AUBERY
inspirer. Ce souvenir est vivant pour quiconque étudie à fond les diverses phases de la lutte qui s'engagea entre les arinidjens et les gomajristes. Des hommes égarés par de coupables passions mêlèrent à la question religieuse, en la déplaçant de sa base, des questions gouvernementales sous le poids desquelles ils s'efforcèrent de la comprimer ; la liberté religieuse fut sacrifiée à la prétendue religion d^'Ëtat, et de sanglantes immolations signalèrent le triomphe du bras séculier. Une triple accusation d'atteinte aux libertés publiques, de provocation à la révolte, et de haute trahison, avait été dirigée contre Banieveld et Grotius ; on leur imposa pour juges des commissaires dont la plupart avaient intérêt à les condamner. D'accord avec la princesse douairière d'Orange, qui ne cessa de lui prêter son généreux concours, Dumaurier prodigua aux deux accusés les preuves d'un infatigable dévouement. Chez lui l'énergie de l'amitié rehaussait les actives et fermes démarches de l'homme public : mais les efforts auxquels se livrèrent la princesse et l'ambassadeur de France pour sauver les jours de Barneveld échouèrent contre la haine implacable, des ennemis de ce grand citoyen. Grotius n'échappa à une condamnation capitale, que pour être incarcéré dans la forteresse de Louvestein. Rentré en France, Dumaurier quitta la politique active, en 1624, et partagea son temps entre de tendres soins donnés à sa nombreuse famille et le culte des lettres. Dans la vie publique, de même que dans la vie privée, il demeura fidèle à la devise qu'il avait adoptée : Cœlesfem cogita. Les sentiments de piété qui l'animèrent dans le cours d'une carrière honorablement accomplie s'étaient fortifiés avec les années , et la principale recommandation qu'au déclin de ses jours il adressa à ses enfants, se résuma en ces lignes, si belles dans leur simplicité : « J'exhorte mes en- <( fants de méditer à bon escient et souvent les singulières grâces (jue <( Dieu leur a départies, non-seulement en leur donnant l'estre, mais « aussi le bien-estre ; les ayant daigné faire naistre en son Eglise, in-
« struire en sa parole, et rendre participants de ^s promesses qu'ils
« lisent et méditent souvent la parole de Dieu, fuians comme un trèsce dangereux écueil de s'embarrasser en questions subtiles et curieuses « des théologiens, qui par leurs dissensions et controverses ont beau- <( o^up plus destruit qu'édifié le christianisme et la piété... c'est pour- « quoi je renvoyé mes enfants au conseil de saint Paul, de s^avoirà « sobriété, leur suffisant embrasser très-simplement par foy un seiû « Jésus et iceluy, crucilié. » Dumaurier mourut en 1()3(>, à Tàgede soixante-dix ans. — Voy. sur Dumaurier : 1° Vie de Ph. Mnrnay.Le^Ae, 1647, in-4 ; 2*» Mém. et corresp. de D.-Momat/, Paris, 1624-25, 12 v. in-8; 3° Mém. de Sully, Paris, 1788, 6 v. in-8; 4° Mém. pour servir à l'hist. de Hollande, ^tc.,par Louis Aubery, chev. seign. du Maurier, Paris, 1688, in-8; 5^' Hist. de Louis XIII, par Levassor, Amst., 1762, 6 v. in-4 ; 6° Auberv du Maurier, Etude sur rhist. de la France et de la Hollande (1566-1636), par M. H. Ouvré, Paris, 1853, in-8; 7° Etude hist. sur la correspond, de Dumaurier avec Hotman de Villiers^ Bull. Soc, d'hist. du protest, franc., 15« année, p. 401 à 413, et 497 à 510.
j. Delà BORDE.