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ÂUBI6NÉ (Théodore-Agrippad'), brave soldat, savant et fécond écri- \-ain, fidèle seniteur d'Henri IV, mais huguenot incorruptible, agmndi <ians Testime publique au fureta mesure que par le bénéfice du temps il a été lu davantage et mieux compris. Il naquit près Pons, en Saintonge, le 8 février 1552. Son père, Jean d'Aubigné, était d'une famille bourgeoise de Loudun, mais homme très-entendu, très-lettré, licencié es lois et juge de la seigneurie de Pons, qui avait acquis du bien et fini par prendre place parmi la petite noblesse de la Saintonge. De plus, il avait fait un beau mariage en se mariant dans une riche famille bourgeoise de Blois, avec une jeune et savante calviniste, Mlle Catherine de Lestang, qui lisait saint Basile dans le texte gi*ec et qui lui apporta en dot la seigneurie des Landes près de la petite ville de Mer. Malheureusement Théodor(>-Agrippa causa la mort de sa mère en venant au monde. Dès que Tenfant eut quatre ans, son père lui amena de Paris un précepteur qui commença par le mettre au latin, au grec et à riiébreu tout ensemble. Ce terrible magister qu'il ne garda guère plus d'une année était Jean Cottin, qui, peu après l'avoir quitté, fut brûlé vif, à Rouen, comme un hérétique des plus dangereux (en 1559). Trois autres précepteurs succédèrent à celui-ci, qui suivaient les mêmes méthodes et dont le second, Jean Morel, eut un frère brûlé aussi comme hérétique. Le troisième est resté célèbre dans les lettres: c'était Mathieu Béroalde. Plein de feu et d'intelligence, l'enfant mit à profit toutes ces leçons, en sorte qu'il était, dès son premier âge, un vrai fils de la Réforme par la solidité de l'instruction comme par la hauteur des idées. Le père auquel il devait tant de soins lui donnait l'exemple pour le caractère. Il avait pris très-activement part à la conjuration d'Amboise et tout homme de loi qu'il était, endossant la cuirasse dès la première prise d'armes, il joignit l'armée de Condé. Quelques jours après l'affaire où près de douze cents huguenots furent exécutés de sang-froid, il passait à cheval par cette ville avec son fils et une petite troupe de compagnons, quand apparut devant eux une potence au sommet de laquelle étaient rangées un certain nombre de tètes encore rcconnaissables. A cet aspect il ne put s'empêcher de s'écrier: « Ils ont décapité la France, les bourreaux ! » et posant la main sur le front de l'enfant, il lui dit: « Il ne faut pas que tu épargnes ta vie après la mienne, pour venger ces chefs pleins d'honneur, ou tu auras ma malédiction. » Et lui-même, en effet, s'épargna si peu que deux années après (1562), il mourait des suites d'un coup de lance reçu pendant le siège d'Orlé-ans. Un de ses beaux-frèn^s, nommé Aubin d'Abeville, juge de la seigneurie d'Archiac, devint le curateur de l'orphelin et l'envoya étudier quelques années à Genève et à Lyon. En 15()7, Théodore-Agrippa revint en Saintonge, tout nourri de grec, de latin, voire d'hébreu, écrivant en vers aussi couramment qu'en prose, ayant feuilleté les Pères de l'Eglise, effleuré la philosophie, goûté les mathéniati(|ues et même essayé ce (|ui était alors la quintessence scientifique, de la magie ; mais il tenait toute la science pour peu de chose auprès de ses visées de gentilhomme et de sa passion pour le métier des armes. Il avait quinze ans. Le curateur, très-opposé à cette ambition
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prématurée, renfermait au moins pendant la nuit, de peur qu'il no s'échappât, et par surcroît de précaution faisait enlever ses habits le soir. Le jeune homme sauta par la fenêtre et s'embaucha, demi-nu, dans une troupe de soldats huguenots qui passaient. Une lieue plus loin on rencontra une bande de papistes : la disperser fut Taffaire d'un moment; d'Âubigné y gagna une arquebuse, et ce ne fut qu'à Jonzac qu'on rhabilla. Il fit ainsi, dans les rangs obscurs, la seconde et la troisième guerre de religion (septembre 1567 — août 1570), mais quoiqu'il raconte avec complaisance ses premiers exploits, qu'il ait assisté à divers combats, notamment à Jarnac et la Roche-Abeille (1569), <iu'il ait même eu le grade d'enseigne dans la compagnie du capitaine d'Asnières, il ne comptait