noble cœur, d'une intelligence d'élite et d'une expérience consommée. Le disciple répondit dignement par son développement personnel et par sa vive gratitude aux directions du maitre éminent dont la bonté paternelle lui ménagea, au dehors, l'accès d'importantes fonctions. A dater de iS93, Dumaurier remplit pendant plusieurs années l'office d'intendant du duc de Bouillon et celui de son chargé d'affaires auprès de Henri IV. Devenu, plus tard, l'un des secrétaires de Sully, il fut employé dans des négociations délicates, entre la France et le duc de Bouillon, qui aboutirent à la soumission de celui-ci, et fut choisi, en 1(507, pour l'accomplissement d'une mission, à la fois financière et politique, relative aux intérêts des Provinces-Unies des Pays- Bas. Lorsque Sully, encourant en 1611, sous un nouveau gouvernement, une disgrâce imméritée, dut se séparer de ses secrétaires, il donna des encouragements à Dumaurier et lui présagea un brillant avenir. En 1613, Dumaurier fut appelé aux fonctions d'ambassadeur de France dans les Provinces-Unies, fonctions antérieurement exercées avec distinction, surtout par de Buzenval, intime ami de Duplessis- Mornay, et par le président Jeannin. Elevé à la forte et noble école de Duplessis-Mornay, Dumaurier, par ses antécédents, par ses sentiments, par son caractère, se rapprochait singulièrement de de Buzenval : aussi s'altacha-t-il à continuer ses traditions recommandables, sans perdre de vue, d'ailleurs, celles de Jeannin. — La promotion de Dumaurier à un j)0ste élevé froissait divers intérêts, et transformait en détracteur plus d'un ambitieux déçu dans ses poursuites et ses prévisions. Delà surgirent pour le nouvel ambassadeur certaines diflicultés, aggravées, au sehi de la société néerlandaise, par les préventions et les calomnies dont il fut l'objet. Il s'agissait de dissiper les unes, d'anéantir les autres, de concilie!' à un homme essentiellement honorable l'estime des honnêtes gens, en le faisant connaître tel qu'il était, et d'assurer au représentant de la France le respect que devait imposer sa haute situation. Ce triple but fut efficacement atteint par l'influence de Louise de Coligny, princesse douairière d'Orange, qui soutint Dumaurier de toute l'autorité de son crédit et de son inépuisable bonté. Les sentiments de gratitude envers cette femme éminente, qui débordent dans un écrit émané de Dumaurier, n'honorent pas moins le protégé que la protectrice. Dumaurier s'acquitta dignement de ses fonctions diplomatiques dans les Provinces-Unies. Il y avait contracté, de même qu'en France, de nobles amitiés ; et certes, si jamais homme fit preuve d'une sincère fidélité, en fait de sympathie et d'affection, ce fut bien lui. Il n'exagérait rien quand il écrivait à Hotman : (c Ceux qui me connaissent cautionneront toujours que je suis de ferme tenue là où je me suis voué. » L'histoire atteste, à l'honneur de la mémoire de Dumaurier, tout ce qu'il y eut de vrai dans ce généreux accent de son âme, car elle allie à son nom, désormais inséparable des noms de Van Olden Barneveld et de Grotius, ses dignes amis, le souvenir d'un dévouement sans réserve, qu'une inébranlable affection pouvait seule