AUTORITÉ
vertu même de son caractère et devant laquelle, convaincus par des arguments décisifs, nous nous inclinons librement. Existe-t-il une puissance pareille ? Là est toute la question. — 1" Avec un grand nombre on pourrait élre tenté de répondre : Oui, elle existe, et son nom est la conscience, qui est Tunique et souveraine autorité en matière religieuse. Ce qui tout d'abord parait justifier cette assertion, c'est le caractère impératif de ses arrêts, reconnu presque par tous les hommes, même par ceux qui se révoltent contre eux. Mais ces arrêts n'ont ce caractère que parce que la conscience est le lieu de la rencontre de r individu avec la puissance supérieure par laquelle il a <( la vie, le mouvement et Têtre » (Actes XVII, 28), et qui manifeste sa présence par l'approbation ou la condamnation dont elle accompagne nos actes, disons mieux, qui apparaît sous la forme d'une loi à laquelle nous sommes tenus d'obéir. En analysant avec soin les phénomènes de la conscience, nous sommes frappés de leur caractère, je ne dirais point passif, mais essentiellement réceptif. La conscience ne crée pas la vérité ou le bien, elle le perçoit et le constate : elle est avant tout un critérium, un sensorium, le /of*um devant lequel les vérités ou les biens d'ordre supérieur sont tenus de produire leurs titres. Dans ce sens, il est exact de dire (]u'une vérité, uii bien, un devoir n'est vérité, bien, devoir pour moi, c'est-à-dire ne m'oblige qu'en tant que je l'ai reconnu pour tel et que je me le suis, pour ainsi dire, assimilé. C'est avec raison que l'on allirme par cjnséquent que la foi d'autorité est une foi incomplète, entachée d'imperfection et qui doit disparaître pour faire place à une foi fondée sur une expérience personnelle, sur un contact direct et vivant avec son objet. Mais la conscience n'est-elle (ju'une faculté réceptive, qui atteste l'existence d'une loi à laquelle je suis obligé de me soumettre? En aucune façon. Nous croyons que, sérieusement interrogée, elle proclame aussi rexistence d'une puissance supérieure, sous l'action incessante de laquelle je me trouve placé, et que nous appelons Dieu. Dieu se manifeste à la conscience en l'éclairant et en la vivifiant, comme le soleil se manifeste à la terre en dissipant les nuages et les brouillards qui l'enveloppent et en les fondant au contact de sa chaleur. La conscience est un lieu qui, comme notre globo, a besoin d'être éclairé et réchauffé par un foyer, placé au-dessus d'elle, qui possède ce qui lui manque. Sans doute, il est possible à l'homme de regarder cette puissance supérieure qui $c manifeste à sa conscience comme une illusion, comme le produit de l'imagination qui prend ses désirs pour des réalités et qui transporto sur un être fictif toutes les perfections dont nous sommes nousmêmes privés. Mais quoi qu'il en soit, Dieu n'établit pas son autorité au dedans de nous par des arguments qui puissent se séparer dt* l'expérience même de son action. L'existence de Dieu ne dépend pas de la conscience que j'ai de lui, comme le veut le panthéisiinrr loulefois Dieu n'existe pour moi que lorsque je le sens agir dans ma conscience. Il est donc Inexact ou impropre de dire que c'est la conscience qui est l'autorité souveraine en matière religieuse : c'est Dieu qui parle dans ma conscience, qui l'illumine et l'inspire. — ** Mais