pas encore comme homme de guerre. C'est seulement en 1573 que son rôle devient plus sérieux, dans ce court intervalle où Henri IV, tenu comme prisonnier à la cour après n'avoir échappé aux assassins qu'à condition de se montrer bon catholique, feignait de se rapprocher des Guise, et, pour détourner les soupçons, preiiait part soit à leurs plaisirs soit, chose plus grave, à leurs opérations militaires. C'est à. ce moment que d'Aubigné entra au service du prince qui avait pu le connaître lorsqu'ils étaient jeunes garçons tous deux et que ce dernier, n'étant encore qu'héritier présomptif de la Navarre, visitait quel(}uefois les sires de Pons et d'Archiac dans leurs châteaux. Tous deux, en 1574, n'avaient guère plus de vingt ans. D'Aubigné imita de tout point le jeune maître auquel il venait de se donner, mais il eut le mérite spécial, et des plus importants, de le décider à rompre son indigne servitude pour s'enfuir et se mettre à la tête du parti (8 février 1576). 11 était aux gages du roi de Na\*arreà titre d'écuyer de son écurie et fit avec distinction les trois mois de campagne qui suivirent, puis celle qui dura du mois de janvier au mois de septembre 1577. Au bout de ce temps, l'écuyer trouva qu'on n'avait pas une assez haute idée de son mérite, et il prit brusquement congé. 11 tira vers le Poitou dans l'intention de vendre son bien et d'aller offrir son épée à quelque prince protestant d'Allemagne. Mais en passant à Saint-Gelais, près Niort, une jeune fille qu'il vit à la fenêtre, Mlle Suzanne de Lezay, le toucha par sa beauté ; il s'arrêta dans ce château, y trouvant deux compagnons d'armes, les sieurs de Saint-(Jelais et de La Boulaye ; il se laissa aisément persuader de les accompagner dans quelques coups de main à faire à l'entour, et ainsi trouva-t-il son Allemagne dans cette halte charmante. 11 guerroya donc de nouveau comme chef de partisan^, mais pas toujours avec bonbeuTr car dans une entreprise malheureuse dirigée par ses amis et lui contre Limoges, il resta prisonnier. Le roi de Navarre, quoique bien pauvre lui-même, fournit une partie de la rançon. Cette générosité ramem l'écuyer qui reprit son ser\ice auprès de lui et le suivit de nouveau dans tous les incidents de sa vie guerrière, sans oublier toutefois Mlle de Lezay. Le mariage était diflicilc à cause de l'inégalité des conditions, car non-seulement la jeune fille était d'une très-nobte famille, mais elle était héritière de biens considérables, notamment de la baronnie de Surimeau et de la belle terre de Mursav. L'adroit Henri,
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charmé sans doute de paver sans bourse délier un serviteur exigeant, Tappuya vivement et par écrit et de vive voix, en sorte que le mariage se conclut (6 juin 1583). La guerre se ralluma en 1585: en 1587, à la bataille de (iloutras, d'Aubigné prit le rang de maréchal de camp. Sur la iin de Tannée suivante, les troupes du roi de Navarre s'étant emparées de l'importante forteresse de Maillezais, à quelques lieues de laquelle étaient situés les biens de sa femme, il en obtint le commandement, avec la secrète volonté de s'y établir pour toujours. Il prit €ncx)re part au combat d'Arqués (1589), à la bataille d'Ivry (1590) ; il eut rhonneur, car c'était une grande preuve de la confiance que son caractère inspirait, de garder à Maillezais le roi de la ligue, Charles de Bourbon, l'oncle et le prisonnier d'Henri IV. Enlin en 1593, lorsque son maître eut accompli son abjuration, d'Aubigné, qui l'avait prévue et dès longtemps détestée, quitta la cour pour se confiner à Maillezais. Peu de temps après, il eut un violent chagrin : sa femme mourut (1596). C'est alors que son activité, qui s'était tournée depuis longtemps vers les lettres, s'employa plus particulièrement aux affaires de la religion. 11 parut dans les assemblées protestantes, et celles-ci le choisirent souvent pour les représenter à la cour ; il s'y distinguait par sa parole véhémente, par l'énergie avec laquelle il blâmait les timides, les courtisans, les fauteurs de la politique des intérêts, et soutenait âprement celle des principes ; il paya de sa personne jusqu'à soutenir des disputes en public contre des docteurs catholiques et contre un évêque sur des matières de théologie. Henri IV, qui achetait volontiers les hommes, ne put jamais le gagner. Aussi était-il fort mal en cour durant les dernières années du règne. La régence de Marie de Médicis, après la mort du roi, lui fut encore plus défavorable, et craignant d'être sérieusement inquiété il résolut de chercher hors de France « le chevet de sa vieillesse et de sa mort. » N'ayant pu s'entendre avec les ministres du roi pour leur remettre à juste prix sa forteresse de Maillezais (c'était un usage du temps, usage qui semblait renouveler l'époque des empereurs carlovingiens), il la vendit au comte de Rohan <}ui était alors gouverneur de la province du Poitou, mais qui avait surtout à ses yeux le mérite d'être le chef du parti protestant (mai 1619). L'année suivante, compromis dans de nouveaux troubles, il allait être arrêté lorsqu'il disparut subitement et par une fuite rapide gagna Genève, où il était sain et sauf le 1*^ septembre 1620. Les Genevois et leurs alliés de la Suisse l'accueillirent avec joie et lui rendirent mille honneurs. Son premier soin fut d'acheter sur les terres de la Républi(|ue une petite terre seigneuriale, la baronnie de Crest, dont il lit reconstruire le château. C'est là qu'il passa paisiblement les dix dernières années de sa vie, principalement occupé de la révision et de la réimpression de ses ouvrages. Sa famille était restée en France dans ses terres de Surimeau et de Âlursay, qu'en père avisé il avait partagées entre ses deux gendres et son fils, avant d'être atteint par les arrêts de confiscation prononcés contre lui. Il avait aussi un fils naturel, né quel([ues années après la mort de Suzanne de Lezay, mais il le tenait à dislance. Son seul effroi, dans sa retraite, était la solitude et Taban-
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don. Il y pourvut sagement en se remariant (au mois d'avril 1623), bien qu'il eût alors 71 ans sonnés, avec une bonne et respectable dame genevoise qui en avait 55, Renée Burlamacchi, veuve de César Balbani, de\i\ familles également réfugiées à Genève par attachement à une sainte religion. Il acheva paisiblement alors ses travaux littéraires jusqu'à ce qu'il mourut doucement, et chrétiennement, après une courte maladie, le 9 mai 1630. Il laissa deux filles, mariées, l'une à un honorable gentilhomme. Benjamin de Valois, sieur de Villette, l'autre à un de ses compagnons d'armes, Josué de Caumond, sieur d'Adde, dont les descendants possèdent encore aujourd'hui la terre de Surimeau, et un lils, Constant d'Aubigné, dont la vie déplorable ne fut qu'une suite de désordres et de misères. Constant fut le père de la célèbre manjuise de Maintenon et de Charles comte d'Aubigiié, en qui la descendance directe s'éteignit, l'année 1703. — C'est surtout comme écrivain que Théodore-Agrippa d'Aubigné justifie l'éclat ([ui entoure aujourd'hui son nom. A dix-huit ans il avait composésespremiei's vers pour la fille du seigneur de Talcy, Tun des voisins de sa terre des Landes; il en avait fait un recueil qu'il avait intitulé Ze/>r?>i/e*mp«, mais ils n'ont été imprimés que tout récemment (parles soins de M. Ch. Read, 1874). On a aussi publié, longtemps après sa mort, deux très-vifs pamphlets de sa plume : La Confession du sieur de Sapicy, le Divorce satyriqiie de la reine Marguerite et des Mémoires de sa vie. Ce n'est ((ue sous le voile de l'anonyme qu'il donna lui-niêine an public, en 1617, un autre pamphlet ou roman satyri(}ue plein d'esprit et de crudité: Les Avantures du ôarun de Fœneste, Ses véritables titres littéraires sont deux ouvrages d'une tout autre valeur: I^s Iragiquesei V Histoire Universelle. Les Tragiques sont un poënie de 9,000 vers, qu'il avait commencé en 1577, étant dans son lit en danger de mort, par suite de ses blessures, et dans leciuel il dépeint les princes catholiques, les juges qui leur obéissent, les bûchers de l'Inquisition, les combats répondant aux supplices, toutes les misères poignantes de si>ii tt^mps et lu prochaine vengeance de Dieu qui menace les oj)prcsseurs et consolera les victimes. C'est l'épopée du calvinisme. Le j^oëme »->i rude, le langage heurtt's parfois obscur, les vers rauques, mais le suj-'i est toujours grandiose et le souffle du poète infatigable. DWubigiu' avait pris la sage précaution de n'y point mettre son nom lors<iuil rimpriina pour la première fois en 1616. Il en doinia une seconde édition à Genève (1(523). De nos jours nos plus doctes éditeurs s<» s<»nl évertués à en publier successivement trois éditions nonvelU»s iLini. Lalannc, 18î)7 ; Mérimée et Read, 1872; Réaunie et Caussade, 1870. Ullistfu're rnirersellc est la mist» en scène du niéni(» sujet chanté daiî> .les Tragiques^ mais en prose ; c'est-à-dire que les exagérations cl \^ fureurs de la poésie y sont remplacées par la froide vérité, rexaclitudi scrupuleuse, la recherche du détail. L'auteur rédige s<»ulement le w\. de ce qu'il a vu de ses yeux et de ce (ju'il a su par les mémoinsqii d'autres lui ont fournis. Aussi .son récit est-il borné aux Hmiles «j» ^' vie; il commence à l'an 1350 et finit à la mort d'Henri IV, KîiO. Ill'i a donné le titre d'Universelle parce (jue d'espace en espace il introtiuii
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dans cette histoire un chapitre où sont résumés les principaux événements contemporains dont l'Europe est le théâtre. Ce livre a le défaut des rapports écrits par un témoin oculaire ; les premiers plans sont grossis et les petits incidents où Tauteur figurait en personne y prennent une importance qui dépasse la juste proportion. Mais d'Aubigné est de bonne foi; il comprend à merveille la dignité de Thistorien, le respect dû à la vérité, et en même temps il manie la plume avec le talent d'un grand artiste. Avec ses allures de huguenot renfrogné, il déclare en commençant qu'il ne veut pas qu'on voie son livce courir, comme tant d'autres, précédé d'une dédicace, « sale de flatteries impudentes », et conséquent avec ses habitudes il se place sous le plus noble des patronages: il dédie son Histoire « la postétnté. Or, ce qui semble d'abord n'avoir été qu'une boutade est devenu, par le simple bénéfice du temps qui s'écoule, un trait prophétique. D'Aubigné ne fut pas lu au dix-septième siècle, il était trop huguenot ; encore moins au dixhuitième, il était trop abstrus dans son vieux style ; aujourd'hui les éditeurs se disputent l'honneur de le réimprimer. Mais ce qu'il y a de plus remarcjuable, c'est qu'à chaque édition, à chaque étude nouvelle dont SCS œuvres sont l'objet, sa probité d'historien devient plus manifeste. — Sources / Méinoires de (TAubigné, avec une préface par Lud. Lalanne, Paris, 1854 ; La famille cCAubignPy par Th. Lavallée, 1853 ; Sainte-Beuve, Causeries, juillet 1854 ; La France protestante, !à'' édit., t. 1, p. 400-550. H. Bobdieb.
AUBUSSON (Pierre d') [1423-1503], grand maître de l'ordre de Saint- Jean de Jérusalem, se distingua d'abord en Hongrie, au service de l'empereur Sigismond, contre les Turcs ; il soutint ensuite, dans l'Ile de Rliodes, en 1480, un siège auquel Mahomet 11' employa 100,000 hommes, et ([ue les Turcs furent obligés de lever après des pertes considérables. En récompense de ces services, Innocent Vïll nomma d'Aubusson cardinal, bien qu'il ne fût pas prêtre. A la fin de sa vie, il devait commander une nouvelle croisade contre les Turcs; mais l'entreprise ne s'exécuta pas.
AUCH [Civifas Auscwrumy A ttsct'us, A tais, Aux] eni un évéché au moins depuis 501). Auch reçut le titre d'archevêché lorsque l'antique Eîauze {Elt(sa), la niétropole de la Novempopulanie, dont saint Paterne avait été é\é(|ue à la fin du troisième siècle, eut été dévastée vers 845 par les NormaTids. Dès lors, nous voyons l'archevêque d'Auch prendre, malgré les prétentions de celui de Bourgtîs, le titre de primat d'Aquitaine. En 1781); ee siège avait pour sutfragants ceux de Dax, Lectoure, Coinniinges, Conserans, Aire, Bazas, Tarbes, Oloron, Lescars et Bayonne. En 1817, l'archevêché, supprimé en 1790, fut rendu à Auch avec la juridiction sur Aire, Tarbes et Bayonne. Plusieurs synodes fiirent tenus à Audi de 10G8 ^1308. La cathédrale de Sainte-Marie, bâtie, en 1483, terminée en i()02, est l'une des plus belles du midi de la France [Gallia, 1; Brugelles, Chjvnùjue dudioc. d'Auch, Toul., 1746).
AUDIENS. Audius était un laïque pieux, et austère qui vivait en Mésopotamie vers le milieu du quatrième siècïe. Il s'éleva avec force contre la cupidité et les mœurs impures du clergé de son temps, déserta les as-